Je ne possède aucun des personnages de la série de films.

Choisir cette voie c'était faire le don de soi sans aucune possibilité de retour... jamais [Event "Premier et dernier mot du Forum "Papotage, Ecriture, Lecture et Bonne Humeur"]

Ce texte a été écrit dans le cadre de l'Event "Premier et dernier mots" du Groupe Papotage, Ecriture, Lecture et Bonne Humeur

Le principe était de commencer et de terminer l'OS par deux mots imposés. Je suis tombé sur "Don" et "Eucharistie" et je me suis creusé la tête, mais voilà ! (comme ça c'est du drama ?)

Chronologiquement, je le place avant Rogue Nation...

En espérant que cela vous plaise

Bonne lecture

PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)


Juste avant l'ombre

Le don de soi… total, immuable et irréversible… L'impossibilité de faire machine arrière, le sacrifice… C'était ça ce « travail »… Il fallait accepter de devenir des ombres, des numéros, de disparaître… C'était bien pour ça qu'on les choisissait tous sur des critères précis et qu'on leur faisait comprendre qu'il fallait mieux ne pas avoir d'attaches ou de famille. De toute manière, les chances de survie étaient assez limitées, alors pourquoi vouloir faire souffrir des gens que vous aurez laissé s'attacher à vous sans rien leur dire ?… C'était dur et Ethan avait cassé cette règle une fois. Avec Julia, il avait même cru possible de prendre sa retraite, mais ce « travail », on ne pouvait pas le quitter… On s'y faisait trop d'ennemis, de types prêts à tout pour se venger… Une femme, une vie calme de formateur pour de jeunes agents, c'était irréalisable…

Mettre les doigts dans l'engrenage, en accepter les règles, c'était ne plus pouvoir reculer… Il fallait mieux rester seul ou ne pas trop s'attacher, disparaître avant que cela ne devienne trop sérieux… disparaître avant la prochaine mission… parce que les chances de ne pas rentrer étaient réelles.

En plus de 20 ans, l'agent secret avait assisté à plus d'enterrements qu'il ne pouvait en supporter. Il avait vu mourir plus de coéquipiers qu'il avait pu en sauver. Chaque mort était un bout de son humanité qui se brisait. D'ailleurs, il ne savait même pas s'il était encore humain.

Un humain aurait été capable de se rappeler le nombre de personne qu'il avait tué non ? Oh il voyait bien des visages, il ressentait bien certaines sensations, mais tout le reste n'était que brouillard sanglant. 100 ? 200 ? Plus ? Bien plus ? Tuer pour son pays, cela restait tuer non ? Qu'est-ce que ça faisait de lui au final ? Un meurtrier bien plus qu'un saint en tous cas… Une coquille vidée de son âme ?

Il serait bien incapable de répondre à la question. Cela faisait bien trop longtemps qu'il baignait dans ce milieu. Jusque là, il avait déjoué les pronostiques, survivant là où d'autres seraient morts, mais est-ce que c'était de sa faute si son instinct de survie était aussi fort ?

Est-ce que ça venait du fait qu'il avait dû l'exercer tôt, trop tôt… Par moment, il avait bien des images qui revenaient… Des instants où il n'était pas plongé dans toute cette fureur, là-bas, étendu avec un bouquin dans un des champs de cette ferme laitière de Middlefield où il avait grandi. Son père aurait bien aimé qu'il reprenne l'exploitation, surtout qu'il était son seul enfant, mais Ethan ne se voyait pas fermier. Il voulait changer d'air, vivre des aventures, voir du monde et à 18 ans, à peine le lycée fini, il avait rejoint l'armée. Ça avait d'abord été l'infanterie, puis, les Rangers, les premières missions et l'œil du colonel Briggs qui l'avait repéré pour des missions d'un autre type. Deux formations à l'université de Pennsylvanie plus tard, deux ans d'entraînements intensifs et il avait intégré l'IMF avec ses missions non officielles, mais d'importances capitales.

Au final, tout s'était enchaîné sans qu'il ne reprenne son souffle et il avait oublié la ferme de Middlefield. Pourtant, là il se rappelait de cette nuit où il avait décidé de partir sans dire au revoir à son père pour s'éviter une discussion dont il n'avait pas envie. Il se rappelait de sa mère, en revanche, qui elle avait compris, et l'avait serré doucement dans ses bras avant de l'embrasser. Il la regrettait cette nuit, parce qu'il ne savait pas à ce moment, qu'il ne reverrait plus son père… Que la mort viendrait le faucher six mois plus tard… Longtemps il s'était demandé si ce n'était pas de sa faute… Son seul enfant qui partait sans vous dire un dernier au revoir, est-ce que ça vous donne la force pour vous battre contre cette fichue maladie qu'il lui avait caché pour le préserver ? Comment aurait été sa vie s'il était resté dans cette ferme ?

Paradoxalement, il ressentait une boule au ventre à chaque fois que cette question revenait le hanter, parce qu'il était sûr qu'il serait bien plus heureux que maintenant, qu'il aurait pu avoir une femme et des enfants… Lui qui avait souffert de la solitude de l'enfant unique, il aurait bien aimé en avoir, deux, trois, quatre peut-être… ils les auraient aimé ces gamins… Il se serait peut-être même mis à la pêche comme ses copains d'enfance, mais ces enfants, il ne les aurait jamais…

Plus de 20 ans, c'était un vrai record dans ce milieu et il se demandait si celui qui allait le battre était déjà entré en formation… oui… parce qu'il savait qu'il n'atteindrait pas la vingt et unième année…

Le plafond au-dessus de lui était fait de taules et de poutrelles métalliques. Il était plutôt en mauvais état et la pluie diluvienne qui le frappait, en faisant un bruit assourdissant, passait à travers certaines fentes. Un filet se déversait sur sa joue, rafraîchissant sa peau brûlante tandis qu'une des fuites, plus importantes se déversait prêt de son torse gorgeant d'eau le sol sous lui et diluant la flaque de sang dans laquelle il était étendu, les bras en croix, incapable de bouger autre chose que les doigts de sa main droite. Prêt de lui gisaient les corps de cinq des types qui l'avaient attirés dans cette embuscade. Privé de l'appui de son équipe, il les avait presque tous repoussés, mais un tir traître l'avait prit dans le dos, l'envoyant rouler au sol.

Il y avait eu des ricanements et le visage de ce salopard après qu'il l'ait retourné d'un coup de pied sur le dos. Il avait pointé son arme sur son visage, attendant qu'il le supplie, mais Ethan ne suppliait pas, jamais… Troublé, son adversaire avait fini par tourner les talons, lui souhaitant une agonie longue et douloureuse. L'agent secret avait frémi, attendant qu'il s'éloigne avant de gémir de souffrance, avant de se mettre à trembler… et puis la pluie avait commencé et bizarrement, il revit le visage de sa mère quand elle l'entraînait à la messe malgré ses protestations, sa mère qui récitait avec ferveur toute la Bible à commencer par les premiers vers de l'épître au Corinthien de Saint Paul : « Je rends grâce Dieu sans cesse à votre sujet, pour la grâce de Dieu qui vous a été donnée dans le Christ Jésus »… Lui qui n'était pas croyant, qui ne croyait en rien depuis bien trop longtemps et surtout pas en Dieu, est-ce que c'était parce qu'il avait envie de la revoir une dernière fois ? Était-ce parce qu'il avait envie de penser qu'il y aurait quelque chose quand il fermerait les yeux, qu'il retrouverait sa mère, son père, qu'ils seraient là pour le prendre dans leurs bras ? Était-ce parce qu'il ne voulait pas finir juste dans le noir qu'il se mettait à croire en ce que ses parents avaient cru et à penser aux actions de grâce, au sacrifice et à l'eucharistie ?