Chapitre 93 : Une Mauvaise Surprise au Terrier

Arrivée au Terrier, Harriet se cogna la tête contre le manteau de la cheminée.

« Ouille ! » s'exclama-t-elle en se passant une main sur sa bosse nouvellement formée.

« Attention ! Baisse-toi ! » s'exclama Ronald Weasley en lui prenant la main. « La cheminée est un peu petite. »

Elle sentit qu'on la tirait hors de la cheminée, en passant une main au-dessus de sa tête pour faire légèrement pression et la pousser à se baisser. Elle se massa le haut du front tout en se laissant faire pour se dégager du chemin et laisser la place à sa mère. Cette dernière semblait déjà être venue puisqu'elle se baissa directement.

Harriet se redressa ensuite et, avisant la main de Ronald Weasley qui tenait toujours la sienne, elle s'écarta vivement avec une expression dégoûtée sur le visage. Elle observa ensuite les lieux. C'était une maison de pauvres mais le mobilier était chaleureux. Quant à l'odeur, cela sentait bon. Si elle ne détestait pas les Weasley, elle se sentirait bien ici. Cela se rapprocherait plus de son ancienne vie. Avec la magie évidemment.

L'autre détail qui la frappa fut la présence d'une jeune fille d'environ son âge mais qu'elle se doutait être un an plus jeune. Cheveux roux et le même regard que Weasley. Elle sut qu'il s'agissait de Ginevra Weasley. Mais que faisait la fille de Dumbledore ici ? Elle la croyait à Sainte Mangouste en psychiatrie ! Le regard fixe et pénétrant de la jeune fille lui fit froid dans le dos.

« Bonjour, » fit-elle simplement pour paraître polie et bien élevée.

« Salut Harriet, » fit alors Ronald Weasley.

« Weasley, » dit-elle simplement sans quitter la jeune rousse des yeux.

« Fais pas attention à Ginny. Elle est un peu folle dans sa tête. »

« Ron ! » s'exclama Mme Weasley. « Ne dis pas du mal de ta sœur ! Ne fais pas attention, Harriet, » ajouta-t-elle ensuite à l'adresse de la jeune Prince. « Ginny est dans son monde à elle depuis … l'incident à Poudlard. Elle fixe tout le monde ainsi. Elle ne parle pas mais fait parfois quelques bruits sans plus. Ne te tracasse pas. »

« Très bien, » fit Harriet tout en gardant malgré tout les yeux fixés sur Ginevra. « Où sont les jumeaux ? » demanda-t-elle ensuite.

« On est là ! » s'exclama Fred en descendant un escalier quatre à quatre. « Notre petite Serdaigle préférée ! Mme Prince ! Bonjour ! »

« Bonjour les enfants, » sourit Eileen. « Harriet pas de bêtises. »

« Oui, Maman. Promis. Je ne ferais pas d'expériences. Je ne ferais que regarder. »

« Pas d'expérience, les garçons ! » prévint Mme Weasley.

« Mais Maman, » se plaignirent Fred et Georges.

« J'ai dit pas d'expérience ! »

Les deux finirent par hocher la tête et tirèrent leur amie dans le jardin.

« Et emmener Ginny avec vous, » demanda la matrone Weasley avec un sourire alors qu'elle avait pris sa fille par les épaules. « Elle doit profiter du grand air aussi. »

« Oui, Maman, » firent les jumeaux en soupirant.

« Allez, viens Ginny, » ajouta George en lui prenant doucement la main.

Les deux rouquins menèrent les filles en contrebas où coulait un ruisseau. Les deux garçons aidèrent leur sœur à s'installer sur un rocher.

« Je croyais qu'elle était à Sainte Mangouste, » fit Harriet en les regardant faire.

« C'était le cas jusqu'à il y a une semaine, » fit Fred.

« Mais elle s'est fait agressée, » ajouta Georges.

« Ah bon ? »

« Un homme n'appartenant pas au corps médical est venu et lui a fait quelque chose. Heureusement des infirmières sont arrivées à temps. Il y a eu quelques blessés mais Ginny n'a rien. »

« Du moins rien de plus que ce qu'elle avait déjà. » Les jumeaux soupirèrent. « Maman et Dumbledore pensent que c'est une tentative de Tu-Sais-Qui de nous atteindre nous. Psychologiquement. Pour nous déstabiliser. Et Ginny est notre maillon faible. Alors on l'a ramenée ici pour qu'elle soit en sécurité. »

« Oh … Et ça va ? »

« Oui. Elle n'est pas difficile à vivre, » firent les jumeaux. « Il faut juste faire un peu attention à elle et être un peu présent mais ça va. Ron ne veut pas comprendre. »

« Ronald ? Comprendre quelque chose ? » fit Harriet en relevant un sourcil. « Il n'a déjà pas compris que je ne serai jamais son amie. »

Les deux frères sourirent.

« Oui, » rirent-ils.

« Je suis d'ailleurs étonnée qu'il ne nous ait pas suivis…, » remarqua-t-elle en jetant un regard en arrière vers la maison.

« A cause de Ginny. Il ne supporte pas ses regards. Mais elle ne le fait pas exprès. Ce qui lui est arrivée lui a détruit l'esprit. » Les jumeaux échangèrent un regard. « Notre sœur nous manque. On aimait la faire rire… »

« Je suis désolée, » fit Harriet en baissant la tête.

« Ce n'est pas ta faute. C'est la vie. »

Fred tendit à Harriet un morceau de pain rassis. Elle releva un sourcil en l'acceptant.

« Pour les oiseaux, » expliqua-t-il en lui montrant les canards.

« Oh … bien sûr, » sourit-elle.

Elle émietta le pain et le donna aux oiseaux tout en discutant avec ses amis jusqu'à ce qu'ils se fassent appeler par leur mère.

« On peut te laisser Ginny quelques instants ? » demanda George. « Maman veut sûrement nous demander ce que tu aimes. Elle veut t'impressionner pour ton anniversaire. »

« Si elle veut ma sympathie, qu'elle commence déjà par ne pas tenter de m'impressionner ! » rétorqua la jeune fille. « Mais oui, ne vous en faites pas. Je vais veiller sur elle, » ajouta-t-elle avec un petit sourire.

« Merci. A tout de suite. »

Elle donna encore quelques miettes aux oiseaux tout en jetant quelques regards sur la jeune rousse. Elle la fixait toujours de ce regard déstabilisant.

« Joyeux anniversaire Harriet. »

Elle se figea en entendant ces trois mots. Elle tourna la tête et fixa Ginevra Weasley. Le visage de cette dernière était déformé par un petit sourire en coin qui n'avait rien d'amical. Il était au contraire narquois.

« Surprise ? »

Elle jeta un coup d'œil vers la maison et ne vit personne.

« Voldy ? »

« Voldy ? » Le regard de la rousse se fit plus dur alors que le sourire disparaissait de son visage. « Mais qu'est-ce que c'est que ça ? »

« Voldemort, cela ne me convient pas. C'est un mauvais jeu de mots en français. »

« Je le trouve au contraire approprié. »

« Comme mon surnom ne te plait pas, je vais t'appeler Tom. Après tout, c'est ton nom… »

« Je ne l'apprécie pas plus. Mais c'est toujours mieux que ce surnom ridicule. »

« Comment tu as fait ? »

« Pour prendre possession du corps de la petite Dumbledore ? »Harriet hocha la tête. « De la même manière qu'avant mais je ne vais pas te l'expliquer, c'est un point de magie bien trop élevé pour que tu puisses comprendre. Surtout que tu n'as aucune base en magie noire. »

La jeune Serdaigle soupira et détourna le regard pour jeter encore quelques morceaux de pains aux oiseaux. Aucune base réelle en effet, mais elle pensait avoir une vague idée de ce qu'il avait fait.

« Tu n'as pas peur de me tourner le dos ? »

« Pourquoi aurais-je peur ici ? »demanda-t-elle en le fixant à nouveau dans les yeux. « Je sais que Ginevra est une Cracmolle. Je n'ai rien à craindre d'elle. Et puis quand bien même tu tenterais quelque chose physiquement, ce que je doute, tu serais perdant. »

« Ah bon ? Qu'est-ce qui te fait penser cela ? »

« Tu veux que je développe mon raisonnement ? »

« Oui. Je suis curieux de te connaître. »

« Tu appliques les préceptes de Sun Tzu ? 'Connais ton ennemi et connais-toi toi-même', c'est ça ? »

Elle rit doucement.

« Tu es cultivée… »

« Je suis un rat de bibliothèque. »

Elle réfléchit quelques instants si oui ou non elle allait lui développer son raisonnement. Et puis, elle se décida à le faire simplement, gardant juste un œil sur la maison pour ne pas paraître idiote à parler à quelqu'un qui n'était pas sensé lui répondre. Ou se faire surprendre à discuter avec quelqu'un qui était supposé être muet.

« Je suis sûre de ne rien craindre de toi au niveau physique parce que tu es bien trop frêle physiquement et que j'ai appris à me battre, même sans magie. J'aurais l'avantage sur toi ici. Et puis … Tu ne voudrais pas perdre la place de choix que tu as ici d'observer les choses en silence. »

« Pourquoi tu n'es pas partie divulguer cette information dès l'instant où je t'ai souhaité un bon anniversaire ? »

« Parce que tu crois vraiment que les Weasley me croiront si je leur dis que leur fille qui se trouve être une attardée mentale est en réalité possédée par Voldemort et que ce dernier les épie à travers les yeux innocents de leur fille ? Non. Ca ne marchera pas. »

Ginevra sourit.

« Quelle magnifique enveloppe. Certes ne pas faire de magie dans ce corps est un peu frustrant. Et c'est exaspérant de jouer les éternels assistés mais le jeu en vaut la chandelle. »

« Si tu le dis. Mais pour quelqu'un qui n'aime pas être un assisté, tu joues bien les hypocrites. »

« Plait-il ? »

« Tu as demandé à un de tes mangemorts de t'habiller... Ne le nie pas, tu l'as fait devant moi. »

« J'admets… Mais cela m'a fait du bien d'être à nouveau dans un corps, de pouvoir agir par moi-même et d'être obéi comme avant… »

« Chacun son truc… »

Harriet détourna le regard et observa les canards retourner patauger dans le ruisseau.

« Savais-tu que la matrone Weasley s'apprêtait à te soumettre à un philtre … »

« D'amour ? Ma mère et moi, on s'en doutait. Si tu savais toutes les manigances qu'elle a tenté avec Dumbledore … »Elle soupira en secouant la tête. « Quand mon parrain est sorti de prison, ils sont allés jusqu'à lui demander de réclamer ma garde et que lui-même soit surveillé dans un premier temps par Mme Weasley le temps qu'il retrouve ses marques. On avait naturellement prévu le coup. Enfin… on se doutait qu'ils essayeraient quelque chose… »

« Ca a marché ? »

« Non. Ils sont toujours très peu appréciés de ma mère. Et c'est bien ainsi. »

« Alors pourquoi rejoindre l'Ordre du Phénix ? »

« Parce qu'il s'agit du seul rassemblement qui croit en ton retour et qui se battra. On se sert de lui plutôt que d'en être fidèles. Nuance. »

« Tu parles de nouveau trop… C'est trop simple de t'arracher des informations. Je n'y retire aucun plaisir. »

« Parce que je considère ces informations futiles. Et toutes les informations que je t'ai données, soit maintenant, soit au cimetière, tu t'en serais rendu compte à un moment ou à un autre. Que ma famille et moi n'aimons pas les Dumbledore n'est pas un scoop, que je sois adoptée par la famille Prince non plus. Que nous allons utiliser l'Ordre n'aurait pas été difficile pour toi de le deviner. Juste l'affaire de quelques semaines tout au plus… La seule véritable information que je t'ai donnée que tu n'aurais pas pu trouver si facilement, c'est l'existence des enfants de Dumbledore. »

Il y eut un léger silence entre eux alors qu'elle fixait toujours les canards. Puis, elle se tourna vers Ginevra pour voir ce que le mage noir pensait. Il affichait un air surpris.

« Tu es très serpentard pour une Serdaigle, » remarqua-t-il.

« Ma mère était à Serpentard. Enfin … ma mère adoptive. Et j'ai bien failli finir dans cette maison, tout comme à Gryffondor … »

« Ceci explique cela… »

Harriet se tourna vers la maison quand elle entendit les jumeaux l'appeler. Ils lui faisaient de grands signes pour lui dire de rentrer. Elle se leva.

« Il va falloir que tu m'aides, » siffla Ginevra avec un sourire narquois avant de le dissimuler derrière son visage innocent de jeune adolescente attardée.

La jeune Prince se mit dos à la maison pour aider la rousse à se lever et profita de ce moment pour lui siffler les derniers mots de leur étrange conversation.

« Ne crois pas que cela change quoi que ce soit. »

« Donne-moi la main et tais-toi. »

« D'accord, Voldychou. »

« Tu me le paieras. »

« Pas aujourd'hui, » sourit-elle avant de dissimuler son amusement derrière un masque d'une fille heureuse de fêter son anniversaire auprès de ses deux amis roux.