Il se faisait tard et Clopin, s'étant aventuré au travers les alentours de Paris, regardait la lune monter doucement à l'horizon tout en suivant le chemin qu'il connaissait assez bien pour l'emprunter quand il sentait l'envie de fuir la capitale et son agitation. Il passait devant la grande demeure noble qui habituellement était vide, cette fois-ci, il vit des lumières de bougies s'allumer au travers les fenêtres et il apercevait de loin des gardes derrière les grilles.

"Un noblion viendrait-il d'acheter cette maison ? Se dit-il. Qui est-ce ? Un comte ? Non, ça ressemble plus à une maison de Duc, mais quel Duc viendrait vivre en bordure de Paris ?"

En tant que Roi de la Cour des Miracles, Clopin se tenait au courant de la noblesse vivant à Paris, afin de savoir à qui il avait affaire si lui ou son peuple avaient un quelconque soucis. Autre chose le chagrinait : le jardin de cette demeure possédait de magnifiques pommiers, Clopin aimait en cueillir les fruits pour s'en délecter en rentrant de sa balade.

"Il va falloir que je m'en passes cette fois-ci."

Mais son ventre gargouillait alors qu'il regardait les pommes danser dans le vent au loin. La maison était entouré d'une épaisse haies de charmilles qui rejoignaient une grande grille en fer ornée de détails gothiques. Lorsque personne n'habitait ici, il passait par l'arrière la haie ou deux pieds de charmilles étaient un peu plus éloignés que les autres, ainsi il était facile de se faufiler au travers, surtout avec la finesse et la souplesse de Clopin.

Après avoir réfléchit quelques secondes, il décidait de faire irruption dans le jardin afin de cueillir des pommes malgré la présence des gardes. Il s'approchait donc discrètement de la haie et écoutait les bruits venant du jardin. Il entendait les gardes parler de loin et marcher le long de la maison, ils semblaient faire des tours. Il rejoignait alors l'arrière de la haie, où les charmilles étaient plus éloignées. Il se faufila au travers et y resta quelques secondes pour observer le jardin. Il avait quelque peu changé depuis l'emménagement du présumé noble, en effet, il avait tronqué son herbe sauvage pour un tapis de verdure entretenus, des tulipes ont été ajoutées en bordures de la haie et des pieds de roses sublimaient le mur gauche de la demeure. Un banc en pierre était posé simplement sous l'un des trois pommiers présent dans la partie gauche du jardin. Clopin ne voyait pas ce qu'il se passait dans l'autre partie du jardin, trop éloigné de son espace de passage entre les charmilles.

Les gardes passaient tranquillement à l'arrière de la maison, passant devant la porte arrière dont aucunes lumières ne s'échappaient. C'était sa chance. Il se glissa dans le jardin, restant tapis dans l'ombre, il se hissa sur le banc neuf sous le premier pommier, attrapa deux fruits et redescendit.

- Hey toi ! Cria un garde arrivant dans le dos de Clopin.

Il se retourna et fit face aux deux gardes qui foncaient sur lui. Il esquiva un premier coup de poing, le deuxième garde sortit son épée et tapa le côté gauche du cou de Clopin de son paumeau. La douleur le fit s'étaler au sol.

- Que fais-tu ici gitan ? Demanda un des deux gardes.

La douleur sur son cou avait fait naître un acouphène dans l'oreille gauche de Clopin et un terrible mal de crâne.

- Réponds ! Insista l'autre garde, il remarqua soudain les pommes tombées des mains de Clopin. Ces pommes appartiennent au Duc, tu dois les rendre.

- Le Duc habitant ici est donc maraîcher ? Répondit Clopin sarcastiquement.

- Rends les et cesse de te jouer de nous gitan. Dit le garde qui n'avait pas sortit son épée en serrant les poings.

- Vous savez, dit Clopin en se relevant, les pommiers étaient là bien avant le Duc, il ramassa les pommes, et je ne vois comment un Duc pourrait profiter seul de plusieurs pommiers, il mordit dans une pomme, serait-il amateur de tarte aux pommes ?

Le garde qui n'avait pas sortit son épée commençait visiblement à perdre patience, il serra les poings et essaya de frapper Clopin qui esquiva une fois de plus son coup.

- Bastien, pas besoin de t'énerver ainsi. Dit l'autre garde.

- Je vais lui apprendre à se moquer de nous. Dit il en réussissant à l'attraper et en le lançant violemment par terre. Tu fais moins le malin, hein, gitan !

Il attrapa Clopin par le col pour le soulever, le faisant décoller du sol. Clopin ferma les yeux attendant le coup.

"J'aurais dû simplement prendre les pommes et m' enfuir au lieu de les provoquer." De dit-il alors que le garde préparait son coup.

- Qu'est ce qu'il se passe ici ? Demanda une nouvelle voix.

Le garde lâcha soudainement Clopin qui tomba au sol, le deuxième garde répondit à la voix :

- Nous avons un intrus dans le jardin Monsieur le Duc. Dit-il en rangeant son épée.

- Et bien, répondit le Duc en se rapprochant de Clopin, que fais tu dans ma demeure gitan ?

Le Duc était un homme plutôt jeune, il devait avoir entre vingt-cinq et trente ans. Il était sortit de sa maison habillé d'un peignoir en soie beige brodé avec des motifs flauraux, pied nus et ses cheveux long et brun lâchés retombant en ondulant sur ses épaules. Il avait une carrure plutot simple, ni musclé ni maigrelet, il était rasé de près et avait un regard mi méprisant mi empathique. Ses yeux se posèrent sur les pommes.

- Prends ces pommes et va-t-en. Dit il froidement.

Clopin s'exécutait sans se presser, et alors qu'il était raccompagné par les gardes jusqu'à la grille le Duc ajouta :

- La prochaine fois, demande si tu veux des pommes.

Clopin se retournait surpris, le Duc entrait dans sa maison sans se retourner et lui sortait du jardin, la grille se refermait sur lui et il reprenait son chemin vers la Cour des Miracles.

Il fut accueillis par Esmeralda qui etait visiblement habitué à ce qu'il revienne si tard. Comme à son habitude, elle était vêtue d'un haut blanc laissant découvrir ses épaule, ainsi sa cascade de cheveux noir ondulée pouvait s'y déposait. En bas elle portait une jupe violette rehausser d'un foulard blanc avec des biaboles cousues ici spécialement pour faire du bruit, tout ceci était mis en valeur par un corset bleu et violet. La tâche rouge qu'il avait dans le cou interpella la danseuse.

- Que s'est-il passé ? Demanda-t-elle.

- Tu te souviens de la grande maison en bordure de Paris ?

- Celle sur le chemin que tu prends souvent pour aller dans la forêt ?

- Oui celle-ci, elle est occupé maintenant.

- Par qui ? C'est lui qui t'as fait ça ?

- C'est un duc de ce que j'ai compris, et je me suis peut être un peu immiscer dans son jardin.

- Tu ne pouvais pas te passer de pommes pour cette fois ? Demanda-t-elle en mettant ses mains sur ses hanches.

- Il m'a laissé, repartir avec. Répondit-il en lui lançant la deuxième pomme. Il m'a même dit que je devais demandé la prochaine fois, c'est que je ne le dérange pas plus que ça.

- Il a sûrement dit ça par politesse, je ne vois pas pourquoi un duc ferait la distribution de ses pommes aux gitans, quel intérêt ?

- J'en sais rien Esme. Je te laisse, je vais dormir, nous en reparlerons plus tard, quand nous aurons l'esprit reposé et plus d'informations sur ce duc.

- D'accord, bonne nuit Clopin. Dit-elle en partant rejoindre sa maison.

Clopin, lui, continuait jusqu'au fond de la Cour des Miracles, qui était un bout de quartier que les gitans avaient "emprunter" à la ville, pour ne pas dire subtilisé. C'était chez eux, et Clopin avait la plus grande maison de la rue, anciennement la maison de quelques bourgeois parisiens, elle comportait un salon meublé d'un canapé retapé aux tissus multicolores, une table basse en bois brut et des escaliers pour monter à l'étage. Dans la salle du fond se trouvait un espace cuisine avec un foyer culinaire, des étagères où étaient entreposés de la vaisselle et une bassine d'eau qu'il changeait tout les jours.

Il montait à l'étage où se trouvait sa chambre composée d'un espace salon avec un deuxième canapé de noble qu'il avait volé, d'un grand lit avec une structure en bois faites à la main et des draps composés de plusieurs pièces de tissus coloré. Il décidait de se coucher et de voir ce que la journée de demain allait lui offrir.