Bonjour !

Cette histoire a été écrite dans le cadre d'un concours sur le Discord de Kinaï. Elle fera dix chapitres, tous déjà écrits. J'en posterai un par semaine (sauf imprévus).

Sur mon profil, je mettrais les liens des autres fics du concours, si elles sont postés sur ce site.

Je remercie Éclair et Lolasido pour les relectures et corrections.

Et on remercie une autre amie qui n'a pas de pseudo ici pour le fanart de couverture, il est ma-gni-fique !

Bonne lecture !


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Chapitre 1 : Douleur

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La peur parcourt les New-yorkais telle une vague. D'abord, c'est un frémissement. Une agitation qui perturbe les centaines de personnes se croisant à Times Square. Quelques cris se font entendre, alors qu'un murmure se transmet d'un passant à l'autre. Au son succède le mouvement physique ; apeurés, les humains s'écartent, attisant la curiosité des personnes les plus éloignées, qui se tordent alors le cou pour tenter de l'apercevoir, lui, la cause de tout ça.

Insensible au bruit ambiant, il avance, drapé dans le silence, silence aussi poisseux que la brume l'entourant. S'échappant de son corps, les ombres rampent, s'étirent vers les corps chauds, et sains, avant de mourir dans un dernier spasme sur le bitume. Son manteau pend tristement sur ses épaules ; rouge vif, il est semblable à une tâche de sang au milieu de ces ténèbres. Ses vêtements, autrefois bleus, sont comme lacérés par les ombres qui suintent de sa peau, elle-même parsemée de plaies. Mais ce qui coule de ses blessures n'est pas du sang ; il s'en échappe cette brume noire, circulant sous la peau dans d'hideuses veines sombres, coulant par ses entailles jusqu'au sol, sous la forme de tentacules infernaux.

Seuls vestiges de son humanité, ses yeux gris fixent la foule apeurée, transmettant une prière muette.

Il était le Docteur Stephen Strange, ancien neurochirurgien, Sorcier Suprême, maître du sanctuaire de New York. Mais les humains normaux ne le connaissent pas, hormis pour sa participation à la bataille ayant permis le retour de la moitié de la population.

Il n'est plus qu'une sinistre créature, marqué par le sceau des ténèbres, hanté par ses souvenirs incomplets.

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Un anneau d'étincelles orange apparut dans le hall vide du Saint des Saints de New York. Rapidement, il s'agrandit, jusqu'à laisser passer deux hommes. Un grand vêtu d'une cape rouge, et un plus petit aux traits asiatiques.

-Eh bien. C'est terminé.

-Tu sembles presque déçu.

-Non. C'est juste qu'après toute cette histoire… Ça semble irréel que ce soit terminé.

-Stephen, tu es un sorcier. L'irréel, on le côtoie tous les jours.

Le docteur sourit.

-Je retourne à ma bibliothèque, j'ai besoin de retrouver mes livres après... avoir été mort pendant cinq ans… Tu devrais aussi te reposer. Ensuite, il faudra qu'on reparle de ton plan.

Le plus grand acquiesça, et les deux hommes se séparèrent.

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Le souvenir l'a absorbé, occultant le présent. Encore. Il a continué d'avancer, durant son absence. Il est désormais devant le Saint des Saints.

Stephen reste là, devant le bâtiment, sans bouger. Il sent les regards apeurés des passants, il entend les sirènes des voitures de police. Un héros finira sans doute par venir aussi, se demandant ce qu'il est devenu.

Une vague de douleur le traverse, le faisant tomber à genoux. Les ombres le brûlent, sous sa peau, prélevant le prix de son erreur. Elles sont comme mille lames acérées circulant dans ses veines. Un humain normal ne survivrait pas longtemps, mais lui, il a été maudit par les Ténèbres. Le tribut qu'elles lui imposent est lourd, de cela il est certain. Mais il ne sait plus pourquoi. Qu'a-t-il fait ? Pourquoi a-t-il attiré leur courroux sur lui ?

Un policier crie, peut-être dans un mégaphone. Ses sons lui parviennent comme déformés, Stephen ne comprend pas ce qu'il dit. Mais le sorcier sait qu'il doit se relever, et rentrer dans le manoir, au plus vite. Son état est grave, il ne doit pas s'approcher d'autres personnes.

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Lentement, il pose les mains au sol. Longues et fines, elles semblent si frêles ; aux cicatrices de l'accident se sont ajoutées les plaies. Telles des déchirures, elles séparent chair et peau ; les lèvres sont noircies, comme nécrosées. Dans ce trou charnel bouillonne un magma noir, à la fois visqueux et évanescent.

Le docteur retient difficilement une grimace devant ces abominations, et relève les yeux, afin de fixer la porte. Un à un, dans un enchaînement de douleurs, il mobilise ses muscles afin de se relever. Il titube, hésitant, jusqu'à la poignée de l'habitation. Les sons derrière lui se font de plus en plus forts et confus.

Dans un dernier effort, il ouvre la porte, et s'évanouit à l'intérieur du Saint des Saints.

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-Stephen, qu'as-tu fait de la Pierre du Temps ?

-Elle est détruite.

Wong en resta sans voix.

-Je sais, reprit le docteur, ça ressemble à une erreur. Mais… J'ai vu de nombreux futurs et celui-là est le seul où nous avons gagné.

-Il n'y en avait vraiment aucun autre ?

-Non. Enfin, certains auraient été positifs, mais grâce à cet enchaînement précis d'événements, les forces de Thanos, des fanatiques, sont réduites à néant. Et surtout, les Pierres sont à jamais inatteignables, ce qui empêchera que ces événements se reproduisent.

-Oui, enfin… Comment ferons-nous sans la Pierre si Dormammu revient ?

-En protégeant toujours mieux les Saints des Saints.

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Le plafond du manoir est parcouru d'arabesques travaillées, superbes. Allongé par terre, les yeux grands ouverts, Stephen les contemple.

Quelque chose ne va pas.

Il n'a jamais vraiment pris le temps d'observer le plafond. Il avait mieux à faire. Pourtant, il lui est arrivé de le contempler quelques instants, certains jours. Sa mémoire photographique prenait alors le relais, enregistrant sans le vouloir les lignes parcourant le noble plafond. Et là, il compare ce qu'il voit et ses souvenirs.

Les arabesques ne sont pas les mêmes. Pourquoi ne sont-elles pas les mêmes ?

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Lentement, Stephen referme les yeux. Pendant un instant, il se concentre sur les ombres grouillant sous sa peau. Il tente de détendre tous ses muscles, afin de ressentir le moins possible cette douleur qui suit désormais le rythme de sa respiration.

Puis, avec précaution, il tente de connecter son esprit à la magie protégeant le Saint des Saints. Il s'en approche délicatement, par peur de la contaminer avec sa malédiction. Mais le mal est fait ; si les défenses semblent intactes, les Ténèbres semblent s'être incrustées dans les enchantements du lieu.

Le docteur rouvre les yeux. Il lui faut combattre cette malédiction. En se concentrant, il arrive dans la salle de bain, où se trouve l'armoire à pharmacie.

Allongé par terre, il respire bruyamment. Arrivera-t-il à se lever et à attraper les ustensiles nécessaires à ses soins ?

Il s'accorde un instant de repos, juste un…

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Wong le regarda avec un air suspicieux.

-Quoi ?

-Tu es sûr d'aller bien ? Tu as l'air bizarre.

-Tu te fais des idées.

-À mon avis tu ressasses encore ce combat, et ta décision. Ne me regarde pas comme ça, j'essaye de t'aider !

Stephen soupira.

-De par mes choix, j'ai condamné des centaines de vies, et plus important, celle d'un des plus illustres défenseurs de la Terre.

-Oui, et tu as sauvé plus de vies que tu ne pourras jamais l'imaginer. Ça devrait suffire à flatter ton égo surdimensionné.

Le bibliothécaire leva les yeux au ciel, en rejoignant ses livres.

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Le docteur ouvre les yeux, une nouvelle fois perdu. La douleur le ramène petit à petit à la réalité. Il est allongé dans sa salle de bain, prêt à trouver un moyen de stopper les ténèbres suintant de ses bras.

Il se relève lentement, en faisant attention à ses mouvements. Remis sur pied, il croise son regard dans le miroir.

Les ombres sont devenues blanches. Toutes les blessures, les infernales veines, la brume visqueuse, tout ça est encore là, mais est devenu blanc. Un blanc lumineux, presque aveuglant dans la pénombre de la pièce.

Encore une fois, il examine les plaies de ses mains. Rien n'a changé, hormis la couleur de cette substance maudite.

Il ouvre alors l'armoire à pharmacie, pour en sortir du désinfectant, dont il imbibe un coton, profitant de la lumière produite par sa malédiction. Puis, délicatement, il le pose sur l'une des plaies.

La douleur embrase ses muscles. Mais elle ne vient pas de l'alcool. Elle vient de la malédiction elle-même. Ces plaies sont donc purement d'ordre magique.

Dans un grincement de douleur, il se projette dans la bibliothèque.

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-Comment c'était, de revivre le même événement plusieurs millions de fois ?

-Long et douloureux. J'avoue avoir ressenti une forme de solitude, au bout d'un moment.

-Une forme de solitude ? Ça t'arrive ?

-Oui, Wong, comme tous les humains j'éprouve le besoin de parler à quelqu'un, sinon je ne serais pas en train de manger avec toi. Pourquoi toutes ces questions ?

-On a peu de témoignages sur les effets de l'utilisation d'une Pierre d'Infinité. J'essaye de combler ce manque.

-Je ne suis qu'un sujet d'étude ?!

-En partie. Tu es aussi mon ami.

Stephen en resta sans voix.

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-Wong ?!

Le docteur tente de parler fort, mais le mot ressemble plus à un grondement de douleur. Avachi sur le bureau de son ami, il se concentre. Il tente de sélectionner quelques livres qui pourraient l'aider. Il lui faut identifier le mal qui le touche, en déterminer l'origine, les conséquences futures, et surtout comment le soigner.

Il espère que le bibliothécaire saura l'aider. Dans son état, il prend déjà des risques en restant dans le Saint des Saints New-Yorkais ; il ne veut pas prendre le risque que la malédiction atteigne Kamar-Taj. Il faudra cependant les prévenir ; quelqu'un d'autre devra assurer la protection du manoir.

Stephen s'effondre une nouvelle fois, encore submergé par la douleur. Il tente d'appeler Wong, à plusieurs reprises. Mais le sorcier ne se montre pas.

L'inquiétude envahit alors l'esprit du maudit. Qu'est-il arrivé à son ami ? Subit-il le même sort ? Où est-il ? Et surtout, dans quel état est-il ?

Le maître des arts mystique s'impose de longues et profondes respirations ; elles sont plus douloureuses, mais l'aident à faire le ménage dans son esprit.

Il doit se souvenir de ce qui a causé tout ça. Pourquoi était-il à Times Square ? Avant ce moment, à quand remonte son souvenir le plus récent ?

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-Bonne année, Stephen.

-Bonne année, Wong.

Les deux hommes burent leurs coupes de champagne, regardant le feu d'artifice illuminant le ciel de New York.

Mélange de fusées traditionnelles et de drones lumineux, il célébrait le retour des victimes de Thanos, dans un ballet mélangeant l'ancien et le nouveau monde. Plusieurs tableaux élaborés montraient les Avengers et leurs alliés, valorisant leurs actes, qui avaient permis le retour des disparus.

Le bouquet final fut consacré à Iron Man, dans une explosion de couleurs, de paillettes, et de drones, avant que l'année ne s'inscrive en toutes lettres dans le ciel.

-2024… J'avais déjà du mal à me rappeler qu'on était en 2023…

-Tu t'y feras.

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Janvier 2024… Il doit trouver la date du jour. Ses souvenirs lui reviennent un à un. S'il sait la date, il pourra déterminer dans combien de temps il se souviendra du pourquoi.

Ses yeux fouillent le bureau de Wong, cherchant désespérément un calendrier, comme s'il pouvait le libérer de cette situation.

Juin 2026.

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Prochain chapitre : Questionnement