Chapitre 8 Un Monde impitoyable

Pour guérir plus vite et obtenir sa sortie de l'hôpital, Malcolm accepte de se reposer et de se taire. En contrepartie, Gil ajoute une condition : une mise sous protection et pris par sa promesse de ne pas parler, Malcolm est obligé d'acquiescer.

Alors qu'il s'apprête à sortir de l'hôpital, Jessica, enfin de retour de Caroline, passe récupérer Malcolm et l'oblige à venir à la maison. Et encore une fois, il ne peut rien dire, situation qui fait sourire Gil, JT et Dani. Surtout maintenant qu'ils sont soulagés de voir que Malcolm va bien. Et tout compte fait Malcolm les laisse faire. Il les laisse prendre soin de lui et ça fait du bien…

Mais le lendemain à la première heure, Malcolm se lève à l'aube. Il remercie sa mère et se rend au bureau. Gil va lui présenter le dossier du tueur de la Fête des Pères. Il sait que l'enjeu est important pour les victimes mais aussi pour Gil. Bright tiendra sa promesse quoi qu'il lui en coute mais il est aussi content d'être de retour au bureau. Il aime être profiler mais au FBI, il n'était pas aussi bien qu'ici, il est comme en harmonie avec lui-même quand il travaille pour Gil avec Dani, Edrisa et JT. Il a une chance de trouver sa place.

- Tu es en avance.

- Le monde appartient à ceux qui se lève tôt et puis j'ai du retard à rattraper.

- Ok, Gamin. Allons-y ! Dans mon bureau, je préfère.

Malcolm le suit et s'installe.

- Je ne t'interromprais pas, je t'écoute.

- Merci.

Malcolm et Gil se regardent car leur complicité est ainsi faite, Gil s'en rend compte : « Alors qu'il démarre souvent au quart de tour, impatient sur une scène de crime ou face à un assassin, Malcolm sait comment je fonctionne et encore plus quand ça me touche. Comme toujours il sait être là, vraiment là pour moi. »

- A l'époque, la police n'avait pas encore compris qu'il s'agissait d'un tueur en série car ça commençait comme une disparition. Nous lui attribuons plus de meurtres que ceux pour qui il a été accusé mais tu sais comme les premières victimes sont bien cachées. Et donc j'enquêtais déjà sur une disparition quand la deuxième est survenue et très vite une troisième. A force d'étudier les victimes, j'ai vu qu'ils avaient eu un accident les semaines précédentes. Un accident en compagnie de leur père. Rien de conséquent : un début d'incendie, des freins qui lâchent, … Mais je me suis accroché à ça, mon instinct était remonté à bloc là-dessus. Alors quand j'ai repéré le même schéma chez un quatrième garçon, je suis entré en contact avec lui.

Alex a accepté d'être mis sous surveillance seulement le tueur nous a repéré et il a étouffé Alex comme toi. C'était trop tard quand je suis arrivé.

Malcolm voit bien que Gil s'en veut encore et le connaissant ce n'est pas étonnant. Pour le tirer de sa vision d'Alex mort avec l'écho de ce qui lui est arrivé, Malcolm rompt le silence :

- Mais il a fait une erreur.

- Exact. Il m'appelé plusieurs fois et il nous a conduit à une autre victime. C'est là qu'il a parlé des épreuves.

- Et …

- Tu sais toujours qu'il y a plus...

- Ils sont tous comme ça. Ils en font toujours top. C'est quand mon père a voulu ce rôle de mentor qu'il a fait des erreurs avec moi, le chloroforme et mon meurtre.

- Tu as été plus fort que lui.

- Non, j'ai eu de la chance que ce soit toi qui répondes à l'appel.

- Et moi aussi, répond simplement Gil même s'il est très touché par la réponse de Bright. « Quelle vie aurait été la nôtre sans cette rencontre ? »

Malcolm aussi se pose cette question et il sait désormais que Martin Wickly l'aurait tué sans plus hésiter cette fois. Malcolm se reprend car il doit avant tout se concentrer sur l'aide à Gil qui passera toujours avant le reste, avant tout le reste …

- Vas-y continues …

- Il est venu à l'enterrement. Je lui avais lancé un défi. Il prétendait que je ne parviendrais pas à le reconnaitre dans une foule et moi je lui ai juré de venir seul.

- Comment l'as-tu repéré ?

- Difficilement mais il s'est perdu lui-même

- L'orgueil.

- En effet. Monsieur Albert Pierce est venu parler au père d'Alex et au ton de sa voix, j'ai su que c'était lui. Après ça, il a cru que son argent et ses avocats nous bloquerait.

- L'orgueil les perd toujours.

- Je l'ai eu et il a avoué. Il disait que je ne pouvais pas comprendre pace que je n'avais pas d'enfant, de fils …Mais il a vu en moi et pour qu'il avoue, je lui ai parlé de toi… Il a souris en disant qu'un jour il me prendrait ce que j'avais volé à un autre…

- Tu as fait ce qu'il fallait.

- Je t'ai mis en danger …

- Le principal est que tu l'as arrêté, je t'assure. Comment s'est-il enfui ?

- Il a annoncé après toutes ses années qu'il allait indiquer les endroits où les corps étaient.

- Il a un endroit sanctuaire. Vous l'avez trouvé ?

- Non, pourtant toutes ses propriétés ont été saisies. Il a beaucoup d'argent caché. Nous avons trouvé des comptes aux Iles Caïmans mais il doit en avoir d'autres.

- Il est temps que je voie les dossiers ?

- Ils sont déjà sur ton bureau …

- Alors au travail !

Et Malcolm rejoint son bureau.

1er jour : Bright dépouille les dossiers sur les victimes de Pierce puis les rapports de Gil sur son approche de déduction.

« Gil serait devenu un grand enquêteur même sans arrêter Martin Wickly. Mais moi je ne serais pas ce que je suis aujourd'hui sans Gil Arroyo… »

2ème jour : Bright a profilé Pierce sans tenir compte du profil de l'époque. Il a en commun avec Wickly ce besoin d'avoir le contrôle sur les autres. Mais il a joué sur le côté serial killer alors qu'il ne s'agissait surtout que de détruire ses victimes.

« Et il veut recommencer avec Gil parce qu'il veut détruire une personne qui a mené une vie de bons choix, de sacrifices et d'empathie. Quelque chose que Pierce ne peut pas comprendre… »

3ème jour : Bright et Gil ont rendu visite à la prison pour interroger les gardiens et les Marshals pour être sûr qu'il n'y a aucune complicité interne.

4ème jour : Après avoir étudié les biens de Pierce, Bright est persuadé que le sanctuaire n'est pas lié au immeubles modernes. Il y a un lien de passé qui doit entrer en ligne de compte.

En revenant des pièces à conviction, Dani voit bien que Malcolm a agencé toute la salle de briefing pour cerner Pierce mais c'est lui qui est cerné par Pierce en fait ! « Il est en train d'étouffer. », pense-t-elle en regardant Malcolm.

Alors elle entre dans la salle :

- Allez viens on sort d'ici.

- Hors de question …

- En effet, il est hors de question que tu passes 1 minute de plus ici. Je te vois, Bright.

- Et qu'est-ce que tu vois ?

- Que tu as besoin d'une amie pour te changer les idées. Je sais que tu n'as pas l'habitude des amis mais je le suis, n'est-ce pas ?

Un regard entre eux. C'est comme s'il ne pouvait rien lui refuser et qu'il s'en rendait un peu plus compte chaque jour qu'il passe avec elle…

- Ok tu as gagné.

-Ils ne viennent pas, demande Bright en désignant les agents assignés à sa protection.

- Pas nécessaire. Je te protègerais …

- Je le sais.

Ils n'ont pas échangé beaucoup de mots, il faut que l'esprit de Malcolm quitte vraiment le bureau. Elle le force à manger un hot dog et à s'asseoir sur un banc à la fontaine de Bethesda, il fait si beau que Dani a même enlevé sa veste. Malcolm arrive enfin à remarquer comme il fait magnifique. Il laisse d'ailleurs le soleil réchauffer son visage. Il entend aussi les paroles d'une chanson qui provient d'un groupe d'amis installé un peu plus loin sur l'herbe : « It Can't Rain All The Time » de Jane Siberry…

Malcolm se rend compte que Dani le regarde.

- Alors tu sais te détendre ?

- Je ne suis pas très doué.

- Je peux t'apprendre, dit-elle en souriant et elle détache le col de la chemise de Bright comme si de rien n'était.

- Aucun bouton ne me résiste, lui dit-elle en souriant de plus bel.

Malcolm lui sourit en retour mais plus elle. Dani a le regard fixé sur les marques qui subsistent des mains de Pierce sur la peau de Malcolm. Il veut reboutonner mais elle arrête son geste et frôle les bleus.

- Ils te font mal ? Et tes poumons ça va ? Ta respiration ?

Ses mains descendent plus bas sur le torse de Bright.

- Tout va bien, parvient à articuler Bright car il est surpris de frissonner à ce contact. Il y a une telle douceur chez Dani. Une douceur qu'il pensait bien qu'elle avait mais qu'elle ne laisse jamais entrevoir. Et ça le touche qu'elle se laisse aller avec lui.

- Tant mieux, se reprend Dani, en se levant. On devrait rentrer.

- Oui le boulot.

Et ils rentrent car ils doivent rester amis. Amis, c'est bien… très bien même, n'est-ce pas ?

5ème jour : Tard, même très tard, Gil voit que Bright est toujours a étudié le dossier. Il ouvre la porte de la salle. Sans se retourner, Bright annonce :

- Je te demande pardon.

- Bright, stop.

- J'aurais dû trouver depuis le temps. Je suis censé être meilleur que ça.

- Parles moi, ça peut aider. Tu n'es plus au FBI. Tu n'as pas à faire le travail tout seul.

Malcolm acquiesce pour remercier Gil :

- Tu as raison. Pierce n'a pas eu une enfance difficile ou maltraitée. Son code moral est corrompu à un point qu'il se prend pour Dieu.

- Comme le chirurgien.

- Oui en quelque sorte mais Pierce n'a aucun talent, juste de la perversion et se croit meilleur que tous les autres.

- Son sanctuaire représente son enfance ? Une maison de famille ?

- Il l'a fait détruire.

- Tu as remarqué quelque chose.

- Il n'y a rien dessus. Il a été parfait sur toute la ligne. Et un profil comme le sien n'a pas pu se déclencher comme ça à l'âge adulte. Je ne comprends pas …

- Son père était juge.

- Bien sûr. Il a fait sceller son dossier !

- Il n'a eu qu'à payer qui de droit pour être sûr que le passé soit bien caché.

- Je te l'avais dit, Gamin : ensemble.

La porte de la salle s'ouvre :

- Vous êtes bien là.

- Marshall, que puis-je pour vous ?

- C'est moi qui vais faire quelque chose pour vous. Tout ça, dit-il en désignant les recherches de Bright, n'a plus d'importance.

- Que voulez-vous dire ?

- Pierce a pris contact avec ses avocats, il va se rendre.

- Sûrement pas ! s'exclame Malcolm.

- Ça ne correspond pas au profil, ironise le Marshall. Laissez tomber vos histoires de motivations et de traumatismes. Vous pourrez jouer à ça dès qu'il sera en prison.

- Bright a raison, Pierce ne ferait jamais une chose pareille.

- On vous préviendra quand tout sera fini.

- Nous serons là, affirme Gil.

- Vous peut-être mais pas lui. Wickly restera à l'écart.

- C'est Bright.

- Changer de nom, ne changera pas d'où tu viens.

Et le Marshall quitte la pièce. Bright ferme son poing même si sa main tremble.

- Laisse tomber, Malcolm. Il a tort et tu le sais …

- Je ne gâcherais pas tout, ne t'en fais pas.

- Je m'en fais pour toi, ce qui arrive à Pierce m'est égal.

- Je t'avais promis … et j'ai échoué.

Le Marshall fait signe à Gil.

- Je ne vous dérangerais pas. Je resterais à l'écart.

Et Bright quitte le bureau et l'étage.

- Bright !

Et Gil ne peut le retenir.

Après ça tout va très vite et l'effervescence empêche de penser à autre chose qu'à la mise en place du dispositif : bâtiment du cabinet d'avocats a investir, le truffer de caméras et poster des agents mais aussi des agents en civils. Le département de Gil est placé en renfort à l'extérieur. Seuls, Gil, Dani, et Jt sont autorisés à être à l'étage du cabinet d'avocat. Le fourgon d'opération et de surveillance est placé à côté de la sortie du parking. Malcolm y entre pendant que Dani, Jt et Gil en sortent.

- Bonne arrestation, je vous verrais d'ici.

- Tu as les meilleurs écrans et tous les angles possibles.

- J'aurais le temps de vous faire un montage souvenir, essaye de rire Malcolm.

- Mon meilleur profil est celui-ci, dit JT, en lui montrant son côté gauche.

- Files avant que je ne te l'abîme.

Dani s'éloigne, … Elle frisonne et décide de se retourner. Elle voit Bright lui faire aurevoir de la main avant de fermer la porte du fourgon et dans sa tête résonne : « Maintenant que tu es en bas, tu m'apparais comme un mort au fond de sa tombe. Ou mes yeux me trompent, ou tu es bien pâle. »

Elle ne comprend pas pourquoi elle pense à cette réplique de Roméo et Juliette de Shakespeare et elle n'aime pas ça… pas ça du tout.