Titre : Jusqu'à la lie

Résumé : Loki a aidé à la construction de Poudlard, il y a des siècles. On peut même dire qu'il en a été l'un des principaux instigateurs. Des années plus tard, il rencontre le nouveau directeur des Serpentards, un homme froid nommé Severus Snape. Ils ont bien plus en commun qu'aucun des deux ne peut l'imaginer. Ils sont notamment tous les deux déterminés à rester seul. Parfois, il y a des rencontres qui sont inarrêtables. « Nous savons tous deux que notre temps est limité, votre Majesté. Nous avons simplement décidé ensemble d'en profiter jusqu'à la lie. »

Disclaimer : Tout appartient à JKRowling, notre grande prêtresse à tous, à Warner Bros, ou à Marvel. En bref, je ne possède pas du tout les personnages et les univers sur lesquels j'écris.

Image de couverture : Loki, Architect of Ragnarok by apfelgriebs, sur deviantart

Note de l'auteur : ceci est un cross-over HP/Marvel. Cet univers suit globalement l'arc narratif d'Harry Potter (si on se plaçait du pdv d'Harry, ce qui n'est pas le cas) sauf pour la fin. Je ne suis pas une spécialiste de Marvel, mais Loki n'a pas les mêmes idéaux que ceux canons, car il n'a pas eu la même enfance (elle est explicitée dans l'OS). On peut donc dire qu'il est OOC, même s'il reste le même globalement niveau caractère.


Loki avait insulté son père pendant des jours, incapable d'accepter qu'Odin les avait envoyés, lui et son frère, en formation sur le royaume le plus pitoyable des neuf. Thor avait bien essayé de lui faire recouvrer le sourire, mais tout ce que ses lèvres réussissaient à former c'était un pitoyable rictus empreint de folie.

Ils avaient marché pendant des années, sans rencontrer autre chose que des animaux si peu évolués qu'ils ne possédaient même pas leur propre langage. Loki avait fini par perdre espoir, il n'y avait rien d'intéressant sur ce caillou, son père avait tort, les humains n'avaient même pas colonisé toute leur planète, et ils avaient dû tomber sur une terre inhabitée.

… … … … …

Après avoir traversé un océan, ils étaient enfin tombés sur ces fameux humains. Leurs villes étaient sales, et leur espèce semblait se complaire à vivre dans la fange. Loki avait été dégoûté.

La famine était répandue dans les campagnes qu'ils visitaient : la récolte avait été très mauvaise et la population n'avait plus rien a manger après l'impôt du roi prélevé. Les enfants morts sur les bords des routes étaient légion.

L'espèce humaine était la honte des Royaumes, Loki ne comprenait pas qu'aucun immortel n'ait décidé de faire régner sa loi sur la planète. Un rêve fou le traversa, un rêve d'adolescent idéaliste et naïf : si personne ne le faisait dans les siècles à venir, il s'en occuperait lui-même. Il serait le Dieu qui leur aura permis d'évoluer et de se mettre au même niveau que les populations des autres Royaumes.

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Leur rencontre avec Merlin, Helga Poufsouffle et Rowena Serdaigle fut déterminante. Loki avait été stupéfié que les humains soient capables de magie. A leur contact, il avait appris beaucoup sur les magies terrestres. Il avait rencontré des vampires, des sirènes, des centaures et des loup-garoux. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas été émerveillé ainsi, pas depuis sa petite enfance et l'enseignement de sa mère, Frigga.

En quelques années, ils avaient construit ensemble un château où l'on enseignait la magie aux nouvelles générations. Loki et Thor aimaient transmettre leur savoir aux enfants, les humains apprenaient tellement vite… Loki enseignait les potions, qu'il tenait de Merlin. Thor, de son côté, instruisait le maniement des armes aux volontaires, qui étaient nombreux.

L'Ase n'avait jamais envisagé avant Poudlard que les humains puissent lui apprendre quelque chose. Ils étaient si rustres ! Mais les magiciens humains lui avaient fait réviser sa vision de l'espèce. Ils n'étaient encore que des enfants dans le maniement de leur pouvoir, et pourtant ils rivalisaient de créativité et d'imagination. Loki avait trouvé une sœur à l'écoute en Rowena, et un mentor en Merlin. La Serdaigle avait un don avec la magie qu'il n'avait rencontré nulle part ailleurs. Elle comprenait profondément l'essence même de son pouvoir, et tordait avec une facilité étonnante la réalité pour obtenir ce qu'elle voulait. Merlin avait sondé sa magie jusque dans ses tréfonds, il la connaissait par cœur et pouvait ne faire qu'un avec elle.

Après des siècles passés sur Asgard loin de ses semblables, Loki se complaisait à découvrir la vie en communauté magique. Et si cela devait se faire sur le royaume le plus méprisé d'Yggdrasil, il était prêt à faire ce sacrifice à sa dignité. Lui-même ne portait pas les humains en haute estime avant ces rencontres, mais il était maintenant convaincu d'avoir découvert un des joyaux magiques de l'arbre monde. Il avait trouvé une seconde famille sur Midgard, une qui le comprenait et l'estimait pour ses capacités. Une qui l'aimait. Et ça n'avait pas de prix à ses yeux.

La vie au château était paisible et Loki, contrairement à son frère, était parfaitement heureux. Plus qu'il ne l'avait été depuis longtemps. Thor, de son côté, s'ennuyait. Il était constamment entouré de magie qu'il ne savait manier, et personne de sa puissance ne pouvait le défier aux armes. Mais pour son frère, son bonheur, et le sourire sur ses lèvres qui avait disparu depuis des siècles, il acceptait de rester.

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Il avait aimé être Salazar Serpentard. Loki, contrairement à son frère, ne souhaitait pas fermer la porte de sa vie en tant que professeur à Poudlard. Thor, Godric Gryffondor, était ravi que leur père les rappelle enfin à lui, et juge leur séjour sur Midgard terminé. De son côté, Loki regardait sa salle secrète avec nostalgie : il n'avait vraiment pas envie de partir et d'abandonner les seuls amis qu'il s'était fait, Helga et Rowena étaient adorables.

En lui brûlait une flamme qui ne s'était jamais allumée avant aussi vivement : celle de la colère. Son père le retirait de l'endroit qui le rendait heureux, il l'arrachait à un monde qui l'avait accepté pour ce qu'il était. Les humains étaient pour la plupart indignes de son attention, mais les magiciens le considéraient comme l'un des leurs. Il avait découvert le sentiment d'être accepté, et ne voulait pas rentrer dans l'or glacé d'Asgard et retrouver les sourires froids et les murmures médisants. Midgard était devenu sa maison, et les sorciers ses frères.

Malheureusement, on ne disait pas non à Odin. Avec un soupir résigné, il scella la porte de la Chambre des Secrets, enfermant par la même l'un des enfants de Jörmungand pour protéger le château. Il se fit la promesse de visiter une fois par an le directeur de sa maison, pour s'assurer que ses petits serpents allaient bien.

Rowena allait lui manquer. Leur fils allait lui manquer.

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Loki trouvait amusant de voir que, même sans qu'il ne fasse d'actes répréhensibles, on ne retenait de lui, où qu'il aille, qu'une image de monstre ténébreux et maléfique. Midgard ne faisait pas exception, et mis à part les membres de sa maison, il était fermement détesté par le reste de la communauté sorcière.

Sa légende, transformée par les siècles, le faisait apparaître comme le premier sorcier noir, un disciple de Merlin aillant mal tourné par jalousie envers l'un de ses condisciples, Gryffondor. C'était cocasse quand on y songeait : il était toujours le méchant de l'histoire et Thor le gentil. Cela ne le dérangeait plus. Son enfance, durant laquelle il voulait être un Prince rayonnant de lumière et de force, était finie. Aujourd'hui, il s'assumait comme il était. Tout du moins il essayait. Et il enfermait, chaque jour un peu plus, un relent de colère, de jalousie et de frustration au fond de son cœur.


Slughorn était ennuyant. Au bout de près de dix siècles à venir visiter chaque directeur de Serpentard, il était sa première déception. La nomination au poste de directeur pour sa maison était spéciale : il avait veillé à ce que n'importe qui ne puisse pas lui succéder. Le choipeaux choisissait, en regardant dans la tête de chaque enseignant, qui serait le plus apte à prendre la tête de sa maison. Suite à la nomination d'un nouveau dirigeant, il recevait un message et allait rencontrer et faire prêter serment son nouveau successeur. Il s'agissait la plupart du temps du Professeur de Potions de l'époque.

L'homme bedonnant avait poussé un cri fort peu viril à son apparition et s'était caché derrière un imposant fauteuil. C'était… décevant. Quel était le niveau de Poudlard si l'homme le plus apte à prendre en charge sa maison ressemblait à ça ?! Il ne se préoccupait plus des affaires des humains depuis des siècles, et avait cessé toute interaction avec un autre représentant que le directeur des Serpentard de chaque époque depuis la mort de Rowena, à 126 ans.

Peut-être devrait il rendre réel son rêve d'adolescent et prendre le contrôle de ce Royaume. Odin ! Ils en étaient toujours à s'éclairer à la bougie d'après ce qu'il pouvait voir de ces appartements. Et lui qui avait été convaincu que les magiciens humains seraient le futur de la magie ! Rowena devait se ronger les sangs en observant depuis le Valhalla ce qu'était devenue sa civilisation ! Ils avaient oublié ce qui faisait leur grandeur : leur évolutivité constante. Toujours en train d'inventer, de tester, de créer. Et maintenant, il ne restait qu'un vieux et gras sorcier qui se terrait derrière son fauteuil. Désolant !

… … … … …

Lorsqu'il avait reçu une lettre de Poudlard annonçant le changement de direction de Serpentard, Loki avait espéré que le nouveau directeur de sa maison serait à la hauteur. Le précédent lui donnait un peu plus envie de prendre le contrôle de ce monde à chaque rencontre.

Snape lui avait laissé une impression étrange. Il n'avait pas rencontré d'humain aussi froid depuis des années, depuis Harold Rutterford en réalité. Directeur des Serpentards de 1402 à 1456.

Snape l'avait accueilli dans un salon austère comme s'il était parfaitement normal de recevoir à plus de 22h un inconnu. Aucun sentiment n'avait filtré de son visage fermé. Malgré lui, Loki s'était senti impressionné, cela faisait longtemps qu'un humain lui avait fait ressentir cette émotion.

Ils avaient vidé un verre de whisky chacun dans le silence le plus complet. Loki était reparti silencieusement, laissant sur la table basse une lettre de recommandations et d'informations réservées exclusivement aux Serpents.

La prochaine fois, il essayerait le casque avec les cornes. Il ferait peut-être plus d'effet à Snape. C'était presque insultant qu'un mortel puisse le fixer d'un regard aussi pénétrant pendant de longues minutes.

Non.

C'était rafraîchissant.

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Le casque n'avait pas fait beaucoup d'effet. Snape s'était contenté de lever un sourcil face à son allure, exprimant parfaitement sa pensée sur l'accoutrement du dieu. Il est vrai que les humains ne se promenaient plus en armure depuis des lustres.

Loki aurait pu être vexé, si ça n'avait été le verre de whisky qui l'attendait sur la table basse, en face du même fauteuil qu'il avait occupé l'année précédente.

Il était attendu.

Il ne savait pas vraiment si c'était l'attention ou le verre, mais il garda une boule de chaleur dans le ventre toute au long de la soirée qu'ils passèrent à fixer le feu en silence. Sa langue d'argent se taisait pour la première fois depuis bien longtemps.

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L'année suivante fut quasiment identique, à l'exception de sa tenue : il avait abandonné le casque.

… … … … …

Comme à son habitude, il était apparu dans les quartiers du Directeur des Serpentards, pour sa visite annuelle. Loki n'allait pas jusqu'à dire qu'il se languissait de la présence de Snape, mais il était vrai qu'il attendait avec impatience sa prochaine visite. Ainsi, il avait avancé de quelques jours leur tête à tête. Si avec ça il pouvait réussir à surprendre Snape, ce serait parfait.

31 octobre. Loki ne savait pas que la date avait une importance particulière pour Snape. L'air empestait l'alcool de mauvaise qualité. Roulé dans un coin, à même le sol, l'homme tout de noir vêtu marmonnait des propos sans queue ni tête, une bouteille à portée de main.

Thor l'avait habitué aux banquets remplis à craquer d'hommes plus soûls les uns que les autres, mais il n'aurait jamais cru voir Snape dans cet état-là. Vautré sur le sol de pierre, les yeux clos par les larmes versées et la bouche tremblotante, il ressemblait à un gamin abandonné. Son visage endormi avait perdu des années, et il paraissait enfin son âge. A cette vision, l'Ase ressentit une bouffée de compassion, suivit d'une envie féroce de protéger son représentant auprès de ses Serpents. C'était nouveau...mais pas désagréable. Il pourrait sans doute s'y faire.

Sans un bruit, Loki le prit dans ses bras et le porta jusqu'à ce qu'il savait être la chambre. Il n'y était pas rentré depuis que Snape était devenu le nouveau propriétaire des lieux, et la pièce était aussi triste et terne que le laissait présager le salon. Seule la fenêtre parfaitement transparente donnant une vue sur les profondeurs du lac donnait un peu de cachet à la pièce.

Il borda l'enfant-adulte dans son lit au couleur de sa maison et s'assit avec précaution sur le bord du lit. Une image mouvante attira son regard, et il quitta un instant Snape des yeux pour s'intéresser à la photographie posée sur la table de nuit. La jeune fille lui faisait signe, un sourire éclatant sur les lèvres, ses magnifiques yeux verts pétillants de joie. Elle portait une légère robe blanche, ses longs cheveux roux voltigeant autour d'elle, comme portée par une vie propre. Elle était très belle.

Il reposa avec précaution le cadre à sa place exacte et reporta son attention sur le jeune homme couché près de lui. Celui-ci s'agita, de la sueur perlant sur son front pâle, ses lèvres se tordant d'une douleur dont il ne pouvait voir l'origine et appelant encore et encore Lily. Doucement, il posa sa main sur son front et, grâce à sa magie, lui permis de rejoindre un sommeil sans rêve ni cauchemar. Sans bouger d'un cil, il disparut et réapparu sur son propre lit à Asgard.

La visite ne s'était vraiment pas déroulée comme prévu.

… … … … …

Thor ne comprenait pas qu'il continue de s'investir dans Poudlard.

« C'était il y a près de mille ans, mon frère. Il serait peut-être temps de passer à autre chose. Pourquoi ne viendrais-tu pas t'entraîner au combat avec moi plutôt ? »

Et puis il y avait les regards des Asgardiens. Pleins de mépris pour sa magie et sa faible force physique.

Pourquoi ne comprenait-on pas que Poudlard était une lumière dans ses souvenirs, un des rares moments de sa vie où il avait été heureux, entouré d'amis, de compagnons de route qui le comprenaient et le respectaient.

Et puis, maintenant, il y avait Snape.

L'air fragile et perdu de son Directeur ne le quittait pas. Il ne se reconnaissait plus.

… … … … …

Cette fois, il était venu exprès le 31, prêt à ramasser à la petite cuillère son hôte. Le feu craquait fortement dans la cheminée, la pièce était parfaitement rangée, un verre de whisky l'attendait sur la table basse. L'appartement était vide.

Il s'installa sur son fauteuil et bu à petite lampée le verre qui lui était réservé. Le visage inexpressif, il attendit, immobile. L'aube pointa. Il disparut sans un bruit.

Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi rejeté.

… … … … …

Il ne vint pas durant trois ans. Trois ans qui filèrent à la vitesse de la lumière pour lui, si bien qu'il fut étonné de l'interrogation de sa mère, lorsqu'elle lui demanda comment évoluait son école. Il quitta la table, désemparé par cette sensation de manque qui l'avait soudain étreinte. Il n'avait jamais manqué un seul rendez-vous annuel avant.

On était le 2 juillet. Snape sembla surpris de le voir, il n'en retira aucune satisfaction. L'homme avait vieilli, quelques rides étaient apparues aux coins de ses yeux et de ses lèvres. Mais toujours, cette force incroyable brillait dans son regard sombre.

Bientôt, un verre dans sa main droite, assis dans son fauteuil, les yeux fixés dans le feu rougeoyant, Loki rassembla ses esprits. Snape ne l'avait pas quitté des yeux.

Il fit tournoyer le whisky dans son verre, observant la teinte dorée qu'il prenait à la lumière du feu. Il en avala une gorgée, se retenant de soupirer d'aise à la sensation de chaleur tourbillonnant le long de sa gorge. Snape avait toujours eu beaucoup de goût pour ses boissons.

« Les protections des dortoirs Serpentards se sont affaiblies durant votre absence. »

C'était la chose à ne pas dire. Il s'enfonça plus profondément dans son fauteuil, en silence, ruminant contre les entretiens annuels qu'il avait manqués. Rowena aurait été furieuse qu'il néglige ainsi l'école. Il lui avait promis de toujours en prendre soin, et elle était l'une des rares, à l'époque, qui avait compris à quel point ce serment était conséquent : il était un Dieu et, pour lui, la notion de toujours s'étendait bien plus loin que celle des mortels. Sans bouger, il déversa par fins filets sa magie dans les runes qu'il avait tracées bien des siècles plus tôt, pour assurer protection et indépendance à ses élèves.

A sa grande surprise, Snape ferma les yeux et se détendit pendant son acte de haute magie. S'il n'avait pas été aussi maître de ses émotions, il aurait poussé un gémissement de contentement. L'Ase le fixa, figé. Peu d'humains étaient capables de ressentir les magies Asgardiennes, tellement elles différaient des leurs. Le directeur de sa Maison devait être particulièrement perceptif pour la ressentir aussi intimement. Mais plus que tout, ce fut le désir violent, qui le parcouru à la vue du corps relâché de son vis-à-vis, qui le fit se lever brusquement et disparaître. Il rata ainsi la vue particulièrement troublante d'un Snape rougissant face à ce moment hors du temps.

Arrivé à Asgard, il se rua dans sa salle de bain personnelle, et ouvrit le robinet d'eau froide avant de s'allonger dans la baignoire en forme de goutte. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas touché avec autant de satisfaction. Le visage de Snape dansait derrière ses paupières et il vint en gémissant son nom, le souffle court et les joues teintées d'écarlate. Par Odin, ce mortel était dangereux.

… … … … …

Ne voulant montrer aucune précipitation, il attendit une année complète avant de retourner sur Midgard. L'humain ne devait se douter de rien, il n'allait pas se ridiculiser devant lui comme un enfant pris en flagrant délit d'attachement.

L'aube estivale se profilait à l'horizon lorsqu'il apparut dans un couloir désert de Poudlard. L'air frais de ce début d'été lui fit un bien fou, étouffé qu'il était par les fêtes bruyantes et chaleureuses qu'organisait Thor constamment. Il aimait son frère, mais celui-ci ne comprenait pas son désir de solitude et s'échinait à le caser chaque nuit avec une Ase différente. Il l'avait même présenté à certains soldats, pour plus si affinité, c'est dire s'il était désespéré. Mais même sa dernière idée n'avait pas fonctionné, il ne voyait qu'un visage la nuit. Celui d'un humain pâle, aux cheveux noirs et mi-long et au nez épouvantablement crochu. Snape soit maudit !

Pour la première fois, il toqua à la porte et attendit qu'on lui propose d'entrer. Juste apparaître dans le salon ne lui avait pas semblé...correct. La voix grave retentit de l'autre côté de la cloison, l'invitant à franchir le seuil.

Snape était assis à son bureau, la tête tordue pour rester concentré sur son paquet de copies qu'il raturait d'un rouge furieux. Il le salua laconiquement d'un grommellement, détournant les yeux dès que leurs regards se croisèrent, se replongeant dans sa lecture scolaire.

Loki haussa les sourcils devant l'impolitesse peu commune de son hôte, et s'attribua lui-même un siège confortable. Il croisa les jambes d'un mouvement presque lascif, se retenant de sourire lorsque son vis-à-vis suivi brièvement le déplacement de ses longues jambes, avant de se détourner rapidement. Oh ! Il n'était pas seul dans cette affaire apparemment...

L'Ase renifla moqueusement avant de débuter l'échange, on ne l'ignorait pas !

« Je ne me souvenais pas que vous demandiez des devoirs pour l'été… Vos pauvres apprentis n'ont jamais de répit ! A moins que cela ne soit que l'occupation nécessaire pour m'ignorer qu'il vous manquait ? »

Le professeur marqua une pause dans sa correction, puis rabaissa sa plume pour terminer sa phrase. Il rangea ensuite son nécessaire à écrire, tassa le petit paquet de parchemin pour le faire rentrer dans un tiroir qu'il ferma consciencieusement à clef. Il se leva vivement, ses moindres gestes étant suivis et analysés par son interlocuteur, avant d'ouvrir la porte menant à ses appartements personnels.

« Puisque monsieur est incapable de patienter en silence, pourrait-il me faire l'honneur de passer dans le salon ? Je doute que mon bureau d'humble professeur soit recommandé pour ce type de conversation. »

Loki afficha un rictus satisfait avant de passer la porte, frôlant le directeur de sa maison consciencieusement, et se délectant de son frissonnement.

« Je suis certain qu'on aurait pu découvrir une nouvelle utilisation à ton bureau, mais tant pis, ce n'est que partie remise ! » rétorqua-t-il avec un sourire canaille, sa voix rauque faisant vibrer les mots.

L'homme en robe sombre plissa les yeux, déboucha une bouteille de Whisky et en servit un verre plein qu'il tendit à l'Ase.

« Tenez, cela vous permettra peut-être de voir que dans la réalité, tout le monde n'a pas comme unique obsession de coucher avec vous. Bien que je n'aie pas trop d'espoir, vous semblez être une cause perdue »

Loki s'affala nonchalamment dans son fauteuil de cuir favori avant d'avaler cul sec la boisson. Il lâcha un petit ricanement devant les yeux exorbités de Snape, avant de lui faire un clin d'œil.

« Je pressens que cela ne fonctionnera effectivement pas. »

Le mortel le rejoignit au coin du feu, et bientôt, ils fixèrent les flammes en silence. C'était calme et reposant, tout le contraire d'Asgard. Peut-être que sa place était là, sur Midgard, en compagnie des sorciers, plutôt que dans le palais de son père.

« Et si vous me racontiez ce que devient le grand Salazar Serpentard, après tous ces siècles ? »

Le prince sursauta légèrement en sortant brusquement de ses rêveries, avant de tourner la tête pour observer, amusé, les yeux noirs curieux qui le dévisageaient sans se cacher.

« Je crains que cela prenne un peu plus de temps qu'une soirée. »

Une ébauche de sourire se dessina sur les fines lèvres du professeur de potion.

« Nous avons devant nous le nombre de nuits nécessaire pour que je connaisse le moindre de vos petits secrets. A moins que quelque-chose ne vous retienne ailleurs ? »

Loki replongea son regard dans le feu, pensif, et un peu triste.

« Non, rien qui ne vaille la peine »


Deux années s'écoulèrent tranquillement, entre blagues salaces, confidences, et silences apaisants. De l'extérieur, rien n'avait changé. Loki continuait de rattraper les idioties de son frère et Snape celles de ses élèves. Les deux hommes se réunissaient souvent autour d'un bon feu et de Whisky, se laissaient parfois aller en confessions alcoolisées, et faisaient semblant de ne se rappeler de rien le lendemain. Ainsi, le directeur n'eut aucune réaction lorsqu'il apprit son statut de dieu et de prince, se contentant de lui donner une accolade d'encouragement le lendemain, tout en lui conseillant de « ne pas se laisser marcher sur les pieds par son imbécile de famille ». De même, Loki n'évoqua plus jamais Lily Evans, James Potter et Sirius Black. Leurs regards et leurs attentions parlaient plus qu'eux.

Bien évidemment, rien ne devint simple pour autant. Loki avait bien trop de retenue dans ses sentiments, et Snape bien trop l'habitude de les nier, pour que leur relation avance sans recevoir un coup de pouce du destin. Celui-ci arriva -de nouveau- un soir d'Halloween. L'année scolaire 1991 n'était pas une année qui avait bien commencé, selon Severus. L'horripilant gamin Potter avait commencé ses classes, se pavanant comme son père en son temps. Ce stupide petit cornichon réussissait, sans effort apparent, à le faire sortir de son chaudron les narines fumantes.

Loki connaissait tout du problème Potter, comme l'appelait Snape. Et, s'il avait fait le lien avec la photo de la jolie rousse qu'il avait entraperçut quelques années auparavant, il ne l'avait jamais évoqué frontalement. Il écoutait simplement Severus déblatérer, à chaque occasion, sur la crétinerie inhérente à la famille Potter dont le garçon semblait avoir hérité. Bien entendu, lui-même n'était pas en reste pour se plaindre de Thor. Ainsi, ils supportaient mutuellement leurs doléances respectives avant de pouvoir discuter de sujets plus intéressants.

Après une partie de chasse -bien trop longue- en compagnie de son frère, Loki avait enfin pu s'éclipser pour retrouver Poudlard et son charmant enseignant de potions. Cela faisait pratiquement un mois qu'ils ne s'étaient pas vu, aussi Loki ne s'inquiéta pas immédiatement du vide et du silence qui l'accueillirent à l'appartement du directeur de la maison Serpentard. Il arrivait en effet que Severus soit retenu tard par un élève ou un autre enseignant voulant s'enquérir d'informations sur sa matière. Il était un spécialiste nationalement reconnu après tout et, malgré son passé louche, son expertise était très prisée. L'Ase s'installa donc dans son fauteuil, un livre, qu'il avait emprunté sans vergogne au maître des lieux, sur les genoux.

La porte qui claqua dans un bruit sec, suivit d'un bruit de pas rapides et puissants, le tira de sa lecture. Il releva la tête pour croiser le regard de son vis-à-vis, et grimaça lorsqu'il comprit que la soirée n'aurait rien de reposante. Snape avait les joues rougies, les cheveux de travers, et ses yeux fusillaient actuellement la bouilloire qui sifflait, comme s'il allait la faire exploser avec sa propre volonté. Autrement dit, il était furieux. Et, ne tarda pas à remarquer Loki lorsque le professeur attrapa deux tasses avant de les poser violemment sur la table, il boitait.

Le Dieu décroisa élégamment ses longues jambes et se leva d'un mouvement souple pour rejoindre son compagnon dans la cuisine. Sa main droite se posa calmement sur celle, tremblante, de l'homme, et il dégagea, doigt par doigt, sa prise crispée sur l'anse de la théière. Il s'occupa ensuite de préparer calmement le thé, tandis que son hôte se laissait tomber sur une chaise, toute énergie semblant avoir déserté son corps. Snape passa une main lasse dans ses longs cheveux avant de commencer à parler d'une voix terne.

« Un Troll des montagnes adulte a pénétré dans l'école avant de presque tuer une élève de première année. »

Le mouvement fluide que Loki exécutait pour verser le thé brûlant dans les tasses s'interrompit un bref instant, avant de reprendre sans qu'un mot ne soit prononcé de sa part. Snape lui lança une œillade circonspecte entre ses longues mèches de cheveux avant de reprendre.

« Pendant que le directeur envoyait les élèves dans leur salles communes, et par la même occasion les promotions de Serpentard et de Poufsouffle droit vers la source présumée du danger, j'ai pris la liberté d'aller vérifier les protections de l'aile droite. »

Les lèvres de Loki se muèrent en une fine ligne à peine discernable. Malgré les assertions de Severus, son respect pour le directeur actuel de l'école était relativement limité. Envoyer des élèves à une mort certaine et sans aucune protection ne le faisait pas remonter dans son estime. Bien entendu, son ami lui avait avoué ce que renfermait l'aile interdite et il était des plus sceptique sur la raison de garder un objet si précieux dans une école. Et ce que ce Dumbledore prenait Poudlard pour son terrain de jeu ?!

« Ma proposition de devenir directeur de Poudlard tient toujours. » déclara nonchalamment Loki. Mais ses yeux brillaient d'une résolution qui ne trompaient pas. Il était parfaitement sérieux. En effet, le château décidait de lui-même qui serait à sa tête, préservant ainsi l'indépendance de l'édifice vis-à-vis du ministère. Un fondateur, fut-il aussi puissant que Loki, pouvait indiquer à l'école de faire un nouveau choix et de désigner Severus comme directeur. La solution avait été proposée, des années auparavant, au professeur qui l'avait alors refusé sans hésitation.

Snape renifla avant de renvoyer un regard désabusé au Dieu.

« Au cas ou tu l'aurais oublié, ma réputation n'est pas fameuse au-dehors. Les parents retireraient leurs enfants aussitôt que je serais nommé directeur.

-Ils préféreraient donc un directeur sénile et envoyant leurs enfants vers un danger indéniable à un professeur ayant montré un engagement profond dans l'enseignement au point de mener plus des deux tiers d'une classe d'âge vers l'obtention de ses BUSES de potions ?

-Et bien, la plupart te répondraient que ce ne sont que les vils serpentards et les inutiles poufsouffles qui ont été mis en danger. Rien de bien important donc. L'avenir de la nation est toujours assuré !»

Le ton mordant de Severus montrait à quel point cette pensée le répugnait, mais son dos voûté suffisait à faire comprendre à Loki qu'il avait abandonné cette bataille depuis longtemps. Il ne servait à rien de tenter de le convaincre, cet homme était plus buté que tous les Ases qu'il connaissait.

« C'est important pour moi. Tu n'as qu'un mot à dire pour que j'intervienne dans la politique de l'école. Je sais que tu penses que les britanniques ne sont pas prêts à me voir revenir d'entre les morts, mais si la vie d'enfants magiques est en jeu, je suis tout disposé à briser leurs petites idées préconçues. » Loki avait conclu des siècles plus tôt qu'il ne pouvait pas s'immiscer au sein des affaires des humains à chaque fois qu'il s'ennuyait ou que ceux-ci commençaient une guerre pour une raison stupide. D'une part, son père ne le permettrait pas et, d'autre part, aucune civilisation ne pouvait s'élever si l'on lui dictait constamment la meilleure marche à suivre. Tout un chacun avait besoin de faire des erreurs pour évoluer. Il avait alors décidé de ne plus intervenir de façon directe dans les évènements et de laisser les Midgardiens faire leur propre choix. Par là même, il s'était désintéressé de la situation terrestre en dehors du monde magique. Il espérait encore que ceux qu'il considérait encore comme les enfants de l'univers pourraient devenir bien plus. En attendant ce jour, il continuait de protéger les siens, la population magique midgardienne, comme il l'avait promis des siècles plus tôt à Rowena. Il n'interviendrait que si l'on faisait appel à lui, et le seul qui pouvait lancer cet appel n'était autre que l'unique humain encore en vie qui connaissait son existence : Severus Snape.

Le thé avait suffisamment refroidi pour que les deux compagnons trempent leurs lèvres dans le délicat breuvage. Un soupir s'échappa du maître des potions, et ce dernier étendit ses jambes avant de clore ses paupières. L'Ase ne manqua pas la grimace qui déforma ses traits lorsque l'enseignant se déplaça et fronça les sourcils.

« C'est ridicule. Laisse-moi voir » exigea Loki d'une voix assurée.

« Quoi dont ? » Severus clignait lentement des paupières, son visage reflétant sa perplexité.

« Ta jambe. Je vois bien que tu es blessé, laisse-moi regarder au lieu de faire comme si de rien.

- Ce n'est pas grand-chose, qu'une éraflure. Touffu m'a à peine effleuré.

- Une éraflure ne fait pas boiter. Montre-moi. » Son ton s'était fait sévère et inflexible.

Snape rendit les armes et remonta sèchement sa robe jusqu'au-dessus de son genou gauche. Le mollet bien dessiné était recouvert de sang presque séché et une plaie béante s'étendait du milieu de la jambe jusqu'à la cheville.

« Une éraflure, hein ?! » jura Loki dans un sifflement, se mettant à genoux devant la blessure sans réfléchir.

L'enseignant se contenta de grogner en réponse. Il laissa ensuite les mains fraîches de son ami frôler sa jambe, apportant un froid bienvenu.

« Je ne peux malheureusement pas te soigner. La blessure t'a été infligée par une créature magique, elle doit guérir naturellement. Je ne peux que diminuer la douleur. » Loki suivit ses propos en créant une gangue de glace entourant la lésion, la gardant à l'abri et endormant la douleur.

Les traits de Severus se relâchèrent doucement, la douleur sourde refluant. Loki ne se releva pas, nettoyant lentement le mélange de sang et de poussière recouvrant la jambe grâce à un mince filet d'eau.

« Rien n'a bougé au troisième. Mais j'y ai croisé Quirell. Il a prétendu qu'il venait, comme moi, vérifier les protections.

-Mais tu ne l'as pas cru.

-Mais je ne l'ai pas cru. » Severus lui adressa un sourire en coin, amusé qu'ils en soient arrivés à la même conclusion. Loki sentit son cœur manquer un battement, et l'ignora.

« Quel crétin ! Il était censé être étendu, évanoui dans la grande salle après nous avoir prévenu de la présence du Troll ! Il n'avait rien à faire là ! C'est évident qu'il ment. » s'énerva le professeur. Il secoua la tête de dépit avant d'ajouter « Mais Albus ne me croît pas. »

« Évidemment » lâcha Loki, peu surpris.

Snape soupira, ne cherchant même pas à défendre le vieux directeur. Ses longs cheveux recouvrirent son visage alors qu'il se penchait pour placer son menton sur ses mains croisées.

« Je ne sais pas comment le convaincre. Il est tellement ravi de voir son protégé courir au-devant du danger pour secourir la veuve et l'orphelin qu'il refuse de se préoccuper du reste. »

Loki lança un regard interrogateur, n'ayant pas encore eu de compte-rendu de toute la soirée.

« Potter, bien sûr. Comme le stupide gryffondor qu'il est, il a décidé d'aller affronter le Troll avec son meilleur ami. On a eu de la chance de ne pas avoir trois morts sur les bras. »

Malgré toute la rancune que Severus gardait pour la famille Potter, Loki savait bien qu'il ne voulait pas la mort d'un enfant. D'autant qu'il avait juré de garder ce gamin précisément en sécurité. L'attitude complaisante d'Albus et le manque de crédit qu'il accordait à ses propos devaient vraiment le blesser. Les secondes chances n'étaient jamais complètes, n'est-ce pas ?

« Par une chance incroyable, ils ont réussi à assommer le Troll avec sa propre massue. La gamine qu'ils étaient allés secourir n'a rien non plus, Salazar merci. » Snape rougit brusquement. L'expression sorcière lui avait échappé. Lui qui était toujours si maître de chacun de ses mots l'avait laissé couler le long de sa langue devant le premier concerné.

« Je t'en prie. » Le dieu eut un petit sourire narquois, avant de se relever avec la grâce d'un chat, les yeux fixés sur sa proie.

Le maître des potions déglutit, son regard suivant sans le réaliser les mouvements fluides de son vis-à-vis. Loki se pencha doucement en avant, son nez frôlant celui, long et aquilin, de l'homme. Il effleura ses lèvres des siennes, et Severus sentit la bise glacée de l'hiver le caresser avant de se retirer aussi vivement qu'elle s'était installée. Loki fit un pas en arrière et disparut dans une bourrasque dans laquelle flottait quelques flocons bleus givrés. Comme à chaque fois que l'Ase utilisait sa magie près de lui, Snape la sentit s'infiltrer profondément en lui, jusque dans ses os. Son ventre était une boule chaleur incandescente de désir incontrôlable.

Un flocon bleuté, plus gros que les autres, se détacha du tourbillon pour voleter jusqu'à son front sur lequel il s'échoua. Il était si plein de la magie de l'Ase que Severus ne put résister plus longtemps, son dos s'arqua dans un râle guttural et sa main droite descendit par réflexe jusqu'à son sexe pour le prendre en main. Il atteignit la jouissance après quelques mouvements saccadés, traversé de part en part par la magie de Loki à travers le flocon qui fondait doucement sur son visage. Sa main gauche monta essuyer sa face oblongue d'un mouvement lent, puis porta à ses lèvres ses longs doigts mouillés par ce qui restait du flocon. Son corps se cambra à la sensation délicieuse et il gémit de contentement.

Severus Snape ne gémissait pas, se ressaisit-il quelques minutes plus tard, il grognait tout au plus. Et ceci n'était jamais arrivé, décida-t-il, enfermant ses envies dans un coin sombre de son esprit.

… … … … …

Cette fois ci, Loki ne disparut pas longtemps. Trois petits jours plus tard, il était de retour dans son fauteuil de cuir, les jambes repliées sur le dossier, son dos étalé sur l'assise, sa tête tournée dans un angle étrange pour pouvoir observer le monde dans le bon sens. Sa souplesse pliait les lois de la physique à son bon vouloir.

La porte claqua et Snape traversa le salon en grandes enjambées nerveuses avant de se figer en l'apercevant. Sa cape tourbillonnante effleura son visage lorsqu'il s'assit dans le second fauteuil, et le regard du ténébreux professeur lui brûla la peau. Loki se redressa, s'abreuvant des yeux sombres qu'il sentait suivre le moindre de ses mouvements. Sa peau d'albâtre brillait de façon surnaturelle à la lumière étouffée des torches magiques. Son costume sombre le moulait comme une seconde peau et il sortit un instant des ombres qui cachaient sa beauté luisante. Le dieu se coula ensuite dans une position plus appropriée à l'utilisation d'un fauteuil, son regard d'un vert forêt n'ayant pas quitté celui de son vis-à-vis dans la procédure.

Magnifique. Divin. Furent les seuls mots qui vinrent à Severus pour décrire ce qu'il avait sous les yeux. Il ressemblait tellement à un serpent guettant sa proie qu'il n'y avait plus aucun questionnement possible sur son choix d'animal totem pour sa Maison. Loki était le Serpent. Et Severus, la proie tentant -vainement- de s'échapper.

« Bonsoir, Severus.

-Loki. » salua le maître des Potions d'un ton sec. Il se détourna ensuite un bref instant pour reprendre ses esprits, scrutant sans la voir la massive bibliothèque de son antre. Il attrapa un livre au hasard avant de s'approcher de la petite cuisine. Il préparait le thé avec des gestes habitués lorsqu'il sentit un corps puissant et ferme venir se presser contre son dos. Deux grandes mains fines se posèrent sur sa taille et un souffle frais retentit à son oreille.

Le corps entier de Severus se raidit et il arrêta momentanément de respirer. Il sentait -très clairement- quelque chose de plus dur que le reste se presser au niveau de ses fesses. Puis, la présence se retira aussi soudainement qu'elle était venue, et lorsque le professeur se retourna, il vit que l'Ase était de nouveau installé confortablement dans son fauteuil comme si de rien n'était. Loki lui avait fait part de son intérêt, le prochain mouvement serait sien.

Ils passèrent le reste de la soirée à discuter au coin du feu. Les yeux du maître des potions brillèrent plus que d'habitude lorsqu'il évoqua le prochain match de Quidditch qui opposerait Serpents et Gryffons. S'il n'était pas un adepte du sport, il prenait grand plaisir à voir la tête déconfite de Minerva à chaque échec de son équipe.

Lorsque l'heure vint de se séparer, Loki s'enroula dans une cape émeraude qu'il matérialisa d'une pensée. Un souffle frais vint caresser les lèvres de Severus, et ce-dernier se leva, bien plus raide que d'habitude. Ils se fixèrent un bref instant en chien de faïence avant que la silhouette du Dieu ne commence à se brouiller. Severus avala alors résolument les quelques mètres les séparant et déposa avec brusquerie ses lèvres fines sur la bouche de son vis-à-vis. Les yeux sombres trouvèrent une fraction de seconde ceux forêts avant que ceux-ci ne s'effacent, écarquillés de stupeur. Ne resta plus dans la pièce à la cheminée éteinte qu'un vent frais faisant voler les lourdes tapisseries du même vert que les yeux de l'Ase.

… … … … …

Un an passa à jouer au jeu du chat et de la souris. Les deux hommes se rapprochaient de plus en plus mais ils aimaient prendre leur temps. Les baisers devinrent plus profonds, plus passionnés, les laissant pantelants et avides de plus. Les discussions au coin du feu les rendaient de plus en plus dépendants l'un de de l'autre. Ils avaient beau le nier, ils s'attachaient mutuellement l'un à l'autre.

L'un était effrayé par son rôle d'espion et son appartenance aux deux camps de la dernière guerre sorcière et de celle qui se préparait, il craignait que son double jeu ne se retourne contre lui et celui qu'il commençait à apprécier. Il redoutait les futures questions de Dumbledore sur Salazar Serpentard, ancêtre de Tom Jedusor, sorcier illustre sur lequel Severus était connu comme incollable.

L'autre était rongé par son immortalité qui voyait s'écouler le temps de l'humain comme de la fumée qu'il tentait vainement de retenir avec ses mains. Il redoutait également le jugement de son père et de son peuple si quiconque les surprenait ensemble. Et bien entendu, le contexte sorcier actuel n'avait rien pour le rassurer : le dernier mage noir avait beau avoir été déclaré mort, rien n'était calme dans le monde magique britannique.


Et parce que rien ne se passe jamais comme prévu, tout dérapa de nouveau un 31 octobre. 1992 n'avait pas mieux commencée que l'année précédente, mais elle avait plusieurs avantages aux yeux de Severus Snape.

Le premier avantage conséquent constituait en sa relation toute fraîche et officielle avec Loki, comme le prouvait la bague discrète qu'ils portaient tous les deux. Ce n'était qu'un bijou symbolique, mais ils avaient tant et si bien enchanté celui de l'autre que les deux ressentaient toujours une présence magique familière et rassurante autour de leur main lorsqu'il le portait. C'était particulièrement doux et réconfortant. Et inhabituel, mais pas désagréable.

Le second avantage de cette année 1992, c'était que le choix du directeur pour le poste de professeur de défense contre les forces du mal avait été tellement mauvais que, Severus en était sûr, il ne pouvait que devenir le suivant. Il s'employait donc assidûment à faire en sorte que Lockart ne soit pas en état de faire cours l'année suivante. Si Albus avait été obligé de choisir cette abruti fini faute de candidat, il ne devait véritablement y avoir personne d'autre qui voulait le poste. L'année prochaine, il sera enfin loin de la stupidité de Londubat devant son chaudron. L'étudiant -et les autres- ne devait pas beaucoup plus briller dans ses cours de Défense, mais rien ne pouvait être plus terrible que d'observer chaque génération d'élèves fouler au pied les préceptes des grands maîtres du brassage sans aucun respect pour leur travail. Si peu de ces cornichons réussissaient à s'élever au-dessus du niveau de leurs condisciples que Severus était convaincu qu'ils étaient tous décidés -même les serpentards- à massacrer son Art avec la plus grande vigueur possible. Dans ces conditions, devenir professeur de Défense lui semblait la seule échappatoire à la stupidité abyssale de ses élèves en Potions.

Ce second avantage était contrebalancé par la personnalité particulièrement irritante de Lockart qui tentait toujours de soutirer à Severus diverses informations sur des Potions contrôlées ou interdites. L'idiot ne semblait pas capable d'identifier qui étaient ses amis et qui ne l'était clairement pas. Les premiers retours sur ses cours étaient catastrophiques, et Severus commençait à envisager de donner des cours de soutien aux Serpentards de cinquième et de septième années. Il n'était pas question que ses étudiants ratent leurs examens à cause d'un professeur incapable et d'un directeur sénile.

Et puis ce fût le 31 octobre, les citrouilles et squelettes envahirent la Grande Salle, les toiles d'araignées drapèrent les armures, et une nuée de chauve-souris se nicha juste à côté du portrait de la Grosse Dame. Severus n'était pas du tout responsable de ce dernier emplacement : c'était le HASARD, comme il se plaisait à le répéter à Minerva. Les élèves de Gryffondors devaient donc, à son grand contentement, affronter les ailes des animaux à chaque entrée et sortie de leur salle commune.

Comme à chaque Halloween, Severus savait qu'il ne dormirait pas de la nuit. Des yeux verts accusateurs n'attendaient que ses paupières fermées pour revenir le hanter et le tourmenter. Le professeur prévoyait déjà d'arpenter le château jusqu'à l'aube, détruisant avec minutie les préparations des jumeaux Weasley pour le lendemain. Loki savait qu'il fallait le laisser tranquille ce jour-là, et il avait eut la politesse de lui donner rendez-vous deux jours plus tard pour un diner aux chandelles.

Le professeur se préparait donc à passer une nuit solitaire dans les couloirs de vieilles pierres. Et il aurait préféré cela à la nuit exténuante qu'il vécut à la place. Potter. Parce qu'il fallait toujours que cela commença par Potter. Potter, donc, se retrouva mêlé à une sordide histoire de pétrification de chat. Et Snape dût, sur ordre du directeur, gérer la situation. Parce qu'il adorait rempoter en pleine nuit des Mandragores avec sa collègue de botanique, c'était connu.

Son humeur maussade de la journée ne s'améliora pas avec ses travaux de jardinage, et c'est un Severus recouvert de terre qui passa la porte de ses appartements à une heure ridiculement petite de la matinée. A sa grande surprise, le feu de la cheminée de son salon était encore haut et ne se résumait pas qu'à quelques braises endormies. Cela s'expliquait par la présence d'une longue silhouette renfoncée dans son fauteuil. Le professeur des potions soupira lourdement et sentit une migraine pointer, mais il s'avança tout de même pour rejoindre son compagnon.

A la lumière du feu, Loki apparaissait couvert de bleus. Un de ses yeux était enflé, un sillon rouge sang partait du coin de sa bouche pour se perdre dans son cou. Son corps était encore engoncé dans une armure de cuir et de métal, mais Severus pouvait voir qu'une de ses jambes était dans un angle inhabituel. C'était la première fois qu'il le voyait blessé.

L'Ase tourna à peine la tête dans sa direction lorsqu'il s'assit à ses côtés. Severus attira un linge propre et son kit de potions d'urgence d'un coup de baguette silencieux. Il approcha doucement l'extrémité de sa baguette du front du dieu d'où il fit s'écouler un mince filet d'eau. A l'aide du linge, il entreprit de nettoyer le visage, maculé de sang et de terre par endroit, tout en lui demandant des explications sur son état. Il fit ensuite avaler à son patient apathique une potion contre la douleur.

Loki ne réagissait ni à ses mots ni à ses gestes. Le professeur hésita un instant, puis décida de lui retirer son armure pour avoir accès au reste des blessures qu'il devinait sous la couche de tissus et de métal. Sa longue main fine effleura le cou du blessé pour commencer à retirer les épaulettes de protection qu'il portait. Réagissant par un réflexe surpassant son état amorphe, Loki immobilisa son poignet de sa main gauche. Son regard fou chercha son vis-à-vis un instant, avant de se stabiliser dans les yeux sombres de Severus. Il le reconnut après quelques secondes et relâcha doucement la main captive sans le quitter des yeux. Il semblait encore un peu ailleurs, ses prunelles hantées suivant avec attention les moindres gestes de l'homme.

Severus poursuivit sa mission, retirant couche après couche les protections du prince. Comme pour le visage, il entreprit d'abord de nettoyer le corps d'albâtre de la crasse qu'il avait accumulé. Puis, à l'aide des charmes et des potions nécessaires, il remit en place la jambe cassée. Loki grimaça à peine lorsqu'il but le poussos accéléré que lui administra le médecin improvisé. Plusieurs potions plus tard, Severus sortit un pot de baume de sa mallette, et entreprit d'étaler son contenu sur une bonne partie du corps couvert de bleu du dieu. Si la situation n'avait pas été si mauvaise, il aurait sûrement apprécié faire rouler ses doigts dans les creux de la peau douce. Masser un bel homme n'était pas désagréable, il aurait juste préféré que le corps de celui-ci ne ressemble pas à un champ de bataille.

Longtemps, les deux hommes se contentèrent de fixer en silence le feu qui se mourrait. Loki agitait expérimentalement ses orteils pour vérifier que sa motricité totale lui revenait. Finalement, Severus partit se laver et se changer. Il était toujours recouvert de la terre des mandragores qu'il avait passé une partie de la nuit à rempoter. A son retour dans le salon, le feu était complètement éteint et il n'y avait pas trace du blessé dans son fauteuil. Le professeur soupira et se passa une main lasse sur le visage. Dans l'état dans lequel ils étaient tous les deux, il aurait préféré le garder à proximité.

En pénétrant dans la chambre à coucher, il fut surpris de voir une forme sombre du côté habituellement libre du lit. A la lueur de sa baguette, il identifia son patient enroulé autour d'un oreiller comme un dragon autour de son trésor. Il était partagé entre le soulagement de le savoir proche et l'agacement de le voir prendre autant ses aises. Son lit avait toujours été un espace strictement réservé à lui-même et à ses rares conquêtes. Si Loki et lui avaient commencé une relation, ils n'avaient jamais dépassé le stade des baisers, et Severus ne ressentait pas le besoin de plus. Leur relation était plus que simplement physique, elle reposait sur tous les secrets qu'ils savaient l'un sur l'autre et sur la confiance qu'ils avaient dans l'autre. Il s'allongea finalement de son côté du lit tout en tentant d'ignorer l'autre homme présent. Les yeux braqués au plafond, il était incapable de s'endormir malgré l'heure plus que tardive et la journée ardue qu'il avait vécue. Alors qu'il commençait enfin à trouver le sommeil, une voix rauque se fit entendre de l'autre côté du lit.

« Thor a voulu s'amuser. On est parti avec ses amis sur Nidavellir pour participer à un tournois. Les nains n'ont pas apprécié que Thor gagne, et ils ont décidé de se venger. Bien sûr, mon frère a refusé mon plan de battre en retraite et il a préféré affronter une multitude de nains guerriers en colère qu'on leur ait volé leur tournois. Il a dit qu'il fallait que je m'endurcisse, que je cesse de me défendre comme une femme. C'est pour ça qu'on était là-bas, il avait tout organisé pour me mener sur ces terres : dans les sous-sols creusés par les nains, la magie est inaccessible. »

Il y eut un silence dans lequel on entendit plus que le bruit de la respiration calme de Severus et celle, plus hachée, de Loki. Puis, l'Ase se retourna pour se mettre plus à l'aise, déchirant le silence de froissements de tissus. Il ajouta, d'un ton si bas, que Severus l'entendit à peine :

« Parfois, je crois que je le déteste. »

Il n'y avait rien à ajouter à ça.

… … … … …

Certaines choses intéressantes peuvent se passer lorsque l'on se réveille dans un lit occupé par un Ase. Severus n'aurait jamais imaginé qu'une telle chose puisse se produire. Il avait toujours pensé qu'il resterait éternellement fidèle à Lily, mais il s'était trompé. En définitive, il ne regrettait rien. Le sexe avait été particulièrement bon. Il n'avait jamais songé réellement à tester avec un homme, l'expérience lui avait prouvé qu'il avait manqué de rater quelque-chose d'exceptionnel.

En se levant, il avait eu peur que cette aventure ne détruise le début de relation qu'ils avaient eu tant de difficultés à mettre en place. Croiser le regard pétillant de Loki buvant une tasse de café brûlante lui permit de comprendre qu'il ne s'agissait que d'une redéfinition du cadre dans lequel ils évolueraient dorénavant. Après tout, ils avaient déjà toutes les habitudes des vieux couples : soirées au coin du feu et confidences intimes. Le lit n'avait fait qu'officialiser les choses. Et puis, le sexe avait vraiment été très bon. Des siècles de vie semblaient apporter une expérience conséquente.

Loki ne l'avait laissé partir qu'après un baiser langoureux et, un instant, Severus s'était senti comme un adolescent. Puis, la réalité reprit ses droits, et la marque des ténèbres le surprit en picotant un bref instant. En l'examinant de plus près, il ne put en venir qu'à une conclusion : elle s'était assombrie. Il mettait sa main au feu que ce n'était pas sans rapport avec la pétrification de la chatte de Rusard. Quoi qu'il fasse, ses choix passés le poursuivraient partout, encrés dans sa chair. Même Loki ne pouvait pas effacer ce qu'il avait fait, des années auparavant.

Severus se fit une promesse ce jour-là. Il n'impliquerait pas Loki dans la guerre humaine qui se préparait. Le dieu avait ses propres batailles à mener et sa place n'était pas ici, il n'appartenait pas à ce monde. Plus égoïstement, il voulait le tenir à l'écart pour ne pas le perdre comme il avait perdu toutes les personnes qu'il avait un jour aimées. S'il était prêt à donner sa vie pour la défaite du seigneur des ténèbres, il n'acceptait pas de sacrifier celle de son nouvel amant. La mort de Lily lui avait servi de leçon.

… … … … …

Severus pénétra ses appartements comme un ouragan. Sa longue robe noire flottait dans son sillage comme les ailes d'un corbeau et ses cheveux étaient complètement ébouriffés. Il jeta violemment un livre sur les genoux de Loki et commença à faire les cent pas devant la cheminée.

« Je peux savoir ce que cela signifie ? » demanda-t-il d'un ton mauvais où perçait une pointe de peur.

L'Ase haussa les sourcils d'incompréhension et ouvrit le livre, qui s'avéra être l'Histoire de Poudlard, à la page marquée. Il y lut une brève description de ce qui y était appelé la Chambre des Secrets, qu'il identifia comme sa salle personnelle comme en avait construit chacun des Fondateurs. Celle de Rowena était la plus impressionnante, c'était la plus magique. La sienne, à sa grande honte, faisait pâle figure en comparaison. L'immense statue de Merlin qu'il y avait érigé en souvenir de son ami décédé était la seule chose dont il se rappelait avec affection. Il passait bien plus de temps dans la Grande Salle que dans sa Chambre à l'époque.

« Que se passe-t-il avec ma Chambre ? Personne ne peut l'ouvrir, j'y ait veillé.

- Un crétin a réussi à passer outre tes protections.

- Impossible que quiconque ait franchi ces protections, seul ceux qui parlent aux serpents peuvent les passer.

- Dois-je te rappeler que le Seigneur des Ténèbres parle Fourchelangue ?! »

Il y eut un silence durant lequel Loki fixa le professeur comme s'il ne l'avait jamais vu.

« Les humains peuvent parler la noble langue ?

- Certains le peuvent, c'est assez rare. Apparemment, quelqu'un dans cette école en est capable et on a déjà un animal et un élève pétrifié. Tu dois me dire ce qu'est le monstre et comment aller le tuer.

- Il n'y a pas de monstre dans ma Chambre, j'y ait simplement placé un Basilic pour protéger l'école.

- Un Basilic dans une école ?! » Severus enfouit son visage dans ses mains un instant. « Il ne faut pas s'étonner que tu ais aussi mauvaise réputation !

- Ça semblait une bonne idée à l'époque. » se défendit Loki mollement.

« C'est pour ça que je ne te laisse jamais brasser des potions expérimentales dans mon laboratoire. Tu as une conception toute personnelle des bonnes idées. » Severus se laissa tomber dans son fauteuil, épuisé.

« Lassy ne peut pas être responsable des attaques de toute façon. Son regard tue, il ne pétrifie pas. Tu dois avoir affaire à un imposteur. J'imagine que vous allez utiliser du philtre de mandragore pour libérer les victimes ?

- En effet. Pomona s'occupe de les mener à terme. Tu es sûr que ton animal de compagnie ne peut pas être responsable ?

- Certain. Je lui ai donné des instructions précises pour protéger l'école, et un Basilic est fidèle. Seule une magie très puissante pourrait l'avoir détourné de ses objectifs, et ce n'est pas accessible à de jeunes sorciers sans expériences. »

Pendant un instant, plus personne ne parla, puis Severus commença à ricaner.

« Je ne peux pas croire que tu ais nommé ton Basilic Lassy. »


Severus avait été si certain que 1993 serait l'année où il obtiendrait enfin le poste de Défense contre les Forces du Mal. La nomination de Lupin le prit par surprise. Face à Dumbledore et Minerva, il se contenta de jouer son couplet habituel : les yeux plissés, la bouche tordue, il vomit sa haine pour le loup avant qu'Albus ne le stoppe dans sa diatribe.

Plus tard, seul dans son appartement, il s'effondra dans son lit et pleura en tremblant. Il était terrorisé par l'image encore vivace dans ses souvenirs des dents du loup qui manquaient de s'enfoncer dans sa chair. Personne ne savait que son épouvantard n'était plus son père depuis longtemps, il avait été remplacé par un loup-garou terrifiant, la bave aux lèvres et les yeux fous.

Au bout d'une petite heure, il sentit le lit s'affaisser dans son dos, puis un corps puissant vint se coller au sien. Peu à peu, ses tremblements se calmèrent et ses sanglots s'espacèrent. La main fraiche de Loki passa sur son front, puis sur son visage, séchant ses larmes.

« Albus a embauché Remus Lupin pour le poste de DCFM

- Le Remus Lupin ?

- Oui, le Remus Lupin. »

Pendant un instant, Severus crût que ce serait tout et que la conversation s'arrêterait là. Loki connaissait son passé avec Lupin, il n'était pas nécessaire d'expliquer pourquoi il était dans cet état. Tout ce que pouvait lui apporter son amant, à priori, c'était du réconfort. Mais l'Ase avait toujours eut le don de le surprendre.

« Je crois que je ne te l'ai jamais dit mais j'ai eu un fils que l'on appellerait un loup-garou s'il appartenait à ton monde. Il s'appelait Fenrir. »

La voix triste de Loki le fit se retourner pour lui faire face. Le dieu semblait perdu dans de vieux souvenirs guère réjouissants.

« Il est mort ? » demanda le professeur avec hésitation.

« Non, je ne crois pas. Il a été piégé sous sa forme canine par mon père, puis abandonné quelque part tout seul alors qu'il n'était encore qu'un enfant. »

La famille de Loki était incompréhensible aux yeux de Severus. La cruauté dont il faisait preuve entre eux n'avait d'égale que l'amour qu'ils avaient les uns pour les autres. Ça devait être le genre de chose que l'on ne comprenait qu'après plusieurs siècles d'existence.

« Fenrir était un enfant magnifique. Je m'en veux de lui avoir imposé cette malédiction, mais c'est grâce à elle qu'il n'est pas mort quand Odin a tenté de le tuer. Sa forme lupine est très résistante.

- C'est toi qui l'as maudit ?

- Oui. Je ne cherchais qu'à protéger mon enfant de la folie des Ases et je lui ai donné une forme monstrueuse. Mais je sais qu'au fond, c'est toujours mon fils.

- Comment peux-tu en être sûr ?

- Il avait développé une télépathie très puissante pour continuer à pouvoir parler avec moi et ses frères et sœurs. Il savait qu'il était repoussant, mais son cœur était resté le même.

- Nos loup-garoux ne sont pas comme ton fils. Ici, ce sont des monstres qui tuent tout ce qui leur passent sous la dent.

- Mon fils a tué plus d'Ases que tu ne peux l'imaginer. Il était jeune mais puissant, il mordait tout ce qu'il pouvait lorsqu'ils l'ont séparé de moi.

- C'était de la légitime défense ! Et il était en contrôle de ses actes, lui !

- Ça n'efface pas la liste de morts et les familles en deuil. Quelque part, les loups de ton monde sont bien plus à plaindre que mon fils : lui a pu choisir son destin. Il savait qu'en ne se soumettant pas à son grand-père, il risquait l'exil.

- Les loup-garoux sont des monstres !

- Les loup-garoux sont des humains maudits.

- Ils tuent des gens et en transforment d'autres, ce sont des dangers pour la société. Ils méritent la mort !

- Ils méritent d'être délivré de la malédiction qui détruit leur vie.

- Tu ne peux pas me demander d'être d'accord avec toi. Pas après ce qui s'est passé dans la cabane hurlante.

- Non, je ne peux pas. Mais tu ne peux pas résumer Lupin à ce en quoi il se transforme une fois par mois. Ce serait comme condamner Fenrir parce qu'il est un loup, et oublier qu'il a un jour été humain.

- Lupin n'est pas Fenrir.

- Non, Lupin est juste exactement comme Fenrir. C'est un enfant seul, perdu et triste. Il a besoin d'une maison où rester.

- Lupin a mon âge. »

Loki lui adressa un sourire triste. A ses yeux, ils étaient tous des enfants.

« Lupin mérite que tu lui donne une seconde chance. Je ne te dis pas de lui faire confiance, seulement de l'accepter dans l'école et comme collègue.

- Je n'ai pas vraiment le choix de toute façon, Albus a pris sa décision. »

Severus rabattit le drap sur leur corps enlacés.

« On sait tous les deux qu'il ne s'agit pas que d'Albus. Si tu le veux, tu peux lui mener la vie dure.

- Malgré ce que tu sembles penser parfois, je n'ai plus quinze ans.

- Et donc ?

- J'attendrai simplement qu'il fasse une erreur pour prouver qu'il n'est pas digne de confiance.

- Très mature, en effet !

- Je dirais plutôt que c'est très serpentard.

- Touché

… … … … …

Au coin du feu, les mains cerclant une tasse d'un thé brûlant, Severus tentait de se réchauffer. La proximité des détraqueurs au match de Quidditch n'avait pas affecté que le jeune Potter. Il avait brièvement revu, comme s'il y était, la mâchoire du loup claquer près de son mollet. Ses barrières d'Occlumens l'avait protégé de la majorité de l'influence néfaste des créatures mais elles n'avaient pas réussi à tout arrêter.

Il prit une première gorgée de thé avant de commencer son récit. Loki aimait beaucoup le Quidditch contrairement à lui. Il trouvait le sport bien plus gracieux que tous les autres jeux auxquels il avait pu jouer avec son frère.

« … Il est tombé de son balai, Loki. Potter est tombé. Je ne pensais pas que je verrais ça un jour, il semble être né pour voler sur un balai. Je suis allé le voir à l'infirmerie, il a des cernes marqués, je crois que la présence des détraqueurs autour de l'école l'affecte, même pendant son sommeil.

- A t'entendre, on pourrait presque croire que tu es inquiet.

- Arrête de te moquer de moi. Bien sûr que je suis inquiet. C'est un gosse. Et j'ai juré de le protéger.

- Qu'avez-vous fais du véritable Severus ? Rendez-le-moi !

- Je suis sérieux. » maugréa le professeur, vexé.

« Je sais bien, et cela me fait plaisir de voir que tu finis par le détacher de son père.

- Il n'est peut-être pas son père, mais il est toujours un petit con.

- Ça ne changera jamais à tes yeux.

- Aucune chance, ce morveux est insupportable. »

Severus raccrocha sa cape autour de son cou, décidé à faire acte de présence pour le diner dans la Grande Salle. Il déposa un baiser sur les lèvres de son amant pour se faire pardonner de l'abandonner pour une bonne partie de la soirée.

« Ne t'inquiète pas pour ton petit protégé. Je vais aller faire un tour dans les protections des dortoirs des Gryffondors pour qu'elles repoussent plus que nécessaire les détraqueurs. Il va retrouver le sommeil. »

Le directeur des Serpentards sembla rassuré un instant avant de le cacher derrière un sourire narquois.

« Ne te fais pas prendre. Je n'ai pas envie d'expliquer à Albus ce que fait un homme inconnu dans les dortoirs des troisièmes années. »


Loki avait senti la magie de la coupe s'enflammer alors qu'il était encore sur Asgard. Depuis deux mois, il participait aux négociations du nouveau traité commercial qui lierait Asgard et Vanaheim. Odin était satisfait et semblait prêt à signer. Les Vanirs étaient complaisants et négocier avec eux s'était avéré plutôt facile. Il n'aurait pas dû partir maintenant. Odin serait furieux qu'il soit parti sur Terre au moment où tout semblait leur sourire.

Mais la coupe s'était réveillée, et ses flammes l'appelaient. Le vieil artefact devait être éteint avant que quiconque ne dépose son nom en son sein. Après cela, il serait impossible d'arrêter le processus. Le fou qui avait ressuscité le tournois maudit allait s'en mordre les doigts. Sans surprise, le signal venait de Poudlard. Les britanniques avaient le chic pour se fourrer dans des situations inextirpables.

Invisible, Loki courrait dans les couloirs désertés de l'école pour rejoindre la Grande Salle d'où il entendait provenir les murmures de la relique. Il franchissait les portes du hall quand il sentit qu'il était trop tard : un enfant imbécile avait déposé son nom dans les flammes. Impuissant, il assista au dépôt des noms de presque toute une génération de sorciers. Ils étaient aveuglés par les promesses d'argent et de gloire et ne voyaient même pas le danger. Ils ne savaient pas dans quoi ils s'étaient engagés. Toujours invisible, il s'approcha de la coupe au-dessus de laquelle il passa une main désabusée. Les flammes diminuèrent un instant d'intensité, mais elles ne s'éteignirent pas. Les murmures provenant de la coupe devinrent des grognements à ses oreilles. Elle n'appréciait pas qu'il tentât de s'interposer. Elle avait toujours eu un sacré caractère.

Il releva les yeux de la coupe pour les fixer sur le directeur. Ce-dernier avait la tête tournée dans sa direction et, s'il n'avait pas été persuadé d'être toujours invisible, il aurait été persuadé que le vieil homme le regardait. Maintenant, il comprenait Severus quand il disait qu'Albus pouvait parfois être effrayant.

Le dieu contourna la grande table pour rejoindre son amant qui était assis à l'une des extrémités, ce qui lui facilitait grandement la tâche. Il posa une main sur son poignet pour lui signifier sa présence et l'avertir qu'il souhaitait lui parler de toute urgence. Le professeur ne sursauta pas, il avait sans doute senti son arrivée à travers la bague qui les liait depuis maintenant plus de trois ans. Les charmes appliqués sur les bijoux ne faisaient que prendre plus d'ampleur au fil du temps.

Bientôt, le couple était de retour dans le secret de leur cachot, et Loki s'empressa de demander des explications. L'annonce que le Tournois des Trois renaissait de ses cendres n'était pas pour lui plaire. Severus ne comprenait pas sa réserve, il était lui-même plutôt enthousiaste à ce que la coupe brûle de nouveau. Le dieu était las : malgré les siècles, les humains continuaient de faire les mêmes erreurs. Ils n'apprenaient pas.

« Tu dois comprendre que la coupe n'est pas un objet ordinaire. Lorsque l'on dépose son nom dans les flammes, c'est un don de soi que l'on fait. Chaque signature comporte une touche de magie propre en son sein et la coupe dévore ces magies depuis des siècles. Imagine un peu : tous les plus puissants sorciers ont déposé un fragment d'eux dans cette coupe quand ils étaient élèves, et ce jusqu'à l'arrêt du tournoi. C'est cette magie qui permet à la coupe d'être suffisamment puissante pour choisir les champions, mais c'est également cette magie qui l'a rendu consciente.

- Tu veux dire que la coupe a développé une âme par magie ?

- Non, je veux dire qu'elle a développé des préférences quant à l'issu de la compétition. Dans les dernières années du tournoi, il n'y avait souvent qu'un survivant au début de la troisième épreuve, et il était déclaré vainqueur. Même là, il arrivait qu'il perde la vie durant la dernière tâche. Elle aime le sang, elle aime la souffrance, et plus que tout, elle aime la terreur. Elle fera tout pour exploiter les peurs les plus profondes des candidats et pour les tuer. Elle est sadique.

- Tu en parles comme si elle était humaine…

- Elle ne l'est pas, c'est un esprit primitif, un vestige de l'époque où l'homme devait se battre pour survivre. Elle ne sera rassasiée que quand elle aura eu son content de sang et de larmes versés. Il y a une bonne raison pour laquelle ce tournoi a été arrêté : elle était devenue incontrôlable.

- Je ne remets pas en cause ton avertissement, Loki, mais je ne comprends pas pourquoi Albus laisserait un tel artefact dans l'école si c'est bien vrai. Il n'est pas exactement friand de meurtre et de torture.

- Ton directeur est inconscient. Il croît tout savoir. Il pense que son âge lui a apporté la sagesse nécessaire aux grandes décisions et qu'il contrôle le monde. Il ne sait rien : la magie ne se contrôle pas, elle s'apprivoise tout au plus, elle restera toujours une force profondément sauvage. C'est un enfant qui a réveillé plus fort que lui et qui vient de condamner les meilleurs sorciers de cette génération si l'on n'agit pas. »

Severus se frotta les tempes face à la critique acerbe. Il savait que Loki ne portait pas Albus dans son cœur. Pour sa défense, le dieu avait de sacrés arguments contre son employeur.

« Que peut-on faire ?

- Rien. Maintenant que la coupe possède les noms des candidats, elle ne peut plus être éteinte jusqu'à la fin du tournoi, elle est trop puissante. Tout ce qu'on peut tenter de faire, c'est limiter les dégâts et garder les futurs champions en vie.

- C'est tout ?

- Crois-moi, ce ne sera pas une partie de plaisir. Elle sait que je suis là, elle va s'en donner à cœur joie. A mon avis, on peut déjà préparer un cercueil, on n'arrivera pas à sauver les trois. »

… … … … …

Des dragons. Severus comprenait ce que Loki avait essayé de lui faire comprendre : la coupe était déterminée à tuer les champions dans les plus atroces souffrances possibles. Les brûlures de dragons étaient extrêmement corrosives, elles continuaient de détruire les chairs bien après les flammes éteintes. Si on ne les traitait pas avec les potions adéquates, elles rongeaient le sorcier jusqu'à ce que sa magie s'épuise et s'éteigne, le transformant alors en cracmol. Il était dès lors impossible de soigner la lésion et le blessé finissait par mourir, si ce n'est du choc de la perte de sa magie, au moins de la plaie qui s'infectait et s'étendait.

Les seules protections connues contre les dragons étaient la peau de ces animaux et quelques sorts nécessitants beaucoup de puissance et d'entrainement. Certaines espèces étaient sensibles aux yeux, mais ce n'était pas le cas de toutes. Il fallait être un sorcier solidement préparé et qualifié pour leur faire face. C'était bien pour ça que les différents gouvernements magiques tentaient tant bien que mal de les contenir dans des zones limitées, sans jamais essayer de les éradiquer. Les bêtes étaient trop dangereuses pour qu'on prenne le risque de se les mettre à dos. Les plus anciens de leur espèce avaient développé une conscience et pouvaient mener les autres dans des combats mortels et sanglants.

Ce matin, Severus avait été présent quand la coupe avait craché le morceau de parchemin détaillant la première épreuve. Il avait assisté à la décomposition des visages des officiels présents à la mention des dragons. Un représentant du ministère français avait vomi lors de la description des œufs d'ors gardés par les femelles en couvaison. Tous avaient pris conscience que leurs enfants n'étaient pas parés à affronter pareil danger. Le visage pâle d'Albus avait fini de convaincre les plus optimistes de la gravité de la situation. Il s'agissait maintenant d'éviter un désastre humain et diplomatique. Il était entendu que le secret de la nature de la tâche ne le resterait pas longtemps, et que les enfants seraient discrètement mis au courant le plus rapidement possible. Il fallait que les gamins aient au moins une chance de survie.

Le jour J, Severus et Loki étaient résolus à empêcher l'hécatombe qui se préparait. Même l'Ase redoutait la confrontation avec les bêtes, ce qui donnait une bonne indication de la dangerosité des circonstances. Loki, invisible, fixait avec inquiétude la première femelle qui pénétrait dans l'arène. Severus, lui, patientait dans la tente de secours, disposé à accueillir les blessés qui ne manqueraient pas. Il avait passé la nuit à finir une potion très difficile qui permettrait de stopper la propagation d'une brûlure causée par le souffle d'un dragon. A ses côtés, Pomfresh, les yeux cernés, maintenait solidement ses mains l'une contre l'autre pour apaiser les tremblements de peur qui la parcourait. Ils étaient prêts.

Au coup d'envoi, Loki sentit la magie de la coupe parcourir l'arène, s'imprégnant des cris, de l'excitation et de la peur. Elle s'apprêtait à transformer le tournoi en boucherie, et Loki était déterminé à ne pas la laisser faire. Aussi quand le premier candidat apparut, il se concentra pour lui éviter de brûler vif dès les premières secondes. Diggory ne le savait pas, mais chacun de ses boucliers étaient doublés par ceux d'un véritable maître en la matière. Le garçon ne manquait pas de puissance -une qualité dont raffolait la coupe- mais il n'était pas suffisamment entraîné, ce qui n'était pas très étonnant à son âge.

Alors que le jeune brun s'approchait du dragon pour lui dérober son trésor, Loki sentit que la coupe grattait contre ses défenses mentales. Un instant, il crût être face à un Poudlard en flammes, puis la vision se fondit en une Asgard dans un état guère plus reluisant. Il repoussa l'attaque, mais le mal était fait : sa déconcentration momentanée avait entraîné la brûlure de Diggory et sa fuite. L'enfant atteignit les protections à la limite de l'arène juste à temps, un mur de feu s'arrêtant à quelques centimètres de son dos. Loki grogna face à la vision du bras noirci du garçon : il avait besoin de soins, et vite, s'il ne voulait pas perdre l'usage de son membre.

La coupe l'avait eu une fois. Pas deux.

A son grand étonnement, il n'eut pas besoin de protéger la française. Un de ses dons de vélane lui permit d'endormir son adversaire et elle en profita pour s'approcher voler l'œuf. La magie de la coupe s'agita cependant, mécontente de se voir duper, et le souffle chaud du Vert Gallois s'enflamma brusquement. Loki eu juste le temps d'entourer le corps de porcelaine du plus puissant bouclier ignifuge qu'il connaissait avant que l'uniforme bleu roi ne parte en cendre. Il sentit une goutte de sueur rouler le long de son dos alors que la jeune fille quittait la scène, un bras cachant son sexe, l'autre portant l'œuf.

Plus que deux… songea Loki. Il commençait à fatiguer.

Heureusement, le Bulgare était plutôt compétent. Ses sorts étaient précis et il bougeait vite, esquivant les flammes et les coups de pattes de son Boutefeu Chinois. Il avait également la chance d'être tombé sur un dragon dont les yeux étaient sensibles et il en profita d'une manière plutôt intelligente. Son sort de conjonctivite eut une conséquence qu'il n'avait sûrement pas anticipé et qui, si elle lui retira des points au jugement des champions, lui permit d'éviter le même sort que ses prédécesseurs. Le dragon, fou de douleur, écrasa une partie de ses œufs, ce qui entraîna une perte de points, mais contenta la coupe qui s'abreuva des hurlements de souffrance de la bête. L'artefact le laissa donc sortir de l'arène sans tenter de le tuer une fois de plus.

Lorsque le dernier concurrent se présenta, Loki retint son souffle. Ainsi il le rencontrait enfin, le fameux Harry Potter. Après tous les récits de Severus, il s'était figuré un mini-Thor. Mais le garçon était bien plus proche de lui enfant : les cheveux noirs, de grands yeux verts et un corps mince et énergique. Il était également tout à fait incapable d'affronter un dragon. Et très conscient de cet état de fait, au vu de son regard terrifié.

L'enfant se cacha derrière un rocher, pour se protéger des flammes du dragon, et lança un sort d'attraction en direction du parc. Loki observa avec curiosité le rayon lumineux qui semblait chercher quelque-chose. Il rajouta une touche de puissance au sort, lui permettant de trouver finalement un balai camouflé dans un buisson. Le nimbus vola vers son propriétaire à une vitesse effarante qui fit sourire d'amusement le dieu : il semblait pressé d'aider son propriétaire. Finalement, Harry décolla en trombe, s'éloignant rapidement du danger, au grand soulagement de son protecteur invisible qui voyait sa cache devenir de plus en plus petite sous le souffle brûlant du Magyar à pointe.

Le garçon avait en définitive plus d'instinct de préservation que ne lui attribuait Severus. Il avait prévu un plan qui exploitait ses forces et le gardait le plus possible en sécurité. Alors que l'Ase se réjouissait de voir le protégé de son amant en sûreté, il sentit, impuissant, la magie de la coupe forcer brusquement les verrous magiques qui retenait la bête à terre. Le Magyar décolla à la suite d'Harry, et bientôt le gryffondor n'était plus qu'un minuscule point dans le ciel poursuivi par une gigantesque gueule aux dents acérées. Les hurlements de la foule reflétaient parfaitement l'humeur de Loki qui ne pouvait qu'assister à la course-poursuite depuis le plancher des vaches. Il ne savait pas voler.

Heureusement, Harry eut le bon sens de redescendre en piqué pour récupérer l'œuf d'or, permettant l'intervention dans les règles des gardiens de la créature infernale qui n'attendaient que la fin de l'épreuve. Une dizaine de sorciers, accompagnés de Loki qui ne ménageait pas ses efforts, réussirent à fixer de nouveau un compresseur de magie au cou de l'animal, avant de l'enfermer dans une cage renforcée.

Quand Loki pénétra en silence dans la tente des blessés, il rejoignit son amant qui s'activait énergiquement autour du dernier concurrent. Le bras gauche de ce dernier était brûlé, et Severus appliquait une pommade violette à forte odeur sur la blessure noirâtre. Son épaule droite était en sang, laissant deviner une violente collision avec une surface particulièrement dure. Le dieu pariait sur la longue queue sertie de pics du Magyar. Il remarqua le visage livide et les yeux vides de Harry. L'enfant semblait avoir compris qu'il n'avait échappé à la mort que par miracle. Encore une fois. Loki songea que, s'il ne devait en sauver qu'un, ce serait celui-là. Il était bien trop jeune pour mourir dans un tournoi auquel il n'avait même pas désiré participer.

… … … … …

La seconde tâche avait lieu dans le lac. Loki s'y sentait bien plus à l'aise que sous le feu du dragon. Il avait toujours aimé l'eau : il appréciait la fraîcheur du liquide sur sa peau, la légèreté soudaine de son corps et les profondeurs insondables. Avant l'épreuve, il avait passé un long moment à explorer les profondeurs du lac noir, et à s'assurer que le calmar géant ferait tout pour venir en aide aux champions. Le vieux gardien du lac était un allié inestimable pour convaincre le reste de la faune marine. L'Ase n'avait pas peur des tritons qui étaient fidèles à l'école, mais il se méfiait des animaux vicieux qui se cachaient dans les algues. La coupe ne laisserait pas passer une chance de s'en prendre aux concurrents.

Severus ne l'accompagnerait pas dans sa mission. Il devait faire acte de présence dans la tribune réservée aux professeurs et aux officiels. Les délégations n'accepteraient jamais qu'un professeur de Poudlard participe à la protection des champions. Loki était décidé à défendre en priorité le jeune Potter. C'était le plus jeune participant et il était encore loin du niveau de magie nécessaire à la réussite de cette tâche.

Lorsque le coup de sifflet retentit, le dieu fit apparaître trois doubles qu'il chargea de suivre et de protéger Diggory, Krum et Delacour. L'original suivit Harry dans les profondeurs, applaudissant le choix de la branchiflore : le garçon ne pouvait se permettre d'utiliser des sortilèges comme ses rivaux, cela aurait été bien trop épuisant pour son jeune âge, il avait donc fait le choix de se reposer sur une plante qui n'engageait en rien sa puissance magique. C'était remarquablement intelligent, peut-être même un peu trop à la réflexion.

Le sort nécessaire pour maintenir des clones réactifs était épuisant, mais Loki ne voulait pas laisser un jeune sorcier sans protection. Il empêchait efficacement les créatures marines les plus dangereuses de s'approcher du garçon, remerciant mentalement le calmar de l'aide qu'il lui apportait dans sa tâche. Ses clones en faisaient de même pour les autres concurrents, en légèrement moins efficace, mais les trois champions officiels réussissaient à repousser le menu fretin.

La magie de la coupe provoquait des remous dans les profondeurs, encourageant certaines créatures paisibles à attaquer. L'artefact semblait furieux de voir que son plan se heurtait une nouvelle fois à la détermination de Loki. Ce-dernier sentait la fatigue commencer à s'installer dans ses jambes alors que ses réserves de magie diminuaient à une vitesse alarmante. Les clones se faisaient de moins en moins performants et une attaque simultanée sur tous les champions porta ses fruits. La bulle d'air qui entourait Delacour fut sauvagement percée et une dizaine de strangulots agrippèrent ses chevilles, l'entrainant vers le fond. Aussitôt, Loki fit disparaître le clone chargé de la française et se téléporta à ses côtés, laissant Harry à la protection des tritons. Il savait que les créatures protégeraient l'enfant jusqu'à leur mort si nécessaire.

La figure de Fleur était devenue bleue lorsque le dieu se matérialisa à ses côtés. Ses longs cheveux blonds flottaient autour de son beau visage bouffi et ses yeux océans se fermaient. Elle avait cessé de se débattre et se noyait en silence. Sans perdre une seconde, Loki fit bouillir l'eau autour des petites créatures qui fuirent en criant, mais la sorcière ne réagit pas à sa soudaine libération. Il enroula alors son bras autour de la taille fine de la jeune fille et se propulsa vers la surface. Ils crevèrent la vaste étendue d'eau sous les cris de la foule que le dieu ignora consciencieusement, toujours invisible. Il passa une main sur le visage inerte de la vélane et pinça les lèvres sous le manque de souffle le parcourant. Le corps entre ses bras était amorphe, les poumons remplis d'eau. Fleur était morte et l'énergie de la coupe dansait autour d'elle, se délectant de cette fin et de l'impuissance de l'Ase. Ce-dernier n'avait pourtant pas abandonné. Il posa sa main à plat sur la poitrine de la Delacour et envoya une impulsion de magie dans le corps apathique. Fleur convulsa un instant mais ne se réveilla pas.

Une barque s'approchait de leur emplacement pour porter secours à la sorcière dont l'immobilité avait fini par inquiéter les spectateurs. Il n'avait pas beaucoup de temps avant que l'on éloigne la française de lui. Il décida aussi de ne plus prendre de gants et envoya une puissante décharge d'énergie dans le cœur magique de la dépouille. Le corps de Fleur se tendit comme un arc un instant et son cœur recommença à battre violemment. Elle se débattit et vomit une grande quantité de liquide alors que Severus la tirait hors de l'eau. Le professeur fixa une bref instant son compagnon avant de se concentrer sur la blessée. Cette dernière regardait tout autour d'elle, dans un état de panique profond, traumatisée. Sans attendre de voir ce qu'il advenait d'elle, Loki rejoignit Harry.

Le Gryffondor avait été protégé efficacement par les tritons et attendait toujours patiemment les autres concurrents, décidé à ne pas abandonner des otages. Le dieu aurait été rassuré de le voir finir l'épreuve mais, malgré la bonne foi des tritons, il doutait que la coupe ne laisse repartir vivant les otages qui n'auraient pas été sauvés par leur champions respectifs. Elle était déjà bien en colère que la vie de Fleur lui ait échappé, elle ne laisserait pas partir sa sœur sans combattre.

Diggory et Krum se débrouillaient plutôt bien, toujours protégés par un clone, et bientôt ils pénétrèrent le village sous-marin pour délivrer leur prisonnier. En les voyant repartir sans que plus d'obstacles ne se dressent sur leur chemin, l'Ase comprit que la coupe se concentrait maintenant sur le plus jeune compétiteur et les détenus restant. Les tritons se firent plus vindicatifs alors que la fin de l'heure impartie approchait et que les profondeurs s'assombrissaient. Les êtres de l'eau avaient une grande sensibilité et ils devaient sentir la magie menaçante de la coupe qui s'agitait dans les eaux froides. Loki fit disparaitre ses clones alors que Diggory et Krum émergeaient à quelques minutes d'intervalle, soulagé de se retrouver de nouveau complet. Il était fatigué.

Le gong sonna loin au-dessus de la surface et le village fut parcouru d'un courant glacial. Les tritons s'agitèrent, regardant de tous côtés pour déterminer d'où viendrait la menace, et se désintéressant d'Harry. Celui-ci en profita, rassemblant Ron et Gabrielle avant de se projeter vers le haut. Loki salua mentalement son esprit d'initiative et sa détermination à sortir du lac vivant et le suivit à regret. Derrière eux retentissaient les cris de guerre des tritons dont le village était attaqué par des créatures aquatiques enragées, l'esprit aliéné à la coupe. Alors qu'Harry se dirigeait vers la surface, le dieu sentit les effluves du sang des gardiens du lac. Il se refusa à regarder en arrière pour observer le massacre. Il avait fait le choix de protéger le garçon, envers et contre tout.

Le soleil pâle de ce mois de février se rapprochait mais Potter faiblissait de plus en plus. Inquiet, Loki, vit disparaître les pieds palmés, puis les branchies qui lui permettaient de respirer sous l'eau. Comme Fleur auparavant, le jeune Potter se noyait. Il continuait cependant à tirer inébranlablement ses camarades endormis. Severus avait au moins raison sur un point : le Survivant était incroyablement buté. La magie de la coupe flotta un instant autour d'eux, satisfaite, et l'Ase comprit qu'il avait perdu. Vu ses réserves limitées de magie, il avait dû choisir entre sauver les champion et leurs otages ou porter secours au peuple de l'eau. Quel qu'ait été son choix, il y aurait eu un massacre aujourd'hui. Le dieu s'accrocha aux trois jeunes humains et s'efforça de se propulser vers le ciel. Il était épuisé.

Ils percèrent l'eau brutalement et Loki soupira de soulagement lorsqu'Harry prit une profonde inspiration et ouvrit les yeux. Un instant, il eut l'impression que le Survivant le voyait, puis le garçon détourna les yeux vers Ron qui toussait et le moment fut brisé. Les enfants nagèrent jusqu'au ponton où Severus et Pomfresh les attendaient avec des serviettes et des potions de chaleur. Ils étaient sains et saufs.

L'Ase se laissa sombrer, las, vers le village immergé. L'odeur du sang lui chatouilla les narines avant même qu'il ne voit la cité. Les rues étaient envahies de cadavres lacérés et les tritons survivants rassemblaient leurs morts sur la place principale. Le roi prenait appui sur son trident, son bras gauche ruisselant de sang, et observait en silence les cadavres s'amonceler. Les yeux brillants de larmes contenues, il notait les noms des morts sur un parchemin qui ne cessait de s'allonger. Loki voulait partir, abandonner la douleur qui exsudait de ce peuple meurtri, mais il demeura sur place pendant l'énoncé des morts. Il était en parti responsable de ce massacre car il avait choisi de privilégier la vie des élèves plutôt que celle des habitants du lac. On lui avait toujours appris à assumer ses responsabilités et aujourd'hui, il accompagnera les âmes de tous ceux qu'il n'avait pas pu sauver jusqu'aux portes du Valhalla. Aujourd'hui était jour de deuil. Aujourd'hui, la coupe avait gagné.

… … … … …

La troisième tâche prenait place dans un labyrinthe. Severus et Loki avait été suspicieux dès l'annonce du dernier défi qu'allaient affronter les champions. Cela semblait trop facile. La coupe avait laissé les organisateurs choisir les diverses créatures et sortilèges que contenait le gigantesque dédale et n'avait imposé cette fois ci aucun danger mortel. Sa seule exigence avait été un renforcement des limitations de mouvements, ce qui était totalement inutile pour le commun des mortels, mais empêchait Loki de se téléporter pendant l'épreuve. Si les officiels avaient été ravis et soulagés, les deux serpentards se préparaient au pire. A raison.

Ils patrouillaient tous deux inlassablement dans le labyrinthe, cherchant le piège qui devait forcément s'y cacher. Loki sentait l'énergie de la coupe tourbillonner autour d'eux, impatiente. C'était comme si un gros chien avec des crocs immenses bavait sur son épaule. Il n'avait pas créé de clone cette fois-ci. Les participants n'étaient à priori pas en danger pour l'instant, et l'Ase préférait préserver ses ressources magiques pour un scan complet de son environnement. Il laissait donc sa magie le quitter par vague, tentant de détecter une anomalie dans le domaine de Poudlard. Le principal problème, c'est qu'il ne savait pas quoi chercher. Il était donc très lent. Sa plus grande crainte était que la coupe ait décidé de se retourner contre les spectateurs après avoir échoué à atteindre les champions.

Severus, lui, avait planté sa baguette dans le sol entre deux hauts murs verts et avaient fermés les yeux. Loki ne savait pas exactement ce qu'il faisait -à son grand étonnement- mais il sentait de la magie sonder le sol par intermittence. Un instant, le professeur de potion ouvrit grands les yeux, et le Dieu fut stupéfait de les voir entièrement noirs. La pupille avait comme dévoré la moindre parcelle disponible, allant bien au-delà de ce qui était humainement possible.

Un cri retentit soudain et ils se mirent à courir dans la direction d'où il provenait, les yeux de Severus reprenant doucement leur aspect habituel. Alors que le professeur faisait brûler les épaisses murailles vertes qui leur barraient le chemin, ils aperçurent des étincelles rouges s'élever non loin. Lorsqu'ils arrivèrent sur place, Fleur était au sol, sans connaissance. Snape vérifia rapidement son souffle et soupira de soulagement. Après quelques sorts médicaux, il eut la certitude que sa santé n'était pas en danger.

Loki fronçait les sourcils tandis que Severus faisait avaler quelques potions de premiers soins à la jeune française. C'était définitivement étrange que l'étudiante s'en tire à si bon compte, alors qu'elle avait manqué mourir durant les deux tâches précédentes. C'était comme si la coupe tentait de…

Il fut coupé dans ses réflexions par de nouvelles étincelles rouges qui fusèrent dans le ciel à une centaine de mètres d'eux. Un rapide échange de regards leur suffit pour se mettre d'accord et Loki partit dans une nouvelle course folle à travers les haies magnifiquement taillées tandis que Snape soulevait Fleur pour l'emmener en sécurité en dehors du labyrinthe.

Encore une fois, le dieu arriva trop tard et ne put que constater qu'un nouveau concurrent avait été mis hors d'état de nuire. Il posa une main fraiche sur le front de Krum pour s'assurer de sa santé et commença à fouiller ses souvenirs récents. Alors qu'il assistait avec incompréhension à l'attaque vicieuse de Diggory par le Bulgare, sa réflexion précédente repris son cours : c'était comme si la coupe tentait de… de les distraire loin de son véritable objectif.

L'Ase se releva brusquement et abandonna sans remord le corps de l'étudiant assommé. Sans un regard en arrière, il se mit à courir vers le centre du dédale, espérant arriver à temps. Severus avait raison : comment faisait ce gamin pour se mettre constamment dans des situations inextirpables ? Il arriva juste à temps pour voir un Harry Potter blessé attraper d'une main ferme, et avec un sourire soulagé, la coupe à l'origine de cette débâcle. Diggory effectua le mouvement en parfaite synchronisation avec son concurrent. Le gryffondor et le poufsouffle disparurent sans un bruit.

Loki se mit à prier la magie pour que l'un des deux revienne vivant. Il était assez réaliste pour ne pas espérer que les deux survivent.

Quelques heures plus tard, il guidait le jeune Cédric vers le Valhalla. Tout ce à quoi il pouvait penser, à sa grande honte, c'était qu'il était heureux que ce ne soit pas Harry. Severus ne l'aurait pas supporté.


Severus écrasa un poing rageur contre son fauteuil. Loki resta impassible.

« Comment peut-il me demander ça ? Comment peut-il nous demander ça ? On va s'entretuer avant la fin du premier 'cours'. »

Le feu craqua dans la cheminée et Severus lança un regard agacé à l'horloge pendue au mur dont l'aiguille se rapprochait de plus en plus de l'heure où il devrait rejoindre les autres professeurs pour leur réunion de pré-rentrée. Il détestait ces réunions.

« S'il veut que le gamin apprenne l'Occlumencie, qu'il lui apprenne lui-même ! Je n'ai pas signé pour être le professeur particulier de la progéniture de James Potter ! »

Loki ramena ses longs cheveux derrière ses oreilles, s'installa plus profondément dans le fauteuil, et étendit les jambes pour que ses pieds se rapprochent du feu. Sa bague pulsait autour de son doigt, en rythme avec les cris de son amant, et il percevait plus nettement que d'habitude les sentiments qu'elle lui transmettait. C'était toujours ainsi lorsqu'ils ressentaient des émotions fortes, les bijoux qu'ils s'étaient échangés il y a des années rentraient en résonnance avec leur magie et devenaient des petits condensés de leurs émotions. Aujourd'hui, il percevait une sacrée rage mêlée à une bonne dose d'inquiétude. Quand Severus était dans cet état, il n'y avait qu'une chose à faire : attendre que ça passe.

« Même si je lui révélais comment vaincre Voldemort avec un expelliarmus, cet abruti ne m'écouterait pas ! »

… … … … …

La salle de Rowena avait toujours fasciné Loki. Les enchantements entrelacés finement étaient toujours aussi éclatants qu'au premier jour, et la Salle sur Demande resplendissait de mille feux. C'était certainement la plus belle œuvre de la magicienne, la création d'une vie. Si sa Chambre était passée à la postérité dans l'Histoire de Poudlard, la Salle va-et-vient était le joyau oublié de l'école.

Rowena avait toujours insisté pour que sa salle soit un lieu d'apprentissage. Chaque jour, elle demandait à un élève choisi au hasard d'ouvrir la salle et faisait cours en fonction de ce qu'elle y trouvait. Sa capacité d'improvisation et sa pédagogie impressionnait les résidents du château. Certains de ses apprentis avaient tenté de reproduire son chef d'œuvre mais aucun n'avait réussi. Il n'y avait que Rowena pour manier aussi subtilement ses pouvoirs. L'Ase avait trouvé en elle une magicienne à sa mesure. Il était dommage que son espérance de vie soit si petite à cause de sa race. Elle serait née Ase, elle serait devenue la plus grande magicienne de sa génération. S'il était tout à fait honnête, elle l'aurait sans doute surpassé.

Tandis qu'il se remémorait ses longues après-midis passées à débattre avec la créatrice de la maison Serdaigle, Loki pénétra de nouveau les appartements de Severus. Il observa, invisible et silencieux, un elfe de maison du nom de Dobby nettoyer l'âtre de la cheminée. Le petit être marmonnait furieusement pendant son ménage, attirant l'attention de l'invité secret et le tirant de ses pensées nostalgiques. Le nom de Potter le figea net et il tendit une oreille attentive aux injectives de l'elfe. Ce dernier se tordit méchamment les oreilles tout en s'écrasant son pied droit et en maugréant contre le professeur Ombrage.

La nouvelle professeure de Défense avait réussi l'exploit de faire préparer à Severus cinq fournées de poisons tous plus horribles les uns que les autres en deux jours. L'opinion de Loki était donc assez tranchée à son propos. Quiconque était capable de mettre son amant dans cet état gagnait automatiquement une place dans sa liste de personnes à tuer discrètement si Severus était d'accord. Malheureusement le Maître des Potions n'était que rarement d'accord.

Pensif, il suivit le petit être à travers les couloirs, tendant l'oreille pour comprendre le fond du problème. C'était lui qui avait convaincu, des siècles auparavant, une colonie d'elfes de s'installer dans l'école. Ils étaient donc sous sa responsabilité et il ne laisserait personne leur faire du mal. Même une professeure au style incertain et à la voix de crécelle qui avait ses entrées au Ministère. De toute façon, de son temps, le Ministère n'existait pas, et ils ne s'en portaient que mieux.

Alors qu'ils s'approchaient des cuisines, il réussit finalement à comprendre le fin mot de l'histoire à propos de Potter et d'Ombrage. Un sourire malicieux se dessina sur son visage et il inclina son buste pour que sa bouche se trouve presque collée à l'oreille droite de la pauvre créature ignorante. Sa langue d'argent s'agita alors dans un sifflement élégant et feutré :

« L'entrée de la Salle sur Demande de Rowena Serdaigle se trouve au septième étage du château en face de la tapisserie de Barnabas le Follet et ses trolls de compagnie. »

L'elfe sursauta vivement puis releva ses gros yeux brillants vers le plafond du corridor avant de remercier à genoux l'âme de Poudlard d'aider le 'brave et courageux Harry Potter Monsieur'. Loki ricana, se moquant gentiment du petit être qui pleurait maintenant à chaudes larmes en promettant de récurer profondément les toilettes du cinquième étage.

Il quitta ensuite le couloir en souriant. Potter avait maintenant sa salle d'entrainement, et Rowena aurait été ravie de savoir que sa salle allait être de nouveau utilisé pour autre chose qu'un dépotoir. Il irait sans doute assister à une séance de la fameuse A.D. s'il s'ennuyait en attendant Severus. Il rajouterait même sans doute quelques sorts de discrétions sur la pièce pour s'assurer que le crapaud rose ne s'en même pas. On n'est jamais trop prudent avec toutes ces bestioles nuisibles.


Loki était dans sa chambre à Asgard, immobile. Les phalanges croisées sous son menton, il était pensif. La guerre sorcière terrestre prenait de plus en plus d'ampleur, dans l'ombre, et il craignait les répercussions dans les autres communautés magiques. Jusqu'à maintenant, il s'était tenu à l'écart du conflit, mais l'implication de son amant le poussait de plus en plus à y prendre part.

L'Ase avait été horrifié d'apprendre à quel point Voldemort s'était mutilé. Même lui qui utilisait son content de magie noire n'avait jamais envisagé de séparer son âme en différentes parts. L'esprit devenait très instable quand il n'était pas complet, ou envahi, alors le diviser en plusieurs morceaux… C'était un crime qui méritait une punition exemplaire, une punition divine.

Sa décision prise, le jeune prince se décida à aller en parler à son père. La salle du trône était vide, mise à part quelques serviteurs et Odin, ce qui lui sembla une bonne prédisposition. Il s'approcha du roi qui le fixait, imperturbable depuis son entrée dans la salle. Droit, le regard froid, Odin lui semblait immense, et si loin de l'image du père affectueux dont il aurait eu besoin. Loki s'inclina légèrement devant le trône, et attendit que son père lui rende son salut.

« Je suis ici pour vous demander une faveur, père. Il s'agit de Midgard, et de l'école que j'ai aidée à y fonder il y a quelques siècles. »

Odin se pencha légèrement en avant en s'appuyant sur Gungnir. Son œil valide ne quitta pas son fils et sa bouche se tordit en une grimace déçue.

« Bien sûr. Heimdall m'a parlé de ton…aventure avec cet humain. »

Loki recula d'un pas, frappé. Il n'avait jamais pensé que son père était au courant de son histoire avec Severus. Ce n'était pas prévu. Ce n'était pas comme cela qu'il avait prévu d'en parler à sa famille à son père, sa mère et son frère. C'était sa vie, réalisa-t-il, et il n'avait pas envie que n'importe qui puisse le suivre à la trace sans son consentement. Odin ne devait même pas savoir qu'il aimait également les hommes ! Il avait l'impression que quelque chose, un droit, lui avait été arraché. Le droit de décider qui savait et quand. Et cela faisait mal, oui, cela faisait mal de découvrir que même cela, il ne pouvait plus en décider. Serait-il toujours un prince dont les moindres gestes seraient scrutés à la loupe ?

« Loki… » soupira Odin. « Tu dois comprendre que tu ne peux pas résoudre les problèmes d'une civilisation pour elle. Pour qu'elle grandisse, pour qu'elle apprenne, pour qu'elle brille, il faut parfois qu'elle tombe et fasse des erreurs. En tant que prince, ton devoir est d'être présent, de conseiller, de protéger, pas d'être un acteur de la résolution. C'est pour cela que je vous ai envoyé là-bas, Thor et toi, pour que vous enseignez aux futures générations et qu'elles fassent les bons choix. »

En voyant le visage calme et empreint de sagesse d'Odin, Loki comprenait que son père avait déjà pris sa décision. Rien de ce qu'il pourrait dire à propos de Voldemort et des atrocités qu'il commettait ne pourrait le faire changer d'avis. Et Severus, Severus ne comptait pas aux yeux du Père de toutes choses. Ce n'était qu'un humain parmi une multitude.

« Sans régler la situation, je pourrais simplement aider. Former des combattants, m'impliquer dans la stratégie… » tenta Loki en désespoir de cause.

Il sentit qu'il avait fait une erreur quand Odin se redressa de toute sa taille, les yeux sévères.

« Tu n'en feras pas plus que ce que tu fais déjà. Ton implication avec cet humain est bien suffisante. » asséna le roi, qui accompagna ses propos de trois frappes de Gungnir contre le sol d'or, scellant ses propos.

Odin se rassit dans un bruissement de métal et de tissus. Il darda un regard froid sur son cadet avant de se radoucir face à son visage malheureux.

« Loki, qu'importe ce que tu éprouves pour cet homme, tu dois le laisser partir. Les humains ne sont pas faits pour nous. Leur vie est aussi rapide qu'une étoile filante. Ils brillent dans le ciel mais ne font que passer. Nous sommes des planètes qui évoluent à une vitesse si lente. Nos vies sont incompatibles. »

Loki sentit ses yeux le brûler. Il savait qu'il n'y avait que la fatalité qui le liait à Severus, mais se l'entendre dire, c'était autre chose. Il releva la tête fièrement pour affronter le regard de son père.

« Nous savons tous deux que notre temps est limité, votre Majesté. Nous avons simplement décidé ensemble d'en profiter jusqu'à la lie. »

Et c'était vrai. Lui comme Severus savaient que leurs vies ne faisaient que se croiser et qu'elles ne formeraient jamais un unique chemin qu'ils parcourraient à deux. Le professeur de potion n'avait jamais compté survivre réellement à cette guerre, même s'il arrivait qu'il rêvât d'un futur plus calme. Le prince, lui, avait accepté que Severus ne serait qu'une étoile brillante sur son chemin, et pas la moitié qui l'accompagnerait pour l'éternité. Ils s'aimaient, mais l'amour ne pouvait pas franchir certaines barrières.

Loki fit demi-tour, dans un froissement de tissus brodés, et sortit à grands pas de la pièce, sans un mot de plus. Son père venait de condamner son amant, et beaucoup d'autres, à mort, sans hésiter. C'était dans ces cas-là qu'il comprenait qu'il n'était pas prêt à devenir roi. Qu'il espérait qu'il ne serait jamais prêt. Et Thor avec lui.

… … … … …

1996 serait une mauvaise année, Severus en était sûr. Plus, 1996 serait une année catastrophique. L'année de sa mort peut-être. Albus, lui, serait mort d'ici la fin de l'année scolaire en tout cas, sa main noircie et suintante de magie noire ne laissait pas franchement place au doute. Il avait refusé de lui dire comment il s'était blessé, c'était d'autant plus difficile de le soigner.

Dans un autre domaine, il avait enfin obtenu le poste de professeur de Défense. Ce qui aurait dû lui faire plaisir n'était cependant qu'une épine de plus dans son pied. Ecrire des nouveaux cours pour sept niveaux en même temps, ne serait pas de tout repos. Entre le directeur, le Seigneur des Ténèbres et les potions de soins pour l'infirmerie -Pomfresh ne faisait pas confiance à Slughorn- il se voyait difficilement dégager du temps pour ces cours. C'est pour cela qu'il n'avait pas postulé cette année. Et c'est peut-être pour cela qu'il l'avait eu finalement. Dumbledore faisait parfois des choix tellement contre intuitifs.

1996 serait peut-être l'année de sa mort -si ce n'est physique, au moins sous le poids des devoirs- mais en attendant qu'elle ne vienne, Severus préférait fêter cette nouvelle année au côté de son amant. Tant qu'il pourrait, il profiterait de sa présence. L'embrasser à perdre haleine lui faisait oublier la réalité et tous ces petits pions qu'Albus et Tom s'amusaient à bouger sur leur carte du monde sorcier. Severus était un pion majeur, mais il n'était pas irremplaçable, et il le savait.

Loki le soignait à chaque fois qu'il rentrait blessé du manoir Malfoy, il prenait soin de lui avec la douceur de l'habitude. Severus n'avait jamais osé lui demander combien de fois lui avait dû se soigner seul pour arriver à ce niveau de maîtrise tranquille. Il se contentait de laisser tomber son masque d'indifférence dans cette intimité étrange mais douce qui s'était installé entre eux. En retour, Loki semblait toujours plus détendu. C'était comme si soigner quelqu'un d'autre lui faisait du bien.

Et toutes les nuits, lorsque les flammes se mourraient et que Severus se coulait dans les bras de Loki, le serment inviolable prêté à Narcissa le hantait. L'air tranquille d'Albus lorsqu'il lui en avait parlé le terrifiait plus que tout le reste. Qu'est-ce que le vieux mourant allait encore lui demander ? N'avait-il pas déjà suffisamment sacrifié pour la cause ? Ne continuait-il pas à le faire en refusant la porte de sortie facile que lui proposait Loki ? Mais Albus ne connaissait pas ses sacrifices actuels, il ne savait rien de Loki, et Severus ferait tout pour que cela continue ainsi. Il avait déjà sacrifié un amour pour une cause. Ça n'arriverait pas une deuxième fois.

… … … … …

Albus avait révélé à Severus ses projets pour Potter. Il ne savait pas pourquoi il avait été étonné finalement. Il avait eu beau hurler comme un beau diable, rien n'y avait fait. Le directeur restait ferme dans ses décisions. Et d'un certain point de vue, il comprenait que c'était la meilleure solution. Mais cela n'arriverait pas avec lui en charge de la protection du garçon.

Dans son appartement, face à Loki, il avait craqué. Ensemble, ils vidèrent une bouteille de Whisky en l'honneur du garçon que Severus avait juré de protéger plus de quinze ans plus tôt, et qu'il se retrouvait à devoir conduire à l'abattoir. Loki comprenait l'importance stratégique de la mort de l'enfant dans cette petite guerre, mais il ne voyait que les larmes immobiles dans les yeux de son amant. Et ces larmes lui donnaient envie de faire exactement le contraire de ce qui était attendu. On ne change pas sa nature serpentarde du jour au lendemain.

« Et si tu refusais ? Laisse-le mourir de sa mort naturelle de vieillard empoisonné à la magie, et partons loin avec le gamin. »

Le regard troublé par l'alcool, Severus considéra l'idée.

« Si on reste sur Terre, Albus nous retrouvera. De toute façon, Potter refusera de partir. C'est un gryffondor, il sera fidèle à ses amis et à son mentor qu'importe s'il doit en mourir.

- Il ne peut pas être aussi dénué d'instinct de conservation !

- Il l'est. » Cela clôtura l'idée de fuite avant même qu'elle ait véritablement le temps de s'épanouir.

Severus sembla songeur un temps, ses paupières tombant de sommeil alors qu'il luttait pour se redresser et regarder son amant dans les yeux.

« Toi. Tu es un Dieu. Qu'importe toutes ces histoires, tu as le pouvoir d'intervenir. »

Loki esquissa une grimace.

« Si tu es prêt à ce qu'Odin s'immisce dans les affaires sorcières et tue tout le monde pour faire le ménage… Il m'a interdit encore ce mois-ci d'interférer dans votre guerre. »

La tête de Severus retomba sur le tapis de dépit dans un bruit sourd. Il ramena sa cape sous sa tête pour former un petit oreiller avant de fermer les yeux. Quelques minutes plus tard, il les rouvrit, à moitié endormi, avant de murmurer :

« Sauve-le garçon, s'il te plait. »

Il n'attendit aucune réponse et s'endormit. Dans le silence de l'appartement, Loki se leva pour prendre son amant et ami dans ses bras et le porter jusqu'à son lit. Il le déposa délicatement sur le matelas et le recouvrit de ses draps avant de se glisser à ses côtés et de l'embrasser sur le front.

« Je te le promets. »


Le poste de directeur rongeait Severus. Il sentait peser sur lui le regard des autres professeurs, lourds de colère. Leur rancœur le blessait plus qu'il ne l'aurait pensé. L'air de défi perpétuel de Minerva lui rappelait les mauvais souvenirs de James Potter, roi de Poudlard. Connaître son rôle-clef dans la guerre lui permettait de tenir, mais cacher à son véritable camp son allégeance augmentait son ressentiment envers l'ancien directeur. Était-ce vraiment nécessaire que tout le monde le crût coupable ?

Le Seigneur des Ténèbres attendait des résultats dans l'éducation des futures troupes et il avait envoyé deux psychopathes, les Carrow, l'aider à diriger l'école. Tenir en laisse les deux dangers publics sans s'attirer leur foudre était mission impossible. Heureusement, le reste de l'école filait droit. Il savait bien qu'il y avait des réunions informelles contre le régime de terreur du Lord, les portraits du bureau directorial le tenaient au courant. Mais tant que cela ne remontait pas à d'autres oreilles que les siennes, il considérerait qu'ils étaient suffisamment prudents pour obtenir le droit de continuer.

L'année allait être longue, le temps que Potter ne détruise les Horcruxes restants. Il ne savait même pas combien il y en avait, Albus n'avait jamais voulu lui révéler le nombre total d'objets ensorcelés. En attendant le jour béni ou saint Potter réapparaitrait avec sa mission achevée et où Severus devra le mettre au courant de son fantastique destin, le nouveau directeur tenterait de protéger les élèves.

C'était la dernière mission qui lui avait été confié. Protéger les élèves.

Après cela, il ne lui resterait que Loki. Et ce serait le bonheur.

Il n'avait jamais été très doué pour le déni.

… … … … …

Loki était en plein entrainement à Asgard quand il sentit sa main gauche réagir à la magie de la bague que Severus lui avait offerte, des années plus tôt. Un sentiment de grande souffrance le parcourut d'un coup et, un instant, c'était comme si sa gorge s'était ouverte en deux et que son sang bouillait dans ses veines. Reprenant ses esprits et évitant la charge grotesque de Hogun, il s'empressa de mettre l'homme hors d'état de nuire avec sa magie. Aussitôt, plusieurs soldats le huèrent pour sa défense de 'femelle' mais il les ignora et s'éloigna de l'arène de combat au pas de course. Son frère le suivait tant bien que mal en l'appelant pour connaître les raisons de son départ et Loki s'empressa de se rendre invisible pour lui échapper. En quelques tours, il était dans sa chambre, puis en quelques autres, il apparut dans les quartiers de Severus. Vides.

Il paniqua alors, laissant sa magie parcourir le château et les alentours pour le retrouver. Il se laissa porter par le courant magique et apparut silencieusement dans une vieille masure du village près de l'école. Le temps qu'il ne retrouve son amant, ce-dernier était déjà perdu, au bord du précipice. Il sentit l'âme se détacher du corps sans pouvoir rien faire, les liens rompant les uns après les autres alors que l'homme utilisait son dernier souffle pour guider un Harry Potter hésitant. Il était toujours invisible aux yeux des mortels, pourtant, il sentit les yeux de Severus se visser au sien avec la même force incroyable qu'il avait toujours eue. Un sourire triste se dessina sur le visage de Loki alors que son corps redevenait visible. Son regard ne quitta pas son amant jusqu'à ce que les paupières de celui-ci ne se ferment définitivement. Une unique larme coula le long de la joue du dieu, elle était rouge sang. Il l'essuya avec le coin de sa manche, ce n'était pas le moment de s'éterniser, Severus lui avait confié une mission. Ils savaient tous deux que cela finirait par arriver.

Loki avança alors de deux pas en silence et plaça une main ferme sur l'épaule du garçon Potter. Celui-ci sursauta vivement au contact, et l'Ase se retrouva finalement avec une baguette pointée entre les deux yeux. Les yeux vert émeraude si semblables aux siens s'écarquillèrent un bref instant en ne le reconnaissant pas, mais Loki ne lui laissa pas le temps de se reprendre et écarta la baguette comme s'il ne s'agissait que d'une brindille sans importance.

« Je te conseille d'aller dans le bureau de Severus. Tu trouveras le nécessaire pour visionner ce qu'il t'a confié. » Avant qu'il ne puisse répondre quoi ce que ce soit, Loki fit demi-tour et se fondit dans la brume. Ce n'était pas encore le moment pour les explications, il patienterait.

… … … … …

Severus avait eu raison. Le Potter n'avait rien de Serpentard et cet imbécile se dirigeait droit vers sa propre mort, malgré tous les plans savants de Snape pour lui sauver la mise. Le professeur de potion avait été jusqu'à négocier avec les gobelins pour qu'ils le sortent en toute discrétion d'Angleterre. Il n'avait qu'à se rendre à Gringotts et on l'exfiltrerait en France avec un joli petit paquet de gallions. Toute cette partie du plan n'avait été créé qu'à l'insistance de Loki, Severus étant persuadé qu'Harry n'abandonnerait jamais son combat. A raison visiblement.

Le garçon avançait dans la forêt sous le couvert d'une cape d'invisibilité que Loki ne tarda pas à reconnaître. L'étoffe brillait pour lui comme le soleil au milieu d'un ciel parfaitement dégagé. Elle faisait partie, sans aucun doute, des trois reliques Asgardiennes perdues. C'était un conte que l'on racontait au petits Ases pour les effrayer. Lui-même et Thor avaient été terrifiés par l'histoire plus jeunes : trois reliques, perdues quelque part dans le vaste univers, et qui n'attendaient qu'un unique utilisateur pour se retourner contre leurs propriétaires originels. Si on les réunissait, elles rendaient leur porteur immortel et augmentait drastiquement sa puissance, il pouvait alors s'attaquer sans relâche au Royaume d'Asgard.

Plus tard, ils avaient compris que, même un puissant sorcier armé de ces artefacts mythiques ne ferait pas le poids face à la puissance et au nombre de l'armée d'immortels d'Asgard. Ce n'était que trois outils extrêmement puissants : un pour se cacher, un pour atteindre les morts et un pour canaliser de la puissance magique brute. Tous plus inutiles les uns que les autres aux yeux de Loki : sa magie était bien plus puissante que ces jouets. Ils formaient ensemble une collection intéressante, mais leurs propriétés n'avaient rien de miraculeux.

Mais Potter avait un de ces jouets en sa possession, et au-delà de comprendre comment l'artefact avait réussi à tomber dans cette dimension, Loki commençait à voir un plan plus vaste se dessiner. Il y avait peu de chance que les deux autres reliques soient tombées loin de la première, et avec les tours que le destin s'amusait à jouer, elles devaient toutes être assez proches d'ici. C'était à se demander comment ce monde n'avait pas encore implosé sous la puissance que lui infligeaient les reliques. Enfin, si le garçon les obtenait toutes, il y avait peut-être moyen de redistribuer les cartes de façon intéressante. Son but final était de garder l'enfant en vie, comme le lui avait demandé Severus.

Harry s'arrêta dans une clairière et rabattit la capuche de sa cape, toujours inconscient de l'ombre qui le suivait. Il fouilla un instant dans sa poche, et en retira une bague en argent sertie d'une pierre carré et noire. Loki sentit son cœur s'accélérer lorsqu'il entendit la mélodie qui s'élevait de la pierre. Il entendait littéralement les défunts chanter et chuchoter autour de l'artefact. Celui-ci était plus impressionnant que le précédent. Au moins, le garçon avait deux des artefacts nécessaires au plan que Loki commençait à mettre en place. Alors qu'Harry avait une conversation sans grand intérêt avec des fantômes, le magicien laissa sa magie s'étendre autour de lui dans le but de trouver la dernière relique.

Si deux d'entre elles étaient déjà présentes, la dernière ne devait pas se trouver bien loin, ces choses ne se séparaient jamais vraiment longtemps et avaient tendance à toujours voyager ensemble. Oui, Loki considérait que ces reliques avaient une conscience : tout ce qui avait été conservé à Asgard un temps se retrouvait imprégné de magie au point de développer le plus souvent un esprit propre. Mjolnir en était un exemple parfait.

Sans réelle difficulté, Severus détermina l'emplacement de la dernière relique. Celle-ci devait apporter le pouvoir, il était curieux de la voir en action. Avec satisfaction, il assista au départ d'Harry dans la direction exacte où se trouvait l'artefact légendaire, tout semblait se passer sous les meilleurs auspices pour l'instant. Il le suivit en silence.

Plus, ils s'approchaient de la clairière bruyante où s'étaient attroupés les Mangemorts, plus Loki voyait les poings d'Harry se serrer. Il haussa les sourcils : enfin un peu d'instinct de conservation, le gamin ne semblait pas si presser que cela de mourir finalement. Cela ne l'empêchait pas d'avancer, mais il ralentissait son pas. Alors qu'ils arrivaient à la limite après laquelle sa cape d'invisibilité serait essentielle pour ne pas se faire voir tout de suite, Loki posa sa main sur l'épaule du garçon. Ce n'était pas vraiment prévu à l'origine mais…personne ne devrait avoir à avancer seul vers sa mort, Loki voulait qu'il sache qu'il serait là.

Comme dans la cabane hurlante, il finit avec une baguette pointée dans sa direction en un instant. Il admira le reflexe et le complimenta intérieurement pour ne pas avoir hurlé de surprise. Le garçon le fixa à travers ses lunettes sales, furieux.

« Qu'est-ce que vous fichez encore là ? » murmura-t-il d'un ton sec, lançant un regard furtif derrière son épaule.

« Je voulais juste que tu saches que je serai là

-Vous allez-vous faire tuer. C'est tout ce que vous allez réussir à faire. » répondit-il furieusement, le bras tenant la baguette s'abaissant doucement. « Vous devriez partir maintenant, avant qu'ils ne vous voient. »

« Ne t'inquiète pas pour moi, ils ne me verront pas. Tu es sûr de ne pas vouloir partir en France ? »

Seul un regard courroucé lui répondit, puis le garçon se remit en route, capuchon rabattu. Il le suivit et, alors qu'ils s'avançaient vers Voldemort, il posa une main réconfortante sur son épaule. Le corps d'abord tendu d'Harry se relaxa légèrement au contact, comme s'il avait besoin que quelqu'un le guide pour ses derniers pas. Malgré lui, Loki admira l'esprit de sacrifice de l'enfant qui le faisait se tenir droit, face à son futur assassin. Severus l'avait protégé par devoir avant tout. Loki le ferait car, même s'il ne le comprenait pas, il admirait cet adolescent mal fagoté qui était capable de se sacrifier pour sa cause à l'aube de sa vie. Ce n'était pas n'importe quelle âme qui était là, elle avait gagné le droit d'utiliser les mythiques artefacts perdus d'Asgard.

Alors que la troisième relique roulait entre les doigts de celui qui se faisait appeler Voldemort, Loki la sentit l'appeler, comme ses sœurs avant elle. Comme dans un rêve, les longs doigts osseux se resserrèrent autour de la baguette avant qu'un jet de magie de couleur verte ne s'en échappe, filant droit vers Harry. Loki s'assura que sa trajectoire se rectifie pour frapper pile la cicatrice de l'enfant, en plein centre de sa connexion avec l'Horcruxe. Il lia également la magie du plus jeune à celles des reliques de façon irrémédiable. La baguette de Sureau fendit l'air à la suite du sort de la mort avant de se planter dans le cœur du gryffondor, la bague à son doigt se mit à fondre et la cape s'effrita en milles fragments qui s'éparpillèrent aux alentours.

Il n'y avait plus qu'à attendre.

… … … … …

Il avait toujours su que son temps avec Severus était limité. Quelque-part, même sans son immortalité, il aurait été très improbable qu'ils ne finissent leur vies ensemble. Non pas qu'ils ne s'aimaient pas assez, au contraire, mais ils étaient tous les deux des êtres beaucoup trop habitués à se frotter aux dangers pour rester entier bien longtemps. Son cœur avait espéré qu'avec l'espérance de vie des sorciers, il puisse profiter de son amant plus longtemps, mais il avait rapidement fallu se rendre à l'évidence. Deux minuscules décennies de vie à peine. Un temps si court qui pourtant avait tout changé.

Le deuil de l'être aimé était une sensation étrange. Il s'était d'abord senti vide, plus vide qu'il n'aurait jamais cru pouvoir se sentir. C'était comme si le sens de l'univers avait disparu à ses yeux pour ne laisser qu'un gouffre sans fond. Et puis, au-delà de tout ce vide, un regard émeraude avait surgi et il s'était accroché à lui comme à une bouée.

Harry Potter, le gamin chétif que son Severus avait mis tant d'énergie à sauver. L'enfant qui avait recueilli les larmes de son amant pour découvrir son destin. Le garçon qui, de ses mains maladroites, avait tenté de sauver son professeur honni en compressant la plaie béante à son cou. Le Survivant l'avait trouvé après la bataille et l'avait accompagné à la recherche de la dépouille. Ensemble, ils avaient remonté le cadavre de la cabane hurlante, puis le garçon l'avait suivi dans la forêt. Ils avaient marché longtemps, sans un bruit, puis Loki s'était arrêté dans une petite clairière. C'était là qu'ils avaient enterré l'homme, et l'Ase avait recouvert la sépulture d'un impressionnant monticule de glace givrée qui reflétait le soleil dans toutes les directions. La glace conserverait le corps et ne fondrait jamais.

Dans un état second, Loki avait raccompagné Harry à la frontière entre la forêt et le parc du château. Il l'avait laissé là avant de faire demi-tour, pour retourner veiller celui qu'il aimait. Il était resté au chevet de la gangue de glace trois jours et trois nuits, l'esprit perdu dans le brouillard. Dans sa tête se rejouait sans cesse l'instant où il avait compris que son amant était en danger de mort, l'instant où il avait senti les protections autour de sa bague vaciller, avant de s'éteindre doucement. Si seulement il avait réagi plus vite !

Au matin du quatrième jour, il avait découvert avec surprise qu'Harry était revenu. Seul, les cheveux ébouriffés et vêtu d'un jean qui avait vécu des jours meilleurs, il l'avait rejoint au chevet de la tombe. Ils avaient passé la journée dans un silence de recueillement. Le lendemain, il était de nouveau là. Le surlendemain aussi. Et ainsi de suite. Jour après jour, Potter s'assaillait à ses côtés et restait immobile.

Une semaine passa, et un matin, le garçon passa à l'action : il lui tendit une vieille pierre fendue en son milieu et ornée d'un symbole mystérieux. Il savait le pouvoir de la pierre. Même brisée, il l'entendait chanter la lente complainte des âmes mortes. Mais il savait aussi que ce n'était pas la solution : le Severus mort n'était pas le Severus vivant, c'était deux personnes différentes dotées de la même âme. C'était du Severus vivant qu'il portait le deuil. Le mort, il aurait tout loisir de le découvrir à Helheim si l'envie lui prenait. Mais ce ne serait plus la même personne. Harry ne savait pas tout ça bien sûr, il lui restait beaucoup à apprendre, mais le geste le toucha. Loki referma donc la paume du garçon autour de la pierre, la refusant avec un sourire triste. Il comprenait cependant qu'il avait passé assez de temps à se lamenter. Il fallait avancer. Severus aurait été furieux de le savoir encore là.

Ce soir-là, il rentra avec Harry au château. Loki fut horrifié de constater l'état de ruine du bâtiment qu'il avait contribué à construire. Après quelques minutes de marche dans les couloirs dévastés et vides, il prit une décision. Ignorant le jeune garçon, il s'arrêta dans un petit hall, à un embranchement de couloir, et repéra une des minuscules gravures fourchelangues qu'il avait inscrit dans la pierre des siècles auparavant. Il sortit une fine dague de sa botte et se trancha la paume sans fléchir. Le sang gouttait lentement sur le sol qui semblait le boire. Il appliqua sa main contre la gravure et ferma les yeux, rassemblant sa magie avant de l'étendre dans tout le château. Il sentit la magie de l'édifice lui répondre faiblement avant de s'éteindre, épuisée.

Potter était étonnamment silencieux à ses côtés, mais il ne put retenir une exclamation lorsque le sol se mit à trembler. La poussière, les gravats et les cendres s'élevèrent dans un bruit sourd à travers toute la vieille école. Une goutte de sueur coula le long de la tempe du dieu tandis que sa magie ordonnait aux éléments de reprendre leur juste place. Les murs reprenaient forme, les vitres se réparaient, les escaliers tournaient dans tous les sens…le château se relevait. Loki rouvrit les yeux pour croiser ceux brillants d'admiration d'Harry. Il se rappela brièvement que le gamin considérait l'établissement comme sa maison avant de se replonger dans la magie de Poudlard. Il répara les protections et insuffla une nouvelle flamme de vie dans le bâtiment. Tout était comme neuf.

Loki repoussa ses cheveux en arrière, révélant son front luisant de sueur après l'effort. Il acquiesça devant les réparations, satisfait. Rowena aurait été fière de lui, il respectait ses promesses. Même la Salle sur Demande était comme neuve. Severus tenait à l'école, il aurait été heureux de la savoir reconstruite à l'identique. Au moment de quitter le hall, il arrêta le garçon et lui tendit la bague qu'il avait enchantée des années plus tôt pour Severus.

« Si tu as besoin de moi un jour, sers la fort dans ta paume et appelle-moi.

- Je ne sais même pas comment vous vous nommez, Monsieur. » répondit l'enfant en écarquillant ses grands yeux verts.

« Appelle-moi Loki, alors. » répondit l'Ase avec un clin d'œil. Il disparut ensuite vers Asgard, laissant Harry Potter fixer avec ébahissement le lieu de sa disparition. Il avait passé suffisamment de temps sur Terre pour les dix prochaines années au moins. Le prochain directeur de Serpentard attendra, lui aussi avait le droit à des vacances. Il fallait qu'il passe à autre chose.


Bien des années plus tard, un Harry Potter de 67 ans qui n'en paraissait pas plus de 22, serra dans sa main la fine bague noire qu'il portait en pendentif depuis les évènements de la seconde guerre sorcière. Il murmura par trois fois le prénom Loki, avant que ce dernier n'apparaisse, un sourire triste sur le visage.

« Vous pouvez m'emmener loin d'ici ? »

Il savait que condamner le gamin à la vie éternelle ne serait pas une sinécure.


Notes de l'auteur :

-Les souvenirs transmis par Severus sont les mêmes que canon, plus quelques-uns à propos de Loki et de son aide apportée pour protéger Harry. Cela permet à Harry d'avoir rapidement confiance dans Loki. Harry se doute qu'ils ont été ensemble, et il se doute que Loki n'est pas humain. Mais il ne sait pas DU TOUT qu'il vient littéralement d'un autre monde.

-Harry est bien devenu Maître de la Mort. Pour lui, cela veut juste dire qu'il est immortel et plus puissant qu'avant. Il a absorbé les reliques, mais peut les faire apparaître s'il le veut. S'il tente de s'en débarrasser (il l'a fait, vous vous en doutez !), elles reviennent toujours dans son cœur magique. S'il veut, il peut donc les prêter, et c'est ce qu'il a tenté de faire pour Loki en lui prêtant la pierre.

-La guerre s'est finie comme dans le bouquin, sauf que Voldy a dû piquer la baguette de quelqu'un pour tenter de tuer Harry. Mais notre Ryry préféré l'a bien tué avec un expelliarmus. Il était certes beaucoup plus puissant après sa 'mort' mais il n'avait pas encore appris à canaliser cette puissance donc elle ne lui servait à rien.

-Loki est bien entendu triste de la mort de Severus. Mais il s'était préparé à ce que cela arrive un jour. Après tout il n'avait pas exactement la même espérance de vie. Disons que dans son esprit ils ont passé un super bout de chemin ensemble, et il aurait bien aimé que cela dure plus longtemps, mais il faut qu'il continue sa vie. Cela aurait été plus difficile si cela s'était passé dans l'autre sens, car Severus n'a jamais envisagé de perdre Loki de son vivant.

-Après la guerre, j'imagine Harry sortir avec Ginny, mais peu à peu ils se séparent car Harry ne vieillit pas. Il ne se sent donc pas prêt à devenir père. En fait, dans l'idée que je m'en fais, il vieillit mais TRES TRES TRES lentement. Comme les Ases en fait.

-Loki n'a jamais cherché à prendre le contrôle de la Terre, en souvenir de son amitié avec Rowena et Merlin et de son amour pour Severus. A la place, il a simplement soutenu son frère et son désir de devenir roi. Lui-même a perdu ce désir définitivement le jour où Odin lui a interdit d'intervenir dans la guerre sorcière.

-Odin a finalement révélé son adoption à Loki dans les années 2030, et étrangement, Loki l'a bien mieux accepté que dans les films. D'une part parce qu'Odin le lui a révélé lui-même, d'autre part car sa vie avec les sorciers de Midgard lui avait appris à accepter les différentes créatures magiques.

-Comme vous l'aurez compris, à la fin, Harry en a marre de sa vie d'éternel adolescent de 18 ans. Il parait un peu plus vieux à cause des épreuves vécues dans sa jeunesse mais il n'a pas pris une ride depuis qu'il est devenu maître de la mort. Libre à vous d'imaginer dans quel monde Loki va l'embarquer, s'il va l'accompagner...

-Dans l'absolu, j'avais prévu que dans longtemps -genre TRES longtemps- Harry et Loki sortent ensemble.