Bonjour à tous !

Me voici parmi vous en ce cinq mai pour l'arrivée du troisième intermède de Secret de Famille, deux mois après la parution du dernier chapitre de la partie trois !

Vous vous apprêtez à plonger dans l'univers d'Elisabeth, la mère de Roy, avec un résumé de son enfance, puis de son arrivée dans le bar de Blondie et de sa rencontre avec Rey. Franchement, au début, je ne savais pas trop ce que j'allais pouvoir dire, puis je me suis mise à écrire, écrire, écrire, je ne m'arrêtais plus ! Je réalise que cet intermède pourrait être un petit OS sur l'histoire de la vie de la mère de Roy ! J'espère que ça vous plaira en attendant l'arrivée de la quatrième partie qui arrivera d'ici cet été.

D'ailleurs, sachez que si, arrivé en bas de la page, ce que vous avez lu vous a plu... Je me tâte à faire la même chose du point de vue d'Emily, la mère de Riza, pour l'intermède entre la partie quatre et cinq ! Donc n'hésitez pas à partager ce que vous avez pensé de tout cela !

Bonne lecture.

Sei.


Intermède 3.

- Riza ! S'écria une voix derrière l'adolescente blonde aux grands yeux onyx.

À l'entente de ce surnom, Elisabeth se retourna, elle savait de qui il s'agissait, il n'y avait qu'une seule personne qui l'appelait comme ça... Ça remontait à des années, quand toute petite, Emily n'arrivait pas à prononcer son prénom correctement et se contentait de l'appeler Riza... C'était toujours resté. Comme un signe du destin pour dire qu'elles deviendraient meilleures amies, et ce, malgré leur différence d'âge.

Elisabeth ne put s'empêcher de sourire à ce souvenir. Elle était venue s'installer ici pour réfléchir. Pour prendre conscience de ce qui allait bientôt changer à tout jamais dans sa vie. Elle n'était pas prête pour ça. Qui le serait ?

- Emily ! Répondit-elle en retour en laissant un énorme sourire poindre sur son visage. Comment vas-tu ?

Son sourire n'était pas très vrai, mais pourtant, pour elle, elle ne pouvait pas faire autrement. Elle ne pouvait pas laisser la tristesse qui l'animait rendre Emily malheureuse. Alors, elle laissa la petite fille blonde aux cheveux bouclés et au regard d'ambre s'asseoir à côté d'elle près du lac qui se trouvait dans le bois entourant Arnétise. Du haut de ses huit ans, sa meilleure amie était la personne qu'elle aimait le plus dans ce village. Elle avait perdu sa mère, et son père n'était pas vraiment présent car il travaillait dans l'armée et était toujours en mission. Pourtant, elle était là, devant elle, le sourire aux lèvres, la bonté et la douceur dans le cœur.

Elisabeth aurait aimé avoir un dixième de sa force de vie. Elle était plus âgée qu'elle de plusieurs années et pourtant, elle était plus proche d'elle que des autres filles du village. Il y avait un lien qui les unissait. De ses douze ans elle n'aurait pas su dire lequel, mais elle considérait Emily comme la petite sœur qu'elle n'avait jamais eux. Et elle avait mal quand elle réalisait qu'elle allait devoir l'abandonner... Emily ne méritait pas cela. Pas après tout ce qu'elle avait vécu.

Elisabeth était une enfant comme les autres, elle avait tout dans la vie pour être heureuse, des parents aimant, un petit chien, une grande maison, une meilleure amie... Alors pourquoi se sentait-elle aussi dévastée !? Parce qu'elle allait déménager... Sa famille quittait Arnétise pour se rendre à la capitale, à Central City... Elle ne voulait pas y aller, elle n'en avait pas envie. Mais avait-elle le choix !? Elle n'avait que douze ans, elle était trop jeune pour vivre toute seule...

Elle avait envie d'aller vivre chez Emily, avec John et leur gouvernante. Ils étaient comme sa famille ses deux-là... Mais elle savait que ses parents ne voudraient jamais. Elle ne voulait pas non plus les quitter, pourquoi voulaient-ils partir !? Elle n'aimait pas la ville, elle préférait de loin la campagne et ses oiseaux, ses arbres, sa verdure... Tout dans la nature l'attirait.

- Je ne veux pas que tu t'en ailles... Bredouilla Emily au bout d'un moment.

Elle avait remonté ses genoux contre sa poitrine, passé ses bras autour et posé sa tête sur le haut de ses genoux. L'étincelle qui animait son regard avait disparu. La fillette était anéantie.

- Maman est morte, papa n'est jamais là, John est un garçon... Je n'avais que toi ! Poursuit-elle d'une voix éraillée par de proches sanglots. Et tu t'en vas aussi !

Une larme se mit à couler sur sa joue et Elisabeth ne put s'empêcher de l'imiter. Elle n'aimait pas l'idée d'abandonner sa meilleure amie, mais avait-elle le choix !? La seule chose qu'elle pouvait faire, c'était d'écouter ses parents et de leur obéir... Elle était encore trop jeune pour faire entendre sa parole et ses choix et puis tiendraient-ils la route !? Plus les saisons défilaient et plus les conversations entre ses parents se faisaient cris et colère... Était-ce ça devenir adulte !? Passer ses journées à se disputer pour un oui ou pour un non !? Si c'était cela, Elisabeth ne voulait jamais devenir adulte...

- Je suis désolée... Bredouilla l'aînée des blondes. Je n'ai pas envie de partir, mais je n'ai pas le choix.

Un nouveau silence s'installa entre les deux filles, elles n'avaient pas besoin de beaucoup parler pour se comprendre, le silence suffisait pour cela. En un simple regard, elles se comprenaient et c'était pour cela qu'Elisabeth aimait Emily plus que tout.

- Ce n'est pas un adieu, ce n'est qu'un au revoir, murmura-t-elle alors en observant la fillette du coin de l'œil.

Emily renifla bruyamment avant de pencher sa tête sur le côté pour observer son ami, sans pour autant changer de position.

- Qu'est-ce que ça change ?

Du haut de ses huit ans, elle ne voyait pas du tout qu'elle différence il y avait entre un au revoir et un adieu. Pour elle, c'était la même chose ! Sa mère était partie, elle ne reviendrait jamais et son père n'était plus qu'une ombre dans sa vie, elle ne le voyait presque jamais... Que serait sa meilleure amie pour elle !? Est-ce qu'elle ne la reverra jamais comme sa mère ou alors en coup de vent comme son père !? Elle ne voulait ni l'un, ni l'autre. Elle voulait qu'Elisabeth, alias Riza, reste pour toujours à Arnétise avec elle.

- Ça veut dire qu'un jour on se reverra ! S'exclama L'aînée des deux avec entrain.

Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle affirmait car Central City était une ville immense et très très très très loin d'Arnétise... Pour l'instant elle était trop jeune pour parcourir le pays seule, mais dans quelques années, elle aurait l'âge et la confiance, et personne, pas même ses parents, ne pourrait l'empêcher de revenir à Arnétise et de revoir Emily.

- Tu crois !? Continua de bredouiller la fillette.

- J'en suis sûre.

Elle s'en faisait la promesse ! Elle sentait au fond d'elle que le destin ne les avait pas fait se rencontrer par hasard. Leur destin futur était lié. Elle ne savait pas trop expliquer le comment, ni le pourquoi. Mais d'une façon ou d'une autre, leur route se croiserait à nouveau, elle en était certaine.

- Allez souris Emily ! Finit-elle par dire en souriant elle aussi. Quand on se reverra on sera plus grande ! Peut-être qu'on aura des enfants et qu'ils deviendront meilleurs amis comme nous !

C'était quelque chose qui lui était sorti si naturellement, comme si c'était écrit dans les étoiles que cette évidence se produirait.

- Tu crois ? Répéta-t-elle une nouvelle fois, ne sachant pas comment prendre les paroles de sa meilleure amie, ressuyant au passage les larmes qui inondaient ses joues avec le dos de ses mains et en reniflant bruyamment.

- Oui ! Répondit Elisabeth qui voulait y croire dure comme fer. Encore mieux ! J'aurais un garçon et toi une fille ! Et nos enfants tomberont amoureux l'un de l'autre et se marieront et alors on deviendra des sœurs pour de vrai !

Emily se mit à rire à travers ses larmes de la remarque de son amie. À huit ans, alors qu'on était encore qu'une petite fille, il était très difficile de s'imaginer adulte avec des enfants. Pourtant, elle adorait l'histoire de leur vie qu'était en train de lui raconter Elisabeth et elle voulait des détails.

- Et à quoi ressembleront nos enfants !? Ne peut-elle donc pas s'empêcher de demander par curiosité.

Elisabeth se tut un instant, le temps de réfléchir, les doigts posés sur son menton.

- Hum... Mon fils sera le portrait craché de son père ! Mais il aura mes yeux ! Il sera très beau et très fort ! Il sera un homme respecté et connu dans tout le pays, s'exclama alors Elisabeth en bombant le torse avec force et fierté.

- Tout le pays !? Répéta Emily en écarquillant les yeux, comme s'il était impossible d'être connu à ce point dans le pays tout entier.

- Oui !

Emily la regarda impressionnée, ne sachant pas quoi répondre, si ce n'est...

- Et ma fille ?

Elle était curieuse de savoir comment son amie l'imaginait.

- Hum... Se mit à réfléchir Elisabeth. Et toi comment l'imagines-tu ? Finit-elle simplement par dire en se tournant vers Emily.

Emily ouvrit la bouche avant de la refermer. Comment elle imaginait sa fille !? C'était une bonne question... Et puis elle repensa à elle et à sa mère... Si elle avait une fille, elle serait comme elles non ? Parce que justement, ce serait sa fille ! En vrai, Emily n'en avait aucune idée.

- Je... Je ne sais pas ! Dit-elle alors en haussant les épaules, sa joue toujours posée sur ses genoux et ses bras entourés autour de ses jambes remontées contre elle.

- Vas-y essaye ! L'encouragea Elisabeth avec un sourire confiant.

Emily se mordilla la lèvre inférieure, les sourcils froncés. Elle semblait en pleine réflexion sur la question.

- J'aimerais qu'elle soit aussi douce et gentille que l'était ma maman avec moi et comme je voudrais l'être avec elle, s'exclama-t-elle alors, certainement en se remémorant le souvenir de sa mère qu'il lui restait. Mais je veux que ce soit quelqu'un de fort et qu'elle va au bout de ses rêves, comme toi ! Et je l'appellerais Elisabeth, comme toi ! Parce que je voudrais qu'elle soit comme toi ! Acheva-t-elle en regardant Elisabeth droit dans les yeux avec un sourire rayonnant sur les lèvres.

La jeune adolescente avait toujours été une référence pour elle et surtout, depuis le départ de sa mère, elle était son modèle... Elisabeth se sentit donc flattée de cette révélation. Emily ne voulait pas que sa fille soit comme elle, mais comme son amie. C'était touchant.

- Dans ce cas ce sera forcément une personne formidable, répondit Elisabeth avec un sourire tout aussi rayonnant que celui de son amie.

Les deux jeunes filles se mirent ensuite à rire toutes les deux de bon cœur.

- Tu vas trop me manquer ! Renchérit ensuite la plus jeune des deux blondes, les larmes aux yeux.

- Toi aussi Emily ! Tu n'imagines pas à quel point ! Lui répondit Elisabeth, tout aussi émue.

Les deux jeunes filles s'étreignirent fortement. Essayant de faire passer leurs émotions à travers leurs gestes plutôt que par des paroles qu'elles n'arrivaient pas forcément à exprimer. Elles n'avaient beau être que des enfants, elles en connaissaient déjà suffisamment sur l'amour pour savoir qu'une séparation été toujours déchirante. Surtout Emily qui avait perdu sa mère et qui ne voyait presque plus son père qui faisait le deuil de la mort de sa femme en travaillant avec acharnement.

Lorsqu'Elisabeth s'en alla quelques temps plus tard, les adieux furent déchirant. Elles pleurèrent énormément chacune de leur côté. Elisabeth en voulait à ses parents de s'en aller comme ça. Et Emily ne comprenait pas pourquoi la vie lui arrachait une nouvelle fois l'une des personnes qu'elle aimait le plus sur cette terre.

La vie reprit ensuite son cours. Elisabeth s'habitua difficilement à la vie en ville. C'était beaucoup plus grand, beaucoup plus bruyant que tout ce qu'elle avait connu jusqu'à présent... Elle ne sortait jamais seule, de peur de se perdre dans ses dédales de rues qui se ressemblaient toutes. Arnétise et sa campagne lui manquait. L'odeur des arbres et le bruit du vent... La beauté du paysage et de sa verdure. À central, tout était gris, terne, triste... Comme son cœur... Emily lui manquait atrocement... Sa vie d'avant aussi...

La vie à Central était nulle. Depuis qu'ils étaient ici, ses parents se disputaient de plus en plus... Pourtant, n'étaient-ils pas partis en ville pour sauver leur mariage !? Elisabeth n'avait jamais vraiment suivi les disputes de ses parents... Mais elle n'avait plus huit ans... Elle comprenait les mots qu'ils employaient quand ils pensaient qu'elle ne pouvait pas les entendre... Elle avait compris qu'il y avait une histoire d'autres femmes derrière tout cela... Le père d'Elisabeth se déplaçaient souvent à Central pour son travail... Sa mère avait toujours refusé d'y aller, parce qu'elle ne voulait pas quitter Arnétise, sa terre natale... Elle n'avait cédé que par pure jalousie. Par simple peur que son mari n'ait une double vie quand il partait pendant des jours à la Capitale... Voilà pourquoi ils avaient atterri ici... Pour sauver leur mariage !

Le problème, c'était que leur déménagement n'avait rien changé ! Ses parents se disputaient encore plus qu'avant, et leur dispute se faisaient de plus en plus violente. À tel point qu'Elisabeth ne voyait presque plus son père... Il passait de moins en moins de temps à la maison... Où allait-il les jours où il ne rentrait pas !? Chez cette autre femme dont sa mère faisait allusion ? Était-ce la fin de leur mariage !? Avait-elle détruit sa vie en suivant ses parents à la capitale pour rien !? Elisabeth réalisa que oui, le jour où un nouvel homme entra dans la vie de sa mère...

Elisabeth détestait ses parents plus que tout... Ils avaient essayé de sauver leur mariage égoïstement en entraînant leur fille dans leur connerie d'adulte... Elle les avait suivis malgré elle... Mettant ses propres sentiments de côté... Pour le bonheur de leur famille. Et eux, ils ne s'étaient même pas battus pour leur famille ! Sa mère avait abandonné la bataille et s'était laissée à fréquenter un autre homme que son mari... Et Elisabeth, qu'est-ce qu'elle devenait dans tout ça !? Que devait-elle faire quand elle voyait sa mère rayonner de nouveau ? Parce qu'elle, elle ne rayonnait pas du tout !

Elle se sentait égoïste... Oui... C'était le mot ! Elle en voulait à sa mère d'avoir jeté l'éponge... Pourquoi en voulait-elle à sa mère d'être heureuse à nouveau alors qu'elle avait été malheureuse pendant tellement d'années à cause de son mari infidèle ? Peut-être parce qu'elle détestait le nouveau compagnon de sa mère... Le jour où elle l'avait rencontré, elle l'avait détesté au premier coup d'œil... Sa mère disait que c'était parce qu'elle lui en voulait qu'elle ait remplacé son père par un autre homme, mais Elisabeth savait au fond d'elle que ce n'était pas pour cela. Elle n'avait pas confiance en lui... Elle sentait que cet homme allait provoquer le malheur dans leur vie...

La jeune femme voulait retrouver sa vie d'avant. Cette vie dans laquelle leur famille était heureuse. Cette vie dans laquelle son père était présent à la maison. Retrouver l'harmonie de leur famille avant que les disputes ne deviennent un quotidien entre eux, avant que son père s'en aille à tout jamais... Cette vie où elle n'était qu'une innocente adolescente... Avant que le nouveau compagnon de sa mère ne commette l'irréparable...

- Elisabeth, sors de cette chambre ! Ordonna sa mère.

Mais Elisabeth ne voulait pas... Elle était déchirée... Elle était détruite... Sa mère ne le voyait-elle pas !? Ne le comprenait-elle pas ? Elle n'avait que seize ans quand c'était arrivée... Cela faisait quatre ans qu'elle vivait à Central... À cette époque Emily devait avoir l'âge qu'Elisabeth avait quand elle était partie d'Arnétise. Elle se demandait à quoi elle pouvait bien ressembler désormais... Elle ne l'avait jamais revue parce que sa mère ne voyait plus l'intérêt de retourner à la campagne... Parce qu'elle avait pris goût à la vie en ville et qu'elle ne voulait plus la quitter...

Et si elle, elle y retournait !? C'était dans l'objectif de l'adolescente, depuis plusieurs semaines à présent... Elle avait désormais seize ans, elle pouvait donc s'en aller et faire sa propre vie non !? Du moins, c'était ce qu'elle pensait jusqu'à ce jour fatidique... Ce jour où alors que sa mère était sortie, Elisabeth s'était retrouvée seule avec le nouveau compagnon de celle-ci... Ce jour où il s'était approché d'elle alors qu'elle faisait la vaisselle... Il avait posé ses mains sur ses hanches et glissé ses lèvres contre sa nuque en murmurant qu'elle était belle... Elle avait frissonné... Elle n'avait jamais eu aussi peur de toute sa vie... Elle avait voulu hurler et il l'avait fait taire de ses lèvres sur les siennes... Elle avait essayé de se débattre, mais elle n'avait que seize... Que pouvait-elle faire !? Il l'avait maîtrisé avec une seule main... Elle était si faible...

Pourquoi devait-elle vivre ça à seize ans ? Elle n'avait eu d'autre choix que de le laisser faire... Parce qu'elle était faible et que c'était sa parole contre celle de cet homme. Alors oui, elle s'était laissée faire, se disant qu'une fois qu'il aurait eu ce qu'il voulait, il la laisserait tranquille ! Mais ça n'avait pas été suffisant... Il avait recommencé... Plusieurs fois... Ça avait duré pendant plus d'un an... Elisabeth ne savait plus quoi faire... Pendant longtemps, elle avait eu envie d'en parler à sa mère... Elle ne comprenait pas comment sa mère pouvait être amoureuse d'un homme pareil... Puis elle avait compris... Ce n'était pas l'homme qu'elle aimait, mais la vie qu'il lui offrait... Il gagnait bien sa vie et la comblait de cadeau... Et en échange de tous ses cadeaux, lui, il profitait de la jeunesse de sa fille... Et Elisabeth le laissait faire... Parce que lorsqu'elle avait essayé de résister et de le menacer, il lui avait dit que s'il parlait de leur petit secret avec quelqu'un, il détruirait la vie de sa mère... Et Elisabeth ne voulait pas... Malgré tout, elle aimait sa mère, peut-être pas aussi fort qu'un enfant devrait aimer sa mère mais elle aimait assez pour ne pas vouloir la voir détruite... Alors elle se taisait et subissait... Pour elle ! Elle pensait que cette routine suffirait... Elle n'avait pas pensé que tout cela pourrait empirer...

Ça faisait trop longtemps qu'elle n'avait pas eu ses règles... Elisabeth n'était peut-être pas allée à l'école depuis longtemps... Mais elle savait des choses sur la vie, parce que sa mère les lui avait expliquées le jour où elle n'avait pas compris pourquoi ses draps étaient tachés de sang à son réveil... Et il fallait qu'elle se rende à l'évidence... Si elle n'avait pas ses règles... Il ne pouvait s'agir que d'une chose... Et elle ne voulait pas... Non ! Elle ne voulait pas porter l'enfant de cet homme qu'elle détestait par-dessus tout. Mais que pouvait-elle faire !? Plus les semaines passées et plus elle devait se rendre à l'évidence... Elle était épuisée... Elle avait mal au ventre... Il y avait quelque chose qui grandissait en elle...

Qu'est-ce qu'elle allait faire !? Sa mère allait finir par s'en rendre compte et elle allait lui demander des explications. Que dirait-elle !? Elle ne sortait presque jamais de la maison et n'avait aucun ami... Le seul homme qu'elle fréquentait était le compagnon de sa mère... Elle allait bien finir par faire le rapprochement non !? D'un certain côté elle serait soulagée... Puisqu'au moins, peut-être que ce cauchemar prendrait fin !

- Elisabeth ! Répéta sa mère plus durement en débarquant dans sa chambre. Ce ne sont pas des manières de jeune femme ! Appuya-t-elle les mains sur les hanches depuis l'encadrement de la porte de sa chambre.

- Je ne me sens pas bien ! Bredouilla Elisabeth pour toute réponse en enfouissant sa tête dans son oreiller.

Ce n'était même pas un mensonge. Elle avait mal au ventre et la nausée. C'était de plus en plus difficile de le cacher.

Sa mère s'approcha d'elle et vint s'asseoir sur le bord de son lit.

- Cycle douloureux ? Demanda-t-elle calmement.

Elisabeth gémit pour toute réponse. Si seulement ça ne pouvait être que ça... Qu'est-ce qu'elle rêverait de se réveiller en ayant ses règles... Ça voudrait dire alors qu'elle n'avait fait qu'un affreux cauchemar... Mais elle savait aussi que ce ne serait pas le cas... Alors que devait-elle faire !? Que devait-elle dire à sa mère ? Devait-elle lui dire la vérité !? Mais que dirait son compagnon !? Celui à cause de qui elle était dans cet état !? Comment réagirait-il en apprenant qu'elle avait trahi leur "secret" et qu'en plus il allait devenir père de la fille de la femme qu'il fréquentait !? Bordel, ça allait faire une sacrée histoire !?

Rien que d'y penser, Elisabeth se mit à pleurer. Elle réalisait seulement ce qu'elle allait devenir aux yeux du monde et elle ne le supportait pas... Elle voulait retrouver sa vie d'avant... Sa vie d'Arnétise... Elle voulait retourner là-bas... Mais elle ne pouvait même pas... Elle ne voulait pas ramener ses soucis là-bas. Elle ne voulait pas que le regard d'Emily sur elle change ! Bordel... Emily serait tellement déçue sur elle voyait quel genre de femme elle était devenue... Elle ne méritait plus son amitié ! Il lui était donc désormais impossible d'un jour remettre les pieds dans son village natal.

- Que se passe-t-il ma chérie ?

La voix de sa mère se fit plus douce et inquiète. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas entendu ce timbre de voix à son égard de la part de celle-ci. Depuis qu'elle avait quitté son père et qu'elle était devenue une adolescente. Elle la considérait comme une petite sœur. Ce qui lui permettait de se sentir encore plus jeune et désirable... Apparemment il devenait dur de se sentir jeune et surtout désirable quand on était mère d'une adolescente !

La façon dont sa mère se comportait de manière maternelle avec elle, renforça ses sanglots. Elisabeth ne comprenait même pas pourquoi elle pleurait... Elle n'assimilait pas vraiment le fait que ses hormones se retrouvaient complètement chamboulées avec cette grossesse non désirée... Elle ne comprenait donc pas le quart de ses réactions.

- Maman... Bredouilla-t-elle entre ses sanglots.

Cela faisait si longtemps qu'elle ne l'avait pas appelé ainsi... Elle l'appelait par son prénom depuis son arrivée à Central. Au départ, c'était par pure provocation parce que l'adolescente de douze ans en voulait à ses parents d'être parti si loin de chez elle. Puis c'était resté et sa mère si était habituée très facilement parce que ça lui permettait de se sentir plus jeune dans sa tête.

- Maman... Répéta-t-il d'une voix brisée. Je suis désolée...

Elle ne savait même pas pourquoi elle s'excusait... Après tout, elle n'avait rien fait de mal !? Ce n'était pas elle qui avait cherché tout ça... Après tout, elle ne faisait que subir !? Et c'était sa mère qui ne voyait rien... Ça devrait être sa mère qui devrait s'excuser d'avoir laissé entrer un tel bourreau dans la vie de sa fille ! Pourtant, elle n'arrivait pas à en vouloir à sa mère. Toute cette histoire était de la faute de son père ! S'il n'avait pas trompé sa femme... Sa mère n'aurait jamais eu besoin de remplacer son mari par un autre homme.

- Mais voyons ma chérie, pourquoi es-tu désolée ? Questionna sa mère, qui ne comprenait rien à l'état de sa fille.

Et les larmes d'Elisabeth redoublèrent. Comment pouvait-elle dire ça à sa mère !? Comment lui faire comprendre ce qu'elle traversait sans l'énoncer proprement ? Comment faire pour qu'elle comprenne d'elle-même ? Tout ça parce qu'elle ne pouvait pas trahir ce terrible secret... Non pas parce qu'elle ne le voulait pas, bien au contraire. Non, parce qu'elle avait honte ! Parce qu'elle avait honte d'avoir laissé cet homme se servir d'elle depuis tout ce temps... Et qu'elle ne savait pas comment le dire à sa mère. Alors, elle voulait qu'elle comprenne d'elle-même. Que sa mère retrouve un tant soit peu d'instant maternelle et qu'elle comprenne en un clin d'œil ce que vivait sa fille. Après tout, elle était tombée enceinte d'elle un jour. Elle devait donc savoir, elle devait forcément comprendre !?

- Pourquoi es-tu désolée ? Répéta sa mère d'une voix douce en attrapant le menton de sa fille pour l'obliger à la regarder dans les yeux.

Mais Elisabeth n'y arrivait pas. Elle ne pouvait pas regarder sa mère dans les yeux après tout ce qu'elle avait fait. Elle ne le supportait pas. Alors elle baissa les yeux vers son ventre, posa ses mains dessus... Espérant que ce simple geste suffirait à faire comprendre à sa mère ce qu'elle ne pouvait pas dire.

- Elisabeth ? S'exclama sa mère d'une voix tremblante, hésitante.

Elisabeth ferma les yeux et se pinça les lèvres fortement. En posant ses mains à plat sur son ventre, elle avait tendu le tissu de sa chemise de nuit... On ne pouvait donc que voir le petit renflement de son ventre...

- Tu es enceinte !?

À ces termes, Elisabeth frissonna. Entendre à voix haute ce qu'elle se disait mentalement depuis des semaines étaient encore pire... Ça ne faisait que confirmer ce qu'elle redoutait le plus... Que tout ceci soit réel... Ses larmes s'intensifièrent et sa mère se retrouva pantoise, ne sachant plus quoi dire.

- Je suis désolée... S'entêta de bredouiller Elisabeth.

Elle ne savait pas quoi dire d'autre. Elle ne savait tout simplement pas quoi faire... Elle aurait voulu réparer cette erreur... Mais comment pouvait-elle faire !? Elle n'avait que seize et n'était pas allée suffisamment à l'école pour savoir comment agir dans ce genre de cas. Elle n'était même pas sûre qu'on apprenait ce genre de chose à l'école !

- Elisabeth... Soupira sa mère dans ses cheveux. T'excuser ne changera rien ! Ça n'enlèvera pas l'enfant que tu portes en toi.

Sa voix était ferme et autoritaire... Mais que pouvait-elle reprocher à sa mère !? Comment une mère devait-elle réagir quand elle apprenait que sa fille de dix-sept ans attendait un enfant !?

- Je n'en veux pas... Murmura-t-elle en ravalant un nouveau sanglot.

- Il fallait y penser avant de coucher avec un garçon ! Répondit sa mère d'une voix fâchée.

Sa mère lui faisait la morale... Elisabeth sursauta... Elle pensait que sa mère, en apprenant qu'elle était enceinte, comprendrait qui été le père... Mais non !? C'était encore pire... Elle pensait qu'elle était tombée enceinte d'un garçon rencontré dans cette ville... Mais que devait-elle faire !? Comment faire comprendre à sa mère qu'elle faisait erreur !?

- Je ne savais même pas que tu en étais à ce point... Reprit-elle désarçonnée. Tu ne sors jamais Elisabeth ! Comment cela a-t-il pu arriver sans que je m'en aperçoive ? Tu n'es jamais rentrée de la maison avec ce regard amoureux qu'une jeune fille de ton âge devrait avoir quand elle a son premier béguin pour un garçon... Sinon crois moi que je t'aurais mis en garde !

Elle aurait tellement aimé que ça se produise... Mais ce n'était pas contre les garçons de son âge que sa mère aurait dû la mettre en garde, mais contre l'homme avec qui elle partageait désormais sa vie... Mais comment le lui faire comprendre !?

Elisabeth n'y parvint pas... Elle laissa sa mère croire que l'enfant qu'elle portait était celui d'un petit copain qu'elle refusait de lui présenter... Le pire fut s'en doute quand elle l'annonça à son nouveau compagnon... Elisabeth n'oublierait jamais le regard livide qu'il avait eu... Elisabeth n'avait pas compris sa réaction sur l'instant... Sa mère ignorait qu'il était la cause de son état ! Puis elle a fini par comprendre quand il était venu la voir plus tard...

- Tu te démerdes comme tu veux ! Mais tu as plutôt intérêt à te débarrasser de ce merdier ! Grogna-t-il d'une voix ferme.

Sa mère n'était pas présente. Comme à chaque fois qu'il venait dans sa chambre de toute façon... Il ne prenait jamais un tel risque si cette dernière pouvait les surprendre.

- Pou... Pourquoi ? Avait-elle bredouillé, les larmes lui montant aux yeux.

La véritable question était plutôt comment !? Parce qu'elle n'en voulait pas de l'enfant de cet homme... Et lui non plus n'en voulait pas... Mais elle ne comprenait pas pourquoi il réagissait avec autant d'agressivité.

- Pourquoi !? Beugla-t-il. Es-tu complètement stupide Elisabeth !? Tu diras quoi à ta mère si ce mioche me ressemble !?

Elle n'y avait pas pensé... Mais pourquoi y aurait-elle pensé !? Elle refusait d'admettre que dans quelques mois elle mettrait un enfant au monde... Alors de là à penser à ce qu'il ressemblerait ? S'en était trop ! Surtout quand la discussion qu'elle avait eu avec Emily quelques jours avant son départ au bord du lac lui revint en mémoire... Non... Elle ne voulait pas que l'enfant de sa description soit celui de cet homme... Non ! Dans cette description, il s'agissait d'un enfant qu'elle aurait eu avec un homme qu'elle aurait aimé ! Elle ne pouvait pas gâcher ce rêve... Cette idée la mit en colère... C'était la première fois qu'elle se sentait aussi en colère depuis qu'elle avait découvert qu'elle était enceinte. Elle détestait cet homme plus que tout !

- Je lui dirais que tu es celui qui a bousillé ma vie et celle de ce bébé ! Cracha-t-elle alors, détruite par l'idée que cet homme allait gâcher à tout jamais le dernier souvenir qu'elle s'était créée avec Emily.

- Ne joue pas la maline avec moi Elisabeth ! Grogna l'homme en l'empoignant par le col de son chemisier. Si tu ne te débarrasses pas de ce débris, c'est la vie de ta mère que je vais bousiller !

Puis il était sorti de la chambre en la repoussant comme si elle n'était plus qu'une chose répugnante. C'était bien la première fois qu'il sortait de sa chambre sans profiter d'elle... Elle ne savait pas si elle devait s'en sentir flatter ou s'en méfier...

Puis les jours avaient continué à défiler... Les jours, puis les semaines... Jusqu'à ce que le ventre d'Elisabeth commence à ressortir tellement qu'il était impossible de ne pas comprendre qu'elle attendait un enfant... Sa mère ne voulait plus qu'elle sorte... ne sachant pas vraiment comment gérer la chose... Elle en était à se demander si l'idéal ne serait pas de se faire passer pour la mère de cet enfant quand il viendrait au monde... Mais son compagnon était formellement contre. Il avait beuglé qu'il ne se ferait jamais passer pour le père de ce "bâtard" comme il le disait. Chose assez comique quand il était véritablement le géniteur de l'enfant qu'elle portait.

La seconde solution était donc de faire abandonner l'enfant... Mais son compagnon était contre... En fait, il était contre tout ce qui devait laisser cet enfant voire le jour. Il refusait d'avoir une preuve des actes qu'il avait commis. Pour lui, l'enfant devait disparaître... Et il était prêt à tout pour cela ! Et c'est comme ça que quelques semaines plus tard, elle se retrouva recroquevillée dans sa chambre face à cet homme remplit de colère...

- Je pensais avoir été clair ! A-t-il dit d'une voix étrangement calme, mais pourtant des plus terrifiante. Tu ne m'as pas écouté Elisabeth.

- Je... je... Larmoya-t-elle sans savoir quoi dire. Je ne sais pas quoi faire !

- Tu ne sais pas quoi faire !? Beugla-t-il alors. Tomber du haut de l'escalier c'est si compliqué que ça !?

Le regard d'Elisabeth se figea de terreur. Il n'était pas sérieux !? Il n'envisageait vraiment pas une chose aussi abominable !?

- Quoi !? Je... Je pourrais me tuer ! Hurla-t-elle de frayeur.

- Qu'est-ce que ça peut me faire !? Rétorqua-t-il sèchement. Tant que tu te débarrasses de ce mouflet, ce que tu deviens je m'en moque ! Si tu crois que tu es l'unique gamine que je baise !

Cette remarque lui donna envie de vomir ! Il faisait donc ça avec d'autres jeunes filles !? N'avait-il donc aucun respect pour sa mère !? Que représentait-elle pour lui ?

- Et ma mère !? Hurla-t-elle une fois de plus, ne pouvant plus retenir les larmes de dégoût qui l'assaillaient.

- Ta mère !? Ria-t-il alors. C'est ma petite fée du logis ! Elle cuisine bien. Ok elle baise bien aussi... Mais elle me sert principalement de couverture ! Ce serait déplacé qu'un homme de mon âge s'affiche avec une fille qui fait la moitié de mon âge. Ta mère n'est pas aussi jeune et ferme que toi Elisabeth !

Cet homme était tellement écœurant...

- Bon maintenant, réglons ce merdier une bonne fois pour toute ! Renchérit-il en employant Elisabeth par le bras pour la forcer à le suivre.

Elle essaya de se débattre, mais il était plus fort qu'elle. Elle hurla, mais il n'en avait que faire. Il voulait qu'elle se débarrasse de l'enfant qu'elle portait et il comptait bien parvenir à ses fins... Avant même qu'Elisabeth ne puisse comprendre quoi que ce soit, elle se sentit tomber dans le vide... Ce type venait de la jeter sans scrupule dans les escaliers...

Lorsqu'elle reprit connaissance, elle était dans un hôpital et elle avait mal partout... Elle ne se souvenait de rien... Les médecins lui dirent qu'apparemment, elle avait raté une marche et avait dévalé les escaliers, que c'était son beau-père qui l'avait retrouvé inconsciente et gisant dans une mare de sang, qu'il avait appelé les secours mais qu'il était trop tard...

Trop tard pour quoi !? Avait-elle alors demandé... Et le médecin l'avait regardé d'un air désolé... Et elle comprit... Tout lui revint subitement en mémoire. Elle n'avait pas glissé... Cet homme l'avait poussé du haut des escaliers dans l'unique but de mettre fin à sa grossesse... Et il y était parvenu ! Il avait gagné ! Elisabeth se mit à pleurer... Elle ne savait même pas pourquoi elle pleurait. Parce que son cauchemar avait pris fin !? L'enfant de cette image qu'elle avait eu avec Emily ne serait pas l'enfant de cet homme !?

Tout était fini !

La vie allait enfin reprendre son cours comme s'il ne s'était rien passé. Du moins, c'était ce que pensait Elisabeth. Sa mère n'abordait jamais le sujet de ce qu'il s'était passé depuis qu'elle était rentrée de l'hôpital. C'était vraiment comme s'il ne s'était rien passé. C'était presqu'encore mieux ! Le compagnon de sa mère ne lui avait pas adressé la parole depuis qu'il l'avait poussé des escaliers... Elle ne s'était jamais sentie aussi libre... Mais pourtant, elle n'arrivait pas à faire face. Elle n'arrivait pas à oublier... Ce qu'il s'était passé, ce qu'il avait dit, ce qu'il avait fait... Elisabeth ne le supportait plus... Elle ne supportait plus cette vie...

Le jour de ses dix-huit ans, sa décision était prise... Elle partait. Elle avait préparé un sac de voyage dans lequel elle avait mis le strict nécessaire... Elle ne voulait pas emmener le moindre souvenir. Elle avait laissé une lettre à sa mère avant de partir. Elle ne disait presque rien dedans, parce qu'elle ne voulait pas gâcher sa vie en lui disant la vérité... Elle ne voulait pas être la cause de sa destruction. Mais elle, elle n'y arrivait plus. Elle voulait avoir une vie, un avenir. Et ce n'était pas en restant ici qu'elle y arriverait...

Alors, elle sortit de chez elle sans un regard en arrière. Elle se rendit à la gare de Central et montra dans un train au pif, elle n'avait aucune idée d'où aller et cela n'avait aucune importance. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle ne pouvait pas rester à Central et qu'elle ne pouvait pas retourner à Arnétise. Où elle allait n'avait donc aucune importance.

C'est comme ça qu'elle avait atterri à East City.

C'était plus petit que Central, mais toujours immense contrairement à Arnétise. Pourtant, elle se sentit tout de suite chez elle. C'était une grande ville, mais c'était accueillant, la ville n'était pas un labyrinthe de bâtiments gris, terne et sombre. C'était plus chaleureux, les bâtiments étaient plus espacés, laissant la verdure s'inviter en ville. Oui, East City deviendrait son nouveau chez elle. Maintenant, il fallait juste qu'elle trouve où vivre... Elle était partie sur un coup de tête... Sans le moindre argent en poche, avec aucune expérience... Qu'allait-elle devenir !? Elle n'avait pas réalisé sa naïveté sur le coup... Partir lui avait semblée la meilleure des solutions.

- Coucou ! S'exclama une jeune femme à son attention.

Elisabeth sursauta, intimidée. La jeune femme qui lui faisait face ne semblait pas méchante, au contraire. Mais Elisabeth commençait légèrement à paniquer car elle ne savait pas où elle allait dormir... La journée défilait rapidement et il n'allait pas tarder à faire nuit... Elle n'avait rien avalé de la journée et elle se sentait épuisée. Elle ne savait pas l'allure qu'elle donnait à marcher sans but dans les rues de cette ville avec son sac de voyage au bras.

- N'ai pas peur ! S'empressa d'ajouter la jeune femme avec un sourire bienveillant. Tu sembles totalement perdue, je voulais juste m'assurer que tu allais bien ! Il se fait tard, tu devrais rentrer chez toi !

Rentrer chez elle ? À cette idée, les larmes d'Elisabeth se mirent à couler sans qu'elle ne puisse rien y faire. Elle devait paraître bizarre aux yeux de la femme qui lui faisait face...

- Tu n'as pas d'endroit où aller !? Demanda-t-elle alors.

Elle devait avoir compris son désarroi et se doutait qu'elle ne se baladait pas avec un sac de voyage sans raison.

Elisabeth secoua la tête, ne sachant pas quoi dire. Après tout, c'était vrai non ? Elle n'avait aucun endroit où aller.

- Viens avec moi ! S'exclama-t-elle alors. Ce n'est pas le grand luxe, mais tu seras plus en sécurité que dehors.

Elisabeth n'avait aucune idée de ce que racontait cette fille. Mais bon, que risquait-elle à la suivre !? Elle n'avait aucun endroit où aller... Voulait-elle vraiment passer la nuit dehors, seule ? Cette fille ne semblait pas dangereuse ! Ou alors cachait-elle son jeu ? Au point où elle en était...

- Je m'appelle Sweetie en fait ! Reprit-elle alors qu'elles marchaient dans les rues de la ville, s'enfonçant dans des quartiers qui semblaient plus pauvre que celui qu'elles venaient de quitter. Et toi ?

- Sweetie ? Répéta Elisabeth, en oubliant de donner son nom.

Elle était bien plus intriguée par ce prénom qui ne ressemblait pas du tout à un prénom.

Sweetie se mit à rire.

- Oui, ce n'est pas vraiment mon prénom... S'exclama-t-elle en haussant les épaules. Dans le monde dans lequel je vis, c'est plus simple de vivre sous un pseudo ! Ajouta-t-elle ensuite le plus naturellement possible.

Le monde dans lequel elle vivait !? Elisabeth n'était pas sûre de comprendre. Il y avait plusieurs mondes !? Ou alors était-ce juste une façon de parler ? Que faisait-elle de sa vie ?

- Si tu veux, toi aussi tu peux prendre un pseudo ! Poursuivit-elle en parlant toute seule. C'est le meilleur moyen selon moi pour recommencer sa vie à zéro et j'ai l'impression que c'est ce que tu recherches ! Ajouta-t-elle en fixant Elisabeth du coin de l'œil.

Elle avait tellement raison. Sweetie avait réussi à la cerner en un seul regard.

Ne sachant pas quoi dire elle se contenta donc d'hocher d'un nouveau signe de tête affirmatif.

- Baby Doll ça t'irait bien je trouve ! S'exclama-t-elle songeuse, un sourire innocent sur les lèvres.

- Baby Doll !? Répéta Elisabeth stupéfaite.

Ce surnom la fit frémir... Une poupée... N'est-ce pas ce qu'elle avait été pour cet homme pendant tout ce temps !? Elisabeth avait l'impression que Sweetie la connaissait depuis toujours alors que ça faisait que quelques minutes. C'était tellement étrange.

- Oui, tu me fais penser à une poupée de porcelaine ! Si belle mais si fragile.

Si belle !? C'était la première fois que quelqu'un lui faisait un compliment...

- Baby Doll... J'aime bien... Murmura-t-elle alors.

Après tout, elle avait quitté Central pour se faire une nouvelle vie. Pourquoi ne pas enterrer son passé jusqu'au bout en changeant de prénom par la même occasion !? Enfin, elle ne changerait pas vraiment de prénom, elle resterait Elisabeth. Mais elle n'avait pas envie qu'on l'appelle ainsi. En devenant Baby Doll, elle pourrait repartir de zéro sans avoir de remord sur les décisions qu'elle avait pris. Ce n'est pas comme si elle reniait Emily, puisque celle-ci l'appelait Riza et non pas Elisabeth.

- Va pour Baby Doll dans ce cas ! Se réjouit Sweetie avec un grand sourire. Enchantée de faire ta connaissance ! Enchaîna-t-elle en lui tendant la main.

- Enchantée également ! Lui répondit Elisabeth en serrant sa main en retour. Où m'emmènes-tu ? Osa-t-elle ensuite demander, se sentant soudainement plus à l'aise.

C'était comme si se présentait en tant que Baby Doll, l'avait aidé à se sentir à l'aise avec Sweetie.

- La où je vis, répondit celle-ci en souriant. C'est aussi là où je travaille... C'est un monde très différent de celui que tu connais... Je ne pense pas que ce soit un monde fait pour toi... Mais je ne peux pas te laisser seule dehors pour la nuit... Je ne pense pas que Blondie dira quelque chose, au contraire, elle m'en voudrait si je te laissais seule à tes dépends dans ce monde ostentatoire ! Elle t'aidera sûrement à trouver quelque chose ! Expliqua-t-elle toujours en souriant.

Elisabeth ne comprenait pas grand-chose de ce qu'elle disait, mais elle acquiesça, elle était d'accord sur le fait qu'elle ne serait pas en sécurité seule dans cette ville. Sweetie avait raison, elle serait certainement mieux dans cet endroit que toute seule dehors.

Elles s'arrêtèrent dans une ruelle étroite et Sweetie la fit entrer par une petite porte qui menait dans une petite pièce sombre. Une odeur d'épice sucré régnait autour d'elle. C'était agréable et réconfortant. Tout était en bois et le sol craqua sous ses pas tandis qu'elles avançaient vers une autre porte qui les mena dans un couloir tamisé. Ce couloir était sombre, couleur pourpre du sol au plafond et la lumière tamisée ne faisait que renforcer ce côté assombri. Dans quel genre d'endroit trouvait-on des endroits si peu éclairés ? Elisabeth trouvait cela étrange, mais pourtant, elle ne fit aucune remarque. Après tout, Sweetie ne lui avait-elle pas dit qu'elle vivait dans un monde différent du sien ?

Elles entrèrent dans un bureau sombre mais élégant et Sweetie lui demanda de l'attendre ici, lui disant qu'elle revenait vite, qu'elle allait juste chercher Blondie pour la mettre au courant. Elisabeth acquiesça et resta silencieuse. Elle avait compris que Blondie devait être la gérante de ce lieu et que c'était elle qui prenait les décisions. Elle espérait qu'elle serait aussi accueillante que Sweetie et qu'elle ne lui demandera pas de retourner à l'extérieur.

En l'attendant, elle scruta du regard le bureau dans lequel elle se trouvait, histoire d'en savoir un peu plus sur cet "autre monde", mais elle ne trouva rien de différent. Il ressemblait à un bureau comme un autre. La pièce était sobre... Elisabeth n'avait donc aucune idée de ce que pouvait faire Sweetie et Blondie dans la vie et pourquoi le couloir était aussi peu éclairé. Le silence n'était interrompu que par des bruits lointains. Des bruits étouffés dont Elisabeth ne comprenait pas forcément le sens. Était-ce en rapport avec cet "autre monde" comme le disait Sweetie ? Certainement. Mais la jeune femme n'eut pas le temps de se poser plus de questions car la porte s'ouvrit sur une femme d'une cinquantaine d'années très jolie.

- Et bien ma jolie, s'exclama-t-elle d'une voix douce. Sweetie m'a dit que tu n'avais nulle part où aller ?

Intimidée par cette femme qui avait plus du double de son âge, Elisabeth se recroquevilla et affirma simplement d'un signe de tête ce qu'elle avait effectivement fait comprendre à Sweetie.

- N'aies pas peur ! Renchérit-elle tout de suite avec douceur. Il ne te seras fait aucun mal !

Malgré sa frayeur, Elisabeth sentait au fond d'elle que cette femme était sincère, du coup, elle essaya de se détendre, même si le fait d'ignorer où elle se trouvait exactement était en parti la cause de sa frayeur.

- Où sommes-nous ? Osa-t-elle alors demander alors que Blondie s'asseyait derrière son bureau.

- Dans mon bar à hôtesse, expliqua-t-elle posément. Tu sais ce qu'est un bar à hôtesse ?

Elisabeth hocha la tête négativement. Elle ne connaissait pas grand-chose du monde extérieur. Ses observations s'arrêtaient principalement à Arnétise. Lorsqu'elle vivait à Central, elle n'errait jamais dans les rues, les trouvant trop fade et manquant de nature.

- Et bien, c'est un bar où les hommes viennent pour se changer les idées et les filles qui travaillent ici les y aident.

- Comment ? Ne put s'empêcher de demander Elisabeth.

Sa curiosité prenait le dessus sur sa timidité. Elle avait besoin de mettre des mots sur ses questions et elle savait qu'en demandant des détails à Blondie, elle pourrait peut-être enfin comprendre le monde dans lequel venait de la faire entrer Sweetie.

- Quel âge as-tu ? Demanda soudainement Blondie, au lieu de répondre à la question posée par la blonde.

- Je viens d'avoir dix-huit ans, répondit-elle par automatisme.

- Tu sembles si jeune, on ne le croirait pas, lui fit remarquer Blondie.

Pourtant, dans son regard, Elisabeth était sûre que la révélation de son âge lui avait fait quelque chose. Elle voyait briller une espèce d'étincelle dans son regard. Comme si Elisabeth était précieuse à ses yeux. C'était étrange comme sensation.

- Je ne mens pas ! Se défendit-elle alors.

Personne ne lui avait jamais fait de remarque sur son âge... C'était bien la première fois qu'on insinuait qu'elle puisse mentir.

- Je te crois, c'est juste que tu sembles si innocente pour ton âge... Dit-elle doucement. C'est si rare !

- Innocente ? Répéta Elisabeth sans comprendre. Que voulez-vous dire ? Demanda-t-elle alors, les sourcils légèrement froncés.

Blondie l'observa un instant avec un grand sourire avant de prendre la parole.

- As-tu déjà fréquenté un homme... Intimement ? S'exclama-t-elle alors en prenant soin d'articuler son dernier mot.

Quoi ? Elisabeth se mit à rougir violemment, pourquoi lui posait-elle une question aussi impersonnelle !? Voulait-elle lui faire comprendre que c'est ce que faisait les filles avec les hommes qui fréquentaient ce bar ?

La jeune fille se mordit la lèvre... Que devait-elle dire !? Est-ce que Blondie attendait-elle qu'elle réponde oui ou non ? Et si elle lui demandait des détails !? Elle ne pouvait pas dire que son expérience en la matière s'arrêtait à cet homme que sa mère fréquentait... Pour qui passerait-elle !? N'était-elle pas partie de la maison à cause de ce fait !?

- La façon dont tu rougis porterait à croire que la réponse et non... Pourtant je lis dans tes yeux que oui... Ne te sens pas intimidé ! Je ne suis pas ici pour juger ce que tu as pu faire, ni avec qui, renchérit Blondie après un instant.

Elisabeth se sentit encore plus mal à l'aise. Pourquoi Sweetie, puis Blondie arrivaient-elles à lire aussi facilement en elle alors que pendant tout ce temps sa propre mère n'avait absolument rien vu !? Pourquoi !? Était-ce à cause de la vie qu'elles menaient dans ce bar ? Était-ce parce qu'elles faisaient des choses similaires, à ce qu'elle avait fait, avec des hommes dont elles ne connaissaient rien !? Parce qu'après tout, elle avait couché avec le compagnon de sa mère sans jamais rien ressentir pour lui... C'était certainement ce que faisaient les filles de ce bar non !? Sauf qu'elles le faisaient en connaissance de cause et volontairement... Alors qu'elle, elle l'avait fait dans l'unique but de protéger sa mère de la misère...

- Que fais-tu seule à East City ? Sans toit ni argent !? Poursuivit Blondie dans son interrogation.

- Je...

Elisabeth hésitait... Que pouvait-elle dire !?

- Comme je l'ai dit, je ne suis pas ici pour te juger ! Chaque fille de ce bar à son histoire.

Elisabeth se demanda alors quel genre d'histoire avait vécu Sweetie pour qu'elle se retrouve ici... Et Blondie ? Comment en était-elle venue à gérer ce bar ? Pourquoi avait-elle décidé de le faire !?

- Si tu ne veux pas en parler, je ne te forcerais pas, ajouta Blondie avec un regard entendu.

- J'ai quitté Central parce que je ne supportais plus de vivre sous le même toit que le nouveau compagnon de ma mère... Maintenant que je suis majeure, je n'ai plus rien qui me rattache à elle, alors je suis montée dans un train au hasard et j'ai atterri ici.

Elle ne mentait pas, mais elle ne dévoilait pas non plus la raison de son départ. Les mots restaient bloqués dans sa gorge et puis après tout, Blondie avait dit qu'elle ne la forcerait pas à parler non ? Ce serait tout ce qu'elle dirait. Après tout, désormais elle était Baby Doll, elle venait de tirer un trait sur Elisabeth.

- D'accord ! Du coup, tu n'as nulle part où aller ?

Elisabeth approuva d'un hochement de tête.

- Que dirais-tu de rester ici ? Lui proposa-t-elle alors.

La blonde regarda la femme qui lui faisait face sans comprendre.

- Sweetie m'a dit que ce monde n'était pas fait pour moi... Balbutia-t-elle alors.

- C'est vrai... reprit Blondie. Je ne pense pas te faire entrer dans le même monde qu'elle, mais je pense que je pourrais te trouver une place, ajouta-t-elle avec un petit clin d'œil. Après tout, Sweetie t'a elle-même trouvé un nom de scène et je trouve que Baby Doll te convient parfaitement !

Blondie sourit et Elisabeth se mit à rougir. Elle ne comprenait pas que dès qu'elle l'avait aperçu, Blondie avait compris que BabyDoll ferait fureur ici. Elle était jeune et désirable et les hommes aimaient les jeunes filles. Bien qu'elle sentait qu'elle n'était pas vierge, les clients eux, penseraient qu'elle le serait et cela lui donnerait de la valeur. BabyDoll ne semblait pas être de celle à se donner volontairement, mais pour Blondie, il n'était pas question de la "donner", elle voulait qu'on la "désire". Cela pourrait paraître ignoble de se servir de son corps pour se jouer des hommes et gagner de l'argent, mais BabyDoll n'avait nulle part où aller et si elle voulait rester ici, autant qu'elle aide financièrement à faire tourner la boutique à la hauteur de ses valeurs.

Elisabeth ne le comprit que plus tard et elle ne s'en vexa pas. Elle adorait l'ambiance qui régnait dans le bar. Elle s'était trouvée une nouvelle famille, remplit de sœurs. Elle qui était enfant unique, c'était le paradis pour elle. Elle se rapprocha énormément de Christmas, qu'elle se contentait d'appeler Chris, car elle partageait la même chambre, avait le même âge, et surtout, elles étaient arrivées presqu'en même temps.

Mais surtout, si Elisabeth aimait beaucoup Chris, c'est parce qu'elle avait un frère jumeau qui venait de temps en temps prendre des nouvelles de sa sœur.

Elisabeth n'avait jamais vraiment connu de garçons de son âge depuis Arnétise et les hommes qui venaient dans le bar avaient tous plus du double de son âge... Alors, elle apprécia beaucoup la présence de Rey, surtout qu'il n'était pas déplaisant à regarder physiquement parlant... Il avait un petit côté mystérieux, certes, mais ça lui donnait un charme fou. Toutes les filles du bar le trouvaient "à croquer" et Elisabeth aussi... D'ailleurs, elle savait qu'elle ne laissait pas Reynald indifférent quand elle sentait son regard sur elle. Elle lui plaisait et c'était réciproque. Et il n'y était pas allé par quatre chemins pour le lui faire comprendre.

Lorsqu'il l'embrassa pour la première fois, ce fut magique. Elisabeth n'arriva même pas à décrire ce qu'elle avait ressenti pendant cet échange. Elle n'avait encore jamais rien connu de tel. C'était quelque chose de totalement nouveau, mais c'était bon, tellement bon. Chris tenta bien sûre de la mettre en garde sur son frère mais elle ne la prenait pas au sérieux. Comment Rey pourrait-il être mauvais pour elle quand il lui faisait autant de bien ? Quand il lui faisait ressentir des choses qu'elle n'avait encore jamais ressenti !?

Quand elle embrassait Rey, elle avait envie qu'il aille plus loin ! Elle avait envie qu'il lui fasse les mêmes choses que le compagnon de sa mère lui faisait et qui jusqu'à présent l'avait tellement dégoutté. Ce qui l'horrifiait autrefois, lui faisait envie aujourd'hui. Elle aimait passer du temps avec lui et qu'il l'aide à se découvrir. La première fois qu'ils firent l'amour ensemble, elle se sentit renaître. Elle n'aurait jamais cru un jour aimer ça quand elle avait détesté ça pendant de nombreux mois... Parce que le compagnon de sa mère lui forçait à se plier à sa volonté alors qu'elle n'en avait pas envie.

Avec Rey, tout était différent. Elle en était tombée amoureuse, et faire l'amour avec lui était divin et exquis. Dans ses bras, elle se sentait belle et désirable. Dans ses bras elle se sentait puissante quand il lui murmurait dans le creux de l'oreille qu'il voulait qu'ils s'en aillent tous les deux loin d'East City pour faire leur vie ensemble alors qu'ils étaient nus, enlacés l'un contre l'autre sous les draps qui avaient été les seuls témoins de leur désir charnel.

Quand il disait cela, elle s'imaginait l'avenir avec lui et elle pensait à Emily et à leur dernière après-midi ensemble au bord du lac. Elle repensait à ce qu'elle avait dit : "Mon fils sera le portrait craché de son père ! Mais il aura mes yeux ! Il sera très beau et très fort ! Il sera un homme respecté et connu dans tout le pays". Quand elle repensait à cela et qu'elle regardait Rey, elle savait que c'était avec lui que son vœu d'adolescente de douze ans se réaliserait. Elle ne savait pas expliquer pourquoi. Elle n'avait qu'à le regarder pour avoir la réponse.

Et sa réponse se confirma beaucoup plus vite que prévu... Au début, elle avait pensé qu'avec Rey, ils partiraient loin, se marieraient et enfin, auraient des enfants... Mais quelques semaines plus tard, une révélation vint chambouler tous ses plans d'avenir... Elle était enceinte... Elle le savait... Elle reconnaissait les symptômes pour les avoir vécus autrefois... Pourtant, cette nouvelle ne la paniqua pas ! Pourquoi le serait-elle ? Elle aimait Rey et elle était persuadée qu'il l'aimait en retour ! Sinon pourquoi voudrait-il partir avec elle ?

- Rey, je suis enceinte ! S'exclama-t-elle alors avec un sourire rayonnant.

Mais son sourire s'évanouit aussi vite quand elle aperçut le regard froid et indifférent de Rey en retour à son annonce. Elle s'était attendue à ce qu'il ressente la même joie qu'elle, du coup, elle ne comprenait pas.

- Et !? Rétorqua-t-il d'un regard dédaigneux. Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse !? Tu veux que je te félicite ? Ajouta-t-il en ricanant.

Elisabeth sentit les larmes lui monter aux yeux. Pourquoi se montrait-il si grossier et froid alors qu'il avait toujours été si doux et attentionné avec elle ? Pourquoi ?

- Je... Je ne comprends pas... Bredouilla-t-elle alors. Je... Je pensais que tu serais heureux pour... Nous !?

- Heureux pour nous !? Beugla-t-il alors en écarquillant les yeux. Tu étais d'accord pour qu'on se tire de ce trou paumé ensemble ! On devait retrouver notre liberté ! Et v'là que tu nous ponds un mioche de nulle part !

- Un mioche de nulle part ? S'étrangla-t-elle. Ce bébé est le tien !

Comment pouvait-il parler aussi mal de cet enfant qu'ils avaient conçus dans l'amour !? Elisabeth se sentait si dévastée... Pourquoi cette conversation tournait-elle autant au vinaigre ? Elle ne comprenait plus rien.

- Le mien !? S'exclama Rey avec sarcasme. Comment en être sûr avec le nombre d'hommes qui défilent à tes bras !?

Pardon !? Mais pour qui la prenait-il tout à coup !? Comment osait-il dire cela !? Elle lui avait pourtant dit qu'il était le seul ! Comment pouvait-il dire de tels abominations !?

- Je... Je ne couche pas avec les clients ! Se sentit-elle obligée de se justifier devant cette injustice. Je t'ai dit que tu étais le seul.

- Mais bien sûr ! Renchérit-il avec ce rire sarcastique qui ne le quittait plus. Je sais très bien que tu disais ça juste pour me flatter et je t'ai laissé croire que je te croyais.

Cette remarque de Rey blessa Elisabeth. Pendant tout ce temps, il ne l'avait jamais cru !? Mais comment ne pouvait-il pas voir dans son regard à quel point il avait faux !? À quel point elle l'aimait et à quel point les mots qu'il venait d'avoir la blessaient ?

- J'ai toujours été sincère avec toi ! Sanglota-t-elle alors, ne pouvant plus retenir ses larmes plus longtemps.

- Non ! Tu couchais juste avec moi parce que je suis beaucoup plus plaisant que les vieux que tu te tapes ! Et je te laisse faire parce que tu es loin d'être désagréable !

Waouh... Était-il sérieux !? Était-ce ainsi qu'il la voyait depuis le début alors qu'elle l'aimait plus que tout !? Comment avait-elle pu être aussi stupide ? Elle s'était tellement fourvoyée... Rey ne valait pas mieux que le compagnon de sa mère...

- Je pensais que tu m'aimais ! Pleurnicha-t-elle.

Elle était devenue pitoyable... Malgré toutes les paroles blessantes, elle continuait à s'accrocher à cet espoir qu'elle se trompait, que Rey allait lui dire qu'il se moquait d'elle et qu'il était plus qu'heureux de l'arrivée prochaine de cet enfant dans leur vie.

Elle voyait ce bébé comme un nouveau départ dans leur vie.

- Riza... Je ne suis pas fait pour aimer !

Riza... Pourquoi lui avait-elle confié ce surnom ? Emily était la seule à l'appeler comme ça... Quand elle avait cru que Rey était le bon... Qu'il était l'homme de sa vie... Qu'il serait le père de cet enfant dont elle avait imaginé les traits avec Emily des années auparavant... Elle lui avait donc confié l'existence de ce surnom et il avait commencé à la surnommer ainsi... Renforçant cette idée dans son esprit que c'était lui et pas un autre...

- Ne m'appelle pas comme ça ! Jamais ! Tu entends ! Hurla-t-elle de rage entre ses larmes.

Non, elle ne pouvait plus le laisser souiller ce surnom... Il ne méritait pas ce privilège !

Ce dernier se contenta d'hausser les épaules avant de tourner les talons et de partir, tout simplement... La laissant seule avec ses larmes... C'était Chris qui l'avait retrouvée dans cet état... Du coup, elle avait craqué et elle lui avait tout dis. Elle voyait bien dans le regard de Chris qu'elle l'avait déçu... Mais pouvait-elle le lui reprocher !? Ne l'avait-elle pas mise en garde !? C'était elle qui avait décidé de ne pas l'écouter !

Elle ne savait plus quoi faire... Elle ne revit plus jamais Rey et Elisabeth était persuadée que Chris y était pour quelque chose. Elle ne voulait pas abandonner cet enfant... Elle savait au fond d'elle que le destin de son bébé serait lié à celui de l'enfant d'Emily. C'était comme ça, ça ne s'expliquait pas ! Mais c'était si difficile... Comment ferait-elle pour élever cet enfant s'il était le portrait craché de son père !? Elle ne voulait pas le mépriser par rengaine pour Rey... Elle ne pouvait pas faire subir à cet enfant les vengeances qu'elle voulait faire subir à Rey...

C'était dur... Si dur... Elle se sentait de plus en plus faible chaque jours qui passaient. Chaque jours son ventre gonflait un peu plus... Elle finit même par sentir son bébé bouger. Elle l'aimait déjà temps ! Elle ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'il deviendrait... Mais dans le futur de son enfant, elle ne s'y voyait pas... C'était comme si elle savait qu'elle ne survivrait pas...

- Tu prendras soin de mon bébé ? Murmura-t-elle un soir à Chris, alors qu'elle était de plus en plus faible et que son amie ne quittait plus son chevet.

Chris acquiesça mais n'ajouta rien... C'était comme si elle savait elle aussi mais qu'elle ne voulait pas y croire. Elle ne cessait de lui dire de s'accrocher, pour elle, pour ce bébé, mais Elisabeth n'y arrivait pas. Elle n'avait pas la force. Son seul regret était qu'elle ne reverrait pas Emily... Elle aurait tellement voulu savoir ce qu'elle deviendrait... Elle devait être encore si jeune et si innocente. Du moins, elle l'espérait. Elle ne voulait pas qu'Emily ait une vie similaire à la sienne. Elle voulait qu'elle soit heureuse, qu'elle aime et qu'on l'aime en retour. C'était tout ce qu'elle souhaitait pour son amie.

- Qui est Emily ? Demanda alors Chris.

Elisabeth ne s'était même pas rendue compte qu'elle avait murmuré le prénom de son amie d'enfance. Que devait-elle dire à Chris !? Personne ne connaissait son histoire et elle avait l'impression qu'elle partirait avec ce secret... Mais elle ne voulait pas ! Elle voulait transmettre un héritage à son bébé ! Elle voulait qu'il sache d'où il vient ! Qu'il connaisse son passé ! Et la seule personne à qui elle pouvait confier son secret d'ici là, c'était à Chris. Alors elle lui raconta tout. Absolument tout ! Plus elle parlait et plus elle se sentait légère. Se confier sur ses péchés lui permettrait sans doute d'avoir droit au repos éternel. Ça faisait tellement de bien de ne plus garder cela pour elle. Et Chris fut parfaite. Elle ne la jugea pas. Jamais ! Elle lui promit même d'essayer de retrouver Emily et de faire en sorte que son vœu se réalise, qu'elle ait une vie heureuse et quel ferait tout pour que son enfant rencontre celui de son amie.

- Si c'est un garçon, j'aimerais qu'il s'appelle Roy, lui confia-t-elle un jour, alors qu'elle était alitée, en fin de grossesse et de plus en plus faible. C'est un si beau prénom... Digne d'un petit roi. Avec un prénom pareil, je sais qu'il accomplira de grandes choses.

Et elle le pensait vraiment. Elle savait au fond de son cœur que cet enfant serait aussi beau que Reynald, mais qu'il en serait tout son opposé... Roy Mustang... Son petit garçon.

- C'est très joli en effet, lui sourit Chris en retour. Et si c'est une fille ?

Une fille !? Elisabeth n'y avait pas vraiment pensé... Elle restait persuadée que ce bébé serait un garçon. Elle le sentait. Ça devait l'être. Ça ne pouvait pas en être autrement.

Mais au cas où ?

- Regina... C'est un prénom royal tu sais. Si c'est une fille, je veux qu'elle aussi puisse accomplir de grand-chose et qu'elle réussit là où j'ai échoué.

Oui, si jamais elle s'était fourvoyée, elle voulait que sa fille devienne quelqu'un de fort et d'indépendant. Elle voulait qu'elle devienne à l'image de ce qu'Emily avait décrit pour sa fille. Elle ne voudrait pas que sa fille vive une vie similaire à la sienne.

L'accouchement arriva à grand pas... Elisabeth le sentit... Elle sentit que la naissance de son fils serait celui de sa disparition. Ce jour-là d'automne, il faisait si beau. Elle hurlait de douleur et elle entendait qu'on lui disait de pousser. Elle ne comprenait rien de ce qui se passait autour d'elle, tout ce qu'elle voyait, c'était qu'à travers la fenêtre, elle pouvait voir le soleil haut dans le ciel. Il brillait de mille feux sur les arbres dont les feuilles étaient toutes rousses, jaunes et rouges. Elisabeth avait l'impression d'avoir un tourbillon de flamme sous les yeux et dans ce tourbillon, elle y voyait l'image d'un homme beau, grand, aux cheveux noirs de jais et aux yeux bleus. Elle voyait l'image de son fils, entouré de flamme, protégé par celles-ci. Et elle savait, elle savait que son fils vivrait et qu'il accomplirait tout ce qu'elle avait espéré pour lui. Parce que c'était son fils et que le feu sera là pour l'aider, elle ne savait pas comment, tout ce qu'elle savait, c'était qu'il en serait ainsi.

- Roy... Murmura-t-elle lorsqu'elle entendit au loin pleurer un bébé.

C'était son bébé, son fils, il était enfin là, en vie. Son devoir à elle était terminé, mais le sien ne faisait que commencé. Bonne chance Roy Mustang.

To be continued...