Derrière le masque 2.

Cela faisait aujourd'hui deux ans que Riza Hawkeye était devenue Madame Elizabeth Riza Mustang... Elle avait tout pour être heureuse, son grand-père était le Généralissime de ce pays et son mari un Général qui avait l'ambition d'un jour succéder au poste de Généralissime qu'occupait actuellement son grand-père. Au boulot, elle avait également une très forte complicité avec ses collègues à tel point qu'elle les considérait comme sa seconde famille. Alors, pourquoi, malgré tout cela, une ombre enveloppait sans cesse son cœur ?

Près de trois ans s'étaient écoulés depuis ce jour où elle avait appris la première grossesse de Winry Elric... Ce même jour où Roy lui avait annoncé ses sentiments et l'intention qu'il avait de faire d'elle sa femme et la mère de ses enfants. Elle avait été si heureuse et n'arrivait pas à croire qu'un tel bonheur puisse lui arriver un jour.

Elle aurait dû comprendre pourquoi cette impression l'avait habité... Car trois ans plus tard, elle se retrouvait exactement avec la même douleur dans le cœur... Elle était un peu différente, car désormais, elle n'était plus seule. Roy était entré dans sa vie à elle, mais aussi dans celle d'Hayate, pour ne plus en ressortir. Les soirées étaient tellement plus savoureuses quand elle pouvait se blottir dans ses bras et discuter avec lui, leur chien tranquillement endormi au pied du canapé. C'était agréable. Elle se languissait des soirées blotties sous un plaid devant la cheminée. Les jours de repos à traînasser sous la couette... Elle qui n'avait jamais été du genre à traîner au lit, Roy lui avait donné goût à cette mauvaise habitude maintenant qu'elle avait une raison d'y rester plus longtemps. L'été, ils partaient tous les trois faire de longues balades avec Hayate, profitant des journées à rallonge et de la température douce et agréable de la soirée... Elle aimait toutes les saisons et vivait un moment merveilleux auprès de Roy.

Riza avait appris à combler le vide dans sa vie avec sa présence à ses côtés. Ils étaient ressortis plus fort et unis que jamais de cette relation. Et pourtant, le bonheur refusait de les combler un peu plus... Au début, Riza s'était dit que c'était normal, ce n'était que le début... L'organisation du mariage prenait une grande partie de leur temps et ils n'avaient officiellement pas discuté de savoir s'ils attendaient le mariage ou pas... Riza n'avait jamais osé demander son avis à Roy, ça restait un sujet assez sensible... Elle avait décidé d'y aller par étape et d'être heureuse pour leur union. Elle ne pouvait pas tout avoir tout de suite... Puis le mariage est passé... Puis les mois sont passés également... Encore et encore... À tel point que la jeune femme doutait... Était-ce normal ?

Elle ne savait pas trop à qui en parler... Devait-elle se confier à un médecin !? Elle était dans la fleur de l'âge pour enfanter et elle avait tellement peur de rater le coche si elle tardait... Mais c'était tellement difficile pour elle de se confier sur ce sujet quand on connaissait son caractère impassible...

Pourtant Roy n'était pas inquiet, il la rassurait en lui disant qu'il leur offrait l'opportunité de privilégier ces moments rien qu'à deux, afin de rattraper le temps perdu. Cela suffisait à de nouveau faire naître un sourire sur ses lèvres. Mais chaque mois à la même date environ, elle se remettait à douter d'elle-même et de sa condition de femme...

Elle se posait des questions... Elle se demandait si c'était normal de se poser ce genre de questions... Est-ce que d'autres femmes étaient dans son cas !? Comment savoir !? Ce n'est pas comme si elles se baladaient avec une pancarte sur le front... Elle avait l'impression que c'était un sujet tabou... Qu'il ne fallait pas en parler... Alors, elle n'osait pas, elle ne le faisait pas. Elle gardait ça profondément en elle et continuait à se poser des questions en continuant de sourire face aux autres alors que son cœur se serrait chaque mois un peu plus.

Pourquoi elle !? À force, elle ne savait même plus pourquoi elle se posait des questions... Elle se refaisait le film de sa vie et se demandait si... Était-ce une punition pour ces affreux crimes qu'elle avait commis à Ishval !? Ou bien, était-ce simplement la faute à pas de chance !? C'était tellement frustrant de ne pas pouvoir poser une seule réponse sur ses doutes et ses suppositions...

Heureusement que Roy était très attentionné et s'occupait de lui changer les idées pendant ces moments-là, mais plus les mois passaient, et plus l'attention de Roy ne suffisait plus à la rassurer et aujourd'hui, rien n'arrivait à la faire sourire... Elle sortait tous les jours avec son masque, pour être sûre que personne ne se doute un seul instant de ce qu'elle traversait. Seul son mari connaissait la vérité, parce qu'ils vivaient ensemble et qu'elle avait besoin de relâcher la pression... Et puis, elle avait promis de ne pas lui mentir...

Roy était dépassé par les évènements, elle le sentait. Il ne savait plus quoi faire. Mais que pouvait-il faire de plus !? Il en faisait déjà tant ! Elle ne pouvait pas lui en vouloir, il avait peut-être été celui qui en avait fait le plus pour subvenir à son bonheur, à leur bonheur... Mais pourquoi stagnaient-ils autant !?

Depuis quelques mois, Riza avait l'impression que tout le monde avait le droit de vivre ce bonheur qu'elle souhaitait par-dessus tout et qui n'arrivait pas... Cela avait commencé avec Rebecca... Lorsque la loi avait changé, la blonde avait été très surprise d'apprendre que se meilleure amie brune s'était mise en couple avec son collègue blond, le lieutenant Havoc. Ils s'étaient marié quelques mois après Roy et elle, et presque tout de suite derrière, elle lui avait annoncé la grande nouvelle. Cela lui avait fait l'effet d'une bombe... Sur le coup, elle avait été incapable de prononcer le moindre au mot. Heureusement que du monde était présent, elle avait eu le temps de se forger un masque afin de pouvoir féliciter les heureux futurs parents. Mais elle avait l'impression au fond d'elle d'être un monstre...

Elle avait été jalouse... Oui... Elle, Riza hawkeye, était jalouse de sa meilleure amie ! Pourtant, elle était heureuse pour elle, Rebecca avait son âge et méritait ce bonheur elle aussi, mais elle se sentait tellement mal... Pourquoi Reb' et pas elle !? C'était comme une déchirure dans son cœur... Elle se sentait vide... Si vide et dévastée... Elle n'avait confié à personne hormis Roy ce désir d'enfant... Pourquoi ? Parce qu'elle n'avait jamais été du genre à se confier... Elle était toujours si silencieuse et discrète... Pourquoi changerait-elle après son mariage !? Elle était restée la même...

La seule avec laquelle elle parlait, c'était Rebecca... Mais le sujet bébé avait toujours été un tabou avec elle car Rebecca lui avait dit que ce n'était pas quelque chose à quoi elle aspirait dans l'immédiat... L'arrivée de ce bébé avait été un peu une surprise dans leur couple de jeune marié... Un peu secoués par l'annonce, ils avaient fini par être ravis... Et Riza s'était sentie maladivement jalouse, mais çà, seul Roy s'en rendait compte... Et c'était encore pire de devoir garder cette frustration au fond d'elle.

Pour Riza, ce fut le début d'une longue, très longue descente aux enfers. Oh, elle était heureuse pour ses amis bien sûr ! Après la surprise, ils étaient devenus tout excité à cette idée et ils ont même fini par tanner Roy et elle de se lancer dans ce projet fou ! Rebecca n'arrêtait pas de lui donner les impressions de sa grossesse, sentir le changement opérer dans son ventre, le sentir grandir et donner des coups... Elle avait envie de vivre ce bonheur avec elle, de suivre l'évolution de sa grossesse et de rencontrer le petit bout qu'elle allait mettre au monde. Une fille !? Un garçon !? Ressemblerait-il au lieutenant Havoc ou à elle !? Tellement de questions qu'elles se posaient lors de leurs sorties entre filles... Mais à chaque fois, lorsqu'elle rentrait, elle passait une soirée des plus atroce à pleurer dans les bras de Roy et lorsqu'une de ses sorties tombait pendant ses mauvaises périodes, c'était encore pire.

Cela commença à peser en elle, le pire était quand elle faisait les boutiques de nourrissons... Dans ces moments-là, Riza ne pouvait s'empêcher de poser une main sur son ventre et de se demander quand est-ce qu'elle aurait le bonheur de pouvoir faire la même chose que sa meilleure amie... Secrètement, elle espérait que son tour arrive également, et qu'elles puissent jouir de ce bonheur en même temps. Rebecca aussi l'espérait, depuis qu'elle était enceinte, elle la charriait gentiment en lui demandant quand est-ce qu'elle comptait s'y mettre pour faire un camarade de jeu pour son bébé. Riza lui souriait en répondant que ce n'était pas elle qui prenait ce genre de décision à la place de son corps... Et Rebecca, dans toute sa splendeur, lui suggérait de passer aux choses sérieuses avec son mari ce qui la faisait mourir de honte en plein milieu du magasin...

Tout passa très vite, avant même qu'elle n'ait le temps de s'en rendre compte, leur fille, Jane Havoc, vint au monde. Sa filleule, et celle de Breda. Un nouveau lien avait uni cette équipe une fois de plus...

Aujourd'hui Jane allait avoir six mois. Elle grandissait tellement vite. Aussi blonde que son père, mais avec le tempérament de sa mère, s'était une sacrée chipie. Mais pour Roy et elle, toujours rien en vue...

Mais Riza n'avait-elle pas dit que la descente aux enfers n'avait commencé qu'avec l'annonce de la grossesse de Rebecca !? Car oui, juste avant l'accouchement de sa meilleure amie, une nouvelle annonce était parvenue à ses oreilles... Winry attendait son deuxième enfant...Nouveau coup dur pour la jeune femme... Cela devenait à chaque mois de plus en plus difficile à accepter... Et ce qui l'avait le plus secouer cette semaine, fut la double annonce qu'il y avait eu... Fuery, le plus jeune membre de leur équipe, leurs avaient annoncé ses fiançailles avec une jolie fleuriste prénommé Flora. Ce fut un choc pour tous, personne ne s'était attendu à une telle chose. Elle avait été tellement heureuse pour lui. Au moins une nouvelle qui lui faisait véritablement chaud au cœur, mais voilà, très vite la seconde nouvelle avait suivi, le lieutenant Maria Ross, qui était mariée depuis peu avec le sous-lieutenant Denis Broch leur avait annoncé la grande nouvelle, ils allaient eux aussi devenir parents...

Ce fut comme un coup de poignard dans l'estomac de Riza... Elle n'était pas spécialement proche de la jeune femme, du moins, pas autant qu'elle ne l'était avec Rebecca et du coup, cela l'avait prise au dépourvu... Elle s'était sentie jalouse... Jalouse... Elle !? Elle ne savait pas qu'elle était capable de tels sentiments, surtout que la jeune femme ne lui avait rien fait... Ce n'était pas de sa faute à elle, si elle n'arrivait pas à concevoir un enfant... Son état avait empiré lorsque deux jours plus tard, ses règles étaient tombées, ruinant une nouvelle fois ses espoirs...

Elle ne savait plus quoi faire... Elle n'osait même plus en parler avec Roy de peur de le décevoir. Elle en était là, une semaine après cette annonce, à se cacher sous la douche pour noyer ses larmes entre les gouttes d'eau qui déferlaient sur son visage, dans l'espoir que Roy ne l'entende pas et respecte ce moment d'intimité. Des larmes qu'elle retenait en elle depuis cette annonce et qui avait fini par exploser aujourd'hui alors qu'elle avait vue Rebecca et Jane. Passer la journée avec un bébé avait été trop dur pour son moral, et lorsqu'elle était rentrée, elle était partie se "lâcher" sous la douche, avant même le retour du travail de son mari.

- Riza !?

Elle sursauta lorsqu'elle entendit la voix mielleuse de Roy juste derrière elle. Perdue dans son désarroi, elle ne l'avait pas entendu rentrer et encore moins se glisser en douce dans la salle de bain pour venir se glisser à ses côtés sous l'eau chaude.

- Que fais-tu !? S'exclama-t-elle en fronçant les sourcils pour cacher la surprise de son apparition.

- Un mari n'a-t-il pas le droit de prendre sa douche avec sa femme ? Répondit-il d'une voix faussement outrée en la prenant dans ses bras pour l'embrasser. Je voulais être sûr que tu allais bien, renchérit-il ensuite en passant ses deux pouces sous ses yeux, lui faisant comprendre qu'il avait compris son petit jeu.

- Je vais bien, répliqua-t-elle en se blottissant dans ses bras pour se réconforter.

Roy répondit à son étreinte et l'embrassa délicatement sur le sommet de son crâne.

- On l'aura ce bébé Riza, murmura-t-il au creux de son oreille.

Et ils restèrent un moment dans cette position, sous le jet d'eau chaude. Roy aimait beaucoup cela. C'était rare que sa femme le laissait venir se doucher avec elle. Elle aimait ce moment avec elle-même que cela lui procurait, mais il savait aussi qu'elle s'en servait pour pleurer sans qu'il ne le sache et quand il avait su qu'elle passait la journée avec Rebecca et sa fille, il avait pressenti le massacre. Toute la semaine elle avait été distante et fuyante, lui souriant qu'elle allait bien... Mais il savait qu'elle finirait par craquer. Il connaissait trop bien Riza.

Il avait pris l'habitude d'observer ses petites habitudes et ses mauvaises manies depuis qu'ils vivaient ensemble. Elle n'avait jamais été du genre à se confier et se cacher toujours derrière son masque, mais désormais qu'elle ne vivait plus seule, elle ne pouvait plus "retirer" son masque une fois chez elle. Oh, elle le faisait... Mais il savait que ce n'était pas intégrale... Pourtant, il aurait aimé qu'elle s'ouvre un peu plus à lui sur ce sujet, mais elle ne l'avait jamais fait... Alors il avait décidé de respecter son souhait. Après tout, chacun à ses propres démons à extirper. Les seuls démons qu'il refusait de la laissaient affronter seule, étaient celui sur son désir d'enfant. Lui aussi le voulait et lui aussi se sentait mal de ne pas y arriver. Il n'était pas aussi pressé que Riza, mais l'angoisse que cela faisait naître chez elle le touchait fortement.

- Des fois je me dis qu'il est juste comme son père et qu'il en profite déjà pour me faire tourner en bourrique... Bredouilla Riza entre ses bras en esquissant un sourire qu'il put sentir contre son torse.

Roy se mit à sourire, c'était bien la première fois que Riza tentait de le rassurer sur son état à travers l'humour. Il savait très bien qu'elle disait cela pour le persuader que cela ne l'atteignait pas. Cela marchait sûrement avec leurs collègues et amis, mais pas avec lui. Mais pour l'instant, il avait envie de profiter de cette complicité avec elle et se contenta donc de répondre avec espièglerie.

- Je ne sais pas comment je suis censé le prendre... Répondit-il en lui mordillant le cou, attaquant sa vengeance.

Chatouillée par les suçons de Roy sur sa nuque, Riza se mit à rire en essayant de le repousser en vain, il savait comment lui faire perdre pied et la faire succomber.

- Tu sais que j'étais en train de prendre ma douche ? S'exclama-t-elle soudainement en essayant de résister à la provocation.

- Oh, comme c'est dommage ! Renchérit-il en accentuant son sourire espiègle. Mais vu qu'apparemment je fais tourner madame en bourrique, j'ai bien envie de m'amuser un peu, ajouta-t-il en la plaquant de tout son corps contre la paroi de la douche en lui mordillant sa lèvre inférieure.

Riza en eut le souffle coupé. Roy avait ce don de la détourner de ses tracas pour lui faire passer un bon moment. Agrippant ses jambes autour de sa taille, elle glissa ses doigts dans sa chevelure de jais tandis qu'il la pénétrait tout en continuant ses mordillements dans sa nuque.

C'était la première fois qu'ils faisaient cela sous la douche, et elle devait dire qu'elle aimait beaucoup. Peut-être qu'elle le laisserait plus souvent se doucher avec elle si cela devait se finir comme ça. Cette idée la fit rougir et elle se mordit la lèvre inférieure pour avoir eu de telles pensées.

- À quoi penses-tu, susurra-t-il entre ses lèvres, ses yeux onyx plongés dans ses yeux noisette.

Il n'avait rien raté de la coloration soudaine de ses joues et lorsqu'elle se mordait ainsi la lèvre inférieure, il savait que c'est parce qu'elle avait des pensées pas très catholiques, mais bien sûr, il était impossible de lui faire avouer une telle chose et il adorait donc la taquiner à ce sujet.

- À rien, répliqua-t-elle en rougissant de plus belle faisant rire son mari.

Ils ne ressortirent de la douche qu'une grosse demi-heure plus tard, rassasié et propre.

- Comment s'est passée ta journée de boulot ? Demanda Riza alors qu'ils s'étaient confortablement installés dans le canapé devant leur cheminée pour se réchauffer de cette fin journée d'automne.

- Très agréable ! J'ai accordé sa journée à mon assistante, du coup je ne l'avais pas dans les pattes et j'ai pu flâner toute la journée, s'exclama-t-il avec sournoiserie.

Riza le fusilla du regard. Depuis qu'ils étaient mariés, il s'amusait beaucoup à la rendre folle en lui sortant ce genre de phrase totalement fausse... À force de les entendre, elle avait fini par le comprendre, mais au début, elle le croyait et s'emportait contre lui jusqu'à ce qu'il éclate de rire et qu'elle rougisse de rage.

- C'était quand même plus drôle quand tu me croyais... S'exclama-t-il en boudant faussement voyant qu'elle ne se prenait pas au jeu.

- J'ai appris à te connaître à force, répondit-elle simplement en soupirant. Quand je dis que tu aimes me faire tourner en bourrique, renchérit-elle en levant les yeux au ciel.

- Je suis sûr que tu adores ! S'exclama-t-il taquin en lui tapotant le bout du nez avant de déposer un baiser sur ses lèvres.

- Tu es épuisant ! Ajouta-t-elle surtout en posant un regard lourd de reproche.

- Si je t'épuise maintenant, qu'est-ce que ça sera quand on sera trois ! Répondit-il en riant. Enfin quatre, n'oublions pas Hayate.

Mais dans ses bras, Riza se figea... Quand ils seraient quatre... Le seraient-ils un jour ? D'un coup, son sourire s'évapora et une boule d'angoisse prit naissance au creux de son estomac. Se rendant compte de sa bourde, le visage de Roy se décomposa et il attrapa le menton de sa femme pour capter son regard.

- Riza, murmura-t-il. Arrête de te torturer l'esprit d'accord ?

Mais incapable de prononcer le moindre mot, elle se contenta d'hocher la tête avant de venir nicher son visage au creux de la nuque de son mari. Cela devenait de plus en plus difficile de parler d'enfant avec lui sans que son cœur ne se serre.

- Je ne veux pas que cela devienne un sujet tabou entre nous Riza, renchérit Roy en la consolant. J'ai envie de me projeter dans l'avenir en pensant à notre enfant. Mais je n'ai pas envie que cela te rende malheureuse...

Il avait besoin de lui dire. Plus les mois passaient et plus il avait besoin d'en parler, mais il s'était rendu compte que plus cela se faisait et plus sa femme se braquait. Comme si elle préférait ne pas aborder le sujet et cela lui faisait mal. Il avait envie de partager ce genre de moment et de rêve avec sa femme.

Riza soupira.

- Je sais, murmura-t-elle simplement.

C'était un travail intérieur qu'il fallait qu'elle fasse, c'était dur, mais elle n'avait pas le droit d'infliger cela à Roy et de détruire son bonheur. Lui aussi il le voulait cet enfant. Elle n'avait pas le droit de lui interdire d'y penser et d'y rêver quand elle se mettait des barrières pour ne pas en souffrir...

Ils n'insistèrent pas sur le sujet et la vie repris son cours... Jusqu'à l'anniversaire d'Elysia Hughes.

Depuis la mort de Maes et le retour à une vie normale, Roy était devenu beaucoup plus présent dans la vie de famille de son défunt meilleur ami. Elysia adorait Roy et encore plus depuis qu'il s'était marié avec Riza qu'elle avait tout de suite adoptée. Elle avait récemment fêté ses neuf ans et si Roy n'avait pas pu lui rendre visite du jour même car elle vivait à Centrale et lui à East City, il s'était arrangé pour venir lui rendre visite un week-end avec Riza.

- Tata Riza ! S'exclama la fillette en sautant dans ses bras.

- Waouh, mais quand vas-tu t'arrêter de grandir ! S'exclama-t-elle en l'étreignant à son tour.

Ça lui faisait beaucoup de bien de passer du temps avec la fille de Maes Hughes, le fait qu'elle soit enfant, l'aider beaucoup, ce n'était qu'avec les nouveau-nés qu'elle avait du mal... Elysia était donc une source de bonheur ! Elle était tellement adorable et bienveillante. La vie n'avait pas été tendre avec elle non plus en lui arrachant son père si jeune. Gracia avait une force et une volonté d'offrir le meilleur pour sa fille que Riza respectait par-dessus tout. Elles formaient une famille incroyable toutes les deux.

- Alors, comment se passe la vie à East City ? Demanda Gracia alors qu'Elysia et Roy jouaient dans le jardin avec Hayate.

Elle profitait du calme pour discuter avec la blonde. Roy, à défaut de ne plus avoir de meilleur ami, avait trouvé une oreille attentive avec sa femme. Elle était au courant de toute la situation et avait donné pas mal des conseils qui avaient permis à Roy d'être là pour sa femme. Elle avait elle-même des démons enfouis au fond d'elle... Elle s'était confiée à Roy à ce sujet, qui l'avait beaucoup aidé, mais peut-être qu'en parlait avec Riza, aiderait la militaire à se sentir moins seule.

- La routine ! C'est assez calme depuis que le Généralissime Grumman est au pouvoir ! S'exclama Riza en haussant les épaules.

- Et la vie de mari et femme !? Surenchérit Gracia en souriant. C'était l'un des plus beaux rêves de Maes d'assister à votre mariage tu sais.

Riza sourit avec nostalgie. Elle le savait, combien de fois Maes les avait charriés... Enfin, il ne faisait que charrier Roy, mais elle comprenait les sous-entendus quand il lui parlait de mariage et d'enfants. Il savait que Roy n'avait toujours eu qu'une seule femme dans sa vie.

- C'est... Surprenant ! S'exclama-t-elle en souriant.

Oui, surprenant était le mot qui convenait. Roy ne cessait sans cesse de la surprendre et elle aimait ça. Elle ne voyait plus sa vie sans lui à ses côtés.

- Et... Le bébé ? Demanda Gracia, doucement, très doucement.

Elle savait par Roy où en était la situation, mais pour Riza, elle n'était au courant de rien et cela semblait donc naturelle qu'elle pose la question innocemment, pourtant, elle se doutait que cela devait blesser la militaire et du coup, elle décida d'avancer prudemment sur ce chemin.

Riza se figea. En général, quand on lui demandait cela, elle restait évasive et répondait que ça viendrait quand ça viendrait... Mais là... Elle se retrouva prise de cours et les mots furent difficiles à prononcer.

- C'est... Commença-t-elle avant de se taire.

Elle n'avait pas les mots. Un silence s'installa entre les deux femmes et les bruits de rire d'Elysia et de Roy se firent entendre. Riza sentit son cœur se serrer en imaginant que le rire d'Elysia pourrait être celui de leur enfant à eux. Ça devenait de plus en plus difficile à supporter.

- Riza, murmura Gracia doucement. Tu sembles garder en toi beaucoup de chose... Veux-tu en parler !?

- Tout va bien ! Tenta de la rassurer la jeune femme à travers un sourire.

Pour Riza, il était impensable d'embêter Gracia avec ses histoires alors qu'elle vivait une vie assez compliquée. Mais Gracia ne voyait pas les choses sous cet angle.

- Rien ne va jamais bien Riza... La vie passe son temps à nous jouer des tours et il faut apprendre à les déjouer !

La jeune femme lui sourit poliment, ne sachant quoi répondre.

- La mort de Maes a été l'épreuve la plus difficile de ma vie et aujourd'hui encore, cela impact sur toutes mes décisions... Se confia la jeune femme.

- Que veux-tu dire par là ? Demanda Riza en fronçant les sourcils.

- Tout ce que je souhaite, confia la maman. C'est la meilleure vie possible pour Elysia. Qu'elle s'épanouisse comme une enfant comme les autres... Expliqua-t-elle avant de se taire un instant.

Riza respecta son silence et lui laissa le temps nécessaire avant de reprendre.

- Cela fait trop longtemps que nous sommes seules... Murmura-t-elle alors d'une voix étrangement lointaine, le regard perdu dans la vague. J'ai fait mon deuil et j'aime Maes plus que tout, mais des fois je me demande s'il ne serait pas temps d'aller de l'avant !?

Riza fronça les sourcils n'étant pas certaine de là ou voulait en venir la femme de Maes, tandis que Gracia soupira, confuse de ses propres paroles, jouant nerveusement avec son alliance. Elle secoua la tête et reporta son attention sur la jeune femme à ses côtés. Au loin, la voix d'Elysia leur parvenait aux oreilles.

- Quand je vois la complicité qu'elle a avec Roy à chaque fois qu'il vient et la tristesse dans son visage quand il repart, je me demande si pour son bien, je ne devrais pas rencontrer quelqu'un et me remarier !? Avoua-t-elle enfin, le regard perdu. Je sais qu'aucun homme ne remplacera son père, mais n'a-t-elle pas besoin d'une présence masculine dans sa vie !? Renchérit-elle aussitôt, comme pour chercher à se justifier.

Mais Riza sentait que ce n'était pas la seule chose qui la taraudait. Elle n'osait rien dire... De toute façon, elle ne savait pas quoi dire... Que ferait-elle dans la situation de Gracia !? Cela faisait six ans qu'elle vivait seule... Gracia était trop altruiste et pensait au bonheur de sa fille avant tout, mais et le sien à elle ? Comment gérait-elle ces moments de solitude quand elle n'avait plus de mari sur lequel elle aurait pu se reposer... ? Des bras dans lesquels se blottir... ?

Avant que la blonde ne puisse prendre la parole, Gracia la devança.

- Je sais qu'à ce jour, la présence de Roy lui suffit, poursuivit-elle avec un sourire tendre mais triste. Mais le jour où vous aurez des enfants, j'ai peur qu'elle se sente exclu... Grimaça-t-elle, peinée d'un tel aveu.

Juste l'image qui s'installa dans la tête de Riza suffit à la faire grimacer. Est-ce qu'un jour seulement auraient-ils des enfants ? C'était tellement dur de ne pas savoir... Et s'ils s'en avaient et qu'ils devenaient les parents les plus heureux du monde mais qu'en contrepartie, Elysia en soit blessée ? Riza ne pouvait supporter une telle idée... Elle se sentait encore plus perdue.

- Enfin bref, Conclu Gracia en soupirant, tellement perdue dans ses propres pensées qu'elle ne vit pas les couleurs du visage de Riza la quitter. Tu n'imagines pas tous les tracas que je m'impose à moi-même !

Riza resta sans voix, pas un seul instant elle n'aurait imaginait le tourment que traversait Gracia Hughes... Et encore moins ceux d'Elysia... Elles semblaient tout le temps pleines de vie et heureuses... Mais tout comme elle le faisait elle-même, Gracia et Elysia portaient un masque pour ne pas peiner les autres.

- Je suis désolée Gracia, je n'imaginais pas tout cela, murmura Riza, complètement émue et penaude.

Gracia laissa échapper un petit sourire complice, suivit d'un clin d'œil.

- C'est parce que je fais tout mon possible pour que ça n'atteigne pas mon entourage et surtout pas Elysia ! Répondit-elle en haussant les épaules. Et, tu es exactement pareil Riza ! Tu caches tes tourments derrière un masque !

Riza soupira. Gracia avait raison.

- C'est difficile d'en parler... Avoua-t-elle en levant les yeux vers le ciel, admirant les nuages défiler silencieusement sous ses yeux.

- Je sais, finit par répondre Gracia à son tour.

En la regardant du coin de l'œil, Riza se rendit compte que Gracia l'avait imité et regardé à son tour le ciel.

- Ça pourrait te libérer, renchérit-elle après un temps.

Un nouveau soupire lui échappa. Cela aussi, elle le savait... Mais pourtant...

- Je ne pense pas... Bredouilla-t-elle, confuse à l'idée d'ennuyer quelqu'un avec ses tracas. C'est impossible de mettre des mots sur ce que je ressens vraiment... Finit-elle par ajouter lorsque les sourcils de Gracia se froncèrent.

Riza se sentit obliger d'expliquer.

- Est-ce de la colère !? De la tristesse !? À force, je ne sais plus... J'en suis arrivée à un point, ou voir le bonheur des autres me rend malheureuse et j'ai l'impression d'être un monstre... Et je me dis qu'au final j'en suis un... Acheva-t-elle dans un murmure.

- Riza, tu as une très mauvaise opinion de toi ! Rétorqua Gracia d'une voix ferme.

Son regard était tout aussi dur, Gracia ne semblait pas du tout apprécier la manière dont la jeune femme se rabaissait ainsi.

- Je suis un criminel de guerre... Se justifia Riza avec un regard douloureux. Peut-être que la vie est là pour me le rappeler...

Sa voix se brisa à ses mots. Dans les moments les plus difficiles, elle se disait qu'à cause de toutes ses vies qu'elle avait si lâchement arrachées au cours de cette horrible massacre qu'avait été Ishval, il était normal qu'on lui refuse ce droit d'être un jour mère... Idem pour Roy ! Mais pourtant, Maes avait lui aussi fait la guerre et il avait eu un enfant... Idem pour Rebecca... Alors... Pourquoi ?

- Ne dis pas de sottises ! Renchérit Gracia toujours aussi durement. Les monstres ne feraient pas un millième du travail que vous accomplissez avec Roy pour Ishval ! Ajouta-t-elle avec respect.

Riza ne répondit pas... Comme toujours, Gracia avait les mots juste. Elle soupira une énième fois.

- As-tu essayé de faire des examens !?

Riza se figea. La soudaine remarque de la maman la prise de court. Elle ne s'attendait pas à ça... Essayée ? Non... Envisagée ? Devrait-elle le faire ?

- Non... Balbutia-t-elle, confuse.

- Pourquoi ? Questionna Gracia plus par simple curiosité que par insistance de vouloir connaître la réponse.

Riza se mordit la lèvre inférieure et fronça légèrement les sourcils. Pourquoi ? C'était une bonne question. Voulait-elle seulement avouer la véritable raison qui l'empêchait de faire une telle chose ?

Un regard vers Gracia suffit à lui donner envie de lui répondre sincèrement. Elle venait de lui ouvrir son cœur quelques instants plus tôt. Elle lui avait révélé des choses qu'elle n'avait sans doute dit à personne. Elle pouvait au moins rendre la pareille.

- Parce que c'est une étape que je ne suis pas certaine de vouloir traverser... Murmura-t-elle alors, honteuse. J'ai peur de ce que je pourrais apprendre... Ajouta-t-elle en détournant le regard. Je préfère vivre dans le déni... Conclut-elle le regard perdu vers le ciel, retenant les larmes qui menaçaient de sortir suite à cet aveu.

Le penser était une chose, le dire à voix haute en était une autre. Riza savait au fond d'elle qu'elle vivait dans le déni. Mais l'avouer à haute voix rendait la chose encore plus réelle et du coup, encore plus difficile à supporter.

Gracia ouvrit la bouche pour répondre, mais elle fut interrompue avant même d'avoir commencé par le retour d'Elysia qui courait vers elles, suivit par un Hayate tout fou. Un peu plus loin, suivait Roy. Leur discussion privée était close.

Elles reprirent contenance toutes les deux, pour ne pas alarmer Elysia. Pour Roy, ce dernier se doutait que les deux jeunes femmes avaient dû discuter ensemble. Il avait tenté de tenir sa filleule éloignée le plus longtemps possible, mais cette dernière avait fini par insister pour rentrer, parce qu'elle avait faim.

La conversation s'était donc terminée sur une répartie non formulée, mais Gracia ne s'avoua pas vaincue. Lorsqu'elle raccompagna ses amis à la gare lors de leur départ, elle profita pour prendre Riza à part au moment des au revoir. Elle avait eu le temps de réfléchir à tout ce que Riza lui avait confiée.

- Riza, chuchota-t-elle en posant sa main sur son bras, d'un geste rassurant. Je ne peux pas prendre les décisions à ta place et je conçois que c'est une étape à franchir, commença-t-elle doucement, en reprenant les mots émis par la jeune femme lors de leur discussion. Mais tu n'es pas seule, tu as Roy, tu m'as moi, et je suis sûre que toute votre équipe vous soutiendra également, qu'importe les résultats que les examens révèleront, renchérit-elle avec un sourire bienveillant. Vivre dans le déni n'est pas la solution, grimaça-t-elle, reprenant les derniers mots employés par Riza. Il vaut mieux vivre avec des remords que des regrets et je sais qu'un jour tu regretteras de ne pas avoir fait ses examens, acheva-t-elle dans un triste soupire.

Elle pressa doucement son bras, pour lui faire comprendre qu'elle serait toujours là, quoiqu'il arrive. Riza en fut profondément touchée.

- Je... Balbutia-t-elle confuse, ne sachant quoi répondre.

- Je ne te demande pas de me répondre, reprit Gracia avec un doux sourire. Je voulais juste que tu le saches, rectifia-t-elle. À toi de faire bon usage de mon conseil si tu le désires, ajouta-t-elle avec un petit clin d'œil. Mais n'oublies pas, tu n'es pas seule.

Riza lui sourit et hocha la tête d'un signe affirmative. Il lui était impossible de parler, elle avait trop peur que sa voix ne la trahisse et déraille. Elle remercia Gracia d'une étreinte chaleureuse avant de rejoindre son mari et son chien. Elle allait prendre en considération les paroles de son amie. Après tout, elle ne pouvait pas abandonner sans se battre ! Elle ne voulait pas perdre espoir qu'un jour, ce bonheur, elle aussi le vivrait. Avec Roy, ils formeraient une famille. Leur famille.

Fin.


Bonsoir, il y a de cela plusieurs mois (presque sept) que j'ai commencé à écrire ce second OS, mais pour des raisons personnelles, il est parfois très difficile et très dur de le travailler, c'est pour cela qu'il a pris autant de temps... (Je l'ai fini ce soir, parce que je traverse une nouvelle période difficile et que j'avais besoin d'évacuer une certaine pression). Je ne sais pas ce que vous en penserez, mais c'était des maux sur lesquels j'avais besoin de m'exprimer. Il n'y a pas de Happy-End, parce que c'est un sujet duquel je ne vois toujours pas la fin ou l'arrivée... Et que du coup, je ne peux envisager de conclure à proprement parler. Cette fin est vague, et elle le restera toujours.

Je ne sais pas s'il y aura un troisième OS un jour, j'ai l'idée d'un OS (qui n'a rien à voir avec les deux que vous avez pu lire, mais qui correspond bien au titre "Derrière le masque" et au résumé de l'histoire...) Du coup, si un jour je l'écris, je la publierais certainement ici, regroupant mes OS sur le thème "derrière le masque" dans ce recueil. Du coup, n'hésitez pas à suivre l'histoire (même s'il est spécifié qu'elle est complète) si vous voulez être averti de sa parution.

Je tiens à remercier, Todorotwix, L'atelier des chats, Sow'Mama, Luciole et LénaFMA pour leur commentaire plus que touchant pour le premier OS ! Ainsi que lxouisoppa, Todorotwix et Sow'Mama d'avoir ajouté l'histoire à leurs suivis et favoris, Ayumi Akamatsu à ses favoris et Yai ina à ses suivis.

Je vous souhaite une très belle soirée.

Sei.