Note : Ce texte a été écrit dans le cadre du défi « La pièce de Huit » sur le Forum de Tous les périls. Le principe était de rédiger en deux semaines un OS sur un thème commun à tous les participants, à savoir « Un dernier reproche » N'hésitez-pas à me contacter en MP pour plus de détails.


Tous les reproches du monde

Mama était entrée dans une rage folle.

Elle cherchait un responsable à ce fiasco.

Et Perospero s'était fait un plaisir de chuchoter son nom à l'oreille de leur mère.

Selon Brûlée, cela avait au moins eu le mérite de la calmer sur le moment. Toute la famille risquait d'en prendre pour son grade et grâce à l'intervention sournoise du ministre des Bonbons, la furie maternelle s'était apaisée. Le détenteur du Pero Pero no Mi avait pris en assurance dans l'art de mener Mama par le bout du nez depuis les derniers évènements. Restait à savoir si cela relevait du génie ou de l'inconscience. Toujours est-il que la mauvaise humeur de la cheffe de famille semblait sous contrôle. Du moins jusqu'à la date prévue pour son audience.

Quand sa sœur était venue l'informé de la tenue d'un conseil familial avec pour seul et unique thème le chaos de la Tea Party, elle avait témoigné d'une réelle inquiétude pour son grand-frère. Elle ne voulait pas que son aîné soit le bouc émissaire de cette défaite collective. Cette dernière était trop complète pour être le fait d'une seule personne.

Mais il était évident que quelqu'un allait devoir payer les pots cassés.

Et il ferait ce qu'il faut pour que ce soit lui.

Et uniquement lui.

Car pour Katakuri, il était hors de question que sa fratrie paie pour son échec.

En tant que Sweet Commander, il se devait de protéger ses hommes.

Et en tant qu'aîné, il se devait de protéger ses frères et sœurs.

Ce fourbe de Pero n'avait pas complètement tort.

C'est Katakuri qui avait affronté leur ennemi numéro un et c'est lui seul qui s'était fait battre. C'est lui encore qui avait mis en danger sa famille et c'est lui, toujours, qui avait déshonoré le nom de Mama. Depuis que Brûlée les avait extirpés du Mirror World, il était en convalescence. La sienne avait pris un peu plus de temps que celles des autres membres de sa famille car son affrontement contre Mugiwara lui avait causé de nombreux dommages. Durant son repos, Katakuri avait eu le temps d'analyser la situation. D'autant plus que tout le monde y était allé de son commentaire sur le sujet.

Cracker compatissait et Smoothie lui avait assuré que leur mère s'était calmée. Amande voulait juste tuer chapeau de paille et Mont d'Or, envisageant une nouvelle colère maternelle, demandait s'il ne fallait pas prévenir les cuisines. Perospero, lui, se moquait du devenir de son frère, lui prédisant un vieillissement prématuré voire une mort certaine. Le fan club de Katakuri, réduit depuis la démission de Flampé, mais qui survivait malgré la récente défaite de leur favori, s'était offusqué envers ce frère indigne. Mais Oven et Daifuku l'avaient remis en place.

Toujours est-il que les propos de leur frère aîné n'étaient pas sans fondement.

Katakuri jouait gros.

Et face à la matriarche de la famille, il allait falloir la jouer fine.

Même s'il était évident qu'il devait payer pour sa défaite, il redoutait d'avoir à payer un prix trop élevé pour lui.

La mort est rarement accueillie à bras ouverts.*

Au matin de la confrontation, Brûlée vint le chercher. Aidée par sa sœur, il s'extirpa de son lit. Puis il se mit à marcher, appuyé sur son trident, d'un pas moins assuré qu'il ne l'aurait voulu vers la pièce où sa mère l'attendait. Sa sœur cheminait à ses côtés afin de pallier la moindre défaillance du demi-géant dans son avancée.

Lorsqu'il pénétra dans l'immense salle circulaire, l'ambiance glaciale qu'il ressentit semblait d'autant plus froide que le décor était chaleureux. Les murs qui soutenaient les escaliers étaient roses pâles et bordés d'une moulure blanche. Des colonnes claires rehaussées de perles enserraient la pièce dans une ronde d'arcades parfaites. Ces dernières étaient ornées de rayures verticales peintes en blanc et rose. Au-dessus d'elles, un bleu clair tacheté de points blancs donnait l'illusion d'une légère chute de neige constante. Les flocons semblaient couler d'un glaçage immaculé qui ceinturait le plafond rond sur une hauteur d'un mètre environ. L'immense coupole était découpée en un gigantesque damier jaune vif et bleu turquoise. En échos à ce dernier, le pavage du sol était constitué de carreau en forme de biscuits. L'alternance du rouge tommette et d'un bordeaux léger adoucissait les tons criards qui garnissaient le reste du décor.

Mama siégeait, en face de l'entrée, assise sur énorme trône en pain d'épice. Cracker, Smoothie et Brûlée se tenaient debout, sur le côté gauche de leur mère, Perospero seul sur sa droite s'était constitué un petit siège en bonbon, preuve qu'il comptait se délecter du spectacle. Afin de se tenir face à l'intransigeante souveraine, Katakuri était littéralement obligé de fendre la foule de ses frères et sœurs venus en nombre pour l'occasion. L'assistance comprenait la quasi-totalité de leur équipage, des ministres les plus influents aux sbires de son ancienne-petite-sœur-chérie responsable de sa blessure à l'abdomen. En première ligne, il aperçut Oven et Daïfuku, avec qui il formait un triplé toujours solidaire quelles que soient les circonstances. Il fut soulagé rien qu'en les voyant. Mais au fur et à mesure qu'il progressait à travers sa kyrielle de frères et sœurs et des hommes de Big Mom, il entendit des moqueries et vit des regard apeurés, déçus ou de pitié sur son passage. Les pâtissiers qui avaient survécus à son attaque colérique suite à la destruction de son sanctuaire durant l'affrontement contre Luffy étaient également présents et n'osaient même pas affronter son regard.

On aurait dit un tribunal.

C'est exactement ça.

C'était un procès.

Et c'était celui du fils chéri qui tombait en disgrâce.

Alors qu'il se tenait désormais devant elle, la Yonko entama la discussion, sans même porter la moindre attention à l'état de santé de son fils. Son apparence reflétait si ouvertement sa constitution que toute question aurait été superflue : tassé sur Mogura, emmailloté dans un large bandeau au niveau du ventre, couvert de pansements au visage et sur les bras, il n'était que l'ombre du Sweet Commander invaincu et admiré qu'il était encore quelques jours plus tôt.

_ Katakuri, si tu as recouvré assez de force pour te trainer ici, tu vas pouvoir m'expliqué ce qu'il s'est passé avec cet enflure de chapeau de paille ? Comment as-tu pu perdre contre ce sale petit morveux ?

_ Il est bien plus fort qu'il n'en a l'air, Mama.

_ Plus fort que toi ? Il ne maîtrise même pas l'éveil de son fruit, contrairement à toi, je te le rappelle.

_ Je sais. Mais il contrôle bien son Haki. Enfin, il a bien appris à le faire.

_Qu'est ce que tu veux dire ?

_ Ses deux grandes forces sont sa capacité à s'adapter à son adversaire ainsi que sa détermination. Il n'a pas hésité à endurer mes coups pendant des heures afin de trouver la faille dans laquelle s'engouffrer pour me vaincre tout en augmentant considérablement, et en même temps, sa maîtrise de l'observation.

_ Et… qu'a-t-il bien pu trouver comme « faille » chez toi ? Hein ? Tu es TROIS FOIS PLUS GRAND QUE LUI, DEUX FOIS PLUS AGE ET SURTOUT TA PRIME EST LE DOUBLE DE LA SIENNE ! C'EST UN GAMIN ! ET UN GRINGALET ELASTIQUE EN PLUS !

_ Il m'a fait perdre mon sang froid et avec lui mon avantage au combat. Et il a également fini par combler l'écart qui nous séparait au fur et à mesure de notre duel. Je n'ai pas grand-chose d'autre à dire. Il a été plus fort que moi J'ai perdu.

_Ça, je le sais bien ! Merci ! TU NOUS AS RIDICULISÉ ! TU M'AS RIDICULISE ! JE N'AI JAMAIS EU AUTANT HONTE ! MOI ! BIG MOM BATTUE PAR CE MIOCHE INSOLENT ! A CAUSE DE TOI JE VAIS ETRE LA RISÉE DE TOUS LES PIRATES !

_Je suis désolé, Mama.

_ TOUT EST DE TA FAUTE ! ON LE TENAIT ! TU L'AS LAISSE PARTIR ! C'EST INADMISSIBLE ! TU M'ENTENDS ? INADMISSIBLE ! IL A GACHE MA TEA PARTYYYYYY ! IL S'EST MOQUE DE MOI ! IL DOIT PAYEEEEEEER !

_ Je suis désolé.

_ ARRETE DE T'EXCUSER ! TU ES UN TRAITE ! ON M'A DIT QUE TU T'ES INFLIGE TOI-MEME UNE BLESSURE PENDANT TON COMBAT CONTRE LUI ! TU L'AS AIDE ! TU ES UN LACHE ! TU AS LAISSE TOMBE TA FAMILLE !

_ Je l'ai honoré en me battant loyalement.

_ ON S'EN FOUT DE TA LOYAUTE ! ON PARLE DE MA REPUTATION ! DE CELLE DE NOTRE NOM ! DE CELLE DE MON NOM !

La voix de Mama tonna en échos pendant un long moment. Un silence électrique s'installa. Personne n'osait prendre la parole de peur de mettre la pirate davantage hors d'elle. Katakuri finit par reprendre :

_ Je suis en effet le seul responsable de ma défaite, commença-t-il

_ Ah ! Tu vois, il l'avoue lui-même, releva l'aîné au costume jaune visiblement comblé par la tournure que prenaient les choses

_Tais-toi ! Je parle avec Katakuri. Quand j'aurai besoin de ton avis, je te le ferai savoir, Perospero !

_ Et en tant que seul responsable, je dois être le seul puni, développa l'accusé

_ Ca se tient, commenta sa mère, tu redeviens sensé à ce que je vois ! railla-t-elle

_ Et j'ajoute que j'accepterai ta sentence, quelle qu'elle soit, avec dignité, conclut-il sa plaidoirie improvisée

Un murmure timide se mit à parcourir l'assemblée. Tout l'archipel était au courant que son affrontement avait duré des heures et que les dégâts infligés avaient été colossaux. Cela prouvait à quel point Katakuri s'était battu pour sa famille. Sa droiture semblait jouer pour lui et l'auditoire pouvait peut-être basculé en sa faveur. Et avec lui, sa présidente.

_ Très bien. Alors, trêve de bavardages : life or treat ?

Un silence glaçant accueillit cette fois-ci la déclaration. La maîtresse des miroirs s'étouffa presque en réagissant :

_MAMA ! Mamaaaaa… Euh… Tu ne trouves pas que c'est peut-être un peu trop… définitif, comme punition ? Katakuri oni chan s'est battu sans démériter et…

_ Brûlée, fais donc comme Perospero et tais-toi ! Moi, je trouve cela très approprié. Il a trahi ma confiance en perdant contre ce nabot de la pire génération…

_Mais Mama… Grand frère a toujours…

_Si tu souhaites discuter de mes décisions, Brûlée, ton audience peut suivre celle de ton frère ?

_Tout va bien, petit sœur, je m'y attendais, reprit Katakuri

Evidemment qu'il s'y attendait. C'était quand même le châtiment préféré de leur mère, même s'il était rare que cette punition frappe un membre de la famille.

A quoi pouvait-il s'attendre d'autre dans cette parodie de justice où le juge, la victime et le bourreau sont la même personne ?

En feignant le détachement, il ajouta :

_Life. Je ne peux pas quitter ma famille.

_Tu parles bien de celle que tu as contribué à déshonorer ? Celle que tu as sali de ton incompétence ? Mais bon, après tout, je ne peux pas t'en vouloir d'être attachée à elle. Alors, pour réparer les dégâts que tu as causé, je vais te prendre… CINQUANTE ANNEES de vie.

Celle qui lui avait donné la vie allait désormais lui donner la mort.

Le cycle de sa vie prenait une tournure étrange.

A l'exception de Perospero qui esquissa un sourire, tous ses frères et sœurs s'élevèrent contre la sentence en question. Tout à coup, leur nombre le submergea :

_Mais Mama, il a quarante-huit ans !

_Mama ! C'est trop ! Il va mourir !

_Il va falloir un nouveau Sweet Commander, ce n'est pas le moment de déséquilibrer notre organigramme !

_Mama, on aime trop Katakuri !

_Ne nous enlève pas notre grand frère !

_Mama, il reste un des plus fort d'entre nous !

_Mama ! S'il te plait, revois ton jugement !

_Il est le seul à connaître les faiblesses de ce maudit chapeau de paille !

Le volume sonore de leurs plaintes devint assourdissant. Devant les protestations de ses enfants, Linlin n'eut d'autre choix que d'élever son énorme voix.

_ SILENCE ! Vous me cassez les oreilles avec vos lamentations !

_ Mais Mama, c'est ton fils !

_ Et alors ? Moscato aussi. Il ne faut pas ME CON-TRA-RIER ! JE N'AIME PAS CA DU TOUT !

_ Mais, on t'en supplie !

_Très bien ! Alors, disons quarante !

_Mama, ça ne change rien ! s'emporta Brûlée. Peux-tu envisager une sanction qui n'entrainerait pas sa mort immédiate ?!

_Ce n'est rien, vraiment ! Et puis, si vous, cela vous permet d'y échapper, ce n'est pas si cher payé, la rassura son frère en chuchotant

_C'est bien trop ! Mama, réduire Katakuri à ce dernier échec, c'est oublié toutes les fois où à lui seul il nous a sauvé, toi y compris ! enchaîna la détentrice du Mira Mira no Mi. Et puis, il faut être lucide, on a tous foiré quelque chose contre cet équipage, il n'est pas le seul responsable ! Je propose de donner cinq ans de ma vie pour alléger sa peine ! reprit-elle dans un dernier coup de poker.

_Moi aussi ! annonça Oven

_Moi aussi ! dit Daïfuku, sinon on ne sera pas plus des triplés

_Moi aussi ! déclara Smoothie

_Moi aussi ! ajouta Craker

_Et moi ! cria Mont d'Or

_ Moi ! informa Amande

_TRES BIEN ! Tu as de la chance Katakuri. Après un échec aussi retentissant, tu peux encore compter sur le soutien de tes frères et sœurs… Cependant, je refuse de punir mes enfants innocents…

_Mama !

_Laisse-moi finir Brûlée ! Je vais prendre dix ans à Katakuri. Fin de la discussion.

Mama déclencha sans plus attendre son Soul Pocus, sur son fils. Un de ces spectres noir apparut et préleva une énorme boule brillante du corps de Katakuri. Le visage de ce dernier se rida quelque peu, il se tassa encore davantage sur sa canne de fortune et ses cheveux blanchirent en fines mèches. Avant de quitter la salle, il se pencha vers Perospero.

_Je crois que me voilà devenu l'aîné désormais…

_Arrête de sourire, lui rétorqua-t-il

_Ah et puis, Katakuri ? l'interpella une voix féminine reconnaissable entre mille

_Oui Mama ?

_Couvre-moi donc cette affreuse bouche !

*Citation extraite de l'épisode 854