A/N : Bonjour à tous !

Aujourd'hui, grande journée ! C'est le début et la fin ! (Pas le début de la fin, non) Alors, voici les nouvelles :

Dans quelques instants (si le site me le permet) je publierai la fin de l'histoire principale ;

Et je publie ici le premier bonus de cette série qui devrait avoir 4 chapitres, peut-être plus, on verra. Vous avez/aurez l'explication dans le dernier chapitre de La Fille dans la rue de toute façon.

Pour chaque bonus, j'indiquerai un genre et où ça se situe à peu près si c'est nécessaire. Donc, commençons :

Genre : Angst

Résumé : Je vous conseille de relire le chapitre 22 (« Seule(s) ») et sinon, voici le point de vue d'Isolina concernant ces quelques jours de séparation où elle pense qu'Asami l'a abandonnée. Enfin « point de vue », disons plus exactement ce qui se passe de son côté.

Bonne lecture !


Isolina était assise sur une chaise, statique. Elle serrait le bras de son petit ourson violet. Elle regardait ses pieds comme s'ils allaient tomber dans un trou sans fond et qu'elle allait être avalée se débattant autant qu'une statue de pierre.

Elle avait déjà pleuré aujourd'hui, quelques larmes qu'on lui avait arrachées, parce que les adultes étaient méchants et qu'ils la feraient toujours souffrir à partir du moment où elle commençait à leur faire confiance. Personne. Elle ne devait faire confiance à personne. Lochan l'avait prévenue, elle devait l'écouter, et plus jamais elle ne se ferait avoir.

Dorénavant, elle serait forte. Elle serait forte dès qu'elle aurait regagné ses forces… Pour l'instant, elle était juste vide. Tout son intérieur avait été volé, bafoué, recouvert de lourds draps de velours noirs trop pesant pour elle.

Alors, elle attendait. Elle attendait, prostrée, persécutée sans l'être, apathique dans un élan magistral vers la douleur, la souffrance, ce nuage violet qu'elle inspirait à chaque bouffée et qu'elle ne pouvait cracher, qui lui enflait sa frêle poitrine de toutes les larmes sourdes qu'elle ne pleurait pas, qui comme un chien galeux grattait à la porte rouillée qui couinait, se creusait, se perçait.

Des pas raisonnèrent contre le sol, s'approchant. Elle ne bougea pas.

« Tu veux une table pour faire des dessins au lieu de rester planter là ? » lui demanda une voix rêche.

Elle ne répondit pas : pas l'envie, pas la force, pas de nécessité non plus…

L'adulte en face se mit à son niveau.

« Isolina… Je sais que c'est dur pour toi, mais tu vas sérieusement rester sur cette chaise jusqu'à qu'on te change de famille ? Je… Ça fait longtemps que tu es avec Korra et Asami, je sais que tu t'es attachée à elles, mais… »

Non, je les déteste maintenant. Une erreur, c'était une erreur.

Elle ne voulait pas parler avec cette femme aux cheveux gris qui les connaissait. Elle voulait oublier, comme elle avait oublié avant. C'est plus facile comme ça. Et elle ne voulait pas oublier, comme ça elle se rappellerait que les adultes, c'est méchant et qu'il faut pas leur faire confiance.

Lin changea de ton, perdant cette quasi douceur qui lui allait si mal :

« De toute façon, tu ne peux rien y changer, donc autant que tu fasses autre chose, non ? »

Isolina ne bougea toujours pas. Lin n'insista pas, même si elle s'inquiétait quand même pour la gamine. Elle allait lui trouver une famille, voilà, c'était son job. Pas de sentiments personnels dans cette histoire. C'étaient les sentiments personnels qui les avaient menées jusque-là.

Elle retourna travailler, guettant l'enfant désabusée et abattue du coin de l'œil. Oui, et pourtant…

Elle finit son travail, retourna auprès d'Isolina.

« Tu viens ? On y va. »

La petite fille se laissa tomber de la chaise, comme toujours, et la suivit docilement, sans jamais relever la tête. Lin était plus accoutumée au haut de sa tête qu'à autre chose, vraiment…

Ah oui, parce qu'elle se trimbalait la gamine avec elle partout en attendant de faire des enquêtes et de lui trouver un logement et une famille sûre. Une gamine de six ans qui a besoin d'une protection policière… Elle aurait tout vu !

Bref, donc voilà, elles rentraient chez Lin, qui était presque contente qu'Isolina soit si repliée sur elle-même parce que rien dans son appartement ne bougeait. C'était comme s'il n'y avait personne, et elle n'aurait pas supporté que son antre soit dérangée un seul instant ! Mais bon, pauvre gamine quand même…


Quelques jours plus tard, Lin décida qu'elle en avait quand même marre de se trimbaler la petite. Elle en avait marre de voir sa mine de chien battu, marre de voir qu'elle mangeait à peine, marre de ne rien sentir chez elle, marre d'avoir l'impression que le fantôme d'une enfant morte la suivait partout où elle allait ! Si bien qu'elle craignit réellement que les choses restent ainsi et qu'Isolina soit malheureuse toute sa vie, donc elle n'avait plus qu'une solution.

« Agent Chrystal, dans mon bureau, dès que vous pouvez.

- Oui, chef ! »

Environ deux minutes plus tard, les deux femmes étaient installées à l'abri de toutes oreilles indiscrètes dans le bureau de la chef de la police.

« Votre mari et vous essayez toujours d'avoir des enfants ? demanda Lin.

- Je vous demande pardon ?

- Vous avez très bien entendu.

- Et c'est ma vie privée, ça n'a rien à voir avec mon boulot.

- Je n'ai jamais dit le contraire. »

Les deux femmes restèrent dans le silence, puis Chrystal n'y tint plus :

« Pourquoi cette question ?

- J'ai besoin de vous pour une mission un peu spéciale.

- Vous voulez que je porte un enfant pendant neuf mois pour en faire un flic dont l'ADN lui permettra de coincer tout le monde ? demanda-t-elle, désabusée. Si c'est ça, c'est d'office non. Mais j'ai un vague doute. »

Lin leva les yeux au ciel, même si elle aimait le mordant de Chrystal au fond. Elle lui fit glisser un dossier.

« Lisez ce dossier, je veux vous confier un témoin clé.

- Quel rapport avec la conversation ?

- C'est une enfant de six ans, elle est parfaitement imprévisible, psychologiquement instable, et la cible d'une organisation secrète. Alors, vous voulez voir ce que ça fait de s'occuper d'un enfant avant le vrai ?

- Vu les conditions, je suis pas sûre que ça compte… »

Lin haussa les épaules.

« C'est oui ?

- Pourquoi pas…

- Je fais sauter vos heures : il faut que vous soyez avec elle tout le temps, c'est compris ?

- Pourquoi ne pas la mettre à l'abri dans une famille d'accueil ? Apparemment, elle en a déjà eu une, lit-elle dans le dossier. Elle aurait pu être mieux choisie d'ailleurs… Qui est l'imbécile qui s'est dit que c'était sage de la faire vivre avec l'Avatar et la PDG de Futures Industries pour la dissimuler ?

- C'est moi.

- Oh.

- On ne savait pas encore qu'elle était recherchée, on pensait que c'était une enfant normale.

- Je vois… »

Il y eut un nouveau silence.

« D'accord, je la prends. C'est de quand à quand ?

- À partir de maintenant.

- Jusqu'à quand ? redemanda-t-elle.

- Ça ne dépend pas de moi. »

Chrystal haussa un sourcil. Lin soupira.

« Vous êtes une solution de secours. Isolina ne s'habituera jamais à vous. Pour l'instant, ça lui est impossible. Si la situation change, nous envisagerons de la placer dans une famille d'accueil.

- Et sinon ?

- Sinon, il va falloir arrêter ces criminels le plus vite possible et faire changer d'avis une PDG bornée. »

Chrystal sourit sournoisement.

« Je vois.

- La petite est sur une chaise, à côté de la salle d'interrogatoire numéro 5.

- Je m'en occupe tout de suite, chef.

- Bien. »

Chrystal quitta le bureau du chef Beifong et se dirigea vers la salle d'interrogatoire numéro 5, qui était bien plus reculée que les autres et que seule Lin pouvait voir de son bureau. Elle trouva là l'enfant. Elle s'agenouilla pour lui parler.

« Coucou, Isolina. Je m'appelle Chrystal. Je suis chargée de veiller sur toi pour le moment. On va pas rester ici, c'est pas super cool. Tu vas venir habiter chez moi pendant un temps et je m'occuperai de toi, ok ? »

La petite serra davantage le bras de son ours violet avec sa main frêle. Elle releva enfin la tête. Chrystal fut presque abasourdie par le regard qu'elle reçut. Elle ne s'attendait pas à se faire ainsi transpercer par des pics glacés de fureur et de violence. C'était comme si elle était confrontée à un criminel de la pire espèce qu'elle venait d'arrêter plutôt qu'à une enfant. Elle resta immobile, incapable de trouver quelque chose à dire face à tant d'hermétisme et d'hostilité.

Elle entendit du métal bouger, puis la voix autoritaire de sa supérieure :

« Isolina, tu vas avec elle. Maintenant. C'est ta nouvelle famille. Je t'ai dit qu'on ne pouvait pas changer le passé. Elle va t'aider et veiller sur toi. »

La petite fille au regard plus froid que le pôle sud releva ses yeux tempétueux vers la maitre du métal, son regard pouvant bien rivaliser avec les regards les plus terribles et froids que la chef de la police pouvait jeter.

Chrystal eut sincèrement peur. Elle eut peur en voyant ce blizzard s'évader rageusement et douloureusement d'une âme si jeune. Elle eut peur qu'elle ne les attaque. Mais Isolina n'en fit rien. Elle se contenta de grogner, et se laissa tomber de sa chaise en rebaissant la tête. Puis, décidée, elle marcha vers la sortie, comme si elle préférait croire que cet ordre était son choix et qu'elle devait ainsi partir fièrement, la tête haute.

Chrystal cligna des yeux, confuse.

« Vous devriez la suivre.

- Je… D'accord…

- Elle n'est pas facile à vivre. Surtout en ce moment.

- J'avais cru comprendre.

- Essayez de voir si vous pouvez l'adoucir et lui ouvrir un peu son cœur, sinon… ça va être compliqué… »

Lin soupira. Chrystal hocha la tête, puis partit à la suite d'Isolina. La fille l'attendait à la sortie. Elle la suivit docilement jusqu'à son véhicule. Elle n'ouvrit pas une seule fois la bouche. Chrystal lui fit visiter les lieux, ses affaires furent amenées avant même que son mari ne rentre, et quelle fut sa surprise lorsqu'il découvrit cette si jeune enfant chez lui, assise sur un canapé, en train de torturer l'oreille d'un pauvre ourson violet.

Sa femme le prit à part et lui expliqua la situation, lui signalant qu'il fallait jouer le jeu et considérer qu'ils l'avaient adoptée. Il n'aimait vraiment pas l'idée, il était même très hésitant et méfiant par gentillesse et par douceur. Il tenta de se présenter à Isolina de la manière la plus douce qui soit mais ne rencontra qu'un mur blessé.

Il eut les mêmes craintes que sa femme, les siennes étaient peut-être même plus grandes, car il n'était pas habitué à tant de dureté, tant de violence dans son quotidien. Il aurait voulu en parler à sa femme, mais il savait que c'était une affaire de police et qu'il n'avait pas vraiment son mot à dire. Mais elle tenta tout de même de le rassurer un peu, le sentant très fébrile sur la question.

Ils essayèrent pendant la soirée d'intégrer Isolina, de la faire interagir avec eux, mais elle resta telle une huitre résolument close. L'homme vit plusieurs fois dans le regard de sa femme cette espèce de détermination farouche qui n'avait pas peur de mener un assaut. Pourtant, cela ne les empêcha pas de partager de nombreux regards de déception et de tristesse.

L'enfant refusait de parler.

Chrystal s'énerva presque, ou plutôt elle était irritée par un questionnement redondant qu'elle ne put s'empêcher d'exprimer :

« Tu comptes vraiment ne pas parler ? Du tout ? C'est quoi le problème ? Tu vis ici, on va te protéger et t'aider.

- Personne… murmura une petite voix à peine audible qui n'avait pas été utilisée depuis plusieurs jours.

- Qu-Qu'est-ce que tu as dit ?

- Personne veut vraiment m'aider. Les adultes sont méchants.

- Les adultes ne sont pas méchants, pas tous. On est gentils nous, on veut ton bien.

- Et m'aimer aussi ?

- T'aimer… Oui, t'aimer si tu nous laisses faire.

- Elles ont dit ça aussi. Elles ont menti. Elles m'ont abandonnée ! Personne peut !

- Qui ? Qui a dit ça ? »

Isolina se tut de nouveau. Ceci étant, Chrystal n'avait pas besoin de la réponse. Elle savait pertinemment de qui elle parlait.

Alors, comme ça, les deux femmes les plus puissantes du monde avaient brisé le cœur à une enfant ? En même temps, son professionnalisme ne pouvait leur en vouloir, elles lui avaient surement sauvé la vie et lui facilitaient la tâche de protection qui lui était assignée. Cependant, elle ne pouvait s'empêcher de voir ce potentiel de destruction qu'elles avaient élevé et libéré.

Et maintenant ? Maintenant, ils avaient une marge de manœuvre pour résoudre l'enquête, mais l'enfant… Elle en avait vu des victimes, des gens traumatisés, des gens détruits, dont la vie était réduite à l'état de cendres, elle avait vu les séquelles, les plus lourdes conséquences à l'œuvre, la mort au bout du chemin.

Elle n'avait plus qu'une crainte : que ce soit la sentence à laquelle cette enfant innocente fut à jamais condamnée par cette erreur. Elle avait déjà tout perdu. Deux fois. Et si elle ne se relevait jamais ? C'était trop tôt pour savoir, et pourtant, elle voyant tant de noirceur, de ressenti et d'amertume si peu communs à cet âge, qu'elle doutait que ça puisse réellement s'en aller un jour. Peut-être que son passé était dorénavant une cicatrice trop profonde, indélébile…

Ce fut sur ces pensées qu'elle s'endormit, mais pour peu de temps, car elle fut réveillée par des cris. Elle se dirigea vers la chambre d'Isolina et la trouva en train de pleurer et de gratter agressivement l'ours en peluche violet, comme si elle voulait lui enlever toute sa fourrure.

Elle tenta de l'approcher, se disant qu'elle pourrait l'aider mais elle ne put arriver jusqu'à elle. La petite maitre de l'Eau fit un mouvement brusque du bras qui lui jeta une vague de vapeur d'eau brulante jusqu'à elle.

« Va-t'en !

- Isolina…

- VA-T'EN ! »

Elle rejeta de l'eau, cette fois de fines gouttelettes tout aussi brûlantes. Chrystal partit. Elle savait qu'elle ne pouvait rien faire, pas dans ces conditions. Elle s'arrêta néanmoins à la porte, elle écouta longtemps Isolina pleurer sans qu'elle la remarque.

La fille aux yeux bleus gémit pendant de longues minutes. Elle prit un coussin qu'elle frappait et frappait encore contre le lit, puis fatiguée qu'il continue à lutter de la sorte, elle le transperça avec un pic de glace issu de ses propres larmes.

« Je te déteste. Je te déteste ! »

Elle continua de pleurer dans sa coquille de tristesse, un peu calmée. Elle voulait encore pleurer. Elle voulait pleurer dans les bras d'Asami, et c'était pour cela qu'elle la détestait tant. Elle était seule, parce qu'elle l'avait abandonnée ! Et pourtant, elle voulait tellement qu'elle soit là ! Elle voulait pleurer, continuer à pleurer tout son cauchemar dans les bras de cette femme aux cheveux noirs, aux doux yeux verts, qui sentait la violette gracieuse, cette femme qui l'avait trompée et trahie de la pire des façons.

« Tu m'as laissée… sanglota-t-elle encore, en serrant tout contre elle le coussin qu'elle avait assassiné. Tu m'as laissée toute seule… »

Et c'est ainsi qu'elle se rendormit. Chrystal avait tout entendu, si elle avait été de ce genre-là, elle aurait surement pleuré, mais ne sachant pas comment s'y prendre, elle préférait garder ses distances et revêtir son masque professionnel. Elle retourna dans sa chambre.

« Elle va bien ? lui demanda son mari, anéanti d'inquiétude.

- Oui. Rendors-toi. »

Ça ne servait à rien qu'elle lui explique. Son mari était infiniment plus sensible qu'elle, surtout concernant les enfants. Elle ne souhaitait pas l'inquiéter, surtout alors qu'il n'y avait visiblement rien qu'ils pouvaient faire. Mais peut-être devrait-elle en parler à Lin…

Le lendemain, elle décida de plutôt se concentrer sur son dossier. Elle trouva la mention des cauchemars, elle ne trouva pas comment les calmer. Elle apprit tout ce qu'elle avait besoin de savoir. Elle ne put parler à Isolina qui était, si c'était possible, encore plus sombre que lorsqu'elle l'avait rencontrée.

Elle resta dans sa chambre, parfois gluée à ce coussin torturé, parfois le menaçant du regard et lui vouant une haine à peine imaginable. Chrystal soupirait en la voyant. Elle n'avait vraiment pas anticipé ça quand elle avait accepté ce boulot ! En fait, Lin avait carrément voulu se débarrasser de cette gamine ! Normal en même temps, c'était insupportable de la voir dans un état pareil !

Pendant la nuit, elle fit un autre cauchemar. Ce fut la même scène que la fois précédente, peut-être même Isolina aurait été plus agressive si Chrystal n'avait pas renoncé directement. Elle sut qu'elle devait aller voir Lin, et ce fut ce qu'elle fit dès le lendemain.

« Agent Chrystal ? Vous n'êtes pas censée protéger un témoin clé ?

- Si, mais sérieusement, vous pensiez à quoi quand vous me l'avez refilée ?

- C'est-à-dire ?

- Cette gamine est complètement détruite ! Je fais quoi moi avec ça ? Elle est fermée, complètement fermée, elle est même violente !

- Violente ? répéta Lin, en fronçant les sourcils.

- Oui ! Vous faisiez comment pour les cauchemars vous ?

- J'allais la voir et je restais avec elle jusqu'à qu'elle se rendorme. Elle ne voulait pas parler.

- Elle ne veut même pas que je reste avec elle et à la place, elle torture mon mobilier. »

Lin soupira.

« Elle avait un lien très fort avec Miss Sato, donc elle a un peu du mal à s'en remettre…

- Elle ne va pas s'en remettre.

- On ne peut pas savoir.

- Vous avez déjà vu une enfant si jeune aussi blessée par la vie ?

- Oui. Et ils se relèvent.

- Ou ils ne survivent pas.

- Ce n'est pas à nous d'en juger. Elle a besoin de quelqu'un pour la protéger, ce quelqu'un c'est vous, donc faites votre travail.

- Elle a besoin d'elle.

- Il est hors de question que j'appelle Asami. Elles ont déjà beaucoup souffert, tout le monde a souffert dans cette histoire, ça ne ferait qu'aggraver les choses.

- Ou les réparer !

- On ne pourra pas la protéger…

- Elle va se détruire de l'intérieur !

- Ce n'est pas notre boulot de nous préoccuper de ça. Qu'est-ce qui vous prend, Chrystal ? Je ne vous savais pas si sentimentale.

- Je ne le suis pas. Mais je sais reconnaître une situation critique quand j'en vois une, et je suis incapable de gérer celle-là.

- Alors, on trouvera quelqu'un d'autre.

- Pour qu'elle pense qu'elle a raison et que personne ne l'aimera plus jamais et que personne ne peut l'aider ?

- Je vous ai donné une mission, vous la continuez ou pas ?

- Oui.

- Alors, hors de mon bureau, et allez vous occuper de cette gamine. »

Chrystal souffla, tourna les talons, et sortit brutalement du poste de police. Ou plutôt, elle essaya. Elle remarqua que le téléphone sonnait et qu'il n'y avait personne pour répondre. Alors, elle prit l'appel.

« Police, que puis-je faire pour vous ?

- Oh, Raava soit louée, ma chérie, c'est toi !

- Lang ? Qu'est-ce qui se passe ?

- C'est la petite ! Elle s'est enfuie !

- Je t'avais dit de la surveiller !

- Je sais, mais elle était seule dans sa chambre et je suis juste parti à la recherche d'un livre…

- J'arrive tout de suite. »

Elle raccrocha, prit un bout de papier, griffonna quelque chose dessus, et croisant le réceptionniste, lui mit le bout de papier dans la main en lui disant :

« Appelez la ligne sur ce bout de papier, demandez Miss Sato, dites que c'est urgent et qu'Isolina s'est enfuie. Toutes les informations sont dessus, je compte sur vous. Et surtout, vous ne faites pas autre chose tant que vous n'avez pas eu Asami Sato ! C'est bien clair ? »

Il hocha la tête, l'air un peu timoré, et elle courut jusqu'au bureau du chef Beifong où elle débarqua, interrompant une réunion. La chef de la police commençait à être sérieusement énervée par tout son tapage et allait lui faire passer un sale quart d'heure, mais l'agent s'écria :

« Isolina s'est enfuie !

- Dites-moi que je rêve, grommela Lin. »

Elle prit sa veste et, sans considération pour son interlocuteur, partit en direction de sa voiture. Chrystal la suivit et elles partirent en direction de chez elle.

Isolina s'arrêta de courir, essoufflée. Être seule, là-bas, avait fini par être insupportable. Elle préférait être dehors, errer peut-être, seule peut-être, mais dehors.

Elle suffoquait, c'était comme si tout s'écroulait sur elle en un raz-de-marée monstrueux. Elle ne trouvait plus la lumière. Elle s'endormait dans cette noirceur entre deux bouffées d'air desséchant. Asami était partout, et pourtant elle n'était nulle part. Elle l'avait abandonnée. Son besoin de distance et son impénétrable envie de l'avoir près d'elle la rendait folle, alors sur un coup de tête, elle était partie. Elle ne savait si elle avait besoin de s'échapper de cette prison, si elle espérait la trouver dans les rues, ou si elle voulait simplement la fuir, elle qui était dans son cœur et qu'elle détestait tant, qu'elle réclamait tant.

Et maintenant, elle faisait quoi ? Elle n'avait rien, elle n'était rien, elle était seule. Elle était seule comme ce jour où, les mains pleines de sang, elle s'était enfuie, elle était seule comme le jour où elle l'avait recueillie. Mais elle ne voulait pas y penser. Alors, elle courut encore, elle courut comme une folle à la poursuite de son délire qui la persécute.

Elle tomba. Elle ne pleura pas. Elle n'avait plus de larmes pour la douleur de ses mains égratignées, toutes ses larmes étaient pour son cœur meurtri.

Elle releva la tête. Elle vit un arbre. Un arbre immense. Un arbre interdit. Mais elle allait gagner. Elle allait fuir tout en haut de sa cime, et elle gagnerait. Peut-être qu'elle verrait Asami comme ça, ou qu'Asami la verrait, et Korra volerait pour venir la chercher, ou Naga l'appellerait avec ses aboiements bienveillants, ou peut-être qu'elle serait simplement seule au bout d'un très grand arbre.

Mais elle s'en fichait. Là-haut, il n'y avait personne, là-haut, c'était pour les gens comme elle, dont on ne voulait pas. Là-haut, elle pourrait continuer à pleurer, loin de tout, même si la douleur, elle, était trop vive pour être loin.

Elle arriva à l'arbre, elle grimpa sans hésitation. Ça faisait mal. Ça faisait mal de partout, mais elle s'en fichait. Elle s'arrêta plusieurs fois. Elle n'avait pas de forces, elle voulait dormir, mais elle monta encore et toujours plus haut, puis désorientée, confuse, peut-être même apeurée, maintenant qu'elle était si haut elle s'arrêta. Voilà. Qu'est-ce qu'elle faisait là déjà ?

Rien ne changeait. Elle était seule. Mais elle se mit à espérer, le temps d'une larme qui coula le long de sa joue.

Maman…

Elle voulait sa maman. Mais elle n'en avait plus.

Asami.

Asami était sa maman, elle l'avait choisie.

S'il te plait, Asami… Viens me chercher.

Puis, elle arriva. Et elle n'avait plus peur, elle avait juste mal, et elle voulait autant la voir que lui faire du mal, parce qu'elle était méchante… Et elle n'aimait pas les gens méchants, pourtant, elle aimait cette femme aux yeux verts qui était sa maman de tout son petit cœur.


A/N : Bien entendu, on se connaît déjà, donc je vous conseille de laisser une review ! Sinon, j'espère que ces ajouts vous plaisent et sont intéressants.

Le prochain chapitre risque d'être posté dans un peu plus longtemps parce que euh… j'ai pas fini de l'écrire ^^' Mais les deux d'après devraient être postés avec une semaine ou deux d'intervalle maximum, promis !

À plus !

Lion