Cinq drabbles Kasane écrits pour dark femslash week, même si parfois le femslash est en subtext. Chacun a été écrit pour un prompt en poésie. Dans l'ordre: Nogiku/Kasane, Nogiko/Nina, Kasane/Iku, Kasane/Nina, Kasane/Ichika.


I dreamed that you bewitched me into bed
And sung me moon-struck, kissed me quite insane.
(I think I made you up inside my head.) (Sylvia Plath)

Tout ce temps, ces instants qui semblaient doux et heureux cachaient le démon qui s'appelle Kasane. Jouant Nina devant Nogiku, mettant au monde un autre mensonge pour ce monde, qui en compte déjà bien suffisamment, monstres grouillants.

Nogiku se sent salie, et coupable, et complice. Elle a rêvé des baisers de "Nina", elle s'est demandé si les bras d'une femme salissaient moins que ceux d'un homme. Son désir a aidé à enfanter cette horrible illusion.

Elle n'espérera plus jamais d'amour et de bonheur aveugles, se promet-elle; plus que des rêves de vengeance désormais.


Some kill their love when they are young,
And some when they are old (Oscar Wilde)

Nogiku est déjà une meutrière, mais elle est incapable de tuer Nina seulement par amour.

Elle n'aurait pas pu respecter ses souhaits pour sa compassion pour Nina qui lui rappelle tant sa mère, et son admiration pour sa détermination, et la douceur de sa peau. Il lui faut penser à la souffrance que cela causera à Kasane.

Même ainsi, cette vie qui s'enfuit lui fait horreur, cette absence l'emplit de désarroi profond. Elle pleure abondamment (moins que Nina le méritait) et regrette juste de ne pas l'avoir mieux connue, aimée plus encore, pour partager sa délivrance.


have you tasted
For my sake the fruit forbidden?
Must your light like mine be hidden,
Your young life like mine be wasted (Christina Rossetti)

Iku ne pourra jamais me comprendre, pense Kasane.

Ses lèvres sont douces, moins avides et electrisantes que celles des hommes que Kasane a connus, mais tellement moins glaciales que celles des autres visages qu'elle a volés.

Peu importe sa tendresse naïve, quelques heures de laideur n'effaceront pas un passé de beauté, comme aucun visage n'a jamais effacé les souffrances de Kasane.

Elle souhaite que quelqu'un puisse connaître son ignominie, pourtant, partager… mais pas Iku. La personne qui l'accepte est la dernière personne qui le mérite, pense-t-elle, avec un ricanement vibrant contre des lèvres flétries.


I am not resigned to the shutting away of loving hearts in the hard ground.
So it is, and so it will be, for so it has been, time out of mind:
Into the darkness they go, the wise and the lovely. Crowned
With lilies and with laurel they go; but I am not resigned. (Edna St Vincent Millay)

Kasane embrasse les lèvres mortes de Nina, vole son visage. Elle veut le garder, faire vivre Nina une dernière fois. aussi elle n'embrasse pas sa bouche à nouveau, seulement ses joues et son front froids.

Nina était une partie d'elle. Pas seulement sa beauté et son nom. Kasane s'est emparée de son ressentiment, de sa colère, les a absorbés. Cela ne l'a pas rendue heureuse - comme il se doit.

Elle pense que si Nina avait été encore vivante pour la haïr, elle aurait pu la comprendre, que Nina aurait pu être une partie d'elle aussi.


you fit into me
like a hook into an eye
a fish hook
an open eye (Margaret Atwood)

Ichika est le premier baiser de Kasane, et son premier meurtre.

Le visage hideux de Kasane lui donnait la forme d'une victime ; Ichika était le monstre qui en profitait. Le monde est ainsi. Après avoir volé beau le visage d'Ichika, terrible objet de son désir, elle en comprend l'autre face.

Aurait-elle pu la tuer avec son visage d'origine ? Faible, fragile ? Elle ne le croit pas, mais avec le visage d'Ichika, il est plus facile de blesser que d'embrasser.

Le visage de Kasane voudrait embrasser, et ne le peut que comme une invasion cruelle.