PAIRING : Fred Weasley X Hermione Granger [Fremione]

RATING : T

DISCLAIMER : JKR est une déesse.


« Je t'avais dit que c'était trois – TROIS – crins de licornes que tu devais mettre dans la potion. Pourquoi Fred, pourquoi as-tu mis une griffe de Boutefeu chinois, à la place? »

« Parce que c'est ce que j'ai cru que tu me disais de faire! »

« En quoi, les mots 'CRIN DE LI-COR-NE' et 'GRIFFE' se ressemblent? Ô, s'il te plaît, éclaire-moi, je crois que ma grammaire est déficiente! »

« Tu as fini de gueuler, oui? » s'exclama le roux, agacé. « Merci. »

Fred roula des yeux, descendant les escaliers en poussant un soupir, n'accordant aucun regard pour Hermione qui le suivait, rouge de colère. Depuis que leur chaudron avait explosé – par chance, les effets de la potion avaient été neutralisé très rapidement par le Professeur Slughorn – la préfète-en-chef n'avait cessé de souligner l'idiotie du jumeau.

La plupart des professeurs du Collège Poudlard éprouvait beaucoup de difficulté dans la gestion de leur classe de septième année : ces dernières avaient pratiquement toutes doublées en nombre d'élève, à la suite de la fin de la guerre, dû au retour de plusieurs d'entre eux. Certains enseignants, dont Horace Slughorn, avait en plus l'harassante tâche d'enseigner à une classe qui comptait quatre Weasley. Le pauvre était sans cesse en train de créer de nouveaux binômes, une vaine tentative d'espoir pour réussir à faire régner l'ordre dans sa classe.

Il avait débuté son cours, ce matin, en annonçant le nouveau plan de classe – un véritable casse-tête qui gagnait en difficulté au fil des semaines passées. Ainsi, Fred s'était retrouvée avec une Hermione, irritée, qui craignait que le jeune homme ne prenne pas au sérieux (inquiétude justifiée, tout de même).

« À cause de toi, j'ai raté ma potion! Je te l'ai dit que c'était important! Je n'aurais, vraiment, pas pu être plus claire. Et, là, je vais me retrouver avec un D. » Il fallait être sourd pour ne pas entendre que cette simple idée l'horrifiait. « As-tu pensé à ma moyenne? Par Godric, est-ce que tu penses que le professeur Slughorn accepterait si je lui demandais un travail supplémentaire pour réparer la monstruosité que tu as provoqué et qui va faire chuter drastiquement ma moyenne? Est-ce que tu penses que ce sera inscrit dans mon dossier lorsque je vais envoyer ma candidature au Ministère pour le stage que je veux faire, l'été prochain? »

Oui et non.

Oui, il était fort probable que le Professeur Slughorn accepterait un travail supplémentaire – s'il n'avait pas, déjà, évalué sommairement la potion afin qu'elle ait seulement un A.

Non, elle ne serait pas recalée pour son stage au département de la justice magique – Fred se rappelait très bien qu'elle en avait parlé de long en large au mois de septembre, alors qu'elle expliquait pourquoi les ASPIC étaient si importants à Harry et Ron. Hermione Granger avait une assez bonne réputation pour ne pas avoir besoin de notes scolaires à l'appui afin d'être admise où elle voulait.

Fred se tut, cependant. C'était beaucoup d'informations qu'il n'était pas prêt de dire de vive voix. Quand il se retourna, il la vit, arrêté, la main agrippée à la rampe de l'escalier, s'imaginant probablement mille et un scénarios. Il entendait son cerveau surchauffé de là où il était.

Le jeune homme descendit quelques marches de l'escalier afin d'être plus près d'elle.

« Hermione, ce n'est pas une potion ratée qui va rendre ton avenir misérable. Personne ne meurt d'un échec et spécialement toi. Tu pourrais faire cette potion les yeux fermés. Je le sais. Slughorn le sait. Et, probablement que tout le monde le sait. Arrête de t'en faire. »

Tous les élèves qui passaient près d'eux leur lançaient des regards inquisiteurs, mais aucun des deux ne semblait en être affecté. Ce n'était pas leur première dispute.

« Tu peux pas comprendre. » martela-t-elle, d'un air condescendant, ne se préoccupant pas du geste gentil qu'il venait d'entreprendre afin de tenter de la rassurer. Non, Hermione Granger avait la faculté d'entendre seulement ce qu'elle voulait bien entendre. « Tu es le roi des Désolants, des Piètres et des Trolls. »

Elle l'agaçait. Vraiment.

« Est-ce que tu sais, non. Attends. Est-ce que tu viens de me traiter de roi des Trolls alors que j'essaie de te rassurer? Tu es in-cro-ya-ble. Merlin, que t'es exaspérante! »

Il se détourna de lui et continua son ascension jusqu'au rez-de-chaussée, alors qu'elle fusillait son dos du regard, pour une énième fois, n'ayant pas le loisir de voir son visage.

Fred savait que c'était, principalement, l'anxiété de performance de la jeune femme qui parlait. Cependant, l'agacement général d'Hermione ne l'amusait plus. Il se sentait, plutôt, insulté.

Pourtant, Fred et Hermione s'étaient beaucoup rapprochés au cours des derniers mois. La jeune femme l'avait veillée – tout comme les membres de la famille Weasley – à la suite des blessures qu'il avait subies durant la bataille de Poudlard. La jeune femme avait, ensuite, passé l'été au Terrier et elle lui avait tenu compagnie à plusieurs reprises, alors qu'il était cloué à son lit. Rapidement, une complicité avait apparu entre eux et ils avaient appris à se connaître, l'un et l'autre, hors des éternelles considérations qu'ils avaient toujours entretenus : la meilleure amie trop sérieuse de son petit frère et l'un des jumeaux trop farceur de la famille Weasley.

Plus l'été avançait, plus que Fred commençait à apprécié sérieusement la jeune femme. Il cherchait sans cesse son attention. Lorsqu'elle était en train de lire, il s'arrangeait toujours pour la déranger. Il aimait la piquer et qu'elle réponde de manière cinglante – autant qu'il aimait qu'elle rit à ses blagues. Ils se disputaient constamment : pour un oui ou un non, pour des sujets futiles, pour une blague interprétée de la mauvaise manière, pour tout.

Leur comportement irritait leurs amis.

Ron lui avait, même, demandé si elle pouvait retrouver son état normal et cesser de préoccuper si oui ou non, Fred était sincère lorsqu'il avait comparé Viktor Krum à un gorille. Ridicule et pathétique, avait-il martelé. Il n'en avait pas fallu pour que ce soit son meilleur ami qui soit au centre de ses médisances.

George, quant à lui, s'était chargé de faire remarquer à son frère qu'ils ressemblaient à deux enfants de cinq ans, qui tentaient d'obtenir l'attention de l'autre. Son jumeau avait eu l'audace de lui mentionner que c'était très adorable chez des enfants, mais que c'était seulement déplorable chez des adultes. Fred, froissé dans son orgueil, n'avait rien répliqué.

Ça ne regardait personne, outre que lui, s'il cherchait des noises à Hermione pour aucune raison valable.

Fred ralentit le pas afin qu'elle le rattrape. La jeune femme marcha à côté de lui, la bouche toujours pincée, toujours furieuse. Il lui lança un regard moqueur et enroula son bras autour de sa taille fine pour la rapprocher de lui.

« Hermignonne... » dit-il, à voix basse.

Habituellement, quand il vrillait exactement son regard dans le sien de cette manière et qu'il disait précisément ce surnom sur expressément ce ton, la colère de la jeune femme s'adoucissait. Toujours.

Et, il savourait sa petite réussite, lorsqu'elle repoussa son bras sèchement.

« Ce n'est pas parce que tu te fous d'avoir, ou non, tes ASPIC que c'est la même chose pour tout le monde! »

« Tu fais, vraiment, exprès d'être aussi emmerdante ce matin, hein? »

La question était purement rhétorique.

La mâchoire de Fred se contracta face au ressentiment qui l'envahissait. Les jumeaux détestaient qu'on ne voit que leur propension à la blague : ils avaient une intelligence différente et qui ne cadrait pas avec la manière que l'on enseignait. Après tout, il fallait être sacrément intelligent pour mettre au point des inventions aussi merveilleuses.

Hermione le savait. Hermione le reconnaissait. Hermione, lorsqu'elle ne critiquait pas leur manière d'utiliser les premières années comme des cobayes, utilisait, parfois, certaines de leurs inventions. Cependant, par orgueil, la jeune femme le dépassa et entra dans la Grande Salle, sans s'excuser ou reconnaître ses torts.

Ils rejoignirent leurs amis, qui étaient assis à leur place habituelle, chacun bien décidé de s'ignorer – bien que Fred prenne place devant elle. Hermione renifla dédaigneusement ce qui le fit soupirer. Puis, elle ouvrit sèchement son sac afin de prendre du bout des doigts un bouquin. De toute manière, la conversation tournait principalement autour de la saison de Quidditch et la jeune femme n'avait rien à ajouter ou à commenter. Elle commença sa lecture en mâchouillant distraitement un morceau de la quiche aux épinards que la brunette s'était servie.

« Alors, Herminione, comment tu gères ta première potion complètement ratée? » demanda George, terriblement amusé par la situation.

L'interpellée releva la tête, bouche pincée, et regard courroucé vers l'autre jumeau.

« À ce que je vois, très mal. » devina-t-il, en éclatant de rire.

« Tellement mal, qu'elle a passé son temps à insulter mon intelligence. » ajouta Fred, en roulant des yeux. « Comme si c'était juste de ma faute. »

« Ce qui est le cas. Ce n'est quand même pas ma faute à moi si tu es incapable de suivre des indications claires et concises.» allégua-t-elle, du bout des lèvres. « Tu es pathologiquement imbécile, Fred Weasley. »

« Si tu cessais de te perdre dans les détails futiles et que tu arrêtais seulement dix secondes de vouloir absolument tout gérer, peut-être que tu pourrais les donner ces dites indications claires et concises. » réfuta-t-il en lui lançant un regard noir.

Harry et Ron, assis à deux places plus loin, éclatèrent de rire devant la situation qui était devenue habituelle. Ginny grimaça et posa une main sur l'avant-bras de son petit-ami, tout en faisant de gros yeux à celui-ci et à son frère afin qu'ils se taisent.

« On peut changer de sujet? » s'exaspéra Ron, qui, visiblement, n'avait pas du tout compris l'avertissement de sa soeur. « Ce n'est pas que le sujet est inintéressant, mais... En fait, oui! Il l'est! Complètement! »

La benjamine des Weasley se releva pour se pencher et le frapper derrière la tête. Ron se plaignit, aussitôt, de la rudesse que pouvait faire preuve Ginny.

« Ce n'est pas parce que je ne lis pas une brique par jour, comme tu le fais, que ça fait de moi un abruti! » se cru bon d'ajouter Fred, qui n'avait pas pris en considération le commentaire de son frère.

« Ah oui? » s'étonna Hermione, de manière exagérée. « Tu devrais, peut-être, le montrer au monde entier, dans ce cas! Et cesser de faire rater les potions des autres, par le fait-même. »

George, qui était bien décidé à profiter de la situation, se frotta les mains avec un grand sourire.

« À la demande incessante de Ron. » Ce dernier fit un râlement approbateur. « On va clore le sujet une bonne fois pour toutes. Et, pour y arriver, je vous suggère un petit défi! »

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Ainsi, le défi fut lancé.

Il était bien simple, et Hermione était certaine de le remporter. Ce serait même du gâteau d'y parvenir.

Celui qui obtiendrait les deux meilleures notes dans les prochains devoirs des trois matières qu'ils avaient en commun, c'est-à-dire potions, métamorphose et défense contre les forces du mal. La jeune femme avait tenu à spécifier que toute aide extérieure serait considéré comme de la triche et proclamerait automatiquement l'autre gagnant. Fred, quant à lui, avait ajouté que s'il y avait une égalité dans les résultats, il confiait la tâche à son jumeau de trouver une épreuve afin de les départager – ce à quoi, Hermione avait martelé que Ginny devait vérifier si la dite épreuve favoriserait, d'une quelconque manière, Fred.

Les enjeux étaient simples. Malgré qu'ils avaient dû débattre pendant de longues minutes pour se mettre d'accord.

Si la brunette gagnait, elle interdisait formellement la vente, à l'intérieur de Poudlard, de leurs produits pendant une année complète. La préfète-en-chef avait amorcé ce qu'elle gagnerait en ne précisant aucune durée de temps. Elle avait dû se résigner à la spécification d'une année, après argumentation avec les deux jumeaux.

Si le rouquin gagnait, Hermione allait devoir accepter d'être sa petite-amie pendant une journée complète. Ce point avait été nébuleux : la jeune femme s'était hérissée et elle avait tenté de comprendre l'intérêt de Fred, mais elle n'y était pas parvenue, malgré ses nombreuses – très nombreuses – questions. Elle avait, finalement, accepté en prétextant que les chances que cette perspective prenne forme était infime.

Que le meilleur gagne.

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George vérifia pour la troisième fois si le bon dosage dans la nouvelle pastille qu'ils souhaitaient incorporer aux Boîtes à Flemmes étaient parfait. Celle-ci consistait, globalement, à recréer les symptômes de la dragoncelle. Une vraie furie.

« Exactement quatre gouttes de salive de dragon. » annonça le jeune homme, en tenant un instrument, qui ressemblait à une pompe-poire moldue dans sa main gauche.

« Salive d'un dragon en particulier? » questionna Fred, alors qu'il transcrivait sur un parchemin la nouvelle information.

« Vert gallois. » précisa son frère. « On pourrait tester d'autres. À voir. »

« Ce serait idéal, si on veut passer le contrôle des normes du marché. »

Les jumeaux profitaient de leur après-midi de libre pour travailler, dans leur dortoir, sur la pastille. Ils profitaient de ces intermèdes afin d'élaborer de nouveaux produits qu'ils pourraient incorporer dans leur commerce – lorsqu'ils auraient assez de fonds afin de pouvoir mettre en place une nouvelle boutique.

Le 93 Chemin de Traverse n'avait pas survécu à la guerre. En avril, une grande partie de la célèbre rue sorcière avait été détruite lorsqu'un dragon, un Pansedefer Ukrainien, avait surgit du toit d Gringotts. Une autre avait subi la rage de Voldemort, quelques heures plus tard – quand il avait réalisé que la coupe d'Helga Poufsouffle avait été enlevée du coffre-fort de Bellatrix Lestranges.

Rien de la boutique des jumeaux n'avait pu être récupéré après ces deux événements.

Les deux frères avaient pris la décision de retourner à Poudlard, au grand plaisir de leur mère, afin de terminer leurs études. Sous conseil de Lee, qui avait une carrière dans la finance, ils avaient placé le reste de leur argent dans des investissements pour le faire fructifier. En attendant, ils complétaient leur septième année.

George passa sa main au-dessus du volute de fumée blanchâtre du chaudron.

« T'es sûr de toi, Gred? » Fred lança un regard interrogateur à son frère. L'autre jumeau poussa un soupir. « Hermione. Le défi. Tout ça. »

« Oh. » Il eut un petit rire. « Assurément. Aussi sûr qu'un Bertie Crochue au citron. Douterais-tu de mon intelligence? »

« Non. Sauf que tu comprendras que lorsqu'il s'agit de notre rat de laboratoire préféré, j'ai un léger doute sur tes facultés à prendre des décisions réfléchies. »

« Franchement, t'exagères. » George lui lança un regard équivoque. Fred changea légèrement l'angle de défensive, considérant que l'exagération de ses fonctions cognitives en présence d'Hermione Granger était un sujet épineux. « De toute façon, c'est toi qui as mis le défi sur la table. »

« Oui, mais tu serais bien capable de la laisser gagner juste pour ses beaux yeux. » Son jumeau grommela qu'il exagérait, encore une fois. « Je te demande ça à tout hasard, mais tu n'as pas essayer de la séduire comme une personne normale? Pourtant, t'avais plutôt bien réussi avec Angelina... C'est quoi le problème? Tu ne te rappelles plus comment faire? »

Fred joua distraitement avec la plume.

« Ce n'est pas ça. » contra-t-il, platement.

George arqua un sourcil. Il attendit même de longues secondes, patiemment, croyant que la suite de l'explication se poursuivrait par un 'parce que', 'car' ou 'puisque'. Il s'attendait presque à un texte évolutif, descriptif et argumentatif sur toutes les raisons du pourquoi Hermione Granger bénéficiait d'un traitement différent des autres filles que son jumeau avaient fréquentés – et elles étaient nombreuses au palmarès. Cependant, Fred peu amène à lui faire comprendre toutes ces explications vaporeuses.

« Elle est différente. » expliqua-t-il, de manière brève, sous le regard insistant de son frère.

George l'observa, un peu incrédule, avant de rigoler et de lui frapper gentiment le bras.

« Si tu le dis, Roméo. En attendant, t'as intérêt à faire ton devoir de défense. »

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Hermione Granger était anxieuse – il ne fallait pas détenir de hautes études en psychologie pour cerner ce trait de sa personnalité. C'était évident. Comme un nez au milieu du visage. Et, cette anxiété existait de par ces hautes exigences envers elle-même (et les autres), de par sa compétitivité et de par la pression de remplir des standards inatteignables.

Il était, donc, peu étonnant que la simple idée de ce défi stupide lui génère un stress supplémentaire. La jeune femme avait pesté pendant de longues heures contre elle-même, alors qu'elle bâclait un devoir de sortilèges afin de pouvoir réviser minutieusement celui de potions.

Avec surprise, Hermione avait rapidement compris qu'elle ne gagnerait pas ce foutu défi aussi facilement qu'elle l'avait cru. Si elle avait obtenu une meilleure note que Fred dans leur premier devoir de Défense contre les forces du mal, la préfète-en-chef avait plusieurs bonnes raisons pour s'inquiéter quand celui de Potions et de Métamorphose leur fut remis.

La jeune femme avait fulminé. Elle avait étudié, analysé, retourné la question, sans y trouver une réponse plausible. Comment avait-il fait?

Depuis sa première année, Hermione Granger était la première de classe. C'était un fait – au même titre que le soleil se lève à l'Est et qu'il se couche à l'Ouest. Et bien qu'elle était seule qui percevait cette réputation comme étant positive, la brunette était en train de la perdre en même temps que ce défi.

Son orgueil et sa compétitivité supportaient mal une double défaite. Très mal.

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La née-moldue entra dans la classe de métamorphose, Fred derrière elle. Deux semaines étaient passées depuis que le défi avait été lancé et chacun savait qu'aujourd'hui, ils obtiendraient le résultat du second devoir de cette matière.

Le jeune homme tira sur la chaise à côté de celle d'Hermione, ce qui la fit grimacer. La brunette se racla la gorge et sortit ses outils de travail, sans se préoccuper de l'air blasé de Fred, alors qu'il s'assoyait. Elle plaça soigneusement sa plume, son encrier et ses livres sur son bureau – comme si chaque objet avait une place prédéterminée.

Fred l'observa faire, moqueur. Qu'est-ce qu'il pouvait bien lui trouver, par Merlin? Elle était obsessive, sérieuse et pointilleuse. Toutes des choses qu'il n'était pas. Toutes des choses qu'il n'aimait pas. (Généralement. Parce qu'à vrai dire, ces défauts ne contrecarraient aucunement l'attirance de Fred pour la lionne.) Et, pourtant. Pourtant. Hermione Granger accaparait toute son attention.

Elle se tourna vers lui, les sourcils froncés.

« Weasley, arrête de me regarder. » ordonna-t-elle en s'efforçant de se construire un air hautain.

« Tu ne peux pas m'empêcher d'admirer ma future petite-amie en train de placer obsessivement ses livres. »

« Arrête ça. Tout de suite. » grinça-t-elle, de mauvaise humeur.

Il lui servit un sourire éclatant comme seule et unique réponse.

Le rouquin approcha sa chaise de la sienne et il poussa du bout de son index son manuel de métamorphose afin qu'il se déplace, exactement, de trois centimètres. Puis, naturellement, il passa son bras autour de la taille de la jeune femme. Ses longs doigts caressèrent l'os de sa hanche sur le côté gauche, à travers sa chemise, spontanément. Hermione en eut la chaire de poule, alors que ses joues rosirent furieusement.

Elle ne fit aucun mouvement pour se défaire de l'étreinte de son bras.

« J'aime te regarder faire ça. » poursuivit-t-il en faisant un geste vers son bureau – et croyez le ou non, mais Fred semblait trouvé le manège de la jeune femme aussi passionnant qu'une partie de Quidditch. « T'es belle quand t'es concentrée. »

La brunette tenta de ne pas monter à quel point elle se sentait stupéfaite par ce commentaire. Stupéfaite et absolument niaise. Et, un peu, amoureuse (cachée sous une tonne d'orgueil).

« FRED! » s'exclama Hermione d'un ton qui se voulait rageur, dans le vain espoir de sauver les quelques restes de sa fierté.

« Le nom de ton prochain petit-ami. Oui? C'est bien moi? »

Et voilà. Le rouquin redevenait normal.

« Tu es vraiment un abruti. »

« Toi aussi tu es irrésistible, mon coeur. »

Hermione tenta d'évaluer à quel point continuer cette joute verbale valait la peine, pendant qu'elle replaçait le livre qu'il avait déplacé.

« Je te trouve très sûr de toi. » Apparemment, elle avait prit sa décision. « Je suis née pour– »

« Pour perdre? Je le sais, oui. C'est évident. »

« Je suis née pour gagner. Ce n'est pas le roi des Trolls qui va me déloger. »

Le jumeau remonta sa main dans le dos d'Hermione doucement, ce qui la fit déglutir.

Elle en avait pratiquement oublié qu'il y avait d'autres personnes dans la classe et la jeune femme en vint à se demander l'effet de cette main à même sa peau nue. Fred la sortit de ses rêveries en détachant son chignon.

« Hé! » s'exclama-t-elle, en tentant de récupérer son élastique.

« Le roi des Trolls a très hâte que tu deviennes sa reine. Tu vas voir, tu vas être épatée par notre château. Tu ne voudras plus jamais le quitter. » La main de Fred, qui ne jouait pas avec l'élastique, tira gentiment sur l'une des boucles d'Hermione. « T'as l'air d'une lionne, comme ça. » commenta-t-il avec son air charmeur, rendant l'épiderme de la jeune femme rouge cerise. « T'es vraiment belle. »

Le ton rauque de la voix du roux fit assécher la bouche de la jeune femme.

Il lui fit un clin d'œil, presque certain de son petit effet, et il se recula – ses mains ne la touchaient plus – tout en jouant distraitement avec l'élastique d'Hermione entre ses doigts.

La professeure McGonagall, qui assurait toujours les cours de métamorphose malgré son titre de Directrice, annonça le début du cours, ce qui interrompit le fil de ses pensées. Il jouait toujours avec l'élastique d'Hermione dans sa main gauche, alors qu'il remarquait qu'elle lui jetait des regards désapprobateurs, probablement insatisfaite de ne pas pouvoir attacher sa tignasse. Fred le passa autour de son poignet – la couleur rose passait difficilement inaperçu, mais il s'en fichait.

Puis, la Directrice annonça la remise des devoirs, ce qui les fit redresser, les deux, sur leur chaise. Quand la professeure atteignit leurs deux bureaux, elle les observa par-dessus ses lunettes carrées.

« Miss Granger, vous devriez plus souvent lancer des paris à Monsieur Weasley. Cela semble être la seule chose qui l'amène à poser un intérêt sur ses cours, apparemment. » commenta McGonagall avec une ironie à peine contenue. « Deux Optimales de suite, Monsieur Weasley, dois-je annoter cette réussite dans les annales? Commenceriez-vous à prendre plus au sérieux votre scolarité? Il serait grand temps. »

« Oh Professeur, ne vous donnez pas cette peine. Une cérémonie pour souligner mes mérites sera suffisant. » rétorqua-t-il, ce qui lui valut un regard noir de la part de McGonagall.

Hermione déglutit en se rendant compte de ce que voulait dire les mots de la Directrice. Premièrement, les professeurs connaissaient leur défi – elle pouvait dire adieu à toute crédibilité. Deuxièmement, Fred avait, encore, performé.

Ce dernier prit le parchemin que lui tendait McGonagall. Le O rouge vif passait difficilement inaperçu. Il se pencha vers Hermione afin d'apercevoir qu'ils avaient le même résultat.

Ils étaient à égalité. Tout comme, ils étaient à égalité dans leur défi.

La jeune femme avait obtenu une meilleure note que dans les deux cours de défense contre les forces du mal, alors que lui l'avait surpassé dans les premiers cours devoirs de potions et de métamorphose.

Les paris restaient ouverts, jusqu'à demain, où ils recevraient les résultats de leur devoir de potion.

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QUOI?

Elle fulminait de rage, alors qu'elle était assise sur sa chaise dans le cours de potions. Ses coudes étaient appuyés sur la paillasse qu'ils partageaient toujours. Hermione ne le regarda pas. Elle fixait, plutôt, avec toute la dignité qui lui restait, le tableau devant elle.

Comment avait-il fait pour gagner? Il devait avoir triché.

Il avait triché.

Ça ne pouvait pas être autrement.

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« Tu es tellement de mauvaise foi, ma belle. »

La colère d'Hermione se transforma en rage quand elle sentit une nuée de papillons venir prendre possession de son estomac. Ma belle. Pourquoi ces deux mots devaient-ils lui faire autant d'effet?

« Ne m'appelle pas comme ça. »

« Mon cœur? Mon amour? Ma petite fleur? Bébé? Qu'est-ce que tu préfères? Après tout, demain, tu seras ma petite-amie pour la journée complète. »

« Et pourquoi pas Hermione, tout simplement? »

« Il va falloir que tu révises ton sens de l'humour, bébé. »

Fred fanfaronnait. Il était assis, face à elle, à la table des Gryffondors dans la Grande Salle. La jeune femme l'observa en contenant très peu son envie particulière de l'assassiner, de le frapper ou de le détacher en plusieurs pièces détachées.

Le visage d'Hermione n'avait plus rien de son air angélique de première classe qu'elle avait tenté de conserver pendant le cours de potions. Elle s'apparentait, maintenant, à une bête furieuse – et il ne devait pas avoir un grand instinct de survie, car il continuait à parler et à dire des âneries.

« Tu es la personne la plus énervante que je connaisse. »

« J'ai eu des meilleures notes que Miss Parfaite. J'ai gagné un défi. Et, la plus belle fille de cette école sera ma petite-amie pendant une journée. Comment je pourrais ne pas être heureux? Si je m'écoutais, je ferais exploser des feux d'artifices. »

Le sourire éclatant qui prit possession des lèvres de Fred donna l'impression à la jeune femme que son cerveau était décédé d'un arrêt cardio-vasculaire. Elle détestait avoir perdu. Et, plus encore, elle détestait cet effet qu'il avait sur elle.

La plus belle fille de l'école? Son cerveau était réduit à des confettis en forme de coeur. Pathétique, Hermione. Pitoyable, aussi.

« Ok, tu te calmes. Je ne cautionne pas les feux d'artifices. »

Il éclata de rire. Puis, Fred se leva pour monter sur sa chaise. C'était de très mauvais augure. Déjà, tous les regards de la salle convergeaient vers lui.

« FRED WEASLEY REDESCEND DE TA CHAISE, TOUT DE SUITE. » s'écria furieusement Hermione.

Si quelqu'un ne les regardait pas, il était, maintenant, impossible d'ignorer le cri de désespoir de la préfète-en-chef. Évidemment, le roux ne l'écouta pas et il posa ses mains autour de sa bouche, comme s'il imitait un pote-voix.

« Excusez-moi, messieurs, dames, fantômes, professeurs! » cria-t-il. Hermione poussa un petit gémissement et sa cacha son visage entre ses mains. « Je tiens à vous préciser, si vous ne le saviez pas que j'ai réussi à surpasser Hermione Granger! Alors, en plus qu'il est clair que je ne suis pas pathologiquement imbécile... » Fred fit une pause. « Hermignonne, ma belle. » Il se tourna vers elle. « J'espère que t'es prête à être ma petite-amie d'une journée. »

Sur ces mots, il fit une petite révérence, faisant rire la plupart des personnes présentes et reçu un énième regard meurtrier de la part de la préfète-en-chef.

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Hermione dévala les escaliers du dortoir des filles de sa maison à la course. Elle avait raté l'alarme qu'elle avait planifié et la jeune femme était en retard d'une vingtaine de minutes sur sa routine matinale – aucun drame à signaler aurait commenté Ron. Elle voulait vérifier, pour une quatrième fois, un calcul dans son devoir d'arithmancie.

Aucune trace de Ron ou d'Harry, lorsqu'elle arriva dans la salle commune. Ils devaient, déjà, être dans la salle commune ou être, encore, en train de dormir. Ce qui était parfaitement plausible.

Son regard s'arrêta sur Fred, assis à l'une des tables près de l'entrée. Seul. C'était, déjà, étrange. Il fallait, en plus, qu'il tente de lire un livre à l'envers (sûrement une idée de Luna). Cependant, ses regards frénétiques vers les escaliers ne trompaient personne : il attendait, forcément, quelqu'un.

Oh, non. Hermione avait tenté de se convaincre toute la soirée, la veille, que cette idée de défi était, au final, une blague stupide. Il ne pouvait pas vraiment la forcer de jouer le rôle de sa petite-amie pendant une journée complète. (Hermione ignora une petite voix qui soulignait que ce 'rôle' ne serait pas très difficile à jouer.)

La jeune femme tenta d'étouffer un petit gémissement quand son regard rencontra celui céruléen de Fred. Elle n'avait pas de temps à accorder à ces conneries. Cependant, si elle jouait la carte de la mauvaise perdante, Hermione en entendrait parler pendant une éternité (ou deux). Elle tenta de se construire un sourire passable afin d'éviter de se faire reprocher sa mauvaise foi, une nouvelle fois, en marchant vers lui.

« Je croyais que c'était une blague. » dit-elle, en guise de salutation.

« Bon matin, ma petite lionne! Comment vas-tu? J'espère que tu as bien dormi. Personnellement, j'ai fais un rêve magnifique. Tu vas me dire que c'est normal, puisque tu y étais, mais je tenais à te le dire quand même. » Fred rigola de l'incrédulité et du rouge qui gagnait le visage de la jeune femme. « Et pour répondre à ta question, est-ce que tu aurais accepté que ce défi soit une blague si tu avais gagné? Laisse-moi en douter. Tu nous aurais empêché de vendre quoi que ce soit avec ton adorable air militaire. »

Comment arrivait-il à la complimenter et à pointer du doigt l'un de ses défauts, en même temps? Un véritable mystère.

« Je vois... » siffla-t-elle.

« Alors, oui, tu vas être ma petite-amie, aujourd'hui. Ne t'inquiète pas, je n'ai pas l'intention de rendre ta vie misérable. Tu peux demander à Angelina, je peux être un très bon petit-ami. »

La seule mention de l'ancienne poursuiveuse déclencha un élan de jalousie dans son ventre. Trop d'émotions contradictoire avant d'avoir pris son premier café de la journée.

« Je vais m'en passer. » déclara-t-elle d'une voix acerbe.

Fred sourit comme si elle avait dit quelque chose de particulièrement drôle. Bordel, cette fille le surprenait toujours et il adorait ça. Était-elle vraiment jalouse d'Angelina? C'était a-do-ra-ble. Son regard se porta sur les épaisses boucles brunes qui tombaient sur ses épaules.

« Je croyais que tu te rappelais de ton échec lamentable– »

« Je tiens à te rappeler que tu as gagné par un point, seulement. Alors, lamentable est un grand mot... »

« C'est ce que je disais. Lamentable. Bref, tu n'as pas attaché tes cheveux. »

« Et? »

Hermione passa une main dans ses cheveux, en fronçant les sourcils, ne comprenant pas très bien le lien.

Il s'empara de sa main et tira sur celle-ci pour qu'elle s'approche de lui.

« Rien. Tu es belle. » murmura-t-il, vrillant ses yeux dans les siens, ce qui fit perdre à la jeune femme toute pensée cohérente. « Est-ce qu'on va manger? »

Elle prit plusieurs secondes embarrassantes avant que ses neurones décident de coopérer et répondre adéquatement à sa question. Finalement, elle acquiesça. Fred eut un petit rire face à ce spectacle – voir Hermione Granger incapable de trouver les mots pour répondre à une question de six mots était un spectacle. Puis, il se leva et, sans avertissement, planta un baiser sur la tête de la préfète-en-chef (ce qui ne l'aida en rien à retrouver ses moyens).

Le jeune homme ne détacha pas sa main de la sienne. Ils quittèrent la salle commune et son pouce vint caresser le talon de la main de la brunette. Non, elle son sang-froid ne survivrait pas à cette journée. Ses fonctions neurologiques, non plus.

Hermione en avait, déjà, oublié son devoir. Il était plutôt facile de se focaliser uniquement sur la présence de Fred, à côté d'elle.

La née-moldue s'arrêta brusquement, en plein milieu d'un corridor, et regarda le rouquin gravement. Elle devait impérativement trouvé une façon de se protéger – parce que si c'était une mauvaise blague de la part du jumeau, la sensibilité d'Hermione n'y survivrait pas.

« Fred. » chuchota-t-elle, mal à l'aise. « Je ne veux pas que tu, que nous... » Elle se gratta l'arrière de la tête. « Je ne veux pas, tu comprends, qu'on... Que nous... »

« Tu ne veux pas qu'on s'embrasse? » devina-t-il.

Le rouquin se sentit fondre quand elle acquiesça. C'était un véritable paradoxe. Si Fred n'écoutait que ses envies, il aurait posé ses lèves sur celles de la jeune femme.

Et, malgré sa demande, Fred doutait vraiment de la sagacité de lui démontrer expressément son attirance pour elle de cette manière.

« Je ne ferai jamais quelque chose que tu ne souhaite pas que je fasse. » la rassura-t-il.

Le rouquin douta pendant deux secondes, très exactement, de sa capacité à ne pas déverser sur elle une attirance non-réciproque. Pour être, ensuite, complètement certain de pouvoir accepter l'éventualité qu'elle ne partageait rien – aucun sentiment, aucun désir, aucune envie, aucune attirance, rien. S'il voyait une petite brèche, aussi minuscule soit-elle, il foncerait dedans.

Parce qu'Hermione Granger était différente. Parce qu'Hermione Granger lui faisait vivre une gamme d'émotions tout à fait différentes de ce qu'il avait l'habitude.

Et, qu'elle valait la peine d'attendre.

.

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La Gryffondor se rendit rapidement compte qu'occuper le rôle de la petite-amie d'un jour de Fred Weasley n'avait rien de compliqué. À vrai dire, il n'y avait pas de changement majeur, si ce n'était qu'ils étaient, malgré sa demande, plus tactiles l'un envers l'autre.

Ils étaient arrivés dans la Grande Salle, main dans la main, sous les regards amusés des étudiants de leur maison – particulièrement Harry, Ron, Ginny et George.

Pendant leur petit-déjeuner, Hermione avait mangé un croissant, tout en révisant son devoir. Fred avait enroulé son bras autour de sa taille, comme il le faisait, toujours, quand il souhaitait obtenir son attention, tout en parlant avec George.

Il l'avait, ensuite, accompagnée jusqu'à son cours d'arithmancie. Lorsqu'ils se séparèrent, Hermione avait posé un baiser sur sa joue, avant de s'enfuir dans la salle de classe, rouge de gêne. Fred avait été figé et plombé par ce geste pendant trente bonnes secondes.

En défense contre les forces du mal, ils ne s'assirent pas ensemble comme à leur habitude. La brunette fut particulièrement distraite pendant le cours : ses pensées ne cessèrent de se diriger vers le rouquin assis à quelques mètres d'elle. Le professeur Rogue l'a ramena à l'ordre, à un moment, en la priant, devant toute la classe, de cesser de soupirer d'amour pour Monsieur Weasley. Et, à ce moment, Hermione aurait apprécié se découvrir la faculté de disparaître dans le sol.

Sans surprise, la préfète-en-chef passa l'heure du déjeuner à la bibliothèque, seule, où Fred la rejoignait après une quarantaine de minutes. Il lui avait amené un sandwich au poulet qu'il avait caché en catimini dans son sac – et qui passa sous l'étroite surveille de Mme Pince. Tu vas tomber dans les pommes si tu ne manges rien, vu ton cerveau qui fonctionne à plein régime. Hermione se sentit si émue par le geste du rouquin, qu'elle peina à avaler ce qu'il lui avait amené : son ventre était tordue dans un millier de nœuds traversé par d'énormes papillons, libellules et des colibris. Trop de circulation dans son ventre pour qu'elle se nourrisse adéquatement.

Quand elle entra dans la salle commune, après son cours de botanique, à la fin de la journée, Neville et elle reçurent une bombe de peinture sur la tête. Devait-elle être étonnée que les jumeaux aient orchestré une partie de Quidditch, dans la salle commune des lions, en utilisant des bombes de peintures comme balles? Fred avait usé de tout son pouvoir de séduction – et Hermione comprit à quel point elle y était foutrement sensible – pour qu'elle allège leur retenue.

Pendant le dîner, la préfète était ironiquement anxieuse par la fin de cette comédie.

Elle aimait cette proximité avec Fred. C'était facile être avec lui. Hermione n'avait pas eu l'impression de jouer un rôle. C'était naturel, évident. Bien plus qu'avec Viktor, avec qui elle avait été en couple pendant quelques mois, pendant et après le tournoi des trois sorciers. Il n'essayait pas de la changer, contrairement à certains garçons qui s'étaient intéressés à elle, et il semblait l'accepter. Elle s'était sentie aimée. Et complète.

Et, c'était horrible qu'elle ait vécu cette sensation uniquement parce qu'elle avait perdu un défi.

Après le repas, ils marchèrent, les deux, en silence jusqu'à la salle commune. Avant d'atteindre le portrait de la Grosse Dame, Hermione s'arrêta. Elle n'avait aucune envie particulière d'avoir des spectateurs à la fin de cette journée – qui s'annonçait horrible, mais qui en soit avait été tout sauf ça. Fred fronça des sourcils, mais ne combla pas le silence qui s'installait entre eux.

« Et puis? Ce n'était pas si difficile, finalement, non? » demanda le rouquin, se grattant l'arrière de la tête, légèrement inconfortable.

« Non, c'est vrai. » acquiesça-t-elle platement, aussi à l'aise que lui. « Fred, je... » Elle se racla la gorge, alors qu'elle fit un pas de côté pour lui faire face. Elle se sentait incroyablement stupide. « En fait, c'est que... »

Comment disait-on que l'on mourrait d'envie d'embrasser ces lèvres, fendue d'une petite cicatrice dans le coin gauche et quelque peu gercée? Comment disait-on que la demande, la supplication, que l'on avait faites de ne pas être embrassé, justement, n'était motivée que par un instinct de conservation? Comment disait-on que chaque doigt qu'il avait posé sur elle avait détruit l'armure blindée qu'elle avait posée autour de son coeur et que les prochaines minutes seraient cruciales afin qu'il ne soit pas déchiqueté en plusieurs morceaux?

Il n'y avait aucun mot, aucune phrase, aucune syntaxe, aucune grammaire susceptible de faire passer ce message.

Alors, Hermione s'avança. Elle jaugea le terrain. Elle l'évalua, millimètres conquis par millimètres. Un premier baiser si court que Fred cru qu'il l'avait halluciné. Un deuxième baiser, plus court – comme si cela pouvait être humainement possible – qui confirma au rouquin qu'il n'avait pas rêvé. Puis, Fred avait décidé d'y mettre du sien.

Le monde sembla devenir flou, de la même manière qu'il sembla cesser de tourner. Chaque minute était remplie de Fred Weasley : sa langue qui dansait un ballet effrénée avec la sienne, sa respiration frénétique qui se mêlait à l'apoplexie de ses propres poumons, ses dents qui mordillaient, attrapaient, taquinaient sa lèvre inférieure, ce petit grognement que leur baiser étouffa, ses mains qui agrippaient sa chemise d'uniforme, la fraîcheur du mur contre lequel il l'avait plaqué.

Elle n'aurait jamais pensé, un jour, qu'il était possible d'être embrassé de manière si charnelle dans un corridor de l'école. Et, avec les lèvres de Fred qui dévoraient, qui embrassaient et qui caressaient chaque parcelle de sa peau découvert par sa chemise et chaque partie de son âme qu'il était capable d'atteindre, Hermione sembla, soudainement, être imperméable à l'idée qu'on les surprenne.

Puis, comme si elle se rappelait brusquement de l'endroit où elle se trouvait – et avec qui – la jeune femme ouvrit les yeux et repoussa gentiment Fred.

Ses mains vinrent s'appuyer sur le mur, encadrant la tête d'Hermione. Il l'observa confusément, saisissant difficilement ce qui se passait, obnubilé par le rosissent ds joues de la jeune femme, ses yeux dilatés ou ses lèvres gonflées à force d'être embrassées. Il était enivré par elle. Complètement. De a à z.

« Je te jure, Weasley, si c'est une blague ou – »

Les mains de Fred vinrent encadrer son visage et il posa ses lèvres dans un baiser plus délicat, afin de l'interrompre et aussi parce qu'il concevait difficilement comment réussir à cesser de l'embrasser.

« Hermione Granger. » dit-il, sa voix rauque envoya des frissons d'électricité dans toutes les veines de l'interpellée. « Accepterais-tu l'évidence qu'on va bien ensemble? »

« Peut-être, espèce d'abruti. »

Abruti parce qu'il était pathologiquement sous son charme, oui.

« Hé! J'ai prouvé que je ne l'étais pas, hier. »

« Fred. » dit-elle caressant sa mâchoire du bout du nez. « Ça fait belle lurette que je sais que tu es diablement intelligent. Tu n'avais pas besoin de ce défi pour le... Me le prouver. »

Il ouvrit, la bouche pour répliquer quelque chose devant son aveu. Cependant, sans réfléchir, elle le fit taire en l'embrassant de nouveau.

Manière, qu'elle allait probablement utilisée à outrance pour le faire cesser de parler, désormais.