Note de l'auteur: Me revoilà pour un chapitre plus long et qui se veut toujours dans l'action...

Bonne lecture!


Lorsque Jarod se réveilla, le jour était levé depuis quelques heures déjà. Il allait se redresser quand il sentit un poids inhabituel reposer sur son épaule droite. Tournant la tête vers la présence inconnue, son visage se retrouva dans des cheveux bruns dont l'odeur lui était familière et il réalisa avec stupeur que c'était la tête de Miss Parker, endormie, qui reposait contre lui. Prenant conscience de son environnement, il avisa Angelo qui était calmement installé sur la table de la salle à manger - un déjeuné sans doute préparé par Debbie devant lui - et chercha cette dernière du regard. Il la trouva aisément puisqu'elle était plantée devant lui, les poings sur les hanches et un sourire mi-entendu mi-sarcastique accroché aux lèvres. Il songea qu'elle devrait prendre garde à ne pas se faire surprendre avec ce genre d'air par la jeune femme, parce qu'honnêtement La Belle Au Bois Dormant risquait de se transformer en Fée Carabosse si on osait lui sous-entendre un quelconque rapprochement avec lui. Il fut interrompu dans ses réflexions par l'adolescente qui s'approcha de la femme encore endormie et lui chuchota avec un aplomb frisant l'inconscience :

- « Si c'est comme ça que vous capturez Jarod je comprends pourquoi vous ne l'avez jamais attrapé… Encore que, il semble complètement figé, c'est un moyen comme un autre de l'immobiliser finalement. »

Ouvrant péniblement les yeux, Miss Parker la regarda fixement avant de tourner sa tête juste assez pour comprendre la position dans laquelle elle se trouvait. Elle se redressa violemment – comme si elle risquait de se faire trancher la gorge d'un instant à l'autre – se tourna vers le Caméléon et s'exclama :

- « Qu'est ce que tu as fais ? Tu m'as droguée ? Je t'assure Jarod que si je t'entends faire la moindre réflexion ou parler à qui que ce soit – Sydney y compris – de ce qui s'est passé je prends une pince à sucre et je t'arrache les dents avec, une par une !

- Tout doux Mlle Parker, tu n'as pas l'impression que tu dramatises un peu ? Tu as dormi sur mon épaule rien de plus, ce n'est pas comme si tu t'étais réveillée entièrement nue dans mes bras ! »

Debbie pouffa tandis que le regard de la jeune femme se durcit et que ses yeux se mirent à lancer des éclairs. Il songea brièvement qu'il aurait mieux fait de suivre ses propres conseils et de s'abstenir de faire ce genre de commentaire avant de se recentrer sur ce qu'elle était en train de lui dire.

- « …Te rends compte de ce que tu viens de dire ? Et puis je croyais qu'on était amis depuis des décennies et tout le tralala, tu trouves normal d'avoir ce genre de pensées envers tes amies ? Oh et puis je me demande pourquoi je me fatigue à te parler, tu n'écoutes jamais rien et tu m'exaspères tellement que je ne trouve pas de mots assez forts pour l'exprimer ! C'est vrai... »

Elle allait sans doute continuer son monologue durant de longues minutes quand l'adolescente – qui avait décidément des tendances suicidaires – pris la parole et déclara :

- « Vous savez qu'entre la haine et l'amour il n'y a qu'un pas ? Non sérieusement je dis ça pour vous moi, ça serait pas plus simple de vous embrasser directement au lieu de vous tourner autour et de vous lancer dans cet espèce de flirt complètement bidon ? »

Ils la regardèrent tous les deux, complètement mortifiés et furent sauvés d'une réponse à donner par Angelo qui s'était emparé du couteau à beurre et gravait des phrases obscures sur la table hors de prix de la propriétaire des lieux. Ils se précipitèrent vers lui et purent lire « La morsure de la peur. Le pouvoir du père. Les cris des innocents ». Ils contemplèrent les phrases avec perplexité avant que Jarod ne s'exclame « Mais bien sur ! », s'attirant de par la même occasion un regard courroucé de la part de son alliée du jour qui détestait être la seule à ne pas comprendre les tenants et les aboutissants d'une affaire. Décidant qu'il valait mieux lui expliquer avant qu'elle ne s'énerve de nouveau il déclara :

- « Le pouvoir du père, Les cris des innocents, il fait référence à l'enfance de Lyle. Probablement au cabanon même où l'enfermait son père quand il n'était pas obéissant. C'est là que doit être détenu Broots, d'autant plus que ton frère a acheté le terrain il y a quelques mois, juste après qu'un incendie «involontaire» ait réduit en cendres la maison à proprement parler. Nous devons aller là-bas. »

Hochant la tête en signe d'assentiment, Miss Parker partit en direction de sa chambre et revint quelques instants plus tard avec un pistolet qu'elle tendit à Jarod avant de ranger le sien dans son étui, accroché autour de sa taille. Voyant son regard interrogateur, elle roula des yeux avec exaspération et s'exclama :

- « Tu crois qu'il aura laissé Broots sans surveillance ? Et après on dit que c'est toi le génie, j'vous jure ! Souffla t-elle. Elle pris soudain un ton faussement patient et déclara comme si elle parlait à un enfant particulièrement stupide, Là bas il y aura des méchants messieurs avec des bâtons magiques qui font Pan-Pan! et qui nous veulent du mal, et toi il faudra que tu les fasse tomber comme des quilles, d'accord ? »

Cette fois ci ce fut au tour de Jarod de lever les yeux au ciel. Il s'empara des clés de voiture qui traînaient sur le comptoir et les lança à leur propriétaire qui les attrapa au vol.

- « En route ! Debbie, tu reste ici avec Angelo. Veille à ce qu'il ne sorte pas de la maison.

- Pardon ?! S'outragea l'adolescente, vous allez chercher mon père, je viens avec vous !

- Pas question Debbie, c'est trop dangereux ! Et puis la mission que je vais te confier est capitale elle aussi. Si on ne t'a pas téléphoné dans disons… quatre heures il faudra que tu appelles à ce numéro, dit-elle en inscrivant le dit numéro sur un bout de papier, c'est celui de Sydney, tu te souviens de lui ? Tu lui expliqueras qu'on est partis au cabanon de Bobby Bowman pour sauver Broots et qu'il a du nous arriver quelque chose. Souviens toi bien du nom que je viens de te donner, c'est très important. »

La jeune fille baissa la tête en signe de défaite et alla s'occuper d'Angelo qui étalait consciencieusement le beurre sur les phrases qu'il avait lui même gravé.

De leur coté, ils passèrent la porte fracturée sur un dernier regard en arrière et se dirigèrent vers la voiture. Ils prirent la direction de l'ancien domicile de Lyle sans échanger un mot et le silence s'éternisa dans la voiture. Après un long débat intérieur sur la pertinence de son intervention, le Caméléon se décida à tenter sa chance.

- « Que comptes-tu faire après, tu vas retourner au Centre comme si de rien était ? Tu vas m'y ramener et t'atteler de nouveau à faire le recensement de notre prison, malgré tout ce qu'ils nous ont fait ? »

À sa grande surprise, un soupir las échappa à sa coéquipière et elle pris plusieurs minutes avant de lui répondre.

- « Honnêtement, je n'en sais rien. Le Centre… Le Centre a fait du mal à tous ceux que j'aime mais… Je ne vois pas d'autre alternative. J'appartiens à cette organisation depuis que je suis née et je n'ai pas la moindre idée de ce que deviendrait ma vie si elle n'existait plus. Et puis de toute manière je ne peux peux pas lutter contre, je ne suis pas de taille à le détruire alors je me contente de le regarder réduire la vie des autres à néant.

- Tu as raison, seule tu ne peux rien contre eux. Et moi non plus. Mais tous les deux Mlle Parker, tous les deux, nous pouvons faire fermer Le Centre définitivement. Si on travaille ensemble rien ne nous arrêtera. »

Un sourire désabusé releva les coins de la bouche de la conductrice et elle lui assura :

- « Tu sais ce que tu es Jarod ? Tu es un rêveur, un idéaliste. Toi, moi, nous deux, ça ne change rien. Cette entreprise… maléfique est bien trop puissante pour être éliminée. »

Abandonnant l'idée de la convaincre pour le moment, il préféra se concentrer sur les scénarios auxquels ils risquaient d'être confrontés les plus probables. Sans perdre de temps, il commença à lister toutes les échappatoires possibles qu'il avait repéré la fois où il avait visité leur actuelle destination.

Le reste du trajet se déroula dans un silence de mort, l'un et l'autre étant perdus dans leurs pensées. Lorsqu'enfin ils arrivèrent sur place, ils laissèrent la voiture derrière un petit bosquet avant de se diriger discrètement vers le dernier des bâtiments encore debout. Repérant cinq nettoyeurs qui patrouillaient autour du cabanon et deux autres qui en gardaient l'entrée, Jarod était en train de compter l'écart entre les patrouilles pour savoir de combien de temps ils disposaient pour les assommer les uns après les autres sans donner l'alerte quand un cri de douleur interrompit ses réflexions. Il jeta un coup d'œil à sa coéquipière qui le fixait avec impatience, attendant visiblement le plan brillant qu'il était censé avoir mis au point. Étouffant les doutes qu'il avait sur son projet, il en fit part à Miss Parker qui n'eut pas la délicatesse de faire de même. En effet celle ci se lança dans une diatribe enflammée contre sa prétendue intelligence supra-normale qui semblait être parfaitement inutile en situation de crise. Habitué il ne s'en formalisa pas, il savait que c'était sa façon d'extérioriser l'angoisse qu'elle avait accumulé au cours des dernières 24 heures… cependant, le fait qu'elle soit obligée de chuchoter pour ne pas se faire repérer soulageait quelque peu ses tympans.

Avec amusement, il se souvint qu'enfant il craignait sa colère car elle était toujours synonyme d'une expédition interdite dans les couloirs du Centre qui se concluait irrémédiablement par une remontrance sévère… Rien n'avait changé finalement, sauf que désormais les conséquences pouvaient être dramatiques.

Secouant la tête pour chasser ces pensées négatives il lui fit un signe discret de la main et s'approcha silencieusement du recoin où il pourrait surprendre les nettoyeurs en faction. Il n'eut pas longtemps à attendre, sa première victime arriva quelques secondes après qu'il se soit placé et fut assommée avant même qu'elle ait vu quoi que ce soit. Les deux suivantes subirent le même traitement quand soudain les quatre gardes restants surgirent armes au poings et les mirent en joue, ne leur laissant pas le temps de dégainer leurs armes. Celui qui semblait être le chef leur demanda de décliner leur identités tout en faisant reculer Jarod. Se retrouvant à coté de lui, la jeune femme lui glissa à l'oreille :

- « Ils ne nous ont pas encerclé, donc il nous reste deux possibilités. Soit se sont de parfaits imbéciles – Ce qui est une piste non négligeable vu leurs têtes de consanguins – soit les renforts ne vont pas tarder à arriver…

- Connaissant ton cher frère je voterai pour la deuxième option… Il regarda les hommes en face d'eux et ajouta, Bien que d'un point de vue strictement objectif tes deux idées ne soient pas foncièrement incompatibles. »

Un sourire carnassier étira les lèvres de sa partenaire et elle lança d'un ton froid et incisif :

- « Dites donc bande d'abrutis, vous appelez ça du travail efficace ? On a eu le temps de mettre trois de vos types hors service avant que vous ne réagissiez ! Vous avez de la chance que ce ne soit qu'un entraînement, parce que si on était là pour autre chose que votre formation vous seriez déjà tous morts… D'ailleurs, poursuivit elle en s'approchant d'eux, suivie par Jarod, vous croyez sincèrement que c'est de cette façon que doit se tenir un AK-47 ? Pitié, on dirait quatre gamins qui jouent aux cow-boys dans un jardin d'enfants ! »

Le chef d'équipe sembla vouloir se récrier mais un regard glacé de la part de la Miss l'incita au silence. En guise de représailles, cette dernière lui arracha son arme des mains et la colla sans ménagement dans celles du Caméléon. Elle réclama les trois autres fusils et dès qu'elle les eut en sa possession elle s'empressa de s'éloigner d'eux et de les mettre en joue à son tour.

- « Félicitations, vous êtes définitivement les crétins les plus pathétiques que la terre n'ait jamais porté ! Un entraînement, et puis quoi encore?! Je vais vous donner la seule vraie leçon à retenir, les entraînements ça n'existe pas au Centre. Maintenant vous allez gentiment jeter les clés de vos menottes dans notre direction et vous attacher deux par deux avant de vous enfermer dans le débarras accolé au cabanon. EXÉCUTION ! »

Semblant désireux de ne pas énerver leur ennemie plus qu'elle ne l'était déjà, ils obtempérèrent sans faire de vague et il ne leur fallu pas plus de deux minutes pour se ligoter. Confiant à Jarod le soin de couvrir ses arrières, elle s'approcha d'eux une nouvelle fois et resserra les menottes autour de leurs poignets tellement fort de leur peau blanchit tout autour. Captant le regard surpris de son coéquipier elle leva les yeux au ciel tout en lâchant un soupir agacé.

- « Quoi ! Ils ont beau être complètement stupides on leur a peut-être appris à se déboîter le pouce, je préfère ne pas prendre le risque. Allons sauver Broots des mains des ses brutes sans cervelle avant qu'il ne finisse en pâté pour Lyle veux-tu ? »

N'attendant pas qu'il lui réponde, elle pris la direction du cabanon et colla son oreille à la porte. Elle se redressa presque aussitôt et le Caméléon remarqua qu'elle était un peu plus pâle qu'avant.

- « J'ai entendu deux hommes proposer d'ébouillanter Broots pour le réveiller, chuchota t-elle précipitamment. Tu passe le premier, je te couvre. »

Décidant qu'ils n'avaient pas de temps à perdre en discussions stériles, il lui laissa le temps de déposer les deux armes inutiles à coté de la porte avant de défoncer cette dernière d'un coup de pied bien placé. La scène qu'il découvrit le plongea directement dans ses pires souvenirs du Centre tant ce qu'il voyait l'horrifiait. À sa gauche, trois hommes qui avaient l'air de dangereux psychopathes étaient en train de lâcher les verres qu'ils tenaient et tendaient leurs mains vers leurs armes. À sa droite, un établit sur lequel reposait tout un tas d'instruments de torture étendait son ombre menaçante sur toute la pièce. Mais le pire se trouvait en face de lui. À moitié tombé de la chaise à laquelle il était attaché, inconscient, le corps tailladé et brûlé à de multiples endroits, le visage en sang, le nez brisé, les yeux presque entièrement cachés par les boursouflures, une jambe tordue dans une position surnaturelle, Broots était méconnaissable.

Ne perdant pas plus de temps à observer son environnement, il mitrailla les trois bandits avant qu'ils ne dégainent leurs pistolets et s'avança vers le pauvre informaticien. Il allait crocheter la serrure de ses menottes lorsqu'un bruit de surprise suivit d'un violent « Lâche moi espèce de salaud ! » le fit se retourner vivement. Il réalisa alors avec horreur que Lyle avait du se cacher derrière la porte à leur entrée et qu'il maintenait désormais sa sœur contre lui en enserrant son cou au creux son bras tout en braquant le canon de son arme sur sa tempe.

Il arborait un air supérieur et satisfait absolument insupportable quand il s'exclama :

- « J'étais sûr que tu avais quelque chose à voir avec son évasion petite sœur ! Il me tarde de voir les attentions que va t'accorder ce bon vieux Raines à votre retour au Centre, ce sera sans aucun doute un spectacle délectable… Bon ce n'est pas tout Jarod, mais tu ferais mieux de me donner ton arme si tu tiens à ce que Parker reste en un seul morceau.

- Voyons, tenta t-il avec l'espoir d'être dans le vrai, c'est ta sœur tout de même, tu ne la tuerai pas… »

L'autre se contenta d'un ricanement sarcastique tout en le défiant du regard. Comprenant que parlementer avec Lyle était parfaitement inutile, si ce n'est dangereux, il préféra opter pour l'action. Tenant son arme par le canon, il fit un pas en avant comme s'il comptait effectivement lui remettre son fusil, comptant lui assener un coup de crosse dès qu'il serait à portée.

- « Arrête toi immédiatement où je lui fais sauter la caboche ! Peut importe si notre cher père est en rogne pendant quelque jours, au moins elle ne traînera plus dans mes pattes.

- Voyons ne soit pas ridicule, tu sais bien que je ne tenterai rien pourrait mettre sa vie en danger… »

Il amorçait un mouvement pour avancer encore un peu quand le coup de feu retentit.


Moi sadique? Un petit cliffhanger n'a jamais fait de mal à personne!

Du coup n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez qu'il va se passer ou à me réclamer la suite!