DISCLAIMER

Bonjour et bienvenue !

Cette histoire, qui se déroule à l'université, est une fiction touchant au thème du harcèlement sur les réseaux ; le sujet étant sensible, n'hésitez pas à passer votre chemin si cela peut vous mettre mal à l'aise.

Cette histoire fait intervenir des OC, et des personnages appartenant au jeu Amour sucré dont je ne suis pas propriétaire. Les OC peuvent se retrouver dans d'autres récits que j'ai postés sur le site (Manon, pour ne pas la citer).

Sur ce, bonne lecture :)


Le nez dans les cartes routières, Lysandre tentait tant bien que mal d'indiquer à son pilote le chemin à travers les bois. D'ordinaire, les rôles étaient inversés : Manon, sa copine, se chargeait des indications, et lui se contentait de diriger mécaniquement le véhicule au son de sa voix. Le sens de l'orientation n'avait jamais fait partie de ses points forts.

« Vivement que ton entorse soit complètement rétablie », pouffa la conductrice en réalisant qu'ils venaient de revenir sur leurs pas, après avoir pris un mauvais tournant quelques minutes plus tôt. Elle arrêta la voiture sur le bas-côté et enclencha les warnings, le temps de jeter un œil à l'itinéraire pour le mémoriser. Il lui fallut peu de temps pour réaliser qu'ils n'étaient plus qu'à une vingtaine de minutes de la ferme de la famille de Lysandre : ils avaient sûrement rallongé leur temps de route d'une bonne heure, avec tous les détours que lui avait indiqué son copilote.

Devant l'air penaud de celui-ci, elle planta un baiser sur sa joue avant de se réinstaller correctement au volant.

- Je suis désolé.
- C'est pas grave mon amour. C'est plutôt agréable de se perdre dans les bois à l'automne. Les couleurs sont jolies, on est ensemble, et c'est pas comme si j'avais hâte de reprendre le train pour la fac.

Lysandre sourit discrètement. Cela faisait maintenant un an que Manon et lui étaient ensemble, sept ans qu'il la connaissait, mais il continuait d'être agréablement surpris par son positivisme presque inébranlable. Il avait traversé des périodes difficiles avec le décès de ses parents, l'abandon de ses études pour reprendre la ferme familiale… mais le soutien sans faille de son grand-frère et de ses amis de lycée lui avait permis de continuer à se construire, et quatre ans plus tard, il se sentait apaisé. Heureux, même.

Perdu dans ses pensées, contemplant distraitement les tâches jaunes, oranges et rouges qui tapissaient les bords de route et se balançaient fièrement le long des branches des arbres, il ne remarqua même pas que Manon avait fini par les mener à bon port. Sans son aide.

Essayant d'arranger ses boucles blondes emmêlées par son « chignon de conduite » tel qu'elle aimait le désigner, la jeune fille fit le tour du vieux véhicule pour ouvrir la portière à son compagnon de voyage, mimant un voiturier d'hôtel chic.

« Si Monsieur veut bien se donner la peine… »

En s'extirpant de son siège, le jeune fermier pensa mélancoliquement que ces deux semaines de vacances, les premières véritables depuis qu'il avait repris la gestion de la ferme, étaient passées bien vite. Manon était maintenant en deuxième année de master de Supply chain management, travaillait à mi-temps dans un bar pour payer son appartement et ses études, et il savait qu'elle aurait moins de temps pour lui rendre visite que l'année précédente. L'université se trouvait à plusieurs heures de route, et lui ne pouvait pas se permettre de laisser la ferme ne serait-ce qu'un weekend sans occupant… Il avait déjà hâte d'être à Noël, pour que Manon et leurs deux autres amis de lycée, Rosalya et Castiel, viennent y élire domicile pour les vacances.

Manon ne lui laissa pas le temps de méditer plus longtemps et glissa ses bras sous son manteau pour se blottir contre lui.

« Lys'… Tu rêves encore. »

Elle releva le menton pour le regarder dans les yeux, passa ses mains derrière sa nuque, et l'attira vers elle pour l'embrasser. C'est qu'il était pénible, avec ses airs de poète maudit qui le rendaient attendrissant et irrésistible au possible. Comment voulait-il qu'elle se motive à prendre un train pour rentrer, maintenant ?

De concert, après une étreinte dont le potentiel de dérapage augmentait dangereusement minute après minute, ils s'écartèrent en riant et décidèrent qu'il était temps de rejoindre la cuisine pour un bon chocolat chaud. Il n'était que seize heures, le dernier train quittait la gare la plus proche dans deux heures, et il fallait encore que Manon termine un devoir dont la deadline d'envoi coïncidait avec l'horaire dudit train.

Les adieux furent tendres mais sans excès de sentimentalisme. Manon n'avait jamais été très à l'aise avec les séparations, préférant sur-jouer l'enthousiasme et penser directement à la prochaine fois qu'ils se retrouveraient. Quant à Lysandre, il n'était pas du genre à se lamenter.

Le soir-même, de retour en ville, Manon fut donc soulagée de trouver son colocataire à l'appartement, pour combattre la nostalgie qui menaçait de la gagner minute après minute. Depuis la fin du lycée, elle cohabitait avec Castiel, désormais étudiant en master de musicologie, et chanteur-guitariste d'un groupe de rock notoire à ses heures perdues. Elle se précipita dans ses bras.

- Yeeeessss. Je suis trop contente de te voir. J'avais peur d'être toute seule ce soir. Après deux semaines passées non-stop avec Lys', je sentais le blues du lit froid venir à des kilomètres.
- Et moi qui comptais passer une soirée tranquille… Tu comptes pas sur moi pour te chanter une berceuse j'espère.

Pour toute réponse, la petite blonde lui tira la langue et sortit deux bières du réfrigérateur. Le musicien accepta celle qu'elle lui tendait d'un sourire en coin, et laissa de côté ses railleries pour s'intéresser plus sérieusement au récit des vacances de ses deux amis. Après une bonne heure de discussion sur le séjour des amoureux au bord d'un lac d'un côté, les diverses anecdotes de concert de l'autre, le besoin de dormir commença à se faire sentir. Les deux étudiants reprenaient tous deux les cours et leurs activités respectives le lendemain, et chacun à leur manière, ils prenaient cela très à cœur.

Deux jours plus tard, Castiel profitait d'être seul à l'appartement pour mobiliser la salle de bain et refaire sa teinture capillaire rouge. Les mains gantées, cheveux tirés en arrière pour dégager les racines, il pesta en entendant les premières notes de Polly retentir depuis son portable. Jamais tranquille. Le manager de Crowstorm, leur groupe, avait-il décidé de pousser le vice en le harcelant jusque dans sa baignoire, à vingt-deux heures passées, un jour off ? Il attrapa le bord d'un gant entre ses dents pour le retirer.

Son agacement retomba instantanément en entendant la voix grave à l'autre bout du fil.

« - Lys' ? Comment ça va mec ?
- Bonsoir Castiel. Tout va bien, merci. Et toi ? Pas de passage sur scène prévu ce soir ?
- Non haha, ce soir j'essaie de refaire discrètement ma teinture avant que Manon rentre à l'appart' et trouve le moyen de me prendre en photo penché comme un galérien au-dessus de la baignoire. On a beaucoup joué pendant les vacances, là on va plutôt repasser en mode enregistrement ces prochaines semaines.
- D'accord. Tout s'est bien passé ? Vous comptez sortir un nouvel opus d'ici peu ?
- Ouais ! Le groupe commence à avoir une petite notoriété et on touche quelques royalties avec les ventes du premier album, c'est motivant. J'aimerais bien qu'on arrive à monter une nouvelle chanson d'ici Noël. On n'atteindra jamais ton niveau de poésie, mais j'aimerais bien faire quelque chose de plus doux que d'habitude, pour changer.
- J'ai hâte d'entendre ça. Dis-moi, avant que j'oublie pourquoi je t'appelais, saurais-tu me dire pourquoi Manon ne répond pas, justement ? Je pensais qu'elle travaillait systématiquement son mémoire le mardi soir. J'espère qu'elle ne s'est pas endormie à la BU.
- Ah, mais non pas du tout. Son boss lui a passé un coup de fil tout à l'heure pour lui demander de faire des extras le mardi pendant quelques semaines. Valentine a démissionné ce weekend, il parait.
- Valentine… Comme Valentine, ton ex ?
- Ouais. Bref. Tout ça pour dire que Manon devrait terminer à minuit. Je peux te parier deux pintes qu'elle t'écrira un roman d'amour à la minute où elle remettra la main sur son téléphone. »

Le musicien entendit presque le sourire de son ami à l'autre bout du fil. Il avait beau se moquer de ses deux amis, il était ravi qu'ils se soient trouvés par hasard, après des années de fréquentation sans ambiguïté. Ils se méritaient, et il ne les avait jamais vus aussi épanouis que depuis un an. Leur relation de confiance lui redonnait presque espoir en l'humanité. Et pourtant, après les événements récents survenus avec Valentine… Ce n'était pas une mince affaire.

Quelques minutes de discussion passèrent avant que les deux amis ne se congédient – la teinture de Castiel ne pouvait pas attendre plus longtemps.
Son traitement capillaire terminé, le guitariste partit se coucher sans attendre le retour de la barista ; à l'instar du jeune fermier, qui lui, se plongea dans un livre en espérant discuter avec elle à la fin de son service.

Celle-ci ne se fit pas prier : comme son colocataire l'avait prédit, il était minuit à peine passé de cinq minutes quand Lysandre vit s'afficher le nom tant attendu sur son écran de téléphone. Il posa ses lunettes de lecture sur sa table de chevet, s'allongea confortablement sous la courtepointe à carreaux blancs et rouges qui recouvrait son lit, et décrocha.

« - Manon ?
- Lys' ! Ça va ? Je suis désolée, je n'ai pas eu le temps de te prévenir, il y a eu des changements de programme imprévus qui me sont tombés dessus… »

Amusé de l'état de panique de sa petite amie, Lysandre la rassura rapidement en lui expliquant avoir eu Castiel au téléphone. La mention du départ de Valentine, raison pour laquelle Manon avait dû prendre temporairement un service supplémentaire, fit tiquer la jeune fille. Triturant ses clefs dans tous les sens en marchant, la barista était préoccupée par cette nouvelle.

« - J'espère que ce n'est quand même pas parce que Castiel et moi sommes amis qu'elle a décidé de partir… Tu penses que ça a un lien ?
- Je pense que tu imagines des choses alors qu'il serait plus simple de lui poser directement la question. Dans mes souvenirs, Valentine et toi vous entendiez bien depuis un moment, avant qu'elle et Castiel ne décident de sortir ensemble. C'est une fille intelligente, il n'y a pas de raison qu'elle ne sache pas faire la part des choses, a priori. Non ? »

Manon soupira. Sur le papier, Lysandre avait tout à fait raison. Cependant, au vu des circonstances qui avaient poussé son colocataire et son ex-collègue à se séparer… Elle n'était pas très à l'aise avec la situation. Son mauvais pressentiment se renforça quand elle essaya de contacter la démissionnaire par message privé sur les réseaux sociaux. Ce qu'elle découvrit lui fit froid dans le dos.