Si cette fic s'inscrit dans l'univers des jeux Arkham (considérez que c'est bien avant Arkham Asylum, le premier jeu), il y a beaucoup de références au comics Batman: Arkham Asylum de Grant Morrison et Dave McKean qui est juste un chef d'œuvre dont je suis tombée amoureuse.

Alors je m'excuse auprès des fans de Jervis le Chapelier, je n'ai absolument rien contre ce personnage (bien au contraire !), mais ses pathologies sont plus dérangeantes dans le comics (bien plus que dans le jeu ou le dessin-animé) et forcément, que serait l'univers de Batman sans une ambiance sombre ?

Enfin, vous inquiétez pas : le Joker est là pour vous remonter le moral (?). Bonne lecture~


Chapitre 1 – Vieilles habitudes


"It's a silent shriek without a sound

Well he's coming soon to your small town

He's searching for something he won't find

He's a mad, mad man with a mad, mad mind

Like an animal out of his den

You better hide your money better hide your children

You can't keep your fear at bay

Cause the madman roams these streets today

Oh, the madman cometh!"

The Madman – The White Buffalo


« Et je vais te dire, mon vieux : un gars qui perd la faculté de rigoler, il perd aussi les pédales. »

Ken Kesey, Vol au-dessus d'un nid de coucou (trad. par Michel Deutsch)


Maya Dominguez poussa le formulaire bancaire vers son client.

La journée commençait toujours lorsqu'elle prenait place à son guichet, et elle n'y était installée que depuis vingt minutes qu'elle servait déjà son cinquième client. Ce jeudi promettait d'être long…

« Remplissez le document de retrait, s'il vous plaît. Il me faudra également votre pièce d'identité. »

En réprimant un bâillement qui fit gonfler sa gorge, elle tendit un stylo blanc marqué du nom de la banque à monsieur White qui la remercia.

Le client portait un chapeau, un fedora noir à très large bord qui dégoulinait encore à cause de la pluie qui n'avait pas cessé de tomber depuis quatre jours. Les lèvres que Maya pouvait apercevoir en-dessous semblaient également humides. Et rouges.

L'homme se mit à fouiller les poches de son long manteau noir.

« Quel dommage ! J'ai malheureusement oublié ma carte d'identité… »

Du bout de l'index, il redressa son chapeau.

La lumière crue au-dessus du guichet donna de l'éclat à la chemise verte et au nœud-papillon doré à la base d'une gorge où saillaient deux tendons… mais elle resta impuissante pour ce teint blafard, presque cadavérique.

« … Mais mon visage est tellement connu, je pense que vous n'avez aucun doute sur mon identité ? »

Soudain, plus rien n'exista, ni la rugosité des guichets quotidiens, ni le martèlement de la pluie contre les fenêtres grillagées, encore moins le visage grotesque du Joker qui semblait sortir d'un conte terrifiant ; le canon sombre, en revanche, aiguillait toute l'existence de Maya Dominguez.

Dans un silence mesuré, les prétendus clients des autres files d'attente imitèrent le Joker et, bientôt, tout le personnel de la banque fut tenu en joue. Certains banquiers pouvaient être de véritables colosses, ils se flétrissaient en fleurs asséchées, se recroquevillant avec les mains croisées sur leur nuque sous la menace.

Il y avait une quinzaine de criminels contre seulement quatre véritables clients, embarqués également dans cet orchestre sans musique. Tout n'était que chorégraphie criminelle.

Le plein d'humidité qui voilait les yeux de Maya Dominguez se mit à couler en silence, mais la lourdeur de la première goutte attira l'attention du Joker :

« Non, non, non, ma jolie ! Ne pleure pas ! Pas encore ! Tu sais que tu as encore une chance de survivre ! »

C'était vrai : malgré ses allures austères, Gotham était la ville d'un conte de fées et, comme dans toutes les villes des contes de fées, un chevalier servant y rôdait.

De son côté, tel un enfant en mal d'aventures, le clown Prince du crime se faisait tour à tour dragon, sorcière, ogre ou démon et mettait en place des plans qui n'avaient pas d'autre but qu'une confrontation violente avec le héros de ce royaume gangrené.

Pourquoi ce matin précisément ? Avait-il aperçu une chauve-souris, fuyant au loin, qui lui avait rappelé l'existence de son ennemi juré ? Non.

Quoique c'était bien la faute d'un chiroptère ! Le Joker avait cru sentir une de ses chauves-souris mentales frapper la voûte de son crâne malade, car malheureusement, sa tête en était remplie : des chauves-souris, des chauves-souris par centaines, des chauves-souris par milliers, excitées et violentes, noires et aux ailes géantes, immondes avec leurs yeux blancs et leur timbre grave.

La date et l'heure de cette attaque matinale avaient été décidées par le hasard, pourrait-on dire, mais avec le Joker, le hasard n'était rien d'autre qu'un cocktail de lubies et de caprices.

Les sbires, aussi imposants que des lutteurs de catch, avaient des mines renfrognées que les maquillages de cirque ne parvenaient pas à égayer. Les armes braquées sur les otages étaient des menaces qui pesaient de plus en plus, car l'appât de l'argent démangeait les entrailles de certains. Mais le Joker avait été clair : le premier qui forcerait un coffre-fort pourrait dire adieu à ses yeux et sa langue.

Un seul coffre serait ouvert aujourd'hui, et ce serait pour un dépôt.

« Billy ! Vérifie dans les registres quand le petit Eddie est passé. » Lança Joker à un des hommes qui avait révélé, sous sa capuche, un visage de clown. « Il m'agace à se vanter d'avoir caché ses petits trésors ici et là. »

Avant son énième fuite d'Arkham, le Joker s'était violemment disputé avec l'Homme-Mystère — personne n'avait établi l'origine du litige, mais il était question de moqueries venant du Joker et de croquis dessinés au rouge à lèvres sur les murs de l'asile, la conclusion avait été un combat à mains nues.

Hors d'Arkham, Joker comptait bien ajouter une humiliation au tableau et résoudre le puzzle qu'Edward Nigma disait avoir laissé dans son coffre.

« Pourquoi… ? » Commença Maya Dominguez, tétanisée de savoir que le Joker se tenait toujours à deux mètres d'elle. « Pourquoi vous… ? Je peux ouvrir le coffre principal, j'ai les clés… »

Elle regretta ses mots : dans un sursaut exagéré, Joker s'était retourné vers elle. Ses pupilles trop petites dans ses grands yeux malades semblaient capables de sonder chaque poil dressé par la peur.

« Quoi ?! Qu'est-ce que tu sous-entends ?! Est-ce que tu insinues que mes comptes sont vides et que je devrais me servir chez les autres pour arranger la situation ? »

Seigneur, son cœur rata un battement.

Le maniaque avait posé son coude sur le rebord du guichet, presque avachi. Trop grand, trop maigre même pour lui-même… mais son corps trompait ses adversaires avec cette prétendue fragilité et cette langueur, Maya le savait : elle l'avait déjà vu sur internet et à la télévision, quand les caméras filmaient ses combats contre la police ou contre Batman. N'importe qui savait que les muscles du Joker étaient comme élastiques, que ses coups partaient aussi vite que les attaques d'un cobra.

Agile et vif, le clown n'avait rien de fragile.

« Allez, dis-moi combien j'ai sur ce compte. »

Maya ouvrit la fiche client de Jack White. Sa langue gonflée l'empêchait de déglutir, l'étouffant. Elle tenta de dire le solde du compte, mais sa voix se planquait au fond de sa gorge, refusant de rejoindre le mouvement de ses lèvres.

Le Joker la regardait, bouche entrouverte pour l'imiter, s'amusant de cet effet.

« Pas de son ? Donc pas de solde ?

— S-si, si ! Vous avez… 34… » Un sourcil vert se haussa. « 34 777 dollars… et 56 centimes...

— Seulement sur ce compte ?! » Son poing frappa le rebord, produisant un son de tonnerre… puis, il partit d'un grand éclat de rire. C'était la première fois que la foudre suivait le grondement de l'orage. « C'est une bonne nouvelle, ça ! »

Tellement une bonne nouvelle qu'il lança son chapeau en l'air et le rattrapa.

Ensuite, avec cette brusquerie naturelle, il fit une autre requête :

« Dis-moi, tu as bien un portable qui peut faire des vidéos ? Tu pourrais diffuser ma petite opération sur un de tes réseaux sociaux préférés ? Mon portable n'a presque plus de batterie. Oh et puis, je crois que mon compte Twitter a été suspendu. »

Il adopta une moue boudeuse qui contredisait le sourire rouge qu'il s'était dessiné.

« D-D'accord…

— Merci beaucoup. »

Il se pencha vers elle en riant.

Maya put voir les veines gorgées de sang dans ses yeux, la cicatrice humide d'une blessure fraîche qui barrait sa lèvre jusqu'à son menton, les cernes qui imitaient la nuit. Elle avait toujours cru que le visage du Joker était un maquillage, mais sa peau était réellement grise comme le marbre.

Bien qu'elle tremblât, frigorifiée par la terreur, Maya Dominguez prit son téléphone sur le guichet et ouvrit l'application d'Instagram. Des filtres et des smileys pour inonder l'écran lui furent proposés, et si le Joker n'aurait certainement pas refusé une avalanche de smileys souriants, la jeune femme n'avait aucune envie de jouer avec ces options.

Elle renifla, tenant son portable à deux mains et lança le direct.

La banque était plongée dans une pénombre argent, presque verdâtre sous l'orage triste. La pluie violente, à l'extérieur, faisait tomber son rideau pour les couper du monde.

« Alors Billy ? Quand est-ce qu'Eddie est passé ?

— Le 6 du mois dernier.

— C'est logique. Je déteste la logique. Mais tu sais quoi, Billy ? Laisse-moi le coffre d'Eddie et va t'occuper de celui de Batman. Je te rejoins juste après. »

Il gloussa alors que le dénommé Billy partait en direction des coffres, se pressant. Il avait beau avoir l'habitude d'entendre son patron rire, toutes les variantes de ce son le terrifiaient.

Pour alimenter la peur, un des clowns en arrière-plan donna un violent coup de crosse contre la tempe d'une employée, l'assommant. Dans le coin de la vidéo en direct, le corps de la femme s'effondra, devenant une ombre clouée au sol.

Maya ignorait si elle devait continuer de filmer, si l'objectif devait suivre le clown ou si elle devait interrompre discrètement le live. Elle diffusait le spectacle du Joker et lui donnait donc de l'importance, mais c'était aussi un moyen d'appeler la police et… de prévenir Batman.

Sur la vidéo, les commentaires affluaient. Deux malins n'avaient aucun scrupule à demander le nombre de morts et si la femme brutalisée en faisait partie. Le pseudo p-s-y-c-h-o-p-a-t-h en profita pour demander si le Joker accepterait de l'épouser. Maya devenait pâle de colère, à peine réconfortée par les autres commentaires scandalisés qui prévenaient avoir appelé la police. Le Gotham virtuel s'entre-déchirait.

Maya se mit à prier pour que Batman ne tarde pas.

Des sirènes avaient commencé à résonner pour se rapprocher de la banque. En plus de leurs cris assourdissants, leurs lueurs, hachures de rouge et de bleu, s'invitaient en êtres éphémères dans l'enceinte, amplifiant leur danse en se réunissant.

Dans le tumulte de la pluie, une voix portée par un mégaphone osa demander au Joker et à ses acolytes de sortir et de se rendre ; une exigence bien ridicule, mais au moins, le protocole habituel était respecté. Même le Joker avait une chance de se rendre avant la fusillade.

« Qu'ils sont mignons ! » Jubila le Prince du Crime qui rehaussa la fleur à sa boutonnière. Il s'était passé de revolver pour aujourd'hui — il ne résistait jamais au danger —, mais il réservait d'autres surprises : aussi étroit soit son costume, il dissimulait des lames sournoises et des pièges dangereux. Oh, et puis, il y avait le cadeau d'Ivy…

Malgré le bruit répété de la pluie contre les vitres, un autre avertissement résonna, et avant que le policier ne termine sa phrase, Joker tendit les bras vers la caméra qui tournait toujours :

« Batou ! Je t'ai connu plus ponctuel ! Tu vas vraiment laisser l'inspecteur Machin ou le commissaire Truc m'arrêter à ta place ? »

Ses intonations joviales explosaient telles des coups de feu ; elles surprenaient et agressaient l'ouïe.

« Chad, va donc voir à la porte combien ils sont. Restez sages pendant que je m'occupe du prochain acte. » S'il n'avait rien contre un peu d'échauffement contre des policiers, Joker comptait bien se réserver pour son préféré. « Nous attendons juste notre grande star. »

Le dénommé Chad se déplaça de façon furtive vers la porte vitrée. Quand il colla son visage contre la surface froide, des gouttes brouillèrent sa face de clown : sa bouche rouge se transformait en nid grouillant de gendarmes, souriant et grimaçant à tour de rôle. Les opérations du Joker proposaient toujours son lot d'effets burlesques.

Joker fut surpris de voir Billy revenir si vite :

« Billy ? Tu n'as quand même pas fini ?

— Non, patron, c'est que je partais vers l'autre coffre, et j'ai trouvé ça près de celui de l'Homme-Mystère… »

Ce gars, récupéré dans les rues de Gotham, était plus petit que son patron, largement plus petit, et cette façon qu'il avait de courber la nuque à ce moment-là le rendait vraiment minuscule. Ses jambes arquées devaient supporter un poids bien difficile à soutenir à en juger par sa posture, pourtant, il n'avait dans la main qu'une feuille de papier. Une simple feuille où un dessin s'apercevait. Ces poings, larges et aux veines saillantes, auraient serré la main d'une mère plutôt que de tendre au Joker cette page arrachée d'un cahier.

Les doigts en araignée du Joker attrapèrent un des coins de la feuille et la hissèrent dans la lumière. C'était un dessin au crayon et le style appliqué prouvait combien l'auteur s'était appliqué : la silhouette d'Enigma, arborant ses célèbres points d'interrogation de son costume, se dressait au-dessus de celle d'un clown maladif et maigre, son crâne à moitié chauve écrasé par les pieds de l'adversaire victorieux.

Les lèvres du Joker formèrent une lézarde pleine de rancœur. Il pressa la fleur à sa boutonnière et un jet d'acide vola au beau milieu du dessin. Le crayonné commença à se froisser, puis à se consumer avec un filet de vapeur, grignoté de toutes parts.

Le Joker n'était plus d'humeur.

D'un signe du doigt, il ordonna à Maya de pointer à nouveau le téléphone vers lui.

À cause de l'averse, les nuages étouffaient le jour pour faire durer la nuit. Batman devrait déjà être présent.

« Tu sais ce qui arrive quand ma patience arrive à bout, Batman. » Déclara le Joker.

Il saisit le revolver de Billy qui réprima un frisson : quand le Prince était armé, c'était toujours une invitation forcée à la roulette russe, sauf que la surprise ne venait pas du baril — qui était plein — mais de l'identité de la victime.

Qui allait être tué ? Vers qui la main du Joker allait se diriger ? Puisque hasard rimait avec folie, certains hommes de main redoutaient le jour où le clown dirigerait le canon vers sa propre tempe pour se faire sauter la cervelle. Mais cette crainte ne se réaliserait pas aujourd'hui non plus. Le Joker visa et tira avec rapidité. La balle, invisible, seulement bruyante et brûlante, traversa le hall. Elle perça le milieu du front de Maya Dominguez pour ne s'arrêter qu'au milieu des neurones en feu.

La journée aurait été longue pour Maya Dominguez et, dans un dernier éclair de lucidité, elle se dit que la lenteur avec laquelle elle s'était levée ce matin, ce refus d'aller travailler, tenait de l'instinct. Si seulement elle avait prétendu être malade…

Alors que le téléphone chutait, le public sur internet assista à une succession d'images confuses : un clavier, une surface en bois, des papiers, peut-être du sang également. Puis l'objectif se plaqua au sol et la noirceur soudaine faisait l'effet d'un rideau à la fin d'une pièce.


Peter Wilson avait sursauté en entendant le coup de feu. La pluie avait beau être violente — ses gouttes aussi grosses que des perles brouillaient les sens — le policier ne pouvait pas se tromper sur ce son qui faisait partie de son quotidien.

Et puis, c'était le Joker, cet animal, qui tenait les civils en otage. Avec lui, il y aurait toujours des drames à déplorer.

Ce qui surprit Peter Wilson, en revanche, c'était le rugissement du moteur qui gronda derrière lui.

Une longue voiture, à la silhouette agressive, venait de se garer en biais. Luisant sous l'averse, le noir de la carrosserie évoquait l'encre et la mélancolie. Le propriétaire, qui se tenait déjà à côté du policier, inspirait en revanche l'effroi avec sa longue cape.

« Batman !

— Vous savez combien ils sont ? »

Le chevalier semblait épuisé, même nerveux. Le grappin déjà en main, il ne voulait pas perdre une minute de plus.

« Non, mais on pense que le Joker a au moins une dizaine de complices ! Pour les otages, on ignore le nombre, mais il y a peut-être un blessé ou pire… »

Batman avait bien l'intention de stopper le décompte, alors, avant même que Peter Wilson ne termine sa phrase, le grappin s'accrocha au rebord du premier étage et la chauve-souris s'envola. À la fois admiratif et effrayé, le policier se demanda comment un corps aussi massif pouvait paraître aussi léger au bout d'un câble.

Les bas-reliefs pleuraient à cause du sang qui avait été versé dans l'enceinte de leur sanctuaire. Leurs visages de pierre semblaient plus sombres et plus austères que jamais. Si Peter Wilson avait pu voir le profil de Batman de plus près, il aurait remarqué une ressemblance dans la rigidité de la mâchoire, la même tension qui rendait les lèvres dures.

Batman envoyait toujours ses opposants à l'hôpital, jamais à la morgue, c'était une règle qui n'acceptait aucune exception, même pour le Joker. C'était un reproche que le commissaire Gordon lui avait fait une quinzaine de fois déjà, et malgré ça, Batman avait toujours renoncé à tuer sa Némésis. Pourtant, à mesure qu'il avançait dans le conduit d'aération par lequel il s'était infiltré, cette conviction flanchait.

Certains médias avaient déjà préparé la une pour le jour où Batman tuerait le Joker, il le savait, et une petite voix lui soufflait — hurlait, en réalité — que ces annonces seraient enfin utilisées aujourd'hui.

« Monsieur Bruce ? Vous êtes arrivé à la banque ?

— Oui, Alfred. Et mon retard a peut-être causé la mort d'un otage.

Ce n'est pas de votre fau…

— Pas maintenant, Alfred. »

Batman avait arrêté assez de braquages dans cette banque pour connaître les entrailles du bâtiment. En fait, il connaissait le chemin formé par ces conduits comme il connaissait les couloirs du manoir Wayne ; chaque recoin, chaque raccourci, chaque passage était enregistré dans sa mémoire.

Batman devait maintenant choisir le meilleur angle pour surprendre le Joker, l'assommer le plus vite possible, lui et ses acolytes, puis laisser la police ramener tout ce petit monde à l'asile d'Arkham ou à la prison de Blackgate pour que Batman puisse retourner s'occuper de son premier ennemi, celui qui l'avait retardé.

Un éclat de rire résonna sous la paroi en métal et une étrange idée frappa Batman : quand Joker mourrait, son rire persisterait à le hanter, frappant le couvercle du cercueil de la même manière qu'il frappait les murs ce matin. Batman en était convaincu.

La frayeur passa, la pensée saugrenue s'évanouit aussi vite qu'elle était apparue et Batman se ressaisit. Au moins, il devinait où se tenait le Joker à présent : il était au niveau des coffres-forts.

À travers un grillage, Batman put observer le hall principal et constata, furieux, qu'une jeune femme avait été tuée. Les autres otages étaient vivants et le justicier se faisait une priorité de les sauver.

« Y a la batmobile, les gars ! » Insista Chad, l'homme qui était resté près des portes vitrées. « Alors surveillez les alentours, Batman devrait pas tarder ! »

Les yeux des sbires passaient d'un recoin à un autre, scrutant même le plafond, source de danger quand la pénombre d'une matinée pluvieuse pouvait cacher une chauve-souris. Mais aucune statue ne supportait un oiseau de mauvais augure sur ses épaules, pas plus qu'elles n'étaient couronnées de leur ennemi.

Soudain, une petite boîte octogonale chuta, diffusant un brouillard opaque, imitant les nuages à l'extérieur et inondant le hall d'humidité. Un grappin glissa vers un clown et, après avoir refermé ses griffes noires dans son dos, le hissa comme un ballot.

« Il est là ! Il est là ! »

La première victime était hystérique.

Malgré cette surprise, les otages n'osaient pas bouger ; le moindre mouvement aurait pu rappeler leur présence et personne ne voulait partager le sort de Maya Dominguez. Silencieux, ils devenaient des ombres dans la fumée, s'oubliant pour pouvoir vivre. Leurs agresseurs avaient moins de chance en revanche, car aveuglés dans cette brume, ils étaient des proies faciles.

Un premier homme reçut un coup dans la mâchoire qui l'envoya dans un brouillard encore plus épais. Un second se retrouva piégé dans les airs à son tour, à une dizaine de mètres de son collègue qui se débattait encore. Un troisième, pris de panique, commença à faire feu, agitant le canon en espérant toucher sa cible. Mais l'arme devint soudain muette, percée au niveau de sa gorge en métal par une lame en forme de chauve-souris. Le sbire jeta son arme en direction d'où venait le batarang, mais avant que le fusil n'atteigne le sol, un poing frappa l'arrière de son crâne.

Ils tombèrent ainsi, les uns après les autres, avec facilité. L'habitude rend toujours la tâche fluide, d'autant que Batman pouvait se permettre un excès de confiance avec ces clowns. Cependant, il prendrait plus de précautions avec leur chef qui l'attendait plus loin.

Batman ordonna aux otages de quitter la banque, et maintenant que les policiers allaient conduire les hommes du Joker aux fourgonnettes, le chevalier pouvait s'occuper du mal à l'origine.

Un long corridor étroit menait aux coffres. Les murs nus ne laissaient aucune possibilité pour se cacher, même pour un homme aussi maigre que le Joker. Ici, Batman n'entendait pas le moindre ricanement, à croire que son ennemi s'était volatilisé, disparaissant comme un spectre, mais il savait qu'au bout du couloir se trouvait le bureau des registres, un tout petit espace qui marquait la limite entre la banque et les coffres-forts, alors, malgré le silence inhabituel, il ouvrit la porte avec prudence.

Le battant était à mi-chemin quand Batman dut lutter contre un violent fracas : des morceaux d'un pot en terre cuite explosèrent, une plante s'écroula contre la porte, ses racines dénudées gisant au sol.

« Tu as toujours aimé les plantes, Batou, je me trompe ? »

Seigneur, Batman avait déjà entendu cette blague et il connaissait la suite : sans même le voir, il comprit que Joker portait cette fleur affreuse et venimeuse, et d'un rapide mouvement du bras, le justicier se protégea de sa cape avant que le jet d'acide ne le touche.

« Alors pourquoi tu ne me fais jamais aucune fleur, Joker ?

— Elle est pas mal, Batou ! Tu tentes de m'égaler ? Je savais que tu étais mon plus grand fan !

— Rends-toi. »

L'hilarité se faisait à nouveau entendre. Batman connaissait ce rire depuis bien longtemps, pourtant il n'avait jamais su si le Joker exprimait une joie sincère ou si c'était simplement un effet de la nervosité qui commençait à diffuser l'endorphine en prévision des coups.

Sous son aile de cuir, Batman projeta le grappin pour heurter son ennemi, mais le Joker esquiva à temps avec un bond sur le côté. La lutte tenait presque de la chorégraphie répétée. L'un connaissait les blagues et les pièges de l'autre, l'autre connaissait les défenses et les techniques de l'un.

La colère de Batman s'intensifia. Il n'avait pas le temps de tourner autour du Joker et il devait abréger leur rencontre : il se rua alors, coude tendu, tout en sachant qu'en termes de rapidité, Joker était son égal.

« Tu ressembles plus à un buffle qu'à un petit mammifère, Batou ! » Se moqua le Joker après avoir esquivé. Ses veines pulsaient de joie, transformant son sang en courant électrique. Pour provoquer son ennemi, Joker agrippa un pan de son manteau et l'agita à la manière d'un torero. « Tu remplaces Bane ? »

La seconde tentative avec le grappin eut plus de succès : la présence de la cape empêcha Batman de viser correctement, mais elle heurta le genou du Joker, inattentif, qui perdit son équilibre.

Avant que le clown ne se relève, Batman essaya de lui asséner un coup au niveau des épaules, mais même maintenant, Joker restait agile et esquiva à temps pour être à nouveau sur pieds.

Il semblait monté sur ressorts, bougeant et bondissant comme un diable qui sortait d'une boîte.

« Tu as l'air épuisé, Batou ! La nuit a été longue ? C'est pour ça que tu m'as fait attendre ? »

Joker courut et s'appuya sur les épaules de Batman pour passer par-dessus, imitant le jeu du saute-mouton. Dans sa manœuvre, il en profita pour électrocuter son opposant — il pouvait remercier tout le métal qui composait l'armure — et si l'attaque ne fut pas foudroyante, elle surprit quand même Batman qui ne pouvait plus se dérober.

Quand la chauve-souris se retourna, ralenti par les muscles crispés, Joker avait disparu mais son rire résonnait sur la droite, depuis un coffre-fort ouvert, l'invitant à entrer pour poursuivre leur combat.

La cape en bouclier, Batman se protégea en posant un pied dans le coffre, évitant alors les pétards et les confettis qui explosèrent pour fêter son arrivée. Il sentit ensuite les bras du Joker glisser autour de son cou pour l'étrangler.

« Tu as besoin de dormir, mon trésor. »

Batman se débattit comme un enragé, inquiet de sentir le Joker si près. Collé contre lui, Joker n'aurait aucun mal à le poignarder ou à…

Enfin, Batman réussit à lui envoyer la pointe de son coude dans le ventre, juste sous le sternum, paralysant le maniaque.

Le Joker avait vraiment eu l'intention de l'enfermer dans un coffre de banque ? Pendant un instant, Batman se demanda si son ennemi de toujours n'avait pas deviné son identité : faire d'un coffre un tombeau pour un multimilliardaire aurait été une blague digne de son humour pervers.

Mais Bruce Wayne n'avait aucune envie de le découvrir. Il ne laissa pas le Joker reprendre son souffle et le menotta avec rapidité avant de le hisser sur une de ses épaules.

« C'est toi qui as besoin de dormir, Joker. Reste tranquille et tu seras à Arkham dans moins d'une heure, dans ta cellule. »

Rejoignant ses mains étroitement, le Joker donna un violent coup vers les lombaires de Batman ; le maniaque avait beau être sonné, il avait toujours une force surprenante. Sous la douleur, le justicier fléchit légèrement. Ses dents grincèrent, étouffant une injure, ce qui provoqua une nouvelle crise de rire chez le Joker.

Dans une logique de vengeance, le chevalier rendit le coup, frappant le bas du dos du Joker en abattant son poing sans retenue. Le gémissement qu'il entendit était satisfaisant et, enfin, Batman s'autorisa un rictus.

« Batou… Est-ce que tu m'en voudras beaucoup si je vomis sur ta cape ?

— Tu as commis des choses plus affreuses. » Rétorqua le justicier, mais le Joker n'exécuta pas sa menace. Il se contenta de ricaner, ce qui augmenta la douleur dans son ventre.

À plusieurs reprises, il tenta de s'extraire de l'étreinte. Sa maigreur de serpent lui donnait un avantage, mais Batman le maintenait avec fermeté, le serrant presque à l'étouffer.

Ils n'étaient maintenant qu'à quelques mètres du hall d'accueil de la banque.

« Pas déjà le hall, Batou ! C'était trop court, j'en veux encore ! » Joker avait planté ses coudes dans le dos de celui qui le transportait pour se redresser. « Continuons de nous battre encore un peu ! Dix minutes ? Cinq ? Allez ! »

Batman ne répondit pas.

Puisque Joker ne l'aurait pas par la manière douce, il l'aurait par la manière forte : malgré ses poignets étroitement serrés, le clown réussit à atteindre une des armes qu'il avait coincées à l'intérieur de sa veste, une aiguille de Reverdin — un emprunt à la salle de dissection d'Arkham — au bout incurvée et pointue. Avec un sourire malicieux, il trouva une faille entre les plaques de l'armure et planta l'outil dans le flanc de Batman à la manière d'un crochet, arrachant un cri au justicier.

Le Joker fut projeté et il se recroquevilla avant que sa tête ne heurte le marbre, s'épargnant de nouvelles douleurs. Frémissant de rire, il interpella Batman :

« Tu arrives en retard et tu penses pouvoir repartir aussi vite, Batou ? Tu pourrais avoir plus de considération pour moi, ton ami de toujours.

— Tu n'es pas le seul malade mental de Gotham, Joker ! Tu retournes à Arkham maintenant et tu y restes ! »

Batman extirpa l'outil de sa hanche avec un grondement de colère qui ponctua son ordre.

« Oooh, c'est pour ça que tu étais en retard ! Excuse-moi, Batou, la prochaine fois, j'appellerai pour savoir s'il y a de la place dans ton agenda. » L'aiguille fut jetée à ses pieds, envoyant une fine giclée de sang. « Laisse-moi faire le compte : Crane et Bane sont toujours à Arkham, le Pingouin est hospitalisé à cause d'une indigestion, Harley m'attend encore dans sa cellu… »

Batman le saisit par le col, l'étranglant quand il le souleva à nouveau.

« Silence. »

Maintenant qu'il l'avait remis sur pieds, il pouvait le traîner jusqu'à l'entrée de la banque.

« Tu m'embrasses pour me dire au revoir ? Sans la langue, hein, aie un peu de décence, tout le monde nous regarde. » Rit Joker. Il se pencha pour effrayer son ennemi qui recula ; avec son sourire, impossible de savoir s'il cherchait à embrasser ou à dévorer.

« De quoi as-tu peur, Batou ? Je ne vais rien te faire ! En tout cas, tu m'as intrigué. Allez, dis-moi ! Qui m'a supplanté dans ton cœur ? Qui a réussi à voler ma place ? Tu me dois au moins ça ! »

Le mystère resta complet.

Batman sentit un soulagement en poussant la porte de la banque : savoir que le problème représenté par Joker était — pour le moment — réglé lui retirait un poids des épaules.

Les joues du jeune policier, Peter Wilson, dégoulinaient malgré la casquette ; la petite visière ne le protégeait pas de l'averse qui continuait de fouetter son visage et celui des trois collègues qui étaient restés sur place. Les fourgonnettes étaient déjà parties pour la prison de Blackgate, mais le leader de cette affaire avait de toute façon une autre destination.

« Vous avez une équipe pour vous occuper de lui ? » Demanda Batman, la main tenant toujours fermement le bras du Joker. Le fou trouva amusant de se pencher et de faire claquer ses dents sous le nez du jeune officier.

« En fait… euh… L'inspecteur Morrison pensait que vous vous en occuperez… Vous avez plus l'habitude, vous savez ?

— Tu vois, Batou, » s'esclaffa le Joker, « tu es celui qui m'est désigné ! Regarde-le, ce pauvre garçon, il grelotte de froid et de peur. Laisse-le rentrer prendre sa pause-café ou il va finir par se pisser dessus. »

Pour le faire taire, Batman le secoua avec force.

Les équipes s'étaient restreintes, car les policiers avaient vraiment compté sur Batman pour se charger du Joker. Le justicier ne pouvait pas les blâmer, puisque c'était vrai : c'était une habitude de longue date. Que le prince du crime se lance dans un braquage, une prise d'otage, une tentative d'assassinat ou en libérant un tigre dans un zoo, Batman surgissait toujours pour mettre un terme aux plaisanteries de mauvais goût du clown. Le rituel, ensuite, était le même à chaque fois : la sensationnelle de Gotham le raccompagnait jusqu'à l'asile d'Arkham, parfois même jusqu'à sa cellule, pour s'assurer qu'il ne s'échapperait pas en chemin.

Pour marquer son agacement, Batman resserra l'étreinte de sa main. Il lui en aurait brisé le bras.

Sans un mot, sans saluer l'officier, Batman poussa le Joker vers la batmobile.

« Tu n'imagines pas à quel point je suis heureux, Batou ! Je dois être un peu vieux jeu, car je préfère toujours quand c'est mon cavalier qui me ramène chez moi. Enfin, "cavalier", "chevalier noir", tu ne vas pas jouer sur les mots, hein ?

— Silence. »

Il jeta le criminel sur le siège passager et vérifia qu'il ne pourrait pas s'enfuir.

Joker n'était plus surpris par l'intérieur du véhicule. Oh bien sûr, la première fois qu'il avait été sanglé sur ce siège, il avait ressenti une vive excitation — être dans la voiture d'un sportif qui se déguise en chauve-souris qui combat le crime chaque nuit, il y avait de quoi —, il avait essayé de toucher aux boutons et avait commenté chaque détail en se moquant généreusement, mettant la patience de Batman à rude épreuve.

Aujourd'hui, le Joker n'était plus impressionné : il connaissait ce pare-brise incliné et la pénombre qui hantait l'intérieur du véhicule, il avait déjà subi la pression des sangles contre le siège froid — mais confortable —, il avait déjà respiré l'odeur du cuir ciré et de l'acier électrique.

De l'eau s'égouttait le long de son nez et de son menton. Il avait laissé son chapeau dans la banque. Tant pis. De toute manière, quand le moteur se mit à vrombir, une chaleur de four se répandit dans la voiture.

Avant de démarrer, Batman vérifia une dernière fois si le Joker était suffisamment bien attaché — que ce malade ne soit pas tenté de lui donner un coup de poing pendant le trajet…

« Gordon, le Joker a été appréhendé. Où en est le plan de Jervis Tetch ?

— On suit la gamine, elle est toujours sous hypnose.

— Ne la touchez pas tant qu'on ne sait pas si la réveiller représente un danger.

Entendu, Batman. On vous attend. »

Joker s'essuya le bout du nez avant d'essayer d'applaudir malgré ses mains liées.

« C'était donc lui ! Le Chapelier fou ! Je pensais que ses occupations ne se limitaient qu'à fumer son narguilé et à collectionner des petites culottes. »

Trempé, les cheveux presque plaqués sur le crâne, le Joker semblait encore plus maladif que d'habitude. Dans un élan de pitié, Batman augmenta le chauffage.

« Seulement quand il est enfermé à Arkham.

— Si tu le cherches, Batou, je te conseille les salons de thé, les chapelleries — surtout les plus ridicules —, et les collèges !

— Je sais où il est. Je m'occupe de Tetch et je vous ramène tous les deux à Arkham.

— J'avais vu juste ? Il était dans un collège, alors ? » Quand Batman confirma en silence, le clown jubila et frappa à nouveau dans ses mains. « Son obsession pour les pré-pubères est connue de tous à Arkham. »

Cette particularité ne faisait pas rire Batman.

Quand il était enfermé à Arkham, Jervis Tetch n'était rien de plus qu'un homme bizarre : son mètre cinquante et sa tignasse rousse le faisaient passer pour le leprechaun du coin, et il acceptait d'être sage tant qu'il pouvait porter son chapeau haut-de-forme vert. Son dossier avertissait les équipes médicales : aucune infirmière jeune et blonde ne devait s'occuper de lui, sous peine d'être agressée par ce patient.

L'équipe d'Arkham cherchait avant tout à soigner l'addiction de Tetch à la phéncyclidine, cet anesthésique qui avait été retiré des marchés quand les études avaient démontré qu'il s'agissait d'un psychotrope hallucinogène puissant. Selon le docteur Crocker, cette addiction était à l'origine de l'obsession pour le personnage d'Alice.

Il était également certain que les tendances pédophiles de son patient, qui visaient exclusivement des victimes jeunes et blondes, étaient le symptôme d'une paranoïa tenace, comme chez Victor Zsasz. Zsasz partait du principe que les femmes qu'il tuait étaient libérées de leur condition, Jervis Tetch, lui, était convaincu qu'il se vengeait de viles tentatrices de douze ans. Alors, en dehors des murs de l'asile, en présence des écoles, le délire de persécution du Chapelier reprenait toujours de plus belle.

Une hallucination provoquée par le psychotrope, le médecin en était certain. Comme il avait été certain d'avoir guéri cette addiction.

Encore une erreur médicale que Batman devait rectifier.

Batman ne comprenait même pas comment Jervis Tetch avait pu être libéré, même sans être médecin, et tout ce qu'il pouvait faire, c'était surveiller les premiers faux pas et renvoyer les criminels dans leurs cellules, espérant que la prochaine thérapie porterait ses fruits.

Et aujourd'hui, Jervis Tetch aurait encore une autre chance.

« Si tu arrives trop tard, Batou, tu auras échoué deux fois aujourd'hui. » Ricana Joker qui s'enfonçait dans son siège. De colère, Batman lui administra un coup sur un de ses genoux rachitiques.

« Au début, j'ai cru que tu faisais diversion pour rendre service au Chapelier…

— Je ne le compte pas parmi mes amis.

— … mais comme d'habitude, tu semais juste le chaos. »

Ce n'était pas pour l'argent, ce n'était pas pour le goût du sang — certains méfaits du Joker ne faisaient d'ailleurs aucune victime —, ce n'était pas pour la gloire, c'était pour l'amour du…

« Tu me manquais, Batou. Cela faisait combien de temps qu'on ne s'était pas vus ? Trois mois ? J'ai un peu précipité nos retrouvailles. »

Batman grimaça.

Après un silence sans sourire, Joker montra à nouveau ses dents dans cette fissure démoniaque qu'était sa bouche :

« Je ne suis pas pressé de retourner à Arkham, alors j'accepte de faire un détour pour ce pauvre chapelier. Tu sais, mes crimes font toujours les unes des journaux, tandis que les siens ne font que quelques colonnes dans la rubrique faits divers, mais en termes de perversité, j'ai beaucoup à apprendre lui.

— Vous n'avez pas le même profil criminel. »

Ni les mêmes pathologies. Et Batman ignorait qui, de Joker ou du Chapelier, était le plus à plaindre.