DISCLAIMER

J'ai écrit cette petite histoire il y a quelques années mais ne l'avait publiée que sur le forum d'AS. Me décider à la poster ici m'a donné la motivation de la relire sérieusement pour la corriger et l'améliorer un peu :)

Hormis le personnage principal, Héloïse, aucun des personnages présents dans cette histoire ne m'appartiennent ; ils sont partie intégrante du jeu Amour sucré.

Bonne lecture !


Amertume. Ce goût qui me collait au palais depuis huit jours, c'était de l'amertume. Pas l'amertume douce des amandes dans la confiture d'abricot, oh non ! Un sale goût qui me restait en travers de la gorge dès que je déglutissais : je n'avais même plus envie de parler. Je mis la tête sous l'eau et laissai l'eau choquer mes tympans. Ce bain était une bénédiction, je pouvais enfin être tranquille.

« Héloïse ! Sors de l'eau, il y a quelqu'un pour toi à la porte ! »

Presque tranquille. Je soupirai : qui osait donc troubler ma tranquillité à une heure pareille ? J'avais pourtant bien prévenu ma prof de natation que ce n'était pas la peine de venir me chercher ce soir, je n'aurais pas eu la force d'aligner deux brasses. Je m'enroulai dans une serviette et me dirigeai vers ma chambre pour enfiler quelque chose avant d'éconduire ce visiteur importun. Mais ce n'était pas celui auquel je m'attendais.

« Oh mon Dieu, Hélo, tu ressembles à un vieux sac habillée comme ça !

- Alexy ? »

Vêtu de son éternelle veste orange et portant son casque audio vert autour du cou, l'énergumène aux cheveux bleu électrique qui me tenait lieu de meilleur ami se tenait devant moi, appuyé contre l'encadrement de la porte, un sourire moqueur sur les lèvres. Je jetai un coup d'œil sur le quelque chose que j'avais revêtu : un T-shirt XXL de mon père m'arrivant à mi-cuisses, délavé, tâché et troué sur le flanc gauche. Ultra sexy. Je relevai la tête vers mon visiteur surprise et esquissai un sourire un peu forcé.

« Charrie pas, je savais pas que tu comptais me faire une visite. C'est ton jour de bonté ? Ou alors tu as des cours à rattraper ?

- Très drôle. Je suis venue pour te sortir ma p'tite Hélo ! Le taxi des frères Dormieux est à tes ordres ce soir, profite !

- Armin est là aussi ?

- Yep, dans la voiture ! J'ai eu du mal à le convaincre de lâcher Internet, alors si tu pouvais te dépêcher de te préparer avant qu'il change d'avis …

- Al' … C'est très gentil mais j'ai pas très envie de sortir. Pas ce soir. »

Je vis son sourire se changer en moue déçue. Je ne pouvais pas croire qu'il ne s'attendait pas à mon refus, mais visiblement il avait voulu espérer jusqu'au dernier moment. Je ne doutais pas que dès qu'Armin apprendrait l'issue de notre conversation, il voudrait tout de suite rentrer - nul doute qu'Alexy avait utilisé l'argument « jeune fille en détresse » pour le décrocher de son écran, aussi mon absence ferait-elle perdre tout son sens à sa présence. Pauvre Al'. Lui qui aimait tant sortir, je m'en voulais un peu de le lâcher comme ça. Mais c'était au-dessus de mes forces.

Il passa une main dans mes cheveux mouillés et me prit la main pour m'attirer contre lui. J'aimais son odeur de menthe poivrée mélangée à celle du parfum que je lui avais offert pour son anniversaire. Un havre de fraîcheur et de paix, voilà ce qu'était Alexy pour moi, surtout en cette période médiocre de mon existence.

« Tu gères pas, Hélo.

- Je sais. Demain, vous voulez venir dîner ? Je ferais des coquilles Saint-Jacques poêlées. »

Il desserra son étreinte et me fit un clin d'œil en répondant qu'ils se feraient un plaisir d'accepter l'invitation, son frère et lui. Puis il tourna les talons et s'installa au volant de la voiture bleue qui attendait devant mon portail. Armin, sur le siège passager, m'adressa un signe de la main auquel je répondis en souriant : même s'il était moins démonstratif que son frère, je savais qu'il m'aimait beaucoup aussi. La pensée que je pourrais toujours compter sur eux chassa un instant mes idées noires.

Quelques minutes plus tard, je m'affalai sur mon lit et songeai à ce qui me retenait prostrée chez moi par un si beau vendredi soir : Dakota. Enfin, Dakota et Charlotte, plus précisément. Dakota est mon petit ami. Euh, était, je veux dire. Lapsus. Il l'était jusqu'à ce que cette peste me le pique. Mais ce n'était pas elle, le cerveau de l'opération, et je le savais pertinemment : c'était sa meilleure amie, Ambre, la reine du lycée, celle qui pouvait faire et défaire la réputation de quelqu'un en une seule journée et qui menait la vie sociale de chacun à la baguette, selon son bon plaisir.

N'allez pas croire que je suis du genre à me laisser faire. Je ne suis pas idiote, je n'avais pas été non plus lui chercher des noises pour risquer de m'enfoncer jusqu'au cou dans les ennuis toute la fin de ma scolarité. Mais j'avais eu le malheur de marcher par erreur sur ses platebandes : je trainais trop avec son frère à son goût. Nathaniel étant le délégué principal du lycée et celui de ma classe, ça avait été difficile de faire autrement. Mais c'était surtout quand on avait commencé à se mettre à côté en classe qu'elle n'avait pas apprécié. Cette demoiselle avait visiblement un grave brother complex.

Pourtant, il n'y avait rien entre moi et son frère : pour preuve, je sortais avec Dakota depuis trois mois ! Certes, je savais que Nathaniel m'aimait bien. Je le savais parce qu'il m'avait fait des avances lors d'une soirée un peu trop arrosée qui l'avait poussé à m'avouer des choses qu'il aurait, en temps normal, certainement gardées pour lui. C'était un gentil garçon. Mais j'avais flashé sur Dakota, je commençais vraiment à bien l'aimer, aussi avais-je repoussé mon voisin de classe et nous avions repris nos rapports comme si de rien n'était. Je pense qu'il est passé à autre chose, depuis.

Mais je crois qu'Ambre a eu vent de cette histoire. Parce que dès la semaine suivante, elle avait commencé à me faire des sales coups. Au début, ça m'était complètement égal : les boulettes de papier mâché dans le casier, les gribouillis sur la table, si ça l'amusait, pourquoi pas. Mais la semaine dernière, elle avait eu une idée bien plus brillante pour m'en faire baver, et je ne pouvais pas nier sa réussite. La jolie blonde permanentée était toujours suivie de près par deux pimbêches, une asiatique un peu superficielle et une brune prétentieuse. Li et Charlotte. Et cette dernière reluquait Dakota depuis le premier jour où elle l'avait vu. Vous pensez bien que ça n'avait pas échappé à Ambre. Aussi, elle s'est arrangée pour aller dans la même boîte que nous un vendredi soir, alors qu'Alexy et Armin nous accompagnaient. Apparemment, elle avait raconté à tout le monde qu'Al' et moi nous étions embrassés : Charlotte en avait profité pour mettre le grappin sur Dake en se trémoussant outrageusement devant lui. Mon Dakota, dont j'étais si fière, mon beau surfeur blond, bronzé et au corps de rêve sublimé par des tatouages ethniques m'avait filé entre les doigts.

Je sais, on dirait que je ne l'aimais que pour son physique : mais non ! J'aimais son caractère charmeur, son audace, son talent pour trouver les mots et les gestes qui me faisaient plaisir. Sauf que je m'étais bien fait avoir : ce talent, ce n'était pas quelque chose qu'il ne montrait qu'à moi, en réalité c'était un foutu opportuniste qui changeait de bord quand ça l'arrangeait. S'il avait vraiment tenu à moi, il n'aurait pas laissé Charlotte jouer de ses charmes de cet air intéressé ; il ne l'aurait pas embrassée et plus si affinités, et surtout, il ne m'aurait pas dit que je n'étais qu'un entrainement pour lui avant de s'attaquer aux reines du lycée. Petit con, va.

Depuis ce vendredi, j'arrivais en cours pile à la sonnerie, repartais en me hâtant dès la fin de la dernière heure, et ne sortais plus le soir. Ça avait l'avantage de me forcer à travailler, puisque je ne pouvais pas me retrancher chez moi tous les week-ends sans ne rien faire. Les gens du lycée me fuyaient comme la peste : j'étais la fille qui avait trompé son mec, lequel s'était consolé avec la gentille Charlotte grâce à Ambre qui les avait réunis. Tout le monde avait beau savoir qu'Alexy était gay, ça ne gênait personne - après tout, comme lui et Armin étaient jumeaux, c'était peut-être le second que j'avais embrassé… Il y avait forcément une explication - personne ne semblait pouvoir concevoir que ce bruit de couloir pouvait être un ramassis de mensonges. Les ragots sont souvent bien plus palpitants que le fond de vérité dont ils peuvent s'inspirer.

Al' et Armin étaient mes amis depuis la primaire : on s'était rencontrés à la piscine un été, une fois, deux fois, trois fois, puis on avait découvert qu'on habitait dans le même quartier et on s'était retrouvés ensemble au collège. On ne s'était alors plus quittés. Je n'avais jamais eu de copain avant Dakota, et ils ne l'avaient jamais aimé, ni l'un ni l'autre. J'avais été trop aveugle pour comprendre ce qu'ils voyaient en lui - un Apollon qui lorgnaient sur les jupes des autres pendant qu'il m'enlaçait - et voilà où j'en étais aujourd'hui.

Les seules personnes qui ne m'ignoraient pas depuis l'incident se comptaient sur les doigts de la main : hormis les frères Dormieux, la timide Violette et l'adorable Iris étaient les seules à ne pas avoir coupé les ponts avec moi. Nathaniel s'était défilé et avait pris place à côté d'une autre en classe. Bien entendu, il y avait aussi des gens complètement indifférents aux rumeurs, mais ce n'était pas pour ça qu'ils allaient compatir à ma mésaventure - et heureusement d'ailleurs, la pitié aurait peut-être été encore plus humiliante que les médisances. Je m'endormis sur ces pensées, épuisée de ressasser encore et encore ces scènes si désagréables dans ma tête.

Je retrouvai Alexy et Armin le lendemain soir devant ma porte, armés chacun d'un bouquet de coquelicots un peu défraîchis. Mes fleurs préférées. Je les embrassai tous les deux et les laissai s'installer à table pendant que je faisais griller mes coquilles Saint-Jacques : ma mère était de garde à l'hôpital ce soir-là et mon père chez un ami pour regarder un match de foot. Avachie entre les deux jumeaux dans le canapé, je zappai sur toutes les chaines à la recherche de quelque chose d'intéressant à regarder. Alexy me prit la télécommande des mains.

« C'est nous les invités, on choisit !

- Al', donne-moi ça !

- Hors de question. J'ai ramené un DVD qui devrait te plaire. The Duchess ! »

Il sortit de son sac posé derrière le canapé une boîte rectangulaire de bon augure : j'aimais beaucoup ce genre de films historiques un peu romantiques mais pas trop. Mais je doutais que les garçons puissent supporter ça plus d'une heure. Alexy détestait les films tristes, par-dessus le marché.

« Euh … Al', t'es sûr ?

- Puisqu'il te le propose, tu ne vas pas dire non, si ? Allez, fais-toi un peu plaisir Héloïse. C'est pas en t'astreignant à un régime d'ermite que tu vas digérer ce qu'a fait cet imbécile. »

Cette tirade d'Armin m'arracha un petit sourire : il n'avait pas tort. C'était simplement que je m'en voulais beaucoup - dans cette histoire, j'avais manqué de confiance en leur jugement et complètement biaisé le mien, ce n'était pas très glorieux. Et puis leur réputation en avait aussi pâti, même si les dégâts étaient moindres. Dans une semaine, on les aurait oubliés, alors que j'en avais encore pour des mois avec toutes les saletés de détails mensongers qu'Ambre s'amusait maintenant à répandre sur mon compte.

Comme je m'y attendais, Armin s'endormit au bout d'une heure, la tête posée sur mes genoux. J'étais moi-même bien installée contre Alexy, passionnée par les mésaventures de la duchesse. Son mari, qu'elle n'avait jamais aimé, lui faisait subir le comble de l'humiliation en abritant sous son toit sa maitresse, qui n'était autre qu'une amie de la duchesse elle-même, coupable ainsi à mon sens de la pire des trahisons. Et c'est là qu'une idée me vint. Une idée dégoûtante, j'en avais bien conscience, mais qui me paraissait absolument brillante : et si je me vengeais d'Ambre en la battant à son propre jeu ? J'en voulais beaucoup à Nathaniel de m'avoir fuie suite à ma baisse de popularité. Il m'évitait peut-être, mais en m'y appliquant, je me sentais capable de le séduire juste le temps nécessaire à faire enrager Ambre : elle ne reviendrait plus jamais me chercher des poux sur le dessus de la tête. Alexy me regarda avec un air suspicieux en me voyant m'emballer toute seule pour une raison en apparence inexistante, mais ne posa pas de questions.

Je me surpris à bailler lorsque le générique de fin défila une heure plus tard. Armin choisit ce moment pour se réveiller et déclara qu'il allait rentrer : le samedi soir, il jouait en ligne presque toute la nuit avec des gens rencontrés sur des forums. Alexy le supplia d'attendre encore un peu mais c'était peine perdue. Pendant que son frère faisait chauffer le moteur, il me demanda sur le pas de la porte ce que j'avais en tête : j'affichais un sourire en coin machiavélique presque incontrôlable depuis mon éclair de génie une heure plus tôt.

« Je pensais à jouer un petit tour à Ambre. Un peu comme dans le film, tu sais.

- Arrête Hélo, tu vaux mieux que ça. Ambre ne mérite même pas ton attention. Et c'est plutôt à Dake que tu devrais en vouloir, si tu veux mon avis.

- Je lui en veux aussi … Plus qu'à elle. Mais je pourrais faire d'une pierre deux coups ! Si je flirte un peu avec Nathaniel, Ambre en sera verte et lui ne pourra que regretter de m'avoir jeté vu que ça me rendra convoitée, donc désirable.

- C'est pas l'idée du siècle, si tu veux mon avis. Quitte à sortir avec quelqu'un pour donner le change, tu pourrais plutôt choisir Armin, au moins tu ne jouerais pas avec les sentiments puisqu'il serait dans le coup.

- Mais ça ne fera pas enrager Ambre, Armin ne fait pas partie de son territoire. Et j'ai pas envie de vous utiliser, tous les deux. Je vous aime trop pour ça !

- Ma p'tite Hélo, tu devrais aller te coucher maintenant, je sens que le film t'a un peu retourné le cerveau, j'voudrais pas que tu me sautes dessus dans un accès d'amour incontrôlé ! », me lança Alexy en riant. Il déposa un baiser affectueux sur ma joue et monta dans la voiture, qui démarra deux secondes plus tard et s'éloigna dans la nuit. Il avait beau dire, cette idée ne voulait pas sortir de ma tête. Je crois que je cherchais à tout prix à faire quelque chose, à cesser de voir mon présent défiler sous mes yeux sans avoir la moindre influence sur lui. J'allais reprendre les choses en mains.