Bonjour à tous,

OS écrit pour le concours Organisé par EpsilonSnape.

Je vous laisse retrouver, pour les plus curieux, le règlement entier dans le chapitre 2. Pour les autres, sachez que ce OS a été construit autour du thème imposé du secret.

Je me suis donnée comme difficulté supplémentaire d'écrire sur un personnage que je n'apprécie pas particulièrement, mais j'espère que comme moi, à la fin, vous aurez un peu de sympathie pour lui !

Bonne lecture.


Rat des villes et rat déchu.

Un temps de chien.

Une tombe vide.

Un rat dégoulinant d'eau qui tombait d'un ciel orageux depuis deux jours maintenant.

Lorsque Peter Pettigrow avait appris la mort de son ancien meilleur ami, Sirius Black, disparu à travers ce voile au ministère de la magie, il avait cherché toutes les occasions pour fuir son Maître des Ténèbres, redevenir un rat et partir à la recherche du lieu où, si ce n'était le corps, au moins l'esprit de l'homme pouvait reposer en paix.

Une sépulture, une pierre tombale, un marbre froid, que du matériel auquel l'humain avait besoin de se raccrocher pour faire un deuil que tous ceux qui l'avaient aimé ne feraient probablement jamais complètement.

L'animagus avait eu peur de croiser des êtres familiers. Certain qu'Harry Potter l'aurait sûrement reconnu, Peter avait attendu longtemps, au plus près de la tombe tout en étant à l'abri sous un vieux morceau de tôle que nul n'aurait l'idée de soulever, encore moins par ce temps pourri. Oui, il en avait passé du temps sous sa forme animale, au mépris du froid, du vent et de la pluie, grignotant au hasard de ce qu'il pouvait trouver, et ne sortit enfin de sa cachette que lorsqu'il avait été certain que la voie était libre. Ça lui avait pris deux jours.

Deux jours de pluie intense qui avaient découragé les visiteurs de tombes à la recherche d'apaisement qui ne viendrait jamais.

Haut lieu de souvenirs, le cimetière, où le cercueil vide nécessaire au deuil avait été déposé, était empli de grosses flaques d'eau qui prenaient la couleur de la terre, inondant les quelques parterres fleuris qu'en période de beau temps, le gardien entretenait. Il était en ce moment bien à l'abri chez lui, dans sa misérable bicoque que la ville lui avait allouée. Le rat le savait, il l'avait bien assez observé pour savoir que sa vie devait être aussi triste et morne que la sienne. Ces longs moments d'observation l'avaient comme rendu familier de la vie du cimetière et de ses occupants, morts ou vivants.

Bien loin maintenant de ces pensées qui l'avaient occupé pendant ces longues quarante-huit heures pour éviter d'imaginer la colère qui devait animer son maître qui n'avait pas pu manquer que son serviteur avait disparu, Queudver naviguait entre les tombes, évitant les flaques pour se rapprocher au plus près de ce qui aurait dû contenir le corps.

Un rat ne pleurait pas, ça ne pouvait émotionnellement pas pleurer. Et pourtant, des grosses gouttes s'écoulaient des petits yeux fourbes de l'animal, que nul bon observateur n'aurait dignement pu imputer à la météo.

Peter était rongé par la culpabilité. Il avait la sensation d'avoir déjà mené deux de ses amis à la mort. Ne subsistait maintenant plus que Rémus, qu'il savait détruit moralement.

Sa couardise, sa soif de reconnaissance avaient détruit les seules personnes pour qui il avait un jour compté.

Le rat courut droit sur la tombe au plus près de la pierre tombale dressée sur laquelle, en lettres d'or, le nom de l'ancien Maraudeur brillait.

Un badaud aurait naturellement vu dans l'attitude de l'animal une volonté d'échapper à la pluie.

Mais il était uniquement question pour Peter de se rapprocher autant que possible de la personne qu'il avait peut-être le plus aimé sur cette terre, après lui-même.

Car jamais il n'aurait osé l'avouer, et même s'il avait parfois eu peur à Poudlard que l'amour qu'il portait à Sirius Black ne se voit comme un Boutfeu sur un terrain de Quidditch, en réalité, nul n'avait jamais su. Nul n'avait jamais compris qu'à travers cette dévotion qu'il lui vouait, se cachait un amour vif, brûlant, entier, dévorant.

Lui-même n'avait d'ailleurs pas compris immédiatement que c'était de l'amour et pourtant.

Un coup de vent déstabilisa le rat perdu dans ses souvenirs qui reprit son équilibre avant de repartir se coller à la tombe. Allait-il oser se transformer ? Son cœur lui dictait de venir en homme se recueillir sur la tombe de cet amant qui n'aura jamais su.
Le rat jeta un regard couard autour de lui. Le vent semblait déchaîné, la pluie redoublait, et pas un seul être à l'horizon.

Alors Peter entama la transformation et quelques secondes après, redevenu homme, enlaça la stèle de marbre glacée. Des larmes coulaient sur son visage fatigué, se perdant dans sa barbe trop longue qu'il n'avait jamais le temps de raser. Et Peter se sentit soudain comme l'être le plus misérable du monde. Il resta là un moment, négligeant la foudre et les éclairs, l'eau qui ruisselait sur lui et le froid mordant qui semblait vouloir transpercer sa peau.

Il regrettait d'avoir perdu Sirius. Il regrettait de ne pas avoir su assumer ses sentiments. Il regrettait d'avoir conduit l'être qu'il aimait à Azkaban, puis inévitablement à la mort. A cause de sa lâcheté. A cause de son besoin de se sentir protégé et donc pour cela de se situer du côté des puissants.

Il sonda la tombe et vit apparaître de façon fantomatique devant lui, comme un souvenir prenant vie, le visage de l'homme qu'il aimait, lui hurlant les pires insanités, le regard empli de fureur, dans cette rue pleine de moldus, alors qu'il venait de comprendre ce que son désormais ex-meilleur ami avait fait.

Il n'y avait eu, à partir de là, plus aucun retour en arrière possible. Peter avait provoqué son destin et avait entraîné avec lui deux hommes dans son malheur, tué un troisième. Tous étaient ses meilleurs amis, l'un d'eux, un être aimé d'amour inconditionnel.

Depuis la mort de Lily et James, Peter avait acquis une certitude, Sirius le haïssait autant que lui l'aimait.

Soudain la forme disparut, et Peter ressentit un étrange vide. Sirius Black mort signait la fin de tout espoir.

Parce que oui, Peter avait toujours espéré, qu'un jour le bien l'emporte, qu'il puisse quitter le Seigneur des Ténèbres et que l'ordre du Phénix l'accueille. Ses amis alors lui auraient pardonné, un jour peut-être. Et qui sait s'il n'aurait pas réussi à avouer à son ami ses véritables sentiments ? Dans son fantasme, cet amour aurait été partagé, et cette vie d'enfer céderait la place à un merveilleux paradis.

Mais dans cette réalité, nul enfer ou paradis. Tout était simplement fini. James et Sirius étaient mort, son amour avait quitté ce monde sans connaître la moindre parcelle de vérité.

Peter était condamné à servir cette cause qu'il détestait mais dans laquelle, tant qu'il obéissait, il survivrait. Il regrettait tellement de n'avoir jamais eu le courage de ses amis, de son amour.

Au loin un éclair illumina le ciel et fit poser le regard de Peter sur des galets dispersés çà et là. L'un d'eux attira son attention et l'interpella. Alors, doucement, glissant sur l'herbe mouillée, il alla le ramasser.

Puis il sortit un petit couteau et travailla à tailler la pierre, dure et froide. Comme son cœur. Voilà ce que Sirius lui avait crié la nuit terrible du meurtre de Lily et James. Ces mots résonnaient en lui. Peut-être avait-il raison, mais son cœur brûlait d'amour pour une seule personne. Celle qui n'avait jamais compris, celle à qui il avait toujours caché la vérité.

Sans cela, sa vie aurait-elle pris un tournant différent ? Assuré de l'amour de ce garçon, Peter aurait-il choisi une destinée différente ? Mais il n'était pas dupe, Peter était certain que cet amour n'aurait pu être qu'à sens unique, et peu à peu, cet amour devint poison. Il était en colère contre lui-même, assuré que Sirius, le tombeur de ces dames à Poudlard, ne pourrait jamais rien ressentir d'aussi fort que lui à son encontre.

Cette pensée le déstabilisa et le coup de couteau qu'il donna dans la pierre alla s'enfoncer dans la paume de sa main gauche. Tâchant le petit galet blanc dans sa main d'un sang vermeil qui se noya dans des larmes que le ciel pleurait avec lui.

Enfin sa carapace se perçait. Peter regrettait l'engrenage dans lequel il s'était perdu, et il donna un dernier coup de canif rageur dans la pierre qu'il étudia ensuite.

D'une forme plutôt commune à la base pour qui n'avait pas d'imagination, le galet avait maintenant revêtu l'aspect d'un chien robuste. Fier de lui, Peter déposa ce présent sur la tombe.

Un dernier éclair marbra le ciel, il était temps, l'homme ne s'était que trop attardé, alors, malgré lui, il sût qu'il allait retourner au repaire de son maître.

- Pardon Sirius, murmura Peter dans un souffle avant de reprendre sa forme animale.

Le rat renifla une dernière fois la tombe, certain de ne jamais la revoir.

Et alors que le ciel subissait les assauts d'éclairs de plus en plus forts, il disparut à travers les hautes herbes qui bordaient les tombes, courant vers son destin d'une vie plus très longue pour enfin retrouver dans la mort cet amour trahi tant aimé.


Rdv le 30 novembre pour les résultats.

D'ici là toute critique, avis, ressenti sont les bienvenus via le bouton review, au plaisir de vous lire !

Mes amitiés, et merci à tous ceux qui ont lu jusqu'ici !
Merci aussi et surtout à Epsilon-Snape pour l'organisation de ce concours ! Allez jeter un coup d'oeil à ses fics au passage, ça vaut le détour !