Pour le défi 101 de la Bibliothèque de Fictions il fallait (accrochez vous bien) : se décider à enfin déclarer sa flamme à l'amour de sa vie, c'est bien. Le faire par écrit dans une lettre passionnée, c'est encore mieux (le romantisme, vous comprenez?). L'envoyer à la mauvaise personne, c'est moins top. Surtout quand, sûr qu'il n'y aura aucun problème, on l'envoi sans avoir mis le nom de la personne à qui cette dite lettre était à l'origine envoyée... mais que par contre on a signé cette lettre. Ou comment le personnage C reçoit la lettre que A voulait envoyer à B et est maintenant persuadé que A l'aime.


Maxwell s'en voulait énormément d'avoir retiré sa déclaration d'amour après ce fameux voyage à Paris. Il savait à quel point Fran en avait souffert, et ça, ça le rendait malade ! Toutefois il n'y pouvait rien, il était britannique, il ne réussissait pas à exprimer ses sentiments quand il n'était pas en train de croire qu'il allait mourir ! Toutefois il était veuf depuis sept ans, connaissait Fran depuis quatre, l'aimait depuis presque autant de temps, il ne pouvait plus garder ça pour lui plus longtemps, il savait à quel point la brune souffrait de voir qu'elle avait dépassé trente ans et qu'elle n'avait toujours ni mari ni enfant pour faire son bonheur. Le producteur faisait donc les cent pas dans son bureau, se demandant comment il allait pouvoir s'y prendre. Finalement une idée jaillit dans son esprit, il s'assit à son bureau et commença à écrire une lettre déversant tout ce qu'il ressentait pour la pétillante jeune femme.


Le brun était extrêmement fier de ce qu'il avait fait. La lettre était parfaite, il avait pesé chaque mot, s'était relu plusieurs fois et l'avait réécrite quatre fois car chaque fois il trouvait des choses qui n'allaient pas. Finalement elle était prête et on pouvait voir toute sa passion et tout son amour. Il glissa soigneusement la lettre dans une enveloppe, il fallait qu'il trouve un moyen de la faire parvenir à Fran mais sans se faire surprendre, autant dire que c'était mission impossible ! Il ne pouvait pas demander à Niles, ce dernier se ferait un malin plaisir de la lire avant de la transmettre, et c'était pareil pour les enfants. Maxwell se passa une main dans les cheveux et sortit de son bureau, comment pourrait-il faire ? Il était en train de réfléchir à ce qu'il allait faire quand on l'appela depuis l'entrée. Il glissa la lettre dans une pochette en carton à la hâte en se disant qu'il trouverait un moyen de la faire parvenir à Miss Fine plus tard et partit voir ce qu'il y avait. Grace était tombée dans les escaliers et avait apparemment la cheville cassée. Il la souleva dans ses bras et l'emmena aussitôt à l'hôpital.


C. C. entra dans le bureau, il fallait qu'elle prenne le dossier pour préparer le communiqué de presse de leur prochaine production. Elle prit la pochette cartonnée et s'installa sur le canapé vert dans le bureau, elle avait croisé Maxwel qui partait en portant sa fille, il avait crié par-dessus son épaule qu'il devait absolument l'emmener à l'hôpital. C'était le jour de congé de Miss Fine, Niles était apparemment parti faire des courses et les deux aînés étaient chez des amis. La blonde ouvrit la pochette et commença à regarder les différents papiers. Elle arqua un sourcil en voyant une enveloppe sans nom. Elle l'ouvrit et manqua de défaillir en reconnaissant l'écriture de Maxwell et de voir que la lettre commençait par « ma très chère amour ». Elle hésita, puis ne tint plus, elle se mit à lire avidement.

« Ma très chère amour,

Je vous écris cette lettre car je n'arrive pas à vous exprimer à voix haute ce que je ressens. Depuis bien trop longtemps je garde ces sentiments bien enfouis au fond de moi mais je ne peux plus garder le silence. Je vous aime ! Cette passion me tenaille depuis plusieurs années, mais jamais je n'ai eu le courage de vous le dire avant et je suis désolé car je sais qu'il en est de même pour vous... enfin vous, vous me l'avez fait comprendre sans détours à de multiples reprises mais j'étais toujours trop lâche pour vous avouer qu'il en était de même pour moi.

Aujourd'hui je ne reviendrai pas sur ma déclaration, je vous aime et j'ai envie que l'on puisse enfin vivre notre histoire au grand jour. J'aimerai toujours ma défunte femme car elle est et restera la mère de mes enfants, mais je suis tombé à nouveau amoureux et je veux à nouveau goûter au bonheur, avec vous ! Je vous en prie pardonnez-moi mon manque d'audace passé, mais comme vous le savez je suis britannique et donc plus réservé que vous. Toutefois mes sentiments étaient sincères même si j'essayais de les ignorer, je n'étais pas prêt à voir au-delà de mon veuvage, mais ma période de deuil est passée. Vous avez su me redonner goût à la vie, vous qui êtes toujours si pétillante, joyeuse et diablement sexy. Vous engager a été la meilleure décision de ma vie car chaque jour à vos côtés est un pur bonheur, vous êtes mon rayon de soleil.

Je vous en prie, dites-moi qu'il n'est pas trop tard, que je ne vous ai pas définitivement perdue à cause de ma stupide réserve ! Je pousserai l'audace plus loin : je veux des enfants avec vous, et j'espère que vous partagerez cette envie vous aussi.

J'espère que cette lettre ne vous aura pas choquée, qu'au contraire elle vous aura rassurée.

J'attends nerveusement une parole, un signe de vous quel qu'il soit.

Tendrement, amoureusement, passionnément vôtre.

Maxwell Sheffield. »

La blonde cru qu'elle allait avoir une attaque, c'était le plus beau jour de sa vie ! Maxwell avait enfin le courage de lui dire ce qu'il ressentait pour elle. Après plus de vingt ans à se voir quasiment tous les jours, à ce qu'elle lui fasse des allusions pour qu'il comprenne qu'il lui plaisait, après avoir vécu l'humiliation d'être sa demoiselle d'honneur à son mariage avec Sarah, Maxwell ouvrait enfin son cœur et lui avouait son amour ! C. C. avait cru qu'il ne partagerait jamais ses sentiments, qu'elle serait toujours classée au rang de simple associée. Elle serra la lettre contre son cœur en souriant béatement, elle avait l'impression d'être sur un nuage. Il était impossible que ce soit une erreur, pourquoi Maxwell aurait mis cette lettre dans leur pochette de travail ? Elle se mordit la lèvre, elle vivait un rêve éveillé ! Personne ne pourrait gâcher cet instant de pur bonheur !


La blonde remit la lettre dans l'enveloppe et essaya de se mettre au travail même si il était très dur de se concentrer après ça. Elle réussit tout de même à faire certaines choses et au bout d'un moment Maxwell revint. Il entra dans le bureau :

-Oh C. C. vous êtes là !

-Oui, il fallait bien que l'un de nous deux travaille non ! Comment va...

-Gracie, elle s'est cassé la cheville mais la fracture n'est pas bien méchante, elle s'en remettra vite.

-Parfait, Maxwell...

-Oui ?

Le brun était en train de chercher quelque chose dans le dossier, il semblait très nerveux. Il la regarda :

-Mais... où est-elle ?

-Qui ?

-L'enveloppe que j'avais glissée dans le dossier.

C. C. écarquilla les yeux et brandit l'enveloppe :

-Celle-ci ?

-Oui ! Vous l'avez lue ?

-Oui, et je voulais vous dire que je ressens exactement la même chose !

-Oh C. C je suis vraiment désolé mais elle n'était pas pour vous.

-Quoi ?!

-Elle est à l'attention de Miss Fine.

La blonde eut l'impression qu'on venait de lui planter un couteau en plein cœur. Des larmes se mirent aussitôt à couler sur ses joues et elle hurla en bondissant du canapé :

-Je vais la tueeeerrrr !

Maxwell la rattrapa par la manche :

-Allons C. C calmez-vous, mais pourquoi avez-vous pensé que cette lettre était pour vous ?

-Car elle était dans notre dossier de travail !

-Je sais, quand Gracie m'a appelé j'étais en train de travailler et j'ai caché la lettre dans la pochette pour que personne ne la trouve, je ne savais pas que vous alliez venir travailler.

-Mais nous nous sommes croisés dans l'entrée !

-J'étais préoccupé par ma fille, j'avoue que je n'ai pas le souvenir de vous avoir vue.

C. C. pleura de plus belle, c'était la pire journée de sa vie ! Encore une fois cette stupide et aguicheuse nounou lui volait tout ! Maxwell soupira et la prit dans ses bras :

-Je suis désolé, mais ai-je jamais eu le moindre comportement envers vous pouvant faire penser que je ressentais ce genre de sentiments ?

-Non mais je me disais que vous étiez trop timide, que vous étiez encore sous l'émotion de votre veuvage...

-Je vous connais depuis encore plus longtemps que je ne connaissais Sarah, si il avait dû se passer quoi que ce soit entre nous ce serait arrivé depuis longtemps ! Je suis vraiment mortifié, je pensais que vous l'aviez compris.

-Je... je pense qu'il serait préférable qu'on ne se voit plus pendant un temps... ou pour toujours.

-Voyons ne soyez pas ridicule, nous formons une bonne équipe.

-Mais ça ne me suffit pas ! Je me languis de vous depuis plus de vingt ans pour l'amour du Ciel ! Je pensais que mon heure arriverait, qu'un jour vous finiriez par ouvrir les yeux et par vous rendre compte que vous m'aimiez !

Maxwell se passa une main dans les cheveux, il ne savait plus quoi dire. Il se rendait compte qu'il venait de briser le cœur de son amie et associée mais il ne pouvait plus lui donner de faux espoirs. La blonde attrapa son sac :

-Adieu Maxwell, je vous souhaite bien du bonheur avec la nounou !

-Ne le prenez pas comme ça.

-Comment voulez-vous que je le prenne autrement ?!

-Vous rendre simplement compte que c'était une fâcheuse erreur mais que ce sont des choses qui arrivent malheureusement.

-On ne peut pas piétiner le cœur et les sentiments des gens en disant simplement que c'était une fâcheuse erreur ! Je ne supporte plus ce traitement Maxwell !

Le brun regarda C. C. partir, il était totalement impuissant et s'en voulait énormément de lui avoir fait tant de mal. Le producteur regarda la lettre en soupirant, c'était un cauchemar ! Finalement il monta dans la chambre de Fran et déposa la lettre sur son oreiller, normalement elle devrait rentrer de son rendez-vous chez l'esthéticienne d'une minute à l'autre. Comme si le hasard l'avait entendu, la voix nasillarde de la brune lança depuis l'entrée :

-Je suis rentrée !

Maxwell sortit de la chambre à la hâte et descendit les escaliers. Il sourit rapidement à Fran et partit dans son bureau. Le brun se laissa tomber sur son fauteuil en soupirant, comment allait-il pouvoir arranger les choses avec C. C, était-ce seulement possible ? Il s'en voulait vraiment beaucoup, il détestait faire souffrir les femmes et là ça avait été particulièrement loin ! Il entendit bientôt un cri à l'étage ce qui lui arracha un sourire en coin, apparemment la brune venait de lire la lettre. Il entendit bientôt le bruit des talons qui dévalaient les escaliers, puis qui remontait le couloir et bientôt la tornade du Queens entra dans le bureau :

-Oh Monsieur Sheffield !

Elle lui sauta au cou et parsema son visage de baisers. Maxwell était vraiment heureux que son amour soit enfin divulgué au grand jour, mais cette joie avait un goût amer car elle avait brisé le cœur de sa plus vieille amie. La nounou recula et le regarda en fronçant les sourcils :

-Mais qu'est-ce qui se passe ? Vous n'êtes pas content finalement ?

-Si mais c'est simplement que Miss Babcock est accidentellement tombée sur la lettre et a cru qu'elle lui était adressée.

-Oh Monsieur Sheffield !

La brune lui tapa sur l'épaule et recula encore un peu plus :

-Mais c'est affreux ! J'espère que vous avez été délicat en lui annonçant que ce n'était pas pour elle.

-J'ai essayé mais ça lui a brisé le cœur.

-Bien évidemment que ça lui a brisé le cœur ! Ça fait vingt ans qu'elle vous aime en attendant que vous vous rendiez compte que vous partagez ses sentiments ! J'ai déjà du mal alors que nous ça ne fait que quatre ans alors je n'arrive pas à imaginer comment elle fait pour supporter ça depuis vingt longues années !

-Comment puis-je me rattraper ?

-Je ne sais pas, là vous avez quand même été très très loin dans l'inélégance là quand-même.

Le brun se passa une main dans les cheveux et soupira, c'était pire que ce qu'il pensait. Fran la regarda :

-Il faut laisser passer un peu de temps, et quand ce sera le cas on ira lui parler.

-Je ne sais pas si c'est une bonne idée. Elle nous déteste.

-Elle n'est pas rancunière, elle finira par revenir, ne serait-ce que pour continuer de se disputer avec Niles !

-Et si je lui écrivais une lettre à elle aussi ?

-Ce serait à la fois inapproprié mais à la fois un bon compromis si elle ne veut plus vous voir pour le moment. Mais maintenant que vous m'avez enfin avoué vos sentiments, peut-être pourrions-nous faire quelque chose de bien plus intéressant ? En plus ce n'est pas bon d'écrire une lettre à chaud, il vaut mieux attendre un peu avant de revenir vers elle.

-Oui, c'est sûrement mieux... j'ai tellement de chance de vous avoir !

Il l'embrassa passionnément, il repenserait à cette lettre plus tard, pour le moment il avait quatre ans de frustration et de non-dits à enfin libérer avec sa sulfureuse brune. Après tout, la lettre qu'il avait fait pour Fran avait fait son effet donc il avait confiance, il saurait faire une lettre digne de ce nom pour expliquer à C. C. qu'elle était importante à ses yeux mais différemment. Il saurait trouver les mots, il le savait, mais son cerveau s'embrouilla vite lorsque Fran l'embrassa à nouveau.


Fin.