Contraintes relevées : Écrire sur Hermione / Écrire sur le couple Charlie x Hermione / Écrire sur le fandom Harry Potter / Placer le mot 'deuil' / Un personnage est de mauvaise humeur à cause d'un autre personnage


I try to make the worst seem better
Lord, show me the way
To cut through all his worn out leather
I've got a hundred million reasons to walk away
But baby, I just need one good one to stay

lady gaga, millions reasons

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Samedi, 4 août 2005

Harry n'aurait pu dire qu'est-ce qui le réveilla en premier – une porte d'armoire claquée qui résonnait dans la maison, le bruit de la vaisselle manipulée ou le son d'un couteau qu'on devait avoir lancé dans l'évier. Par contre, son esprit endormit analysa rapidement que la présence de ces bruits n'était pas normale. Le jeune homme étira son bras afin de tâtonner, à côté de son lit de fortune établi dans la salle de rangement de la maison de Ron, le sol à la recherche de ses lunettes.

Non, ce n'était pas normal qu'un tel raffut provienne de la cuisine.

Le Survivant constata que la pièce commençait tout juste à être éclairée faiblement par les premières lueurs de l'aube. Ron comatait dans sa chambre. Harry avait, lui-même, amené le corps inerte par le sommeil et l'alcool du rouquin dans son lit quelques heures plus tôt. Et, il était impossible que Ron soit en état de se relever au vu des bouteilles que les deux aurors avaient laissées derrière eux – Harry avait encore participé au processus de vider une bouteille de whisky pur feu, de manière raisonnable, bien sûr.

Si son meilleur ami avait semblé être capable de gérer les émotions qui l'avaient assailli durant les funérailles, il s'était complètement effondré dès qu'Hermione l'avait ramené, lui, Céleste et Teddy, à la maison. Quand Harry était revenu du Terrier, il avait aidé sa meilleure amie à border les enfants et la jeune femme était partie. Sans surprise, Ron avait attendu que la brune quitte la maison pour se lever et commencer son manège quotidien. C'était toujours ce qu'il faisait. Comme si Ron n'osait pas – ou avait honte – boire devant Hermione. Le brun avait l'infime conviction que c'était la manière que son meilleur ami avait choisi afin de ménager la médicomage : éviter qu'elle le voie dans cet état désastreux et aviné afin de tenter d'anesthésier son désespoir et son deuil. De toute manière, c'était le Survivant qui était le plus à même de le gérer dans ces moments-là. Ron aurait, d'une manière ou d'une autre, blessé Hermione.

Dans ce contexte, il était, alors, incongru et anormal qu'autant de bruits puissent provenir de la cuisine. L'auror se leva du matelas déposé au sol et s'empara du premier objet qui lui tomba sous la main, sois un fer à repasser, comme arme – vraiment? – trop endormi pour songer à prendre sa baguette posée à côté de l'emplacement où s'était trouvé ses lunettes, quelques secondes plus tôt. Harry sortit de la pièce de rangement sur la pointe des pieds, seulement vêtu d'un chandail gris trop grand et d'une paire de boxeurs noirs, et il descendit les escaliers de la maison en tâchant d'analyser les soins qu'il entendait.

Le Survivant s'immobilisa, surpris, fer à repasser brandit, sur le seuil de la cuisine quand il découvrit la source de tous ces bruits. Son retomba mollement contre sa hanche devant ce spectacle.

« Je peux savoir ce que tu fabriques? » demanda le jeune homme, hébété.

Hermione, cheveux plus pêle-mêles que jamais, en pyjama, se tenait face à lui. Elle maniait un couteau et coupait de manière énergique des céleris. Un chaudron bouillait sur la cuisinière derrière elle.

La brunette cuisinait. Mais... Pourquoi?

Harry observait la scène sans y comprendre quoi que ce soit. Un problème d'algèbre insoluble. Il pencha la tête sur le côté, peut-être qu'un nouvel angle de vue changerait quelque chose dans l'intellectualisation de ce spectacle burlesque, irrationnel et hautement improbable.

La jeune femme releva la tête et elle fronça des sourcils. Plus vite que son ami, elle se reprit et fit un geste circulaire de son couteau.

« Du tricot. » déclara-t-elle ironiquement. « De la cuisine, franchement. »

Harry s'approcha de l'ilot de cuisine et déposa son arme – pouvait-on vraiment accorder fer à repasser et arme ensemble? – sur le comptoir.

Une forte odeur nauséabonde s'échappait par volute du chaudron et il s'efforça de ne pas grimacer. Il échoua. La médicomage n'avait jamais été douée en cuisine. En soi, elle se débrouillait assez pour ne pas mourir de faim. Cependant, dès qu'elle modifiait une seule et simple indication d'une recette, le plat devenait automatiquement infect. C'était, aussi, prévisible qu'une loi de physique.

Finalement, ce devait être précisément cette odeur qui l'avait réveillé plus que toute la cacophonie qu'elle produisait.

« Oui, ça j'avais deviné. » s'agaça l'auror, en replaçant systématiquement ses lunettes sur son nez. « Mais... Pourquoi? »

« Pourquoi, quoi? » siffla la brune. « Je ne te demandes pas pourquoi, toi, tu débarques avec un fer à repasser. »

« Il est... » Le Survivant plissa des yeux afin de déchiffrer les chiffres lumineux du cadran du four. Ses yeux s'écarquillèrent. « Donc, il est 4h35 du matin et tu me demandes... » Il poussa un long soupir. « Je ne m'attends pas vraiment à être réveiller par une personne qui semble avoir oublier que la plupart de la population normale dort à une heure pareille. »

« D'accord, et? » fustigea la jeune femme, comme si elle ne voyait pas où il voulait en venir. « Tu pensais m'attaquer avec un fer à repasser? » Elle étouffa difficilement un rictus. « Très menaçant. Tu devrais amener cette arme-là dans tes missions, Harry. »

Son absence de bonne volonté commençait furieusement à l'agacer. Il n'avait jamais été la bonne humeur incarnée dès son réveil, mais ce matin absurde battait des records.

« Je dormais. » clama le Survivant, mécontent. « Tu comprendras que à quatre fucking heures du matin, mes capacités intellectuelles ne sont pas à leurs meilleures formes. »

Hermione secoua la tête et elle roula des yeux si fort qu'il crut les entendre bouger dans leurs orbites.

« T'exagères. »

« Hermione, par Merlin, s'il te plaît, pourrais-tu m'expliquer ce que tu fabriques? » s'exaspéra le Survivant.

Dans un autre contexte, cette situation surréaliste l'aurait fait rire. Il était fort probable, d'ailleurs, que dans deux jours, Harry allait en rire. Présentement, il n'avait qu'une seule envie : regagner son lit et, peut-être, assassiner – gentiment, tout de même – Hermione pour son manque de collaboration doublé de ce réveil à une heure où le soleil n'était, même pas, encore levé.

La médicomage resta parfaitement stoïque pendant quelques secondes avant de recommencer à hacher les légumes – ou plutôt de les martyriser devant les gestes vigoureux qu'elle y mettait. Harry se rendit rapidement de l'autre côté du comptoir afin de freiner son amie dans ses mouvements et lui arracher l'arme du crime de ses mains.

« Tu vas te couper un doigt, si tu continues. » tenta-t-il.

La jeune femme le fusilla du regard. Elle croisa les bras, avant de perdre patience et de s'emparer d'une cuillère en bois afin de mélanger ce que contenait la casserole.

« Hermione – »

« Je fais une sauce bolognaise, voilà, ce que je fais. » le coupa la brunette, rudement. « Content? Maintenant, si tu es pour continuer à me poser des questions évidentes va te recoucher. »

« Tu agis comme une enfant. » commenta Harry sèchement.

Donc, il était suicidaire.

Le Survivant resta, toutefois, impassible. Il était très peu impressionné par l'humeur meurtrière de sa meilleure amie – bon, peut-être, un peu, car il eut un petit mouvement de recul lorsque le visage de la jeune femme perdit de la couleur et qu'elle grinça des dents en lui lançant un regard noir. Il devait changer d'attitude, s'il voulait avoir une chance de désamorcer la bombe nucléaire, qui menaçait d'exploser d'un instant à l'autre, devant lui.

« Alors t'as forcément raté un truc, parce que ça ne sent pas du tout ça. » Le sous-directeur des aurors se pencha afin de jeter un coup d'œil à l'intérieur du chaudron. « Et, ça ressemble... Je dirais, à 65% à une sauce bolognaise. Un pourcentage pas assez haut pour que j'aie envie d'y gouter – et que j'aie peur que t'empoisonne Teddy. »

Il y avait des bulles anormalement blanchâtres qui éclataient, dû à l'ébullition, sur le dessus de la sauce rouge avec des morceaux de légumes qui avaient été coupés grossièrement – assez gros pour qu'il y ait un potentiel risque d'étouffement. Bref, le repas serait une tuerie. Et, pas dans le bon sens de l'expression.

Harry tentait bravement l'humour. L'absence de changement sur le visage de son amie lui laissa penser que c'était un échec lamentable.

« Je ne t'ai pas demandé ton avis. »

« Oui, bien sûr. » répondit-il comme s'ils avaient une discussion totalement normale. « Pourquoi, tu – »

« Je ne réussissais plus à dormir. »

Le sous-directeur des aurors se dirigea, le couteau toujours dans les mains afin d'éviter qu'elle s'en serve et qu'elle ait la brillante idée de l'attaquer, vers le réfrigérateur où il sortit un carton de jus.

« Dis plutôt que tu n'as pas dormi une seconde. » réfuta courageusement le Survivant.

La tête obstinément penchée vers l'avant et le silence de son amie lui intima qu'il était sur la bonne voie. Bien. Harry la contourna pour aller s'emparer d'un verre dans une armoire.

« Et pourquoi tu ne dors pas? »

Apparemment, se contenter de poser des questions simples étaient la meilleure façon de lui soutirer des informations.

Hermione ne lui jeta, d'ailleurs, aucun regard meurtrier et ne poussa aucun soupir furieux. Il était définitivement sur la bonne voie.

« Parce que. » répondit-elle. « Charlie me tape sur les nerfs. Il ronfle, il squatte mon lit, il... Respire. »

« Il respire... » répéta lentement Harry, abasourdi. « Je vois... » ajouta-t-il – alors que non, il ne voyait pas du tout. « Mais, encore? »

Hermione l'avait gratifié d'un long regard infiniment agacé. Elle relâcha faiblement sa poigne sur la cuillère en bois et poussa un long soupir et ferma les yeux afin d'essayer de mettre de l'ordre dans ses pensées.

La jeune femme avait l'impression que ses veines pulsaient de colère et qu'un volcan menaçait à tout instant de déverser sa lave fumante et de grands panaches de fumées noires de rancœur. Elle était furieuse. Le contre-coup s'était-elle autodiagnostiqué, alors que Charlie sommeillait à côté d'elle dans son lit. Elle avait réagi beaucoup trop... Calmement à ses attaques dans la chambre d'enfance du dragonnier. Hermione avait si bien accusé le coup devant les paroles abjectes que son... – comment devait-elle l'appeler, en réalité? – bref, que Charlie avait déversé sur elle. Trop bien.

Ce n'était pas elle d'agir, ainsi. La brunette était plutôt du type à redonner la monnaie de la pièce, coup sur coup, non pas à annihiler ce qu'elle ressentait afin de calmer l'autre personne dans la pièce.

La médicomage était, certes, adorable. Un modèle de pure gentillesse. Mais elle possédait un tempérament fort qui avait rendu la scène plutôt irréelle. Même Charlie l'avait constaté.

« Je suis... » commença-t-elle et s'interrompit. « Je ne sais pas... Je lui en veux. Je suis tellement... » Elle étouffa un cri de rage à peine contenu. « J'avais envie de lui dévisser la tête et de la donner à manger à Pattenrond. C'est ça le problème. Et... Et, en plus je ne peux même pas lui hurler dessus parce que je lui ai dit que je voulais lui laisser le temps de gérer tout... Ça. Mais je lui en veux! »

Elle lâcha définitivement la cuillère à ce stade-ci et des gouttelettes de sauces allèrent se loger sur toutes surfaces à proximité, dont les avant-bras d'Hermione, sous l'impact du geste. La médicomage grimaça face à la douleur occasionnée et s'empara d'un linge pour s'essuyer en se détournant du four.

« Je lui en veux tellement, Harry... Tu... » Sa voix se brisa, elle tenta de reprendre sa respiration mais ses cordes vocales échappèrent un bruit plaintif. Elle avait l'impression de manquer d'air et d'étouffer. « Tu ne peux même pas... »

Ses poings se serrèrent et la peau du talon de ses paumes de mains devenaient plus laiteuse par le manque de circulation du sang. Elle marqua un temps comme si la jeune femme cherchait à réfréner les émotions qui l'assaillaient. Harry, qui l'observait, son dos appuyé contre le comptoir en granit, s'approcha d'elle. Il détestait la voir dans cet état.

« Si tu m'expliques, je pourrais, peut-être, essayer de comprendre? » proposa-t-il, à voix basse, après deux minutes de silence entre-coupé par la respiration hachée d'Hermione.

La brune releva les yeux et poussa un petit soupir frustré.

« Il n'y a pas grand-chose à expliquer. » argua-t-elle, fataliste. Ses mains vinrent s'appuyer contre la poignée du four, derrière son dos, et la jeune femme ferma les yeux. « Il m'a dit des trucs horribles pour me faire réagir quand... T'essayais de calmer Gin. Je sais qu'il ne le pensait pas, mais... »

« Mais ça fait mal? » déduisit Harry.

Elle opina. La bouche de la médicomage se plissa jusqu'à devenir une ligne fine pour tenter d'éviter les larmes corrosives qui lui piquaient les yeux de couler sur ses joues.

« Ça. » acquiesça-t-elle, la voix rauque. « Doublé du fait qu'il est parti, je... Je suis en colère contre lui. Je suis toujours en colère contre lui de toute façon. J'étais en colère avant qu'il arrive, j'étais en colère pendant qu'il était là... Et, maintenant, je suis complètement furieuse contre lui et j'ai atrocement peur que lorsque je retournerai à mon appartement, qu'il ait fichu le camp sans rien me dire. » débita-t-elle d'une traite en évitant de regarder son meilleur ami dans les yeux.

Celui-ci sembla ne pas vouloir l'entendre de cette oreille, car il passa ses bras autour des frêles épaules de la médicomage et la serra contre lui. Hermione resta droite. La jeune femme était incertaine si elle voulait chercher – trouver serait le terme le plus juste – du réconfort ou non.

Le Survivant se pencha un peu plus vers elle et il déposa son menton sur l'épaule gracile de la brunette dans un geste purement enfantin. Le jeune homme ne pu s'empêcher de faire un froncement de nez et une grimace en apercevant une seconde fois la mixture qui bouillait, toujours, dans le chaudron derrière son amie.

Au vu de comment elle rejetait son étreinte en ne faisant aucun geste, il se recula. Dès qu'Harry la lâcha, la médicomage enroula ses bras autour de son corps – comme si elle se suffisait uniquement à elle-même qu'elle n'avait besoin de personne d'autre.

« Hermione... » soupira l'auror. « Tu as toutes les raisons du monde d'avoir peur, toutes les raisons du monde d'être en colère, d'avoir de la peine, de tout vivre cela... Mais c'est à lui que tu dois en parler. »

Une larme se fraya un chemin jusqu'à la joue de la médicomage.

« Quand vas-tu cesser de faire passer les autres avant toi? » poursuivit Harry, en accentuant sur le dernier mot. « Tu fais toujours ça. Tu mets tout le monde sur un piédestal et tu t'oublies. Il a mal. Ron a mal. Gin a mal. J'ai mal. Tu as mal. Mais toi, toi, tu t'occupes de nous, tu t'occupes de Céleste et de Teddy... Qui s'occupe de toi? »

Hermione renifla.

Quelque chose se brisa soudainement en elle, la médicomage eut l'impression que ses jambes venaient de perdre cinq centimètres. Harry la reprit dans ses bras à l'instant même où il eut l'impression qu'elle allait tomber. Cette fois-ci, elle ne le repoussa pas et la jeune femme posa son front contre la poitrine de son meilleur ami.

« Je fais de l'auto-sabotage. » se diagnostiqua, encore une fois, la médicomage.

« Très probablement. » soupira Harry avec un petit sourire tendre.

Il choisit de taire le fait que lui-même devait être un expert dans la question.

Harry poussa un soupir et étira son bras afin d'éteindre la poignée pour éteindre l'élément de la cuisinière.

« Alors, tu as décidé que tu donnerais la vie dure à la cuisine de Ron pour te changer les idées? » s'amusa le jeune homme en changeant de sujet, alors que ses ongles caressaient le dos de sa meilleure amie à travers le t-shirt de pyjama.

« Hm. » grommela-t-elle. « J'avais peur de le réveiller et d'être si en colère que je lui arracherais la tête. Je me voyais, déjà, passé aux infos moldues. » confia la jeune femme.

« Tu n'aurais jamais fait ça. » ria l'auror. « Tu es beaucoup trop pacifique pour ça. Mais sache que je sais comment cacher un corps, si cela peut t'éviter de me réveiller à des heures impossibles. »

Elle essuya ses larmes pendant qu'elle se détachait de lui.

« Sérieusement, Harry? La mort de Charlie contre trois heures de sommeil? »

Seul le début de son sourire amusé soulignait à quel point elle trouvait cette idée ridicule.

« Tu n'as aucune idée à quel point j'accorde de l'importance à la merveilleuse activité qu'est de dormir. »

« Il faut vraiment que tu revois tes priorités. » ne put-elle s'empêcher d'ajouter.

Cette parole leur rappela, cette première soirée que Ron, elle et lui avaient passés ensemble. Elle était loin l'époque où ils avaient failli se faire tuer par un cerbère qu'on avait caché au troisième étage de Poudlard.

Peut-être que cela aurait dû être considéré comme un signe que l'amitié des deux Gryffondors ne lui apporteraient que des ennuis? Pourtant, Hermione n'avait jamais regretté une seconde d'avoir menti pour les protéger lorsque le Troll était entré dans l'école, le soir d'Halloween. Les ennuis avaient scellé leur amitié.

« Et toi, tu dois dormir. » conclu Harry. « Allez viens. »

Il fit un signe du menton vers l'escalier et lentement elle obtempéra en acquiesçant. Harry posa ses mains sur les épaules de la brunette et il la poussa gentiment vers le seuil de la pièce. Hermione s'arrêta, se rappelant ses activités culinaires quelques minutes plus tôt.

« Ma... La sauce. » indiqua la jeune femme en penchant la tête vers le chaudron, toujours posé sur le four.

« Je vais le jeter, tantôt. Ne t'inquiète pas. » Il tapota gentiment son épaule. « Allez, viens. Tu dois être épuisée. »

« Tu peux la jeter dans les toilettes. » proposa la médicomage.

« Même les eaux usées n'en voudront pas, 'Mione. Et puis, tu devrais le savoir, c'est pas terriblement écologique comme idée. »

Elle leva les yeux au ciel.

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Cela prit exactement trente minutes à Hermione pour s'endormir. Elle s'était installée sur le matelas qu'elle avait occupé depuis les attaques à Ste-Mangouste et sur le Chemin de Traverse, dans la pièce de rangement. Harry était resté à côté d'elle, patiemment, jusqu'à ce que ses membres tressautent par des spasmes d'épuisement. Incapable de retrouver le sommeil, l'auror était descendu au rez-de-chaussée et il avait pris le temps de nettoyer toute la cuisine.

Jeter. Rincer. Laver. Répéter ces trois actions.

Lorsque la pièce fut rangée et les expériences culinaires de sa meilleure amie oubliées, le jeune homme prit place sur l'un des tabourets autour de l'îlot de cuisine. Naturellement, ses pensées s'orientèrent vers Drago.

Il avait, bien sûr, remarqué que son petit-ami avait assisté aux funérailles. Assis un peu plus loin, le Serpentard avait tout de même été présent et ce geste comptait énormément pour le Survivant. Les deux hommes avaient échangé quelques mots entre la mise à terre et la lecture des testaments puis, Drago était parti. Ce bref moment avait suffi à influer l'espoir en Harry à propos de leur situation. Ce n'était pas irrémédiable. Le Gryffondor frotta mécaniquement sa cicatrice sur son front pendant cinq secondes avant de se reprendre. Il avait toujours gardé cette habitude et bien malgré lui, il y avait toujours une part de lui-même qui était surprise qu'elle ne soit plus douloureuse.

Il fut sorti de ses pensées par l'apparition de Teddy dans la cuisine, yeux endormis. Le garçon aux cheveux vert pomme, ce matin, marcha jusqu'à son parrain et ce dernier l'attrapa par les aisselles pour le prendre dans ses bras.

« Hé, petit bonhomme. » salua affectueusement le Survivant.

Teddy dodelina de la tête et celle-ci vint s'appuyer contre l'épaule d'Harry. Cet enfant n'allait jamais être un lève-tôt, analysa le brun avec amusement. Le garçon toujours dans ses bras, il marcha jusqu'au salon où il prit place dans le sofa et alluma la télévision. Une dizaine de minutes, son neveu et lui s'étaient endormis ensemble.

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Harry ne réussit pas à être étonné lorsqu'il trouva Céleste collé contre lui quand il se réveilla. La petite fille de quatre ans avait appuyé sa tête sur sa cuisse – la cuisse libre, car la tête de Teddy occupait l'autre – et elle avait couché le reste de son corps sur l'espace du sofa restant. Le jeune homme se questionna comment il avait pu ne pas s'éveiller devant le volume plutôt élevé des dessins animés qu'hurlaient la télévision.

Harry ne réussit pas à être étonné lorsque les deux enfants le supplièrent de faire des crêpes aux pépites de chocolat pour déjeuner. Il accepta sous condition d'incorporer des fruits dans le petit-déjeuner. Personne ne trouva rien à redire à cette proposition : rares étaient les personnes qui n'appréciaient pas des fraises ou des bananes avec du chocolat.

Harry ne réussit pas à être étonné lorsqu'à midi, Charlie Weasley transplana sur la galerie de la maison. Et de toutes les choses qui s'étaient produites depuis qu'il s'était fait réveiller à 4h30 par Hermione, c'était précisément l'élément dont il était le moins surpris.

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« Tu sais où est Hermione? » demanda de but en blanc le rouquin.

Charlie semblait posséder une difficulté avec la notion d'immobilité de toute évidence. Le dragonnier, hyperactif, ne cessait de marcher dans la cuisine.

Lorsque le rouquin avait découvert l'appartement vide, sans aucun mot, il avait d'abord cru qu'elle était partie faire des courses. Puis, devant le fait qu'il n'avait toujours pas de nouvelles et qu'il trouvait à considérer la situation anormale, Charlie avait commencé à se créer plusieurs scénarios – tous plus catastrophiques les uns que les autres.

Finalement, il avait décidé de venir vérifier auprès des personnes les plus susceptibles de savoir où la jeune femme s'était réfugiée : ses deux meilleurs amis.

Dans sa grande politesse, Harry lui avait offert un thé – qu'il avait décliné – et de s'asseoir – autre déclination. Le Survivant, qui devait impérativement s'occuper les mains afin d'éviter de se mettre à hurler impulsivement contre le frère de son meilleur ami pour l'état dans lequel Hermione était ce matin, amorça les étapes afin de se préparer lui-même un thé English Breakfast.

« Oui. » fini par opiner simplement le brun, peu généreux sur les détails.

« Alors? » s'impatienta le dragonnier. « Où est-elle? »

Le Survivant jeta un regard éloquent par-dessus ses lunettes à Charlie. Ce dernier ne broncha pas et l'observa en tâchant de maintenir vers la baisse son envie de secouer Potter dans tous les sens pour le faire réagir – et qu'il lâche cette foutue bouilloire.

« Potter. Harry. Harry Potter. La Terre appelle la Lune. » croassa le dragonnier en claquant des doigts afin d'attirer l'attention du Survivant après plusieurs minutes de silence.

« Tu sais, elle est vraiment en colère contre toi. » répondit autrement le jeune homme. « Elle doit l'avoir répété au moins une dizaine de fois, ce matin. »

Charlie appuya ses mains sur le comptoir et il ferma les yeux. Harry eut l'impression qu'il venait de l'abattre ou qu'une mine anti-personnelle s'était abattue sur son interlocuteur.

Le dragonnier consentit, enfin, à s'asseoir sur l'une des chaises. Le plus jeune le regarda alerte. D'une certaine manière, il s'attendait à devoir défendre les intérêts d'Hermione. Il s'attendait à ce que Charlie nie tout en bloc. Il s'attendait à entendre le verbe exagérer plusieurs fois.

« Je le savais. » répondit simplement le dragonnier, ce qui fit arqua un sourcil à l'auror.

« Pardon? »

« Je le – »

« Non, non. J'avais compris. » le coupa le brun. « Je ne m'attendais juste pas à ce que... Tu sois au courant. »

L'ambiance pour le moins froide entre eux sembla, tout à coup, se réchauffer.

« C'est, plutôt, évident. » soupira le plus vieux. « Elle me l'a dit, aussi, pour ensuite faire semblant que tout allait bien. »

« Ouais, c'est sa spécialité, ça. »

Charlie pouvait difficilement être plus en accord ces paroles.

La bouilloire qui sifflait interrompait le silence dans lequel ils étaient plongés. Harry secoua la tête et de mauvaise grâce décida de collaborer.

« Elle dort. En haut. Dans la salle de rangement. Troisième porte à droite. »

« Merci, Harry. »

Le rouquin était, déjà, sur ses deux pieds.

« Charlie? » interpella le brun en réajustant ses lunettes en équilibre. « Je sais cacher un corps. »

« Quoi? » demanda le dragonnier, en plissant les yeux, ne comprenant pas ce que voulait dire le Survivant.

« Ron, aussi, d'ailleurs. » poursuivit-il en ne prenant pas en considération l'intervention du roux. « On sait, aussi, comment déguiser des meurtres – c'est un truc qu'on apprend quand on devient auror. Si tu disparais, encore, pour revenir la bouche en cœur... NI lui, ni moi on va hésiter à te le faire regretter. »

Les menaces semblaient être complètement irréelles dans sa bouche et le dragonnier cru pendant deux secondes que c'était une mauvaise blague. Et, il aperçut la mine sérieuse que son interlocuteur arborait.

« C'est bon, Harry. »

« Quand je t'ai dit de réparer les pots brisés avec Hermione, il y a deux semaines, ce n'était certainement pas pour que tu les fracasses encore plus fort. »

« J'ai compris. C'est bon. J'ai fait une gaffe. »

Le brun tressaillit et sa mâchoire se contracta.

« La seule chose que je peux te dire, Charlie, c'est que tu n'as pas fait que gaffer. »

Une gaffe, c'était d'échapper des graines de toasts par terre.

Une gaffe, c'était d'envoyer la mauvaise lettre à la mauvaise personne.

Une gaffe, ce n'était pas de pulvériser un cœur déjà rafistoler.

Charlie se retourna une dernière fois vers le Survivant avant de quitter la cuisine. Il était bien décidé à lui renvoyer la monnaie de sa pièce – Harry Potter n'était pas blanc comme neige.

« Je tiens juste à dire que pour un mec qui a probablement mis ma sœur en cloque, tu as quand même du front tout le tour de la tête. »

Et au vu du regard atterré du Survivant, Charlie eut l'impression qu'il venait de larguer une bombe digne d'Hiroshima et de Nagazaki dans la tête et dans le cœur d'Harry. Bien. Comme ça, ils ne seraient pas deux à avoir l'impression que leurs entrailles étaient décimées et anéanties.

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Les yeux d'Hermione papillonnèrent lorsqu'elle sentit une main dans ses cheveux.

Charlie la fixait.

Hermione étouffa une petite plainte dans son oreiller – une tentative de refus de s'éveiller – alors qu'elle poussait tout son corps contre sa main, son bras, son torse, son bassin, lui.

Ses yeux s'ouvrirent de nouveau.

Le sourire de Charlie.

Il était gravé dans son esprit. Pourtant, Hermione était incapable de le reproduire parfaitement dans ses pensées sans le modèle devant ses yeux. Les doigts se figèrent dans un nœud formé par ses boucles brunes.

« Charlie? » murmura-t-elle, à demi consciente s'il s'agissait d'un rêve ou de la réalité.

Les lèvres de Charlie contre la naissance de ses cheveux.

« Oui? » répondit le dragonnier, à voix basse – sa vibration vint délicieusement chatouiller l'épiderme de la jeune femme.

Cette fois-ci, les yeux de la brune s'ouvrirent et elle détailla le visage du jeune homme alors que ses doigts suivaient ses pensées. Ses phalanges passaient au peigne fin la mâchoire, la joue, le sourcil gauche, le front, l'arête du nez.

« Tu es là. » constata Hermione.

« Je suis là. » affirma le dragonnier.

« Tu vas partir? »

Le jeune homme hésita pendant quelques secondes à la manière de formuler la réalité. Le ton de voix alerte d'Hermione l'ébranla plus que ce à quoi il aurait pu penser. Il ne savait pas quoi dire. Un départ était inévitable.

Sa vie était en Roumanie. Un jour ou l'autre, il allait devoir y retourner.

« Tu vas partir. » soupira la brunette, défaitiste.

« Je reste jusqu'à la semaine prochaine. » nuança-t-il.

« Et, ensuite? »

« Je vais revenir, je te le – »

« Non. » le coupa-t-elle. « Ne me fais plus de promesses que tu ne pourrais pas tenir. Je n'ai pas envie de me mettre à te détester. »

Il acquiesça la tête, lentement.

Charlie pouvait comprendre aisément son point de vue. Le jeune homme se coucha sur le lit et automatiquement elle vint nicher sa tête entre sa poitrine et son épaule. Les doigts d'Hermione jouaient paresseusement avec son t-shirt noir alors que ses doigts à lui continuaient leur manège dans la chevelure brune.

« Je vais revenir, alors. » murmura le jeune homme, bien décidé à regagner sa confiance.

Elle ne répondit rien. Elle n'haussa que simplement des épaules, peu certaine de ce qu'il lui disait.

« Je ne parlais pas de la Roumanie. » expliqua-t-elle, enfin. « Tu vas partir. » répéta la jeune femme.

Ses yeux fixèrent un point au plafond. Et, Charlie comprit où elle voulait en venir. Il resserra l'étau que de ses bras autour d'elle de manière urgente.

« Non. » chuchota-t-il. « Non, je ne partirai pas. Tu es tout le temps avec moi, Hermione. Il n'y a pas une journée qui passe où ton visage ne tourne pas dans ma tête. Tu es toujours là, où que je sois. Tu me captives. Tu me... » Charlie s'empara brusquement des mains d'Hermione et les déposa sur son chandail noir, sur sa poitrine. « C'est ultra kitch, mais c'est tellement vrai… Tu… Je n'ai plus de contrôle sur mon cœur. À l'instant même où tu m'as demandé si tu pouvais m'accompagner en Roumanie. À l'instant même, où tu m'as regardé comme si je pouvais faire tout régler en un tour de main… J'ai plus aucun contrôle sur rien. »

La brune le regarda soufflée. Bouche bée. Désarmée. Incapable de dire prononcer quelque chose. Terrorisée et tremblante. Perdue et sans repères.

Elle ouvrit la bouche, puis la referma. Ses pensées fusaient de toute part et elle n'arrivait pas à les mettre en ordre. Hermione eut l'impression ultime qu'elle venait de se shooter à l'héroïne et qu'elle hallucinait. Ou, la présence de Charlie près d'elle était comme une drogue dure qui allait ronger tout son esprit rationnel. La médicomage n'était jamais capable de réfléchir rationnellement quand il s'agissait de lui.

« Tu es fâchée contre moi? » demanda Charlie, sa bouche contre l'épiderme de la médicomage.

« Tu es compliqué à aimer, Charlie. » chuchota-t-elle.

« Je sais, je suis désolé. » concéda le dragonnier, en poussant un soupir. « Je suis désolé pour toi. Je suis désolé d'être incapable de t'aimer correctement, Hermione. Tu mérites tellement mieux que... Ça. Je suis désolé. »

« Tu es compliqué à aimer, mais tu es la plus belle chose qui me sois arrivé. Et tu es la pire, aussi. J'ai l'impression de ne rien contrôler, d'être constamment dans des montagnes russes et j'ai toujours peur de me faire éjecter du wagon. »

« On est deux maniaques du contrôle, hein… » soupira Charlie à voix basse en riant.

Hermione eut un sourire et dodelina de la tête. Ses doigts se resserrèrent sur le tissu de son chandail, parée à l'éventualité où ses mots lui donneraient l'idée absurde de la quitter.

« Je le suis tout de même un peu moins. » décréta Hermione. « Fâchée, je veux dire. »

« Tu veux que je te laisse seule? »

Elle secoua de la tête précipitamment.

« Jamais. »

Charlie n'eut besoin d'aucun argument supplémentaire pour rester collé contre elle sur ce matelas étroit déposé à même le sol. Il écouta attentivement chacun de ses battements de cœur, chacune de ses inspirations et chacun de ses soupirs.

Ils étaient en apesanteur, comme sur un high de l'autre.

Le rouquin se promit qu'il passerait les prochains jours – les semaines, les mois, les années, s'il le fallait – à se faire pardonner. Parce que là, avec Hermione au creux de ses bras, le monde entier prenait son sens. Comme deux pièces de morceaux de casse-tête égarées qu'on imbriquaient l'une dans l'autre.


NOTE : Je suis désolée pour cette immense attente! J'espère que vous avez bien aimé notre Harry (personnellement, je me suis particulièrement amusée à écrire ce chapitre que j'appréhendais beaucoup)! Big love & à bientôt xox

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RAR :

Maddy : Oh merci beaucoup pour tes mots! «3 C'est vrai qu'il y a eu un changement plutôt drastique avec ces funérailles dans les actions de Charlie. Le pauvre ne sait pas tellement comment réagir face à tout cela! (j'imagine énormément Charlie comment dealer avec les émotions et il préfère la compagnie des créatures/dragons parce que c'est plus simple comme ça) Et oui, Draco a des raisons de se méfier...