Voilà le chapitre 3 comme prévu ce jeudi ^^ J'espère que ce chapitre qui commence peu à peu à activer la romance vous plaira ^^ Le prochain chapitre sera (je l'espère toujours) dans 5 jours soit mardi :p Les commentaires sont ouverts, tout ça tout ça et merci de me lire ça fait super plaisir :)

Edit: comme promis, voici la version révisée par relectrice ^^ encore merci à elle :p

Bonne lecture :)


Cette première journée de roi avait été éprouvante pour toute la compagnie, mais ça ne les empêcherait pas de fêter le retour de Thorin. Dès que la nouvelle de son réveil avait fait le tour de la ville, un grand festin en son honneur avait été préparé par les toutes nouvelles cuisines royales. Ils en avaient tellement besoin depuis les conflits de fin de journée. Tous les nains de la ville étaient invités à festoyer, mais l'ambiance de cette fête restait parfois mitigée. Les nouvelles s'étaient vite répandues à Erebor. Un seigneur nain remettait en cause la légitimité de Thorin à succéder à son grand-père et ce que la messagère avait pu leur dire et leur faire dire avait peut-être su faire douter certains nains. Bilbon, qui avait été ignoré, voire moqué, avant le réveil de Thorin, était maintenant scruté du regard par ces mêmes nains. Si les nains de la compagnie venaient l'encourager, il n'était pas assez naïf pour ne pas culpabiliser suite à son intervention désastreuse.

Mais l'heure était à la fête et si les hobbits excellaient en fête, les nains en étaient les rois. Que ce fût dans leurs quartiers ou dans les salles de fêtes, tous les nains avaient cessé de travailler pour célébrer le retour de leur roi et Erebor. Le cœur de la cité tout entier vibrait à nouveau. La bière coulait à flot et l'odeur de viande inondait toute la montagne. Les plus beaux morceaux et les animaux les plus dodus étaient servis sur des plateaux d'or. Tous les habitants, mêmes enfants, festoyaient et les musiciens les plus talentueux de la ville continuaient d'ambiancer et de chanter malgré les tonneaux d'alcool qu'ils avaient déjà vidé. De toute façon, aucune de leur musique ne pouvait couvrir les rires et les chants improvisés des nains. Thorin n'était leur héros que depuis deux semaines et déjà les nains et les enfants contaient et chantaient les glorieux exploits de Thorin et de sa compagnie. Entendre ces chants de célébration avait rassuré Thorin puisqu'il savait ainsi la mémoire de ses neveux honorée par tous les nains. Mais il n'avait pas le cœur à chanter avec ses compagnons et se contentait pour l'instant de boire en leur santé. Ils festoyaient dans la grande salle des fêtes entourées des citoyens chanceux qui avait réussi à trouver de la place. Aux admirateurs se mélangeaient les curieux qui jetaient des regards interrogatifs au semi-homme. Thorin les voyait avec agacement et impuissance. Bilbon, lui, tentait de ne pas croiser leur regard tout en buvant l'une des bières naines qui lui avaient été servies. Alors qu'ils étaient en train d'entamer leur second porc, Dwalin lança dans leur conversation :

— Oh ! Vous n'allez jamais y croire ! Qu'est-ce qu'on apprend de la bouche de Thorin avec Balin ? Bilbon nous a caché qu'il s'est battu avec Azog !

Les autres nains se retournèrent vers Bilbon.

— Non, j'ai… j'ai seulement aidé Thorin à le combattre.

— Ne soyez pas modeste, maître cambrioleur, lui dit Thorin, racontez-leur vos exploits.

— Je ne sais pas si je suis très bon pour raconter les histoires.

— Oh, mais si ! Allez ! Bilbon ! Bilbon ! Bilbon ! commença à crier Bofur en tapant ses couverts sur la table.

Les autres nains commencèrent à le rejoindre et on entendait plus qu'eux scander en cœur le nom de leur ami. Les musiciens et les autres nains se turent et se tournèrent vers le hobbit. Ils se levèrent pour soulever Bilbon de sa chaise et le poser sur la table. Il se retrouva face à un public impatient d'écouter son récit et leur engouement le rassura.

— Bon… bon… si vous insistez. Mais je vous préviens tout de suite. Ce n'est pas une histoire très longue ni très glorieuse pour moi.

Les autres nains applaudirent Bilbon et l'écoutèrent avec grande attention. Enfin… autant d'attention que leur cerveau alcoolisé leur permettait encore.

— Hé bien… Pendant que je combattais, un orc m'a assommé. Mais, je vous rassure, ce n'est pas la fin de l'histoire. J'ai été inconscient pendant je ne sais combien de temps. Et quand je me suis réveillé, j'ai entendu un hurlement puis des coups d'épée qui s'entrechoquaient. J'ai suivi les bruits, j'ai vu Thorin combattant, seul, l'orc blanc. Il était au sol et l'orc lui donnait des coups sans fatiguer. C'était une véritable machine de guerre assoiffée de vengeance. Thorin avait son épée pour bloquer sa lame et j'ai accouru pour lui venir en aide. J'ai… j'ai été assez discret… pour ne pas que l'orc me voit. Mais Azog était tellement immense que la seule chose que j'ai pu faire c'est lui donner un coup de dague dans les mollets. Et l'orc a à peine réagi à mon coup. Je crois qu'une mouche se serait posée sur son épaule, qu'il n'aurait pas fait la différence.

L'alcool aidant, les nains éclatèrent de rire.

— Malheureusement, ça n'a pas suffi à empêcher l'orc d'embrocher Thorin. Il lui a enfoncé sa lame dans son flanc droit, mais Thorin aussi l'a embroché. Alors qu'il avait la lame d'Azog dans son flanc, il a utilisé toutes ses forces pour venir à bout de l'orc et l'a vaincu. Et puis…

Bilbon s'arrêta un moment en repensant à ce moment. Son visage rougi par l'alcool sembla se blanchir d'angoisse.

— Thorin s'est écroulé… et… j'ai accouru pour l'aider, mais… il y avait du sang partout… Il était si pâle… j'ai… j'ai vraiment cru qu'il… n'allait pas s'en sortir…

Il ne savait plus quoi dire et commença à serrer les mains. Thorin comprit sa détresse et leva son verre en feignant un sourire.

— Et ça aurait pu être le cas sans vous. Ce simple coup, comme vous dites, a détourné l'attention d'Azog assez de temps pour que son attaque ne transperce que mon flanc. C'est pourquoi je lève mon verre à Bilbon Sacquet, le hobbit qui m'a sauvé la vie.

La compagnie leva leur verre déjà bien entamé et trinqua à la gloire du cambrioleur. Parmi les autres nains présents, certains applaudirent joyeusement sans trop comprendre pourquoi et d'autres ne surent pas quoi penser du semi-homme, voleur de leur trésor et acclamé par leur monarque. La fête et la musique reprirent de plus belle. Bilbon reçut quelques tapes amicales dans le dos en guise d'encouragement. Lui et Thorin s'échangèrent un regard complice et Bilbon lui sourit pour le remercier en levant sa chope de bière. Ce sourire fit chaud au cœur de Thorin qui lui sourit en retour.

Mais leur échange coupa court lorsque Thorin vit Dáin s'approcher de lui d'un pas rapide. Il lui murmura qu'il fallait qu'il lui parle dans un ton à contre-courant de l'ambiance festive. Thorin le suivit sans que ses compagnons fissent attention, alors que le troisième service de porc faisait son arrivée à table, sous des applaudissements encore plus fracassants.

Hors de la salle de fête, l'ambiance était plus calme et plus sereine. La nuit obligeant, le clapotis des pioches et le bruit résonnant des travailleurs avaient laissé place à un doux silence. Seuls les bruits lointains des nains en fête résonnaient dans l'immense cité minière. Dáin et Thorin se retrouvèrent sur l'un des nombreux ponts de la cité, loin de tout témoin. Thorin sentait que la bonne humeur de son ami quand il l'avait retrouvé à son réveil au début de la journée n'était plus au rendez-vous. Il prit les devants.

— Je suis désolé de mon comportement de tout à l'heure devant la messagère de Grimelva. Je n'aurais pas dû être aussi… violent avec cette femme.

Dáin ne sembla pas accepter aussi facilement les excuses de son ami. Il semblait même qu'elle n'était pas la raison pour laquelle il l'avait invité.

— Fais attention Thorin… La prochaine fois demande à faire évacuer la salle. Là, tu pourras passer tes nerfs sur n'importe qui. Ça m'a un peu étonné d'apprendre que tu te sois énervé d'un coup pour une pierre. Surtout que… ta famille a un sacré passé avec cette pierre. Faudrait pas que tu pètes les plombs à chaque fois qu'on te la met sous le nez.

— Le retour de l'arkenstone n'annonce rien de bon.

— C'est la pierre de notre royaume, Thorin. Que tu le veuilles ou non. Les habitants de la montagne solitaire y tiennent beaucoup. Et on ne peut pas dire que tes grands-parents n'y soient pas pour quelque chose. Fais attention, c'est tout. Les monarques peuvent combattre leurs ennemis, mais pas leurs sujets. Cette jeune naine a bien joué en te faisant perdre ton sang-froid.

— Je n'ai pas confiance en cette messagère ni en son seigneur.

— Est-ce que ça a un rapport avec les histoires que lui et son père ont eu avec ta famille ?

— Ces histoires sont du passé, lui répondit-il sans vraiment lui mentir. Ce qui m'inquiète, c'est qu'ils osent venir me blasphémer en public.

Thorin ne préféra pas ajouter que sa méfiance n'était pas un tout petit peu motivée par ces anciennes histoires. Non pas que le seigneur Barûsar avait trahi ses parents, au contraire. Mais pour l'instant, son rachat de l'arkenstone auprès des hommes était le plus inquiétant. La richesse ne lui manquait pas, mais l'idée de la lui rendre ainsi… Il connaissait assez Barûsar et sa famille pour ne pas trouver ce mouvement politique à la fois louche et étrange de la part de ce seigneur.

— Écoute, lui dit Dáin en fronçant les sourcils de manière si peu familière à son entrain habituel. Je ne te dis pas seulement ça en tant qu'ami et frère d'armes, je te le dis en tant qu'associé du futur roi sous la montagne. Des rumeurs résonnent entre ces murs. Les nains parlent et se questionnent. Ils savaient déjà pour les… problèmes que toi et tes ancêtres avez avec l'or et l'arkenstone. Tu as récupéré la montagne et sauvé l'honneur de ta famille. Alors j'imagine qu'ils ont été rassurés. Mais… il y a cette histoire avec le semi-homme…

Thorin n'aimait pas la direction que prenait cette conversation et le ton bien plus sombre que prenait son ami quand il évoqua Bilbon. Ça expliquait également pourquoi il avait choisi de le voir après qu'il ait demandé d'applaudir le hobbit.

— Bilbon a fait ce qu'il fallait.

— Et tu as tenté de le tuer.

Ce n'était pas un souvenir que Thorin aurait voulu évoquer tout de suite. Bilbon avait beau lui avoir pardonné, il s'en voulait toujours de cet affront. Pourquoi fallait-il qu'on lui en parle encore et encore aujourd'hui ?

— J'étais sous l'emprise de l'arkenstone. Dès que j'ai récupéré mes esprits, j'ai compris qu'il avait fait la meilleure chose et qu'il avait pris le risque que j'en devienne fou de rage. Et avant que tu en parles, oui, je n'ai pas cherché à récupérer la pierre. J'aurais pu la racheter aux hommes, mais… je ne pense pas que leur chef aurait voulu faire commerce avec moi après l'avoir trahi. Et peut-être valait-il mieux que cette pierre de malheur ne revienne jamais !

— Tu sais que je te comprends Thorin, mais… que ce soit pour te protéger ou non, le peuple aura pas confiance si un voleur notoire tourne autour du trône. Et surtout si tu l'arroses d'éloges pendant les fêtes à ta gloire.

— Bilbon a fait bien plus pour notre peuple que tous les nains à qui j'ai demandé de l'aide et qui ont refusé cette quête.

Thorin le regardait droit dans les yeux en sachant très bien que Dáin faisait partie de ceux qui avaient rejeté sa requête. Peut-être était-il allé trop loin? Il le voyait dans ses yeux. Mais il sentait la colère monter en lui et il valait mieux qu'il lui dise ce qu'il pensait plutôt que de le frapper.

— Le peuple nain lui doit bien plus qu'il ne pourrait jamais l'imaginer, continua-t-il fermement.

Puis il prit une grande inspiration pour se calmer et ajouta :

— Il n'est pas seulement le sauveur de cette ville et le mien. C'est aussi un ami fidèle et il a toute ma confiance.

Dáin prit l'attaque à son encontre assez difficilement et s'en énerva d'autant plus en écoutant Thorin protéger son ancien cambrioleur corps et âme. Eux, qui avaient combattu ensemble lors de nombreuses batailles, se trouvaient à discuter d'un simple hobbit comme du sauveur des nains. Son insistance n'était pas claire pour lui, surtout depuis que ce hobbit n'était même plus d'une grande utilité à présent.

— Ce semi-homme ne devrait pas rester, Thorin. Il vaut mieux pour ton trône qu'il ne vienne pas entacher ta réputation. Les nains ont besoin d'un guerrier fort et puissant, d'un roi solide et fier, d'un monarque sachant prendre seul les bonnes décisions. Le peuple a besoin de savoir que le roi est le seul aux commandes. Tu es le roi des nains, pas le roi de toutes les races paumées du royaume.

Dáin s'en alla, blessé par les accusations de Thorin, et il lui souffla avant de partir :

— Si tu veux être roi, récupère la pierre à ce seigneur et rends-la à ton peuple.

— Je ferais ce que j'ai à faire, lui répondit-il sèchement.

Dáin s'en alla nerveusement et laissa Thorin seul devant l'immense puits de leur ville. Il souffla en s'appuyant sur le rebord du pont. Ce que Dáin lui avait dit l'avait vraiment énervé et s'il n'avait pas été son ami, il aurait vraiment pu devenir violent à son égard. Bien que… il n'avait pas manqué de le blesser, avait-il remarqué. Pourtant, il n'avait pas tort quand il parlait des doutes de son peuple. Il est vrai que les nains sont de ces peuples qui veulent de leur leader un homme fort, froid et sûr de lui, quitte à ce que cette solitude et cette hargne se retournent contre eux. Sa sœur avant lui l'avait mis en garde contre cette attirance autoritaire. Et Thorin ne voulait pas être ce genre de roi, pas comme son grand-père. C'était quand il s'était isolé que l'avarice l'avait gagné. Thorin savait que le mérite qu'il avait gagné à récupérer la montagne, il ne le devait pas qu'à sa force et son courage, mais aussi à celle des autres. Ce fut grâce au courage et à la force de sa compagnie qu'il avait pu récupérer la montagne. C'était aussi leur paix avec les elfes qui avait su les sauver des orcs alors que sa haine pour eux avait failli les faire croupir dans une cellule pendant des siècles. Il pensait aussi à ces accusations contre Bilbon et il en serrait des poings.

Alors qu'il réfléchissait nerveusement, les sourcils froncés et le regard perdu dans le vide, une petite silhouette familière se détacha des enchainements de ponts. Il voyait Bilbon discuter avec Ori. Il était en train de se parler et de s'échanger un objet que Thorin ne put distinguer. Puis Ori retourna dans la salle de fête alors que Bilbon en sortit. Il marchait en scrutant le décor et semblait chercher quelque chose. Thorin le rejoignit rapidement en traversant quelques ponts.

— Ah ! Thorin, je vous cherchais, lui dit Bilbon avec un grand sourire et une lettre dans la main.

— Vraiment, lui répondit Thorin en se disant qu'il pensait également à lui. Pour quelle raison ?

— Pendant que vous parliez avec votre ami, on nous a fait parvenir un message de Gandalf.

Thorin s'était rendu compte que de tous les membres de sa compagnie, le magicien était le seul qui n'était pas resté. Ce n'était pas vraiment étonnant puisqu'il semblait toujours occupé sur des affaires qui les dépassaient. Mais il est vrai qu'il s'en était désolé parce qu'il aurait voulu plus amplement le remercier de tout ce qu'il avait fait pour lui. Recevoir de ses nouvelles lui faisait plaisir.

— Il dit qu'il a eu vent de votre réveil et s'excuse de ne pouvoir être là.

— Hé bien. Les nouvelles vont vite et les réponses encore plus vite.

— Il s'excuse également de ne pas pouvoir assister à votre couronnement. Il a une longue route à faire dès demain qui lui prendra toute la fin de saison.

Quand on parle d'affaires qui les dépassent. Même après leur longue quête il travaillait toujours.

— Ça ne m'étonne pas de Gandalf, s'amusa-t-il.

Un petit silence s'installa entre eux. C'était pendant ces petits laps de temps que Thorin réalisait à quel point il appréciait la compagnie de Bilbon. Il voulut briser le silence, mais c'est Bilbon qui parla en premier.

— Thorin… je… je tenais à m'excuser pour mon intervention de cet après-midi. Je ne voulais pas vous mettre dans une posture aussi… embarrassante.

— Ne vous excusez pas, maître Sacquet, lui répondit-il avec une pointe de culpabilité. C'est de ma faute. Je ne pense pas que si vous m'aviez laissé parler, la situation aurait été moins tendue. Je pense qu'il vaut mieux que les habitants d'Erebor sachent et même le plus tôt possible. Vous m'avez sauvé de moi-même, que ça convienne ou non. C'est ce qu'il s'est passé.

— J'imagine que c'est de ça que vous parliez avec votre ami avant que je n'arrive… je l'ai vu il y a quelques secondes et il avait l'air… très énervé, surtout à mon égard.

— Je vous mentirais si je vous disais le contraire. Mais… je n'accepterai aucune critique de ces mêmes nains qui ont refusé cette quête pour récupérer leur propre terre.

— J'ai aussi refusé la première fois que j'ai posée les yeux sur les conditions.

— Mais vous avez fini par venir, en courant même.

Bilbon laissa échapper un petit rire qui enchanta Thorin.

— Vous avez abandonné du jour au lendemain votre petit chez vous pour vous lancer dans une aventure périlleuse. Et pourquoi ? Pour aider des nains que vous ne connaissiez pas. J'ignore toujours ce qui a pu vous convaincre de quitter Cul-de-Sac, mais vous êtes venu. Et sans vous, nous n'aurions peut-être même pas aperçu la montagne solitaire une dernière fois.

Bilbon lui sourit même si quelque chose de moins heureux se cachait derrière sa mine triste. Ses sourcils tombèrent doucement et il détourna le regard quelques instants avant de presque murmurer :

— Il y a autre chose que je dois vous dire concernant la lettre.

— Quoi donc ? s'inquiéta Thorin.

Bilbon hésitait à parler. Il semblait comme chercher les mots adéquats et annoncer une nouvelle qui n'allait pas réjouir Thorin.

— Gandalf arrivera aux environs de la montagne solitaire demain à l'aube et… il propose de le rejoindre et de m'accompagner jusqu'à la Comté puisqu'il semblerait que ce soit sur sa route. Ça me permettrait de ne pas devoir faire le chemin de retour seul.

Le cœur de Thorin manqua un battement.

— Vous partez demain ? lui lâcha-t-il sans même pouvoir s'en rendre compte.

— Je ne me suis pas encore décidé, mais je crois qu'il est peut-être tant que je retourne chez moi.

Ces mots ne plaisaient pas à Thorin. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi l'idée du départ de Bilbon le rendait nerveux aussi rapidement. Évidemment que Bilbon rentrerait chez lui, évidemment que son fauteuil et ses livres lui manquaient, évidemment qu'il ne resterait pas ici éternellement. Mais ce n'était pas ça qui l'inquiétait, c'était pourquoi ce constat le rendait aussi perdu et anxieux.

— Ce n'est pas à cause de ce qu'il s'est passé avec la messagère de Grimelva ?

Bilbon baissa les yeux. Thorin avait visé juste.

— J'avais déjà prévu de partir dès que vous seriez à nouveau sur pied et c'est le cas. Mais… je ne dirai pas que ça n'a pas penché dans la balance.

— Je vous l'ai dit, maître Sacquet, vous n'avez pas à vous sentir chassé à cause de quelques malheureuses rumeurs idiotes.

— Non, non. Évidemment. J'ai… j'ai simplement pensé... maintenant que vous êtes à nouveau debout et que vous vous apprêtez à régner je… je n'ai plus vraiment ma place ici. Avant j'étais au moins le cambrioleur de la compagnie, mais à présent, je ne suis plus qu'un simple hobbit.

Thorin ne comprenait même plus ses propres pensées tant il était submergé par un flot d'émotion incontrôlable. La peur de le voir s'en aller, sa propre culpabilité, sa haine envers la messagère, sa peine de le voir se dévaloriser, sa colère face aux regards de son propre peuple, ses doutes face à sa responsabilité de roi, ses réflexions sur ce que lui avait dit Dáin… C'est dans cette confusion que les mots qui sortaient de sa bouche n'étaient qu'instinct.

— Non ! Vous n'êtes pas qu'un simple hobbit. Je ne laisserai personne vous le dire, ni en tant que guerrier, ni en tant que roi et sûrement pas en tant qu'ami. Vous avez toujours fait preuve d'une grande ingéniosité et d'une grande intelligence malgré votre petite stature. Vous avez toujours su donner de vous-même dans des situations désespérées. Et si vous restiez, je serai honoré de vous offrir le poste de conseiller du roi.

Bilbon et Thorin réagirent en même temps à ces paroles. Thorin était toujours abasourdi par ses propres mots tandis que Bilbon était incapable de répondre. Le stress et la peur qui submergeaient Thorin ne purent le faire s'arrêter de parler.

— Je sais que je ne suis pas assez fort face à l'arkenstone, je sais que j'ai fait de nombreuses erreurs et que j'en ferai encore. Vous pouvez penser que vous n'êtes qu'un hobbit, mais je serai plus qu'honoré de régner avec vous à mes côtés.

Quand l'adrénaline de Thorin le quitta, la chute fut violente. Les yeux ronds de Bilbon n'avaient pas bougé et il semblait toujours sous le choc de ce qu'il venait de lui dire. Son visage était devenu rouge et quand il reprit ses esprits, il commença à bafouiller.

— Heu… waouh… heu… je suis très flatté… sincèrement… c'est une sacrée proposition.

— Bien sûr, je ne veux pas vous prendre au dépourvu, bredouillait Thorin pour tenter de sauver les meubles. Vous avez tout le temps pour y réfléchir.

— Oui, oui. J'ai encore toute la nuit pour y penser. C'est juste que… je veux dire… merci pour cette proposition…

— Tout ça pour vous dire que… vous avez votre place ici aussi, au même titre que les autres nains.

— Merci beaucoup, Thorin ! arriva à formuler Bilbon en le regardant dans les yeux. Ça compte beaucoup pour moi.

La peur de Thorin sembla se calmer jusqu'à ce que le sourire doux et sincère de Bilbon ne provoque chez lui un sentiment d'intense angoisse.

— Hé bien… je vous laisse y réfléchir. La nuit porte conseil, lui dit Thorin.

Bilbon, gêné, acquiesça.

— Bonne nuit, Thorin, lui dit-il avec sourire bienveillant

— Bonne nuit, lui répondit Thorin avec un petit sourire pour masquer ses craintes.

Quand il le vit s'en aller, il eut une indescriptible et violente douleur à la poitrine. Plus il s'éloignait et plus cette sensation de peur viscérale laissait place à une étrange sensation de vide intense. La main tremblante sur le cœur, le pouls s'accélérant, les joues rosies, il resta de longues minutes, le regard plongé dans le vide de l'immense hall en se demandant ce qu'il lui arrivait.