Une fic plus longue et plus fouillée que Sympathy, from the Devil qui était une sorte "d'entraînement", mais comme celle-ci, La Madone d'Arkham se rapproche des jeux Arkham, se passant avant Arkham Asylum, avec plusieurs inspirations du comics Arkham Asylum de Grant Morrison et Dave McKean.

Il y a un rating M pour quelques contenus assez sensibles, mais j'écris toujours pour des publics avertis. Surtout dans cet univers.

En vous souhaitant une bonne lecture~


Chapitre 1 – De grands moyens impliquent de grandes responsabilités

"He's crazy!"

Modern Times (1936), Charlie Chaplin


« Dès que je vois la maison, je crie que le crime a existé. »

Sublime, forcément sublime Christine V., Marguerite Duras (1985)


« Je perçois à présent les vertus de la folie, car ce pays ne connaît plus ni lois, ni limites. J'ai pitié des pauvres ombres prisonnières de la normalité. »

Arkham Asylum – Grant Morrison & Dave McKean


Barbara venait de s'asseoir sur le rebord du toit de l'église.

Elle était en avance. Un fil orangé soulignait encore la silhouette de l'horizon, brûlant la dernière heure du jour. Dans les immeubles, les fenêtres s'allumaient une à une, au rythme lent et réfléchi des routines de fin de journée. Celles des gothamites les plus honnêtes en tout cas, car les autres se fondraient dans la nuit dès minuit.

Gotham allait connaître sa toute première nuit sans Batman depuis plusieurs années, mais elle serait sans danger : Batgirl et Robin allaient se partager des secteurs de la ville, patrouillant comme leur mentor leur avait appris. Et puis, Nightwing était joignable, motivé à venir en renfort depuis Blüdhaven.

L'église où était assise Batgirl avait été un choix précis : Black Mask y menait encore des opérations liées au trafic de drogue malgré la destruction du laboratoire clandestin dans la nef, et la maison sacrée restait un point où ses hommes de main vendaient des échantillons régulièrement.

Les coupables revenaient toujours sur les lieux de leurs crimes. Le tout était de se montrer patient.

Batgirl pianotait sur son téléphone, demandant des nouvelles de son collègue. Robin, de son côté, se dirigeait vers un entrepôt qui devait être le lieu de rendez-vous du Pingouin qui avait promis des armes à Double Face.

« C'est encore calme ici. »

« Sois prudente. Les dealers sont plus violents que les trafiquants d'armes. »

« Tu t'improvises en chevalier rouge ? Ils ne me font pas peur. »

« J'ai l'air de penser que tu as peur ? ;) »

Elle souffla un rire par le nez. Un autre message s'afficha :

« Ce sont eux qui devraient avoir peur. »

Elle ne riait plus, mais sentait un réconfort fleurir dans son ventre.

Batgirl espérait vraiment que la nuit serait calme — un espoir qui n'était pas vain, car après tout, les criminels n'étaient pas encore au courant de l'absence du chevalier noir —, mais elle l'espérait non pas par couardise, mais pour pouvoir proposer à Tim un café aux aurores.

S'ils n'étaient pas blessés ou trop épuisés, ils pourraient s'installer à une terrasse en gardant leur masque, seulement éclairés par les lampadaires. Là, ils discuteraient de leurs aventures, assez doucement pour ne pas réveiller la rue qui dormirait encore. Ils verraient le jour se lever, reflété dans leur tasse…

Ses rêveries se brisèrent à cause d'un bruit que Barbara reconnut sans peine : la batmobile passa en trombe, brûlant le bitume sous ses roues massives. Le moteur faisait trembler les bâtiments qui craignaient les assauts de ce tank funèbre, mais la batmobile ne pourchassait cette fois aucun ennemi : elle fonçait vers l'asile d'Arkham, ignorant le reste.

Dans moins d'une heure, Batman y serait pour une durée indéterminée, à la demande de son pire ennemi.

En voyant le véhicule disparaître, Barbara sentit sa vigueur s'évanouir à mesure que le sang quittait son visage. Elle fut soudain terrifiée.

Le mois dernier, le Joker s'était échappé de l'hôpital-prison pour refaire surface, deux semaines plus tard, à la parade du 4 juillet — qui avait été maintenue malgré le danger représenté par le criminel en fuite.

Les gothamites avaient été effrayés de découvrir le Joker, en costume de l'Oncle Sam, surgir sur un des balcons au pied de la Wonder Tower. De son perchoir, sous le ciel lourd d'orages, il avait jeté un jet d'acide sur le char qui passait à ce moment-là, brûlant des danseurs et des danseuses, des drapeaux américains, des guirlandes en papier… Et pour pousser la frayeur à son paroxysme, il avait dégainé deux revolvers et avait tiré au hasard dans la foule en riant, criant « God bless America ! »

Ce chaos avait été interrompu par Batman, qui apparaissait pourtant rarement en pleine journée. Sa silhouette s'était dressée derrière le clown et le coup de poing asséné au sommet de la nuque avait été si violent que le Joker avait été projeté vers la rambarde, au bord de l'évanouissement.

Son chapeau haut-de-forme était tombé sur les dalles noircies et son corps s'était effondré dans les bras du chevalier noir. Le Joker avait vu des taches grises, celles du ciel, et noires, celles de Batman, se confondre.

D'après les médecins, c'était la dernière chose qu'il avait vu.

Depuis, le redoutable Prince du crime était devenu aveugle.

En réalité, peu de personnes avaient été surprises par cette nouvelle : les combats entre le Joker et Batman avaient toujours été particulièrement violents, et, en sachant que le chevalier noir laissait souvent les criminels dans un état critique, ce genre de handicap devait arriver tôt ou tard.

Privé de sa vue, le clown avait été ramené à l'asile d'Arkham après avoir été examiné durant deux jours à l'Eliot Memorial.

Là-bas, le Joker avait formulé une demande qui ressemblait davantage à une lubie : il réclamait la venue, et même la protection du Chevalier noir, car dans un hôpital où plus de la moitié des patients étaient de dangereux criminels, Joker pouvait devenir une cible vulnérable. Surtout quand certains détenus pouvaient avoir des comptes à régler avec lui…

Vicieux et intelligent, le Joker avait avancé comme dernier argument que, si Batman ne répondait pas à sa requête, il porterait plainte contre lui et la police de Gotham.

Ainsi, il ne laissait plus aucun choix à son ennemi.

Et Barbara, tout comme Tim, redoutait de ce qui pourrait se passer dans cet hôpital.


Il était triste de penser que Batman ne connaissait pas si bien l'asile d'Arkham.

Bien sûr, il connaissait ce claquement que produisait ce portail quand il se refermait, ces allées sinueuses et la splendeur austère du bâtiment qui composaient toujours le même accueil. Que ce soit pour renvoyer Joker, Poison Ivy, le Chapelier fou, Double Face ou encore l'Épouvantail dans sa cellule, c'était toujours la même chose. Mais au-delà de cette façade, Batman ignorait tout de ce domaine, de son quotidien et de celui des criminels renvoyés ici.

Ce soir, c'était la première fois qu'il venait seul.

La batmobile se gara, véhicule incongru entre les voitures du personnel soignant, et elle se soumit à son tour au silence. Combien de temps resterait-elle garée ici ? Allait-elle devenir une épave sous les feuilles qui tomberaient en automne ?

La silhouette de Batman glissa sur le chemin de terre délimité par les plaques de pierres enfoncées ; leur inégalité rendait la marche laborieuse et l'humidité de l'orage, qui avait cessé seulement depuis le matin-même, rendait le terrain boueux.

L'eau autour de l'île semblait encore torturée par la pluie et elle exprimait sa souffrance par des vagues sombres, opaques. Rien ne semblait vivre au fond de cette mer. Quiconque s'y jetterait y perdrait la vie instantanément.

Les portes du bâtiment d'accueil étaient modernes par rapport au reste de l'asile, ressemblant à une mauvaise dentition dans une mâchoire trop vieille. Ancien et nouveau s'affrontaient, faisant perdre les repères temporels, et leur combat se poursuivait à l'intérieur : le linoleum fatigué supportait le poids d'un plafond haut, puissant de ses nombreuses décennies. Les ampoules vives, enchâssées dans des lampions désuets, brûlaient le verre d'une époque oubliée, perçant le corps transparent.

L'unique détail qui ne changeait pas, c'était cette odeur d'hôpital. Les médicaments étaient les mêmes depuis des lustres, ce qui n'était pas rassurant…

« Nous vous attentions, monsieur Batman. »

Une infirmière, large d'épaules et à la carrure imposante, se présenta. Ses chevilles gonflées prouvaient l'attente d'une vie entière. Sa poitrine développée était difficilement contenue dans son uniforme ; cette générosité aurait pu évoquer une image maternelle, mais elle travaillait à Arkham, un terrain hostile et sans tendresse, qui exigeait une rigueur solide.

Son nom, épinglé sur sa poitrine, suffoquait ces lettres gravées : Rachel Mildred.

Ses cheveux étaient aussi rigides que ce nom, paralysés par des épingles d'acier sous sa coiffe d'infirmière.

Si elle n'était pas jeune, elle n'était pas âgée non plus et les rides qui marquaient son visage étaient assurément prématurées. Il y avait aussi ces manières, ce salut guindé et cette marque de respect étrange — monsieur Batman…

Tout appartenait au siècle précédent alors qu'elle se tenait là, réelle.

« Où est-il ?

— Dans une cellule que nous avons aménagée pour vous deux. »

L'infirmière Rachel lui expliqua que c'était une toute nouvelle pièce, située dans le manoir, le même bâtiment où se trouvait le bureau de Quincy Sharp. La cellule était divisée au centre par des barreaux avec un accès qui ne pouvait s'ouvrir que d'un seul côté, faisant communiquer les deux parties. Un rideau se trouvait du côté « chambre ».

« Pour conserver votre identité si le Joker venait à retrouver la vue. » Assura l'infirmière Rachel.

Protéger l'identité de Batman était un vrai pari, plus que de maintenir le Joker calme — sa cécité aiderait, mais les équipes avaient appris à se méfier du clown plein de ressources.

La clé serait en possession du chevalier noir et l'unique copie serait cachée dans le bureau du directeur.

Le lit qu'occuperait Batman serait normal ; celui du Joker serait muni de sangles, comme pour celui dans sa cellule initiale. La fenêtre et la porte d'accès seraient uniquement du côté du chevalier. Le Joker aurait le même quotidien que d'habitude, respectant le planning décidé par les équipes soignantes, mais Batman aurait accès à une salle de bain privée, mangerait dans une des salles de repos des infirmiers, et serait libre de ses mouvements. Il repartirait dès qu'il le voudrait.

« Avez-vous pris des affaires ?

— Le strict nécessaire, tout est encore dans la batmobile.

— Nous vous laisserons les récupérer. » La batmobile était plus redoutée qu'un tank, seul son propriétaire pouvait s'en approcher. « Nous respecterons votre secret et votre liberté, toutefois, vous êtes ici pour assumer vos actes.

— C'est ce que Joker vous a donné comme raison ?

— C'est ce que je pense. » Répondit l'infirmière, sans donner plus de précisions.


Dans le cimetière, les statues d'ange s'embourbaient dans les ronces, dans ces étreintes d'épines qui les rapprochaient de la terre, qui les rapprochaient des morts. Un jour viendrait où les visages de pierre sentiraient les griffes et la morsure des orties. Un jour viendrait où ces statues dignes seraient piégées entre les racines, démembrées mais enfin réunies avec les squelettes qu'elles gardaient.

Car tout s'use à Gotham et tout finit par sombrer.

C'était ce que Joker avait tenté de montrer à Batman depuis des années, mais ce dingue — qui il soit sous son masque — ne l'avait jamais cru. Comment lui montrer sans voir, à présent ?

Du bout des doigts, Joker toucha les roues du fauteuil roulant : elles étaient couvertes d'une couche de terre encore humide. Il avait entendu la pluie qui avait battu la ville depuis le 4 juillet, accompagnant le début de sa convalescence.

Toutefois, cette convalescence aurait-elle une fin ? Les docteurs avaient bon espoir, et pourtant…

La chaise se mit à remuer : l'infirmier conduisit le Joker hors du cimetière.

« Ton garde du corps est arrivé, Joker. »

Le patient ne lui répondit que par un rire enjoué.

Après la boue, le fauteuil passa sur des graviers qui s'entrechoquaient comme des dents. Cette nuit, l'asile était plutôt calme : deux ou trois cris avaient bien retenti depuis le bâtiment principal et les patients qui prenaient l'air, sous une surveillance appuyée, babillaient des délires incompréhensibles, mais après le passage de l'orage, l'hôpital entier glissait dans le repos.


En traversant le jardin, Batman avait attiré des regards, mais il n'avait pas encore rencontré les internés les plus célèbres d'Arkham.

Une femme d'une quarantaine d'années les avait suivis, lui et l'infirmière Rachel, mais cette dernière avait renvoyé la patiente :

« Kim, retournez vous asseoir sur votre banc. Si vous voulez finir votre promenade, on vous ramène dans votre cellule. » Un avertissement efficace qui avait fait déguerpir Kim. « Méfiez-vous d'elle.

— De qui ne dois-je pas me méfier ? » Demanda Batman, à peine cynique, mais l'infirmière ne lui répondit pas.

Au bout de l'allée, une statue immense de Quincy Sharp perçait le centre d'une sorte de place de village : des bancs et des fleurs essayaient d'égayer ce bout de jardin, mais les odeurs d'humidité brisaient le charme.

Batman se figea lorsqu'il aperçut qu'un infirmier roux, d'une stature imposante, avançait dans leur direction, poussant un fauteuil roulant où son ennemi — sa victime — était installé. Joker était aveugle et il pouvait encore utiliser ses jambes, mais la raison du fauteuil était qu'avec un casier judiciaire comme le sien, il n'avait aucun droit de liberté de mouvement à l'extérieur des bâtiments. Il était d'ailleurs attaché au fauteuil, des sangles lui enserrant les épaules, les cuisses et les chevilles.

Ses poignets étaient également maintenus avec fermeté aux accoudoirs, mais il essaya quand même de lever une de ses mains décharnées :

« Batou ? C'est toi ? Viens donc me serrer la main, que je sois sûr qu'on essaie pas de me jouer un tour. »

Le justicier n'esquissa pas le moindre mouvement.

L'infirmière Rachel s'avança :

« Tenez-vous tranquille, Joker.

— Oooh, l'infirmière Rachel est là aussi ! Ou bien tu es toute seule en fait ? Je connais tes tours de manipulatrice, petite coquine ! »

Ses paupières étaient closes, cachant ses iris fous, mais sa bouche s'élargit pour pousser un rire immense et agressif. Ses lèvres étaient rouges — souvenir du baiser de l'acide, du moins, c'était ce que Joker prétendait — mais il n'y avait aucune couche de rouge à lèvres pour accentuer la marque.

L'infirmier qui avait poussé la chaise en profita pour saluer le Chevalier noir :

« Un plaisir de vous voir, Batman, je suis l'infirmier Murphy Wilson, si vous avez besoin d'aide avec celui-là, » une de ses épaisses mains désigna son patient, « ou avec un autre, je serai toujours disponible.

— Alors Murphy ? On s'y met aussi ? Vous êtes mauvais acteurs, tous autant que vous êtes ! Tant que Batou ne m'aura pas serré la main, je ne croirai personne. »

Luttant contre l'animosité, Batman se pencha et toucha la main du Joker. Cette couleur livide cherchait à transformer la chair en os, mais la peau était bien présente, rafraîchie par la brise de la nuit.

Le Joker ouvrit alors ses yeux en grand : ses pupilles trop sombres étaient immobiles, encerclés de vert, ce vert impossible à l'état naturel. Pendant un instant, Batman fut certain qu'un message — moqueur — passa dans ce regard, mais le Joker regardait le néant, fixant un seul et même point.

« Hé hé, c'est peut-être bien toi, Batou… Je ne peux pas te voir, mais je pense reconnaître ce gantelet. Et bien ? Tu n'as jamais été aussi timide ! Allez, casse-moi le poignet que je sois sûr que c'est bien toi. Allez ! Tu m'as rendu aveugle, Batou, je ne suis plus à ça près.

— Silence, Joker. »

Il éclata de rire à nouveau. S'il avait pu, il aurait applaudi.


L'asile suivait un planning précis, obéissant à un engrenage d'organisation pour maîtriser le nombre de patients. Par conséquent, les portes du centre médical restaient ouvertes à partir de 20 heures jusqu'à 22 heures, laissant les patients entrer et sortir. Les plus nerveux étaient enchaînés, surveillés par au moins deux gardes.

Un homme d'une trentaine d'années, portant le costume orange de l'asile, sortait du bâtiment au moment où l'infirmier Murphy, poussant toujours la chaise du Joker, essayait d'entrer, mais en apercevant Batman, le patient se mit à pousser des cris de joie, bloquant l'accès : il venait de sortir de sa poche un rat mort pour le faire tourner au-dessus de sa tête.

« Tient, j'entends Dimitri ! » S'esclaffa le Joker, alors que Batman reculait, surpris par la réaction du patient.

L'infirmière Rachel se plaça devant l'homme qui secouait toujours le rat.

« Dimitri. Nous avons déjà parlé de vos méthodes pour gérer vos émotions. » La voix était si dure que le bras qui tenait la carcasse retomba lourdement et, durant un instant, Batman crut que le petit corps gris allait se détacher de la queue. « Lâchez ce rat, Dimitri. Vous savez ce qui pourrait arriver si vous ne le lâchez pas. »

Murphy Wilson se pencha vers Batman pour murmurer :

« Dimitri vous adore et il est en fait très content de vous voir.

— Je ne l'aurais jamais deviné.

— Vous savez quoi ? » Coupa Joker, reportant l'attention sur lui. « Il n'y a que la joie de Dimitri qui semble authentique et si vous l'aviez ramené quand Batou s'est pointé, je vous aurais cru sur parole ! Mais quand j'y réfléchis, n'importe quel autre patient aurait fait l'affaire… Croc, par exemple ? »

Son ricanement ne présageait rien de bon, mais Batman avait déjà songé à l'animosité que sa présence allait provoquer, surtout que Dimitri était certainement un des rares patients à aimer Batman.

Dans le couloir longiligne qui menait au bureau où étaient distribués les médicaments du soir, une vingtaine de patients attendait. Une file qui leur enseignait patience et sociabilité avec plus ou moins de succès.

Quand l'ombre de la chauve-souris humaine fut projetée sur le linoleum, cette harmonie durement préservée vola en éclats ; une patiente blonde se retourna brusquement en hurlant :

« C'est toi ! Ordure ! »

Batman ne reconnut Harley Quinn qu'à sa voix : sans son maquillage, son visage n'était plus sous l'influence des pantins d'Arlequin ; il redevenait humain et fatigué. Des cernes faisaient ressortir le bleu de ses yeux. La combinaison orange l'enveloppait pour cacher ses formes et dissimuler les tatouages qui proclamaient son amour — sa dévotion — pour l'homme de sa vie.

Sans son attirail de latex rouge et sa batte de baseball, cette terreur de Gotham n'était qu'Harleen Quinzel, jeune femme érodée par un amour malade.

« C'est d'ta faute si monsieur J est aveugle ! » Malgré ses chaînes à ses poignets et à ses chevilles, elle essaya de quitter la file pour se ruer sur Batman. L'infirmier qui la surveillait la maintint à temps, essayant de la faire reculer. « J'vais t'arracher les yeux, t'entends ?! J'vais te les arracher cette nuit et j'les donnerai à monsieur J !

— Harley ! » Se plaignit Joker, sa grimace hésitant entre le sourire et la moue. « Chaque chose en son temps, trouve déjà un médecin pour la greffe. Et un autre cobaye aussi, je ne veux pas avoir les yeux bleus. »

L'infirmière Rachel ordonna à celui qui tenait toujours la furie de l'éloigner.

« Vous lui ferez prendre ses médicaments dans sa cellule. »

Avant même qu'elle ne termine sa phrase, un grognement retentit depuis l'entrée du couloir : Waylon Jones, tordu dans son enveloppe d'écailles, souffrant dans un espace si restreint, montrait ses dents en pointes.

Il se mit à renifler, palpitant de colère.

« Je ne veux pas de cachets. Je préfère croquer un bout de la chauve-souris. Ça, ça me calmera.

— Il ne manquait plus que Croc ! » S'esclaffa Joker, jubilant à en faire trembler la chaise roulante. « Croc, mon lapin, approche donc ! Regarde s'il n'a pas une petite écaille coincée dans ses gantelets depuis votre dernier combat qui remonte à… à trois jours ! »

Waylon Jones avait effectivement été ramené à Arkham trois jours auparavant, après une nouvelle confrontation avec ce chiroptère d'acier noir.

Killer Croc souffla par le nez, puis il inhala l'air en gonflant son torse envasé. Il était un prédateur se préparant à plonger.

« Qu'est-ce que vous attendez ?! » Cria l'infirmière Rachel aux deux gardes qui tenaient pourtant la commande pour envoyer des décharges électriques au patient monstrueux. Ils la fixèrent dans un sursaut et réagirent à temps : Killer Croc avait avancé de deux pas vers sa proie, griffes tendues vers l'ombre qui le hantait depuis trop longtemps quand le collier autour de son cou épais se mit à crépiter. La masse verte se paralysa et se recroquevilla sur ses genoux. Le cri que Croc poussa, plus par colère que par douleur, fit trembler les carreaux de carrelage comme des dents, figeant le sang des patients aux alentours.

« Infirmier Murphy, amenez Joker immédiatement au bureau, donnez-lui ses médicaments et emmenez-le dans sa nouvelle cellule. » Dit l'infirmière Rachel, toujours campée sur ses jambes épaisses, maîtresse de la situation. Hors de question de perdre la face devant les criminels les plus dangereux de la ville, peut-être même du pays. « Quant à vous, Joker, votre tentative de semer la zizanie sera notée dans votre dossier.

— Oh, il reste donc de la place ? Je vais devoir me surpasser ! »

L'infirmière ne releva pas et préféra avancer vers les gardes qui accompagnaient Waylon Jones. Même ordre : que le patient soit ramené à sa cellule et qu'il prenne son traitement là-bas. Même avertissement : leur temps de réaction — inadmissible — ne serait pas oublié.

« Viens, Batou, viens voir le traitement inutile que Sharpie me fait avaler. Tu me connais si bien, tu me diras si tu remarques un changement. »

C'était peut-être la meilleure blague que Batman avait entendue du Joker. Il demanda alors doucement à l'infirmier Murphy :

« Quel traitement prend-il ?

— Ce n'est pas vraiment un traitement, » reconnut l'infirmier avec une grimace, « il a été plongé dans une cuve d'acide et aucun neurologue n'a réussi à trouver de traitement adapté pour le moment.

— Je pensais qu'il avait inventé cet épisode ?

— On ignore les circonstances de son plongeon, mais le Joker n'a jamais menti sur ce point : tous les examens médicaux montrent des dérèglements chimiques sévères, ce qui rend tout traitement neurologique… comment dire ? Impossible. Il faudrait des années d'études pour son cas. Mais nous lui donnons des somnifères les soirs où il est agité. Il nous a fallu du temps pour trouver la bonne dose. »

Il était évident que si le somnifère n'était pas donné au Joker, il tiendrait l'asile entier réveillé cette nuit.

« Et puis, comme ça, nous sommes sûrs qu'il vous laissera dormir, Batman.

— Ne me reproche pas mon enthousiasme, Murphy ! Je dors dans la même cellule qu'un homme, ce soir. Je suis aussi intimidé qu'une pucelle. Regarde-le. Je suis sûr qu'il porte encore son slip par-dessus son armure.

— Ignorez-le. » Conseilla l'infirmier au justicier qui répliqua simplement :

« J'ai l'habitude. »


Le manoir était un morceau du dix-neuvième siècle solidement implanté sur cette île oubliée. À l'intérieur, les murs de pierres immenses s'opposaient à un papier peint éreinté où les fleurs, stylisées et par milliers, fanaient sans bouger.

Au bas des marches, une patiente âgée s'était perdue dans son délire : elle frôlait les blocs de pierre du bout des lèvres, accordant sans conviction des baisers brefs. Sa combinaison orange jurait avec le calme de cette scène, trahissant et soulignant son identité d'aliénée. Sans cette tenue, la patiente aurait pu passer pour un spectre avec sa peau et ses cheveux blancs.

« Clara. Retourne au pénitencier. » Lança l'infirmier Murphy, s'arrêtant avec la chaise roulante du Joker, mais la patiente l'ignora. Elle n'avait pas d'autre désir que de passer ses dernières années auprès des murs chéris. De qui devenait-elle le gardien ? Elle-seule le savait.

« Désolé Batman, je dois m'occuper de Clara, elle ne retournera jamais dans sa cellule d'elle-même… mais vous devriez pouvoir trouver le chemin : suivez le couloir et tournez à droite, ce sera la troisième porte à droite. Tenez, je vous donne votre clé. » À cause du hall victorien, Batman s'était attendu à une clé en fer, mais il s'agissait d'une carte — sécurité moderne oblige. « Comme le somnifère fera effet d'ici une demi-heure, vous pourrez desserrer la camisole du Joker si vous avez un peu de pitié.

— S'il tente quoique ce soit, ce sera une occasion pour l'assommer. »

Murphy Wilson éclata de rire en même temps que le Joker.

« Je ne m'inquiète pas pour vous, Batman. »

Sur ces mots, l'infirmier saisit la patiente, tout d'abord doucement, puis avec plus de fermeté pour l'arracher de cette muraille. Clara poussait des gémissements ; sa voix était d'une jeunesse surprenante quand on comptait les rides de son visage, mais tous les caprices ont cet esprit juvénile.

Batman ne s'attarda pas et poussa la chaise où Joker riait sans retenu :

« Tu veux connaître l'histoire de Clara, Batou ?

— Pourquoi devrais-je la connaître ?

— Sa passion pour les murs a une raison parfaitement logique : gamine, elle décapitait les têtes des animaux de la ferme de ses parents, ensuite, elle emmurait ses petits trophées. C'était juste un jeu d'enfant au début, mais la police n'a pas accepté qu'elle fasse la même chose avec son premier né qu'elle a eu à vingt-deux ans. »

Si le médecin de Clara avait pu discuter avec le justicier, il lui aurait expliqué que cette patiente ne tuait pas par haine, mais par amour, et qu'elle abritait des souvenirs, les protégeant dans le temps immobile des murs.

« Mais la vraie question que je me pose, Batou, c'est… est-ce qu'on est bientôt arrivés ? »

Oh non, Batman connaissait déjà cette plaisanterie. Elle avait pour seul but de l'agacer, alors il laissa le clown répéter sa question jusqu'à ce qu'ils arrivent.

Batman avait imaginé une cellule toute en pierre ou en béton nu, mais il s'agissait d'une ancienne chambre du manoir. Le papier peint avait été laissé du côté du justicier et des taches plus vives prouvaient la présence de tableaux qui avaient été déplacés ; du côté du Joker, en revanche, le papier avait été arraché pour révéler le mur, et la moindre entaille exercée dedans serait immédiatement visible.

Le parquet avait été scellé par du béton dans la partie prisonnier, contrairement à la partie de Batman. Même le lit semblait être d'époque, ayant certainement appartenu à un homme du début du siècle dernier. Le second, de l'autre côté des barreaux, était un lit qui provenait de l'hôpital-même : il avait été fixé au mur et les sangles pendaient au sol, impatientes d'enlacer le patient au moment du coucher.

Joker ricanait, demandant à Batman s'il avait des fleurs sur sa table de chevet.

« Pas de réponse ? Je suppose que ça veut dire non. L'hôtel Arkham n'est pas un cinq étoiles, Batou, navré, mais je vais être sage et rendre ton séjour confortable. »

Batman arrêta le fauteuil roulant à deux pas des barreaux qui divisaient la pièce, puis il vint se placer devant son ennemi. Les yeux du Joker restaient statiques, l'ignorant.

Il était donc vraiment devenu aveugle…

Les journaux avaient évoqué un accident qui aurait dû arriver tôt ou tard, mais le justicier avait appris à se méfier, et il scrutait le visage du clown.

« Pourquoi m'as-tu fait venir ?

— Parce que tu m'as coincé dans une situation assez délicate, Batou, je voulais que tu t'assures que rien ne m'arrivera.

— Pourquoi ? Qui redoutes-tu ?

— Arkham. »

L'asile ? Les équipes médicales ? Amadeus Arkham ?

« Ce n'est pas le moment de jouer aux devinettes, Joker, dis-moi contre qui je dois te protéger.

— Oh ! C'est donc acté !

— Personne ne devrait prendre avantage d'un handicap, même quand c'est toi qui es concerné. »

Même quand le Joker lui-même ne respectait jamais ce principe.

Batman remarqua une araignée dans les cheveux du Joker. Elle essayait de démêler ses pattes fines, de se dégager des cheveux verts, et à chaque fois qu'elle y parvenait, elle pianotait avec rapidité, comme brûlée par les pensées délirantes abritées par ce crâne, puis elle s'enlisait à nouveau.

Batman approcha doucement sa main pour la recueillir.

Joker ne bougea pas : pas un mouvement de recul, pas un sursaut. Les doigts glissèrent entre les mèches pour soulever l'araignée.

« Tu avais une araignée dans les cheveux.

— Tu commences donc vraiment à me protéger, Chevalier noir ! Ça va ? Le combat n'a pas été trop difficile puisque je ne t'entends pas souffler comme un bœuf. »

L'araignée toucha enfin le sol et s'échappa, s'agitant dans une mécanique élégante.

« Il faut que tu comprennes quelque chose, détective : Arkham abrite des super-vilains, j'espère au passage que tu ne m'en veux pas d'avoir lancé la mode, mais il y a aussi des patients-criminels plus communs. Des schizophrènes, des paranoïaques, et même des boulimiques, bref, l'ennui total pour nos médecins qui ont juste à feuilleter leur DSM pour ces cas aussi basiques. Mais ! Car il y a un mais, ces patients sont particulièrement vulnérables ici !

— Surtout avec des criminels comme vous pour camarades de cour.

— Comment oses-tu ?!… Bon, d'accord, c'est vrai… Quand j'en ai l'occasion, je les fais hurler : ça créée une sorte de xylophone où chacun crie différemment ! C'est hilarant ! »

Si Joker s'était lancé dans une thèse pour expliquer la différence entre les cordes vocales d'un névrosé et d'un psychotique, Batman l'aurait frappé sans hésiter. Le clown réservait peut-être cette démonstration pour plus tard, car par chance, il revint au sujet initial :

« Les simples fous meurent vite ici, Batou, forcément, ils sont si fragiles… Alors que Freeze, Croc, Ivy, l'Épouvantail, Enigma… On n'a rien à craindre ! Nous intimidons même les fantômes et les morts. »

Batman haussa un sourcil, sceptique, mais laissa le Joker poursuivre :

« Mais à cause de toi, je suis aujourd'hui aussi vulnérable que l'adorable Kim.

— Kim ? Une femme blonde, assez petite ?

— Oh, tu l'as rencontrée ! C'est une nymphomane qui est ici depuis un an, elle a la cellule 147. Excuse-moi, Batou, j'oubliais que tu étais nouveau ici, mais enfin, tu pourrais faire un effort : tu passes ici plusieurs fois par mois pour nous enfermer et tu ignores tout de notre petit monde ! »

Batman n'essaya pas d'argumenter avec son ennemi, mais il se souvint de l'avertissement vis-à-vis de Kim.

« Pourquoi l'infirmière Rachel m'a conseillé de me méfier de Kim ?

— Parce qu'elle mord. Rachel met en garde tous les hommes, maintenant : trop de gardes se sont fait mordre la bouche. Certains ont été à l'infirmerie et ont été obligés de baisser leur pantalon pour montrer ce que des dents pouvaient faire à leurs bijoux de famille. »

Joker partit dans un éclat de rire assourdissant.

« Kim n'a pas l'air si vulnérable.

— Tu comparerais Kim à Ivy ? »

Effectivement. Les méthodes de séduction entre les deux femmes devaient être très différentes…

« De la façon dont tu présentes les choses, Joker, tu réparties les patients en deux catégories : les criminels plus communs et les criminels plus compliqués à maîtriser, dont tu fais définitivement partie. Mais pourquoi penses-tu que les autres détenus vont s'attaquer à toi ? Ils savent qui tu es, même les plus malades d'entre eux.

— Il y a les autres détenus et l'asile.

— Il va falloir être plus précis.

— Tu n'as jamais entendu parler de la madone d'Arkham ? » Il se mit à glousser. « J'imagine ta tête, Batou, mais tu te déguises bien en chauve-souris et une cuve d'acide m'a transformé en prince du crime, alors pourquoi pas une madone pour les toqués ?

— C'est une alliée de Poison Ivy ? »

Cette question fit redoubler son rire :

« Si seulement, Batou ! Non, on ignore qui est ce spectre : fantôme de l'épouse mutilée d'Amadeus ? Version adulte de sa fille décapitée ? Une patiente perdue ? Mais elle erre dans les environs.

— Je suis surpris que tu croies aux fantômes.

— Plus rien ne m'impressionne, Batman. »

Joker ricana en enfonçant ses ongles dans les accoudoirs de la chaise roulante.

Le justicier se détourna pour faire glisser la porte au milieu de la pièce. Les barreaux, solidement implantés pour séparer leurs mondes, ne tremblèrent pas.

Gotham était une ville étrange qui s'appliquait à battre des records de criminalité au moyen de nombreux drames qui mutilaient corps et esprits. Il n'y avait qu'à voir : Harvey Dent était devenu Double Face suite à une agression de Falcone, Victor Freeze avait été trahi par Ferris Boyle et le deuil en latence pour sa femme avait émoussé sa sensibilité, Pamela Isley avait subi un accident de laboratoire, la privant de son humanité et la condamnant à ressentir la douleur d'une planète polluée… et il y en avait tant d'autres, des victimes d'une ville où le bonheur appartenait à la fiction.

Mais Batman refusait de croire qu'un fantôme hantait l'asile d'Arkham. Si, comme la légende voulait, les âmes tourmentées restaient sur les lieux de leur décès ou restaient piégées pour mener leur vengeance, Gotham serait une ville infestée de spectres.

Combien d'âmes pourchasseraient le Joker ? L'idée le fit souffler par le nez.

« J'ai entendu ton ricanement, Batou. Qu'est-ce que tu es étroit d'esprit ! »

Les roues sursautèrent en passant sur les rails de la porte et Joker sentit enfin les sangles autour de ses poignets et de ses jambes se dénouer.

« Je ne peux même pas voir ma chambre. Combien de sangles y a-t-il ? Trente ? Vingt ? Moins que dans ma vraie cellule ? Ils ont peur que je te croque le nez. »

Batman le souleva avant de l'allonger sur le lit. Il se rappela l'indication de l'infirmier Wilson et, après un soupir, il détacha les sangles de la camisole.

« Oooh, tu as donc un peu de pitié sous cette armure de pierre ? » Le justicier ne répondit pas, confirmant à peine ce soupçon. « Est-ce que tu accepterais de me chanter une berceuse ? »

La voix, d'ordinaire frénétique, commençait à ralentir, atteinte par la fatigue. Même les muscles sous l'uniforme orange acceptaient de se détendre, renonçant au chaos pour quelques heures de sommeil.

Les barbituriques pouvaient se faire sentir au bout de plusieurs minutes chez un patient normal. Il fallait plus de temps pour une personne comme Joker dont l'organisme particulier luttait et doublait les délais, mais enfin, la résistance arrivait enfin à son terme.

Batman resta assis sur le rebord du lit pour surveiller son état. Même dans le sommeil, un rictus étirait la bouche rouge. Le justicier n'avait jamais qualifié son ennemi de fragile : sa bonhomie et sa maigreur étaient deux leurres qui avaient trompé un bon nombre de ses victimes. Pourtant, à l'observer ainsi, Batman avait envie de croire à une vulnérabilité toute humaine.

Il se redressa soudain : laisser ce genre d'espoir naître, c'était devenir une proie facile, et Batman s'y refusait.

Une fois certain que le Joker dormait réellement, Batman éteignit les lumières et, après un instant d'hésitation, retira son heaume. Personne ne le surveillait. L'air frais lui picota les joues. Petit à petit, il se débarrassa de son armure. Comme il l'avait dit à l'infirmière Rachel, le sac que Bruce avait emporté du manoir contenait le strict nécessaire : il y avait un pyjama et des affaires de toilette, rien de trop personnel qui aurait pu trahir son identité. Alfred avait fait des courses exprès dans l'un des supermarchés les plus modestes de Gotham.

Le t-shirt blanc et le jogging le changeaient des pyjamas en soie au manoir, mais il aurait pu s'y habituer sans Alfred. Ce choix vestimentaire, même personnel, lui aurait valu de multiples rappels de la part de son majordome. « Vous êtes un Wayne, monsieur, ne l'oubliez pas. »

Avec un sourire en coin, il prit le gantelet et écrivit un message à son majordome, lui donnant ses premières impressions. Bruce ne pouvait prendre le risque de l'appeler, mais il avait promit à Alfred de l'informer régulièrement de la situation.

Une fois installé dans le lit, Bruce tira les draps, épais et propres, un vrai luxe ici. Il pouvait rassurer Alfred sur ce point.

Dehors, le garde assigné dans le couloir sifflait un air rythmé, s'improvisant merle de nuit.

Après avoir reposé le gantelet, Bruce s'appuya contre l'oreiller, prêt à sombrer. Un bref éclat dans la pièce attira son regard : une tache argent brouillait la pénombre, s'y diluant en vapeur. La légende urbaine de la Madone d'Arkham lui revint en tête, mais Bruce se sermonna : ce n'était qu'un rayon de lune.

Par fierté, il ne vérifia pas une seconde fois.

Ce n'était qu'un rayon de lune, rien de plus.