A/N : Bonjour, chers lecteurs !

Vous savez quel jour on est aujourd'hui ? C'est mon anniversaire ! Enfin, pas mon vrai anniversaire :p Ça fait maintenant 4 ans que je suis auteure de fanfictions. Le temps passe… Donc, en l'honneur de cet anniversaire, voici la toute dernière partie du dernier chapitre bonus de Family. Je mets un terme à La Fille dans la Rue et ses bonus, définitivement. Ah, cette histoire a fait son temps.

Bref, donc, pour ce chapitre : attention à la longueur, les personnages de LoK sont présents mais pas énormément non plus (et j'en suis désolée, mais je ne pouvais pas faire mieux que ça). On se revoit à la fin.

Bonne lecture !


Quand Isolina se réveilla dans le lit de ses mères, elle eut l'impression d'être une adolescente, voire une enfant. À la différence près qu'elle travaillait maintenant. C'est pourquoi elle déboula dans la cuisine, à peine ses yeux furent-ils ouverts.

« Pourquoi tu m'as pas réveillée ! lança-t-elle à Asami en attrapant un fruit au passage.

- Tu avais l'air fatiguée…

- Sauf que j'ai une patiente dans moins de trente minutes !

- Tu pourrais pas prendre quelques jours et te reposer un peu ?

- Pas le temps ! »

Elle repartit comme une furie, un fruit à la bouche et une tasse à la main. Asami soupira. Elle était quand même légèrement amusée. Sa fille lui offrait un étrange reflet d'elle-même du temps où Korra la retenait au lit pour un oui ou pour un non et qu'elle avait un rendez-vous le matin.

Ladite Korra vint l'embrasser avant de s'en aller pour le travail. Elle lui dit qu'elle rentrerait assez tôt ce soir. Sous-entendu : « T'as intérêt à être là ». La femme d'affaires lui adressa un sourire entendu.

De son côté, Isolina tenta de prendre une espèce de petit-déjeuner alors qu'elle arrivait dans sa chambre. Elle était encore en train de manger pendant qu'elle regardait dans ses placards ce qu'elle pourrait se mettre. Elle se dit seulement qu'elle devrait renouveler la garde-robe qu'elle avait au manoir… Elle réussit néanmoins à sortir quelque chose de passablement correct et professionnel, puis fila sous la douche après avoir englouti son thé.

À peine quelques minutes plus tard, elle était de retour dans la cuisine. Elle posa sa tasse dans l'évier, mis le noyau de son fruit à la poubelle et saisit sa sacoche pour aller au travail.

« À c'soir, M'man !

- Tu veux pas que je te dépose ? proposa la femme d'affaires.

- Non ! »

Elle s'arrêta, reconsidérant la question.

« Remarque, c'est pas de refus. Tu pars bientôt ?

- Tout de suite ?

- Tout de suite, ça me va ! »

Asami secoua la tête avec un sourire. Elle prit ses affaires et alla allumer sa voiture. Elles arrivèrent rapidement à la clinique.

« Tu veux que je passe te chercher ce soir ? proposa la femme aux yeux verts avant de partir.

- Je… Non, c'est bon. Je risque de rentrer… tard. Il faut que j'aille chercher des trucs chez moi.

- D'accord. On se voit ce soir alors, ou demain. Sauf si tu veux me voir dans la journée…

- Merci, Maman. À plus tard. »

Asami mit les gaz, Isolina entra dans sa clinique, revêtant son masque professionnel et chaleureux. Elle eut à peine le temps de consulter l'organisation de la journée que sa cliente arriva. Elle s'investit dans son travail, assez pour ne penser à rien d'autre, tant qu'elle ne partit pas avant 22h. Elle mit beaucoup de temps pour rentrer jusqu'à chez elle, elle espérait que Reena et Gaku dorment.

Elle avait envisagé retourner chez elle et pas chez ses mères, l'ombre d'un instant. Mais l'angoisse qu'elle éprouvait en y pensant avait eu raison de la moindre once de volonté qui se trouvait en elle et elle avait préféré se mettre à l'abri dans la maison de son enfance pendant un temps. Il fallait juste qu'elle prenne quelques affaires, c'est pour ça qu'elle devait passer. Et elle n'avait besoin de rencontrer personne pour cela.

Finalement, abandonnant tout combat contre ses peurs, elle avait fait un énorme détour, avait regardé un spectacle de rue nocturne, était allée écouter les oiseaux chanter dans un parc et avait bu un verre. Il était plus de minuit quand elle arriva enfin à destination.

Elle soupira fébrilement en tournant lentement sa clé dans la serrure, tout en tâchant de ne faire aucun bruit. Elle se glissa dans la maisonnée, se demandant si elle arriverait à prendre des habits dans sa chambre et des affaires dans son bureau sans réveiller Reena…

« T'es rentrée ! » s'exclama une petite voix.

N'ayant pas remarqué la petite silhouette dans l'ombre de la cuisine, la maitre de l'Eau sursauta avec un bruit étouffé. Quelque chose éclata.

« Oh purée, je suis désolée ! »

Isolina se précipita vers le petit garçon qui avait un verre d'eau à la main, ou plutôt les morceaux de verre qui en restaient. Il avait apparemment éclaté sous la pression de l'eau qu'il contenait.

« Ne bouge surtout pas. »

Isolina ouvrit le robinet et enleva tous les morceaux de verre qui s'étaient malencontreusement plantés dans les mains de l'enfant. Il ne disait rien, il la regardait seulement faire, les yeux écarquillés. L'eau se mit à briller en guérissant les légères blessures qu'il avait sur les mains.

« C'est trop cool ! Tu peux le refaire ? demanda-t-il, excité.

- Shhh, shhht, s'il te plait. Baisse d'un ton, murmura-t-elle.

- Tu peux le refaire ? murmura-t-il, toujours aussi enthousiaste. »

Isolina soupira. Pour la discrétion, c'était raté. Elle fit briller l'eau qui se refléta dans les yeux impressionnés du petit garçon. Elle était presque attendrie. Presque, parce que son cœur battait à cent à l'heure à cause de son entrée… fracassante.

« Pourquoi t'es partie ? demanda-t-il.

- Il fallait que j'aille voir quelqu'un.

- Pourquoi ?

- Parce que c'était important. »

Il hocha la tête.

« Pourquoi t'es pas en train de dormir ? réalisa-t-elle soudainement.

- J'avais soif.

- Tu sais que si tu buvais en pleine journée, tu n'aurais pas soif la nuit, hein ?

- Tu me manquais ! »

Elle haussa un sourcil, perplexe. Quel rapport avec la conversation ? Pourquoi une déclaration aussi abrupte ?

« Moi ? Pourquoi ?

- Je sais pas moi euh ! Tu me manquais ! »

Il se jeta dans ses bras.

« Tu vas pas repartir, hein ? »

Elle était très confuse. Pourquoi cet enfant s'était attaché à elle ? S'était-il vraiment attaché à elle d'ailleurs ?

« Si… dit-elle avec hésitation en le repoussant un peu.

- Pourquoi ? demanda-t-il, affichant immédiatement un regard triste et défait.

- Je dois aller voir mes mamans, elles ont besoin de moi. »

Bien, elle venait de mentir à un enfant. Néanmoins, ce dernier ne releva pas, se contentant de s'écrier :

« Toi aussi tu as deux mamans !

- Oui, moi aussi… »

Donc, il la considérait comme sa mère… Rien de surprenant puisqu'elles l'avaient adopté. Enfin, en théorie. Parce qu'en pratique… comment diable faisait-il pour accepter toute cette situation si rapidement ? Était-elle la seule à être pathologiquement incapable d'être un tout petit peu à l'aise ? Finalement, sa petite discussion avec Gaku commençait à l'irriter et à la frustrer.

« Tu devrais retourner dormir, dit-elle avec douceur même si elle cherchait un peu à se débarrasser de lui pour finir sa mission.

- Dis… t'es obligée de partir ? »

Elle hocha la tête.

« Mais tu peux pas rester avec nous ? J'aime bien quand tu es là.

- Je reviendrai. Bientôt. »

Probablement bientôt. Elle espérait bientôt. Peut-être plus tard. Mais il n'avait pas besoin de savoir que cette situation était à durée indéterminée.

« D'accord, dit-il en faisant la moue.

- Allez, va te coucher.

- Tu me fais un bisou ? »

Elle l'embrassa rapidement sur la joue, espérant qu'il allait vite filer, mais ce n'était pas fini. Il se retourna bien, allant en direction de sa chambre Isolina, elle, se releva pour se rendre dans sa propre chambre puis, Gaku revint sur ses pas et se jeta aux jambes de la maitre de l'Eau. Elle fut déstabilisée et faillit tomber, mais maintint son équilibre.

« Gaku… » murmura-t-elle, d'une voix plaintive et confuse.

Que dire à ce petit être qui s'agrippait à elle ? Était-ce parce qu'elle partait et qu'il voulait qu'elle reste ?

« Je peux t'appeler « Maman » ? »

Isolina fronça les sourcils. D'où venait cette question indiscrète ?

« Pourquoi ? demanda-t-elle.

- Parce que ça veut dire que tu vas revenir ! Et après tu restes ! »

La jeune maitre de l'Eau essayait sincèrement de comprendre la logique, mais elle échouait. Elle s'accroupit difficilement et ébouriffa les cheveux du jeune garçon, qui releva ses globuleux yeux verts vers elle. Elle lui sourit et il eut soudainement l'air moins abattu.

« Tu m'expliques ? demanda-t-elle.

- Ils ont dit que le jour où je pourrai rester, je pourrai dire « maman » et « papa ».

- Qui « ils » ?

- Les autres adultes.

- T'as habité avec d'autres adultes avant, c'est ça ? Des foyers d'accueil ? »

Il hocha la tête.

« Beaucoup ?

- Un peu…

- Et t'aimais pas ?

- Si… Des fois les gens étaient gentils, c'était mieux qu'être à la rue. Mais c'était pas ma famille… Ils disaient qu'ils pouvaient pas.

- C'est normal, ce sont des solutions temporaires, dit Isolina à la manière d'un professeur d'école. »

Alors, il la regarda avec ses yeux de chien battu et elle sut que ce n'était pas forcément ce qu'il fallait dire.

« Mais pas nous », s'empressa-t-elle d'ajouter.

Elle avait retenu son souffle en disant cela. Elle le retenait toujours quand Gaku se mit à sourire, ses yeux à pétiller et qu'il lui sauta au cou. Alors, étreinte par le jeune enfant, elle se permit de souffler doucement et de se détendre.

« Ça veut dire oui ? demanda-t-il en se reculant un peu.

- Je… euh… N… Oui ? »

Ugh, rien que cette réponse lui faisait un mal de chien. Elle avait l'impression qu'une migraine fulgurante pourrait d'une minute à l'autre lui déchirer le crâne et éventuellement que son cœur allait faire ses valises et quitter les artères auxquelles il était attaché.

L'enfant ne remarqua pas son trouble, il lui sauta au cou une nouvelle fois et repartit en direction de sa chambre en sautillant. Elle resta là, immobile telle une statue de pierre. L'enfant regarda une dernière fois dans sa direction avec un sourire avant de fermer la porte.

Bon, au moins, elle était seule. Était-ce une bonne chose qu'elle soit seule ? Elle n'était pas sûre que ce soit le cas. D'air, elle avait besoin d'air. Non, elle n'allait pas faire une crise de panique, hors de question.

Elle se laissa tomber en arrière, contre les meubles de la cuisine et se roula en boule. Elle avait envie de pleurer. Comment cela se faisait qu'elle se maitrisait parfaitement devant le petit et s'effondrait après coup ? Elle ne pouvait pas juste tenir le coup tout simplement ?

Elle était frustrée, et elle avait mal, et elle aurait juste voulu pouvoir passer comme une voleuse et repartir. En ne croisant personne.

Cependant, aussi étrange que cela puisse paraître, elle était étrangement satisfaite et sereine. C'était juste une vague partie d'elle-même, une infime partie qui ne cédait pas à la souffrance et à l'angoisse, mais elle la ressentait. C'était peut-être parce que Gaku était un peu comme elle finalement, qu'elle pouvait comprendre ce petit garçon et l'intérêt que sa famille avait pour lui. C'était aussi peut-être parce qu'il lui rappelait étrangement Reena.

Oh, il n'était pas tout à fait comme elle. Elle sentait bien que toute cette énergie et bonne humeur n'était pas juste sa nature. Ça cachait son abandon, c'était sa façon d'affronter le monde, mais au moins le faisait-il avec optimisme.

Elle aurait aimé avoir cet optimisme, mais les blessures qu'elle avait elle ne lui avaient pas permis cela. Ou peut-être qu'elle n'avait pas été assez forte. Non, personne ne devrait vivre ce qu'elle avait vécu. Ce n'était pas l'abandon, sa plus grande blessure. Non, ça, ça avait été un coup de couteau. Mais après, on avait percé tous les jours cette cicatrice, puis on l'avait ouverte encore plus en remuant le couteau, en l'enfonçant toujours plus loin. Ensuite, on avait laissé ça s'infecter. Et pour survivre, elle avait dû se débarrasser de cette pourriture gluée à son âme et d'une partie d'elle-même par la même occasion.

Ce n'étaient pas les mêmes blessures, mais elle pouvait comprendre Gaku. Elle ne lui souhaitait pas ça. Elle ne lui souhaitait pas d'être abandonné assez longtemps pour être maltraité et réduit en cendres.

Ils pouvaient être des phénix, oui, mais à quel prix vraiment ? Chaque fois qu'ils renaissaient, ils perdaient un peu. Ils gagnaient aussi beaucoup, surement. Le tout était de toujours gagner plus que ce qu'on pouvait perdre et de ne jamais rester à l'état de cendres. Quant à elle, elle redoutait ce moment de tout son cœur, elle en frémissait de tout son être et son âme entière en était ébranlée.

Mais Gaku n'était pas comme ça, il n'avait pas encore trop peur de la chute. Oui, il avait peur, mais il ne devait jamais avoir autant peur qu'elle. Jamais. Il devait rester avec elle pour cela. Et c'était sa raison pour être sa… mère… Même si pour l'instant ça faisait mal et qu'elle devait s'en aller. Elle finirait bien par se rendre compte que cette raison était plus importante, qu'il faudrait bien qu'elle arrête d'avoir peur, pas vrai ?

Elle resta un moment-là, par terre. Puis, elle décida de se relever. Elle n'avait pas hyper ventilé, elle n'avait pas pleuré. Elle était un peu mal à l'aise et maussade, c'était vrai, mais elle n'était pas encore tombée. Alors, elle en finirait avec ce qu'elle avait à faire, elle irait dormir, et ça irait mieux.

Elle alla dans sa chambre, jeta un coup d'œil à Reena qui se trouvait dans le lit. Elle ouvrit les placards et fourra quelques affaires dans un sac. Elle en prit très peu, après tout c'était assez facile de faire une lessive quand on maitrisait l'eau et elle était pressée. Il fallait juste qu'elle puisse s'habiller assez convenablement pour le travail et qu'elle ait des vêtements pour une semaine ou deux.

Elle faillit partir directement, mais elle reregarda Reena. Elle s'approcha d'elle en douceur et se pencha à son oreille.

« Je sais que tu es réveillée et que tu as tout entendu », lui dit-elle.

Ce n'était pas très difficile à deviner. Elle respirait beaucoup trop rapidement pour quelqu'un d'endormi. Et puis, Isolina était une maitre du sang experte, elle pouvait sentir la présence de n'importe quel être fait d'eau autour d'elle si elle n'était pas distraite. La plupart du temps, elle n'y faisait pas attention. Elle n'avait pas perçu Gaku parce qu'il était petit et qu'elle ne s'attendait pas à l'avoir dans ses pattes, mais elle avait perçu Reena qui s'était levée dès qu'elle avait fait éclater le verre parce qu'elle l'avait entendue marcher. Après cela, elle avait remarqué qu'elle était derrière la porte, parce qu'elle se demandait pourquoi elle ne venait pas.

Elle ne la laissa pas répliquer et partit plus vite qu'elle n'était arrivée.

S'asseyant sur son lit, Reena soupira. Elle s'était fait griller. Mais bon, elle n'était pas mécontente d'avoir écouté aux portes. Ça lui permettait d'avoir des nouvelles de sa compagne même si cette dernière ne lui en donnait pas volontairement. Elle avait l'air d'aller un peu mieux que la dernière fois. Elle était légèrement plus stable, elle avait cru comprendre qu'elle parvenait à accepter certaines perspectives un peu mieux, mais elle avait besoin de temps et d'espace… Soit.

Elle allait lui donner du temps et de l'espace, mais pas trop non plus. Il fallait pas rêver. Elle comptait bien aller la voir pendant la semaine, pendant ses heures de travail, comme ça il n'y aurait pas Gaku. Elle ferait un scandale dans la clinique s'il le fallait, mais elle irait la voir pour passer du temps avec elle. Et connaissant Isolina, qui était plutôt discrète concernant sa vie privée, elle ne lui permettrait pas de déclencher un scandale. C'était un très bon plan. Elle allait l'habituer en douceur… Ça se passerait bien. Il le fallait. Elle en était d'autant plus persuadée qu'elle sentait que Gaku et Isolina s'entendraient extrêmement bien au fond, et pas seulement parce qu'ils avaient tous les deux été orphelins.


La semaine suivante, Reena attendait dans le hall de la clinique aux alentours de midi. Elle se disait qu'Isolina allait bien finir par prendre une pause déjeuner et à ce moment-là, elle lui proposerait d'aller manger dans le parc à côté. Elle avait pris un sac de nourriture à emporter et une couverture et elle ne comptait pas l'emmener loin de son travail, donc avec un peu de chance, elle arriverait à la convaincre.

Elle dût attendre près de quarante-cinq minutes que sa compagne daigne montrer sa présence. À vrai dire, elle la remarqua à peine et se dirigea vers les secrétaires de l'accueil pour donner quelques instructions et remplir quelques papiers.

Reena se glissa derrière elle. Le corps penché en avant et les mains portant le sac de nourriture liées derrière son dos, elle lui lança telle une enfant :

« Salut ! »

Isolina leva ses yeux vers elle et lui sourit timidement.

« Salut. Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je comptais t'emmener manger.

- Hum… Où ça ?

- Le parc à côté. Une sorte de piquenique improvisé.

- Qui te dit que je n'ai pas déjà mangé ?

- Oh par pitié, on sait très bien toutes les deux que tu as une petite tendance à te surcharger de travail et à sauter le repas.

- De toute façon, je ne peux pas refuser et toute protestation de ma part sera complètement vaine, je me trompe ?

- Tu as complètement raison. Tu comptais réellement refuser ? »

Reena était perplexe, un peu déstabilisée et appréhensive face à cette réponse. Isolina lui sourit alors.

« Non. Tu m'as manqué. »

Elle l'embrassa délicatement sur les lèvres. Reena lui aurait bien dit qu'elle lui avait manqué aussi, mais parfois elle préférait nettement les actes à la parole. Alors, elle l'empêcha de s'échapper et passant une main derrière son cou, elle l'attira à nouveau contre ses lèvres en un baiser plus appuyé.

« Va pour le piquenique », murmura Isolina contre ses lèvres.

Reena sourit largement.

Avant de partir, Isolina interpela une infirmière et lui demanda de s'occuper d'une certaine Mme Chang à sa place, juste les derniers soins et diagnostiques pour être sûr qu'elle pouvait quitter l'hôpital. Ensuite, elle était libre.

Alors, Reena et elle se dirigèrent en silence vers le parc. Elles s'installèrent sous un arbre et commencèrent à manger tout en initiant la conversation la plus banale qu'elles aient pu trouver, c'est-à-dire les différentes nouvelles de la journée.

« Alors ? Tu vas pas me poser la question qui te brûle les lèvres ? demanda Isolina en saisissant une bouteille d'eau.

- Quelle question ?

- On va vraiment jouer à ce petit jeu ?

- Je suis juste venue prendre de tes nouvelles et passer un peu de temps avec toi. Tu me manques aussi, tu sais.

- Donc, rien à faire de quand je reviens à la maison ?

- Bien sûr que si, j'en ai quelque chose à faire. Mais je suis pas venue te mettre la pression, je sais que ça sert à rien. Et même si je te posais la question de façon anodine au détour d'une conversation, quelles sont les chances que tu me répondes sans que ça te mette mal à l'aise ?

- Peut-être à la fin de la semaine. Ou la semaine prochaine.

- Vraiment ?

- Oui. »

Elle semblait sûre d'elle. C'était une chose assez rare, enfin surtout concernant des décisions à implications émotionnelles de ce genre. Reena aurait pu être méfiante, mais elle était juste surprise et ravie.

« Ceci étant, j'ai besoin de le voir avant.

- Euh… oui, c'est-à-dire ?

- Eh bien, on pourrait manger ensemble un de ces soirs ou passer un après-midi à faire des trucs… en famille. »

Reena sourit aux derniers mots prononcés. Elle y mettait de la bonne volonté, surement toute la bonne volonté qu'elle pouvait trouver.

« Et il faut aussi qu'on mange au manoir, un de ces soirs. Mes mères vont me tuer si je ne leur présente pas Gaku. »

La maitre de l'Air rit.

« Oui, je pense que c'est préférable.

- Et peut-être qu'après… on rentrera ensemble et… tout se passera bien, pas vrai ? »

Reena se contenta de sourire et de se rapprocher d'elle. Elle la rassura d'un baiser et, se rapprochant encore, finit par la faire basculer sous elle. Alors, elle mit une mèche de cheveux derrière son oreille en lui adressant un sourire flamboyant.

« Tout se passera bien. Je te le promets. »

Même si Isolina était encore un peu apeurée, elle parvint à lui offrir un sourire fébrile, qui bientôt disparu sous les lèvres affamées de sa compagne.

« Et puis, comme ça je pourrai enfin te faire l'amour et arrêter d'être frustrée », ajouta-t-elle.

Isolina leva les yeux au ciel.

« Non, mais je rêve. C'est tout ce qui t'importe, hein. En fait, je t'ai pas manqué, c'est juste mon corps qui te manquait.

- Non, c'est pas vrai, toi aussi tu me manquais un peu… »

Pour toute représailles, Isolina la pinça au bras.

« Aïeuh ! s'offusqua faussement la maitre de l'Air.

- 'Un peu' ? C'est tout ce que tu mérites, espèce de sauvage. »

Leurs petites chamailleries lui avaient manqué aussi. Et c'est le sourire aux lèvres qu'elle embrassa de nouveau Reena, tout en s'accrochant à son corps et à ses vêtements. Elle pouvait dire tout ce qu'elle voulait, ça lui avait manqué aussi. Mais bon, elles étaient quand même dans un parc public, là. Et puis, ce n'était pas le bon moment, du tout.

« Il va falloir que je retourne travailler, murmura Isolina contre ses lèvres.

- Pas déjà, gémit sa compagne.

- Hum, je pense que c'est préférable, parce que j'ai comme une appréhension sur la suite des évènements…

- Moi, j'ai pas d'appréhensions du tout.

- Je m'en serais doutée.

- T'as pas des trucs genre des lits dans ta clinique ?

- Reena !

- Bah quoi ?

- C'est du matériel médical !

- Et alors ? »

Isolina soupira. Elle l'embrassa rapidement une dernière fois avant de se dégager de l'étreinte.

« Alors, tu peux bien patienter encore un peu et j'ai du travail.

- T'es pas drôle. Je t'ai connue plus aventureuse…

- Ha ! s'exclama Isolina avec ironie. Mais oui, bien sûr. Rappelle-moi qui est la cause de toutes les décisions inconsidérées que j'ai prises dans ma vie ? Et à cause de qui on s'est retrouvé à faire l'amour dans des endroits insolites ?

- Je vois pas du tout de quoi tu parles.

- C'est ça oui, fais l'innocente. »

Elles se sourirent mutuellement à l'évocation de ces souvenirs communs.

« Je serai plus responsable maintenant. Tu peux compter sur moi, je te le promets. »

Elles savaient qu'elles ne parlaient plus de faire l'amour, mais d'un sujet bien plus sérieux.

« Merci, répondit la jeune maitre de l'Eau. Et j'ai passé une très bonne pause déjeuner. »

Elle l'embrassa une dernière fois, veillant à ne pas trop s'appesantir.

« On se téléphone ce soir. Je t'aime. »

Elle n'ajouta rien de plus et partit. Reena se laissa retomber sur la couverture de piquenique. Elle pouvait rester là encore un peu, sa pause déjeuner n'était pas encore sur le point de se terminer. Elle soupira un peu, mais conserva un sourire sur son visage. Ça s'était bien passé, même très bien. Avec un peu de chance, ils pourraient fixer vite un moment pour se voir tous ensemble quand elles se téléphoneraient, puis Isolina rentrerait à la maison et la vie reprendrait son cours… Avec Gaku dedans, cette fois.


Finalement, elles avaient opté pour un diner à la fin de la semaine suivante. Ainsi, elles pouvaient faire d'une pierre deux coups et inviter également la famille de Reena. Mais en attendant cette soirée tant attendue (bien qu'avec un peu de fébrilité), rien n'empêchait qu'Isolina, Reena et Gaku passent du temps ensemble.

Alors, pendant ces deux semaines, ils firent des sorties, tous les trois. Parfois, ils allaient dans des parcs et parlaient, parfois ils marchaient dans Republic City, parfois ils allaient visiter des endroits importants ou mangeaient une glace. Ils passaient toujours un très bon moment.

Ça permettait à Gaku de découvrir cette nouvelle ville et son nouveau cadre de vie, tout en s'amusant. Ça permettait à Isolina de s'habituer à sa présence de façon progressive, et elle apprit à se détendre et à se comporter de façon plus naturellement bienveillante. Et ça permettait à Reena de surveiller tout ça et de noter dans un coin de sa tête les comportements de l'un et de l'autre en vue de solutionner des problèmes plus tard, si problèmes il y avait. Finalement, même Reena apprit à se détendre, puisqu'apparemment, il n'y avait plus de problèmes à l'horizon.

Au fond, ces petites sorties leur avaient permis de commencer à fonctionner comme trois êtres unis plutôt que comme trois êtres disparates et déconnectés les uns des autres. Des connexions se faisaient, comme si elles permettaient de faire circuler l'énergie vitale de chacun, alors qu'elles en troublaient le cours jusqu'à présent.

C'était un processus lent, tout particulièrement chez Isolina. C'est pourquoi elle appréciait autant ces sorties, tant qu'elle avait ensuite le temps de les assimiler, d'en ressentir la nature réconfortante plutôt que la nature angoissante.

Elle dut tester la solidité de tous les fils qui se tissaient entre elle et Reena et entre elle et Gaku elle dut même observer les cassures qui avaient pu se développer sur les anciens fils qui l'unissaient à sa compagne. Certains se réparaient, d'autres avaient changé, et plein d'autres choses étaient nouvelles. Alors, elle savourait de pouvoir les placer lentement, une par une, dans une jolie boite d'habitudes sécuritaires. Apprivoisées, elle n'aurait plus peur d'elles, elle pourrait vivre en admettant que ces dernières étaient naturelles et ne troublaient pas le flot de sa vie, mais au contraire en faisait partie. Elle ne luttait plus contre le courant, elle se laissait porter et trouvait son rythme.

Malgré cela, l'idée de rentrer chez elle lui occasionnait toujours un peu de nervosité. Elle savait que c'était un comportement naturel chez elle, son esprit réagissait juste au fait que l'angoisse qu'elle avait fuie était restée là-bas, alors qu'elle était bien chez ses mères même si… elle préférait être chez elle.

C'était un peu étrange pour elle de retourner vivre avec Korra et Asami. Elles vivaient loin du centre-ville, c'était dur pour elle d'aller à son travail, elle se retrouvait presque à être dépendante de sa mère à nouveau (mais heureusement, elle avait une deuxième voiture dans le garage qu'elle pouvait utiliser), et en plus elle se faisait materner. C'était à la fois très mignon et horriblement irritant, si bien qu'elle avait hâte de reprendre sa vie normale d'adulte libre et indépendant.

Et le fameux jour des rencontres arriva. Korra, Asami et Isolina étaient encore aux fourneaux, mettant la touche finale à leurs plats, quand on sonna.

« Je vais ouvrir ! » s'écria la jeune femme aux yeux bleus.

Elle n'attendit pas un signe d'assentiment avant de se diriger vers la porte d'entrée. Là, elle s'arrêta un instant, soufflant et passant une main dans ses cheveux de jais. Elle posa sa main sur la poignée, ferma les yeux une seconde, avant de la tourner et d'accueillir Reena, Gaku, Opal et Bolin qui se trouvaient à la porte.

Un sourire prit possession de ses lèvres quand elle vit sa famille, ainsi, sur le pas de la porte. Sans plus attendre, elle les invita à rentrer et les saluèrent tous. Elle réserva un baiser pour Reena, et serra Gaku contre elle en l'embrassant sur le front. Fou de joie, le jeune garçon avait du mal à ne pas sautiller pendant l'étreinte, mais il se contenta de la serrer encore plus fort. Ils s'étaient vus la veille, mais il avait très, très hâte de la revoir de toute façon !

Opal et Bolin allèrent dire bonjour à leurs vieilles amies pendant que Reena, Isolina et Gaku prenaient des nouvelles les uns des autres (comme s'ils ne s'étaient pas vu la veille, donc…). Puis, la jeune maitre de l'Eau les guida dans le salon où le reste des convives se trouvaient. Elle allait présenter ses mères à Gaku, mais il s'exclama en pointant Korra :

« Je te reconnais ! Tu es l'Avatar ! Y avait une statue de toi dans mon village avant !

- Ah, enfin un enfant qui sait reconnaître les gens importants, contrairement à notre fille qui n'en avait rien à faire… »

Asami leva les yeux au ciel et donna un coup de coude à Korra. Elle sourit triomphalement, avant de retourner son attention vers le petit garçon.

« Et toi, c'est Gaku, c'est ça ? »

Il hocha plusieurs fois la tête avec enthousiasme, un immense sourire semblant séparer son visage en deux parties très distinctes.

« Contente de te rencontrer. »

Comme elle était engagée, elle en profita pour présenter Asami, qu'il ne connaissait pas cette fois. Il avait vaguement entendu parlé d'elle, mais il ne l'avait jamais vue. Et puis, bon, elle était quand même moins impressionnante que l'Avatar ! Est-ce qu'elle pourrait se mettre en état d'Avatar pour lui ? On disait que ses yeux devenaient blancs et que ça faisait peur, mais ça devait être trop cool. Et… Et… c'était elle la maman d'Isolina ? Ça voulait dire que c'était sa grand-mère ? Ça, c'était encore plus cool !

« Je crois que je l'ai cassé, dit malicieusement Korra en remarquant le regard admiratif du jeune garçon qui restait gluée à son visage.

- Oh, mais ça doit lui faire un choc de voir son héroïne en chair et en os…

- Tu m'étonnes ! »

La femme d'affaires laissa échapper un léger soupir amusé. Et comme Gaku ne semblait pas disposé à quitter ses rêveries admiratives, elle reprit sa discussion avec Bolin et Opal.

Quelques minutes plus tard, il tirait sur la manche d'Isolina pour qu'elle se baisse à son niveau. Il lui murmura alors dans l'oreille :

« Pourquoi tu m'as pas dit que ta maman, c'était l'Avatar !

- Pour être tout à fait honnête, je n'y ai pas pensé.

- Mais c'est super important ! Elle a sauvé le monde ! Et mon village.

- Oui… C'est vrai… Mais Opal, Bolin et Mam… euh, Asami aussi. Tu sais, ils font partie de notre famille, donc, on a tendance à oublier de préciser ce genre de choses.

- C'est quand même trop cool. Mes grands-parents, ils sont géniaux ! »

Elle gloussa.

« Oui, c'est vrai, ils sont géniaux.

- Mais mes mamans aussi sont géniales ! »

Elle lui sourit tendrement.

« J'espère bien.

- Ça veut dire que toute ma famille est géniale !

- Tu en as de la chance, petite fripouille, intervint Reena en lui ébouriffant les cheveux. »

Il lui adressa un de ses plus beaux sourires, puis il sautilla vers la bandes d'héros qu'étaient ses grands-parents pour les observer de près et écouter leur discussion — c'était forcément intéressant ! Peut-être qu'ils se racontaient des vieilles histoires guerre ? Ce serait trop génial s'ils pouvaient lui raconter d'eux-mêmes ! Directement à la source !

Ses mères, elles, le regardèrent tendrement. Il n'y aurait pas de problème concernant l'intégration dans la famille, ça c'était sûr. Reena passa un bras autour des épaules de sa compagne et déposa un baiser sur sa tempe.

« Ça se passe bien.

- Très. »

Elle marqua une pause pendant laquelle elle regardait Gaku.

« Merci. De m'avoir donné du temps. Je sais que je peux être difficile à vivre.

- On s'y fait.

- Surtout ne démens pas !

- Oh, il fallait ? »

Isolina rit simplement et elles se joignirent elles aussi brièvement à la conversation, puisque quelques minutes plus tard, tout le monde s'installait pour manger.

Pendant que Korra se mettait à divertir Gaku (qui s'était installé directement à côté d'elle) avec de vieilles histoires de combats qui faisaient peur, mais qui devaient être adaptées à son âge et que les autres invités participaient en donnant plus de détails (pour Opal) ou en imitant (ou exagérant) les réactions des personnes qui étaient là-bas à ce moment-là (pour Bolin), Asami et Isolina se chargeaient d'amener leur repas.

La jeune femme d'affaires se permit de donner un léger coup de hanche à sa fille au passage, cette dernière failli renverser le plat qu'elle tenait dans ses mains, mais elle réussit à surprendre le regard doux et fier de sa mère. Et, redevenue une petite fille l'ombre d'un instant, elle eut envie de se jeter dans ses bras et de la serrer très fort. Mais comme ça n'allait surement pas être possible avec un plat dans les mains, elle se contenta de lui répondre avec un sourire.

La soirée se passa délicieusement. Gaku put faire connaissance avec Korra et Asami. Il avait déjà pu passer un peu de temps avec Opal et Bolin, donc il les connaissait un peu. Bien entendu, il était toujours ravi d'apprendre de nouvelles choses et de les entendre raconter leurs combats à eux, mais il adorait Korra. Ainsi, passa-t-il la majeure partie du temps avec elle. Puis, au détour d'une conversation, il finit par lancer :

« Pourquoi Isolina elle devait rester ici ?

- Elle… euh… Tu peux préciser ?

- Elle m'a dit qu'elle pouvait pas rester avec moi parce que ses mamans avaient besoin d'elle.

- Aaah, ça… Oui… C'était… pour une mission d'Avatar très importante. Je peux pas trop t'en parler, tu sais, top secret.

- Même à moi ? Mais je veux savoir !

- Oui, je comprends bien mais parfois certaines missions sont… sensibles. »

Elle vit la mine défaite du petit garçon et ça lui faisait de la peine. Elle lui avait déjà menti et maintenant elle refusait d'approfondir son mensonge… Peut-être qu'elle devrait lui raconter une jolie petite histoire avec des méchants qui combattent l'Avatar et une affaire d'équilibre du monde… Oh, elle n'aimait pas cette position du tout. Si seulement sa fille n'avait pas commencé à embobiner ce jeune garçon !

« Bon, si je t'en parle, tu promets de le répéter à personne ? Jamais. C'est un très, très gros secret, d'accord ?

- Oui ! s'enthousiasma-t-il instantanément. »

Génial, plus qu'à inventer une histoire. Elle n'avait pas précisément le talent de conteuse. Elle avait bien raconté quelques histoires à Isolina quand elle était petite, mais c'étaient souvent des histoires bien connues que l'on se racontait de génération en génération, ou des histoires vraies. Elle était finalement assez mauvaise quand il fallait inventer des histoires, surement un peu trop terre à terre, même s'il s'agissait là de raconter une histoire digne d'une aventure d'Avatar. Et des aventures d'Avatar, elle en avait vécu plein ! Peut-être suffirait-il de s'en inspirer ? Sauf qu'il fallait inclure sa fille dedans, et elle avait quand même peu collaboré avec Isolina au cours de sa vie…

« Alors… C'était une mission très délicate, et on avait peur qu'il y ait beaucoup, beaucoup de blessés, c'est pour ça qu'on avait besoin d'Isolina. C'est la meilleure guérisseuse, tu sais ?

- C'est vrai ? Et du coup, elle a sauvé plein de gens ?

- Oui. Plein. »

Elle essaya de couper court à la discussion, elle se dit que l'enfant était rassasié, mais l'expression de son visage lui confia que ce n'était clairement pas le cas. C'était un garçon intelligent et il mourait d'envie d'avoir autant de détails que dans les précédentes histoires. Alors, il la fixa avec ses grands yeux verts, dans l'expectative.

Korra put seulement penser : « Raava ! Et maintenant, je fais quoi ? »

« Quoi ? demanda-t-elle à la place.

- Bah, je veux savoir comment c'était !

- Ah. Oui… Eh bien, on était… Il y avait moi, Isolina et… Bolin ! »

Elle l'interpella en même temps qu'elle le citait et il se retournait vers elle, l'air curieux.

« Tu m'appelles ?

- Non, j'étais en train de parler à Gaku, tu sais, de notre mission très, très importante avec Isolina.

- Quelle mission ? »

Bolin avait de fabuleux talents de conteur, mais il fallait qu'elle lui fasse comprendre son stratagème et il était parfois un peu lent à la détente !

« À ton avis, quelle mission ? fit-elle mine de s'impatienter. La mission, avec Isolina, c'est pour ça qu'elle ne pouvait pas rester avec sa famille. Là où on a sauvé plein de gens, surtout avec son don de guérison, et tout.

- Aaaaaah, tu veux dire, cette mission-là !

- Ouiiii, et je te laisse raconter d'ailleurs, je vais boire un coup. »

Elle s'esquiva vite et poussa un soupir de soulagement quand Bolin commença à une histoire ayant pour base des prisonniers d'un souterrain secret à la République de la Terre protégé par des taupes-blaireaux, elles-mêmes contrôlées par une société secrète issue du Dai Li.

Gaku fut un peu déçu que Korra ne reste pas lui raconter l'histoire, mais fasciné par les différentes scènes de combat qui lui étaient dépeintes et tenu par le suspense, il finit par oublier que son héroïne s'était sauvée.

« La prochaine fois que tu mens, tu pourrais me mettre dans la confidence avant que j'embauche Bolin pour faire un joli mensonge ? plaisanta l'Avatar, en taquinant sa fille.

- Quel mensonge ?

- Oh, une obligation de rester chez tes mères par exemple.

- Ah… Oui… J'avais… hum… oublié.

- Tu as de la chance d'avoir un beau-père qui est aussi beau parleur. »

Isolina fronça les sourcils à la presque plaisanterie de sa mère, les lèvres pincées.

« Ouais… dit Korra en se frottant l'arrière du cou. Bref. Tu pars ce soir, alors ?

- Oui.

- Sûre d'être prête ?

- Il faut bien que je le sois un jour. Et ma vie me manque. Puis, ça fera plaisir à Gaku…

- Oh, je n'en doute pas. Il t'aime beaucoup. Et il t'aimera encore plus une fois que Bolin aura fini de raconter tes exploits, ricana-t-elle.

- Ugh, il va s'imaginer des trucs et aller le répéter à tout le monde…

- Non, je lui ai dit que c'était top secret.

- Je lui redirai…

- Et il ne s'imaginera pas des mensonges. Il a une mère géniale. »

Isolina regarda sa mère, probablement pour la remercier, mais au fond de ses yeux, il y avait toujours une lueur de doute et d'incrédulité.

« Merci, bredouilla-t-elle.

- Tu n'as plus à t'en faire, p'tit chiot. C'est la vie, c'est comme ça, tu es parfaitement équipée pour faire face à ça. Et cet enfant t'aime et veut te donner son cœur, c'est tout ce qu'il faut parfois. C'est ce que tu as fait avec moi, ça a suffi pour que je devienne ta mère et que je veuille prendre soin de toi. Laisse faire les choses. »

Isolina hocha la tête sérieusement. Elle aimait avoir le point de vue de Korra dans cette situation. Elle avait l'impression qu'elle la comprenait mieux, qu'elle l'aidait davantage qu'Asami. Surement étaient-elles plus similaire, c'était pour cela.

« Isolina ! Isolina ! s'écria soudainement Gaku, se précipitant sur elle. C'est vrai que t'as soigné cinquante personnes en moins d'une journée ?

- Shhhht, Gaku, on avait dit que c'était un secret, tu te rappelles ? le reprit Korra, avec un regard le réprimandant.

- Euh, cinquante, c'est peut-être un peu exagéré, essaya de tempérer la maitre de l'Eau.

- Dis, un jour tu me montreras comment tu fais ? Comme t'as fait avec mes mains ! C'était trop joli !

- Je ne peux pas te montrer ça, Gaku. Tu es un peu jeune pour voir des gens blessés avec plein de sang…

- Allez ! Plus tard alors !

- On en reparlera, promis. Mais pour l'instant, on pourrait pas se cantonner aux coupures ?

- Bon, d'accord… bouda-t-il. »

Il alla s'asseoir sur le canapé en faisant la moue, mais il n'était pas franchement en colère. Il voulait juste s'asseoir quelque part. Il commençait à se faire tard, il était assez fatigué, même s'il avait fait preuve d'une remarquable énergie et ténacité jusqu'à présent. Et alors que les adultes continuaient à discuter, Gaku s'endormit.

Il fallut moins de cinq minutes à Isolina pour le remarquer. Elle s'approcha de lui et elle constata qu'il était profondément endormi. Ça la fit sourire un instant. Elle avait l'impression qu'il avait une tête différente quand il dormait, mais c'était surement parce que pour une fois il était calme. Elle regarda l'heure. Il était bien plus de 22h, il était sûrement temps de partir.

« C'est l'heure, je crois. »

Isolina se retourna et vit sa mère qui regardait l'enfant avec un air attendri.

« Apparemment. »

Sans prévenir, Asami entoura alors sa fille de ses bras.

« Je t'aime tellement. Et je suis si fière de toi.

- Je t'aime aussi, Maman. »

La femme d'affaires se recula et prit les mains de sa fille dans les siennes.

« J'étais contente que tu passes à la maison. Si jamais tu as besoin, tu sais que la porte est grande ouverte. »

Isolina hocha la tête.

« Et maintenant, tu as obligation de passer, parce que je compte bien revoir mon petit-fils régulièrement ! »

Isolina sourit et gloussa un peu.

« Entre nous, je pense qu'il va te harceler pour revoir Korra de toute façon.

- Vous pourriez passer à la maison aussi…

- Quand tu veux.

- J'imagine qu'on pourrait se servir de vous au cas où il y aurait besoin de le garder ? »

Sa remarque à la fois malicieuse et hasardeuse fut gratifiée d'un rire cristallin.

« On a qu'à partir sur ça, oui ! »

Elles se sourirent mutuellement, comprenant toutes les deux qu'une nouvelle page se tournait et que leur famille ne cessait de grandir, d'évoluer, de s'épanouir.

Isolina annonça ensuite qu'elle allait prévenir Reena de leur départ imminent. Elles saluèrent les autres adultes qui avaient décidé de continuer à discuter encore un peu. Et peut-être même que Bolin et Opal resteraient dormir dans les chambres d'amis parce qu'au grand désarroi de leurs femmes respectives, l'Avatar et le maitre de la Terre s'étaient lancés dans un concours impliquant des petits verres et une boisson alcoolisée.

Ils prirent à peine le temps de saluer les deux femmes qui partaient, puis reprirent leur jeu. Opal les surveilla pendant qu'Asami raccompagnait sa fille, sa belle-fille et un petit garçon tout juste réveillé qui se frottait les yeux à la porte. Elle prêta la voiture à Isolina pour qu'elles rentrent plus vite, et après de dernières embrassades, la nouvelle petite famille était partie.

Gaku se rendormit dans la voiture et quand elles arrivèrent chez elle, il avait l'impression qu'il avait dormi une nuit complète et il se sentait requinqué. Mystérieusement, il n'avait plus vraiment envie de dormir, ce qu'il fit bien comprendre à ses deux mères en ne les lâchant pas d'une semelle. Ces dernières essayèrent de le convaincre de retourner se coucher, mais elles ne parvinrent qu'à obtenir de lui qu'il mette un pyjama et se lave les dents. Ensuite, il patienta sur leur lit alors qu'elles-mêmes se préparaient pour se coucher.

« Gaku, voyons ! Il faut que tu ailles dormir, après tu vas être fatigué demain, le gronda-t-elle gentiment.

- Mais je suis pas fatigué !

- Tu as l'impression que tu n'es pas fatigué, ça ne veut pas dire que ce n'est pas le cas.

- Mais je veux pas aller dormir maintenant ! »

Reena allait se remettre à le gronder, un peu plus sévèrement cette fois, mais Isolina posa une main sur son avant-bras. Elle la regarda avec un air interrogateur. Pour toute réponse, la jeune femme aux yeux bleus se glissa sous les couvertures à côté de Gaku.

« Tu veux que je te raconte une histoire ? »

Les yeux du petits garçons pétillèrent. Il se redressa et attendit que l'histoire commence. Reena, elle aussi se glissa sous les couvertures en se demandant quelle histoire Isolina allait bien pouvoir raconter. Apparemment, Gaku se posait aussi la question puisqu'il dit :

« Tu vas me raconter une histoire avec Korra ?

- Tu veux une histoire avec Korra ?

- Oui !

- Hum… Eh bien… Quand j'étais petite, Korra avait un très gros chien-ours polaire, tout blanc. Elle s'appelait Naga. Tout le monde avait peur d'elle parce qu'elle était énorme, mais en vrai, elle était très gentille. Korra la chevauchait comme un chevautruche et elle avait l'air d'un puissant guerrier de la toundra quand elle mettait ses habits de la Tribu de l'Eau. Un jour, on était au Pôle Sud, quand Naga a disparu. On a alors passé trois jours à la chercher dans toute la Tribu de l'Eau du Sud, on s'est même dit qu'on devrait aller au Monde des Esprits… »

Elle continua ainsi son histoire d'aventure où Korra, elle et certains hommes et femmes des petits villages du sud avaient fouillé dans les moindres recoins de la toundra, tout ça pour Naga revienne d'elle-même au bout du quatrième jour. Au début, personne n'avait su pourquoi elle était partie. Elles s'en étaient rendus compte plus tard quand elles avaient remarqué le ventre gonflant de la chienne-ourse polaire, puis les petits chiots-oursons qu'elle avait mis au monde des mois plus tard.

Mais avant la fin de l'histoire, Gaku s'était endormi.

« C'est malin, maintenant il faut qu'on le porte jusqu'à sa chambre… râla Reena.

- Non, laisse-le là. »

La maitre de l'Air eut l'air incrédule.

« J'aime bien. Je restais parfois dormir avec mes mères quand j'étais petite parce que je n'arrivais pas à dormir. Je veux qu'il puisse faire pareil. Je veux qu'il soit aussi heureux que je l'ai été en grandissant avec mes mères.

- Je suis sûre qu'il sera très heureux, dit Reena, attendrie. »

Isolina hocha la tête sérieusement, puis elle souhaita bonne nuit à sa compagne. En tentant de s'endormir, elle pensa qu'une famille, sa famille à elle, ce n'était pas si mal que ça. Peut-être qu'elles pourraient accueillir d'autres enfants, peut-être qu'elles pourraient en adopter, et peut-être même qu'elle commençait à avoir envie d'en porter un. Elle savait que même si cela arrivait un jour, elle n'en aimerait pas moins Gaku, parce que c'est lui et sa personnalité si brillante qui lui avaient permis de changer de perspective.

C'était grâce à lui qu'elle s'était rappelée que les gens à l'extérieur de son petit monde n'étaient pas forcément l'œuvre du mal, qu'au contraire, ils pouvaient tant lui apporter. Alors peut-être que grâce à lui, elle était capable d'agrandir sa famille en même temps que son cœur, en y ajoutant des amis ou d'autres enfants. C'était l'innocence joyeuse d'un enfant qui avait permis à quelqu'un comme elle de croire à nouveau à la beauté à l'intérieur de chacun parce qu'ils avaient tous été un enfant à un moment et qu'ils avaient tous voulu être aimé et aimer, et c'était tout ce qui comptait.


A/N : En l'honneur de mon anniversaire d'auteure, vous voudriez pas me laisser une review par hasard ? Soyez sympaaaas. Ça fait 4 ans que je vous écris des histoires, ça mérite un petit quelque chose, non ? x) Je me contenterai d'un « joyeux anniversaire » même si c'est pas important et que d'habitude je ne le fête pas x)

Bref, sur une note plus sérieuse, je songe à prendre ma « retraite », si vous voyez ce que je veux dire. Je sais, je vous fais le coup tout le temps du « attention, je vais m'absenter » et je tiens jamais plus de quelques mois. Comme d'habitude, cette fois, je ne peux rien prévoir. J'ai quelques OS à écrire dans un recueil du côté de Castle et, bien entendu, Confinées attend un développement et un dénouement. Je vous dirai simplement que je ferai de mon mieux et que je serai au rendez-vous tant que vous êtes au rendez-vous, même si je risque de m'absenter plusieurs mois, peut-être plus longtemps, peut-être moins longtemps.

Je vous dirai simplement : « à plus » ! Et j'espère que ce ne sera pas dans trop longtemps et en même temps, je crois que le moment est bientôt venu où il faudra que j'écrive pour moi et que je me remette à l'épreuve d'écrire un original. Quand j'échouerai, je reviendrai surement par-là la queue entre les jambes :p

Je remercie tous les gens qui ont laissé des reviews et au fait, je réponds toujours ! Regardez bien vos inbox parce que les notifications ne s'envoient toujours pas !

À plus !

Lion