Je ne possède aucun des personnages des films.

La pluie diluvienne qui s'abattait sur le petit cimetière de Middlefield rendait la cérémonie qui s'y déroulait parfaitement cliché. En revanche, cela avait aussi un avantage, trempés comme ils l'étaient, personne ne pouvait voir qu'il pleurait et pourtant, Benji pleurait

En espérant que cela vous plaise

Bonne lecture

PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)


SOUVIENS-TOI DE CE JOUR

La pluie diluvienne qui s'abattait sur le petit cimetière de Middlefield rendait la cérémonie qui s'y déroulait parfaitement cliché. En revanche, cela avait aussi un avantage, trempés comme ils l'étaient, personne ne pouvait voir qu'il pleurait et pourtant, Benji pleurait… Il était même à deux doigts de s'écrouler tellement il luttait pour contenir ses sanglots et garder une contenance digne malgré la douleur qui lui déchirer le cœur en deux. Il ne pouvait pas s'écrouler. Il ne pouvait pas faire ça, Ethan ne le méritait pas. Lui qui lui avait fait confiance sans retenu, qui lui avait pardonné toutes ses maladresses, lui qui avait été un ami sincère, un grand frère protecteur… protecteur jusqu'au bout… Benji se rappelait de son petit sourire, de sa douce pression sur son épaule et des quelques mots murmurés pour l'apaiser avant que l'Enfer ne se déchaîne autour d'eux.

- Benji, soit sûr que je ne laisserai absolument rien t'arriver

Ce n'était pas la première fois qu'il le rassurait de cette manière, qu'il lui faisait comprendre que même si leur plan paraissait fou, il était là pour le protéger… Et c'était ce qu'il avait fait…

Un nouveau frisson parcourut l'échine de Benji pendant qu'il murmura dans un souffle tremblant.

- Pardon Ethan, ça aurait dû être moi…

Ses mots n'avaient été qu'un murmure, mais cela avait suffi pour que Luther les entendent,

Luther qui se tenait à côté de lui et qui pleurait lui aussi, n'arrivant pas à s'arracher l'odieuse vision du corps de son meilleur ami, de son petit frère, étendu sur la table d'une salle froide de la morgue. Jamais il n'avait vu sa peau aussi blanche, jamais il n'avait eu aussi mal de sa vie. Après 25 ans, il ne pensait pas connaître ce jour maudit, il ne voulait pas le connaître… pas comme ça, pas sur la dernière… Mais Ethan avait fait ce qu'il lui avait toujours promis… quand l'équipe était sur le point de se faire massacrer, il s'était sacrifié… lui… pour les sauver… eux…

- Je vous protégerai, quoiqu'il arrive…

Quoiqu'il arrive… Quoi qu'il se passe pour qu'il ne revive plus jamais le traumatisme de Prague… Luther le savait… C'était cette fichue mission qui le hantait encore même après toutes ses années… C'était de voir les siens mourir un à un devant ses yeux sans pouvoir rien faire… Il ne voulait plus revivre ça et il avait fait en sorte que ça ne se reproduise pas… se livrant lui, leur offrant sa vie… son petit sourire en coin, ce dernier sourire à la fois triste et résigné hanterait à vie les cauchemars de Luther…

A côté de lui, Benji tremblait de plus en plus. Alors, il tendit la main pour lui frotter doucement le dos. Il ne savait pas quoi lui dire, à part des banalités qui ne serviraient à rien, alors une tape dans le dos, sa main posée là, pour lui rappeler qu'il était là… Ce n'était déjà pas si mal, non ?

Benji sentit la main de Luther dans son dos et cela l'apaisa un peu tout en lui rappelant cruellement que leur équipe n'était pas qu'une équipe, c'était une famille. Des gens qui s'aimaient, qui réussissaient bien parce que les uns comptaient pour les autres, parce que les uns étaient prêts à prendre tous les risques pour les autres… à compromettre une mission pour les protéger, à offrir sa vie pour sauver les autres.

Ses tremblements se firent une nouvelle fois plus forts et le britannique souffla doucement.

- Pourquoi tu as fais ça, bordel ? On aurait trouvé une solution… On trouve toujours une solution…

- Pas cette fois, murmura en réponse Luther.

Benji frissonna et redressa la tête. Malgré la pluie, il voyait bien que ce dernier pleurait lui aussi et il sentit tout son désespoir dans ces quelques mots. Un désespoir qu'il partageait d'autant plus que c'était réellement la première fois où Benji se retrouvait à un enterrement. C'était peut-être dur à croire, mais l'agent secret n'avait jamais eu jusqu'à présent besoin de faire ce dernier pas… et il fallait que le premier soit celui de son meilleur ami, de son grand frère… Ce serait une plaie béante dans son cœur, quelque chose dont il n'était pas sûr de se remettre un jour et qui le brisait en deux…

Sauf que Benji, malgré la douleur qui était en train de lui scier les jambes, savait qu'il y avait une autre personne qui souffrait tout autant qu'eux, une personne qu'il voyait trembler, debout devant cette tombe qu'ils ne pouvaient pas quitter : Ilsa…

Avec sa longue gabardine imbibée de pluie et ses longs cheveux, retenus en queue de cheval, dont quelques mèches s'étaient échappées pour se planquer à son visage, ses yeux rouges et sa peau trop blanche, elle ressemblait à un spectre… De toute manière cela reflétait bien son état d'esprit, Ilsa respirait, mais elle ne se sentait plus vraiment en vie.

Ils s'aimaient… cela avait été long, mais ils avaient fini par accepter ce coup de foudre du premier regard, cette manière de se reconnaître dans l'autre et les gestes tendres qu'ils avaient partagé leur avait permis de retrouver un sentiment de bonheur qu'ils ne pensaient plus accessibles pour eux…

Ilsa redressa la tête. Il lui avait déjà longuement parlé de Middlefield, la tête sur son épaule, blotti dans ses bras. Il lui avait parlé de la mort de son père qu'il n'avait jamais revu depuis qu'il s'était enfui de la ferme pour entrer dans l'armée contre son avis, de la mort de sa mère pendant une mission, le privant de son enterrement… Il lui avait parlé de la ferme de son enfance qu'il faisait entretenir en hommage à ses parents qu'il aimait profondément malgré tout et parce qu'il voulait avoir l'espoir d'y revenir un jour, de poser enfin ses valises ici et de ne plus parcourir le monde pour éviter une catastrophe qui, la plupart du temps, en cachait une plus grosse. Ilsa lui avait dit qu'elle viendrait avec lui et Ethan ne lui avait jamais paru aussi heureux et puis…

Et puis, il y avait eu cette fichue mission… et elle était là, debout à côté de la tombe de ses parents, debout devant la sienne et il pleuvait… Il pleuvait comme il ne pleuvait d'habitude que chez elle, dans ce faubourg de Londres qu'elle détestait… et qu'elle avait fui elle aussi… ce faubourg dans lequel elle ne voyait aucun avenir, contrairement à ici.

La pluie continuait à tomber. Il n'y avait eu quasiment personne à part eux pour ce fichu enterrement… Personne à part un ou deux habitants du coin qui se rappelaient vaguement du fils Hunt… Personne de leur hiérarchie, personne de la CIA, personne de ces pseudos-amis qui disparaissent quand vous n'êtes plus utile. Ilsa serra les poings de rage et sursauta quand une main se posa sur son épaule.

- Tu viens… On va pousser jusqu'à la ferme pour se sécher, prendre une douche chaude et se reposer un peu.

Les mots de Luther étaient sages, doux et rempli de compassion. Il pleurait tout autant qu'elle, tout autant que Benji, mais Ilsa ne pouvait pas se résoudre à partir. Si elle le faisait tout serait vraiment fini, elle accepterait sa mort et elle refusait de l'accepter. Elle était si injuste. Non, peu importait la pluie, pour le moment, elle ne pouvait pas partir, pas encore…

- Partez devant, je vous rejoins…

Luther lui adressa un regard triste, mais hocha la tête.

- Ne prends pas froid…

- Je ne peux plus, souffla la jeune femme… Les morts ne peuvent pas.

Le hacker expira bruyamment, lui pressa l'épaule puis revint en direction de Benji qu'il entraîna avec lui, laissant la jeune femme finir de se recueillir seule…

...

Ilsa attendit d'être sûre de se trouver totalement seule pour laisser exploser toute sa douleur. Le sanglot qui jaillit de sa gorge lui arracha un cri et lui scia les jambes. A bout de force, elle se laissa tomber à genoux sur la tombe d'Ethan tremblant de tous ses membres en hurlant entre ses sanglots.

- Ce n'est pas possible ! Tu ne peux pas m'avoir abandonné, Tu m'avais promis Ethan ! Tu m'avais promis que ce serai la dernière, que tu voulais arrêter, que nous nous bâtirions une nouvelle vie. Tu m'avais promis d'être toujours là, de ne jamais m'abandonner… Tu m'avais promis que tu serais là pour ce bébé, murmura la jeune femme sur un ton plus bas en posant ses mains sur son ventre… Pourquoi tu nous as abandonné ?

- Pour nous sauver, souffla une voix tendre et douce en posant une cape de pluie sur ses épaules.

Ilsa sursauta. Cette voix, elle était en train de rêver ? Elle perdait l'esprit ? Un long frisson remonta le long de son échine et elle redressa les yeux pendant qu'un parapluie se déploya au dessus de sa tête. Avec un ébahissement qu'elle ne put cacher, ses yeux accrochèrent le regard bleu-gris d'Ethan qui la regardait avec un sourire tendre.

La jeune femme trembla plus fort, ferma les yeux et tenta de se concentrer pour chasser cette hallucination, mais des doigts hésitants lui caressèrent la joue.

- Je t'en prie, ouvre les yeux, je suis là.

Ilsa frémit et lui obéit. L'hallucination était toujours là, et ses doigts semblaient si réels. Ethan se pencha sur elle et la prit par un bras pour la redresser. Toujours en tremblant, elle se laissa faire et posa ses mains sur sa poitrine. Elle sentit ses muscles, les battements de son cœur et ses larmes s'intensifièrent.

- Ce n'est pas possible… C'est toi…

- Oui…

- Mais comment ? Je… Ethan… Je… ne comprends pas…

- Je suis désolé, je n'ai pas pu faire autrement.

- Mais… à la morgue… ton corps…

- Il existe des drogues pour ralentir à l'extrême le rythme cardiaque. Julia m'a trouvé celle qu'il fallait.

- Julia ? mais… Je ne comprends pas, répéta la jeune femme toujours sous le choc, tu…

- J'étais piégé… personne ne voulait que j'arrête tout ou que je disparaisse, mais c'était obligatoire si je veux pouvoir construire quelque chose avec toi. J'aurais tellement voulu faire autrement. Vous voir tous les trois pleurer, c'était tellement dur. Si Brandt n'avait pas été là, je ne sais pas si j'aurais pu aller jusqu'au bout.

- Brandt ?

- Oui, il me fallait quelqu'un de confiance, maintenant en dehors de tout ça.

- Je comprends…

Abasourdie, sous le choc, Ilsa continua à presser son torse de ses mains.

- Tu es en vie alors ?

- Oui, pour toi… Je ne veux plus qu'on soit séparé… Je t'aime…

Ilsa tremblait, elle aurait dû lui en vouloir, mais il était là, bien là, toujours en vie et elle laissa filer ses sentiments, se laissant basculer vers lui pour l'embrasser.

Le parapluie d'une main, Ethan glissa l'autre main à sa taille pour la ramener tout contre lui tout en pressant ses lèvres contre les sienne. Le baiser fut long, passionné et rempli de tendresse à la fois. Les deux amants se moquaient bien de la pluie diluvienne qui tombait toujours autour d'eux, de leur peau humide ou des larmes versées chacun de leur côté qui donnaient un coup de sel à leur baiser…

Non plus rien n'existait à part les lèvres de l'autre et les battements de son cœur sous sa peau… Tout deux avait oublié la pluie tout autant que l'endroit où ils se trouvaient, dans ce cimetière, devant les tombes de ces gens qu'il aimait, devant la tombe de ce père qui ne voulait pas le voir quitter la ferme, devant la tombe de cette mère qui voulait pour lui une vie normale avec une femme et des enfant…

Tout cela il l'avait oublié, même s'ils étaient prêts à accomplir leurs rêves maintenant. Quand leurs bouches se séparèrent, ils restèrent tout proche l'un de l'autre, les yeux dans les yeux, leurs souffles réchauffant leurs peaux. Ils restèrent ainsi silencieux quelques seconde, plongé dans l'azur du regard de l'autre. Puis Ilsa souffla doucement.

- Nous devons le dire aux autres.

Le sourire d'Ethan se fit plus grand.

- Alors rentrons…


Ce texte répond à plusieurs défis du discord "L'Enfer de Dante"

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