Bonjour bonjour !

Nouvelle participation à la Pièce de Huit du Forum de Tous les Périls. Il s'agit, je le rappelle, d'écrire un texte en deux semaines à partir d'un thème choisi démocratiquement, sans se confier les inspirations/idées.

Disclaimer : Tout appartient à Oda


Pièce de Huit : À la lumière des bougies, 07/11/2020

Rating : K+

Nombre de mots : 515


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2# Lumière d'espoir

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Deux enfants sous la lune, deux enfants sous la brume, dans la campagne endormie.

Un abri de fortune, une cahute de bric et de broc, sous le regard des froides étoiles.

Une petite flamme au cœur de la nuit, sous les planches enneigées, et un rire cristallin qui résonne, clochettes de joie dans des heures sombres et affamées.

- Une aut', une aut' !

Kikunojo, aussi brillant que les flocons qui tombent sur leur abri, sourit de toutes ses dents de lait à son aîné. Izou acquiesce et efface d'un chiffon les traces de suie sur le bois déjà noirci par l'usage, tandis que son cadet se blottit contre son torse.

Ses doigts teintés de fusain tracent un nouveau kanji. Des crevasses brûlent sa peau, plus fort que la lueur blafarde qui illumine la feuille improvisée. Demain, il aura du mal à tenir son éventail, mais demain est un autre jour, masqué par le voile de la nuit. Il supporte sans rien dire ; la douleur est une vieille amie, comme le gel mordant.

La joie de Kiku vaut tous les sacrifices. Il est sa bougie, sa flamme dans les ténèbres. Personne ne soufflera dessus et l'éteindra, ni la faim, ni le froid, il l'a juré. Il l'a juré au vent frais, il l'a juré à la pluie, puisque ses parents n'étaient plus.*

Kazehaya et Ame n'auraient pas voulu de cette vie de mendiant et de maraudage pour eux. Mais personne ne peut lutter contre le destin, personne n'est assez fort pour retarder la mort dans son œuvre. Ou alors, si cette personne existe, l'enfant ne la connaît pas.

Puis, qui s'intéresserait à deux orphelins, plus maigres que des roseaux, plus pâles que la neige matinale ? Qui leur voudrait du bien et les prendrait par la main pour les emmener loin de leur avenir déjà tracé ?

Izou peut juste lutter de toutes ses forces pour extirper Kikunojo de la pauvreté, de l'envoyer vers les étoiles que lui-même rêve d'atteindre.

Alors, lentement, il trace les kanjis constituant le prénom de son petit frère et le lui apprend, se gorgeant de ses rires et ses sourires, plus précieux que les pierres autour du cou de l'Oiran, plus doux que la soie des kimonos fanés par le temps, jetés par des geishas volages.

Le peu qu'Izou sait, le peu qu'il gagne, le peu qu'il dérobe, il le dédie à sauver son cadet, car il se sait déjà condamné. Un jour, ses doigts ne pourront plus tenir son éventail, ne pourront plus gratter délicatement les cordes du shamisen, ne pourront plus subtiliser discrètement une bourse.

Ce jour-là, il espère que le chrysanthème* aura fleuri, loin de lui, qui ne pourrait que le faire flétrir dans sa chute.

Deux miséreux sous la lune, deux heureux sous la bruine matinale, dans la campagne qui s'éveille.

Et au loin, l'homme plus fort que le destin, qui les enverra bien plus loin que les étoiles, se dessine sur l'horizon de cinabre et d'or.

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Kazehaya veut dire "vent frais", Ame signifie la pluie et Kikunojo le chrysanthème. Voilà, juste pour un peu plus de poésie, j'ai utilisé la signification des prénoms X)

J'espère que cela vous a plu, n'hésitez pas à laisser une review et à bientôt !