Yo ! Voici enfin la fic kuroaka qui va de paire avec mon OS atsuhina UA uni (aussi rebatisé la fic F comme Filosophie)(ou bien la fic avec Kuroo du ciné-club). La fic en question c'est Le solstice mange les ultimatums et NON je ne sais pas ce que j'ai fumé avant de sortir ce titre

Tout ça pour dire que ça fait pas mal de temps que je suis dessus et que oui, vous pouvez la lire sans avoir lu l'autre (pour résumer ce qu'il se passe dans la première parce qu'il y a quand même des références : Atsumu se retrouve confronté au ciné-club qui possède une vidéo compromettante de lui (où il avoue qu'il kiffe Hinata) parce qu'il a été filmé à son insu par une caméra cachée. Comme Kuroo et Daishou (du ciné-club) sont des fdp ils font tourner la rumeur. Et aussi Atsumu arrête de se teindre les cheveux, ce qui entraîne moult malentendus plutôt marrants). Bref j'arrête de parler d'Atsumu because it ain't about him

J'espère que vous aimerez cet OS ! Le kuroaka c'est mon OTP ils méritent plus d'amour, SOUTENEZ-LES, et croyez-moi j'en ai pas terminé avec ce pairing

warning : 100 pour cent de pining et de Akaashi Qui Réfléchit, je sais pas pourquoi ce truc fait plus de 13k il faisait genre 5k et d'un coup POOF 13k ? Like calm down bitch. Daishou est présent mais il ne sert à rien, j'avais juste besoin d'insulter quelqu'un. Oui ça parle encore de cinéma mais allez-y appelez la police j'attends que ça

Si vous cherchez un fond musical l'album Jinx de Crumb est très cool et très chill i LOVE it j'ai pas mal écrit en l'écoutant !

Bonne lecture ! :)


Akaashi regarde la caméra en se demandant ce que son regard traduit. Il règne dans la pièce une atmosphère morne qui appartient à une journée fantomatique, comme si un orchestre venait de se dissoudre et de laisser derrière lui une solitude fébrile. Mais la salle est vide. C'est un de ces quatre jours par semaine où le ciné-club devrait se réunir dans la soirée. En attendant, les vibrations n'appartiennent qu'à lui, il n'y a rien de plus vivant.

La caméra est posée en évidence, c'est étrange que personne ne l'ait jamais touchée. Ce n'est pas un bel objet, comme sorti de ces films des années quatre-vingt que Kuroo aime tant, mais plutôt une sorte de version évoluée de la webcam qu'il utilise parfois pour les FaceTimes avec Bokuto. Elle est petite, noir mat, à moitié voilée par une vague de poussière. Son objectif, en revanche, est propre, clair, l'iris d'un animal sauvage. Kuroo vante sa qualité d'image, donc ça ne doit pas être trop mauvais. Il a l'air de prendre tout cela très à cœur.

C'est la pause midi. Un frisson de printemps parfume les couloirs. En passant les mains sont les vitres, on peut ressentir une saison qui reprend son souffle. Akaashi est happé par la sensation rien qu'en l'imaginant. Ses jambes l'ont conduit jusqu'à la salle secrète du bâtiment F sans que la moindre graine de réflexion ne le retienne en arrière. Un pied glissé dans la salle qu'il regrette déjà. Kuroo verra qu'il sera venu. Et qu'il sera venu pour ne rien faire, car il est attendu pour déjeuner. Que voulait-il faire, déjà ? Une déclaration sans commencement et sans fin, perdue dans le temps, que Kuroo ne pourra jamais saisir. Il retient un demi-sourire.

Qu'est-ce qui intéresse les scientifiques ? Les chiffres ? L'odeur du labo de chimie, le désinfectant et les gants en plastique ? Le système solaire ?

— Ma planète préférée, dit Akaashi d'un ton froid, détaché, impersonnel. Vénus.

Il penche la tête avec politesse, et quitte la salle, animé par une frustration incompréhensible.

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De l'arrivée de la chaleur naît une complicité mélancolique avec le paysage qui, le reste de l'année, n'est qu'un tableau vide et inaccessible. C'est comme réapprendre un sport, en quelque sorte ; on se rend compte que l'on peut faire ça et ça, que l'on peut s'asseoir là, sur ce carré d'herbe, que l'on peut observer les fleurs avaler le Soleil, que l'on peut siffloter sans qu'on nous entende. Tout le monde réalise qu'il y a un dehors tout aussi brillant que l'été dernier. Et tout le monde s'y rue, cela va sans dire.

Akaashi aime le campus à cette période de l'année. Il aime l'idée d'un dehors. Contrairement à ce qui est parfois dit, le dehors peut être tout aussi intime et introspectif que le dedans. Il s'assoit sur les bancs près du self le jeudi midi, quand il n'a pas cours avant quinze heures. Quand il n'est pas trop occupé à penser à la caméra de Kuroo, il se met à lire. Les mots s'imprègnent différemment, quand ils ne sont pas restreints par des murs, un plafond, un sol. Une lumière bleuie par les toits des bâtiments trempe la scène. Akaashi se dit qu'il a envie de prendre un bain.

Kuroo ne sort pas beaucoup. Il est techniquement possible de réaliser une carte gardant compte de tous ses déplacements, mais Akaashi ne la fera pas : ce serait signe d'une obsession malsaine, par ailleurs, il n'a pas le temps de jouer aux espions. D'après ses observations et sans aller jusqu'à une carte, Kuroo voyage du bâtiment G au bâtiment F plusieurs fois par jour, et passe ses soirées au dortoir ou bien dans des bars, bien que ce dernier cas se montre plus rare. Peut-être est-ce la charge de travail qui augmente avec les années ; peut-être qu'il a décidé de s'en remettre au cinéma japonais. Ça n'a pas vraiment d'importance. Akaashi préfère la salle du ciné-club à n'importe quel bar. Ils projettent des films de Kobayashi sur le mur et s'éventent avec ce qu'ils trouvent autour d'eux. Des bouteilles d'eau à moitié vides traînent sur la table. Parfois, il arrive que Daishou en renverse une sur Kuroo pour tirer de lui une réaction. Ça ne se termine pas toujours très bien.

Quand la salle du ciné-club est plongée dans le noir, c'est qu'il est trop tard pour partir. La sueur lui collera le dos et ses paupières seront engourdies, les dialogues du film s'ancreront dans son esprit sans qu'il ne demande rien. Ne laisse pas passer cet instant. Tu m'as bien tué une fois, tu discutais de mon enterrement. Laisse-le dormir. Il a une vie si triste. Prête-moi cinquante mille yens pour acheter un frigo. Les paumes ouvertes, il observera Kuroo et les reflets oscillants dans ses yeux. Ils auront perdu leur couleur, bien sûr. Il n'y aura plus que du noir, du blanc, du gris. La sensation d'étouffer sous l'émotion. Ça, c'est intime. C'est le plus intime qu'il puisse faire.

Peut-être que c'est la chaleur qui les change, qui les déforme. Akaashi a envie de tout et de rien à la fois. Il n'a plus envie de bouger, mais souhaite explorer le monde. Il veut un silence bruyant, un bourdonnement au fond de la poitrine. Il veut la méditation de la lecture. Que le monde lui appartienne mais qu'il n'en porte aucune responsabilité. Il observe, au loin, les lèvres de Kuroo prononcer des mots qui ne traversent pas la pièce. Elles sont comme n'importe quelles lèvres, mais en plus belles. Il veut ça, aussi.

La caméra enregistre ses regards, alors il s'intéresse à autre chose. Dans le coin de la pièce, une ombre qui ressemble à une poupée l'observe. Le film est terminé depuis plus d'une heure, alors il attrape son livre et il s'en va.

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Miya (celui qui le laisse indifférent) n'arrête pas de passer pour demander à récupérer on ne sait quoi. Il paraît qu'une rumeur court sur lui et Hinata, et il paraît que ça le met dans tous ses états. Akaashi lui trouve le charme d'un pot pourri. On dirait que de vieilles émotions s'accrochent à lui et embaument les pièces qu'il traverse. C'est aussi parce qu'il arrange ses cheveux bizarrement et que certaines mèches lui rappellent des pétales séchés.

La veille, Akaashi a croisé Miya (celui qui vend secrètement des onigiri) et lui a commandé trois portions. Il a pensé que ça en ferait deux pour lui et une pour Kuroo, mais il n'en est au final pas si sûr que ça. Kuroo a étalé trois livres de maths sur la table et éparpillé ses cours jusqu'au sol. Les fiches semblent classées selon un système très complexe, insaisissable aux yeux d'un individu autre que lui-même (Daishou a tenté d'en échanger quelques-unes de place et s'est retrouvé avec une manche colorée de feutre rouge. Depuis il boude et s'amuse à trouver le plus de synonymes possible au mot idiot à l'autre bout de la pièce). Il suppose qu'ils ne regarderont aucun film, ce soir.

— Kuroo. Tu devrais réviser dans ta chambre. Il fait trop chaud, ici.

La salle secrète du bâtiment F est restée inaperçue pour une bonne raison. Pas de climatisation, peu d'espace, entourée par les philosophes. Akaashi les évite comme la peste. Il est trop fier pour laisser quelqu'un d'autre que lui-même remettre en cause son existence.

— Pas le temps, réplique Kuroo. Mon paragraphe.

— Pauvre d'esprit, corniaud, gourdiglot, marmonne Daishou depuis l'autre bout de la pièce (il doit être à une vingtaine de synonymes).

— Ton paragraphe s'écrira aussi bien dans un environnement convenable, fait remarquer Akaashi.

La réponse de Kuroo est à cheval entre un marmonnement affirmatif et une mauvaise imitation de vache.

— Une minute.

— Je me casse, fait savoir Daishou (personne ne lui répond). Je vous fais une petite fleur. Vous pouvez vous remettre à vous rouler des pelles (personne ne lui répond). Hey, merci, au revoir ? C'est trop vous demander ? (Kuroo ne relève même pas le nez de sa fiche et Akaashi ne trouve rien de plus intéressant que le regarder réviser). Bon, ok, allez vous faire foutre.

Il referme la porte en faisant le plus de bruit possible. Akaashi entend quelqu'un lui faire la morale dans le couloir, et revient à Kuroo et à son paragraphe. Ses ongles brillent sous un éclat de lumière. Akaashi aime bien la façon dont il tient son stylo. Il le balance contre son index, comme pour marquer un tempo. Puis son regard s'éclaire et il note une phrase.

Une fois son paragraphe terminé, il se redresse légèrement et sourit à Akaashi. Ce n'est pas un sourire agréable (Kuroo possède une palette d'expressions très distinctes qui sont à situer sur une échelle qui part de sincère et acceptable pour se terminer sur provocateur, sur le point dire quelque chose d'ignoble. Akaashi situe celui-ci à peu près au milieu de l'échelle). Kuroo n'a pas le charme d'un pot pourri, mais plus celui d'une jungle. Il n'a rien de sauvage, mais quelque chose se met à craquer dans la poitrine d'Akaashi dès qu'il lui adresse la parole, et la fissure grossit et se remplit des bruits d'insectes, des pluies chaudes, des orages de nuit. Il est parfois un peu effrayant de se confronter à Kuroo, car il suscite des émotions vives et a toujours l'air d'avoir quelque chose derrière la tête ; mais il y a quelque chose de fascinant dans l'attention qu'il porte à chaque individu. Dans la façon dont il articule les mots, dans sa voix. Il y a beaucoup de détails à saisir, des intonations, des mots qui reviennent. Akaashi aime la façon dont il prononce le mot endormi, en revanche, il trouve que son bonne soirée manque d'énergie. Peut-être qu'il en mâche trop la fin. Ce n'est bien évidemment pas irréversible.

Bref, il y a des détails. Akaashi apprend lentement à les décoder, et ce qu'il peut dire de la situation, c'est qu'elle n'est pas idéale. Il s'attend au pire, naturellement.

— Pour une fois, je suivrais bien les conseils de Daishou, dit-il. Enfin, j'ai trop de boulot pour ça. Dommage (il le prononce comme pour dire : dommage qu'il n'y ait plus de yaourts à la framboise, ou dommage qu'on ne les fasse plus en cette couleur).

— Eh bien, encore faudrait-il que j'aie la moindre envie de t'embrasser, rétorque Akaashi, un peu sèchement (il apprécie moyennement cette prise de liberté de la part de Kuroo — ils ont des règles, n'est-ce pas ?)

Le sourire de Kuroo s'élargit.

— Évidemment. J'ai quand même ma petite théorie là-dessus, tu sais.

Akaashi se contente d'un long regard et d'un silence éloquent. Le regard de Kuroo ne traduit pas la moindre trace de faiblesse, mais lorsqu'il se retourne pour revenir à ses devoirs, Akaashi le voit déglutir discrètement.

— On en reparlera plus tard, lance joyeusement Kuroo, alors qu'ils savent tous les deux très bien qu'ils n'évoqueront plus la chose.

— Ça me paraît plus sage.

Il se demande ce qui fait que Kuroo existe en de pareils termes. Une catastrophe à l'échelle humaine. Une gentillesse qui lui déborde des paumes, même s'il les garde fermées (il ne faudrait pas que ça se sache), un sourire espiègle et une tendance rébarbative à la provocation. Qui a pensé que Kuroo Tetsurou était une bonne idée — il y a bien quelqu'un, il y a bien un moment où le hasard a dérapé, a disparu pour laisser place aux mains d'un enfant inconscient, de quelqu'un qui voulait faire une bêtise. Quoi qu'on en dise, la bêtise est là, maintenant. C'est trop tard. Et Akaashi fait partie de ce qu'on appelle les dommages collatéraux.

— Mais t'as raison, reprend Kuroo, cet endroit est merdique. Je crève de chaud. Je vais bosser chez moi.

— Bien.

— Tu veux les clés de la salle ? Ou je les ramène en partant ?

— Je vais t'accompagner.

Il n'a aucune raison de rester dans un trou paumé, observé par un œil-de-chat qui ressemble à une webcam pourrie. Kuroo hoche la tête et rassemble ses fiches, toujours en respectant l'ordre chaotique qu'il leur a donné.

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Quand Bokuto déclare qu'il part à l'autre bout du pays, ils en sont à leur troisième bière (sauf Kuroo et Daishou qui sont à leur cinquième, une histoire de défi). Akaashi n'est pas un grand buveur, et l'alcool le rend légèrement apathique. L'information met du temps à remonter à son cerveau, comme si elle était maintenue au sol par une ancre. Les mots qui s'envolent de la bouche de Bokuto n'ont pas grand sens. Il est question d'entraînement intensif et de chargeurs de téléphone. Le portable d'Akaashi est chargé à soixante-sept pour cent, et son fond d'écran montre une photo de lui, Bokuto, Kuroo et Kenma, qui date du Nouvel An passé. Ils sourient tous les quatre et une complicité apparente les lie. Il y a une bouteille de saké au centre de la table basse, des affiches de films aux murs, des fleurs jaunes sur un meuble derrière eux, une petite poupée de chiffon juste à côté. Akaashi aime beaucoup cette photo. Bokuto porte une écharpe vert sapin qu'il lui a offerte un an auparavant.

— Bref, reprend Bokuto, vous allez me manquer ! Mais croyez-moi, vous allez entendre parler de moi. Je me suis acheté un nouvel ordi avec une caméra interne qui fonctionne, cette fois, pour pouvoir utiliser FaceTimes. Il faut encore qu'on m'explique comment ça marche, mais après ça on pourra s'appeler trois fois par jour.

Kuroo lui fait savoir qu'il n'a pas envie de voir sa gueule trois fois par jour, mais tout le monde voit qu'il est ému. Ils se resservent en bière et Akaashi n'a toujours pas prononcé un mot. À un moment, il ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais rien ne sort. Il ne sait même pas ce qu'il a envie de dire.

— T'as intérêt à nous ramener des souvenirs, reprend Kuroo. Envoie-nous des cartes postales. Avec des chiots dessus.

Kuroo possède une collection de cartes postales avec des chiots dessus, qu'il expose fièrement au-dessus de son bureau, entre son tableau périodique des éléments, et un poster A3 de Tokyo Story. La moitié des personnes du campus doivent le savoir, car il le déclare à qui veut l'entendre.

— Des tonnes, promet Bokuto.

Peut-être qu'Akaashi n'a pas envie de lui parler, peut-être qu'il veut le toucher. Tendre la main vers son bras et l'effleurer. À la place, il boit une nouvelle gorgée et reste silencieux, observateur, jusqu'à ce que l'attention lui vienne. C'est la main de Bokuto qui trouve son bras, quelques minutes plus tard. Akaashi a retroussé ses manches et sent le pouce de Bokuto faire pression sur l'intérieur de son coude.

— On s'appelle, hein ? fait Bokuto. On garde contact.

Akaashi hoche la tête, un peu étourdi. Il ne sait toujours pas s'il est triste ou heureux pour Bokuto, ou impatient de le voir revenir, ou carrément dévasté.

— Bien sûr.

Ils rentrent quelques heures plus tard. C'est Kuroo, dont la résidence est voisine à celle d'Akaashi, qui le ramène jusqu'à sa porte, l'air ailleurs. Au moment de se quitter, il lui ébouriffe les cheveux et lui dit quelque chose comme : ça ne va rien changer, tu vas voir. C'est le genre de phrase un peu stupide qui a pour but de rassurer les gens mais qui ne fait que soulever le problème. Mais Akaashi n'a toujours pas décidé s'il était triste ou s'il ne l'était pas vraiment. Il hoche la tête et ferme la porte, retire ses chaussures, et se laisse tomber sur son lit. Kuroo aurait pu continuer comme ça encore longtemps.

Ça ne va rien changer, tu vas voir. Tu vas voir. Tu ne sais pas garder contact et tu peines à créer des liens mais tu vas voir, ça ne va rien changer, parce que cette fois tu vas bien faire les choses, pas vrai ? Tu vas croire que ce sera la fin du monde mais il y aura d'autres personnes pour te rappeler que le monde n'est pas si fragile, et tu vas t'acheter une webcam et l'appeler trois fois par jour. Puis tu vas réaliser qu'il y a d'autres personnes que tu voyais déjà avant et qu'en fait tu es amoureux de quelqu'un d'autre, à présent, et tu vas continuer à l'appeler régulièrement et rejoindre le ciné-club alors que tu préfères la littérature. Tu vas regarder tous les films de Machiko Kyo et ne pas embrasser le garçon qui te plaît, mais tu ne vas pas perdre ton meilleur ami.

Il aurait pu continuer encore longtemps.

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Miya (celui qui le laisse indifférent) passe demander des explications sur la caméra. Kuroo donne une raison qu'il trouve stupide, alors Kuroo lui passe Le Goût du Saké et Miya ne comprend toujours pas, alors Kuroo répète que la caméra enregistre la vie, elle ne la poursuit pas, et Miya ne comprend toujours pas. Miya s'en va et Akaashi se souvient que quelqu'un lui avait dit que l'autre Miya vendait des onigiris délicieux.

Il faut connaître un peu Kuroo pour comprendre cette histoire caméra, à vrai dire. Ne pas poursuivre mais enregistrer est un concept farfelu qui prend tout son sens appliqué à une situation concrète.

Kuroo a une façon de vivre que l'on peut qualifier de confortable. Ça ne veut bien évidemment pas dire qu'il ne fournit pas d'efforts — au contraire. Selon son humeur, il fera tout son possible pour que le présent se montre agréable, doux ou mouvementé. Mais ce n'est pas comme une comète prête à ratisser la Terre. Il n'irait pas faire quelque chose de complètement fou, il ne partirait pas du jour au lendemain à l'autre bout du pays pour suivre un entraînement sportif intensif avec des rêves trop lourds pour les supporter. Il ne s'appelle pas Bokuto Koutarou. Il se contente des rêves tièdes, ceux qui procurent cette sensation d'accomplissement, de sécurité, sans donner l'impression d'être spécial. Akaashi ne sait jamais s'il rêve d'être spécial ou non. À chaque fois qu'il se pose la question, il tire une réponse différente — il lui semble qu'il aimerait l'être, qu'il aimerait au moins l'être partiellement, mais le mot spécial est à définir pour que la réponse ait du sens. Bref, tout ça pour dire qu'il a abandonné, lui aussi, les rêves trop lourds pour être porté.

Parfois, Akaashi rêve qu'il attrape le menton de Kuroo, qu'il le tient fermement entre ses doigts, le regarde droit dans les yeux. Il aurait un regard charbonneux, dur et insaisissable. Kuroo en aurait peut-être des frissons (il sourirait d'un air insouciant, mais Akaashi ne le croirait pas). Il dirait tu vois, nous sommes pareils, toi et moi. Et il dirait autre chose. Une phrase assez spectaculaire. Il ne sait pas encore laquelle.

Il y pensera plus tard. Pour le moment, il a envie d'onigiris.

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Il sonne à la porte de la résidence de Kuroo vers vingt heures, une angoisse croupie au fond de l'estomac. La voix métallique qui lui répond ne ressemble pas à celle de Kuroo, mais elle suffit à le rendre plus indécis encore. Il s'éclaircit la gorge.

— C'est moi. Je me suis rappelé que j'avais pris à manger pour la séance de ce soir en pensant qu'il y en aurait une. Je peux entrer ?

Un déclic se fait entendre et Akaashi entre dans le bâtiment, puis monte les trois étages jusqu'à l'appartement de Kuroo. Il est habitué à l'odeur de produit vaisselle qui traîne dans les couloirs, aux sols plastifiés. Kuroo lui ouvre et l'accueille à peine, reprenant place à son bureau pour griffonner quelque chose sur sa copie.

— Tu avances comme tu veux ? demande Akaashi.

— J'avance. Pas comme je veux. Mais c'est un début, concède Kuroo.

— Au moins, l'air est respirable.

— Absolument. Je vais y passer la nuit, mais il ne faut pas se laisser abattre, tu as raison. L'air est respirable, personne n'a foutu le feu au bâtiment, et l'humanité tient encore vaguement debout, rétorque Kuroo avec un air sarcastique.

Ses cheveux sont encore plus en pétard qu'à l'ordinaire, et il se frotte les yeux avec fatigue.

— Je ne veux pas déranger, fait savoir Akaashi.

— Ce n'est pas le cas, sourit Kuroo. Merci pour la nourriture. Je crois que sans ça, j'aurais sauté le repas.

Les onigiris de Miya sont décidément incroyables. Akaashi les engloutit un à un, assit sur le lit de Kuroo, laissant à peine les aliments reposer sur sa langue avant de les avaler. On lui a une fois dit qu'il manquait de manière lorsqu'il mangeait ainsi, mais il n'a jamais considéré son attitude comme un réel problème. Il fait bien attention à ne pas salir le lit et mange en fixant le plafond blanc, ses taches d'usure. La chambre de Kuroo est minuscule et rangée bizarrement. Il y a des piles de livres et de feuilles un peu partout, des étagères remplies de babioles inutiles, de petites boîtes en bois, par exemple. Si Akaashi n'était pas trop occupé à penser aux onigiris, il se laisserait probablement dévorer par la curiosité. Mais il ne pense pas à Kuroo ou à ses secrets, aux grattements du stylo sur le papier. Il pense aux onigiris. Qui sont délicieux, décidément. Kuroo plisse les yeux d'une façon presque comique lorsqu'il est concentré, et caresse le bout de son nez avec son index. La première machine à fabriquer des onigiris date de quarante ans. Kuroo soupire et Akaashi n'arrive plus à détacher son regard de ses lèvres.

Puis Kuroo attrape un onigiri dans la petite assiette sur le bord de son bureau, et le mange lentement. L'esprit d'Akaashi se vide entièrement. Ce tableau marque la fin de la dissociation excessive qu'il faisait entre les deux notions, qui lui permettait de passer de l'une à l'autre pour ignorer la première. La première était Kuroo dans tous les cas. Akaashi ne voit pas pourquoi est-ce qu'il voudrait éviter de penser aux onigiris. Il ne voit pas pourquoi est-ce qu'il voudrait penser à Kuroo pour éviter de penser aux onigiris.

A-t-il déjà prêté une si grande attention à la façon dont une personne mangeait ? Probablement pas. Il ne se souvient pas, quoi qu'il en soit, avoir collé son regard à chaque grain de riz encore agrafé aux lèvres de qui que ce soit d'autre. Il ne se souvient pas avoir suivi chaque mouvement de la mâchoire, chaque déglutition. Il ne s'en rend compte qu'au moment où Kuroo commence à se lécher les doigts, quand il n'y a plus aucun grain de riz. Akaashi se pince les lèvres et se laisse tomber sur le lit de Kuroo. Les draps sont doux et lui chatouillent les bras. Son portable indique qu'il est vingt et une heures, alors il demande à Kuroo s'il peut rester là et reçoit une réponse affirmative. Kuroo s'arrête même d'écrire pendant au moins trente secondes pour éteindre la lumière principale et lui sourire.

Akaashi ne sait pas ce qu'il fait là, exactement. Il est vingt et une heures, c'est tôt. Il pense aux grains de riz dans la bouche de Kuroo et observe la lumière de sa lampe de chevet dégringoler de son bureau et former un halo lumineux autour de sa silhouette. Il pense à sa bouche. Il ne s'est jamais allongé sur ce lit auparavant. Il s'endort.

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— Pourquoi Vénus ?

Akaashi pose son sac sur la table du ciné-club et en sort une première bouteille d'eau. C'est une bouteille qui vient du ciné-club, en réalité, mais personne ne semble y faire attention.

— J'ai besoin d'une raison ? demande-t-il.

— Tu ne peux pas juste dire que Vénus est ta planète préférée, alors que personne ne t'avait rien demandé, puis dire que tu n'as pas de raison, reprend Kuroo en faisant tourner son poignet dans les airs.

C'est un argument qui n'a pas de sens. Akaashi sort une autre bouteille de son sac.

— J'ai décidé de remplir toutes les bouteilles d'eau vides qui traînaient par terre, explique-t-il. Il y en avait beaucoup. Par ailleurs, il fait très chaud et je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que Daishou et toi ne vous hydratiez pas suffisamment.

— Merci, mais je ne vais pas lâcher le morceau, Akaashi. Pourquoi Vénus ?

— Maintenant, l'idéal serait bien évidemment de remplir régulièrement les bouteilles d'eau, reprend Akaashi. Pas nécessairement tous les soirs, mais peut-être une fois tous les deux jours. Cela m'éviterait d'avoir à me déboîter l'épaule en transportant quinze litres d'eau avec moi (il sort une autre bouteille, un peu plus grosse, avec un bouchon blanc). Vénus représente les amitiés et les amours.

Il prononce le mot amour en regardant Kuroo droit dans les yeux, mais ce dernier ne flanche pas.

— J'essayerais d'y penser, sourit Kuroo. Je ne savais pas que tu étais si attaché aux amitiés et aux amours.

— J'y suis très attaché, répond Akaashi, toujours en le fixant avec lourdeur.

— Ton intonation robotique insinue le contraire.

— Il me semble que ce genre de remarque n'est pas nécessaire, Kuroo.

Il continue à sortir les bouteilles du sac, observant Kuroo perdre son sourire peu à peu.

— Et ma planète préférée, ça t'intéresse ? demande-t-il.

Akaashi y réfléchit un moment, puis hausse les épaules. Il s'en fiche un peu.

— Je n'aurais rien à faire de cette information, dit Akaashi.

Kuroo se met à grimacer.

— Toujours aussi sympa. Je croyais que tu étais très attaché aux amitiés et aux amours.

— Je ne vois pas le rapport.

Il pose la dernière bouteille sur la table. Marque : Shizen. Couleur de l'étiquette : inconnue, car détachée depuis longtemps. Provenance : Akaashi, pour accompagner les onigiris préparés par sa mère, il y a quelques mois. Il garde sa main sur le bouchon et oublie d'écouter la réponse de Kuroo. Cet endroit est à moi aussi, pense-t-il. Puis, avec un sourire qu'il ne comprend pas vraiment : bienvenue dans le deuxième monde.

Quand il relève les yeux, il trouve la bouche silencieuse de Kuroo. Elle lui paraît lointaine mais à sa portée. On peut caresser des doigts une vitre, à la place arrière d'une voiture, et sentir le paysage respirer. C'est un peu comme ça.

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Ce n'est qu'une théorie, mais Akaashi soupçonne le monde d'être plus récent qu'on veut nous le faire croire. Le monde est si neuf et brillant, miroitant tant il resplendit. Il n'a pas l'odeur des vieux livres ni le grain des vieux films. L'image de Kuroo Tetsurou est brodée d'une certaine délicatesse qui accompagne mal sa personnalité. Il pose une main dans son dos, un geste souple et précis, et il dit quelque chose comme j'ai la dalle, tu sais s'il reste des chips dans la salle du club ? À tous les coups, cet enfoiré de Daishou a tout bouffé. Je suis à deux doigts de faire poser une nouvelle serrure sur la porte pour que ce branleur puisse plus venir, je te jure. Et ce n'est pas élégant du tout. Akaashi acquiesce, il aime bien l'idée de la serrure. Il aime l'idée d'un coin secret, une boîte où Vénus pourrait descendre. Il serait là pour l'accueillir avec des offrandes. Il lui embrasserait le visage.

Ce n'est qu'une théorie. Il en existe des centaines, et elles n'ont pas fini d'apparaître. Le monde n'est qu'un nouveau-né, car lui compte le lui faire comprendre. Il compte l'observer et l'épuiser. Kuroo vivra mille ans. Bokuto un peu moins, mais uniquement parce qu'il aura tant donné qu'il ne pourra pas tenir. Bokuto l'aidera à épuiser le monde, et Kuroo l'aidera à l'analyser. Akaashi a préparé tout ce qu'il fallait, même l'application Facetimes sur son portable.

Je suis un observateur, je suis à l'intérieur. J'attends Vénus. Kuroo arrive avec un peu plus de quinze minutes de retard parce qu'il a voulu acheter de quoi grignoter. Akaashi se demande quand il craquera. L'un des deux finira bien par craquer à un moment ou un autre, dans les mille ans qui suivent. Mais ce serait un peu triste, concède-t-il. Peut-être faudra-t-il craquer avant.

La naissance de ce monde est jeune, car sans ça son histoire perdrait de son intérêt. Il serait dans la liste à dix chiffres de personnes en file d'attente, il serait juste idiot de ne pas faire un premier pas. Mais ils se trompent tous, pas vrai ? C'est l'attente qui est belle. C'est aussi amusant, il faut bien l'avouer, de ne pas donner à Kuroo ce qu'il veut et de le regarder préparer des offrandes pour Vénus, lui aussi.

Mais encore une fois, ce n'est qu'une théorie.

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Il se réveille dans le lit de Kuroo. Impossible de savoir l'heure, rien n'a changé. Kuroo est toujours assis à son bureau, la lumière est tout aussi douce, le griffonnement du papier garde le même rythme. Akaashi se retourne doucement pour attraper son portable, à côté de l'oreiller. Il est chargé à trente-deux pour cent et le fond d'écran montre Bokuto, Kuroo, Kenma et lui-même à l'aéroport. Il est quatre heures treize du matin.

Akaashi se relève doucement, déplie ses jambes, qu'il avait inconsciemment croisées dans son sommeil. Ses chevilles sont humides à cause de la sueur. Le bourdonnement de la climatisation retentit.

Kuroo semble inébranlable, plongé dans sa tâche avec une énergie mystérieuse. Sa position est néanmoins crispée, et Akaashi remarque qu'il fait régulièrement craquer son épaule droite, probablement fatiguée à force. Il se lève et l'effleure du bout des doigts. Kuroo est pris d'un sursaut, et ses yeux le trouvent avec une lenteur étrange, comme ceux d'une personne revenant à elle.

— Il y a une machine à café dans l'espace commun ? demande Akaashi d'une voix à peine éveillée.

— Ah— oui. Je t'ai réveillé ?

— Non. Et même si c'était le cas, on peut dire que je l'ai un peu cherché. Je ne te dérange vraiment pas ?

— Toujours pas, sourit Kuroo (après une légère hésitation, il reprend). Tu ne me déranges jamais. Essaye juste de ne pas trop me distraire.

Akaashi garde sa main sur son épaule, ne sachant pas trop quoi répondre. Il est encore trop fatigué. Il pourrait dire n'importe quoi. Ce n'est de toute évidence pas le bon moment.

— Dans ce cas, je vais aller faire du café. Je t'en ramène ? demande-t-il.

Kuroo hoche la tête. Son sourire est rapidement épuisé. Une pause ne lui ferait pas de mal.

Akaashi laisse sa main une seconde de trop, puis se dirige vers la sortie, laisse la porte entrouverte derrière lui, descend les escaliers avec des muscles tirés, sans avoir l'impression d'être réel. Il y met beaucoup d'énergie, sans savoir pourquoi ; passé quatre heures, impossible de savoir si le bourdonnement provient de la climatisation ou de votre esprit, passé quatre heures, vous êtes seul au monde et les couloirs qui sentent le désinfectant peuvent appartenir à n'importe quel lieu. L'euphorie discrète qui embaume l'espace commun est synonyme de solitude. Une solitude passagère, bien sûr. Peut-être que c'est ça qui le met de si bonne humeur.

Il lance le café et se laisse tomber sur le canapé en étouffant un bâillement. À peine au repos, son corps lui paraît à nouveau lourd comme un rocher qui coule dans l'océan. Il touche le fond et observe les retombées du sable, la poussière lumineuse qui attrape le dernier bras de soleil dans les profondeurs. Il est si fatigué. Il ne sait même pas où il a trouvé le courage de sortir du lit de Kuroo pour venir jusqu'ici. Peu importe les raisons, elles lui paraissent à présent bien futiles. Les draps étaient plus agréables que le revêtement abîmé du canapé, le silence mortifié de la pièce.

Un nouveau bâillement lui déroche la mâchoire. Akaashi ferme les yeux et pense au genre de choses auxquelles on ne pense qu'à la seconde où le sommeil nous gagne, comme par exemple une erreur qu'il avait faite au tableau en primaire ou bien un livre qu'il a oublié de rendre à une amie, ou bien à la forme de la mâchoire de Kuroo. Ses paupières retombent avec l'euphorie, et le goût d'un rêve lui remplit la bouche. Les images qui défilent n'ont pas de sens, les personnages restent sans nom. Les lieux sont étranges. Mais le bruit de la machine à café revient.

La salle commune.

Le café. Il est prêt. Quelqu'un fait quelque chose. Akaashi ouvre lentement les yeux et la silhouette prend une forme en plus d'une signature musicale.

— Kuroo, souffle-t-il, je croyais que tu devais attendre que je revienne.

— Tu ne revenais pas, répond-il. Et le café allait refroidir.

Il apporte deux tasses jusqu'à la table basse, et s'assoit près d'Akaashi, s'étirant longuement avant de le fixer avec un demi-sourire. Akaashi observe la fumée s'échapper des deux tasses, mais le regard de Kuroo le ramène en arrière. La forme de sa mâchoire. Non. Un autre jour.

— J'étais en train de rêver, indique-t-il.

— Tu peux faire ça dans mon lit.

— Il faut que tu me voles ça aussi, soupire Akaashi.

Il a peur de trop rêver, dans son lit. Ou de ne se réveiller qu'à moitié. Mais la réflexion s'envole avec la fumée des deux tasses, car les yeux de Kuroo se mettent à briller comme des pierres précieuses, à brûler la nuit estivale, écraser le cœur d'Akaashi. Les humains ne sont probablement pas faits pour devoir supporter une émotion si soudaine, passé quatre heures. Akaashi se demande bien pourquoi. Quand leurs corps ont été créés, on les a rendus défectueux, peut-être pour les pousser à ne pas être fainéants.

Mais il est fainéant. Si le regard de Kuroo peut piquer les pores de sa peau et s'inonder dans son sang, il n'a pas envie de la combattre. Il n'a pas envie de faire l'effort. C'est comme ça, il n'est plus qu'un modèle compromis, un humain doté de faiblesses qu'il ne peut pas surmonter. Il y a pire, comme faiblesse, pense-t-il lorsque Kuroo se penche vers lui ; il y a pire que ça, se dit-il alors qu'un rire silencieux vient lui percer les poumons ; oui, bien pire, et Kuroo est en train de lui embrasser la joue et de descendre jusqu'à sa mâchoire. Lorsque ses lèvres caressent son cou, Akaashi est pris d'un frisson, vite avalé par l'intérieur d'un corps cotonneux. Les organes ont disparu car ils étaient trop bruyants, sa peau ne sert plus à couvrir une inquiétante incertitude, juste une lumière légère, introduite depuis une caresse sur son cou. Pâle. Kuroo se remet à l'embrasser et Akaashi se demande s'il devrait faire quelque chose, mais son corps inhabité est si engourdi ! Il ferme les yeux.

Akaashi.

Il les rouvre tout d'un coup. Kuroo est debout devant lui, deux tasses de café dans les mains. Ses yeux sont cernés et son sourire revient lentement.

— Ça fait vingt minutes que je t'attendais, dit-il. Je t'ai cru mort. J'ai préféré descendre pour vérifier.

Akaashi cligne des yeux et laisse échapper un long soupir. Il reprend ses esprits en quelques secondes.

— Tu es bien dramatique.

— Écoute, on ne sait jamais. Ne jamais sous-estimer le mode zombie, ça peut te faire faire n'importe quoi. Et je peux t'assurer que tu étais dans un sacré mode zombie, quand tu as quitté ma chambre.

— Tu t'es regardé ? grogne Akaashi.

— J'ai l'excuse de bosser sur mon devoir depuis au moins dix heures !

— Oh, pauvre petit chou, répond-il d'un ton sec.

— Et mon chevalier servant annonce qu'il reviendra avec un café avant de disparaître. Tu peux imaginer que je n'étais pas serein.

Akaashi lève les yeux au ciel. Cette version-là de Kuroo est plus agaçante. Il préférait quand il se taisait et l'embrassait. Même s'il trouve ça plutôt mignon.

— En attendant, tu as sorti ton chevalier servant d'un rêve des plus agréables, lui dit-il. J'espère que tu as quelque chose à m'offrir en échange.

— J'ai du café. Un vrai lit pour dormir. Des chocolats Lindt, si tu veux. Un coffret DVD de Akira avec une interview spéciale. Ah, et je peux t'écrire un poème ! Ce sera affreux.

— Non merci.

Il attrape néanmoins la tasse que Kuroo lui tend.

— Tu ne devrais pas en boire, toi, se permet Kuroo. Ça va t'empêcher de dormir.

Akaashi le regarde droit dans les yeux en vidant sa tasse d'une traite.

— Et si je n'ai pas envie de dormir ?

Kuroo semble le prendre de la pire façon qui soit. En même temps, Akaashi ne voit pas comment il aurait pu le prendre autrement. Lui-même ignore ses intentions avec ce genre de questions. La fatigue lui monte à la tête.

— Ne le prend pas mal, mais ce n'est vraiment pas le moment pour tes techniques de séduction un peu bizarres, dit Kuroo. J'ai envie de crever.

— Quelle technique de séduction ? demande-t-il innocemment.

Kuroo lève les yeux au ciel.

— Fais un effort.

— J'évoque une simplement mon envie de rester éveillé, reprend Akaashi. Ça n'a aucun rapport avec toi, Kuroo.

— C'est ça.

— Ne prend pas tes rêves pour des réalités.

Kuroo se met à plisser des yeux. Ils ne sont pas brillants comme dans son rêve, mais ils ont quelque chose. Akaashi veut savoir quoi. Il demande.

— Je ne pense pas que ce soit le moment idéal pour avoir cette conversation, répond immédiatement Kuroo.

— Tu as vraiment peur de te laisser distraire, ou c'est juste une excuse pour faire preuve de lâcheté ?

— Tu n'es pas mieux, dit Kuroo. Allez, remontons.

Il tend sa main à Akaashi pour l'aider à se relever. Elle est chaude et moite, mais la sienne ne doit pas être mieux. Akaashi est mieux en dehors de son rêve, tout compte fait : la réalité est toute autre. Dans son rêve, il trouvait quelque chose de brûlant, mais les sensations des songes sont si pâles, à côté des vraies, que ça n'en valait pas la peine.

— Je ne suis pas lâche, reprend Akaashi une fois qu'ils sont dans les escaliers.

— Je ne sais pas. Tu ne l'es pas ?

— Non.

— Tu aimes bien faire comme s'il n'y avait rien, pas vrai ? fait Kuroo.

Ils entrent dans sa chambre et le bourdonnement de la climatisation l'étourdit un moment. Akaashi se dirige automatiquement vers le lit de Kuroo. Sa tête est lourde, mais le café commence à faire son effet.

— Tu aimes bien faire comme s'il n'y avait rien, reprend Kuroo, mais en attendant, ce n'est pas moi qui suis là, dans le lit d'un ami supposé plancher toute la nuit, sans avoir pris la peine de trouver une raison. S'il n'y a rien, qu'est-ce que tu fais encore là ?

Les draps ont une odeur, les oreillers sont d'un rouge sombre, les photos accrochées sur sa gauche montrent des visages familiers. Akaashi détourne le regard mais il ne s'échappe pas.

— Tu veux que je te trouve une raison ? Bien. Disons que j'ai fait un rêve. Une météorite tombait sur l'immeuble où je vis. Ou bien un tueur en série vivait là. Ou bien la voisine était bruyante. Je suppose que tu peux choisir celle que tu préfères.

— J'aime bien celle du tueur en série.

— Soit. Un tueur en série habite deux étages au-dessus. Je l'ai entendu aiguiser ses couteaux, ce matin. C'était une question de survie, Kuroo.

Il lui répond par un regard vaguement affligé, mais ne commente pas. Akaashi aurait aimé qu'il le fasse. Qu'il craque, peut-être. Son visage est plein de failles, à cause de la fatigue et du stress, sûrement. Akaashi pourrait glisser encore quelques mots et partir avec ce qu'il veut ; il n'est pas si cruel. Kuroo est déjà de retour sur son devoir, de toute façon.

Akaashi n'aurait pas dû boire de café. Sans ça, peut-être aurait-il pu reprendre son rêve là où il s'était arrêté.

Il rêvasse en fixant le plafond et le dos de Kuroo. Quand il s'endort, le rêve est déjà bien loin.

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Bokuto utilise Facetimes de la même façon que toutes les personnes qui ne savent pas utiliser Facetimes. Ou n'importe quel réseau où il est possible de communiquer par vidéo, vraiment. Son visage prend la totalité de l'écran, et il ne fait qu'adopter des angles de vue différents dès qu'il commence une nouvelle phrase. Son débit de parole n'étant pas des moindres, l'effet est assez chaotique.

Bref, Akaashi est à deux doigts de lui dire de tenir son écran normalement, par pitié, et de rester calme plus de quatre secondes, quand Bokuto décide de se mêler de ce qui ne le regarde pas avec un ton si naturel qu'il pourrait être en train de parler de la météo.

— Alors, il y a du nouveau entre toi et Kuroo ?

Akaashi se demande à quel moment il a pu laisser entendre qu'il était disposé à avoir une telle conversation. Tout est probablement de la faute de Kuroo.

— Du nouveau ? Je ne vois pas de quoi tu parles.

— Kuroo m'a dit que tu pourrais réagir comme ça, sourit Bokuto. Oh, c'est trop mignon ! Tu es en déni ?

— Je vais raccrocher, Bokuto.

— Non ! Attends ! Dis-moi juste ta version de l'histoire ! Je crois que Kuroo est en train de devenir fou.

— Vraiment ? demande Akaashi, soudainement intéressé. Pourquoi, qu'est-ce qu'il t'a raconté à toi ?

— Quelque chose à propos d'une caméra et de Vénus et du fait que tu dis toujours que tu n'as pas envie de l'embrasser. J'ai rien compris mais il avait l'air super frustré. Et en même temps il n'a pas arrêté de me dire qu'il gérait. Mais je suis un pote en or, alors j'ai décidé d'accélérer un peu les choses. Alors, tu as envie de l'embrasser, ou pas ?

— Accélérer les choses ? Tu penses pouvoir faire quelque chose comme ça ? demande Akaashi, mordant son sourire. Tu sais, Bokuto, ce n'est pas parce que tu as la force de persuasion d'un bulldozer sur un terrain de volley qu'il en est de même partout.

Le visage de Bokuto s'éclaire soudainement.

— Ohh ! La force de persuasion d'un bulldozer ! J'aime bien ça ! Je peux le réutiliser ? Tu penses que ça peut être quelque chose qui se dit sur moi ? C'est pas mal, vraiment pas mal.

Ils s'égarent sur le sujet des surnoms des sportifs jusqu'à ce que Bokuto reprenne ses esprits.

— Attends, je sais ce que tu es en train de faire ! Tu détournes mon attention sur quelque chose de cool pour ne pas avoir à parler de Kuroo.

— Exact, admet Akaashi.

— C'est pas sympa !

— Je te donne le choix. C'est soit parler de choses cool qui te concernent, soit avoir une conversation longue et pénible sur mes choix de vie, mes angoisses concernant le futur, quelque chose sur l'amour et si son manque de substance, sur l'attente et la paresse.

Bokuto est silencieux un moment.

— Ça n'a pas l'air si pénible, dit-il.

— Ça l'est, crois-moi.

— Pas pour moi. J'ai écouté Kuroo pigner pendant genre, deux heures entières. Au moins tu mettras des mots plus jolis dessus.

— Allons, je suis certain que le vocabulaire de Kuroo n'est pas si rudimentaire que ça.

— Tu vois ! C'est ce genre de mot. Rudimentaire. Je ne suis même pas sûr de savoir ce que ça veut dire.

Akaashi soupire et ne répond pas aux questions de Bokuto. Il dirige la conversation quelque part d'autre où il se sent moins vulnérable, mais Bokuto ne lâche pas l'affaire. Il lui dit qu'il n'est pas obligé d'en parler. Que ça lui ferait probablement du bien. Qu'on finit par ne plus rien comprendre quand on garde tout pour soi, qu'il le sait parce qu'il le fait tout le temps et parce qu'il s'emmêle tellement dans ses idées qu'il oublie comment faire les choses les plus simples, comme un service ou une réception basique, qu'Akaashi risquerait aussi d'oublier les choses les plus simples comme rester éveillé lors d'une conversation ou se souvenir qu'il n'y a rien de plus agréable que les objectifs atteints. Akaashi écoute, silencieux. Puis il parle.

Il lui raconte comment il ne veut pas perdre le jeu et comment il n'a jamais su, de toute façon, arrêter d'analyser les choses jusqu'à leur donner une importance terriblement lourde. Il laisse échapper quelque chose à propos de Kuroo, peut-être le fait de vouloir l'embrasser, ou le fait qu'il l'a vu manger des onigiris et n'arrête pas d'y penser.

Bokuto est plus patient que ce qu'on lui accorde. Il ne donne aucune solution à Akaashi mais lui offre des encouragements.

— Ne le fait pas attendre trop longtemps, quand même, continue Bokuto. Tu ne voudrais pas que le moment passe.

Avec ça, Akaashi est à court de mots. Que le moment passe. Il en a déjà laissé un s'échapper, pense-t-il tristement en observant les iris dorés percer l'écran, il se demande si Bokuto s'en rend compte. Quelle réponse il aurait donnée, et quel futur concret ils auraient créé. Mais ce qu'il y a de concret, maintenant, c'est que la distance qui les sépare peut fonctionner pour une amitié, et peut-être rien de plus. Ce n'est pas une distance transparente, des kilomètres d'air qui leur laissent la possibilité de s'observer de loin ; c'est une distance parsemée d'obstacles, de maisons et de routes, de murs, de choses qui ne se traversent pas. Akaashi ne veut plus y penser. Il est fatigué de se poser des questions.

— Je ne vais pas attendre que le moment passe, dit-il.

Je veux être sûr qu'il ne passe pas, ne dit-il pas. Je veux quelque chose de spécial.

Il y pense encore.

Peut-être qu'il veut être spécial, au final. S'il ne peut pas faire quelque chose de fou comme partir loin et devenir un joueur professionnel, s'il ne peut pas avoir la force de persuasion d'un bulldozer où que ce soit, peut-être qu'il peut au moins demander à Vénus une visite dans l'au-delà.

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Quel est le nom du sentiment que l'on a quand on se réveille dans le lit de quelqu'un d'autre mais que ce quelqu'un n'est pas dans son lit, ni même dans sa chambre ? Akaashi a vu ce genre de scène dans beaucoup de films. Mais dans les films, le personnage A qui se réveille dans le lit du personnage B a couché avec lui la veille, ou l'a au moins un peu embrassé. Il ne l'a pas regardé bosser sur son devoir et manger des onigiris avant de s'endormir.

Il y a un mot sur la table de chevet. Kuroo n'a pas osé réveiller Akaashi (et a apparemment un peu eu envie de ruiner sa réputation d'élève assidu) et est allé rendre son devoir. La note est quasiment indéchiffrable, mais une fois que vous avez eu affaire à l'écriture illisible de Bokuto pendant plusieurs années, même les ordonnances des médecins sont faciles à comprendre.

Akaashi s'assoit sur le lit et contemple le vide de la pièce pendant un moment, puis il sent le pouvoir lui déborder des mains comme s'il était une sorte de Dieu immortel venant de réaliser son statut. Il est seul dans la chambre de Kuroo. Il pourrait fouiller dans tous ses carnets, voler ses affiches, revendre ses meubles. Ou bien sortir et jeter les clés (que Kuroo a laissées près du mot) par la fenêtre, comme ça Kuroo n'aurait pas d'autres alternatives que de venir dormir chez lui. Il n'aurait pas de devoir pour se distraire, cette fois-ci. Akaashi imagine quelques scénarios farfelus et laisse échapper un reniflement amusé, puis il met ses chaussures et sort.

Puis il revient et retire ses chaussures et vole à Kuroo une de ses cartes postales avec des chiots dessus, remet ses chaussures et sort et garde la clé plutôt que de la laisser sous le paillasson comme Kuroo le lui demandait.

Il passe par son appartement et l'accroche à juste au-dessus de l'étagère où traîne la petite poupée en chiffon qu'il a volée à Bokuto il y a des années. Il est dix heures quarante. Il se prépare et arrive en classe à l'heure, parce qu'il ne commence qu'à onze heures de toute façon et que sa réputation d'élève assidu est sauvée ; prends ça, Kuroo.

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Miya (celui qui est de nouveau blond) est apparemment passé avec Hinata pour faire une sorte de déclaration devant la caméra, sauf que dans sa déclaration, il est encore brun. Akaashi espère qu'il restera blond. Ce doit être une sorte de phase qu'il traverse, comme la crise d'adolescence, mais passé vingt ans.

Quand il arrive dans la salle secrète du bâtiment F, Daishou et Kuroo sont en train de parler de leur stratégie à adopter.

— Il faut diffuser la vidéo, dit Daishou en laissant tomber sa main sur la table dans un effet des plus dramatiques. Tout le monde va penser que c'est Osamu qui sort avec la petite crevette. Ça va le rendre fou.

— La diffuser où ? Faire circuler une rumeur sera bien plus simple, contre Kuroo. Ça a bien fonctionné la première fois.

— C'est moins drôle !

— Soit. Donne-moi ton idée.

— On envoie la vidéo au club de journalisme.

— C'est une terrible idée. Les gens vont savoir qu'il y aura un club de cinéma dans la salle secrète du bâtiment F et ils vont nous envahir.

Akaashi se sent obligé d'intervenir.

— Personne ne va vouloir venir. Miya a arrêté de venir manger ici depuis qu'il vous connaît. Et personne ne s'intéresse aux films que vous projetez.

— Parce que ce sont des bouffons, dit Daishou.

— Parce qu'ils ont des préjugés ! ajoute Kuroo. Toi, qu'est-ce que tu en penses ?

Akaashi tire une chaise et pose son sac, faisant tourner les clés de Kuroo autour de son index alors qu'il s'assoit.

— De votre compagnie, ou de vos films ? demande-t-il.

— Les deux.

— Oh, vous êtes encore en train de flirter, se plaint Daishou. Je m'en vais.

— Bon débarras, commente Kuroo.

— Ne fais pas le malin, toi. Tu sais, si la rumeur Miya-Hinata a si bien fonctionné, je me demande ce qu'il en sera pour vous deux.

Akaashi et Kuroo haussent les épaules en même temps. Au point où ils en sont, ça ne changera pas grand-chose. Daishou attrape ses affaires et son ordi, et fait savoir à Kuroo qu'il va apporter la vidéo au club de journalisme et essayer de leur soutirer de l'argent. Akaashi, qui a fait partie du club de journalisme pendant un an et qui sait qu'il est présidé par Oikawa, se dit que c'est Daishou qui risque de perdre de l'argent, dans cette histoire. Il le regarde quitter les lieux en silence.

— Bien, dit Kuroo. Tu peux répondre à la question, maintenant.

— Je trouve votre compagnie agréable de temps à autre, quand vous n'êtes pas en train de vous disputer à cause de quelque chose de futile comme la façon dont vous allez ruiner la vie de Miya, même si je vous encourage moyennement à le faire ; ou quand tu n'as pas décidé de mettre une caméra dans la salle pour des raisons obscures. Ou bien quand tu ne téléphones pas à Bokuto pour te plaindre de moi.

Kuroo ouvre la bouche avec un air embarrassé. Puis il la referme, plus calme. Et l'ouvre encore.

— Ce dernier point n'a rien à voir avec le reste.

— Si. Pour moi.

— J'ai encore le droit de me plaindre auprès de mon meilleur ami, non ? Tu ne m'aides pas beaucoup, reconnais-le.

— C'est injuste, de demander de l'aide. Ça ne respecte pas les règles.

— Il n'y a pas de règles, sourit Kuroo. Il y a un jeu, mais il commence à devenir long. Tu savais que seulement dix pour cent des parties de Monopoly se terminaient ?

— Tu viens d'inventer ça.

— Ouais. Mais ça ne change rien à mon raisonnement. Les gens terminent rarement leurs parties parce que ça devient fatigant et répétitif. C'est un jeu qui traîne en longueur. Personne n'aime ça.

— Si tu veux me séduire avec des métaphores, il va falloir mieux faire, dit Akaashi.

— Dommage, j'étais plutôt fier de celle-ci.

— Tu comprends bien que je ne peux pas céder après ça, ajoute Akaashi.

— Ce que je comprends bien, c'est que tu ne cèdes jamais, soupire Kuroo. Ce qui n'est pas— enfin, tu fais ce que tu veux. Je ne veux pas que tu te forces. Mais ça ne peut pas rester comme ça pour toujours.

Il n'a pas l'air triste ou énervé ou quoi que ce soit. Il y a, comme souvent, quelque chose de léger dans son ton, une plaisanterie qui se détache du bout de sa langue. Parce que Kuroo est joueur, il l'est même plus que lui. Mais il n'a pas tort.

— Je ne veux pas que ça reste comme ça pour toujours, dit Akaashi.

— Bien. Tu n'as pas dit ce que tu pensais des films.

— Ça dépend. Je ne vois pas toujours leur intérêt. Il y en a qui sont intéressants. Celui avec l'ange et la trapéziste.

— Il était incroyable, dit Kuroo.

— Il était très beau.

— Tu veux en regarder un ?

— Pourquoi pas.

Après quelques secondes de silence, il ajoute :

— Tu vois qu'il m'arrive de céder.

Il lui rend ses clés.

Kuroo lui sourit et son cœur se serre. Un sourire ne devrait pas le mettre dans ce genre d'état. Il existe toutes sortes de sourires que l'on peut classer selon divers critères, et Kuroo est à la fois joueur, joyeux, et provocateur, de ce fait, il sourit souvent. Akaashi peut résister à des choses comme sourire quatorze : je suis en train de me foutre de toi et j'attends que tu le réalises, ou bien sourire vingt-neuf : je suis encore premier en maths et je tiens à le montrer ; mais il a plus de mal avec des choses comme sourire douze : j'ai reçu une nouvelle carte postale de Bokuto et je suis réellement heureux, ou bien sourire huit : je crois que ta compagnie me plaît beaucoup et je n'arrête pas de te regarder sans trop savoir si tu me vois ou pas, mais peu importe, j'espère que tu sais que je tiens à toi et je suis content qu'on se connaisse.

— Il y a quelque chose que j'ai envie de voir, je ne sais pas trop de quoi ça parle mais j'ai envie de tenter le coup.

Sourire vingt-et-un : tu viens d'accepter de regarder un film avec moi.

— Ça me va.

Akaashi ne sourit probablement pas assez pour que Kuroo puisse se faire une liste de ses sourires, et de toute façon ce n'est probablement pas le genre de chose que Kuroo fait. Ça n'a pas d'importance. Il fait beaucoup de choses, aussi. Comme laisser Akaashi dormir dans son lit alors qu'il a un devoir à terminer ou comme lui demander si tout va bien dès qu'il le sent un peu en dehors des choses ou comme lui envoyer une citation de son livre de citations qui ne veulent rien dire (offert par Bokuto) tous les jours à dix-huit heures quarante.

Kuroo lance le film. La pièce est de nouveau sombre et noire, blanche et grise, les yeux de Kuroo sont des comètes. C'est encore intime, ils sont par terre, affalés sur des coussins que Daishou a volés au club de yoga. Ils ne sont pas suffisamment proches pour qu'Akaashi puisse lire son pouls ou sa température, ou ces choses qui se dégagent des gros plans dans les films, mais ils le sont assez pour qu'il se sente nerveux. Le film est suffisamment contemplatif pour qu'il pense à tout un tas de choses entre chaque ligne de dialogue. C'est une histoire d'amour entre un jeune soldat et un jeune fermier, en Thaïlande. La première partie fonctionne comme une histoire d'amour classique mais les deux personnages sont un peu fous, pas parce qu'ils font n'importe quoi, mais parce qu'ils semblent sous l'emprise d'une tendresse terrible qui les pousse à faire des choses étranges comme se caresser les mains pendant des minutes entières ou à se mettre à rire pour un rien et chanter avec une chanteuse dans un restaurant, devant tout le monde. Puis la seconde partie du film arrive et soudainement le soldat est dans la jungle et il est poursuivi par une sorte d'ombre, il retrouve son amant mais qui n'a l'air d'être qu'un esprit sans conscience, il parle avec un singe et trouve des cadavres de vaches coupées en deux. On ignore si les deux parties sont liées entre elles, on ignore pourquoi l'amant est devenu ainsi mais les images sont fascinantes, la jungle devient un miroir et un tigre apparaît, immobile, sur la branche d'un arbre. Akaashi est fasciné. Les bruits lui inondent l'esprit et le regard du tigre, talisman lointain, lui emprisonne l'esprit.

Le film se termine. Il revient à la réalité et Kuroo prend son temps avant de tirer les rideaux.

— Ce n'était peut-être pas le film le plus approprié, admet Kuroo.

Pourquoi donc ? Pense-t-il qu'Akaashi est indisposé à regarder des choses sur l'amour ? Sur la tendresse dévorante et sur la folie, la passion et la mort ? Akaashi est tout à fait disposé à en regarder. Et si l'amour se perd dans les traits d'une jungle, dans une fable incompréhensible où on peut se perdre et mourir si on ressent trop de choses, soit. Il a toujours aimé les métaphores. Il les trouve plus belles que la réalité.

— J'ai trouvé ça très approprié, au contraire, dit-il. Merci, j'ai passé un bon moment.

Kuroo hoche la tête. Peut-être a-t-il oublié qu'Akaashi avait Vénus comme planète préférée.

En rentrant, Akaashi fait un détour à la supérette pour acheter des cotons-tiges alors qu'il en a déjà. La réelle raison derrière cette piètre excuse est qu'il souhaite traverser le parc du campus et observer en marchant les remous de la saison. Il se sent étrangement léger et insouciant. C'est peut-être grâce à la conversation avec Bokuto, ou grâce au film. Il n'est pas le seul, au final, à donner trop d'importance à des notions sans substance comme l'amour ; c'est un peu rassurant. Il y en a qui pensent que c'est aussi effrayant que de se perdre dans une jungle et se retrouver face à un tigre, mais lui pense juste qu'il faudra perdre un jeu (ou attendre de le gagner). Il pense juste que c'est effrayant. Bien sûr que ça l'est.

Kuroo n'est pas le tigre car il n'y a pas de tigre. Il n'y a qu'une liste de sourire et des cartes postales, une bouche qui lèche des grains de riz sur des doigts, un baiser à imaginer.

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— — —

La fin est bientôt proche. Akaashi le sait parce qu'il perd patience et parce que Kuroo perd patience, Daishou perd patience, Hinata et Miya (celui qui sort avec Hinata) perdent patience, et même Miya (celui qui vend des onigiris) perd patience alors qu'il ne lui a parlé que genre trois fois.

Oikawa, le président du club de journalisme qui distribue parfois des pains au lait avec Hinata, dont le fan-club est composé de dix fois plus de membres que le ciné-club, organise un pique-nique le week-end suivant. Il ramène un panier et une nappe à carreaux. Il ramène aussi Hinata et les deux Miya (qui sont facilement différenciables depuis que l'un est de nouveau blond), Kuroo et Daishou et Mika et quelques autres personnes de son entourage. Miya (le blond) passe près de vingt minutes au téléphone avec un dénommé Sakusa qui refuse de venir, et Oikawa laisse au moins neuf messages à son ami d'enfance, que personne n'a jamais vu en vrai.

Kuroo a ramené une version suédoise du Monopoly. Il fait un clin d'œil à Akaashi, l'air de dire tu vois, je pousse mes métaphores jusqu'au bout. Personne ne demande pourquoi il n'a pas ramené de version normale et ils se mettent à jouer, mais le nombre de mauvais joueurs les pousse à arrêter rapidement. Oikawa laisse un nouveau message à son ami d'enfance inexistant et Miya 1 écrase une poignée de purée sur Miya 2 et Akaashi, après trois bières et deux verres de rhum et un quart de bouteille de vin, a un peu oublié qui était qui. Ça n'a de toute façon pas beaucoup d'importance, car il a trouvé le moyen de se glisser jusqu'à Kuroo et il a du mal à se concentrer sur quelque chose d'autre que son bras, collé au sien, son souffle quand il rit, ou le fait que ses mains reviennent à lui comme un élastique qui se tend et se détend, l'épaule puis la main puis le genou.

Il fait à présent nuit. Impossible de différencier Miya 1 de Miya 2 mais il semble à Akaashi que l'un a commencé à pleurer. Kuroo a passé son bras autour de ses épaules et dit qu'il veut ouvrir une nouvelle bouteille de vin. Akaashi a passé un bras derrière son dos et caresse la couture de sa chemise sans trop s'en rendre compte, jusqu'à ce que Kuroo laisse échapper une sorte de gloussement un peu contagieux. Akaahsi continue. Sourire dix-huit : nous sommes tous les deux bourrés et j'ai un peu envie de t'embrasser. Akaashi a aussi envie de l'embrasser mais ne le fait pas, parce que le plateau de Monopoly abandonné lui fait un peu de peine.

Alors il ne l'embrasse pas mais laisse son visage reposer contre son épaule, et le laisse ouvrir sa bouteille de vin, et en boit la moitié.

L'extérieur aussi peut être intime.

Il s'endort sur la pelouse, sent le monde tourner en rond dans son esprit quelques minutes avant de laisser place à un nouveau rêve.

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— — —

Kuroo leur annonce qu'il retire la caméra de la salle et qu'il est temps d'aller filmer l'extérieur, à présent. Daishou, qui estime que ce n'est pas en continuant comme ça qu'ils récupéreront de quoi faire chanter la moitié du campus, accepte immédiatement, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Akaashi ne dit rien car il ne pense pas avoir la moindre autorité sur le sujet. Il ne fait même pas partie du ciné-club. Quand il le dit, Daishou le regarde pendant au moins une minute d'un air sidéré.

— Tu es là autant que nous, fait-il savoir.

— Ce n'est pas vrai.

— Autant que moi, précise Daishou (qui ne vient qu'une fois sur deux parce qu'il ne veut pas trop être associé à Kuroo).

Akaashi hausse les épaules.

— Ce n'est de toute façon pas négociable. Je vire la caméra.

— Il n'empêche, tu y étais presque, reprend Daishou. Si Akaashi est venu te parler de Vénus juste comme ça, peut-être que la déclaration passionnée était pour bientôt.

— Je n'ai peut-être pas envie d'immortaliser ça, dit Kuroo.

— Tu m'étonnes. Si c'est naze, tu pourras même pas faire semblant d'avoir vécu une expérience transcendante.

— Daishou, intervient Akaashi, ton raisonnement ne tient pas debout. Si je fais une déclaration d'amour, je peux t'assurer qu'elle ne sera pas naze.

— Ah oui, excuse-moi, Akaashi le Dieu de l'Amour. T'as tout compris, c'est vrai. Tu fais mieux que nous, c'est vrai. Ça m'avait échappé.

— Tâche de t'en souvenir la prochaine fois.

Kuroo laisse échapper un ricanement et revient sur la caméra.

— Une dernière parole ? demande-t-il.

Ils sont à présent tous les trois dans le champ. Si les allures décontractées de Kuroo et Daishou ne changent pas, Akaashi se raidit immédiatement. L'iris de chat s'apprête à décoller, et la poupée continue à s'évaporer. La pièce ne sera bientôt plus que le second monde qu'il a traversé des centaines de fois.

See you, space cowboy, commente Daishou avec un clin d'œil.

— Putain, tu m'as volé ma réplique, dit Kuroo.

— Trouves-en une autre.

— La flemme. Tu sais quoi ? Je vais terminer par un plan d'Akaashi. Ce sera bien plus agréable que ta sale face.

— Pointe ce truc sur moi et tu peux être certain qu'il n'y aura pas de déclaration, fait savoir Akaashi.

Mais Kuroo s'empare tout de même de la caméra et la pointe sur Akaashi, qui détourne le regard, avant d'appuyer sur un bouton. Le clignotant s'éteint et ça y est, c'est terminé.

— Ça n'a pas d'importance, dit Kuroo. Nous verrons plus tard pour la déclaration.

Daishou, qui commence à se rendre compte qu'on l'a coupé avant qu'il ne trouve le moyen de se défendre, est passablement vexé. Il prend la caméra des mains de Kuroo et les informe qu'il va la planquer quelque part ailleurs où ils pourront récupérer des tas d'images absolument scandaleuses pour se faire un coup de pub. Kuroo l'observe quitter la salle avec un demi-sourire, puis revient à Akaashi.

— Il fallait que le film se termine sur toi. Ne sois pas vexé.

— Dire que Miya pense qu'il en est la vedette, soupire-t-il.

— Tu veux dire ? C'est un personnage tertiaire.

— Mais son histoire d'amour à lui est complète.

— Je te mets au défi de me citer un film vu ici avec une histoire d'amour complète, dit Kuroo.

Akaashi lève les yeux au ciel.

— Toutes mes excuses, j'avais oublié ton côté mélodramatique.

— Je ne suis pas mélodramatique. Hey, tu as deux secondes à m'accorder ?

C'est une invitation à répondre non, mais la question intrigue suffisamment Akaashi pour qu'il se rapproche. Kuroo est assis, d'une façon étrangement formelle, ses jambes ne sont pas écartées ou tendues comme souvent, son dos est droit, ses pieds touchent le sol du talon au gros orteil. La semelle complète. Akaashi change quelque chose dans sa façon de respirer.

Quand Kuroo avance sa main, il tend la sienne, et leurs doigts sont liés par une promesse encore inconnue. La fin, la fin, pense Akaashi, une ligne nerveuse dans la colonne vertébrale. Il est droit, lui aussi, parce que c'est comme ça que l'on accueille la fin. Droit et fier. C'est comme ça que l'on accueille tout ce qui vient, passé un certain âge (même si on meurt d'envie de faire autrement), et passé une certaine durée de jeu. Il ne peut pas dire qu'il ne s'y attendait pas.

Kuroo prend une inspiration discrète, mais qui ne lui échappe pas. Il a perdu son sourire et Akaashi n'a pas de liste pour ses expressions en dehors de ses sourires. Il aurait dû en faire une.

— Écoute, commence Kuroo, la voix plus agitée qu'à son habitude.

Et Akaashi sait ce qu'il va dire, pas les mots exacts, mais l'idée générale — les mots exacts ont de l'importance mais le fond en a encore plus et Akaashi, qui a su que ce moment arrivait, qui l'a attendu en empilant les offrandes, qui a poussé les limites encore et encore jusqu'à oublier que la Terre était ronde et qu'il ne gagnerait que de l'épuisement à force, sent le rouge lui monter aux joues, l'esprit s'agiter bêtement comme s'il sortait à peine de la puberté.

Il y a une limite à l'impassibilité dont il peut faire preuve, il s'en est rendu compte bien assez tôt. Si une émotion naît quelque part, peut-être dans son ventre ou dans ses yeux, dans son cœur, secouée par une pulsion imprécise, elle finira par pousser et par prendre toute la place. Akaashi oublie tout le temps de couper les bourgeons. L'émotion pourra se manifester de la façon dont elle l'entend : elle pourra lui couler par les yeux ou lui pincer le cœur jusqu'à lui donner envie de vomir. Les mauvaises herbes reviennent sans cesse et c'est bien le problème.

Ce n'est pas une mauvaise herbe dans ce cas précis, pas quand sa main est chaude et son regard attaché à un autre, mais c'est une plante qu'il ne connaît pas et impossible de savoir comment elle sortira. Mais le lieu se dessine. Akaashi la sent lui démanger la bouche. Le goût se précise peu à peu, mais ce n'est pas celui de la victoire.

— Akaashi. Je, hum—

Akaashi lui plaque une main sur la bouche avant de lui laisser le temps de terminer. Ce n'est pas la victoire. C'est autre chose. Il a encore le visage en feu et il se demande où il s'est trompé. Kuroo, le regard perdu, ne fait rien pour se dégager. Son trac est palpable et Akaashi le trouve rassurant.

Pas question que Kuroo soit le plus courageux.

Il n'a pas encore réfléchi à la phrase spectaculaire qu'il voulait lui dire, mais il peut faire autrement. Il retire sa main et se laisse tomber sur les genoux de Kuroo, passe ses bras autour de son cou, et presse ses lèvres contre les siennes avant de lui laisser le temps de revenir à sa confession. Le bourgeon qui éclot dans sa bouche a le goût de la victoire, et les mains qui se ferment dans son dos ont le goût de la tendresse, les secondes qui passent s'étirent comme un élastique, encore, Akaashi est occupé à ne penser à rien.

Ils se séparent après un long moment, et Akaashi cherche ses yeux, l'esprit un peu étourdi.

— J'ai gagné, dit-il.

Kuroo, sans même détacher son regard de ses lèvres, se met à sourire.

— Pas du tout. J'allais perdre, mais tu as choisi de craquer à ma place.

— Ce ne sont pas les règles.

Mais Kuroo doit avoir d'autre chose à faire que d'argumenter, car il se penche et se remet à embrasser Akaashi, avec une lenteur qui devient étouffante. Il pince la lèvre inférieure d'Akaashi entre les siennes, joueur, laisse une ligne de baisers qui part du coin de sa bouche au creux de sa mâchoire ; peut-être laisse-t-il aussi éclore la vérité par un geste de la bouche. C'est agréable, suffisamment pour qu'Akaashi accepte cela comme réponse. Kuroo n'a jamais été très regardant des règles, pour un peu que cela ne présente aucun danger.

— Tu aurais pu gagner avant, ajoute néanmoins Kuroo.

— Mais là ma victoire est totale. Tu as craqué en premier mais j'ai eu le courage de faire le premier pas.

J'ai fait le premier pas !

— Et encore, cela dépend de quel premier pas l'on parle, reprend Akaashi. Le tout premier, ou le premier qui mène à la fin ? Il faudrait une machine à voyager dans le temps pour revenir au point de départ.

— Ça tombe bien, on a des heures de vidéos pour décrypter ça.

— Et des tas de choses sont arrivées en dehors de ça, répond Akaashi (qui ne pense décidément pas à la fois où Kuroo a mangé des onigiris dans sa chambre, et qui ne regrette pas du tout de ne pas avoir pu filmer ça).

— Pas tant que ça.

— Tout de même, soupire Akaashi (qui ne pense pas aux onigiris !)

— Ça n'a pas d'importance, décide Kuroo (il se repense pour l'embrasser et sa bouche est chaude comme le Soleil d'après-midi). Je m'en fiche (il l'embrasse encore). Tu peux gagner si tu veux (encore). Il faut bien que quelqu'un fasse preuve de maturité.

— C'est ça.

— Tu n'as pas l'air très convaincu.

— Oui, Kuroo, tu es très mature. Je suis épaté par tant de maturité. Heureusement que tu es là.

Kuroo ne fait même pas semblant d'être vexé. Il a l'air trop heureux pour se prêter au jeu. Pour être tout à fait honnête, c'est un peu le cas d'Akaashi aussi. Un sourire lui glisse sur lui visage et impossible de le virer de là. Ses mains ne quittent plus le corps de Kuroo, elles ont mis suffisamment de temps pour arriver là.

Le jeu l'a un peu fatigué. Il enfouit son visage dans le cou de Kuroo et écoute les bruits de son corps à lui, si son cœur bat vite comme le sien ou si ses organes ont disparu comme dans son rêve ; il écoute les déglutitions et les mouvements les plus minimes. Les craquements de sa cage thoracique, le vacillement de sa bouche. Le bruit d'un sentiment partagé, mélodie douce et rassurante, qu'il aura le temps d'étudier plus tard.

Il aimera l'étudier comme il aime la découvrir maintenant, comme il a aimé découvrir et analyser le sentiment d'attente. Il fera des listes, peut-être, lira et ira plus souvent au cinéma. Regardera Kuroo lécher ses doigts pleins de riz et s'en plaindra auprès de Bokuto. S'il y a quelque chose à écrire, il l'écrira peut-être. Il sent déjà l'envie le démanger ; Akaashi a toujours été gourmand d'une certaine façon, d'une façon mesurée et imprécise jusqu'à ce qu'elle le soit. Il n'est pas rare que son corps comprenne les choses avant que son esprit ne les rende claires, il complique et fait tourner les concepts les plus basiques pour leur donner plus d'importance. Peut-être que c'est ça, être spécial. Ce n'est pas encore très clair.

Akaashi se redresse pour l'observer à nouveau. Kuroo a l'air très heureux, à cet instant. Son regard sombre s'est rempli de lumière, Akaashi passe une main sur sa joue et l'effleure doucement ; il le trouve très beau. Son cœur se serre. Il ne peut pas être préparé à tout.

— Il va falloir trouver un nouveau jeu, dit Kuroo.

Akaashi hoche distraitement la tête.

— Un où nous ne sommes pas l'un contre l'autre, ajoute Kuroo.

— Tu veux rire ? Ce serait bien ennuyant.

— Tu penses ? Bon, d'accord, alors. Mais ne viens pas te plaindre après-coup.

— Pourquoi je me plaindrais de gagner quoi que ce soit, dit Akaashi.

Kuroo ne répond pas, mais son sourire est moqueur. Il est aussi beau comme ça, c'est un peu injuste.

Akaashi décide de conclure la conversation autrement.

— — —

— — —

Ce n'est pas une théorie. Le monde est jeune et personne ne l'a théorisé avant. Kuroo s'est acheté une nouvelle caméra, pour plus de précision, et Akaashi apprend lentement.

Il n'y a pas de choses telles qu'un second monde enfermé dans une salle de classe, mais il y a l'idée d'un lieu qui lui appartient.

Le film se termine, Kuroo s'étire, et Akaashi, pris d'une curiosité soudaine, lui demande quelle est sa planète préférée.

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— — —

fin


Le film que Kuroo et Akaashi regardent avec le tigre là c'est Tropical Malady et it is. GOOD. Je l'ai vu en plein milieu de l'écriture de la fic et je me suis dit... allez... mdr... Par contre c'est très lent donc si vous aimez pas les trucs contemplatifs vous n'allez probablement pas être convaincus.

Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à laisser une review même si c'est très court, ça me refait mes journées istg !

Prenez soin de vous ! À une prochaine fois :)

Bisous