Texte écrit pour la participation à un concours : les chalusses d'ébène.

Le premier jour de classe de Severus Rogue après la guerre. Parce que j'ai toujours aimé ce personnage et que j'ai toujours cru à sa rédemption.

Merci de me donner votre avis dessus, ça fait toujours plaisir, bon comme moins bon :)


Résurrection

- Il n'y aura ni baguette magique, ni incantation idiote, dans ce cours. Aussi, je m'attends à ce que vous ne compreniez rien à la science subtile ni à l'art rigoureux de la préparation des potions…

Severus Rogue venait d'entrer dans la salle de classe, faisant claquer la porte du cachot en provoquant quelques sursauts pour les plus couards élèves.

Après son habituel petit laïus, forgé par les années qu'il répétait maintenant à chaque première classe de potions des premières années de Poudlard, Severus s'appuya contre le bureau, les bras croisés, les mains calées sous ses aisselles.

Que devait-il ajouter de plus.

Il les regardait un par un, indifférent, imperturbable.

Cette année, pas de Draco Malefoy, au premier rang, pour lui soutirer l'envie de flatter l'ego d'un petit garçon ne cherchant qu'à s'attirer l'amour d'un père trop occupé à combler les exigences d'un mage noir réduit maintenant à l'état de poussière.

Ses yeux glissaient tour à tour sur des élèves à l'uniforme les rendant tous identiques, à l'exception d'une simple et petite goutte discrète de couleur brodée à la poitrine, sur la poche, remplaçant désormais le blason coloré désignant la maison de l'élève.

Après la guerre, Minerva McGonagall, nommée directrice, avait voulu casser les codes, bouleverser ces cloisons habituelles qui avaient enfermé les élèves dans une guéguerre qui leur paraissait maintenant si puérile.

Le monde magique n'avait connu que trop de tragédies pour encourager maintenant les conflits à l'intérieur même de l'école.

Severus les observait.

Il savait qu'il aurait pu les regarder des heures ainsi sans qu'aucun d'entre eux n'ose broncher, ouvrir la bouche ou manifester le moindre signe d'impatience.

Il était craint, non…, redouté depuis des années déjà.

Mais il était devenu, malgré lui, victime survivante de la grande guerre contre Lord Voldemort, il avait été jugé, puis acquitté par le Magenmagot à grand renfort de témoignages en sa faveur, notamment celui d'Albus Dumbledore, resté vivant à travers une fiole de verre et révélé au grand jour par l'usage d'une pensine pendant un procès qui avait déplacé moults de curieux surtout attirés par la présence de l'élu, du survivant, Harry Potter.

Dans un discours enflammé il avait défendu et révélé tout ce qu'il savait de celui qui l'avait tant sauvé.

Il n'avait caché aucun détail, ni même comment il avait finalement décidé de lui offrir la pierre de résurrection, ou comment il l'avait transporté à moitié mort jusqu'à l'infirmerie pour qu'il reçoive les premiers soins, tandis que tout autour de lui, tout Poudlard pleurait et triait ses morts et ses blessés.

Cela avait touché et agacé l'ancien Mangemort. Pourquoi le droit de revivre lui avait été accordé alors que tant d'autres, moins légitimes que lui, y avaient laissé la vie.

Harry n'avait jamais répondu à cette question.

Ils s'étaient pourtant revus, des rapports très cordiaux s'étaient établis entre eux, bien que Severus ne se fût jamais remis de la chance extraordinaire qui lui avait été donné de revivre. Chaque fois qu'il questionnait son sauveur, celui-ci gardait sur son visage un air impassible, craquelé par un sourire vague empli de tristesse et reconnaissance.

Et Severus Rogue avait été acquitté, reconnu espion, l'ordre de Merlin lui avait été décerné, Severus avait immédiatement enterré sa médaille au fin fond d'un tiroir jamais utilisé mais avait fait don de l'argent reçu en récompense à l'école.

En remerciement et parce qu'elle trouvait cela légitime, Minerva avait réhabilité Severus Rogue, lui réoffrant la place de professeur de potions, cela lui convenait, il refusait maintenant tout contact avec les forces du mal qui n'étaient d'ailleurs plus qu'enseignés de façon théorique à partir de la cinquième année.

Mais cela avait été dur, très dur pour l'ancien professeur, car partout où il allait dans le château, les regards se teintaient de crainte.

Ça il en avait l'habitude.

Ce qui le mettait mal à l'aise, c'était ces éclats brillants de reconnaissance, de remerciements qui illuminaient les yeux des élèves, des professeurs et des fantômes habitant le château.

Même Hagrid le couvait à chaque repas dans la grande salle d'un regard maternel. C'en était absolument terrifiant. Pour cet homme si peu habitué des sentiments.

Et aujourd'hui, pour cette deuxième année de rentrée scolaire, chacun des élèves le regardaient, retenant leur souffle pour certains, n'osant pas croiser son regard pour d'autres.

Il se retint d'ajouter quoi que ce soit à son chaleureux discours.

- Vos livres, page 12, chapitre 1, potion anti acné, ingrédients, exécution, en silence.

Le reste du cours se passa comme il l'avait exigé.

Quand il s'approcha à la fin de l'heure pour inspecter le misérable travail effectué par ses élèves, il eut la surprise de découvrir une jeune fille, aux cheveux peut-être trop bruns, trop bouclés assise derrière un chaudron à la potion peut-être trop bien réussie.

D'un ton sec, il le désigna et d'une voix la moins chaleureuse possible il dit :

- Très bien, miss !

Il vit, dans l'indifférence, un sourire se dessiner sur ses trop fines lèvres et une rougeur lui monter aux joues.

En bredouillant, elle s'enhardit à lui répondre :

- Merci, merci Monsieur !

Et alors qu'il s'apprêtait à partir pour infliger une retenue pour avoir fait fondre un chaudron à un autre élève tassé de terreur, il sentit une résistance sur ses robes.

En se retournant, il vit la main trop blanche de la jeune fille accrochée à lui.

Les yeux embués de larmes elle ouvrit la bouche :

- Pour tout, Monsieur, merci.

Ce « tout » il savait ce qu'il signifiait. Et une pierre tomba dans son estomac.

Il sentit aussitôt une vague de murmures s'élever dans la salle comme si la jeune fille à la goutte rouge sang brodée sur sa robe avait été le déclic que chacun attendait.

- Merci pour mes parents Monsieur, entendit-il parmi les murmures

- Vous avez détourné un mangemort qui allait attaquer mon frère, il me l'a dit ! ajouta un autre à la goutte bleue sur son uniforme

- Heureusement qu'il y avait quelqu'un comme vous, cette voix avait été plus forte que les autres, l'élève voulait que Severus l'ait entendu

- Moi aussi, plus tard, j'appellerai mon fils Severus ! cette dernière phrase fit tordre l'estomac du professeur.

Dans le brouhaha général, Severus n'entendait pas tout, mais il le savait, il n'y avait que des compliments.

C'est le corps lourd mais le cœur étonnement léger qu'il décida finalement de retourner s'assoir à son bureau.

Le silence revenait doucement, mais le regard de l'homme sur eux avait changé.

Il voyait maintenant dans cette génération la perspective d'un changement. Pour que cette grande guerre soit bel et bien la dernière.

Cette jeune fille-là, ayant effectué cette remarquable potion, ne lui rappelait-elle donc pas Miss Granger ? Et lui-là dont il avait sauvé le frère, Neville Londubat ? Quant à celui-ci, au deuxième rang, s'il avait été blond, il aurait été le jumeau de celui qu'il avait toujours plus ou moins considéré comme son filleul.

Severus soupira un long moment, ressentant sur lui le regard de chacun des élèves désormais vide de toute crainte, juste une forme de dévotion, de gratitude.

La vie lui avait tant donné de chances.

Cette année, le cœur de Severus se sera remis à battre, pour la troisième fois.

Il lui avait semblé mort depuis qu'il avait perdu Lily, puis il était réellement mort, tué par Nagini.

Il avait fallu un miracle du nom de Potter pour le rendre à cette vie de misère.

Ou peut-être pas. Car voilà que maintenant ces enfants, cet espoir lui donnaient l'envie de vivre. Pour eux, pour l'enseignement qu'il pouvait leur apporter. Pour ce que la victoire du bien sur le mal avait bouleversé.

Un équilibre auquel il avait participé, mettant de côté sa vie, la perdant pour que le bien gagne.

Avait-il le droit de vivre ?

Oui, définitivement oui, Harry Potter lui avait donné ce droit qu'il s'était interdit depuis si longtemps.

Alors, Severus vivrait pour eux. Pour les morts, les vivants. Libéré du poids de la culpabilité qui l'avait toujours habité, pour Lily, pour être devenu Mangemort, pour un tas d'autres choses qu'il déposait à terre aujourd'hui.

D'un mouvement de baguette, il fit disparaître les potions plus ou moins réussies des chaudrons qui allèrent se ranger dans les armoires, au même titre que tous les ustensiles et accessoires utilisés pendant le cours.

Puis il s'éclaircit la gorge ramenant le silence dans la pièce.

Il était temps de changer ce discours morne qu'il vomissait chaque début d'année, destiné à impressionner toute âme dans ses cachots.

- Bonjour les enfants, je m'appelle Severus Rogue, je serai votre professeur de Potions cette année, tâchant de faire de mon mieux pour tout vous apprendre de cet art délicat. J'ose croire que vous ferez chaque fois de votre mieux et que sous mes conseils, vous progresserez. Maintenant rangez vos affaires, la cloche va bientôt sonner.

Severus Rogue était vivant, enfin.

Et une nouvelle vie pouvait commencer.

Fin