Bonjour.

Je préviens, cet OS n'est pas joyeux. Il y a des descriptions de tortures et des mentions de viols. Au pluriels. Ils ne sont pas décrit, mais mentionnés. De même, il y a des mentions d'inceste (mais pas de Wincest romantisé contrairement à mon habitude).

Si quelque chose là dedans vous gêne, ne lisez pas. Vraiment.

Et si rien de tous ça vous gêne, alors il me reste à vous dire que c'est un texte où j'ai incorporés divers défis du serveur "l'Enfer de Dante 1.0", le lien est sur ma description.

On remercie mon amie Lolasido pour la correction.

Bonne lecture.

oOo

Au début, les tortures avaient été presque banales. Presque… décevantes, au vu de son illustre bourreau. Non pas que Sam voulait souffrir, il s'en passait volontiers, mais cela paraissait si étrange.

La Cage était un espace en dehors des lois de la physique. Elle semblait ne pas avoir de limites et être minuscule, tout à la fois. Elle n'existait pas vraiment. Elle était un lieu qui donnait l'impression de pouvoir s'en échapper, avant de se refermer sur ses occupants, sans merci.

Et ses occupants étaient, pour deux d'entre eux, tout aussi terrifiants que le lieu en lui-même. Deux Archanges, les plus puissants. Deux des plus vieilles créatures existantes, l'une furieuse de retrouver ses chaînes après une seconde de liberté dans son éternité d'emprisonnement, l'autre découvrant avec horreur un lieu où il n'était pas censé être.

Michael et Lucifer réunis, pour le meilleur, et surtout, pour la souffrance de ceux qui furent leurs hôtes, humains impuissants dans ce néant punitif.

Mais très vite, chacun ne s'occupa plus que de son propre supplicié. Et Sam se retrouva sur un chevalet, le diable murmurant au creux de son oreille qu'il serait amusant de voir s'il pouvait être encore plus grand.

Les mains et les poignets enserrés dans des liens de cuir, qui brûlaient et arrachaient sa peau, Sam souffrait. Le cadre en bois soutenant son supplice était rugueux, permettant à de nombreux copeaux de bois de rentrer lentement dans sa chair à mesure que les liens tiraient sur ses membres.

Le jeune homme ne sentait plus ses mains et ses pieds. Privés de sang, ils devaient déjà être gangrenés, si tant est qu'un tel mal ait pu l'atteindre ici, dans ce lieu dénué de logique et de loi.

De même, il se demandait par quel miracle son corps ne s'était pas encore démantelé, sous la force du chevalet. Car il avait senti les tissus de sa peau se tendre, aux épaules et aux genoux, puis se déchirer lentement, cellule après cellule, de même que ses muscles. Il avait senti les tendons reliant ses os se rompre.

Plusieurs fois.

À chaque fois qu'il sentait l'un de ses membres se détacher, Sam s'évanouissait, pour plonger dans un sommeil agité, où il voyait Dean mourir encore et encore, sans fin, par sa faute.

Et lorsqu'il se réveillait, c'était pour voir le vrai visage du diable, penché sur lui, souriant de toutes ses bouches, caressant dans un geste sensuel son visage. Puis, alors qu'il reprenait le visage de Nick, ou le sien, il lui susurrait à l'oreille quelques mots. Toujours les mêmes. Sans aucune variation dans le ton de sa voix ou dans les pauses entre les syllabes.

-Je suis impatient voir tes membres s'étirer… Laisse-moi t'aider…

Et le supplice recommençait. La douleur irradiait dans ses muscles, comme si elle coulait dans ses veines, comme si elle était l'air qu'il respirait.

Au début, il hurlait de douleur, ce qui faisait partir Lucifer dans un rire joyeux, obscène, orgasmique, comme si ce son d'horreur et de souffrance n'était qu'un jeu sexuel pour le diable.

Alors, il avait arrêté de manifester sa douleur, luttant pour contrôler les muscles de son visage, pour rester maître de lui-même. Il pensait à Dean, et tentait de se le représenter en vie, souriant au volant de son Impala, en train de dire une bêtise ou l'autre. L'image de son grand frère l'apaisait et lui permettait de mieux vivre ce supplice.

Mais lorsque Sam résistait, lorsqu'il parvenait à sceller sa bouche pour ne pas laisser échapper le moindre son, Lucifer était furieux. Les insultes fusaient, de même que les coups, détruisant encore une fois ce corps autrefois si beau, semblable à une carpette désormais.

Et les mains de l'Archange déchu couraient lentement sur la peau de ce qui fut un jour un jeune homme, jusqu'à que le bout de viande écartelé sur ce chevalet se mette à hurler, puis à sombrer dans ce coma où Dean devait mourir à son tour, tué par Sam Winchester.

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Et puis un jour, alors qu'il se réveillait d'une période de cauchemars, il sentit une chose étrange dans son dos. Sa peau était restée intacte à son réveil. Le chevalet avait disparu.

Puis ce fut la chute.

Il tenta de bouger, d'offrir autre chose à cet obscur vide que son dos, mais il ne savait plus comment bouger ses muscles. Sam ne savait même plus que c'était réellement possible.

Son mouvement s'arrêta avec un type de douleur inédite. Depuis certains points de son corps, une douleur locale mais intense commençait doucement à se propager.

L'épaule droite.

Le pied gauche.

Le ventre.

La joue droite.

L'œil gauche.

Un instant, il resta sans bouger, retenant ses cris de douleurs, qui ressemblaient plus à des gémissements semblables à ceux d'un chiot.

Respirant lourdement, il tentait de garder conscience alors que son corps, retenu par les points de douleur, était attiré par le vide.

Et il se demandait où était son bourreau.

Lentement, profitant de cet étrange répit, il tenta de se dégager, de libérer ce qui s'enfonçait dans sa chair. Profitant de sa main gauche libre, il la leva doucement, tâtant délicatement la zone entourant son œil gauche. Une pointe de métal s'était fichée au plein milieu du globe, ressortant de l'organe mutilé en une courbe métallique, elle-même reliée à une corde.

Il était retenu par des crochets.

En gémissant, il tenta de retirer l'objet de son œil. Il échoua, et la douleur l'entraîna dans un puits noir d'inconscience.

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Il se réveilla, il ne savait combien de temps après. Ses muscles étaient complètement engourdis ; les seules parties de son corps que Sam sentaient étaient celles où étaient enfoncés des crochets. Il ne tenta pas de se dégager ; c'était inutile. Que pourrait-il faire, à part aggraver ses blessures et ses souffrances ? Il ne ferait pas ce plaisir à Lucifer ; il accepterait la douleur, sans rien dire, sans se plaindre, sans hurler. Seules les larmes ensanglantées coulant sur ses joues témoignaient de ses douleurs.

À nouveau, le temps se dilatait et perdait sa signification. Sam aurait pu passer une seconde comme une vie, planté sur ces crochets, à ne sentir que son sang couler sans fin hors de son corps.

Et puis ils disparurent.

Sam retomba dans le vide.

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La chute fut indolore. Il était sur un vaste matelas, étrangement confortable. Méfiant, Sam se redressa, regardant autour de lui, lorsqu'il se rendit compte.

Doucement, il tâta son œil gauche. Il était intact. Perplexe, il examina les autres parties de son corps touchées par les crochets ; elles étaient toutes intactes. Cela plongea immédiatement le chasseur dans une grande angoisse ; qu'est-ce que Lucifer prévoyait ?

Il était sur un grand lit. Vaste et confortable, chargé d'oreillers multicolores. Lui-même était vêtu d'un simple pantalon de soie blanche. Lentement, il descendit du lit, situé au milieu d'une grande chambre aux murs de bois peint. Quelques tableaux y étaient affichés, représentant tous son frère, Dean.

Sam eut un instant le souffle coupé en voyant ces peintures, si réalistes, représentant à la perfection la beauté de son aîné. Il voulut s'en approcher, mais se ravisa ; il ne devait pas se laisser distraire, il était toujours dans la Cage.

Tournant sur lui-même, il aperçut une fenêtre. Lentement il s'en approcha, s'attendant à voir Lucifer en jaillir. Il jeta un rapide coup d'œil par la fenêtre. Rien. Le néant absolu.

-Je suis là, mon amour.

La voix le fit sursauter, faisant disparaître sa vigilance. Elle était si douce, transmettant tellement d'amour dans ces quelques mots que c'en était presque douloureux ; c'était la voix de Dean Winchester.

Ces mots réveillèrent quelque chose en lui. Une chose mauvaise, qui somnolait tout au fond de lui. Une chose qu'il avait toujours tenté de maîtriser, de contenir, depuis qu'il était en âge de s'en rendre compte.

Son amour pour son frère. Pas un amour fraternel ; un amour romantique et sexuel, un amour honteux, sale, malsain.

Et cet amour le parcourut comme une onde, quand deux mains se posèrent sur ses épaules, glissèrent sur son torse et caressèrent ses joues, alors que les doigts traçaient lentement le contour de ses lèvres.

-Mon Sammy, mon Sammy adoré… Sais-tu à quel point j'aime te savoir ici, contre moi ? Reste avec moi pour toujours…

Il le savait. Cette voix était celle de Dean. Mais ce n'étaient pas ses mots. Ce n'était pas lui. Cependant, piégé par ces paroles et ce timbre de voix aimé, il ne pouvait bouger, comme hypnotisé.

Les mains le tirèrent. Doucement il se tourna, alors que la voix recommençait à parler.

-Reste avec moi… épouse moi, soupira sensuellement Lucifer.

Le corps de Sam se tendit. Une partie de son cerveau cherchait à fuir. L'autre était déjà figée, comprenant ce qui allait se passer. Cette partie l'emporta ; soudainement, le chasseur se sentit hors de son corps.

C'était comme si son cerveau s'était déconnecté. Comme s'il n'enregistrait pas ce qu'il se passait. Il savait ce qui allait lui arriver, mais il n'arrivait pas à se défendre. Les tortures précédentes lui revenaient en tête. L'endroit où il était lui revenait en tête. L'identité de son violeur lui revenait en tête.

Se débattre ne servait à rien.

Strictement à rien.

Comme dans un rêve, il vit le diable l'entraîner vers le lit et l'y allonger.

Tel une poupée, une vulgaire chose gonflable, celui qui fut Sam resta inerte, alors que Lucifer explorait son corps.

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Il se réveilla un temps plus tard, seul et nu dans ce lit qui lui faisait horreur. Il s'en arracha rapidement, glissant au sol, sur un parquet élégant de bois sombre. Et là, le supplicié vomit.

Il était malade de s'être laissé faire, de ne rien avoir tenté, d'avoir eu trop peur pour ne serait-ce que frapper son… son…

Il ne voulait pas penser au mot.

Baissant les yeux sur son corps, il eut un sentiment de rejet en le voyant. Cet assemblage d'os, de sang et de chair ne lui appartenait plus. C'était le jouet de Lucifer. Et en tant que tel, seul le diable pouvait choisir ce qui lui arrivait. L'être qui était autrefois à l'intérieur ne comptait pas.

Mais il voulait se rebeller. Si son tortionnaire voulait son corps, et bien, il le rendrait hideux.

Il planta ses ongles dans la peau de son torse, utilisant toutes ses forces pour pénétrer la chair au plus profond, faisant jaillir un filet de sang. Et lentement, en se retenant de hurler, il descendit, dessinant des sillons sanglants. Et lorsqu'il eut finit, il recommença. Encore. Et encore. Jusqu'à que son corps entier soit recouvert de sang, et que ses ongles en soient arrachés.

Ce fut à ce moment que Dean arriva.

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La porte de la chambre fut enfoncée par le chasseur aux iris vertes, qui tenait une lame d'ange et un pistolet. Il semblait sur ses gardes, et une lueur de panique dansait dans ses yeux, alors qu'il parcourait du regard la pièce. Son visage se figea et devint blanc, lorsqu'il vit son frère couvert de sang.

-Sammy… Oh bordel Sammy.

Sans lâcher ses armes, Dean se laissa tomber auprès de son frère, et prit délicatement son visage dans ses mains.

-Qu'est-ce que…. C'est lui ? C'est lui qui t'a fait ça ? Je vais le buter !

-Non… Moi…

-Mais… Pourquoi ?

-Il… Je… J'étais sale, si sale…

-Tu es sale, à cause du sang. Qu'est-ce que…

-Tu ne comprends pas, tu ne peux pas comprendre…

Se laissant aller dans les bras de son frère, Sam s'autorisa à pleurer. Les bras forts de son frère autour de lui formèrent comme un cocon, dans lequel il se laissa aller avec délice. Dean commença à lui frotter le dos, comme pour le réconforter.

-Ça va aller… On va retrouver ce fils de pute.

Dean écarta doucement son petit frère de lui, et le regarda en souriant.

-Je te le promets.

Les yeux du plus jeune se fixèrent sur ce sourire.

-D'ailleurs.

Le sourire du diable.

-Je suis là.

La victime se mit à trembler. Il avait pleuré dans les bras de son bourreau. Et ce dernier… Ce dernier ressemblait à Dean, il lui ressemblait tellement… Sauf que l'expression de son visage, la lueur dans ses yeux, et la courbe de ses lèvres n'étaient pas les bonnes. C'était celles de Lucifer.

Avec horreur, Sam tenta de se dégager, de fuir. Il savait ce qui allait lui arriver, et il ne voulait pas, surtout pas…

Mais son frère… non, son bourreau, le regardait d'une façon… D'une façon qui le glaçait. Il n'y avait rien de plus horrible que ce regard.

Alors, Lucifer fixa ses yeux de ce vert si particulier dans les siens, et attrapa les bras de sa chose, pour la rapprocher de lui.

-N'aie pas peur, murmura la voix de Dean, je suis là pour toi.

Et ce qui aurait dû rester un fantasme malsain, un secret honteux caché aux fins fonds de ses pensées devint réalité. Il embrassait son frère. À pleine bouche. Tel un réflexe, son corps avait réagi, répondant au baiser et à l'étreinte. Encore une fois, son esprit était comme sorti de son corps, le laissant réagir seul. Et le baiser prit le goût du sel lorsque les mains de Dean recommencèrent à explorer son corps.

Il essayait. Vraiment. Il voulait le différencier de son frère, ne voir que son bourreau, mais il n'y arrivait pas. C'était trop dur.

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Les fois suivantes, à son réveil, seul et nu sur ce lit qui lui faisait horreur, il y resta prostré pendant des heures, à pleurer, attendant que son bourreau vienne le rejoindre pour un nouveau viol. Il revint avec le visage de Nick, celui que sa victime lui connaissait bien maintenant. Mais il venait aussi parfois avec des visages que sa chose avait bien connus, dans son ancienne vie. Jess. Jo. Castiel. Bobby. John. Et Dean. C'était la « tenue » préférée de Lucifer, il le lui avait lui-même susurré à l'oreille lors d'une de ses étreintes forcées. Celle qui faisait le plus de mal à cette créature de douleur au corps souillé. Mais il ne fallait pas non plus trop en abuser. Sinon, cela ne ferait plus rien. N'est-ce pas Sammy ?

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Certaines fois, la créature meurtrie avait tenté de se battre. De rendre les coups, de rendre la douleur. Ça avait été pire. Il n'avait plus que l'énergie du désespoir, que l'envie que tout cesse, que le néant vienne le cueillir, que plus rien n'existe.

Il avait aussi tenté de se suicider. De briser le lit pour enfoncer un pieu de bois dans son cœur, de se jeter par la fenêtre, de s'ouvrir les veines avec les dents.

Les viols qui suivaient n'en étaient que plus douloureux, longs et éprouvants. Mais ça ne l'empêchait pas de continuer. Car c'était tout ce qui lui permettait d'exister encore.

Une fois, il avait aussi tenté de s'en prendre directement à Lucifer. Il lui avait sauté dessus avec un long pieu, et l'avait poignardé, encore et encore dans un geyser de sang. Le liquide écarlate giclait de partout, salissant toute la chambre, le recouvrant.

Et lorsqu'il s'arrêta enfin, haletant après ce qui semblait être des heures, il entendit un bruit derrière lui. Quelqu'un applaudissait.

-Bravo Sammy ! Je ne pensais pas que tu aurais autant aimé tuer ton frère !

Son sang se figea une nouvelle fois. Lucifer était derrière lui. Intact. Et sous la carcasse de la chose du diable, se trouvait le corps de Dean, ouvert, les entrailles éparpillées un peu partout.

-C'était magnifique, vraiment, bravo, bravo ! Je suis vraiment impressionné, au point que je vais te faire une offre. Mais ça ne sera que pour cette fois ! Donc écoute moi bien. Si tu embrasses les entrailles de son frère, je te laisse tranquille ce soir. Je ne te ferai pas profiter de nos étreintes passionnées. Tu pourras te reposer pour de vrai, sans cauchemars ni rien. Un vrai sommeil. Deal ?

Sa chose resta un instant sans savoir quoi dire. La proposition était tellement belle… Et monstrueuse.

Mais l'envie d'aller mieux, de ne pas subir sur lui et en lui l'étreinte du diable, pour une fois, juste une fois… Cela l'emporta sur sa fierté. Il accepta.

Retenant toutes ses émotions, son dégoût, sa peur, son soulagement, tout, il se mit à genoux, à côté de ce qui semblait être le cadavre de son frère, au ventre ouvert sur cette bouillie rouge. Et il se pencha.

-Non. Regarde-moi en le faisant. Ne me tourne pas le dos ! Je ne vais pas pouvoir profiter de tes yeux si beaux ce soir… Je veux les voir pendant que tu le feras !

Alors, la chose fit tout doucement le tour du cadavre, se traînant dans le sang, pour se placer de manière à ce que son maître le voie, et là, prostré à ses pieds, il leva les yeux vers l'être qui le dominait, avant de se baisser pour plonger sa tête dans la cavité sanglante et y embrasser les entrailles de son frère. Lorsque ce fut fait, il repoussa cette chair et s'essuya rapidement la bouche d'un revers de la main.

Lucifer s'agenouilla devant lui, et lui épongea le visage avec un mouchoir.

-Oui, c'est ça… C'est cette lueur de défi que je veux voir dans tes yeux… Elle m'avait tellement manqué…. Allez mon petit Sammy… Retourne te coucher. Profite de ta nuit. Je reviens te voir demain.

La créature se leva lentement, et alla vers le lit, sous le regard du diable.

-Allez, allez, c'est l'heure de dormir ! Papa ne t'a jamais bordé, je crois ? Mais moi je suis là !

Sans plus lutter, la chose se glissa sous les couvertures, alors que Lucifer venait soigneusement les remonter et les arranger autour de lui. Il l'embrassa sur le front, et lui sourit.

-Je reviens demain. Bonne nuit mon petit Sammy !

Et il s'endormit.

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À son réveil, il retourna dans ce cercle infernal, où il n'avait le choix qu'entre rester prostré et se mutiler. C'était ses seules occupations. Il s'en était longtemps satisfait, mais maintenant, ce n'était plus possible. Il avait eu un répit. Il en voulait un nouveau. Il voulait sortir de la Cage, et mourir pour de vrai, sombrer dans le Néant, ou tout autre endroit où rien n'existait. Il ne voulait plus exister !

De rage, il renversa le lit, le brisant en une infinité de débris à peine plus grands que des allumettes. Il détruisit la fenêtre et les cadres aussi, avant de s'attaquer à un mur et de le frapper encore et encore, à s'en détruire les poings.

Et lorsque Lucifer entra, pour un nouveau viol, il lui sauta dessus pour le frapper.

-Sam, ça suffit, je suis là pour t'aider !

-NE ME MENS PAS !

-C'est Castiel ! J'ai besoin de toi.

-Je… Je… Non. Tu es Lucifer. Tu dois être Lucifer. Tu es toujours Lucifer. Il n'y a que lui. Que…

Il baissa les poings, qui n'étaient plus que des bouilles rouges, et se mit à pleurer.

-Vas-y…

-Non. On doit y aller. Maintenant !

Mais son esprit était déjà comme sorti de son corps, en prévision de ce qui devait arriver. Et qui n'arriva pas.

Castiel le prit dans ses bras et sortit de la pièce, le serrant contre lui.

-C'est fini.

La chose s'évanouit, alors qu'une partie de lui hurlait.

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Sam se réveilla dans un lit qu'il ne connaissait pas. La pièce lui était également inconnue. En fait… Il ne savait pas où il était. Un motel, sans doute.

Il secoua la tête. Mais que s'était-il passé ? Il se souvenait d'avoir dit oui à Lucifer, de l'avoir emporté sur lui et d'être tombé dans la Cage avec lui.

Et il se souvenait de ce qui s'y était passé.

Mais étrangement, cela ne lui faisait rien. Ça lui était égal. Comme si ces instants de souffrance n'étaient finalement rien.

-Sam… Tu vas bien ?

-J'ai été torturé par le diable… Mais… Etrangement oui… Je suppose que c'est parce que c'est terminé. Je… Je me sens bizarre…

-Je peux aller chercher Dean, si tu veux.

Certains souvenirs remontèrent.

-Non. Je ne veux pas. Il doit avoir refait sa vie… À moi de refaire la mienne. Merci Castiel.

-De rien. Je…

-Laisse-moi, s'il te plaît.

Dans un battement d'ailes, l'ange disparut.

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Il se rendit chez Lisa. Il savait que Dean y était forcément.

Sam le savait, il aurait dû aller voir son frère. Traverser la rue, aller devant cette porte, appuyer sur la sonnette, déranger cette joyeuse assemblée en plein dans son repas.

Mais il ne le fit pas.

Quelque chose n'allait pas.

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Cette chose, c'était son âme. Il l'apprit quelques mois plus tard. Son âme n'était plus là. Elle était dans la Cage, avec Lucifer. Une part de lui-même se faisait encore torturer constamment. Mais ça lui était égal. Tout lui était égal. Rien ne lui importait. Ni son âme torturée, ni la douleur dans les yeux de Dean lorsqu'il le regardait. Seul le fait d'être en vie et de faire son travail trouvait grâce à ses yeux.

Mais la mort ne lui faisait pas peur.

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Lorsqu'il retrouva son âme, il eut un instant de grâce. Un instant où il était redevenu la personne d'avant. Où le bonheur lui semblait encore possible. Où le simple fait d'être avec Dean valait tous les combats du monde. Son amour incestueux pour son frère était encore enfoui et nié au fond de son cœur.

Et le mur vola en éclat.

Toutes les horreurs que la chose nommée Sam avait vécu dans la Cage, tous ces moments où il avait peu à peu cessé d'être un humain étaient revenus le frapper, comme un élastique trop tendu. Son corps était sale, bafoué, souillé. Ce n'était plus le sien, juste le jouet cassé du diable. Ce diable qui revenait le hanter, son sourire flottant dans l'air tel celui du chat du Cheshire. Il aurait pu succomber une seconde fois, redevenir cette chose, mais il ne pouvait pas.

Cette fois, Dean était là. Et avec son frère, il sentait qu'il pouvait se battre. Il sentait qu'il pouvait effacer le sourire de Lucifer. Qu'il pouvait presque retrouver sa vie d'avant. Mais plus son innocence.

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Il se sentait sale. Pas à cause des viols, ou du moins pas totalement. Mais parce qu'il avait accepté ses sentiments pour son frère. Parce qu'il était conscient de cet amour monstrueux, qui devait à jamais rester dans le silence, dans l'oubli où il voulait enfermer ses souvenirs de la Cage. Il le savait, c'était impossible. Comment oublier ce que cela faisait de sentir ses muscles se déchirer, d'avoir l'œil transpercé par un crochet métallique, de sentir un corps étranger et pourtant si aimé se mêler au sien ?

Mais il devait le faire. Passer à autre chose. Pour lui, et pour toutes les vies qu'il s'était engagé à sauver, en devant chasseur. Et pour son frère qui ne devait jamais savoir. Sam aimait trop Dean pour le laisser savoir ce qu'il s'était passé, pour le laisser s'inquiéter pour lui. Alors, il faisait comme si tout était au-dessus de lui.

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Lorsqu'il frôla la mort, une partie souhaita s'en aller. Sombrer dans le Néant que son âme mutilée appelait de tout son être. Mais pour son frère, il resta. Il revint, il reprit fièrement la chasse à ses côtés. Mais quelque chose n'allait pas.

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Et quand la vérité éclata, elle était monstrueuse.

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Alors c'était ça. Depuis tout ce temps. Dean, son Dean, l'être qu'il aimait par-dessus tout, son modèle, son frère, son amour, l'avait trahi.

Il avait introduit un ange en lui.

L'horreur traversa le corps de Sam en frissons. Ce n'était pas comme dans la Cage, mais son esprit brisé ne pouvait s'empêcher de faire des comparaisons.

Un ange était entré en lui suite à une ruse, s'était servi de lui contre son gré. Ça ne pouvait que lui rappeler toutes ces fois, dans la chambre…

Il avait envie d'en vouloir à Dean. De lui reprocher tout ça. De rejeter la faute sur lui, complètement. Et c'est ce qu'il fit.

Il avait aussi envie de raconter ce qu'il s'était passé dans la Cage, pourquoi mourir lui était égal, mais…. Il ne pouvait pas. Quelque chose le retenait. Car il le savait, Dean n'avait pas fait ça pour lui faire du mal. Il n'avait pensé qu'à son propre bien, qu'à le protéger, le garder en vie ; c'était ce qu'il avait toujours fait et ce qu'il ferait toujours. Il était incapable de pouvoir faire sciemment du mal à son petit frère.

Sam le savait, il ne pourrait pas simplement pardonner à son frère. C'était trop. Et Dean ne comprendrait pas, il ne comprenait pas à quel point Sam voulait mourir mais se l'interdisait, car ce serait laisser le diable gagner. Ce serait admettre qu'il l'avait tant brisé qu'il ne pouvait plus se reconstruire.

Et c'était hors de question. Alors, petit à petit, Sam se força à pardonner à Dean. De toute façon, il ne pouvait pas faire autrement ; il avait besoin de son frère pour vivre. Ils étaient dépendants de la présence de l'autre, il le savait. Le plus jeune savait aussi que cela était dû à son amour incestueux pour Dean, mais était-ce réciproque ?

Évidemment, quelque chose en lui souhaitait que ce soit le cas. Mais il savait aussi mieux que personne que les illusions étaient dangereuses.

Et il savait aussi qu'après ce qu'il s'était passé dans la Cage, il ne serait jamais capable d'aimer physiquement son frère. Car Lucifer avait sali cet amour, déjà tordu et malsain, mais qui aurait pu être beau, le plus grand des amours, celui qui les regrouperait en un sentiment si puissant…

Un amour qui ne pourrait jamais vraiment exister.

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Lorsqu'ils eurent besoin de Lucifer, il aurait pu s'écrouler. S'entêter dans une voie dangereuse qui aurait pu tous les mener à leur perte. La peur tordait ses entrailles.

Mais il tint bon. Car il n'avait pas le choix. Il était un chasseur. Il était un Winchester. Peu importait son bien-être, il devait faire ce qui était nécessaire.

Même si c'était s'allier à son violeur. Car rien n'était plus important que la survie de l'humanité, et ce faisant, celle de Dean.

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La malédiction le poursuivit. Lucifer était, évidemment, hors de contrôle. Marchant parmi eux, presque en totale liberté. Agissant comme un enfant.

Un enfant monstrueux dont il avait été le jouet.

Mais il n'avait pas le choix. Il devait l'aider à se réconcilier avec son père. Il devait faire bonne figure.

Lucifer aussi faisait comme si de rien n'était. Mais une étincelle brillait dans ses yeux lorsqu'il regardait Sam.

Un rappel de ce qui s'était passé dans la Cage.

Devoir à nouveau le considérer comme un ennemi, le traquer même, lui fit du bien. Comme si l'ordre des choses avait tourné en sa faveur. Il le savait, tant que son ancien bourreau et lui-même vivraient dans le même univers, Sam ne pourrait jamais être tout à fait tranquille.

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Et puis Lucifer disparut de cette réalité avec sa mère, laissant ce cadeau empoisonné derrière lui.

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Accepter Jack fut compliqué. Il ne ressemblait en rien à son père, Sam le voyait bien. Mais le garçon restait le fils de Lucifer, le fils de son bourreau. Le protéger était presque douloureux.

Cependant, une idée tournait dans la tête de Sam. Jack était aussi le fils de Kelly. Il voulait en être digne, aider les humains, comme les modèles qu'il s'était choisi. Mais ne risquait-il pas de devenir comme son père, si ces modèles lui tournaient le dos, au prétexte qu'il était justement le fils de Lucifer ?

Tant d'espoir, tant d'innocence brillaient dans les yeux de Jack. Sam voulait le prendre sous son aile, le protéger. Mais pour cela, il devait se décharger de son fardeau. Il avait besoin de l'aide de Dean.

Et il avait besoin de parler à Dean. De dire ce qu'il s'était passé dans la Cage. D'enfin s'ouvrir à lui.

Au risque de le choquer par ses sentiments. Au risque de se faire repousser. Au risque que l'amour de Dean pour son petit frère, ce qui l'avait poussé à se dépasser pour toujours mieux le protéger, se brise devant cet amour monstrueux.

À ce moment, il n'était pas tout à fait prêt.

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Mais alors qu'il laissait pourrir Lucifer dans cet autre monde, au prix de la vie de Gabriel, alors que Jack, Mary, Dean et lui-même étaient en sécurité dans leur dimension, quelque chose soupira de soulagement en Sam. Après toutes ces années, il se sentit un peu mieux. La douleur et la honte martelaient toujours ses entrailles, mais, quelque part, il sentait qu'il s'était un peu vengé.

Lucifer n'était plus là, il n'était plus dans son univers. Il était ailleurs, hors d'état de nuire. C'était donc le moment de tenir sa résolution. Le moment de parler à Dean.

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Le vert se teinta d'horreur, à mesure que Sam racontait. Sans hésitation, sans larmes, sans émotion, comme si son âme était à nouveau partie. Il sentait quelque chose s'alléger en lui, comme pour lui montrer qu'il avait pris la bonne décision. Qu'il avait fait ce qui fallait faire. Qu'il devait en parler à son frère.

La blessure de son âme était comme à vif, depuis toutes ces années, brûlant au rythme de la terre qu'il jetait par-dessus pour tenter d'oublier, et des cailloux qui s'entassaient dessus tels les épreuves que traversaient les Winchester.

Mais en parlant à son frère, la plaie fut mise à nu. Et lorsque Dean prit Sam dans ses bras, l'ancien jouet de Lucifer sut qu'il allait guérir. Car son frère ne l'avait pas rejeté.

L'aîné avait tiqué, en apprenant les sentiments incestueux de son frère. Il avait paru un instant gêné, mais n'avait pas relevé. Et, lorsqu'à la fin de ce tragique récit il avait pris son petit frère dans ses bras, son Sammy, il avait accepté cet amour, sans être capable de le retourner dans la même mesure.

Et la vie avait semblé pouvoir reprendre son cours plus simplement.

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Mais le sourire du diable avait refait surface dans la vie de Sam.

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Jetant aux oubliettes toutes ses fausses promesses de rédemptions, Lucifer avait tout fait pour se venger. Et le plus jeune Winchester savait que tôt ou tard, il reviendrait pour lui, pour reprendre ce qu'il avait commencé et ce que Castiel ne l'avait jamais laissé finir. Et pour continuer sa sinistre besogne.

Mais l'horreur ne s'arrêtait pas là, elle tourbillonnait en lui. Comment l'arrêter ? Est-ce qu'un jour, il pourrait vraiment être libre de son bourreau ? Est-ce qu'il pourrait vivre sans sentir en lui la crainte que Lucifer ne revienne pour le prendre et l'emmener dans sa Cage ?

Mais lorsqu'il pensait à Dean, il avait encore plus peur. Son frère savait, maintenant. Il savait ce que son petit frère, la chose la plus importante à ses yeux, avait subi, tout ce qui le hantait encore. Et Dean était incapable de laisser son petit frère en danger. Il était le centre de son monde, la seule chose qui lui importait. Et il allait forcément faire une bêtise pour venir les libérer, lui et Jack. Il allait forcément faire quelque chose d'horrible, que Sam allait désapprouver.

Juste pour lui. Juste pour sa sécurité, son bien-être.

.

Et cela ne manqua pas. Il était allé s'allier avec Michel. Dean était devenu l'hôte d'un Archange. Le sang de Sam se glaça, alors qu'il était partagé entre deux idées.

Dean et Michel pouvaient le faire. Ils pouvaient le libérer à tout jamais de Lucifer, lui rendre une liberté à laquelle il ne croyait plus, pour qu'il puisse enfin oublier toutes ces horreurs. Tout pouvait être fini en un combat. Il suffisait de battre le diable.

Mais, de l'autre côté, le risque pris par Dean était énorme. Sam connaissait bien le prix à payer, lorsqu'on devenait l'hôte d'un ange, fût-il simple soldat ou Archange. Ces deux expériences l'avaient marqué, traumatisé à jamais… Et la simple idée que Dean ait à son tour un ange en lui le révulsait.

Mais il devait croire en son frère. Lui faire confiance. Croire qu'il pourrait tuer Lucifer, et être plus fort que Michel. Qu'il pourrait mettre fin à tout ça, que la paix était là, juste devant eux.

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Dean tua Lucifer.

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Son bourreau était là, gisant à ses pieds. Mort. Pour de bon. Il connaissait l'arme que Dean avait utilisé ; l'épée d'archange.

Les deux frères échangèrent un regard. Un regard, comme il y en avait rarement eu entre eux. L'espoir que tout soit fini. L'espoir d'être libre, à jamais. L'espoir de pouvoir passer à autre chose.

Mais Michel empêcha ça. Les yeux verts s'illuminèrent de bleu, brûlant les rêves de Sam. Et, pendant une brève seconde, avant que l'Archange n'emporte son frère, le plus jeune des Winchester vit le sourire de Michel tordre les traits du visage de Dean. Un instant d'horreur, où ce rictus lui en rappela un autre.

Le sourire du diable.

oOo

Merci d'avoir lu.

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