1. Conflit

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Assourdi par ses propres éclats de voix – sa seule arme contre les mots bas qui blessent, qui cinglent, qui lacèrent – Eren déboule dans la chambre. La porte claque contre le mur et rebondit, piteuse. Il ne la referme pas. Il n'osera pas le rejoindre, de toute façon. Il le sait. Il l'espère.

Furieux, Eren ôte son pantalon par à-coups ; d'un geste saccadé, il manque craquer la couture de ses chaussettes qu'il lance au hasard dans la pièce. Puis, réfrénant tant bien que mal sa respiration hachée, il se roule en boule dans le lit, les larmes aux yeux. L'appartement semble vide ; l'écho de son cœur effréné retentit jusque dans ses tempes. Il ferme les yeux pour se convaincre que... de… il ne sait pas, en fait.

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Quand plus tard il entend, sent, appréhende Levi qui pousse la porte, lentement vient se coucher, il bouillonne à nouveau. Seul dans la demi-obscurité, plus seul encore que dix minutes auparavant, il tente de feindre le sommeil et d'ignorer le corps léger qui alourdit le matelas de sa rancœur. Mais plus le temps passe, plus il échoue. Au temps pour lui. Eren, c'est la princesse au petit pois.

Il ressasse. Agité de soubresauts nerveux, il ne cesse de retenir ses écarts, de calmer sa dyspnée. Il a besoin d'espace. Finalement, il repousse les couvertures pour sortir du lit.

La main de Levi l'attrape par le tee-shirt pour le retenir alors qu'il vient de passer les jambes sur le côté. Eren inspire profondément mais ne dit rien. Ses dents se serrent. Il sait que c'est la seule marque de contrition qu'il recevra jamais. Quand les doigts lâches glissent sur sa hanche, il sursaute si fort qu'elle se retire, comme brûlée. Incertain, Eren tourne la tête et tend l'oreille. Évidemment, il est plus facile d'arguer que de s'excuser : le silence règne. Il expire rageusement ; sa frustration claque comme un coup de tonnerre. Néanmoins – Eren entrevoit celle qui l'effleure puis recule, dans un spasme, serrée convulsivement. Alors il le maudit de ne savoir parler, plus que de ne savoir se taire, puis se recouche, refusant de dire quoi que ce soit non plus. Sur le dos, il fixe le plafond.

Il s'en veut.

Ce soir, Eren a appris à craindre ses mots. Levi pose sa main hésitante, doucement, sur son torse, comme ne sachant où se poser, et se crispe sur sa peau.

Dans leur bouche, le goût d'excuse et d'amertume mêlées.

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Merci à Kallindez, Oohfemmeluxieuse et RougeMagenta d'être au rendez-vous ! ;)

Bises.