Finalement, elle était restée. Longtemps. Curieusement, il ne lui avait fallu que très peu de temps pour se faire sa place au sein de l'équipage. Et elle n'avait jamais eu l'impression d'être prise au piège, comme elle avait pu le ressentir sur l'île des travestis. Bon, le fait qu'ils soient sur un bateau en perpétuel mouvement y était sans doute pour quelque chose.

Il lui était parfois arrivé de partir voler pendant un jour ou deux, mais il y avait toujours eu une personne de prévenue de son escapade et elle avait toujours fini par revenir. Elle s'était habituée à la routine du navire. Elle participait sans hésiter aux différentes tâches et s'était plusieurs fois fait plaisir en bottant le cul des marines. Les mois avaient passés, où elle partageait son temps entre les taches, le vol, son entrainement et faire connaissance avec l'équipage.

Sans grande surprise, elle s'était très bien entendue avec Haruta et Izou. Elle appréciait également beaucoup Marco et Joz et avait désormais une relation cordiale avec Vista. Si au départ ce dernier avait été plus que méfiant à l'égard de la jeune femme, celle-ci s'était efforcée de réduire à néant toute cette méfiance. Ça lui avait pris pas mal de temps, mais elle avait réussi. Elle aimait aussi beaucoup discuter avec Newgate, même si celui-ci avait pas mal d'obligations.

Mais si elle avait fini par s'entendre avec tout l'équipage, la personne dont elle restait la plus proche était sans conteste Ace. Newgate avait beau l'avoir placée sous la responsabilité de Marco, elle passait la majeure partie de son temps avec le second commandant. Il n'était pas rare de les trouver l'un avec l'autre dès qu'ils avaient un instant de libre.

Oui vraiment, elle adorait Ace. Même si elle avait eu un petit aperçu de sa personnalité au travers du livre, elle s'était vite rendu compte qu'elle n'avait fait que gratter la surface. Elle avait découvert un Ace très joueur, un peu innocent d'une certaine manière et extrêmement fragile. Ils en étaient arrivés à une relation une peu ambigüe, mais qui ne les dérangeait pas le moins du monde. Ils savaient l'un comme l'autre qu'il n'y aurait jamais rien d'autre qu'une relation fraternelle entre eux. Dès lors, il n'était pas rare de trouver Ace la tête sur les genoux de la jeune femme, ou encore de les voir assis l'un contre l'autre sur la proue du navire, Morgana serrée dans les bras d'Ace, en train de papoter.

Au départ, cette relation en avait fait jasé plus d'un et il était souvent arrivé à Morgana de surprendre un regard jaloux à son encontre.

Marco principalement s'était senti jaloux du fait que la jeune femme ait souvent pour elle l'attention du jeune commandant. Ça avait été d'autant plus dur pour lui qu'il l'appréciait beaucoup. Mais il avait vu à quel point la présence de Morgana faisait du bien à Ace, alors il s'était tut. Et curieusement, c'était Ace qui était venu le voir pour mettre les choses au clair. Ils s'étaient expliqués, le malentendu avait été dissipé et plus personnes ne faisaient de remarques. Morgana elle-même était venue s'excuser auprès du phénix, ayant parfaitement vu à quel point il se sentait mal.

Flash-Back

Le commandant était dans sa cabine, peu de temps après s'être expliqué avec Ace, lorsqu'il avait entendu frapper.

« C'est moi… » s'annonça la jeune femme. « Je peux rentrer, s'il te plait Marco ? »

Oui, à force de passer du temps avec eux, la jeune femme avait fini par les tutoyer et les appeler tous par leur prénom, leur capitaine mis à part.

« Tu peux entrer-yoï. » lui répondit le phénix, le nez sur ses rapports.

« Je voulais te parler. » souffla la jeune femme.

« A propos de quoi-yoï ? »

Il désigna son lit à la jeune femme, qui s'y assit, visiblement nerveuse, tandis qu'il prenait place à ses côtés.

« A propos de ma relation avec Ace. »

Le phénix hocha la tête, il s'en doutait un peu.

« C'est bien ce que je pensais-yoï. Je viens tout juste d'avoir une conversation avec Ace. »

« Oui, je sais. » sourit la jeune femme. « C'est moi qui lui ait conseillé d'en parler avec toi. »

Le phénix la regarda, pas vraiment surprit, il se doutait bien qu'Ace n'avait pas pris cette initiative tout seul. Cependant il resta silencieux, attendant la suite. Elle le fixa un instant, le regard franc, avant de reprendre la parole : « Je suis désolée Marco. »

Là en revanche, le phénix était surpris. Il s'attendait à pas mal de choses, mais pas à des excuses. Pourquoi s'excusait-elle d'ailleurs ? La jeune femme, voyant l'incompréhension du commandant face à elle, poursuivit ses explications.

« Je sais que ça peut paraitre surprenant, mais je tenais vraiment à m'excuser. » dit-elle. « J'ai bien vu à quel point ma relation avec Ace te faisait mal. D'une certaine manière, je te comprends. Je débarque de nulle part et Ace se met à passer plus de temps avec moi qu'il n'en passe avec vous. Je me rends compte d'à quel point notre relation peut paraitre ambigüe. Mais plus que m'excuser, je suis surtout venue te rassurer et mettre les choses au point avec toi. Je n'ai absolument aucune intention de te voler Ace, Marco. Déjà il n'est pas mon genre et ensuite je sais pertinemment que je ne pourrais jamais le voir autrement que comme un frère. Et il ne me verra jamais autrement non plus. Alors oui, je suis extrêmement proche de lui, probablement parce qu'il est la seule personne de mon âge sur ce bateau, mais ça n'ira jamais plus loin, tu n'as pas à t'en faire. Et puis de toute manière, il est bien trop obnubilé par toi pour penser à aller voir ailleurs. »

La dernière phrase avait été dite avec un sourire légèrement insolent et plein de sous-entendus, et Marco se senti rougir.

« Hum… Je n'entretiens pas ce genre de relation avec Ace-yoï. » souffla le phénix.

« Mais tu le souhaiterais, n'est-ce pas ? » s'enquit la jeune femme.

Le phénix s'étouffa brusquement avec sa salive. Nom d'un Roi des Mers, c'était si évident que ça ? Comme si elle avait lu dans ces pensées, la jeune femme sourit.

« Eh bien je ne voudrais pas te faire de peine Marco, mais tu passes ton temps à le bouffer des yeux. » rit-elle. « Ça plus les regards de pure jalousie que tu m'envoyais, j'ai vite fait le rapprochement. »

Le commandant soupira. Oui, il rêvait d'avoir une relation autre qu'amicale avec Ace, oui, il le trouvait plus que beau et sexy, la tendance du brun à se promener à moitié nu n'aidant pas le phénix à garder la tête froide, oui il adorerait pouvoir revendiquer le jeune homme comme sien, mais il savait pertinemment qu'il ne pouvait pas. La différence d'âge, le fait qu'ils étaient censés être des frères, le passé tumultueux d'Ace… Trop de choses les séparaient et il était persuadé que le brun ne le voyait que comme un grand frère.

Il fut interrompu dans son monologue intérieur par la sensation de la main glacée de Morgana sur sa joue. Incertain, il releva les yeux, pour tomber dans les prunelles vertes et or qui le fixaient.

« Tu sais Marco, je pense que tu te mets martel en tête pour rien. » La jeune femme, bien consciente du dilemme qui agitait le phénix, repris la parole, mesurant chacun de ses mots. « A vrai dire, je me doute de ce à quoi tu penses et crois-moi, tu te prends la tête pour des broutilles. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure que vous vous plaisez, toi et Ace. Je doute également qu'il soit très gêné par la différence d'âge et vu la manière dont il me parle de toi, je pense que ça fait trèèèès longtemps qu'il a cessé de te voir comme un frère. »

Le commandant la fixait toujours, abasourdi qu'elle ait mettre si facilement des mots sur ses inquiétudes.

« Comment… ? » hésita-t-il.

« J'ai toujours eu énormément de facilités à lire le cœur des gens. A défauts de pouvoir dévoiler pleinement le mien, j'ai toujours pu déchiffrer celui des autres comme un livre ouvert. »

« Tu es une drôle de jeune femme-yoï. » répondit honnêtement le phénix. « Tu es décidément bien plus mature que beaucoup. »

« Ah ça, j'ai grandi plus rapidement que d'autres oui. » sourit-elle. « Mais pour en revenir à toi, je pense vraiment que tu devrais parler de tout ça avec Ace. J'ai le pressentiment que ça pourrai être génial entre vous. Et puis si ça ne marche pas, eh bien, je serai là pour réparer les pots cassés. »

La dernière phrase, dite sur un ton léger, eu le don de détendre considérablement le phénix. Il fixa Morgana un instant, avant de sourire. Décidément, il avait gagné une étrange petite sœur. Elle sourit à son tour, avant de se relever en s'étirant et de se diriger vers la porte.

« Bon, moi j'ai fait ce que j'avais à faire, à toi de gérer le reste. » lui sourit Morgana.

Le phénix la remercia d'un mouvement de tête, avant de retourner à son bureau. Concentré, il entendit à peine la porte s'ouvrit pour livrer le passage à la jeune femme, pourtant, il entendit distinctement la dernière phrase de Morgana avant qu'elle ne quitte la pièce.

« Bonne après-midi, Marco-oniisan. Tiens-moi au courant. »

Le phénix eut tout juste le temps de tourner la tête, pour voir la jeune femme disparaitre dans l'encadrement de la porte, son rire léger résonnant dans son sillage. Il ne put empêcher un sourire doux et fier de lui étirer les lèvres. Oui décidément, une drôle de petite sœur.

Fin Flash-Back

Après cela, les deux commandants avaient eu une longue discussion, qui s'était avérée plus que productive. Morgana se rappelait nettement du jour où les deux hommes avaient affiché leur relation devant tout l'équipage. Elle avait d'ailleurs dû se retenir de toutes ses forces pour éviter de se mettre à sauter partout comme une gamine.

Contrairement aux inquiétudes du phénix, personne sur le navire ne s'était insurgé suite à leur mise en couple. Newgate les avaient même félicités. A vrai dire, une seule personne avait eu l'air perturbée.

Flash-Back

Ça faisait quelques jours que Marco et Ace filaient le parfait amour sous les yeux attendris de tout l'équipage. Morgana surtout, était aux anges. Certes, elle passait beaucoup moins de temps avec Ace, mais bon... En revanche, ce temps qu'elle passait seule lui avait permis de remarquer l'air triste qu'Izou arborait, parfois juste une fraction de seconde, lorsqu'il regardait les deux commandants.

C'était le milieu de la nuit. Elle dormait très peu, donc elle passait la majorité de ses nuits sur le mat du navire. C'était à ce moment-là qu'elle avait remarqué Izou. Apparemment, il ne parvenait pas à dormir non plus. Il était accoudé au bastingage du navire, perdu dans ses pensées. Décidant que l'occasion était trop belle pour la rater, elle s'était laissé tomber en douceur sur le pont, avant de venir se placer aux côtés du travesti.

« Tu ne dors pas ? » lui demanda-t-elle.

Il avait légèrement sursauté, tellement perdu dans ses pensées qu'il n'avait pas entendu la jeune femme arriver.

« Pas cette nuit. » soupira le travesti.

« Qu'est-ce qui ne vas pas ? »

Le travesti s'était tourné vers elle, surpris, avant de lui sourire.

« Mais rien voyons, pourquoi est-ce que quelque chose n'irait pas ? » rit légèrement le travesti.

Morgana le fixa, pas dupe.

« N'espère pas m'avoir avec un faux sourire Izou. » dit-elle. « J'en ai vu trop souvent pour ne pas les reconnaitre. Qu'est-ce qu'il se passe ? »

« Il n'y a rien, Ena, retourne te coucher. Je vais bien. » soupira le seizième commandant.

« Tu mens très mal, Izou. C'est à cause de la relation entre Marco et Ace ? »

Izou se tendis brusquement à l'entente de cette phrase.

« Que, quoi ? » s'exclama-t-il, surpris.

« Eh bien, depuis qu'ils se sont mis en couple, à chaque fois que tu les regarde tu as l'air triste, comme au fond du gouffre. » commença-t-elle doucement. « Ça ne dure qu'une fraction de seconde et je doute que quelqu'un d'autre l'ai vu, mais elle est là, cette satanée tristesse. Je la vois et ça te mine Izou. Je ne peux pas rester les bras croisés alors que tu as l'air détruit à chaque fois. Bien sûr, je ne dis pas que je vais résoudre le problème en un claquement de doigts, mais si en parler peut t'aider à aller mieux, je suis là. »

Le travesti fixa ses mains quelques secondes, perdu, avant de relever son regard vers Morgana. Elle s'était assise sur la rambarde et attendait. Izou soupira, s'il y avait une chose qu'il avait apprise à force de côtoyer la jeune femme, c'est qu'elle était une vraie tête de mule. Elle était parfaitement capable de rester assise à ses côtés jusqu'à ce qu'il parle, quitte à attendre toute la nuit. Et puis elle avait raison, il avait besoin d'en parler à quelqu'un. Peut-être que la jeune femme était plus à même de l'écouter que ses frères, puisqu'il savait que n'ayant pas vécu la tragédie comme eux, elle ne souffrirait pas de l'écouter.

« Est-ce que… Est-ce que quelqu'un dans l'équipage t'as déjà parlé de Thatch ? » commença-t-il doucement.

« Le commandant de la 4ème division ? » demanda-t-elle. « Oui, Ace et Marco m'ont parlé de lui à plusieurs reprises. Ils avaient l'air très proches tous les trois. »

« Ils l'étaient. » affirma le travesti. « Thatch… Thatch était un camarade d'exception, toujours là pour vous redonner le sourire, toujours à faire des blagues stupides. Il était toujours présent lorsque quelqu'un sur le navire avait besoin d'aide. Tu lui ressemble un peu, quoique, tu es plus sérieuse et plus chiante que lui, mais l'un comme l'autre, vous êtes toujours là pour offrir une oreille attentive. »

Morgana se taisait, à l'écoute. Elle ne voulait surtout pas interrompre le commandant qui avait l'air près à vider tout ce qu'il avait sur le cœur.

« Sa mort nous a tous dévastés. Et plus encore le fait qu'il ait été assassiné par un de nos camarades. »

« Teach. » grogna Morgana.

« Oui. Ça avait rendu Ace furieux. Il s'est lancé à la poursuite du traitre et de fil en aiguille, ça nous a conduits aux évènements de Marine Ford. On aurait pu y perdre Ace si tu n'avais pas débarqué de nulle part. »

Izou ne souriait pas, les mains serrées sur le bastingage, les yeux dans le vague, il semblait parti dans ses souvenirs.

« Le jour où Thatch a été assassiné, les autres ont perdu un frère, un ami. Mais moi… Moi j'ai perdu mon amant et mon compagnon de vie… »

A l'entente de cette phrase, Morgana s'était figée, comprenant soudainement toute la douleur d'Izou, le pourquoi de sa tristesse. Incapable de parler, elle se contenta de descendre du bastingage avant d'enlacer le travesti.

Lorsque la jeune femme l'avait pris dans ses bras, Izou s'était tendu une seconde, avant de se relâcher et d'enlacer la jeune femme à son tour, posant son front contre son épaule. Inspirant à plein poumons son parfum léger et floral, il avait laissé couler ses larmes, trempant le haut de la jeune femme. Ils étaient restés ainsi un moment. Apres de longues minutes sans un mot, elle avait fini par reprendre la parole, sans pour autant s'éloigner du travesti.

« C'est pour ça… » murmura-t-elle. « Lorsque tu vois Marco et Ace ensemble, ça te remet en tête tout tes souvenirs avec Thatch, n'est-ce pas ? Et c'est comme si on retournait le couteau dans la plaie. Leur amour, même si tu es heureux pour eux, est un rappel constant de tout ce que tu as perdu… »

Incapable de parler, Izou se contenta d'hocher la tête, resserrant son étreinte sur Morgana. Un sanglot discret monta dans la poitrine de la jeune femme.

« Je suis tellement désolée, Izou. Je ne sais pas… je ne sais pas quoi dire. Comment pourrais-je ? Je n'ai pas la moindre idée de ce que tu ressens. Je voudrai tellement pouvoir t'aider, mais je ne sais pas quoi dire, quoi faire… Je suis désolée. »

« Ne dis rien, Ena. » souffla l'homme. « Le fait d'être là, d'avoir accepté de m'écouter est déjà bien plus que tout ce que j'avais espéré. »

« Je suis si désolée… »

« Ne t'excuse pas, petite sœur. Juste, reste encore un peu. »

Et le silence avait repris ses droits sur le duo enlacé. Pendant encore de longues minutes, ils n'avaient pas bougé, des larmes silencieuses roulant sur les joues de Morgana et le souffle d'Izou contre son épaule se faisant de plus en plus tranquille. Finalement, il avait fini par relâcher la jeune femme, l'observant essuyer ses yeux trempés, avant de lui sourire. Elle lui rendit son sourire, bien qu'un peu bancal.

« Oh bon sang, je pourrai presque avoir honte. J'étais venue te consoler, et au final, c'est moi qui pleure comme une madeleine. »

Izou eu un petit rire, la phrase de Morgana ayant brusquement détendu l'atmosphère. Il l'observa encore un temps, alors qu'elle finissait de s'essuyer les yeux.

« Merci. » souffla-t-il.

« Je t'en prie, oniisan. »

Le travesti se figea à l'appellation, avant de sourire franchement.

« Suis-je le premier que tu appelles ainsi, ou un autre de mes frères a déjà entendu cette appellation lui être adressée ? »

Morgana se mit à rire doucement, pas dupe face au changement de sujet.

« Si tu veux tout savoir, tu es la seconde personne sur ce bateau que j'ai appelée oniisan. »

« Et qui est le premier ? »

« Marco… »

« Oh… » s'étonna le travesti.

« Tu pensais à quelqu'un d'autre ? »

« A Ace… »

« Effectivement, ça aurait pu, mais l'appellation « oniisan » est utilisée pour désigner un frère ainé et curieusement, je suis incapable de voir Ace comme un grand frère. » rit-elle.

En entendant ça, Izou ne put s'empêcher de pouffer.

« Non mais c'est vrai, je n'arrive pas à le voir autrement que comme un petit frère ! Alors qu'il est plus âgé que moi ! C'est quand même un comble ! » s'exclama la jeune femme.

« En même temps, il faut dire que tu es bien plus mature que lui. » s'amusa le brun.

La jeune femme sourit, heureuse d'avoir pu changer les idées de son frère. Oui, elle était réellement venue à tous les considérer comme ses frères. Et Newgate comme le père qu'elle n'avait plus.

« Eh bien, combien de temps avant que tu ne te mettes à appeler Oyaji « Oyaji » alors ? » questionna le travesti.

Il fut plus que surprit de voir Morgana afficher un air gêné avant qu'elle ne marmonne une phrase incompréhensible.

« Répète Ena, je n'ai rien compris. » s'amusa-t-il.

« J'ai déjà commencé… »

Izou eu un petit rire. Dis donc ce n'était pas souvent qu'il voyait sa sœur aussi gênée.

« Enfin je ne l'ai pas encore vraiment appelé comme ça, disons plutôt que c'est ainsi que je le désigne quand je parle de lui… » marmonna la jeune femme.

Il sourit, attendrit.

« Tu sais, je suis certain que ça lui fera très plaisir que tu l'appelle ainsi. Je suis même sûr qu'il n'attend que ça. »

Il observa avec satisfaction Morgana rougir.

« Je suis quand même contente d'avoir réussi à te dérider. » changea-t-elle de sujet, souhaitant échapper à sa gêne. « Bon, ce n'est pas tout ça, mais je commence à fatiguer. » reprit-elle. « Je vais aller me coucher. Tu viens ? »

« Non, pas tout de suite, je vais profiter du frais encore un peu. »

Elle hocha la tête, compréhensive. La jeune femme s'éloigna doucement. Arrivée aux portes qui menaient à l'intérieur du navire, elle se retourna vers lui.

« Tu sais, même si c'est douloureux, je pense que tu devrais essayer d'en parler avec Ace et Marco et aussi avec les autres. Leur faire part de ce que tu ressens. Après ce n'est qu'une suggestion. Mais sache que si tu veux en parler, je serai toujours là. »

« Je sais. Et je t'en remercie. » souffla le travesti, un sourire doux aux lèvres.

« Bonne nuit Izou-niisan. »

« Bonne nuit à toi aussi Ena. »

Fin Flash-Back

Sans grande surprise, cette nuit avait encore plus rapproché le commandant et la jeune femme. Il lui semblait également qu'il avait discuté avec les autres membres d'équipage, puisqu'il lui avait paru nettement moins triste après ça.

La vie sur le Moby Dick avait continué, Morgana se sentant chaque jour plus proche des autres membres d'équipage, chaque jour plus à sa place. Elle se souvenait encore nettement du jour où elle avait choisi d'intégrer définitivement l'équipage.

Flash-Back

C'était une journée d'hiver, normale, même si attendue pour les autres, mais oh combien spéciale pour Morgana. Ils venaient de faire escale sur une ile après plusieurs semaines en mer et ils avaient prévu d'y rester un moment.

Toutes les tâches ayant été accomplies, Barbe Blanche avait donné quartier libre à ses enfants. Tous s'était dispersés et ne restaient sur le Moby que les personnes de gardes, Barbe Blanche, Morgana, Marco, Ace et Izou. Les trois derniers étaient près à partir et tentaient de convaincre la jeune femme de venir avec eux. Surtout Ace.

« Tu es certaine de vouloir rester ici ? Tu ne veux vraiment pas venir t'amuser avec nous ? » demanda encore une fois le jeune commandant.

« Non merci Ace. » lui répondit la jeune femme. « Je suis un peu fatiguée, je préfère rester ici. Je vous rejoindrai peut-être plus tard. »

« Tu es sûre que ça ira ? » s'inquiéta Izou.

« Hum ? Oui, ne t'en fait pas, Izou-nii… Tout ira bien. Je n'ai juste pas la tête à m'amuser pour le moment. »

Les trois commandants s'entreregardèrent, peu confiants. Ils voyaient bien que quelque chose clochait, malgré le sourire de leur petite sœur. Il était faux, ils en étaient presque sûrs…

« Tu es certaine que c'est bon-yoï ? Tu ne veux pas qu'on reste ? » ne put s'empêcher d'insister Marco.

« Non, ne t'inquiète pas, Marco-oniisan. Maintenant allez-vous amuser, avant que je ne vous botte les fesses hors du navire. »

Elle leur avait souris, insolente, mais ils voyaient bien que le cœur n'y était pas. Pourtant ils n'avaient pas insisté et s'était dirigés vers la terre ferme, sachant pertinemment qu'elle était plus que capable de mettre sa menace à exécution.

La jeune femme restée sur le navire les avait regardés s'éloigner.

Newgate décida de sortir la jeune femme de ses pensées en discutant avec elle. Les quelques conversations qu'il avait eu seul à seule avec Morgana s'était révélées très intéressantes. La jeune femme était très mature et particulièrement intelligente. Elle avait une vision unique du monde qu'il trouvait particulièrement rafraichissante.

Mais il voyait bien qu'elle allait mal, malgré ses sourires. D'ordinaire, la jeune femme avait toujours ce sourire particulier aux lèvres, mélange troublant d'insolence et de tendresse. Mais aujourd'hui, elle semblait perdue dans des pensées moroses, les yeux fixés sur une chose qu'elle seule pouvait voir. Il décida donc d'essayer de lui changer les idées.

« Tu t'es remarquablement bien intégrée à l'équipage. » commença-t-il.

Elle se tourna vers lui, ne l'ayant pas entendu arriver près d'elle. Il se posta à ses côtés, les yeux fixés sur la terre ferme, où les habitants de l'île faisaient leur petite vie.

« Je suis même agréablement surpris de la vitesse avec laquelle cela s'est fait. C'est comme si tu avais toujours eu ta place parmi nous. »

La jeune femme ne dit rien pendant quelque secondes, avant de répondre : « C'est vrai. Je me sens bien ici. Merci. »

Newgate se tourna vers elle, ne s'attendant pas à des remerciements.

« Merci de quoi ? » interrogea-t-il.

« Merci de m'avoir permis de rester ici. » l'éclaira-t-elle. « De m'avoir offert une nouvelle famille, des personnes sur qui compter. De m'avoir offert un endroit que je peux appeler « chez moi ». »

La jeune femme sourit doucement, avant de se perdre à nouveau dans ses pensées. Bien décidé à savoir ce qui n'allait pas, le Yonko repris la parole.

« Pourquoi ne pas être allée t'amuser avec les autres ? »

« Je n'ai… Je n'avais juste pas la tête à ça… Pas aujourd'hui… » murmura-t-elle.

« Pourquoi ? »

« Aujourd'hui aurait dû être le jour d'anniversaire de ma mère… »

Newgate se tu quelques secondes, comprenant enfin la tristesse qui émanait de la jeune femme depuis le matin.

« Tu… Tu souhaites m'en parler ? Me parler d'eux, de ta famille ? » hésita le Yonko, incertain de la marche à suivre.

La jeune femme ne répondit pas. Elle resta si longtemps silencieuse qu'il se demanda si elle l'avait entendu. Pourtant après un long moment, elle prit la parole, d'une voix si basse qu'il dût tendre l'oreille.

« Ma mère… Ma mère était quelqu'un d'exceptionnel. » commença-t-elle. « Elle a toujours été là pour moi, d'aussi loin que je m'en souvienne. Elle était… comme la mer. Aussi changeante qu'elle… Elle a toujours été la personne de la famille dont j'étais la plus proche. Sans doute parce qu'on se ressemblait. Autant physiquement que mentalement. Elle était très protectrice et toujours présente pour m'écouter. Elle était très intelligente et très mature, mais elle pouvait aussi être une véritable gamine, un peu comme moi. Ça faisait souvent soupirer mon père et mon frère d'ailleurs. Elle était toujours en train de rire, de sourire. Elle était aussi la femme la plus forte que j'ai connue. Maintenant et pour l'éternité, elle restera la première femme de ma vie. »

Newgate se taisait, se refusant à stopper la jeune femme dans son discours. Il voyait dans ses yeux, tout l'amour qu'elle avait pour sa mère et sa souffrance de ne pas l'avoir à ses côtés. Morgana continua, perdue dans ses souvenirs.

« Mon père lui, était un ours. » reprit-elle. « Oui c'est ça, il n'y as pas de meilleur moyen pour le décrire. Très diffèrent de ma mère, à se demander comment ils ont pu finir ensemble. Elle toujours exubérante, toujours à parler et lui, taciturne et casanier. Il n'arrêtait pas de grogner et de bougonner, c'était… sa manière bien à lui de communiquer. Ma mère avait beaucoup tendance à parler pour deux. Même aux repas, c'était elle et moi qui faisions presque toute la conversation. Il était protecteur aussi, moins que ma mère mais quand même. C'était lui qui gérait la maison et ma mère gérait les enfants. Il était très calme et adorait être dehors, à faire son jardin, à se balader avec le chien… Il a toujours été la présence rassurante dans ma vie. Et enfin mon frère… Mon adorable sale gosse de petit frère. Il était mon cadet de trois ans. Je l'adorais. Mais qu'est-ce que je pouvais le détester parfois… On passait notre temps à se disputer. Cela vient sans doute du fait qu'on est totalement opposés. Si moi je suis affiliée à l'air, lui est indubitablement lié à la terre. C'était un roc, toujours très terre à terre, très réaliste. Solide. Il ressemblait à mon père, autant sur le plan physique que mental. Il était vraiment agaçant, toujours à vouloir avoir le dernier mot, avec un esprit de contradiction encore pire que le mien. Lui et moi, on a toujours eu du mal à s'entendre. Il ne passait pas une journée sans qu'on ne se mette verbalement sur la figure. Mais on avait aussi d'incroyables moments de complicité. Je me rappelle encore, quand on était gosses, de toutes les fois où il est venu me trouver le soir, lorsque nos parents dormaient, pour me demander s'il pouvait dormir avec moi. C'était ainsi entre nous, conflictuel, mais jamais dénué d'amour. Peu importe le temps, lui et mon père resteront toujours les deux premiers hommes de ma vie. » termina-t-elle.

Elle s'était tue, comme incapable de poursuivre. Pourtant, Newgate relança la conversation. Elle parlait de sa famille avec tant d'amour, tant de douleur, il voulait savoir. Comprendre ce qu'il était arrivé pour que la jeune femme se retrouve seule. Le capitaine était tout proche de la jeune femme, une main sur son épaule.

« Qu'est-ce que… Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » demanda-t-il.

Un sanglot monta dans la poitrine de Morgana, avant qu'elle ne reprenne la parole, la voix nouée.

« Ma mère était malade… » commença-t-elle. « Elle se trainait cette saloperie depuis des années. Elle avait un traitement, avec les années elle est allée mieux. Il y avait des hauts et des bas, bien sûr, mais elle guérissait, lentement. Mais finalement, il y a un peu plus d'un an et demi, c'est devenu de pire en pire. Elle s'est battue, longtemps, mais ça n'a pas suffi. Au final, c'est cette saleté qui a gagné. »

« Et ton père et ton frère ? » continua Newgate.

A cet instant, elle ne put empêcher les larmes de couler sur ses joues pâles.

« Eux, c'est un accident qui nous a séparés. » murmura-t-elle. « Juste une SALOPERIE d'accident… Et je crois que le pire, c'est que contrairement à ma mère, je n'ai même pas pu leur dire au revoir. »

Sa voix s'était brisée sur la dernière phrase. Incapable de poursuivre, elle enfouit son visage dans ses genoux, les bras serrés autour d'elle, vaine protection face à la souffrance qui vrillait son cœur et son âme. Perdue dans sa douleur, elle ne put s'empêcher de sursauter en sentant deux bras chauds l'entourer, la retournant pour l'attirer contre un torse nu et brûlant. Elle leva les yeux et, aveuglée par les larmes, elle mit quelques secondes à reconnaitre son « assaillant ».

« A…ce ? »

Le second comandant, parce que s'était bien lui, resserra son emprise sur la jeune femme. Apres avoir quitté le navire avec Marco et Izou, il n'avait pas pu s'empêcher de repenser à la jeune femme et à son sourire infiniment triste. Il avait eu l'impression d'étouffer de l'intérieur, se battant avec des sentiments qui n'étaient pas les siens. Il n'avait eu de cesse de se dire qu'il aurait dû rester avec elle. Tant et si bien qu'il avait fini par faire demi-tour, rapidement suivi par les deux autres commandants. Et lorsque, revenu sur le navire, il avait vu sa sœur en larmes, il avait été incapable de s'en empêcher. Il s'était précipité pour la prendre dans ses bras.

Toujours coincée contre Ace, Morgana était tendue, surprise et incapable de comprendre ce qui arrivait. Elle avait si mal, elle ne parvenait plus à réfléchir correctement.

« Ace… » gémit-elle, perdue dans sa douleur.

Grondant, il glissa une main dans les cheveux fins de sa sœur. Il vit également les deux autres commandants se rapprocher. Marco glissa sa main avec celle d'Ace et Izou plaçant la sienne dans le dos de Morgana. Barbe Blanche, un peu à l'écart, observait le quatuor en silence.

« Tu nous as laissé pleurer sur tes épaules quand on a eu besoin. » chuchota le jeune commandant. « Tu as été là pour chacun d'entre nous. C'est juste qu'à présent, ce soit toi qui te laisse aller sur nos épaules. Nous sommes tes frères Ena, même sans lien de sang. Tu peux pleurer, tu en as le droit. Tu as été forte assez longtemps, accorde-toi le droit de lâcher prise maintenant. »

Comme si les mots d'Ace avaient ouvert les vannes, Morgana se laissa aller à sa douleur. Elle s'accrocha aux pans de la chemise ouverte du second commandant, noyant son épaule de larmes, le corps secoué de sanglots irrépressibles.

Incapable de rester insensible, Ace resserra encore son étreinte, tandis qu'Izou traçait des formes sans sens dans le dos de la jeune femme.

Oubliant le monde autour d'eux, aucun des trois commandants ne put dire combien de temps s'était écoulé. Pour l'heure, la seule chose qui avait de l'importance, c'était le corps tremblant de leur petite sœur. Longtemps après, ils entendirent les sanglots de Morgana se tarir, son souffle se faire plus profond. S'éloignant légèrement d'elle, sans pour autant la lâcher, Ace remarqua que la jeune femme s'était endormie contre lui. Grognant doucement, il la souleva dans ses bras, forçant les deux autres hommes à s'éloigner. Il s'éloigna vers la cabine qu'il partageait avec Marco, refusant de lâcher son précieux fardeau.

« Ace-yoï ? » s'inquiéta le phénix.

« Je ne sais pas pour vous deux, mais il est hors de question que je la laisse seule. Surtout pas après ce qu'il s'est passé. » gronda le jeune homme, les nerfs à vifs. « Je l'emmène dans notre cabine et je compte bien rester avec elle jusqu'à ce qu'elle se réveille. Oyaji ? »

« Oui, fils ? »

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

« Elle m'a parlé de sa famille… »

« … Bien. »

« Ace… » souffla le capitaine. « Je n'ai jamais souhaité la mettre dans cet état. »

« … Je sais… »

« Ce n'est pas ta faute Oyaji-yoï. » intervint Marco. « Ce n'est la faute de personne. De toute manière, il aurait fallu qu'elle craque à un moment donné. Je suis même étonné qu'elle ait tenu si longtemps. Elle est plus forte que beaucoup de gens-yoï… »

« Bon et sinon, qui doute encore qu'elle fasse partie de l'équipage ? » s'amusa Izou.

Les quatre hommes sourirent à cette phrase. Oui, ce n'était qu'une question de temps avant que la jeune femme ne fasse définitivement partie de leur famille. Hochant la tête, Ace pris la direction de sa cabine, vite suivi par les deux autres. Resté seul sur le pont, Newgate porta son regard sur l'horizon, souriant doucement.

Il avait fallu attendre deux heures avant que Morgana ne se décide à se réveiller. Papillonnant des yeux, elle mit quelques secondes à se rendre compte de l'endroit où elle se trouvait. Elle était allongée sur un lit qui n'était pas le sien. Elle sentait sous elle la chaleur d'un corps qu'elle reconnut comme celui d'Ace. Assis sur des chaises, l'un près du lit, une main dans la sienne, et l'autre assis près du bureau, Marco et Izou étaient plongés chacun dans un bouquin.

Sentant le réveil du corps dans ses bras, Ace se redressa, enfouissant son nez dans les mèches blondes de sa sœur sans pour autant la lâcher. Suite au bruit provoqué par les mouvements d'Ace, les deux autres hommes s'étaient rapprochés, Izou venant s'asseoir au bord du lit.

Légèrement gênée, Morgana se rencogna un peu plus contre Ace, la chaleur du Logia contrastant avec la peau glacée de la jeune femme.

« Je… J'ai dormi longtemps ? » interrogea la jeune femme.

« A peine deux heures-yoï. » la rassura Marco.

« Et… Et vous êtes restés avec moi tout ce temps ? » hésita-t-elle, avant de reprendre en voyant Ace acquiescer. « Je suis désolée, j'ai gâché votre… »

« Ne t'avise même pas de finir cette phrase ! » l'interrompit Izou, indigné que la jeune femme puisse penser une chose aussi stupide. « Tu n'as rien gâché du tout ! »

« Mais… » voulu-t-elle protester.

« Pas de « mais ». » intervint à son tour Ace. « Je te l'ai dit non ? Tu nous as laissé pleurer sur tes épaules, à nous d'en faire de même. »

Morgana n'ajouta rien, sachant pertinemment qu'elle n'aurait pas le dernier mot.

« Bien ! » s'exclama le second commandant. « Maintenant, tu vas venir avec nous, pour te changer les idées et je n'accepterais aucun refus ! » la prévint-il.

« Mais… »

« On a dit pas de « mais »-yoï. » souffla Marco en lui souriant. « Je suis d'accord avec Ace. Ce soir, tu te changes les idées-yoï. Et quand tu iras mieux, on discutera de ce qu'il s'est passé. »

« J'ai mon mot à dire ? » fit semblant de s'indigner la jeune femme.

« Non. » affirma Ace, mettant fin à la conversation.

La jeune femme rit doucement, abdiquant. Les deux autres commandants se dirigèrent vers la porte de la cabine, vite suivis par une allumette et un courant d'air remis sur pieds. Sur le pont, ils croisèrent Barbe Blanche. Plongeant ses yeux dans les prunelles vertes de sa benjamine, le Yonko fut satisfait de voir que la tristesse du moment précédent n'était plus présente.

« Tu vas mieux. » affirma-t-il, avant de continuer lorsqu'elle hocha la tête. « Tant mieux. Ils ont décidé de te trainer à terre ? »

Morgana se contenta de rire en réponse.

« Sens toi libre de venir me parler à tout moment. C'est le rôle d'un père que d'écouter et de soutenir ses enfants. » sourit doucement le Yonko.

« Merci… Oyaji. »

A l'entente de l'appellation, le Yonko ne put s'empêcher de laisser une larme de couler.

« Oyaji ? » s'alarma la jeune femme.

« Ce n'est rien. » la rassura le capitaine. « Je suis juste tellement heureux, tellement fier… »

Et à ces mots, le géant attira délicatement la jeune femme dans ses bras.

« Est-ce que je dois en déduire que j'aurai bientôt un nouveau tatouage à faire-yoï ? » s'amusa Marco, s'incrustant dans la conversation.

Se détachant du Capitaine, la jeune femme rit doucement.

« Il semblerait oui… »

Souriant, le phénix attira à son tour la jeune femme à lui, vite rejoint dans le câlin par les deux autres hommes, Izou houspillant Ace pour qu'il lui laisse de la place.

« Mais pourquoi ce serait à moi de me décaler ? » s'insurgea le jeune pirate.

« Tu l'as eue dans tes bras pendant deux heures non-stop, à mon tour maintenant. » répliqua Izou.

Ace se contenta de grommeler en réponse. A l'entente de cette pseudo-dispute, Morgana éclata de rire.

« Je vous aime tellement ! Vous êtes les meilleurs frères dont on puisse rêver. »

« Toi aussi. » lui sourit Marco. « Il faudra d'ailleurs que je m'occupe de ton tatouage. Tu le veux où-yoï ? »

« On verra demain ! Ce soir on fait la fête ! » s'exclama Ace.

Riant doucement, la jeune femme se laissa trainer jusqu'à l'auberge de l'île par ses frères. Oui, définitivement, elle était à sa place.

Fin du Flash-Back

Souriant à ce souvenir, la jeune femme vint machinalement passer ses doigts sur le tatouage qui ornait désormais la partie droite de son ventre. Marco avait pris le temps de le lui tatouer le lendemain de cette fameuse soirée. Après que Newgate ait annoncé son intégration définitive à l'équipage, ils avaient fait la fête jusqu'au bout de la nuit.

Aujourd'hui encore, elle se rendait compte à quel point le fait de craquer, de parler lui avait fait du bien. Elle avait beaucoup discuté de son ancienne famille avec les Shirohigues. Mais malgré cela, il lui avait fallu encore un peu de temps avant qu'elle ne leur avoue son changement de monde. Idiotement, elle avait voulu attendre, par peur de les perdre.

Pourtant, la vérité avait fini par éclater. Et pas de la manière la plus délicate. Cet aveu avait été la conséquence d'une de ses plus grosses colères, où malheureusement, elle avait laissé échapper des informations dont elle n'était pas supposée connaitre l'existence.

Flash-Back

La journée avait commencé normalement sur le Moby. Chacun était à ses tâches et Morgana profitait d'un rare soleil d'hiver assise sur les genoux du paternel. Cela faisait deux semaines qu'elle avait intégré définitivement l'équipage.

Bref, une journée normale en perceptive, mais l'homme dans la vigie avait annoncé l'approche d'un navire Marine, identifié comme celui de Monkey D. Garp. S'étant informé des intentions plus ou moins pacifiques de Garp, Newgate l'avait laissé s'approcher et monter à bord.

Suite aux ordres donnés par leur Capitaine, les commandants s'étaient rapprochés, formant une haie compacte et Morgana, qui avait sauté des genoux du Yonko, était allée s'asseoir sur le bastingage, montrant ainsi son statut de membre indépendant.

Elle avait vu la tension qui agitait son père et ses frères, Ace en particulier. Sachant que c'était pour lui que Garp était là, il s'était placé en première ligne. Il tâchait de rester digne, mais les années de terreur de Garp, ajoutées aux évènements de Marine Ford faisaient qu'il n'était pas du tout serein face à la situation, même s'il s'efforçait de ne rien montrer.

A ces côtés, Marco devait se retenir de toutes ses forces de ne pas enlacer le jeune homme, mais il fallait qu'ils soient discrets. Il ne tenait vraiment pas à ce que Garp - et la Marine par extension - ait un moyen de pression supplémentaire sur Ace.

Pas du tout serein, Ace serrait les poings de toutes ses forces. Le courant d'air chaud dans ses cheveux le détourna de l'arrivée de Garp. Il plongea ses yeux dans ceux de Morgana. Le soutien qu'il y lut lui fit du bien. Oui, quoi qu'il se passe aujourd'hui, tout irait bien, puisqu'il avait sa famille avec lui.

La jeune femme de son coté, se tourna vers le Marine et l'observa avec suspicion. Elle ne l'appréciait déjà que très peu, alors qu'il fasse un seul geste déplacé et elle se ferait un plaisir de lui botter le cul, Héros de la Marine ou pas !

« Que veux-tu Garp ? » demanda Newgate, lançant les hostilités.

« Je suis venu prendre des nouvelles de mon petit-fils. » lui répondit le Marine.

« Après des mois ? Trop aimable. » s'exprima le second commandant, la voix aigre.

Garp se tourna vers lui, furieux et avant que quiconque n'ait pu faire un geste, lança un grand coup de poing sur le crâne d'Ace. Près d'eux, Morgana serra le poing…

« Non mais dit donc, c'est comme ça que tu accueilles ton grand père, sale môme ?! » s'indigna Garp.

La violence du coup l'ayant mis à terre, Ace maugréa : « Tu parles d'un grand père… »

Garp, la fumée lui sortant presque des oreilles, arma de nouveau son poing, assenant un autre coup au pauvre commandant déjà à terre. Tous l'équipage, y compris Newgate, hésitait vraiment à intervenir et à flanquer a Garp la correction qu'il méritait. Indifférent aux tensions qu'il venait de créer, le Marine continuait d'incendier Ace, qui se recroquevillait de plus en plus face à la violence des propos de son « grand-père ».

« Non mais je t'apprendre le respect de tes ainés moi, sale gosse. Je suis ton grand père et j'estime avoir droit au respect. »

A cette phrase, Morgana ne tint plus. Alors que le Marine s'apprêtait à remettre un troisième coup à Ace, elle bougea, se plaçant entre eux, bloquant le coup. Sans laisser au Marine le temps de comprendre ce qu'il venait de se passer, elle arma son poing, créant un immense gant de vents amalgamés et l'envoya droit dans le menton du Marine. Un énorme « CRAC » retenti, alors que Garp tombait à genoux, sonné par la puissance du coup. Aussitôt, il senti une gangue solide l'entourer, l'empêchant de faire le moindre mouvement. Relevant la tête, il tomba dans les abîmes verts des yeux de la jeune femme. La tête lui tournait, il mit quelques secondes à reconnaitre la personne qui lui faisait face.

L'action avait eu lieu tellement vite que personne, ni Marines ni pirates n'avaient bougé, trop choqués. Mais après quelques secondes de flottement, les quelques marines montés avec Garp se précipitèrent sur la jeune femme. Un « BONG » sonore retentit alors qu'ils se prenaient de plein fouet le bouclier que Morgana avait dressé.

Voyant cela, les pirates de Barbe Blanche préférèrent ne pas bouger de leur place. Marco voulu intervenir. Il n'en eu pas le temps. La voix de la jeune femme claqua, figeant l'ensemble du navire tant elle était froide et méprisante.

« J'en ai assez entendu ! » siffla-t-elle, glaciale. « Vous prétendez être le grand-père d'Ace ?! Ne me faites pas rire ! Vous n'êtes PERSONNE et surtout pas son grand-père ! Ni par le sang, ni par l'esprit et encore moins par le cœur ! Un grand-père digne de ce nom ne frappe pas son petit-fils, sous aucun prétexte. Un grand-père digne de ce nom est une personne qui vous apprend le monde, qui vous donne les clés pour faire votre propre chemin. Un grand-père vous soutient, vous aime quelle que soit la voie que vous choisissez de prendre. Il est là pour vous rassurer lorsque vous avez peur, pour vous consoler lorsque vous allez mal. Il est là pour vous raconter des anecdotes amusantes sur vos parents et pour prendre soin de vous lorsqu'eux ne sont pas capables de le faire. »

Tous s'étaient figés à l'entente des mots de la jeune femme. Ils voyaient bien qu'elle n'avait pas l'intention de s'arrêter là. Sur les navires, bon nombre était à genoux, incapables de respirer sous la pression qu'elle exerçait sur l'air environnant. Et à nouveau, les pirates de Barbe Blanche se rendait compte d'à quel point la jeune femme était puissante, à quel point elle était DANGEREUSE !

Sous l'effet de sa colère, le vent s'était levé, faisant tanguer les navires face à la force des vagues qu'il soulevait. D'un froid polaire, à l'image de la fureur de Morgana, il glaçait les os de toutes les personnes présentes. Du givre avait même commencé à progresser sur les bords des navires, la température chutant brusquement de plusieurs degrés.

Estomaqués, les Shirohigues observaient leur petite sœur, surpris face à la rancœur au fond de ses prunelles. Les yeux illuminés, le corps tendu à se rompre, le regard flamboyant de haine et de mépris, ils ne la reconnaissaient plus. Newgate surtout, observait avec stupéfaction sa plus jeune fille cracher sa rancœur sur Garp. Il se sentit très heureux de ne pas être à la place du Marine et se promit de tout faire pour ne jamais être la cible de la fureur de Morgana. C'est qu'elle faisait peur quand elle s'y mettait la demoiselle…

Totalement indifférente à ce qui se passait autour d'elle, Morgana continuait d'incendier Garp.

« Vous avez l'audace de prétendre que vous êtes le grand-père d'Ace, alors que vous n'avez jamais été là pour lui ! » poursuivit-elle, la fureur faisant trembler son corps. « Regardez-moi Monkey D. Garp ! Et dites-moi, vous le prétendu grand-père exemplaire, où étiez-vous durant toutes ses années ?! Où étiez-vous lorsqu'Ace et son frère ont dû apprendre à survivre seuls dans la jungle de Dawn Island ?! Où étiez-vous lorsqu'ils ont failli mourir dans l'incendie du Grey Terminal ?! Où étiez-vous lorsqu'ils ont dû faire face à la disparition de Sabo ?! Où étiez-vous lorsqu'Ace se faisait huer et haïr pour une faute qui n'est pas la sienne ?! Où étiez-vous lorsqu'Ace grandissait, seul face à un monde qui ne voulait pas de lui, persuadé qu'il n'avait pas le droit d'exister ?! Vous n'avez jamais été présent pour lui, pour le soutenir ! Vous ne lui avez jamais dit que vous l'aimiez, ni que vous étiez fier et heureux de son existence. Quel genre de grand-père laisse son petit-fils croire qu'il ne mérite pas de vivre ?! »

Rendue folle par la colère, la jeune femme ne semblait plus vouloir s'arrêter. Et tous ne pouvaient qu'observer Garp se tasser face à la fureur qui émanait de Morgana. Ace lui, regardait avec stupéfaction sa sœur incendier son prétendu grand-père. Le pire dans tout cela, c'est qu'à aucun moment la jeune femme n'avait élevé la voix, gardant un ton posé, aussi froid et dur que la glace.

« Où étiez-vous Monkey D. Garp, lorsqu'Ace s'est retrouver seul au fond d'Impel Down ?! » l'interrogea-t-elle. « Où étiez-vous à Marine Ford ?! »

Semblant se réveiller, Garp cracha ces mots : « J'étais présent à Marine Ford. »

Cependant, à la vue du rictus de fureur de Morgana, ça n'était vraiment pas la bonne chose à dire.

« Oh vraiment ? Quoique, c'est vrai, maintenant que j'y pense, vous étiez bien présent… » ironisa la jeune femme.

Un sourire cruel prenant place sur ses lèvres, elle poursuivi sa diatribe : « Mais alors dans ce cas, pour n'avez-vous pas agi ? »

La question, posée d'un ton innocent, fit se tendre toutes les personnes présentes et encore plus le vieil homme à genoux devant Morgana.

« Vous étiez là. » poursuivit-elle, plus furieuse que jamais. « Vous le prétendu grand-père, vous étiez présent alors qu'Ace était sur l'échafaud, sur le point de mourir pour un crime dont il n'est pas responsable. Vous étiez là et pourtant vous n'avez rien fait. Vous vous êtes contenté de regarder votre petit fils sur le point de se faire exécuter, sans même lever le petit doigt. Pire encore, lorsque Luffy s'est précipité au secours de son frère, non seulement vous n'avez rien fait pour aider Ace, mais vous vous êtes mis en travers du chemin de ses sauveteurs. Vous avez essayé d'empêcher Luffy de sauver Ace. Vous osez vous prétendre grand-père après cela ? Je ne sais pas comment ça marche chez vous, mais pour moi, mes proches sont ce que j'ai de plus précieux et de plus sacré ! Vous auriez DÛ faire quelque chose, vous auriez dû envoyer bouler vos supérieurs et venir en aide à Ace. La famille est censée passée avant tout le reste ! »

Le Marine semblait avoir pris dix ans. Disparue l'assurance du Héros de la Marine, envolée la fierté. Ne restait plus qu'un vieil homme en larmes, tentant de se défendre comme il pouvait face à la fureur de la jeune femme.

« Tu ne sais pas de quoi tu parles ! » s'exclama le vieil homme.

A ces mots, tous virent le sourire cruel changer, pour devenir infiniment douloureux et triste, mais oh combien déterminé.

« Oh détrompez-vous, Garp, je sais exactement de quoi je parle. » souffla la jeune femme. « J'ai été jusqu'à sacrifier ma propre existence pour protéger une personne qui m'était chère. Et si le besoin s'en présente, je n'aurai aucune hésitation à recommencer. Strictement aucune. Contrairement à vous, qui avez été lâche et hypocrite au point d'accepter de sacrifier votre petit-fils pour sauver votre honneur et votre boulot, je suis prête à n'importe quoi pour protéger les miens. Vous n'êtes qu'un hypocrite, un lâche et vous n'avez rien d'un grand-père. Vous… »

« Ma fille, c'en est assez ! » tonna Newgate.

L'ordre avait claqué, puissant, irrévocable. Figée dans sa diatribe, Morgana s'était tournée doucement vers son capitaine. Dans le même temps, aussi simplement qu'on souffle la flamme d'une bougie, la tempête avait cessée, la pression s'était dissipée. Croisant le regard de son second père, Morgana avait soufflé, avant de faire disparaitre son bouclier et de relâcher le Marine. Se détournant, le corps tendu d'une colère difficilement réprimée, elle s'était dirigée vers le bastingage, avant de grimper dessus et de faire apparaitre ses ailes.

« Où vas-tu ? » l'interrogea Newgate, l'inquiétude se lisant à présent dans ses yeux.

« Me calmer. » gronda la jeune femme. « Avant que je ne fasse ou dise quelque chose que je pourrai regretter. »

Sans un mot de plus, elle s'envolât.

Les pirates restés sur le pont se tournèrent vers Garp, qui n'avait pas bougé, écrasé par la culpabilité que les mots de Morgana avaient réveillée en lui.

« Je crois que tout a été dit. » affirma Newgate. « Bien que j'aurais sans doute fait preuve de plus de tact qu'elle, je suis d'accord avec chacun des propos de ma fille. Tu n'es plus le bienvenu ici, Garp. Rentre chez toi et ne t'avise plus d'essayer d'entrer en contact avec Ace. »

Sur ses mots, le Yonko se détourna, montrant clairement au Marine le fond de sa pensée. Piteux, le poids des années semblant avoir repris ses droits sur lui, Garp se releva avant de quitter le navire sans un mot, ordonnant à ses hommes de faire demi-tour et de repartir. Les Shirohigues observèrent les marine sans un mot, jusqu'à ce que leur bateau ai disparu à l'horizon.

Après cela et pendant plusieurs minutes, personne n'osa prononcer un mot. Ils s'entreregardaient, incapables de déterminer par quoi ils devaient commencer. Finalement, ce fut Joz qui brisa la glace.

« Eh bien, je pense qu'après ça, nous sommes tous d'accord pour dire que jamais, au grand jamais il ne faudra qu'on mette Ena en colère ? » marmonna l'homme-diamant.

La phrase eu le don, à défaut de détendre complètement l'atmosphère, de faire baisser la tension qui s'était installée sur le navire. Izou se permit même un petit sourire tremblant.

« Je suis d'accord avec toi Joz. » murmura-t-il.

Tous hochèrent la tête.

« Par Davy Jones, pendant un moment, j'ai vraiment eu peur d'elle. » frissonna Haruta. « Elle ne s'énerve pas souvent, mais si ses colères sont toutes comme celle-ci, je vote pour qu'on évite, oui. »

« Je pense qu'on est tous d'accord sur ce point-yoï… » marmonna à son tour le phénix.

Il se tourna vers son amant, toujours assis par terre.

« Tout vas bien-yoï ? Ace ? » interrogea-t-il.

« Je… Oui, je… » bredouilla le jeune pirate.

Il prit soudainement sa tête entre ses mains en gémissant. Non, ça n'allait pas ! Comment était-il sensé réagir ? La personne qui s'était fait appeler son grand-père pendant des années venait de se faire démolir moralement par celle qu'il en était venu à considérer comme sa sœur. Tout au long de la tirade de la jeune femme, il avait senti son corps trembler d'une colère qui n'était pas la sienne. Brusquement, il réalisa ! Sabo ! Comment par Davy Jones, Morgana pouvait-elle être au courant pour Sabo ?! Il n'en avait parlé à personne, alors comment ? Comme si cette interrogation avait ouvert les vannes de sa conscience, il se rendit compte de tout ce qui avait été dit !

« C'est impossible… » murmura-t-il, apeuré.

« Ace-yoï ? » s'inquiéta son amant.

« Elle sait… Comment c'est possible qu'elle sache tout ça ? » paniqua le jeune homme. « J'en ai jamais parlé à personne. Il n'y a que Luffy qui est au courant… »

« Ace calme-toi-yoï, tu es en train de faire une crise de panique ! » ordonna Marco.

« Mais elle sait, Marco ! » s'affola Ace. « Elle sait des choses sur moi que personne à part Luffy ne sait ! Comment, comment veux-tu que je me calme ?! »

« Il le faut-yoï, paniquer ne sert à rien. » tenta de le calmer le premier commandant. « Elle nous doit des explications, c'est vrai, mais par pitié-yoï, calme-toi. »

Désemparés, tous se tournèrent vers Barbe Blanche, en quête de soutien. Le Yonko soupira.

« Je suis d'accord avec toi, fils. » admit le Capitaine. « Je pense que votre sœur nous doit des explications. »

« Tu, tu penses qu'elle… nous a trompés ? Qu'elle s'est jouée de nous ? » pâlit Izou, refusant ne serait-ce que d'envisager cette possibilité.

« Non. » affirma leur capitaine. « J'ai appris à la connaitre au fil des mois qu'elle a passé ici et je sais qu'elle nous considère tous comme sa famille. Elle n'aurait jamais pu jouer ainsi avec nous. Alors oui, elle nous a caché des choses, mais elle n'en reste pas moins l'une des nôtres. »

« Tu savais ? Tu savais qu'elle ne nous as pas tout dit ? » souffla Joz.

« Disons plutôt que je m'en doutait. » affirma le plus vieux. « Il y a beaucoup de choses qui ne collent pas. Et rappelez-vous, la première fois qu'elle a été sur le bateau, lorsqu'elle a exposé les raisons pour lesquelles elle nous était venus en aide, elle avait dit qu'il y avait une autre raison. »

« Je m'en rappelle-yoï. » intervint Marco. « Elle avait dit qu'elle souhaitait le garder pour elle, que s'était un des plus grands secrets de son existence… »

« Rien ne sert de spéculer pour le moment, mes enfants. » tempéra le capitaine. « Nous tirerons tous cela au clair lorsqu'elle reviendra. Pour le moment, je vous demande de retourner à vos tâches respectives. »

Conformément aux ordres de leur capitaine, les pirates s'étaient dispersés. Seul Ace était resté sur le pont, perdu dans ses pensées.

La journée avait passée, les pirates de plus en plus nerveux, d'autant plus qu'une tempête avait démarré en début d'après-midi. Il fallut attendre une heure avancée de la nuit avant que l'homme en vigie ne signale le retour de Morgana,

A cette annonce, Izou s'était précipité sur le pont, une couverture entre les mains. Il vit Morgana atterrir doucement sur le pont, trempée mais visiblement calmée. Il l'attira rapidement à l'abri, avant de poser la couverture sur ses épaules.

« Je suis content que tu sois enfin rentrée. » souffla-t-il. « Avec la tempête et ce qu'il s'est passé ce matin, on commençaient tous à vraiment s'inquiéter… »

« Je suis vraiment désolée, Izou-niisan. » murmura la jeune femme, honteuse.

« Ce n'est rien. » la rassura le travesti. « En revanche, Oyaji et les commandants t'attendent dans la salle de réunion… Ils ont, non, nous avons pas mal de questions à te poser… »

Le commandant et la jeune femme se dirigèrent vers la salle de réunion. Morgana tremblait et pas que de froid… Durant les heures qu'elle avait passées à voler, elle avait largement eu le temps de réfléchir et de prendre conscience de ce qu'il s'était passé. Elle s'était parfaitement rendue compte que, poussée par la colère, elle avait laissé échapper bon nombre d'informations dont elle n'était pas supposée connaitre l'existence. Et à cause de tout ça, elle avait peur.

Non pas seulement peur, elle était TERRIFIÉE ! Terrifiée à l'idée de perdre la confiance de l'équipage, terrifiée à l'idée de perdre sa nouvelle famille ! Elle avait déjà tout perdu une fois, elle ne supporterait pas de tout perdre à nouveau.

Et Ace… Qu'Yggdrasil la garde, elle ne pourrait pas supporter de perdre Ace… Elle s'en était parfaitement rendue compte avec le temps, le lien qui l'unissait au jeune pirate n'était pas un lien « normal ». Elle sentait que certaines des émotions qui l'envahissaient par moment n'était pas les siennes, elle avait souvent eu l'impression de pouvoir communiquer avec lui sans même avoir besoin de mots. Non, elle ne pouvait pas perdre Ace…

Perdue dans ses réflexions, elle ne s'était même pas rendu compte qu'ils étaient arrivés à la salle de réunion. Ce n'est que lorsqu'elle ressenti l'arrêt d'Izou qu'elle leva la tête et le remarqua. Tous les commandants étaient là, aux côtés de leur capitaine et tous la fixaient.

… Malaise…

La jeune femme baissa les yeux sur ses chaussures, le corps tendu, incapable d'articuler une parole. Les secondes s'écoulèrent dans un silence à couper au couteau, sans qu'aucun des protagonistes n'ose prendre la parole.

Finalement, Barbe Blanche fini par briser le silence.

« Tu sais pourquoi nous sommes tous réunis ici, n'est-ce pas ? » demanda-t-il.

La jeune femme hocha la tête.

« Aucun de nous n'est en colère contre toi tu sais… » reprit le Yonko. « Nous voulons simplement comprendre… Je sais que tu as encore beaucoup de secrets, mais trop de choses ont été dites aujourd'hui. Tu ne peux pas continuer à nous laisser ainsi dans le flou. »

Incapable de s'en empêcher, la jeune femme s'était remise à trembler. Les larmes aux yeux, elle avait enroulé ses bras autour d'elle et n'avait toujours pas relevé la tête. Les paroles de son père tournaient en boucle dans son esprit. Oh oui, elle savait bien qu'elle ne pouvait plus se taire désormais, mais ça ne l'empêchait pas d'être terrifiée par les conséquences que pourraient avoir ses aveux.

Après un long moment de silence, elle finit par prendre la parole, la voix nouée.

« Je suis désolée… » murmura-t-elle. « Je suis tellement, tellement désolée… Je n'ai jamais voulu vous mentir ou vous tromper… Je… »

Elle se tu, incapable de poursuivre, les sanglots lui coupant le souffle, les larmes roulant sur ses joues pâles.

Elle voulait désespérément poursuivre, avouer tout ce qu'elle leur avait caché, mais elle n'y parvenait pas. La peur de les décevoir, la peur qu'ils lui en veuillent lui nouait la gorge.

Les yeux toujours fixés sur le bout de ses bottes, elle n'avait pas remarqué qu'un de ses frères avait bougé. Elle eut un sursaut en sentant deux bras brûlants s'enrouler autour d'elle, l'attirant contre un torse musclé et chaud. Il lui fallut une fraction de seconde pour reconnaitre celui qui l'enlaçait et lorsque ce fut fait, elle se tendit encore plus, si s'était possible.

« Ne pleure pas Ena… » murmura-t-il. « Je t'en prie, je déteste te voir pleurer… Tu sais, je me fiche que tu aies caché des choses. Je ne sais pas où tu as obtenu toutes les informations que tu as balancé ce matin et je m'en moque. Je ne t'en veux pas. Ne pleure pas Ena, je te promets que je ne suis pas en colère. Peu importe tout ce que tu as pu nous cacher, je ne te laisserais pas. »

Ace, puisque s'était lui, avait parlé d'une voix basse et douce, berçant doucement le corps pâle qui tremblait entre ses bras. Il releva doucement le menton de Morgana, la forçant à le regarder dans les yeux. Il frissonna en croisant son regard vert rempli de larmes. Par Davy Jones, il détestait voir sa sœur ainsi. Depuis qu'elle était rentrée dans la salle, il se sentait mal. Il se sentait oppressé, tendu, sans parvenir à en comprendre la raison.

Il avait eu le temps de réfléchir avant son retour. Et même si les connaissances de Morgana sur sa vie l'avait paniqué un moment, lorsqu'il l'avait vue, si petite, tremblante d'une peur dont il ignorait l'origine, il n'avait pas pu s'empêcher d'aller l'enlacer. Tant pis pour ses questions, il savait que quoi qu'il apprenne aujourd'hui, il ne pourrait jamais en vouloir à sa sœur. Sans la lâcher, il plongea dans les abîmes vertes qui lui faisaient face.

« Je ne te laisserais jamais Ena… » souffla-t-il, son front contre celui de la jeune femme.

« Ni lui ni aucun d'entre nous. »

La jeune femme tourna la tête vers son capitaine, qui avait choisi ce moment pour intervenir. Son regard fit un rapide tour de la salle, ne rencontrant que des regards doux et chaleureux. Pas de colère, pas de rancune, une pointe d'interrogation peut-être, mais surtout un soutien et une tendresse qui lui donnèrent envie de pleurer à nouveau. Ace poussa un soupir de soulagement lorsqu'il senti la jeune femme se détendre entre ses bras. Doucement, sans la lâcher une seule seconde, il manœuvra tranquillement pour pouvoir s'assoir sur une des chaises libres de la salle. Morgana se retrouva sur ses genoux, dos contre son torse. Il enroula ses bras autour de sa taille et enfoui son nez dans ses cheveux blonds.

Morgana se détendit complètement, plaçant sa main sur celles d'Ace, avant de relever les yeux. Tous souriaient, attendris comme à chaque fois par la complicité qu'il y avait entre les deux plus jeunes membres de l'équipage. Ce fut finalement Vista qui brisa le silence confortable qui s'était installé : « Bien, maintenant que ce moment d'adorable mignonnerie est terminé, on pourrait peut-être passer aux explications ? »

Sans prévenir, Izou lui mit une taloche à l'arrière du crâne.

« Itaï ! Izou ! Non mais ça ne va pas ! Pourquoi est-ce que tu me frappe ?! » s'indigna l'épéiste.

« Parce que tu es un crétin ! » répliqua le travesti. « Ne gâche pas un moment pareil enfin ! La délicatesse tu connais ?! »

A la vue de ses deux frères se disputant, Morgana ne put s'empêcher de pouffer.

« Malgré le manque évident de délicatesse de Vista, je suis de son avis… » tempéra Newgate.

« Très bien… » soupira Morgana. « C'est assez… compliqué, alors je vous demanderai de ne pas m'interrompre. »

Tous hochèrent la tête. Morgana pris une grande inspiration, se cala un peu plus confortablement sur les genoux d'Ace et débuta son explication.

« Cela va sans doute vous paraitre fou, mais je ne suis pas d'ici. » commença-t-elle. « Et quand je dis ici, je parle de cette réalité, pas juste de GrandLine… Pour faire simple, il existe plusieurs mondes qui coexistent les uns à côtés des autres. Je suis née dans un de ces mondes, qui n'a rien à voir avec celui-ci. J'y ai grandi, j'y vivais heureuse, avant qu'un évènement imprévu ne vienne tout bouleverser et que je ne me retrouve dans ce monde… Ce jour-là, j'ai perdu tout ce que j'avais. Mon monde originel, mes amis, la famille qu'il me restait… »

« Tu veux parler de l'accident auquel tu as fait référence la dernière fois ? Celui qui t'a séparé des tiens ? » interrogea Newgate.

Morgana hocha la tête.

« J'avoue avoir du mal à comprendre-yoï… » intervint le phénix, légèrement perdu. « Comment, par Davy Jones, l'accident qui t'as couté les tiens a-t-il pu conduire à un changement de monde-yoï ? »

La jeune femme eut un sourire triste à ces mots.

« Je vous ai dit qu'un accident m'avait séparée des miens… Je n'ai jamais précisé QUI en avait été la victime… » poursuivit la blonde.

Toutes les personnes présentes sentir un frisson les prendre lorsqu'ils entendirent la phrase de leur sœur.

« J'ai peur de comprendre… » murmura Izou. « Tu veux dire que… » Il ne finit pas sa phrase, refusant d'envisager la suite.

Morgana elle, ne s'embarrassa pas de pincettes.

« La victime de l'accident, c'était moi… » avoua-t-elle. « Ce jour-là, j'ai perdu la vie et je me suis réincarnée ici. »

Elle senti Ace resserrer son étreinte.

« Comment… Comment es-tu morte ? » souffla le commandant.

Elle soupira, plongée dans ses souvenirs.

« De manière assez, banale, je dois dire. » admit la jeune femme. « J'étais avec des amies, on se promenait et l'une d'elles a traversé la route au mauvais moment, alors qu'un camion arrivait. Je me suis jeté sur elle pour la pousser hors de la chaussée et j'ai pris le camion de plein fouet. »

« Tu es morte à sa place… » blêmit Newgate.

« Là tout de suite, j'hésite entre te féliciter pour ton courage ou t'engueuler pour ta stupidité-yoï… » marmonna Marco.

« Je me passerai de l'engueulade Marco, merci. » soupira la jeune femme. « Je me sens déjà bien assez mal, pas besoin d'en rajouter une couche. »

Personne n'ajoutât quoi que ce soit, tentant de digérer les aveux de la jeune femme. Une minute passa avant que Barbe Blanche ne reprenne la parole.

« Eh bien, je dois dire que je ne m'attendais pas à cela. Ceci étant, avec tous les évènements improbables qui surviennent sur la GrandLine, je ne devrais même pas être étonné. » rit doucement le Yonko.

« Je suis désolée. » souffla la jeune femme, baissant les yeux sur ses mains. « Je voulais vous en parler, vraiment, mais… Mais je… »

Elle se tu à nouveau, peu sûre de ce qu'elle s'apprêtait à dire. Mais Barbe Blanc ne lui laissa pas la chance de s'échapper.

« Tu quoi ? » demanda doucement le Yonko, déterminé à ce que la jeune femme aille au bout de sa pensée.

« Je… » hésita-t-elle encore, avant de soupirer, parfaitement consciente qu'ils ne la lâcheraient pas cette fois. « J'avais peur… »

Les pirates froncèrent les sourcils, mécontents à l'idée que leur sœur ait eue peur de leur dire quelque chose.

« Pourquoi… Pourquoi avoir eu peur-yoï ? » interrogea Marco. « Tu n'as pas confiance en nous ? »

« Bien sûr que si ! » s'exclama la jeune femme en relevant la tête, horrifiée qu'ils puissent penser qu'elle ne leur faisait pas confiance. « J'ai une totale confiance en vous, vous êtes ma famille ! Je vous confierais ma vie sans la moindre hésitation ! » Elle poursuivit en voyant des sourcils interrogateurs se lever. « C'est… En vérité, c'est en moi que je n'ai pas confiance… D'aussi loin que je m'en souvienne, ça a toujours été ainsi. Alors… Alors quand j'ai compris que j'allais devoir tout vous avouer, stupidement, j'ai eu peur. Peur de vous décevoir, peur que vous m'en vouliez, que vous soyez en colère contre moi, peur de vous perdre à cause de mes mensonges… J'ai déjà tout perdu une fois, je n'aurais pas pu supporter de tout perdre à nouveau… Alors je me suis tue. Jusqu'à ce matin. »

Incapable de les empêcher, les larmes avaient recommencé à couler sur les joues de Morgana. L'équipage soupira, prenant conscience que la peur de la jeune femme était surement bien plus profonde que ce qu'elle pouvait laisser voir.

Ace retourna sa sœur, la forçant à le regarder dans les yeux.

« Regarde-moi, Ena. » murmura-t-il, une main sur sa joue. « Tout ira bien. Ne pleure pas Ena. Je te l'ai dit, qu'importe ce qui arrivera, je ne te laisserais jamais. Je t'aime petite sœur, tu n'as pas idée d'à quel point. Je serais toujours là. »

Plongée dans les yeux d'Ace, la jeune femme pouvait y lire à quel point il était sincère, à quel point il l'aimait. Incapable de résister, elle éclata en sanglots soulagés, s'accrochant de toutes ses forces au commandant. Ace grimaça lorsqu'il sentit les ongles de sa sœur s'enfoncer dans la chair de son dos. Pourtant, il n'émit aucune plainte, se contentant de resserrer son étreinte sur elle.

Comprenant le besoin qu'avait Morgana d'être rassurée, tous les commandants vinrent faire cercle autour des deux jeunes gens, se glissant à leur tour dans l'étreinte. Les deux se retrouvèrent au milieu d'un immense câlin collectif, Newgate profitant quant à lui de sa grande taille pour poser sa main sur l'épaule de Morgana. Il songea silencieusement qu'il faudrait qu'ils discutent de la peur de la jeune femme. Ce genre d'angoisse n'était jamais bon à garder pour soi.

Morgana mis un peu de temps à se calmer, entourée de la présence réconfortante de ses frères et père. Se sentant comme si un poids venait de s'enlever de ses épaules, elle se détendit, avant de s'écarter d'Ace, les autres leur laissant un peu d'espace.

Refusant de bouger ou de quitter la chaleur des bras de l'homme de feu, elle finit par trouver un compromis et s'assit en travers des genoux du jeune homme, la tête dans le creux de son cou.

Soufflant doucement, elle fit un rapide tour de la pièce avant de laisser un sourire doux envahir ses lèvres. Sa tête lui tournait, elle se sentait prête à s'endormir. Trop d'émotions d'un coup. Elle fut tirée de son état de béatitude par le rire attendri de son Capitaine.

« Je suis conscient que tu dois être fatiguée, ma fille, mais nous avons encore quelques points à éclaircir. » dit-il. « Après promis, tu pourras aller dormir. »

Morgana se contenta d'hocher la tête, prête à endurer les questions de sa famille.

« Dans un premier temps, j'aimerai connaitre la seconde raison qui t'a poussé à nous venir en aide à Marine Ford. » débuta le Yonko.

La jeune femme prit une grande inspiration, cherchant un moyen de formuler sa réponse. Elle soupira, de toute manière il n'existait aucun moyen de tourner ça correctement.

« J'ai choisi de vous aider à Marine Ford, simplement parce que je vous connaissais déjà plus ou moins et que je m'étais attachée à vous… » annonça-t-elle de but en blanc.

Le Yonko haussa un sourcil.

« Comment ça « tu nous connaissais déjà » ? » interrogea-t-il. « Je n'ai pas souvenir de t'avoir rencontrée avant Marine Ford pourtant… »

« C'est parce que ce n'est pas le cas. » soupira la jeune femme. Avalant sa salive, elle reprit. « Je vous l'ais dis, mon monde originel est très différent de celui-ci. Dans mon monde, vous n'existez pas, pas réellement du moins. Vous êtes les personnages d'une série de livres à succès appelée One Piece. Série que j'ai lue. D'une certaine manière, j'ai appris à vous connaitre aux travers de ces livres. Je me suis attachée à bon nombre de personnages de cette série, notamment Ace… »

Ledit Ace resserra son étreinte à ses mots. Savoir que sa précieuse petite sœur l'aimait déjà même lorsqu'elle était encore dans son monde lui faisait chaud au cœur.

« Il faut savoir que l'histoire dans les livres est beaucoup plus avancée que dans cette réalité. » poursuivit Morgana. « Ainsi, je suis capable de prévoir ce qu'il va se passer à l'avenir. Enfin, disons plutôt que je connais une des trames d'avenir possible. Comme il est toujours en perpétuelle évolution, il est impossible de le prévoir avec certitude. De plus mes actions ont déjà changé les possibles. »

« Comment ça ? » interrogea Ace.

La jeune femme se serra un peu plus contre lui. Elle mit quelques secondes à poursuivre, d'une voix si basse qu'ils durent tendre l'oreille pour l'entendre.

« Oyaji et toi… » commença-t-elle. « Dans les livres, Oyaji et toi n'avez pas survécu à Marine Ford… Vous y êtes morts tous les deux… Et… Je n'ai pas été capable de l'accepter. Alors quand je me suis retrouvée ici, quand j'ai compris que je pouvais changer les choses, je n'ai pas hésité une seule seconde à le faire. Je vous ais protégés, parce que je savais que si je vous laissais mourir alors que je pouvais vous aider, je n'aurais plus jamais pu me regarder dans un miroir sans mourir de honte… »

Dans la salle, tous s'étaient tus. Ils tentaient d'assimiler ce que leur petite sœur venait de leur annoncer. Beaucoup avaient pâlit, tentant d'imaginer leur vie si ce qu'elle avait annoncé s'était produit, si leur bien-aimé Oyaji et leur cher petit frère étaient morts dans cette guerre.

Ace, secoué par ce qu'il venait d'apprendre, se repris lorsqu'il entendit les sanglots discrets de sa sœur.

« Je suis désolée. » sanglotât-elle. « Je sais que mes actions étaient égoïstes, mais je ne pouvais pas… Je ne pouvais pas vous laisser mourir… »

Le jeune commandant sourit.

« Ne t'excuse pas, petite sœur. » souffla-t-il. « Tu n'as aucune raison d'être désolée. Je suis même très heureux que tu aies pris le risque de nous venir en aide. Je te serai éternellement reconnaissant de m'avoir sauvé la vie. »

La jeune femme se serra encore un peu plus contre lui en réponse.

« Je pense pouvoir affirmer sans problème que nous sommes tous de cet avis. » sourit Newgate. « Je ne te trouve pas égoïste, ma fille. Bien au contraire. Ce que je viens d'entendre ne fais que me confirmer à quel point tu es une personne droite et honnête et combien tu mérites ta place parmi nous. Je suis extrêmement fier de pouvoir t'appeler ma fille. »

Tous hochèrent la tête, entièrement d'accord avec les propos de leur père. La jeune femme leur sourit, de ce sourire si caractéristique, pour la première fois de la soirée.

« Tout comme je suis fière de pouvoir vous appeler mes frères et père. » dit-elle.

Elle était rassurée. Ils ne lui en voulait pas. Même si le début de la discussion avait été difficile pour elle, elle était heureuse qu'elle ait eu lieu. Elle se sentait libérée d'un poids.

Toujours confortablement installée sur les genoux d'Ace, elle se tourna à nouveau vers son second père.

« Vous avez encore des questions je suppose ? » s'enquit-elle, malgré la fatigue qui la rendait somnolente.

« Quelques-unes oui. » affirma le Capitaine. « Tu nous avais expliqué comment fonctionne ton pouvoir, mais tu avais préféré ne pas développer sur la manière dont tu l'avais obtenu… Je pense que c'est le bon moment. »

Morgana hocha la tête.

« Ce n'est pas simple, mais je vais faire de mon mieux pour que tout soit clair. » commença-t-elle. « Dans mon monde, tous ont des croyances différentes. Certains croient en un ou plusieurs Dieux, certains en la science… Peu de gens croient encore en la magie. Pour ma part, je n'ai jamais cru qu'il y avait un ou des Dieux quelques part, qui tirait les ficelles de nos vies. Depuis longtemps, je crois au fait que les mondes ont été créés par les dix entités primaires : les Trois Primordiaux et les Sept Esprit Elémentaires. Il s'avère que j'avais raison. En tout cas, les Trois et les Sept existent bel et bien, puisque c'est grâce à eux que je me suis retrouvée ici. En fait, ils n'ont apparemment jamais cessé de m'observer, comme ils observent chacun de leur enfants. Ils avaient vu à quel point vous m'aviez marquée. Alors lorsque je suis morte, il ont fait en sorte de me réincarner ici, pour que je puisse réellement changer les choses. Il y a eu quelques imprévus, et comme je suis fatiguée, je vais sauter les détails, mais en gros, ils sont faits de fluides, qu'ils ont utilisés pour me recréer un corps. L'imprévu, ça a été que le fluide d'Ael, l'esprit de l'Air, s'est retrouvé bien plus intégré à mon organisme qu'ils ne l'avaient prévu, ce qui fait que je suis devenue l'Air et donc que je peux le manipuler à ma guise sans problème. Et mon bouclier, que je vous ai décrit comme un pouvoir additionnel, viens du fait que, d'après eux, mon énergie spirituelle est extrêmement élevée, me permettant d'utiliser également le fluide d'Ethel, l'esprit d'Ether, bien que ce soit plus difficile pour moi. » termina-t-elle.

Les Shirohigues s'entre-regardèrent, songeurs.

« Eh bien, une preuve de plus du fait que tu ne fais rien comme tout le monde-yoï. » s'amusa Marco. « Tu es sure que tu n'es pas une D. ? » demanda-t-il. « Parce ça expliquerai pas mal de chose-yoï. »

Morgana pouffa, amusée.

« Je peux t'assurer que non, Marco-niisan. » affirma-t-elle.

Barbe Blanche hocha la tête, attendrit.

« Je pense que l'on va s'arrêter là pour ce soir. » annonça le Yonko. « Ça a été beaucoup d'émotions et votre sœur est en train de s'endormir sur place. Tout le monde va se coucher. On reparlera un peu de tout ça demain, à tête reposée. »

Tous acquièrent en voyant que leur petite sœur était en train de somnoler sur place. Ils eurent un rire en se dispersant pour retourner chacun à leurs quartiers.

Ace secoua Morgana, qui n'avait pas l'air décidée à bouger.

« Ne t'endors pas sur moi Ena, il faut que tu retournes à ta cabine. » souffla le second commandant, clairement amusé.

« Mmmm, mais tu fais un oreiller tellement formidable. » gémit la jeune femme, tête dans son cou, accrochée à lui comme un koala a son arbre.

« Faisons un deal, ok ? Je t'accompagne jusqu'à ta cabine et tu me laisse aller après. Deal ? » s'amusa le brun.

« Mmmn, deal… Mais tu me porte alors, je suis trop fatiguée pour bouger. » exigea Morgana, complètement amorphe.

« D'accord, d'accord. » céda Ace. « Tu es une véritable gamine, doublée d'une feignasse, tu le sais ça ? » fit-il semblant de s'indigner alors qu'il se levait et prenait la direction des quartiers des infirmières, où logeait Morgana, ladite gamine dans les bras.

« Mmm, mais tu m'aime quand même. » souffla-t-elle, à moitié endormie.

Le commandant eu un petit rire en réponse.

« Bien entendu. » souffla-t-il, souriant.

Le reste du trajet se fit dans un silence serein, uniquement troublé par leurs deux respirations. Arrivé aux quartiers de la jeune femme, il la déposa sur son lit. Il réprima un rire en la voyant se rouler en boule en grommelant contre la soudaine perte de chaleur, avant de lui embrasser le front.

« Bonne nuit Ena. Je t'aime petite sœur, n'en doute jamais. » sourit-il.

Il rit en l'entendant marmonner une phrase qui ressemblait vaguement à un « moi aussi je t'aime Ace », avant de sortir des quartiers et de rejoindre son amant dans leur cabine commune.

Fin du Flash-Back

Morgana sourit. Son intégration à l'équipage s'était faite doucement, il y avait eu des hauts et des bas depuis, mais elle était heureuse. Elle ne pourrait pas rêver d'une meilleure vie que celle qu'elle vivait actuellement.

Maintenant et pour les années à venir, elle était à sa place. Désormais, l'avenir lui tendait les bras.

A elle de le saisir.