Bonsoir à tous !

Je reviens après une loooongue absence et j'en suis désolée. J'ai eu énormément de changements dans ma vie ces derniers mois, pas mal de choses à gérer et un sévère syndrome de la page blanche surtout. Cependant, je ne voulais pas vous donner un épilogue bâclé, je voulais qu'il me plaise. Or, celui-ci me convient dirons nous. J'espère qu'il vous plaira, voyez ça comme un moyen pour moi de vous souhaiter un joyeux Halloween.

Vous avez été nombreux à me demander si j'avais de nouveaux projet d'écriture en tête. Très honnêtement, je n'en sais absolument rien pour le moment. Je bosse énormément et je peine encore à trouver un rythme stable dans mon quotidien. Mais soyez sûr que vous serez les premiers informés et que je ne reste jamais bien longtemps sans écrire ;)

Je tenais également à tous vous remercier, pour vos vues, vos commentaires, vos dessins, vos messages toujours si bienveillants.

Un immense merci à ceux qui on participer à l'écriture de cette histoire, ceux qui ont écouter mes interrogations, parfois mes prises de têtes inutiles et dieu sait qu'il y en a eu !

Voilà, je ne m'épanche pas plus longtemps, mais même si les mots manquent, le cœur y est et j'espère que tous ceux-là se reconnaîtront.

Je vous laisse à présent juger par vous-même. Vous m'avez manqué, prenez soin de vous.

Je vous embrasse,

Votre auteur qui a adoré partager cette histoire avec vous, Lou De Peyrac.

Épilogue.

Quatre ans plus tard…

- Elsa, tu peux ouvrir le vin, s'il te plaît ? demanda Anna en lui fourrant une bouteille dans les mains.

- Du vin par cette chaleur ? Tu veux que Mak finisse par dormir sur la table ? sourit la blonde en sautant de la table sur laquelle elle était assise pour attraper un ouvre-bouteille dans l'un des tiroirs de la cuisine.

- Elle boira du jus d'orange, Gerda sera heureuse de ne pas être la seule pour une fois.

Elsa jeta un regard par la baie vitrée et sourit en voyant Mak sur la terrasse, la petite Gerda d'à peine trois ans sur les genoux. Une petite Gerda qui s'amusait à fourrer un nombre incalculable de fraises dans la bouche de son père, assis près d'elles.

Une petite Gerda, gardienne du prénom de sa grande-tante décédée peu de temps avant sa naissance.

Depuis trois ans, cette petite rouquine d'environ 95 centimètres embellissait leur vie, ayant hérité de la bonne humeur sans faille de sa mère.

- Alors, ça se présente comment ? dDemanda Anna en sortant un gâteau au chocolat absolument indécent du four.

- Je crois que Kristoff va souffrir d'une indigestion de fraises dans peu de temps, mais aucun incident à déplorer.

- Ah… depuis que Kristoff a trouvé judicieux de faire ça avec des marshmallows, Gerda tente la même chose avec absolument tout… soupira Anna en démoulant le gâteau.

- Mes condoléances à son estomac, rit Elsa.

Anna rit en roulant des yeux, puis planta un petit 3 en cire au centre du gâteau.

- Et Mak, comment ça va le boulot, en ce moment ?

- Ça va, elle bosse comme une dingue, elle n'arrête jamais… Honnêtement, je ne sais pas comment elle fait. Enfin bon, elle ne travaille plus du tout de nuit, alors ça me va... expliqua-t-elle en se souvenant à quel point elles avaient pu s'engueuler à cause des horaires trop souvent nocturnes de la plus jeune.

Même après quatre ans, Mak n'était pas parvenue à lâcher le Storybrook, ni Régina d'ailleurs. Elle occupait encore et toujours le poste de barmaid là-bas, mais à de toutes autres heures. A vrai dire, Régina avait fait évoluer son établissement avec quelques travaux et avait fait installer une cuisine au fond du local. Plus tard, elle avait engagé un cuisinier et le Storybrook s'était offert des airs de restaurant ouvertement gay friendly.

Au fil du temps, et parce que ça devenait absolument nécessaire, l'équipe s'était agrandie et Mak pouvait maintenant se permettre de réduire ses heures qu'elle étalait sur la journée. Autrement dit, elle réservait toutes ses soirées et ses week-end à Elsa.

- Mais, vous avez besoin d'argent ? demanda Anna. Enfin, je veux dire, avec les loyers de tes appartements vous n'avez pas largement de quoi vivre ?

- Ah si, si. On est loin d'être dans le besoin. Je crois qu'elle a seulement besoin de s'occuper, de sans cesse apprendre de nouvelles choses, de bouger. Enfin, tu la connais, sourit Elsa en posant un regard tendre sur la jeune femme.

- Oui, je comprends. J'ai cru que j'allais me pendre pendant mon congé maternité, se souvint Anna. Et toi, tu n'envisages pas de reprendre ?

- Je n'en sais rien, soupira la blonde. Franchement pour l'instant, avec tous les plans de la maison, l'architecte, les ouvriers, j'ai bien trop de choses en tête. Je verrai une fois qu'on sera installées. Je reprendrai peut-être. Mais en fac, je n'en peux plus des lycéens.

- Un peu ironique de ta part, non ? taquina Anna.

- Un peu, admit Elsa.

- Bon ! On y va ? demanda la rousse en allumant la bougie.

Elsa hocha la tête et la suivit. Les yeux de la petite Gerda pétillèrent de malice quand elle vit sa mère arriver avec le gâteau.

- Maman ! Tu as fait un gâteau au chocolat ! s'exclama-t-elle gaiement en sautillant presque sur les genoux de Mak.

- Oui, pourquoi ? Tu aurais préféré des épinards ? la taquina Kristoff.

Gerda eut une grimace de dégoût, faisant rire tout le monde autour de la table alors qu'Anna déposait religieusement le gâteau devant elle.

La petite fille prit une grande inspiration en gonflant ses joues.

- Eh, n'oublie pas de faire un vœu, princesse, intervint Elsa en s'accroupissant près de sa nièce.

- Un vœu ? demanda Gerda, ne comprenant pas vraiment encore ce concept.

- Oui, c'est bien à ça que servent les anniversaires, sourit Mak en glissant une main dans le dos d'Elsa.

- Comment on fait ?

Mak s'autorisa un rire puis se pencha légèrement pour se mettre à la hauteur de la petite.

- Ferme les yeux et pense à quelque chose que tu veux plus que tout, chuchota-t-elle à son oreille.

- Je peux demander n'importe quoi ? demanda Gerda en fronçant les sourcils, se disant que cette histoire était tout de même un peu trop facile.

- Tout ce que tu veux, assura Mak, en prenant garde à retenir les deux longues tresses de la petite fille de peur qu'elles ne prennent feu, se disant qu'il n'y aurait pas de place pour une catastrophe aujourd'hui.

Gerda réfléchit une seconde, le choix n'était pas simple et méritait de s'y attarder.

- Ça y est, j'ai choisi, déclara-t-elle enfin.

- Alors souffle, maintenant, murmura Mak en souriant.

La petite fille reprit une grande inspiration puis éteignit la flamme ne laissant qu'un fil de fumée s'échapper de la mèche. Tous applaudirent face au sourire radieux de celle-ci.

- Papa, on mange des pop corn pour le dîner ce soir ? demanda-t-elle en se tournant légèrement vers Kristoff.

- Je ne suis pas certain que Maman sera d'accord, princesse.

- Les vœux ne se réalisent pas alors ? J'ai pourtant souhaité qu'on mange des pop corn ce soir… répondit la fillette, déçue.

Kristoff eut un regard pour Anna et entama une discussion silencieuse que seuls les couples ensemble depuis plusieurs années pouvaient partager.

La rousse sourit puis consentit :

- Bien, si c'est ton vœu, j'imagine qu'on peut faire une exception pour ce soir.

La petite fille sautilla de joie alors qu'Anna s'affairait déjà à couper le gâteau.

Et après avoir ingurgité une dose indécente de chocolat, Gerda se tortilla sur les genoux de Mak.

- Et si tu allais jouer un peu avant ta sieste ? proposa Elsa en soulevant l'enfant à bout de bras pour la déposer dans l'herbe.

La petite fille ne se fit pas prier et se mit à courir vers le monde imaginaire qu'elle aimait s'inventer. Un monde de pirates, de sirènes, et de monstres méchants au premier abord mais qui redevenaient la délicatesse incarnée après un câlin.

Elsa reprit alors sa place près de Mak et passa un bras autour de ses épaules. Cette journée apparaissait légère, simple et semblable finalement à beaucoup d'autres.

- Alors ça avance votre maison ? demanda Kristoff en servant une coupe de champagne à tout le monde.

- Ne me regarde pas, c'est Elsa qui gère. Moi, je ne m'en occupe pas, se dédouana immédiatement Mak en s'offrant une gorgée de champagne.

Kristoff rit à cette déclaration et se tourna alors vers Elsa.

- Du coup ? Madame l'inspectrice des travaux finis, sourit-il.

- Ça avance doucement, surtout depuis que les ouvriers ont compris que ce n'était pas parce que j'étais une femme qu'ils pouvaient me prendre pour une idiote.

- Tu la verrais, elle les déglingue au téléphone, intervint Mak.

- Quelle surprise, soupira Anna. Tu n'es pas trop méchante avec eux quand même ? demanda Anna.

- Eh bien, ça dépend... Quand je signe un devis qui stipule que je paye pour un double vitrage et qu'ils m'en posent un simple, oui, je deviens méchante, gronda l'enseignante en passant une main dans ses cheveux. Et en plus, ils ont eu l'audace de me dire que c'est moi qui n'avait pas précisé ! s'insurgea-t-elle.

- Ils la détestent, précisa Mak en un murmure accompagné d'un sourire en coin.

- Et toi ? Tu vas un peu sur le chantier quand même ? demanda Kristoff à l'attention de la plus jeune.

- Un peu… Quand je ne sors pas trop tard du boulot, je leur amène du café.

- Ils l'adorent, soupira Elsa en roulant des yeux.

- Je les comprends. Entre quelqu'un qui les engueule et quelqu'un qui leur offre un café, moi non plus je n'hésiterais pas, taquina Anna alors que sa soeur lui jetait un faux regard noir.

- S'ils faisaient leur travail correctement, je n'aurais pas à les engueuler, se défendit Elsa.

- Mon amour, sois douce un peu, réclama Mak en posant une main sur sa cuisse, faisant rire tout le monde autour de la table.

Et c'est sûr cette même touche de légèreté que l'après-midi se poursuivit. Gerda revint finalement une bonne heure plus tard et se hissa sur les genoux de son père sur lesquels elle s'endormit presque instantanément. Kristoff la laissa faire, se disant que ses bras étaient finalement un bon endroit pour que sa fille y fasse sa sieste.

Sans qu'elle ne s'en rende compte, Mak posa à de nombreuses reprises un regard attendri sur la petite fille. Elle se demanda alors à quoi ressemblerait une version miniature d'elle et d'Elsa. Elle sourit à cette simple pensée. Puis elle fronça les sourcils. Non, si elle devait un jour avoir un enfant avec Elsa, il était certain qu'elles penseraient à l'adoption en priorité. Elles avaient été toutes deux privées au moins d'un de leur parent trop tôt, il lui semblait donc logique de choisir d'aider un enfant. Un enfant qu'elle-même aurait pu être si sa mère n'avait pas été là. Enfant qu'Elsa et Anna auraient pu être si Tante Gerda n'avait pas été là non plus. Oui, l'adoption était une bonne option qui lui plaisait.

Et puis si on se souvenait que le monde portait sept milliards d'êtres humains, elles pourraient bien y trouver un enfant qui veuille d'elles. Elsa serait-elle d'accord avec ça ?

Elles n'en avaient jamais parlé. Mak n'y avait même jamais pensé. Mais Elsa atteignait maintenant 33 ans. Sa belle enseignante pensait-elle parfois à partager sa vie avec un enfant ?

Bon, Mak était consciente qu'un enfant n'était pas une fin en soit, ni l'accomplissement d'un couple ou quelque chose s'apparentant à une case obligatoire dans la vie d'une femme. Elle était heureuse avec Elsa. Il était évident que sa jolie blonde lui suffisait, qu'elle ne se lassait pas de se réveiller chaque matin dans ses bras, mais...

Mais sauver un enfant d'un système parfois douteux… Emma, orpheline de naissance, le lui avait assez souvent répété. Sauver un enfant de la solitude parfois trop violente, un enfant qui en aurait besoin et être là pour lui dire que la vie n'était pas une si jolie garce en fin de compte.

Et c'est cette pensée qui résonnait en boucle dans sa tête quand elle observa Kristoff se lever, la petite dans ses bras pour aller au moins la coucher sur le canapé, suivi de près par Anna.

Elle plissa les yeux en voyant la gamine, la joue écrasée contre le torse de son père.

- Je veux la même… se surprit-elle à dire, jurant qu'elle avait pensé trop fort.

Elle sourit pourtant. Elle était heureuse de l'avoir dit, d'avoir extériorisé ce qui devait sortir à ce moment-là.

Elsa tourna la tête vers elle, un peu surprise, puis remarqua le regard qu'elle posait sur sa nièce, arqua un sourcil, et demanda avec douceur :

- Ah oui ?

- Oui, chuchota Mak sans décrocher son regard de la baie vitrée, observant la petite famille sans que personne ne puisse les entendre.

Elsa prit le temps de respirer, de sourire. Elle attendait qu'elle lui demande ça depuis un an environ. Mais elle n'avait jamais eu le courage de lui en parler. Pourquoi ? Peut être parce que Mak était plus jeune qu'elle, peut être parce qu'elle ne voulait pas lui coller un gamin dans les pattes, elle ne savait pas vraiment. Mais elle voulait seulement que cette envie vienne d'elle. Et voilà, c'était chose faite vraisemblablement.

- Tu es sûre ? demanda-t-elle tout de même.

Leur vie était si calme depuis que Mak avait arrêté un avion pour la retrouver. Calme et délicieuse. Sa petite, toujours et éternellement bleue, était-elle prête à ce qu'un enfant débarque et chamboule tout ce qu'elles avaient construit ?

- Oui, sourit Mak pour toute réponse et Elsa sut que la décision était prise.

Alors l'enseignante hocha la tête, se leva silencieusement, puis se pencha avant d'attraper Mak par un bras et de la soulever comme un sac en travers de son épaule.

- Mais enfin, chérie, qu'est ce que tu fais ? rit la plus jeune en se retrouvant la tête en bas alors qu'Elsa entamait une marche vers la sortie de la maison.

- Eh bien, je crois que nous avons une procédure d'adoption à lancer, non ? sourit la blonde.

Mak rit encore sous les regards d'incompréhension d'Anna et Kristoff face à cette scène incongrue.

Elles n'en avaient jamais parlé et pourtant Elsa avait déchiffré en un regard tout le processus de ses pensées. Évidemment, comment pouvait-elle encore en douter ?

Deux ans plus tard…

Elsa grogna en passant sa main sous l'eau froide du robinet hors de prix de sa cuisine. Elle jeta d'ailleurs un œil mauvais au bordel qui y régnait et choisit d'ignorer l'odeur de brûlé qui flottait dans l'air comme pour la narguer. Dans l'évier, un plat de lasagne carbonisé gisait comme un soldat tombé pour la France. Elle soupira en se confrontant à son échec cuisant…

Mak devait rentrer du travail dans environ dix minutes et absolument rien n'était prêt. Elle avait voulu lui faire une surprise. Enfin non, pas une surprise, un simple plat de lasagnes. Rien d'autre qu'un plat de lasagnes et elle avait cru mourir de honte en se rendant compte qu'elle n'était même pas capable de faire ça. Sérieusement, un foutu plat de lasagnes, ce n'était tout de même pas si compliqué ! Et voilà qu'en prime, elle s'était brûlée…

Bon, Mak avait toujours su qu'elle ne savait pas cuisiner, ça, c'était le domaine de la plus jeune, et Elsa ne s'en était jamais caché, mais pour une fois qu'elle voulait lui faire plaisir autrement qu'en sortant son chéquier…

Elle soupira encore en se séchant les mains. Tant pis, elle commanderait, comme toujours. Ou elle pouvait encore lui proposer un restaurant. Elle jeta le chiffon sur l'îlot central de la cuisine flambant neuve. Il semblerait qu'elle était définitivement plus douée pour assurer la construction d'une maison que pour faire à manger pour sa nana.

Et comme pour écraser un peu plus sa défaite, elle entendit la porte d'entrée s'ouvrir, puis un sac qu'on jetait au sol, une paire de chaussure qu'on retirait, puis une voix, si douce à son oreille :

- Chérie ?

- Dans la cuisine, répondit Elsa en s'asseyant sur l'îlot.

Mak arriva bien vite dans l'encadrement de la porte, ses longs cheveux bleus rapidement attachés en un chignon défait après sa journée de travail. Immédiatement, son esprit capta l'odeur désagréable, le plat dans l'évier, l'air dépité de sa compagne.

Elle sourit alors, et demanda :

- La maison ne te plait plus, mon amour ? Tu as essayé d'y mettre le feu ? Tu sais qu'on peut seulement déménager, c'est tout de même moins radical, et moins dangereux d'ailleurs, remarqua-t-elle en voyant la main rougie d'Elsa. Tu t'es brûlée ? Fais voir, déclara-t-elle en avançant de quelques pas.

- Ce n'est rien… soupira Elsa en laissant la plus jeune saisir sa main.

- Tu as mis de l'eau dessus ?

Elsa hocha la tête pour seule réponse.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Mak.

- Je ne suis pas capable de faire des pâtes… râla Elsa.

Mak plissa les yeux en souriant malgré tout. Il était si touchant pour elle de voir que, malgré toutes ces années et toutes les habitudes qu'elles avaient prises ensemble, son ancien professeur cherchait encore et toujours à la surprendre. Elle avait changé au fil des années, c'est vrai. Son visage était un peu plus marqué, quelques légères rides avaient pris place près de ses yeux. Mais Mak se plaisait à se dire que c'était parce qu'Elsa souriait beaucoup.

- Et si je te disais qu'on n'en a strictement rien à foutre des pâtes parce que j'ai une super nouvelle à t'annoncer ? sourit Mak, un peu mystérieuse en se pendant au cou de la blonde comme elle avait toujours aimé le faire.

- Quelle nouvelle ? demanda Elsa en relevant les yeux, piquée par la curiosité.

La jeune fille prit le temps d'un sourire, puis d'un regard amoureux, et déclara en un murmure :

- L'assistante sociale m'a appelée tout à l'heure, une petite fille nous attend.

Elsa eut un temps d'arrêt d'une seconde ou deux durant lesquelles son cœur se mit à battre un peu plus vite, très légèrement, mais perceptiblement tout de même alors qu'un sourire heureux étirait ses lèvres.

- C'est vrai ? Une petite fille ? demanda-t-elle comme pour être sûre.

Voilà deux ans déjà qu'elles avaient entamé la procédure d'adoption. On leur avait refusé d'emblée, sous prétexte qu'elles n'étaient pas mariées. Alors elles avaient finalement franchi ce cap. Le mariage, elles n'y avaient jamais pensé non plus. Et encore une fois la réponse avait pourtant été évidente : pourquoi pas ?

Sous condition cependant.

- Je ne veux pas de soirée interminable avec plein de monde, s'il te plaît, je ne le supporterai pas, avait supplié Mak, un soir où le sujet était venu sur la table lors d'une soirée au restaurant en compagnie d'Elsa.

Et la réponse d'Elsa n'avait pas tardé :

- Je m'en doutais un peu, avait-elle souri. Je ne l'ai dit qu'à Anna en fait, elle sera mon témoin. Tu choisis le tien et ainsi nous ne serons que quatre. Et si tu veux agrandir la liste, c'est toi qui décides, avait-elle expliqué, comme ça, après avoir fini un verre de vin.

Mak avait eu un temps d'arrêt entre deux bouchées de tarte au citron, puis avait finalement posé sa cuillère, avait pris appui sur ses coudes, et avait demandé :

- Je te l'ai déjà dit, mais tu sais que tu es mon humain préféré sur cette terre ?

- J'essaye, avait répondu Elsa en lui offrant un clin d'œil charmeur.

Et ainsi, elles s'étaient retrouvées un mois plus tard devant un maire. Anna avait pris place près d'Elsa, et Kuzco s'était fièrement tenu derrière Mak. Personne d'autre n'avait été invité. Elsa avait été surprise de voir que Mak n'en avait même pas parlé à sa mère.

- Tu es sûre que tu ne veux pas l'inviter ? lui avait-elle demandé un soir, dans leur chambre, juste avant qu'elles ne s'endorment. Même pas ton frère ?

Mak, les yeux déjà fermés, le corps entièrement allongé sur celui de la blonde et sa tête reposant sur sa poitrine, n'avait pas répondu tout de suite. Elle avait pris une seconde pour y réfléchir dans le silence de leur chambre, puis avait haussé les épaules et avait déclaré :

- Je ne vois pas pourquoi je ferai ça, ce n'est qu'un mariage.

Elsa avait froncé les sourcils à cette réponse, la main qui caressait les cheveux bleus s'était figée et Mak avait senti son corps se tendre légèrement en-dessous d'elle. La petite bleue avait alors immédiatement compris son erreur, avait levé une main pour la poser tendrement sur la poitrine de la plus âgée et avait continué :

- Pardon, chérie, je me suis mal exprimée, j'ai été maladroite. Ce que je veux dire, c'est que je t'aime depuis si longtemps maintenant que je pourrais bien t'épouser cent fois ou jamais, ça ne changerait rien aux sentiments que j'éprouve à ton égard. Je n'ai pas besoin d'un morceau de papier, et encore moins d'un anneau, pour savoir que j'aime être à toi.

Elsa avait esquissé un sourire tendre alors que sa main avait repris ses caresses. Elle avait même voulu lui dire à quel point elle l'aimait mais Mak l'avait devancée au moment où elle avait ouvert la bouche :

- J'ai fait quelques recherches dernièrement, avait-elle seulement déclaré, comme ça, toujours les yeux fermés.

- Ah oui ? Des recherches sur quoi ? avait demandé l'enseignante.

Ce genre de réflexe ne l'étonnait plus du tout venant de sa compagne. Parfois, une question souvent insignifiante et incongrue passait dans la tête de sa petite bleue, et il lui fallait seulement la réponse à cette question immédiatement. Le processus n'était pas toujours identique. Parfois, ça prenait seulement quelques minutes, durant lesquelles Mak épluchait rapidement un ou deux articles sur son téléphone pendant qu'Elsa regardait un film, assise sur le canapé tout près d'elle, Colonel couché à ses pieds.

D'autres fois, plus rarement cependant, il arrivait que le sujet passionne tant Mak qu'elle en arrive à se perdre dans sa soif d'apprendre intarissable. Dans ces moments-là, Elsa se montrait patiente en souriant, presque amusée, de voir que sa petite bleue avait lâché tout intérêt pour ce qu'elles étaient en train de faire.

Le plus souvent, Mak s'asseyait en tailleur sur le canapé alors que ses yeux devenaient frénétiques en lisant tout ce qu'ils pouvaient lire sur l'écran lumineux. Parfois elle partageait ses trouvailles avec Elsa, parfois non. Ça dépendait de son humeur généralement, ou de la qualité de la trouvaille.

Et quand la recherche était trop intéressante, Mak avait encore le nez sur son téléphone au moment d'aller se coucher. Dans ces cas-là, Elsa agissait et lui volait l'objet de malheur. Soit pour une séance intensive de chatouilles, soit pour lui faire l'amour, ça aussi, ça dépendait de son humeur, mais les deux fonctionnaient bien pour mettre le cerveau de Mak en pause.

- Des études démontrent qu'on tombe amoureux trois fois au cours de sa vie, avait repris Mak. Et trois fois d'un amour totalement différent.

- Comment ça ? avait demandé Elsa en baissant légèrement les yeux sur la tête bleue.

Mak s'était alors redressée sur un coude et avait expliqué :

- Le premier amour, qui vient souvent à l'adolescence, c'est l'amour idéalisé. Le coup de foudre immédiat, souvent douloureux après la désillusion.

- Le deuxième ? avait demandé la blonde, réellement intéressée par la question, n'ayant jamais entendu parlé de cette théorie.

- L'amour par nécessité… avait soupiré Mak. L'amour pansement en quelque sorte. Celui qu'on embrasse pour se souvenir du premier.

- Hm, avait fredonné Elsa, pensive en fixant le plafond de la chambre. Et le troisième ?

- L'amour inattendu, avait souri la plus jeune. Celui pour lequel on a supporté les deux premiers, celui pour lequel on est prêt.

Un long silence avait suivi cette déclaration. Rien de dérangeant, seulement un moyen pour Mak de mettre un peu d'ordre dans ses pensées trop souvent tumultueuses. Un moyen qu'Elsa comprenait, qu'Elsa lui offrait, sachant qu'elle en aurait toujours besoin.

- Je crois que tu as été ces trois amours pour moi, avait finalement soufflé la jeune fille.

Elsa avait eu un léger sourire en coin sans jamais quitter le plafond des yeux. Elle avait pensé quelques secondes à ce qu'elle venait de lui dire. Quelque part, elle comprenait. Mak avait raison, bien sûr. Elle avait été son amour d'adolescence, amour enfantin, destructeur. Puis elle avait été le deuxième, l'amour fantomatique, l'amour pour se souvenir ou alors pour oublier, mais dans les deux cas, on retourne toujours à la même case. Puis elle était revenue de manière inattendue et avait ainsi chamboulé ce qu'il restait d'elles. Elle avait bataillé, mais finalement Mak avait su se sentir prête pour elle, puis pour toutes les deux.

- Tant que je reste le dernier, tout me va, avait-elle finalement conclu avant d'embrasser le front de sa compagne.

Et c'est ainsi que tout s'était enchaîné jusqu'à aujourd'hui. Jusqu'à ce moment précis, où Elsa, assise sur l'îlot hors de prix de leur cuisine, apprenait qu'elle était attendue par une petite fille.

- Une petite fille, sourit amoureusement Mak. Elle s'appelle Riley, elle a 11 ans et nous avons rendez-vous dans vingt minutes, il serait dommage de la faire attendre pour des pâtes, tu ne crois pas ? demanda-t-elle, un peu canaille, un peu charmeuse, un peu tout ce qu'aimait Elsa.

- Ça serait en effet fâcheux, assura la blonde en retenant comme elle le pouvait quelques larmes menaçantes.

Chose qu'elle ne se refusait plus d'ailleurs, qu'elle embrassait même. Des larmes de joie, parfois de tristesse, ou parfois d'une émotion qu'elle ne définissait pas forcément mais qu'elle laissait couler malgré les éternelles barrières qu'elle s'était toujours imposées. Mak lui avait appris ça au fil des années, au fil des épreuves. Lui avait prouvé qu'elle l'aimait même sans armure, que pleurer ne voulait pas dire être vulnérable, et que même vulnérable, elle lui plairait encore.

Des larmes qui n'échappèrent pas à l'attention de la plus jeune d'ailleurs. Et en même temps, qu'est-ce qui échappait encore à la plus jeune ? Mise à part quelques regards de tendresse amoureuse qu'Elsa lui jetait quand elle avait le dos tourné.

Mak grimaça légèrement, pas assez pour la mettre mal à l'aise, suffisamment pour lui signifier qu'elle comprenait son émotion et déposa un long baiser sur sa joue. Un baiser de On a réussi, de Tout va bien se passer, de Tu vas être une super maman, de Je t'aime, évidemment.

Tellement de choses qu'elle n'avait même plus besoin de lui dire. Elles étaient le genre de couple que les mots encombraient plus qu'autre chose. Entre elles, ils n'étaient que rarement nécessaires, souvent oubliés, effacés, ou tout simplement d'une élégante discrétion, comme par crainte de les déranger. Et pourtant, là où Mak avait toujours renié l'existence des mots comme si elle avait toujours voulu s'en émanciper, presque s'en sevrer, voilà qu'il lui était tendre de les glisser à l'oreille d'Elsa. Par esprit de contradiction dirait sa jolie blonde, et elle aurait sans doute raison.

- On a réussi, sourit-elle en la serrant dans ses bras, cachant son visage dans la chevelure blonde. Tout va bien se passer. Tu vas être une super maman, assura-t-elle en souriant plus encore. Je t'aime… soupira-t-elle enfin comme si même après toutes ses années, elle continuait à l'avouer comme quelque chose qui comptait, qui faisait la différence, comme une formule magique, un sortilège peut-être.

- Je t'aime aussi… répondit Elsa en un simple murmure parce qu'elle n'avait jamais été obligée de le crier sur tous les toits pour qu'elle y croit.

Et puis de toute façon, un murmure, c'était bien tout ce dont elle était capable dans l'instant.

Mak la garda contre elle encore quelques secondes, comme si elle ne voulait pas brûler les étapes mais prendre son temps, encore un peu.

Enfin, elle déposa un baiser dans le cou de la blonde, sourit en la sentant frissonner, et mit fin à l'étreinte. Elle prit également le temps de l'observer. D'une caresse de son pouce, elle chassa la larme solitaire qui s'était invitée sur son visage et lui embrassa le front.

- On y va ? demanda-t-elle enfin.

Elsa parvint à reprendre contenance, puis hocha la tête et sauta de l'îlot. Rapidement, elle attrapa ses clés de voiture, posées là un peu plus tôt. Clés que Mak lui vola immédiatement.

- C'est moi qui conduis, sourit-elle avant d'entamer une marche légère vers la sortie alors qu'Elsa roulait des yeux en la suivant.

Devant la grande maison, une décapotable bleue flambant neuve brillait au soleil. Une décapotable dont Mak fut heureuse de prendre le volant.

Elle alluma le contact et le moteur résonna instantanément. Elle sourit en appuyant sur l'accélérateur, le faisant ronronner davantage.

- Je ne me lasserai jamais de conduire cette voiture… sourit-elle en serrant ses mains sur le volant alors qu'Elsa riait, amusée par son enthousiasme en posant par habitude une main sur sa cuisse.

La chambre était plongée dans le noir. Seule la lumière de la lune filtrait à travers les rideaux, se déliant en d'arabesques étranges sur le mur que pourtant personne ne voyait.

Tout portait à croire que la nuit était douce, et pourtant, un cri strident résonna dans la tranquillité de la maison.

Les deux jeunes femmes se réveillèrent en sursaut, les yeux à peine ouverts, l'esprit nébuleux alors que le gros chien au pied du lit se levait d'un bond.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda immédiatement Elsa.

- Pourquoi tu as crié ? demanda Mak en se frottant les yeux.

- Ce n'était pas moi, assura la blonde, alors qu'un nouveau cri emplissait l'espace.

Sans perdre une seconde de plus, elles se levèrent et se dirigèrent d'un pas rapide vers la chambre située deux portes plus loin, suivies de près par Colonel. Mak tendit une main et pressa l'interrupteur. La petite fille se débattait entre ses draps, des larmes mouillaient ses joues, ses poings étaient serrés, et elle semblait, une énième fois, en proie à ses démons.

Encore ces cauchemars… murmura Elsa avec douleur.

Mak grimaça et s'approcha doucement du lit. Elle s'y assit et posa une main sur le front de la petite fille. La gamine réagit instantanément et se redressa d'un coup en hurlant une dernière fois.

Elle ouvrit les yeux, revenant doucement du monde dans lequel elle se perdait chaque nuit et rencontra un regard inquiet face à elle. Puis elle sentit une présence derrière elle et une main froide, qu'elle avait appris à reconnaître, caresser ses long cheveux blonds.

Elle soupira enfin en reconnaissant les murs de sa chambre, la couleur de ses draps, le pas familier du chien sur le parquet.

- Ça va, chérie ? demanda Elsa en laissant courir cette main le long du dos de l'enfant.

- Oui, juste un cauchemar, je suis désolée de vous avoir réveillées, dit-elle rapidement en essuyant ses larmes.

- Ce n'est rien, ne t'excuse pas, assura Mak en sondant la petite fille du regard. Tu veux qu'on en parle ?

Riley haussa les épaules, peu convaincue, ne désirant finalement pas se souvenir, ayant seulement envie d'oublier, d'enfouir aussi loin que possible certains de ses tourments.

- Tu veux un verre d'eau ? demanda Elsa en replaçant une mèche rebelle derrière l'oreille de la petite fille.

- Non, ça va, merci, répondit-elle faiblement.

Elsa et Mak partagèrent un regard, entamèrent une discussion silencieuse que seuls les couples ayant pratiquement tout vécu ensemble pouvaient entretenir. Enfin, Mak hocha discrètement la tête, sourit tendrement et proposa :

- Tu veux dormir avec nous ?

Riley réfléchit une seconde, puis consentit à hocher la tête à son tour. Mak fut heureuse, rassurée même que la gosse voit en elle une forme de sécurité face à un cauchemar, et lui ouvrit les bras.

- Allez viens, super pirate, on embarque.

Riley ne se fit pas prier davantage et se pendit au cou de la femme aux cheveux bleus qui la souleva sans effort. Elsa sourit légèrement à cette vision, et Colonel sur les talons, elles traversèrent le couloir.

La petite Riley fut déposée sur le lit et par un réflexe bien vite adopté se glissa sous les couvertures. Ce n'était pas la première fois que l'enfant prenait place dans ce lit, à vrai dire. Un lit dans lequel ses démons ne pouvaient l'atteindre comme s'il était protégé par une barrière magique. Les cauchemars étaient récurrents, souvent trop nombreux… Et Riley n'en parlait pas, ne racontait jamais la douleur de quelques secrets.

Mak et Elsa ne s'en formalisaient, apprenaient seulement à comprendre ses silences, chose qu'elles avaient fait l'une pour l'autre, qu'elles faisaient maintenant pour l'enfant. Une enfant qui peu à peu trouvait ses marques dans cette maison qui s'efforçait de devenir la sienne. Si cette maison n'avait été au départ pour elle qu'un semblant de caravane défraichi, voila que par moment, elle se surprenait à la considérer comme un endroit où rentrer.

La gamine fixa le plafond une seconde pendant que les deux jeunes femmes reprenaient leur place.

- Mak ? appela-t-elle.

- Hm ? répondit la jeune femme en passant une main faiblarde sur son visage.

- J'ai battu un garçon au basket aujourd'hui à l'école, sourit-elle timidement.

- Ah oui ? Lequel ?

- Hiro.

- Ce n'est pas celui qui t'embête tout le temps, lui ? se souvint Elsa, se redressant sur un coude.

- Si c'est lui, il m'a défié de le battre à la récré, répondit l'enfant, un peu pensive.

- Je vais finir par avoir une discussion avec ce gosse, râla la blonde, s'attirant un haussement de sourcil amusé de la part de sa femme.

- Non, tu n'iras pas traumatiser un enfant, chérie, sourit Mak.

- Pas besoin, je l'ai battu, rappela Riley en croisant fièrement ses petits bras derrière sa tête.

- Tu as utilisé la technique que je t'ai apprise ? Tu as réussi ? sourit Mak.

- Ouais, il n'a rien vu venir, sourit la gosse. Tu veux que je te montre comment j'ai fait ? demanda-t-elle en s'agenouillant sur le lit.

- Maintenant ? demanda Mak en voyant que sa montre affichait 3h du matin.

- Bah oui, il y a une heure pour jouer au basket ? demanda Riley en ne voyant définitivement pas le problème.

Mak resta stupide une seconde, seulement la seconde qu'il lui suffit pour voir que cette demande de jeu n'était autre qu'un moyen pour repousser l'heure de dormir, retarder l'heure des cauchemars.

- Ok, répondit-elle enfin en se levant alors qu'un sourire illuminait le visage de sa fille qui courait déjà hors de la chambre, un Colonel surexcité trottant derrière elle.

- Ok ? s'étonna Elsa. Tu vas jouer au basket à 3h du mat ?

- Bah oui… Il y a une heure pour jouer au basket ? imita Mak en souriant malicieusement.

- Chérie, ce n'est pas raisonnable… soupira Elsa en se redressant péniblement.

- Elle n'a pas école demain, et tu sais comme moi que ce n'est pas dans nos habitudes d'être raisonnable. Sois fun un peu ! rit-elle en sortant de la chambre en trottinant.

- Je suis toujours fun ! cria Elsa en se levant rapidement du lit, attrapant au passage deux sweat à capuche.

Elle arriva sur la grande terrasse de la maison, et trouva sa femme et sa fille, en t-shirt naturellement, dehors un soir de mi-Mars, partageant déjà quelques passes rapides alors que Colonel ne se lassait pas de courir après le ballon.

- Tu mets un pull, je te prie, jeune fille, réclama-t-elle en tendant le vêtement à Riley qui obéit sans rechigner. Et toi aussi, ajouta-t-elle à l'attention de Mak et la jeune femme sut rien qu'au regard de sa compagne qu'elle n'aurait pas gain de cause à ce sujet.

Elsa claqua des doigts et Colonel, docile, vint s'asseoir à ses pieds.

- Bon, rapidement s'il vous plaît. Il a plu, la terrasse est mal éclairée, je ne veux pas passer ma nuit aux urgences, râla-t-elle en frissonnant.

- Tu veux qu'on lui mette des brassards au cas où elle se noierait dans une flaque d'eau aussi ? taquina Mak en montrant sa fille du doigt.

Elsa haussa un sourcil réprobateur, et ne prit même pas la peine de répondre.

- On fera attention, promit Riley en commençant la partie.

Elles jouèrent une bonne demi-heure, courant, dribblant, sautant par moment. Riley parvint à reproduire tout ce que Mak lui avait appris ces derniers jours, et même, sans effort, gagna finalement la partie.

- Je déclare forfait, s'exclama Mak, voutée, le souffle court, les mains sur les genoux.

- J'ai gagné ? demanda la gosse, les yeux remplis d'étoiles.

- Tu as gagné.

- Demain, j'ai rendez-vous au parc avec Hiro, et je gagnerai encore contre cet imbécile, déclara-t-elle, déterminée, mais tout de même en se frottant les yeux, ce qui n'échappa guère à Elsa.

- Oh oui, c'est certain, chérie. Raison de plus pour aller te coucher maintenant, dit-elle en soulevant la petite fille, littéralement épuisée dans ses bras.

- Je peux dormir dans ma chambre avec Colonel ?

- Ça va aller toute seule ? voulut tout de même s'assurer Elsa.

- Je ne suis pas seule, je suis avec Colonel, et Colonel mange les cauchemars, répondit sérieusement Riley.

- Ah oui, Colonel fait ça ? sourit Elsa en jetant un œil attendri à son chien, toujours assis à ses pieds.

- Tu m'avais caché ça, mon vieux, intervint Mak en ébouriffant les poils du chien qui lui, ne comprenait pas vraiment ce qui se passait, pensant que ces humains étaient tout de même étranges à jouer à la balle en pleine nuit.

D'un regard Mak et Elsa s'accordèrent.

- Bonne nuit, petit pirate, sourit la plus jeune alors que sa fille s'endormait presque déjà dans les bras de sa femme.

La blonde entama une marche lente vers la chambre de Riley qui s'était contenté de poser sa tête sur son épaule. Elle la coucha, la couvrit, retrouva le pingouin en peluche qu'elle lui tendit. Puis comme un rituel qu'elle prenait plaisir à entretenir, elle alluma la veilleuse de la chambre, embrassa son front, et lui souhaita une bonne nuit alors que Colonel prenait place au pied du lit.

Comme un automate, elle se dirigea ensuite vers sa chambre mais fut surprise de ne pas y trouver sa petite bleue. Elle fronça légèrement les sourcils jusqu'à ce qu'un son étouffé et répétitif ne parvienne à ses oreilles. Elle revint alors sur ses pas, et jeta un œil à travers la grande baie vitrée de la maison.

Elle sourit, attendrie, en voyant sa femme tenter désespéremment de faire atterrir son ballon dans la panier accroché au mur du garage. Un panier qui semblait ne vouloir recevoir aucune de ses tentatives. Même pas la tentative de trop.

- Ah ! grogna Mak quand après un saut, elle se réceptionna sur sa jambe gauche.

Elsa soupira silencieusement.

Quand vas-tu apprendre à être indulgente avec cette jambe… pensa-t-elle en plissant les yeux.

Elle n'intervint pas tout de suite, sachant sa compagne toujours aussi pudique à ce sujet, et la vit seulement boiter un peu plus que d'habitude. Enfin, après quelques secondes, elle se glissa dehors.

- Quand j'ai dit que je ne voulais pas passer ma nuit aux urgences, je pensais à Riley, tu sais ? Tu encaisses mal ta défaite ? demanda-t-elle, un peu malicieuse, sachant très bien que Mak ne supporterait pas qu'elle la prenne en pitié pour une jambe en vrac.

- Un peu, ouais, rit la plus jeune en se redressant. Comment elle va ?

- Elle dort, tout va bien. Et on devrait en faire autant, tu ne crois pas ?

- Je voulais marquer un dernier panier, mais je n'y arrive pas, rit amèrement Mak en jetant un œil mauvais sur cette jambe qui l'avait tant de fois trahie.

Elsa sourit, puis vint se placer lentement derrière sa femme. Mak ne comprit pas tout de suite, mais un peu fatiguée, et très amoureuse, se laissa faire sans résistance. Elsa plaça ses mains sur celles qui tenaient encore le ballon, puis se concentra sur le panier.

- Prête ? murmura-t-elle en déposant un baiser dans le creux de son cou.

- Pas si tu fais ça, sourit Mak alors qu'elle avait comme toujours senti un agréable frisson remonter le long de son dos.

Elsa sourit intérieurement en constatant qu'elle ne cesserait visiblement jamais de faire un certain effet à l'âme de sa compagne. Puis elles reprirent un certain sérieux, et elles lancèrent le ballon à quatre mains. Celui-ci se faufila directement dans le filet du panier avant de retomber au sol.

- On peut aller se coucher maintenant, jeune fille ? demanda Elsa sans bouger.

- Oui, on peut, sourit Mak, satisfaite, se retenant de traiter sa femme de crâneuse une énième fois.

Elsa s'autorisa un hochement de tête et se baissa avant de passer un bras sous les genoux de sa compagne. Sans aucun effort, elle la souleva du sol. Mak fut surprise une seconde, puis se pendit à son cou et demanda :

- J'ai droit à un traitement de faveur ?

- Il est important de préserver les grands sportifs, voyons, répondit Elsa en se dirigeant vers leur chambre.

Mak rit avant de déposer un baiser sur sa joue, se disant que sa femme était bien prête à n'importe quel mensonge, ne serait-ce que pour lui faire plaisir. Parce que tout de même, confondre une grande sportive avec une handicapée, Elsa n'était pas si stupide, seulement un peu charmeuse.

Six ans plus tard…

- Je suis rentrée ! entendit Mak, et comme toujours elle sursauta au claquement de la porte.

- Riley, cette porte a coûté une fortune à ta mère ! Si tu la casses, tu vas l'entendre, dit-elle sans relever les yeux du bouquin qu'elle dévorait depuis une heure environ, enfoncée dans son canapé, une cigarette entre les doigts, une tasse de thé fumant sur la table basse.

- Bah, si elle a coûté une blinde, c'est qu'elle est faite pour durer, non ? contra la jeune fille de 17 ans au tempérament de feu que Mak avait pour fille.

Lichtenstenner roula des yeux, en souriant malgré tout. Sa fille avait véritablement réponse à tout. Ce qui avait d'ailleurs le don d'exaspérer Elsa. Et une Elsa exaspérée avait pour le coup le don d'amuser Mak.

- Maman n'est pas là ? demanda la jeune blonde en entrant dans le salon, jetant sa veste en jean sur le canapé, retirant nonchalamment ses chaussures pour les laisser sur le parquet ciré.

- Non, une réunion de dernière minute.

- Outch… grimaça Riley en se laissant tomber près de Mak.

- Oui, nous savons à quel point ta mère aime les réunions imprévues avec ses collègues… soupira Mak, en se souvenant du ton de voix excédée de sa femme au téléphone un peu plus tôt dans la journée.

- Hm… répondit Riley, pensive, en se lovant contre sa mère.

Mak, sans même s'en rendre compte, passa une main légère dans les longs cheveux blonds de sa fille, lisant toujours.

Un silence d'une minute passa, peut-être deux, ou cinq. Mak, surprise de ne plus entendre la voix de cette petite blonde devenue bavarde avec le temps, fronça les sourcils et leva les yeux de son livre. Elle trouva sa fille le regard un peu lointain, tout à fait concentrée sur elle ne savait quoi, les yeux fixés sur sa tasse de thé.

- A quoi tu penses ? demanda-t-elle enfin.

- A pas grand-chose… répondit Riley sans pour autant sortir de son état de léthargie.

- Quelque chose te tracasse ? insista Mak.

Riley resta statique pendant une seconde puis finit par hausser les épaules.

- Tu veux m'en parler ?

Pour seule réponse, Riley répéta le même geste. Mak l'analysa une seconde et remarqua sa gêne, chose qui n'existait plus dans cette maison depuis bien longtemps.

- Eh petit pirate… souffla-t-elle en bousculant légèrement sa fille d'un coup d'épaule. Tu sais comment on marche avec ta mère maintenant, non ? On ne peut peut-être pas tout comprendre, mais en tout cas on peut tout entendre, rassura-t-elle sincèrement.

- Je sais, mais je ne veux pas que tu flippes pour rien… grimaça l'adolescente. Enfin… que Maman flippe pour rien… se corrigea-t-elle après une courte réflexion.

- Et si tu me disais de quoi il s'agit déjà ? demanda Mak, définitivement intriguée.

- Bah, c'est par rapport à Hiro…

- Ça ne va plus entre vous ?

- Ah si, si, ça va très bien. En fait ça va même trop bien… On aimerait… On aimerait avoir un peu de temps tous les deux, avoua-t-elle enfin sans jamais regarder sa mère dans les yeux.

- Vous n'en avez pas assez ? demanda Mak en croyant se souvenir que sa fille passait le plus clair de son temps avec Hiro depuis qu'elle avait cessé de le cogner à la récré pour l'embrasser derrière le lycée.

- Bah si, mais pas vraiment que tous les deux, répéta Riley. Enfin son frère est toujours chez lui, on n'est jamais tranquille quoi, rougit-elle un peu alors que Mak ne réagissait pas. Maman, ne m'oblige pas à le dire, percute s'il te plait… soupira-t-elle enfin.

- Ah ! comprit soudainement Mak en oubliant définitivement son livre qu'elle posa lentement sur la table basse en se redressant un peu, écrasant sa cigarette au passage, offrant toute son attention à sa fille.

Riley ne disait plus rien, se contentant de fixer la tasse de thé sur la table, définitivement très intéressante dans l'instant. Mak plissa les yeux en comprenant que si elle ne la poussait pas un peu, la gamine ne lui dirait plus rien. Et en même temps, elle pouvait la comprendre, cette nouvelle était inattendue. Enfin… Inattendue ? Pas tant que ça. Cela faisait maintenant presque 6 ans que Riley et Hiro se cherchaient. Ca avait commencé par une partie de basket à l'époque où ils n'avaient que 11 ans. Puis ça avait évolué. Lentement mais sûrement.

En réalité Elsa et Mak étaient plutôt restées en retrait de tout ce qui concernait Hiro, ne voulant s'immiscer dans la vie de leur fille. Elles se contentaient d'écouter les dires de Riley quand elle rentrait de l'école.

- Hiro a enfin admis que j'étais meilleure que lui au basket ! s'était-elle exclamée un jour, aux alentours de ses 13 ans, très heureuse et ses mamans n'avaient pas réellement compris pourquoi cela était une si grande victoire.

- Je peux aller au cinéma avec Hiro ? avait-elle demandé 1 an plus tard, lors d'un repas. Elsa s'était figée, son verre de vin en suspension et avait partagé un regard avec Mak, qui avait alors simplement haussé les épaules.

- Tu en es où avec Hiro ? avait demandé Elsa en posant délicatement son verre sur la table.

Riley avait manqué de s'étouffer avec sa purée au même titre que Mak qui avait lancé un regard lourd de sens à sa femme.

Toujours aussi délicate, mon amour… avait-elle pensé en se disant que certaines choses ne changeraient jamais.

- Bah c'est un pote quoi... avait répondu Riley sans s'éterniser sur le sujet.

- Hm, avait répondu Elsa peu convaincue, prends de l'argent dans mon porte-feuilles si tu veux, avait-elle finalement accepté.

- Pas besoin, c'est lui qui paye, avait souri la petite blonde en débarrassant son assiette.

Elsa s'était figée une deuxième fois en fronçant légèrement les sourcils. Mak, elle, avait retenu un sourire, voyant clairement ce qui menaçait de se passer entre sa fille et Hiro, et surtout en voyant la réaction de sa femme face à ça.

- Merci Maman, avait souri Riley, en embrassant la joue de sa mère toujours immobile Je monte, je suis crevée. Bonne nuit !

- Bonne nuit, chérie, avait souri Mak sans lâcher Elsa des yeux.

Un silence était passé dans la salle à manger durant lequel Mak pouvait entendre sa femme réfléchir de là où elle était. La femme aux cheveux bleus s'était offert une gorgée de vin en plissant les yeux puis avait soufflé :

- Décroche, bébé.

Elsa avait cligné des yeux, les avait posés sur le sourire amusé de sa femme, puis avait chuchoté :

- Il va lui payer un ciné !

- Hm, et alors ?

- Alors ce n'est pas du tout "un pote" comme elle dit, avait râlé Elsa en mimant des guillemets avec ses doigts.

- S'il l'est, il ne le restera pas très longtemps, c'est vrai… En tout cas, elle a l'air de l'apprécier sincèrement, avait approuvé Mak, tout à fait calmement.

- Et toi, ça ne t'inquiète pas ? avait demandé Elsa, excédée de devoir poser cette question, puisque visiblement Mak ne voyait absolument pas où elle voulait en venir.

- Pourquoi ça m'inquièterait ?

- On ne le connait même pas, ce gosse !

- Écoute, ça fait 3 ans que notre fille le fréquente, je pense que si c'était un tueur en série, on le saurait maintenant, avait souri Mak.

Elsa avait haussé un sourcil face à l'impertinence de sa femme et avait finalement ironisé :

- Oh bah oui, très bien, laissons ta fille fréquenter n'importe qui…

Mak avait alors haussé un sourcil à son tour, avait lentement posé sa fourchette sur le bord de son assiette, et s'était levée pour s'approcher de la blonde, toujours assise, et visiblement braquée. En silence, elle l'avait observée une seconde, la surplombant pour une fois.

- Quoi ? avait demandé Elsa après un moment.

- Ma fille ? avait répété Mak.

Pour seule réponse, Elsa s'était contentée de grogner et de croiser les bras en s'enfonçant dans le dossier de sa chaise. Mak avait roulé des yeux et avait finalement choisi de passer une jambe par dessus les cuisses de sa femme, s'asseyant ainsi à cheval entre elle et la table, lui faisant ainsi face.

- Elsa Lange, dois-je te rappeler que notre fille ne restera pas une enfant toute sa vie ?

- Elle n'a que 14 ans ! s'était exclamé la blonde, en haussant un peu le ton.

Mak avait posé un doigt sur ses lèvres ne désirant pas que Riley les entende.

- Oui, Chérie, exactement ! Elle a 14 ans, c'est de son âge, alors maintenant tu vas arrêter de t'inquiéter pour rien et lui faire un peu confiance, avait-elle déclaré, peut-être avec un peu plus de brutalité qu'elle ne l'aurait voulu.

- Il va se rapprocher d'elle.

- Oui.

- Ils vont finir par sortir ensemble.

- C'est probable, oui.

- Il va lui briser le cœur, avait enfin soufflé Elsa alors que ses épaules s'affaissaient.

- C'est certain… avait tristement souri Mak en attrapant doucement sa femme par la nuque, prenant le temps de déposer un baiser sur sa joue, espérant calmer la boule de nerfs qu'elle était devenue. On peut la préserver de nombreuses choses, mais pas de ça, avait-elle alors glissé à son oreille. Je sais que ça te coûte, avait-elle murmuré en embrassant sa nuque, mais il va falloir que tu la laisses se mettre en danger, avait-elle souri en sentant les mains d'Elsa se poser sur ses reins. Et puis ce n'est pour le moment qu'un ciné, avait-elle rappelé en mordant légèrement la peau blanche.

- Je sais ce que tu es en train de faire… avait soufflé la blonde alors qu'elle ne pouvait s'empêcher d'offrir son cou à cette jeune femme qui l'avait toujours fait flancher.

- Moi ? Je ne fais que tenter de te détendre…

- Arrête, tu vas m'avoir… avait soupiré Elsa en sentant les canines de la plus jeune non loin de sa jugulaire.

- Hm, raison de plus pour continuer alors, avait ri Mak si tendrement qu'Elsa n'avait pu lui résister une seconde de plus.

La blonde avait alors passé ses mains sous ses cuisses et s'était levée, la soulevant sans une once d'effort. Mak, heureuse, s'était laissé faire avec joie en lui volant un baiser.

Et c'est en repensant à tout ça que la femme aux cheveux bleus réalisa que cette pilule allait être difficile à avaler pour Elsa.

- Je suis contente que tu m'en parles, dit-elle enfin.

- Bah, à qui voulais-tu que j'en parle ? Maman va me tuer… soupira Riley en grimaçant, cachant son visage dans ses mains.

- Tu vas me laisser m'occuper de ta mère, assura Mak. Et je pourrais faire en sorte de vous laisser la maison pour un week-end.

Riley, surprise, se redressa, découvrit son visage et fixa Mak.

- Tu ferais ça ? Genre, vraiment ? Tu serais d'accord pour que Hiro et moi on passe un week-end seuls tous les deux ici ? demanda-t-elle comme pour être bien certaine qu'il n'y avait aucun quiproquo entre elle et sa mère.

- Oui, ma fille, je ne suis pas idiote, j'ai parfaitement compris ce que tu étais en train de me demander, sourit Mak, finalement amusée par cette discussion en se disant qu'elle aurait finalement dû s'en douter.

- Et tu es ok avec ça ?

- Écoute, Chérie, si vraiment Hiro doit être ta première fois, j'aime autant que ça se passe dans un endroit où je te sais en sécurité, dit-elle sérieusement.

Riley hocha la tête en se détendant un peu.

- J'ai cependant quelques conditions, reprit Mak.

- J'écoute… grimaça Riley, prête à tout entendre.

- Il est important que tu saches qu'il n'est pas en droit de te forcer à faire quoi que ce soit, et toi non plus d'ailleurs. Je veux qu'il te respecte, que tu le respectes, et que tu te respectes toi-même.

Riley hocha religieusement la tête de nouveau.

- On n'en a jamais parlé, j'imagine que je ne t'apprends rien, mais protégez-vous.

Riley réitéra le même geste.

- Vraiment, Riley, je ne plaisante pas, c'est important ce que je te dis.

- Oui, Maman, promis, de toute façon j'imagine qu'il va falloir que tu me prennes un rendez-vous chez le gynéco… soupira-t-elle et Mak fut heureuse de ce raisonnement. Je ne veux pas y aller seule…

- Tu n'y es pas obligée. Ta mère ou moi ?

Riley réfléchit à peine une seconde.

- Maman, choisit-elle enfin et Mak fut également heureuse de cette réponse, soulagée de voir que même si leur fille avait hésité à parler de tout ça à Elsa, elle ne l'excluait pas pour autant.

- Bien, je lui en parlerai.

- Il y a d'autres conditions ?

- Une dernière : Si tu as un problème, un doute, une appréhension à ce niveau là, je veux que tu nous en parles. Soit à moi, soit à ta mère. Je préfère répondre mille fois à une question idiote plutôt que tu ne fasses une connerie parce que tu n'aurais pas osé nous en parler, on est d'accord ?

- Oui, on est d'accord, assura Riley en acquiesçant vigoureusement avant de se pendre à son cou. Merci… souffla-t-elle, définitivement rassurée.

- De rien, ma fille, sourit Mak en lui rendant son étreinte.

Riley profita de ce geste jusqu'à ce que le vibreur de son téléphone retentisse.

- C'est Hiro ?

- Oui, il me propose de passer la soirée avec lui et son frère, expliqua Riley en lisant le message.

- Bien, vas-y si tu veux, ça me laissera le temps de parler à ta mère.

Riley voulut la remercier, lui dire qu'elle était probablement la meilleure maman qu'elle aurait pu avoir, mais le bruit de la porte d'entrée la fit taire.

- Ah, quand on parle du loup, sourit Mak en entendant un claquement de talon bien familier à son oreille.

Colonel, maintenant âgé, se leva avec peine seulement parce qu'il ne s'était jamais lassé d'accueillir cette grande blonde qu'il aimait tant.

- Oui, bonjour Monsieur, sors-toi de mes jambes, entendit Mak.

Elsa accrocha rapidement son manteau dans l'entrée et arriva dans le salon.

- Hey… sourit-elle en voyant sa femme et sa fille lovées l'une contre l'autre dans le canapé.

Oh mon amour, tu travailles trop… pensa Mak en remarquant de légères cernes sous ses yeux.

Evidemment, Elsa n'avait pas tenu très longtemps sans emploi. Comme prévu, elle avait repris un poste de professeur de philo, mais en fac. Elle jurait à présent que son travail n'avait jamais été aussi stimulant intellectuellement, mais elle payait le prix de la fatigue qui allait avec.

- Café ? demanda Mak.

- Canapé, soupira Elsa en se laissant tomber près de sa fille, passant un bras autour de ses épaules alors que sa main se perdait dans les cheveux bleus de sa femme et qu'elle étirait nonchalemment ses longues jambes.

- C'était comment ta réunion ? demanda Riley en posant sa tête sur son épaule.

- Une réunion d'incapables, grogna l'enseignante et cette remarque fit rire Mak.

- T'as qu'à retourner au lycée... déclara Riley, pensive en haussant les épaules.

- Tu es sûre que tu me veux en tant que prof, ma fille ? Je ne te suffis pas en tant que mère ? sourit Elsa.

- Bah ça serait jamais pire que le vieux con qu'on a cette année…

Elsa rit franchement en embrassant le front de la petite blonde.

- On commande des pizzas ce soir ? Je n'ai vraiment pas envie de cuisiner, grogna-t-elle.

- On commande des pizzas parce que je n'ai pas envie de cuisiner, chérie. Je te rappelle que tu ne cuisines jamais, rit Mak alors qu'Elsa roulait des yeux.

- Eh bien, bonne soirée, les mamans, moi il faut que j'y aille, déclara Riley en se levant du canapé.

- Bah, tu vas où ? demanda Elsa.

- Chez Hiro, on va tester un nouveau jeu, expliqua-t-elle en enfilant ses chaussures.

- Encore ? Mais tu rentres à quelle heure ? demanda l'enseignante alors que Mak la sentait légèrement se tendre.

- Je ne sais pas, je vais sûrement dormir là-bas.

- Tu veux que je te dépose ? demanda Elsa, définitivement contre l'idée de la laisser partir ce soir, sous les yeux attendris de sa femme.

- Non, non, j'ai mon vélo, profitez de votre soirée et ne vous inquiétez pas pour moi, je vous aime ! déclara rapidement la jeune fille avant de s'enfuir sous le sourire de Mak et le regard médusé d'Elsa.

Un silence suivit son absence. Un silence durant lequel Mak laissa le temps à Elsa de digérer cette dernière information.

- Ça va, chérie ? demanda-t-elle tout de même après quelques secondes.

- Ne vous inquiétez pas… imita Elsa avec une voix d'adolescente avant de soupirer.

- Elsaaaaa… soupira Mak.

- Quoi ? Notre fille n'a plus besoin de nous visiblement… Évidemment que je m'inquiète, grogna la blonde.

Mak soupira intérieurement, cette conversation s'avérait plus compliquée que ce qu'elle pensait. Elsa ne semblait pas de très bonne humeur, et elle savait mieux que personne à quel point sa femme pouvait être une vraie tête de mûle.

- Mais si, voyons, elle grandit c'est tout.

- Oui, bah, elle grandit trop vite à mon goût… soupira Elsa en s'allongeant, posant sa tête sur les cuisses de sa femme.

Mak sourit en passant une main dans ses cheveux, inspira profondément, puis se lança :

- Alors justement, à ce propos, il faut que je te parle de certaines choses.

- De quoi ? demanda Elsa en s'allongeant sur le dos, croisant le regard fuyant de Mak.

- Ça ne va pas te plaire, grimaça la plus jeune.

- Quoi ? Dis-moi, tu m'inquiètes.

Riley voudrait qu'on lui laisse la maison pour un week-end… Même si je suis pour, je n'ai rien promis, j'ai seulement dit que je t'en parlerais.

- Si elle veut faire une soirée avec ses amis, je n'y vois pas d'inconvénients tant qu'ils nous rendent la maison comme ils l'ont trouvée, répondit Elsa en haussant les épaules.

- Alors… En fait, ça ne serait pas pour une soirée entre amis…

Elsa fronça les sourcils en reportant son attention sur sa femme.

- De quoi s'agit-il, dans ce cas ?

- D'une soirée tranquille avec Hiro, lâcha Mak en sentant le poids de cette déclaration tomber sur ses épaules.

- Une soirée tranquille avec Hiro ? demanda Elsa alors que déjà, un brin d'amertume perçait sa voix. Est-ce que je comprends bien ce que je suis censée comprendre ?

Sans attendre de réponse, la blonde se redressa, se leva et fit face à sa femme avant de poser ses mains sur ses hanches.

Mak ne répondit pas immédiatement, analysant son visage, y trouvant un inquiétude palpable, une colère de défense, une incompréhension totale.

- Et tu me dis que tu es ok avec ça ? demanda encore la blonde sans vraiment lui laisser le temps de répondre.

- Elsa, ne t'énerve pas, je n'ai rien décidé, je veux qu'on en parle, tenta de calmer Mak.

- Qu'on parle de quoi ? De la vie sexuelle de ta fille alors qu'elle n'est encore qu'une gamine ? s'exclama la blonde en haussant déjà le ton.

- Elsa Lange, ça suffit, ne t'engage même pas sur ce terrain-là avec moi ! cria Mak en se levant du canapé, prenant sa femme au dépourvu.

- Mais tu…

- Tais-toi !

- Mais…

- Assieds-toi ! ordonna Mak en montrant le canapé du lit.

Elsa, étrangement prise de cours, obéit face à l'air excédé de sa petite bleue.

- Notre fille, parce que nous parlons bien de notre fille, Elsa, je te rappelle que je n'ai pas signé les papiers d'adoption toute seule, ne savait pas comment t'en parler, reprit Mak bien plus calmement. Et oui, je suis pour que ça te plaise ou non. Parce que je préfère qu'elle fasse ça avec quelqu'un qu'elle a choisi, dans sa chambre plutôt que n'importe où, avec n'importe qui.

Elsa encaissa ses dires, Mak vit clairement sa colère, puis la blonde soupira :

- J'entends ce que tu dis… Mais merde, elle n'a que 17 ans… rappela-t-elle en se massant les tempes.

Les épaules de Mak s'affaissèrent alors qu'elle relâchait une certaine pression, heureuse malgré sa réaction que sa femme soit à présent au courant de tout ça. La plus jeune vint s'asseoir près de la blonde, retrouvant définitivement son calme. Doucement, elle prit sa main dans la sienne et répondit :

- Rappelle-moi quel âge j'avais pour ma première fois.

- Ce n'est pas la même chose, répondit immédiatement Elsa.

- Pourquoi ? Parce que c'était avec toi ? C'est de la mauvaise foi ça, mon coeur…

Elsa soupira pour toute réponse. Oui, Mak avait raison, elle était de mauvaise foi.

- Je sais que mon discours ne te plait pas, mais il reste le même… reprit Mak calmement. Je sais que tu t'inquiètes, que tu voudrais la préserver de tout. Mais tu as eu le temps de faire tes expériences, j'ai eu le temps de faire les miennes et je ne te remercierai jamais assez d'avoir été une partenaire merveilleuse pour moi… sourit-elle tendrement pour elle-même. Je sais que je t'en demande beaucoup, mais il faut que tu laisses notre fille vivre ses propres expériences, sourit-elle en la suppliant des yeux.

- Tu as confiance en Hiro ? demanda Elsa, fébrile, en resserrant sa prise sur la main de sa femme.

- J'ai confiance en Riley. Riley qui d'elle-même est venue nous parler de tout ça, rappella-t-elle avec émotion.

- Te parler… rectifia Elsa avec amertume.

- Mon amour, il serait temps que tu me crois depuis le temps que je te dis que tu peux être terrifiante… Riley craignait de t'en parler, c'est vrai, mais ça ne veut pas dire qu'elle n'a pas besoin de toi.

- Ah oui ? répondit Elsa, très peu convaincue.

- Elle veut que tu l'accompagnes à son premier rendez-vous chez un gynéco.

- Oh… s'exclama Elsa, surprise mais véritablement touchée par cette déclaration. C'est vrai ?

- Oui, Monsieur Stark, c'est vrai. Alors fais-moi le plaisir d'apprendre à faire confiance à ta fille, répéta Mak en la bousculant un peu.

- Bien, j'essaierai, consentit enfin l'enseignante.

- Et ça te fera une belle occasion de m'emmener en week-end, sourit Mak un peu canaille.

- Ah bon ? Et où voudrais-tu aller ?

- Je me suis dit qu'on aurait pu retourner à Annecy, proposa Mak en haussant les épaules.

Elsa sourit à cette réponse, définitivement attendrie par celle-ci, ses craintes presque envolées.

- Nostalgique, mon coeur ?

- Peut-être, admit la jeune femme.

Elsa sourit face à la rougeur de ses joues, heureuse de voir que même après toutes ces années, elle continuait à la faire rougir.

Merci à tous !