Bon, j'ai craqué ! Après avoir vu le film Last Game et la crise de jalousie de cet adorable petit Takao, je n'ai pas pu m'empêcher d'écrire ça ! D'habitude, je préfère quand tout reste ambigu et suggéré mais il fallait que je répare ce petit cœur brisé ! Sumimasen, sumimasen, sumimasen (comme dirait l'autre…) !

La plus douce des victoires

Takao s'était un peu éloigné. Il se sentait ridiculement triste mais ne voulait surtout pas le montrer, et encore moins à Midorima. Immobile, devant une grand baie vitrée, il y observait son reflet : la bonne humeur qui composait habituellement ses traits avait disparu. Soudain, il fut pris de sanglots irrépressibles. Bien sûr, la situation n'avait rien de grave, et sa réaction devait être disproportionnée, mais c'était comme si une soupape avait explosé et il sentait qu'il en avait besoin.

Il imaginait Midorima un peu plus loin, mangeant joyeusement avec les anciens de Teiko, avec Akashi, et cela le blessait plus qu'il ne l'aurait voulu. Il savait que sa jalousie était minable, mal placée, risible mais ce n'est pas pour autant qu'il avait le pouvoir de la faire disparaître.

Il repensait à l'expression de Midorima lors du match, épanoui, heureux d'évoluer sur le terrain, définitivement à sa place. Et il se revoyait lui, observateur extérieur, qui n'avait fait que cirer le banc et les encourager. Il y avait une différence de talent entre les joueurs de la génération miracle et lui. Il l'avait toujours su mais ce match le lui avait renvoyé en pleine face. Et cela lui faisait terriblement mal.

La même image défilait incessamment dans son esprit : Midorima réceptionnant encore et encore les passes d'Akashi en l'air. Cette technique, ils l'avaient créée tous les deux et Takao croyait naïvement qu'il en aurait toujours l'exclusivité parce qu'elle était le symbole du lien unique qui existait entre eux. Mais il s'était trompé. Et même si voir Akashi réussir, avec une facilité déconcertante, ce qui lui avait coûté à lui-même tant d'entraînements et d'efforts blessait son amour propre, ce n'était le pire. Le plus terrible, le plus douloureux, c'était cette confiance aveugle que Midorima avait pour Akashi, cette harmonie et cette compréhension si évidentes et naturelles qu'il avait vues entre eux.

Takao avait vraiment cru créer une relation particulière avec Midorima, une vraie amitié, une vraie complicité. Mais il se rendait compte, amèrement, qu'ils n'appartiendraient jamais au même monde. Et le plus douloureux, ce n'était même pas le basket, constatait-il à regret. Il savait que l'amitié brisée avec les membres de Teiko avait laissé des traces chez Midorima. Il avait dû l'apprivoiser pour lui redonner confiance en ce sentiment. Mais désormais, les liens qu'il avait avec les anciens de Teiko s'étaient resserrés. C'était évident quand il les regardait. Il découvrait un Midorima étrangement à l'aise en leur compagnie et visiblement heureux de passer du temps avec eux, et pas seulement pour jouer au basket.

Ce bonheur manifeste lui donnait l'impression d'être un coup qu'il recevait dans le ventre et dont la douleur remontait jusque dans sa poitrine, la comprimant comme un étau. Il réalisait qu'il avait sûrement été juste un pansement sur une plaie qui apporte un grand soulagement pour la protéger des agressions extérieures, laissant le temps à la chair de se reconstruire mais qu'on enlève finalement avec soulagement et satisfaction quand elle est enfin guérie.

Le cœur de Midorima était réparé maintenant et lui n'était plus bon qu'à finir à la poubelle, songeait-il toujours plus amer et malheureux. Bien sûr que ses sentiments étaient excessifs, sa raison lui disait que l'amitié n'était pas une relation aussi passionnée. Midorima pouvait bien avoir plusieurs amis, sans que cela remette en cause leur propre relation. Mais Takao ne pouvait s'empêcher de ressentir un brûlant désir d'exclusivité quand il s'agissait de Midorima, alors qu'il n'avait jamais vécu cela auparavant avec ses autres camarades. Et la douleur et la déception qu'il ressentait à ce moment là témoignaient de la violence et de la profondeur de ses sentiments pour lui, et de leur ambiguïté peut-être aussi.

Absorbé par le bruit des sanglots qui secouaient tout son corps, il n'avait pas entendu que quelqu'un approchait. Il sursauta donc quand une voix interrompit ses douloureuses pensées :

« Takao, qu'est-ce que tu fais dans ton coin ? » demanda la voix calme de Midorima.

Takao s'empressa de s'essuyer les yeux du revers de sa manche sans pour autant se retourner. Il se sentait ridicule et minable et ne voulait pas que Midorima le voie. Il avait trop honte. Une nouvelle fois, il s'effondrait devant lui, n'arrivant plus à conserver le masque souriant et enthousiaste qu'il arborait en permanence. Mais cette fois, en plus, il se sentait coupable, car il était le seul à ressentir ce sentiment, complètement à contre-courant de l'atmosphère joyeuse qui était palpable tout autour de lui.

Son masque ne prenait pas la forme de l'impassibilité comme c'était le cas chez Midorima, mais son sourire était aussi occasionnellement une façade. Pourtant la digue de retenue qu'il gardait quand il s'agissait d'exprimer ses sentiments profonds était désormais rompue. Il ne pouvait pour autant regarder Midorima dans les yeux et c'est donc le dos toujours tourné et les yeux baissés que sans réfléchir, il formula tout ce qui lui avait fait si mal au cœur :

« Pardon. Je suis désolé. Je sais que c'est nul, que je devrais être juste heureux de votre victoire mais je n'arrête pas de repenser à votre complicité avec Akashi et avec tous les autres aussi et ça me brise le cœur. En fait, je croyais que ce que l'on faisait ensemble était spécial, que j'étais quelqu'un de spécial pour toi. Parce que moi, je me sens tellement proche de toi que parfois j'ai l'impression qu'on ne fait qu'un. Mais voir votre lien, ça me fait trop mal. Merde ! Je sais que c'est de la jalousie mal placée. Je sais que c'est ridicule et égoïste mais je ne peux pas m'empêcher de ressentir ça. »

Midorima ne s'attendait pas vraiment à ça. Il avait été étonné de ne pas voir Takao près de lui lors du repas. Ce n'était pas son genre d'esquiver les festivités, lui qui était si sociable et jovial. Il s'était inquiété quand il avait vu que cette absence s'était prolongé. Alors il était parti à sa recherche. Parce que faire la fête sans Takao, pour lui, cela n'avait plus vraiment de sens. Il avait besoin de sa présence à ses côtés pour se sentir vraiment en paix et comblé.

Mais quand il surprit ses larmes, Midorima se sentit coupable. Il avait envie de lui dire tant de choses : qu'il avait le droit d'être égoïste parfois, qu'il était plus spécial que n'importe qui à ses yeux, qu'il était totalement irremplaçable, la personne la plus importante dans sa vie, que lui aussi avait envie que Takao ne soit qu'à lui.

Il aurait pu lui dire aussi que ses sourires enjoués réchauffaient son cœur, que leurs trajets à vélo étaient désormais le seul moyen de déplacement qu'il pouvait envisager, que les objets qu'il se procurait régulièrement pour lui apaisaient toutes ses craintes, que la confiance absolue qu'il avait en lui avait libéré son cœur de la peur du monde extérieur. Que c'était parce que Takao lui avait montré qu'on pouvait l'aimer vraiment pour ce qu'il était, qu'il pouvait se sentir maintenant presque à l'aise avec les autres. Mais il restait muet, incapable de dire quoi que ce soit, prisonnier de sa stupide timidité.

Il se décida finalement et s'avança vers Takao.

Takao vit le reflet de Midorima dans la vitre qui devenait plus net à mesure qu'il s'approchait de lui et il anticipa dans un frisson le contact de sa main sur son épaule. C'était encore plus doux et tendre qu'il l'avait espéré.

« Takao, veux-tu quelque chose de moi que personne d'autre n'aura ? »

Takao, trop ébahi et troublé par cette proximité entre leurs corps, n'eut pas le temps de répondre. Midorima fit fermement pression sur son épaule pour le retourner face à lui. Puis il glissa sa main bandée sous son menton qu'il releva légèrement. Avec délicatesse, de son autre main, il fit disparaître les sillons humides qu'avaient laissé les larmes sur ses joues. Puis Midorima ferma les yeux et lentement, avec une infinie douceur, posa ses lèvres sur celles de Takao.

Les yeux d'abord écarquillés de Takao se fermèrent à leur tour. Mais Midorima s'éloignait déjà, lui tournant le dos, comme certain de sa victoire, sans avoir besoin de la constater de ses yeux, et laissant Takao brutalement seul, comme aspiré dans le vide.

Midorima réajusta ses lunettes d'un air satisfaisant et les joues légèrement rosies puis s'arrêta un instant.

« Est-ce que cela te suffit pour te montrer à quel point tu es précieux et irremplaçable pour moi ? »

Takao, bouche bée, était resté interdit. Son cœur battait avec une telle violence qu'il l'entendait résonner dans son crâne et qu'il sentait pulser son sang dans chacune de ses veines. Il n'avait jamais vraiment envisagé sa relation avec Midorima de cette façon et pourtant, il lui semblait maintenant évident que c'était juste parce que c'était encore mieux que tout ce qu'il avait pu rêver.

Midorima repartit alors en direction de la cafétéria, le cœur battant. Le risque lui paraissait calculé. L'état dans lequel s'était mis Takao lui semblait un signe suffisamment évocateur qu'il ne pouvait qu'avoir interprété correctement. Et pourtant un doute tortueux s'était insinué dans son cœur. Se pouvait-il qu'il se soit trompé ? La solution qu'il avait choisie n'était-elle pas la pire possible finalement ? Ne venait-il pas de ternir voire de détruire la relation la plus importante de son existence ? Il fut vite rassuré, en entendant les pas précipités de Takao qui le talonnait déjà et par sa voix redevenue joviale :

« Shin-chan, encore ! Je veux que tu me me montres encore ! Je veux qu'on recommence ! Tout de suite !

- Plus tard » lâcha-t-il en replaçant ses lunettes sans pouvoir cacher un soupir de soulagement.

Takao sourit. Ces quelques mots étaient la plus belle promesse qu'on lui avait jamais faite. Toute la tristesse et la jalousie qu'il avait ressenties semblaient s'être brutalement envolées. Il s'en voulait d'avoir pu douter ainsi de Midorima, de sa droiture et de sa fidélité. C'était vrai que la génération miracle et lui étaient très différents, vrai aussi qu'ils étaient et resteraient plus forts que lui au basket. Mais il tenait sa revanche parce que dans le cœur de Midorima, c'était lui qui triomphait.

Et au delà, il comprenait que Shintaro Midorima, plus maniaque et coutumier que quiconque, pouvait lui réserver encore des surprises et il avait terriblement hâte de le découvrir encore davantage.

Midorima sourit à son tour en sentant la chaleur du corps de Takao appuyé contre son épaule. Impulsivement, il avait fait le pari le plus fou de son existence mais une nouvelle fois, en champion qu'il était, il avait gagné. Et il lui semblait que c'était la plus précieuse de toutes ses victoires.