Et l'épilogue ! Merci d'avoir lu -w-

Disclaimer : Tout est à Beemoov sauf Moana et Noémie (ainsi que Charlotte !), la chanson "I'm Not a Saint" est de Billy Raffoul :)

Rating : K+


- Madame, ne courrez pas comme ça, vous allez vous blesser !

La secrétaire était derrière moi. J'étais encore bien à la bourre pour une réunion avec les collègues. On devait parler du cas d'un enfant qui n'était pas sans me rappeler celui de Nathaniel, il a dix ans de cela.

Maintenant, j'étais éducatrice et faisais tout mon possible pour redonner un espoir dans la vie de ces enfants pour qui rien n'avait été simple alors qu'ils sortaient à peine du berceau. Bon, pour le coup, je faisais surtout tout mon possible pour ne pas être plus en retard que je ne l'étais déjà.

Je passai en coup de vent dans mon bureau pour prendre des dossiers et fonçai vers les escaliers. Dans la précipitation, mes pieds s'emmêlèrent et je ne vis pas la fin des marches.

Je fus réveillée par un « bip bip » continu et désagréable. Ma tête me faisait affreusement mal et je n'osai pas bouger. La dernière fois que j'avais eu aussi mal au crâne, c'était à l'appartement que je partageais avec Nathaniel. Nous avions fait une grande fête avec nos amis pour notre crémaière. Et disons que le lendemain n'avait jamais été aussi difficile…

Mais cette fois-ci, j'avais mal partout. J'ouvris prudemment les yeux et vis que je me trouvais dans une pièce d'une blancheur immaculée.

- Qu'est-ce que je fabrique dans une chambre d'hôpital… ?

Évidemment, personne ne me répondit. Je me rappelai la réunion, la secrétaire qui me courrait après et … Ah. La chute dans les escaliers. Je comprenais mieux. Je refermai les yeux, trop éblouie, mais fus obligée de les rouvrir en entendant des éclats de voix dans le couloir.

- Laissez-moi la voir ! C'est ma femme !

La porte s'ouvrit à la volée. Nathaniel rentra à l'intérieur, plus pâle que la mort, et vint s'asseoir sur le bord du lit. Il portait encore sa robe de magistrat, étant à présent juge pour enfants, et avait dû venir ici le plus rapidement possible.

- Moana, parle-moi, est-ce que tout va bien ?, me demanda-t-il en posant une main sur ma joue.

- Oui, je crois. J'ai mal partout mais ça devrait aller, t'inquiète.

- Tu n'imagines pas la peur que j'ai eue… Qu'est-ce qui t'a pris de courir dans les escaliers, sérieusement ?

Je n'eus pas le temps de répondre qu'un médecin et une infirmière rentrèrent dans la chambre.

- Ah, vous voilà réveillée ! Tant mieux. Vous nous avez fait une belle frayeur, vous savez ? Une chute encore plus violente vous aurait fait perdre vos bébés.

- Mes quoi… ?

Des bébés… ? Mais de quels bébés parlait-il ? Où est-ce qu'il y en avait plusieurs ? En voyant mon incrédulité et le fait que Nathaniel avait l'air complètement déconnecté.

- Les jumeaux que vous portez, bien entendu. Vous ne le saviez pas ? Dans ce cas, je suis navré de vous l'avoir appris de cette manière. Cependant, nous allons devoir vous garder un petit peu pour être sûrs que tout va pour le mieux pour eux et bien évidemment pour vous. Je repasserai dans la soirée et reposez-vous bien.

Nathaniel cligna des yeux plusieurs fois et une larme coula sur sa joue. Je ne compris pas sur le coup et l'essuyais d'un revers de pouce.

- Ben, Nath, qu'est-ce qui t'arrive ?

- Tu le savais… ?, me demanda-t-il en posant une main sur mon ventre.

- Non, bien sûr que non, je te l'aurais dit sinon… Je suis enceinte… De jumeaux. Et de toi.

Nathaniel se mit à rire doucement en entendant cette phrase.

- J'espère bien qu'ils sont de moi ! Et désolé si je t'ai fait peur, je ne m'attendais tellement pas à cette nouvelle. L'hôpital m'a appelé pour me dire ce qu'il t'était arrivé. Je pensais qu'on allait me dire que c'était grave. Pas que ma famille allait s'agrandir avec la femme la plus merveilleuse du monde, me dit-il en caressant mon ventre.

- Parce que tu veux les garder ?

- Pas toi ?, me demanda Nathaniel d'une voix blanche.

- Évidemment que si.

Nathaniel se leva en secouant la tête. Il alla rapidement voir le médecin qui lui dit que je pourrais sûrement sortir dans quelques heures, une fois que j'aurais passé une échographie et que j'aurais un peu dormi.

Nathaniel était resté avec moi toute la journée et je me sentais beaucoup mieux. Les médecins n'avaient pas réussi à l'expliquer mais tout allait bien. On venait à peine de rentrer à l'appartement et pour ma part de me caler sur le canapé quand on frappa à la porte. Moi qui aurais bien voulu avoir la paix ce soir… Nathaniel ne semblait pas si surpris que ça que quelqu'un vienne nous voir par contre….

- Ah bah quand même ! Bon, elle est où Maman, que je la félicite comme il se doit ?

Noémie venait d'entrer comme une furie dans ma salle, sa fille dans les bras. La petite était un petit bout de chou le plus adorable du monde. Elle avait les cheveux aussi noirs que ceux de sa mère mais avait hérité des yeux vairons de son père. Du haut de ses deux ans, elle regardait tout le monde avec curiosité et adorait les câlins. Par contre, si elle n'aimait pas la personne, elle le faisait vite savoir en tirant la langue. Bon, je l'avoue, c'était moi qui lui avais appris ça. Noémie me rappelait sans cesse que si sa fille était mal élevée, c'était à cause de moi.

- Charlotte, va voir ta marraine pour dire bonjour, dit Noémie en la posant par terre.

Charlotte crapahuta comme elle put jusqu'au canapé et entreprit de l'escalader. Mais elle perdit l'équilibre avant que je n'ai eu le temps de l'attraper. Elle tomba sur les fesses, sans dire un mot, se releva, tira sur sa petite robe violette et grimpa directement sur mes genoux. Elle me fit un énorme câlin et un gros bisou bien baveux sur la joue.

- Jour Tata, dit-elle.

- Bonjour, ma belle. Alors dis-moi, il est où papa ?, demandai-je en recoiffant ses bouclettes.

- Figure-toi qu'on était tranquillement à la maison, puisque Lysandre n'a pas de défilés de prévu en ce moment, et là qu'est-ce que je reçois ? Un appel de ton cher et tendre qui me dit que tu es à l'hôpital. Non mais tu te rends compte ? J'ai failli lâcher Charlotte qui était dans mes bras ! Je pensais que t'avais eu un accident et tout ! Bon si apparemment mais c'est pas le plus important. T'es enceinte ! Des jumeaux en plus ! Vous avez pas chômé, hein.

- Euh, oui, on va dire merci. Je crois, lui répondis-je.

Noémie s'assit à côté de moi et regarda Nathaniel avec un sourire qui voulait tout dire. Elle continua sa tirade.

- Et pour répondre à ta question, Lysandre est à la maison. Castiel a débarqué tout à l'heure. Comme Lysandre a écrit quasiment toutes les chansons de son album, ils devaient voir je-ne-sais-plus trop quoi par rapport à ça… Donc ils arrivent dès qu'ils ont fini.

- Oui, j'ai vu que son album était sorti ! Sa chanson « I'm Not a Saint » marche pas mal apparemment.

- Ce qui est surtout étonnant c'est que ce soit la seule que Castiel ait écrit sans Lysandre. M'enfin, ils se débrouillent tous les deux.

Noémie haussa les épaules. Charlotte descendit de mes genoux pour venir quémander les bras de Nathaniel qui la prit de bon cœur avec lui. Je ne savais pas ce qu'il lui avait fait mais la petite adorait Nathaniel. A chaque fois qu'elle nous voyait, j'avais le droit à un câlin et elle passait le reste du temps dans les bras de mon cher et tendre. Il arrivait même à faire tomber les petites filles sous son charme… Ça nous avait pas mal fait rire d'ailleurs parce qu'elle ne portait même pas autant d'attention à Castiel qui était son parrain. Ne me demandez pas à quel moment dans leur tête ils ont jugé que le roux serait le parfait candidat au poste. Je m'étais attendue à ce que Noémie choisisse son frère… Mais comme ils m'avaient prise comme marraine, ils voulaient prendre quelqu'un de proche de Lysandre, histoire de rétablir la balance. Logique.

Nathaniel était parti avec Charlotte dans la cuisine quand notre porte d'entrée s'ouvrit à la volée.

- Moana, je comprends pas, t'attends des enfants et on a été prévenus à l'arrache par texto ? Il y a quelque chose qu'on a fait de mal ? Pourquoi on a pas eu un vrai faire-part et tout ? Tu nous en veux ?

Alexy me secouait par les épaules. Puis il s'arrêta brusquement avant de poser ses mains sur mon ventre et de se tourner vers Kentin.

- Tu m'as dit qu'il y en avait combien là-dedans, déjà ?

- Ben, deux.

- Ah oui voilà, merci.

- Et Alex, je n'ai rien envoyé parce que je ne le sais que depuis ce matin, lui dis-je. Par contre, je peux savoir comment ça se fait que l'information ait autant fuité ?

Je m'en doutais plus ou moins mais je voulais la confirmation. Nathaniel était en train de se planquer derrière Charlotte et je lui lançai mon plus beau regard accusateur.

- Coupable, madame la juge. Je les ai prévenus ce midi quand tu t'es rendormie. Me regarde pas comme ça, de toute façon on devait tous se rejoindre pour fêter les dix ans du bac. Ils nous auraient tués s'ils l'avaient su aussi tard.

Alexy et Noémie secouèrent frénétiquement la tête pour confirmer ses dires. J'allais dire quelque chose mais me ravisai. Ça me faisait plaisir de les avoir tous ici à la maison, même si je n'aurais pas été contre un peu de repos supplémentaire. De toute façon, Nathaniel était parti faire autre chose et ne m'aurait pas écouté. Il était revenu sur le canapé, Charlotte toujours accrochée à son cou (j'allais finir par être jalouse !), et lui lisait « la Belle au Bois Dormant ».

- Thaniel !, s'écria la petite en pointant le dessin du prince de son petit doigt.

Elle fit un énorme sourire à Nathaniel et mit son pouce dans sa bouche. Je réprimais un fou rire en voyant que Charlotte le regardait amoureusement.

- Papa il va être content quand il va voir que sa fille chérie a succombé au charme d'un autre homme, dis-je en jetant un coup d'œil amusé à Noémie.

- Ça va lui briser le cœur, oui. Nath, t'es cruel. T'en prendre à une fille si jeune…

- Qui s'en prend à ma fille ?

Lysandre et Castiel venaient d'entrer à leur tour. Surtout faites comme chez vous les gars, vous embêtez pas à frapper hein. Castiel me fit comprendre d'un geste de la main que la porte était ouverte. Il partit prendre sa filleule dans les bras alors qu'elle n'avait rien demandé. Mais bon ça n'eut pas l'air de la déranger plus que ça. Elle lui fit aussi un gros câlin avant de l'embrasser sur la joue. Bon par contre Charlotte fit une grosse grimace.

- Tonton ! Pique !

Je partis dans un fou rire. Castiel qui se fait engueuler par une gosse parce qu'il n'était pas rasé. Excellent. Il posa Charlotte et vint vers moi pour m'ébouriffer les cheveux.

- Entre la tortue et l'éléphant que tu as en tatouage, bientôt tu vas ressembler à une baleine, est-ce que je peux te surnommer « Zoo de Beauval » maintenant ou j'attends un peu ?

- Toujours aussi délicat. T'es vraiment un pote, toi, lui dis-je en levant les deux pouces. On va dire que tu nous félicites, hein.

Castiel ricana et prit une chaise pour s'asseoir. Il salua de la main Nathaniel qui était encore occupé avec ma filleule.

Ça m'étonnait toujours de voir comment, en l'espace de dix ans, les deux avaient réussi à devenir amis. Même leurs plus vieilles connaissances ni croyaient plus. Bon déjà, leurs rapports avaient commencé à s'améliorer après le bac mais ça s'était vraiment arrangé quand Castiel avait été pris dans une espèce d'histoire avec la justice (je ne me rappelais plus de tous les détails, un problème de trafic …) alors qu'il n'y était pour rien. J'avais demandé à Nathaniel de l'aider puisqu'il était en quatrième année de droit à ce moment-là et il avait réussi à lui constituer un dossier en bêton. Si bien que Castiel avait réussi à s'en sortir sans aucun dommage. Comble du comble, puisque le concours que Nathaniel avait passé pour rentrer juge portait sur un problème similaire. Il connaissait déjà pas mal la procédure et les textes de loi.

Ça leur arrivait encore de se chamailler, évidemment. Mais c'était bien moins violent qu'à l'époque et c'était plus que reposant.

- Au fait, Moana, j'ai une surprise pour toi !, me dit soudainement Alexy. Mais je ne peux pas te l'apporter maintenant…

- Euh, oui, d'accord, merci. Par contre tes surprises me font toujours un peu peur…

- Mais non, faut pas, tu vas voir !

- Si tu le dis… D'ailleurs, comme on est dans le thème « bébé », ça en est où pour vous ?

Alexy ne me répondit pas et se contenta de pincer les lèvres. Kentin vint se mettre derrière lui et posa une main rassurante sur son épaule.

- On ne sait pas encore. Les papiers sont encore en attente pour savoir si on peut adopter ou non… Et comme ils se sont basés sur le fait qu'Alex ait travaillé de nuit toute l'année dernière, j'ai peur qu'ils refusent.

- Mais complètement idiot ! C'est pas comme s'il faisait des strip-teases, il est infirmier ! Et de toute façon, t'es là la nuit, toi. Je ne vois pas ce qui pourrait gêner. Je suis sûre que vous allez bientôt avoir une réponse positive, leur dis-je avec un sourire.

Non mais c'est vrai quoi. On ne pouvait pas rêver mieux comme parents que ces deux là. Kentin était devenu instituteur en primaire. Ça nous avait tous pas mal surpris d'ailleurs. On pensait tous qu'il allait repartir à l'armée ou quelque chose comme ça et puis, un jour, il nous a sorti qu'être prof lui plairait bien. Et c'est qu'il a réussi le bougre. Même si je ne comprends pas toujours le pourquoi du comment… Autant Noémie était devenue traductrice de mangas et d'animés, c'était assez prévisible, mais son frère… Et Alexy était devenu infirmier en clinique. Quand ils ont commencé à vouloir adopter, Alex avait même revu ses horaires pour ne travailler que de jour. On pouvait difficilement faire plus motivé pour vouloir avoir des enfants.

- Je ne sais pas, Moana. Malheureusement, ce n'est pas nous qui choisissons et s'ils ont décidé d'être abrutis…

J'allais lui répondre qu'il fallait être moins pessimiste quand Alexy se mit à hurler.

- Ma surprise est arrivée ! Attends-moi là !

Alexy courut jusqu'à la porte d'entrée et bouscula même Noémie. Je ne savais pas ce que le bleu avait préparé mais ça commençait à me faire peur, il était bien trop excité… Et un Alexy trop joyeux n'annonçait pas forcément un super plan.

Quoique.

Avant même qu'il n'ait pu faire un pas dans l'appartement, je me jetai dans ses bras.

- Armin ! Ce que je suis contente !

- Oui, je vois ça !, me dit-il en me rendant mon étreinte.

Ça faisait presque un an que je n'avais pas vu le brun. A la sortie du lycée, il était parti dans une école pour faire de la programmation mais s'était mis à présenter des jeux vidéo sur internet. Et tenez vous bien, il avait reçu une offre pour faire du doublage dans un film d'animation. Ça lui avait tellement plu qu'il avait laissé tomber la programmation. Sauf que le doublage ne lui suffisait plus et être devant la caméra le charmait de plus en plus et puis, il devenait vraiment populaire mine de rien. Donc il était à présent acteur. Le dernier film qu'il tournait lui demandait énormément de temps et de préparation, puisqu'étant un film d'action (si j'avais bien suivi ce qu'il m'avait dit). C'était de plus en plus compliqué pour lui de venir nous voir mais on s'appelait toutes les semaines.

La seule chose qui me dérangeait c'était qu'il était avec une nouvelle nana quasiment chaque mois. Surtout depuis qu'il avait tourné dans une pub pour un parfum. En même temps, je pouvais les comprendre ces filles-là. Dans la pub, Armin était en costard, plus sexy que jamais, et emballait un nombre incalculable de filles. Autant vous dire que ça vous met les hormones en ébullition. En vrai, je faisais une remarque par rapport à la carrière inattendue de Kentin mais celle d'Armin était pas mal non plus.

- Comment se fait-il que tu sois là ? Je croyais que le tournage te prenait trop de temps ?, lui demandai-je.

- Quand Alex m'a appelé ce matin pour me dire que la plus belle des meilleures amies était enceinte, j'ai sauté dans un jet pour venir te féliciter figure-toi.

- T'es vraiment adorable. Allez viens, tout le monde est là en plus ! Nath' les a tous prévenu dans mon dos.

Je l'entrainai à ma suite dans le salon. Armin salua tout le monde et vint s'asseoir à côté de Lysandre. A peine posé, les deux partirent aussitôt dans une grande discussion. Si j'avais bien compris, la maison de couture pour laquelle Armin avait tourné sa pub cherchait à embaucher Lysandre depuis un bon moment. En même temps, avec sa couleur de cheveux et ses yeux vairons, toutes les grandes maisons se l'arrachaient. Mais il répondait toujours que les défilés de son frère Leigh passaient avant tout.

Quand je faisais le bilan, ça me fit drôle de me dire que j'avais trois presque stars dans mon salon. Qui se mirent d'ailleurs à se chamailler comme s'ils avaient cinq ans. Bon, tant pis pour les grands mythes…

Je demandai ce que mes invités voulaient boire avant d'aller préparer tout ça dans la cuisine. En posant les derniers verres sur un plateau, je faillis sursauter en voyant que Kentin se tenaient à côté de moi.

- Tu sais pourquoi il est là, n'est-ce pas ?, me demanda mon cousin.

- De qui est-ce que tu parles ?

- D'Armin, bien sûr ! Qui d'autre ? Il te dévore toujours autant des yeux… Mais, s'il-te-plait…

- Je sais ce que tu vas me dire, Kentin. La dernière fois, c'était une erreur, je n'allais pas bien et puis ça remonte à il y a quatre ans ! C'est fini tout ça.

- En attendant, lui a l'air toujours aussi amoureux, me dit Kentin avant de repartir dans le salon.

Je soupirai. Je savais tout ça. Je savais aussi que c'était à cause de moi si le brun n'arrivait pas à se poser avec quelqu'un parce qu'il m'aimait toujours. Rien n'avait changé depuis le lycée de ce côté-là. Mais mes sentiments pour Nathaniel n'avaient pas changé non plus et c'était avec lui que j'avais décidé de construire ma vie, point à la ligne.

Mais j'avais dérapé une nuit… Quatre ans auparavant, Nathaniel passait encore d'importants concours et l'ambiance à mon travail n'était pas super. On était tous les deux à cran et on s'était fortement disputés. Trop fortement. J'avais pris mes valises en faisant comprendre au blond que c'était fini entre nous et avais atterri chez la seule personne qui m'écouterait sans porter de jugement : Armin. Il était sur Paris à ce moment-là et travaillait sur projet d'animation. J'étais tellement triste en arrivant chez lui qu'il m'avait hébergé pendant deux jours sans me poser la moindre question. La dispute avec Nathaniel tournait trop dans mon esprit et j'étais en colère pour ce qu'il m'avait balancé à la figure. De toute façon, à ce moment-là dans ma tête, notre relation était terminée entre le blond et moi. Donc Armin en avait profité et on avait de nouveau couché ensemble. Le lendemain, j'avais été prise de remords et Nathaniel m'avait appelé pour s'excuser. J'étais revenue mais le mal était fait.

Il n'y avait que Kentin qui était au courant de cette histoire. Il nous avait grillés un jour où les jumeaux et mon cousin étaient venus à la maison. D'après lui, les regards qu'on se lançait étaient trop évidents et Kentin m'avait prise entre deux pour que je lui explique.

Depuis, mon cousin ne cessait de me répéter de faire attention. Je le savais bien. J'avais fait une énorme connerie que je regrettai encore aujourd'hui. Mais Nathaniel était au courant de tout ça. Il n'avait pas hurlé, n'avait pas foncé chez Armin pour lui en coller une. Il m'avait juste pris dans ses bras et c'était excusé une nouvelle fois. D'après lui, il était le seul fautif dans cette histoire parce qu'il avait passé ses nerfs sur moi alors que j'essayais de le soutenir pendant qu'il passait le concours. On n'en avait jamais reparlé depuis. Par contre, il tolérait le brun à la maison mais je sentais son regard rempli de jalousie à chaque fois qu'Armin n'était pas loin de moi.

Le brun était conscient de tout cela. On en avait déjà parlé. Il n'arrivait pas à m'oublier et il ne pouvait rien y faire. Moi non plus d'ailleurs. C'était comme ça et il fallait faire avec. Ma place était avec Nathaniel et il avait parfaitement raison. J'adorais Armin mais cette nuit-là avait été une erreur.

Je posai un bol de chips sur le plateau. J'allai le prendre quand on me le prit des mains.

- Pas d'effort, fillette.

Castiel prit le plateau d'une main et quelques bouteilles de l'autre. Si bien qu'il ne me restait plus que, ben, une bouteille d'eau à porter.

Nathaniel était en train de servir quand je m'assis sur le canapé.

- Non, Charlotte, ne touche pas à ça !, l'interpella sa mère.

La petite avait plongé sa main dans le bol de cacahuètes. Lysandre avait vu le coup venir et prit sa fille dans ses bras avant qu'elle n'ait eu le temps de refermer son poing dans le bol. Je me mis à rire en voyant que ma filleule boudait royalement son père. Lysandre ne se laissa pas démonter pour autant et lui expliqua le plus calmement du monde qu'elle savait très bien qu'il ne fallait pas qu'elle touche à ça. Il tourna son poignet et regarda sa montre.

- Vu l'heure, c'est normal qu'elle ait faim. Moana, je t'emprunte ta cuisine.

Il se leva, toujours sa fille dans les bras, et disparut faire je-ne-sais-trop quoi. Noémie était stoïque et commençait à laisser des marques d'ongles sur la table basse.

- Oh, déstresse, qu'est-ce qu'il t'arrive encore ?, lui demandai-je.

- J'essaye de faire confiance à Lysandre. Disons qu'à chaque fois qu'il rentre dans la cuisine, ça finit en catastrophe. Il oublie un truc à chaque fois. J'ai passé le week-end dernier à nettoyer le four. J'espère que tu ne tiens pas trop à tes ustensiles non plus…

- Ah, euh…

Je lançai un regard inquiet à Nathaniel. On était prêts à se lever pour rejoindre le victorien quand il revint avec un biberon plein de lait.

- Qu'est-ce qui se passe ?, demanda-t-il avant de donner son biberon à Charlotte.

En même temps, c'était assez comique. Noémie tiquait de la paupière, Castiel était mort de rire sur sa chaise, les trois autres le regardaient comme s'il était un martien et Nathaniel et moi étions sur les starting-blocks. Lysandre fronça les sourcils avant de comprendre. Il leva les yeux au ciel et nous dit qu'il savait quand même se servir d'un micro-onde. J'aurais juré avoir entendu Noémie dire « Permets-moi d'en douter ».

Je pris mon verre de jus de fruits en secouant la tête.

- Bon, allez, à la vôtre tout le monde !

- Yep !, me répondirent-ils en chœur.

- Au fait, vous avez des prénoms en tête ?, me demanda Alexy après avoir vidé sa coupe.

- C'est pas un peu tôt, ils l'ont su que ce matin, hein, dit Noémie. Nous, on a mis six mois avant de nous décider.

- Et bien figure-toi qu'on en avait déjà parlé un peu, lui répondit Nathaniel. Il y en a toujours deux qui sortent du lot donc ça tombe bien.

- C'est Léo et Raphaël, terminai-je avec un grand sourire.