Le lendemain le Duc se levait de bonne humeur, et comme chaque matin, sa servante ouvrait des rideaux et apportait le petit déjeuner, ce jour ci composé d'une tarte au pomme, d'une tisane de pétale de rose, de morceaux de pains frais venant de chez le boulanger et de confiture faites par la servante elle même. Il se levait de son lit et allait s'asseoir à la petite table de sa chambre.

Cette pièce était composée d'un très grand lit couvert de draps luxueux en satin d'un ton bleu et ornés de motifs fleuris. En face du lit se trouvait cette fameuse table en bois peinte finement par un artisan de la famille, les chaises étaient en bois avec les assises en tissus rembourrés de la même couleur que le lit. En dessous de cette table s'étalait un immense tapis beige avec, encore une fois des motifs fleuris. Le Duc d'Alençon soupira en regardant le fond de sa tasse en porcelaine.

- Allez vous bien monsieur ? Demanda sa servante. Vous soupirez aujourd'hui encore.

- Je vais bien Annette. Répondit il en appuyant sa tête dans sa main, le regard plongé dans le vide.

Annette sortis de la pièce et ferma les portes de sa chambre. Il entendait dans le couloir quelques murmures :

- L'air de la capitale ne semble pas remettre le Duc sur pied, je ne sais plus quoi faire Françoise.

- Laissons lui un temps d'adaptation, il disait vouloir quitter Alençon pour les bordures de Paris, laissons le découvrir les alentours, se promener, peut être cela améliorera-t-il son humeur.

"Mon humeur ? Se dit-il. J'ai tout mais je ne suis d'humeur à rien."

Le Duc n'était pas de ceux qui jouissent de la vie noble, pour lui c'était une cage dorée, tout était à portée de ses mains et pourtant tout lui glissait entre les doigts. Depuis que ses parents étaient morts de maladie et qu'il avait hérité du titre de Duc, ses passions étaient mortes, seul restait sa passion pour les fleurs. Il se leva et ouvrit une des portes, il se pencha cherchant Annette du regard.

- Annette ! Appela-t-il la voyant au loin.

- Oui monsieur ?

- Serait-il possible de faire venir des magnolias pour les planter à l'arrière de la maison ?

- Oui bien sûr, j'en ferais la commande auprès du jardinier. Voudrez vous vous en occuper ?

- Oui, comme à l'habituel.

- Très bien monsieur. Répondit-elle avec un grand sourire. Je penses que vous les aurez dans la semaine.

- Merci Annette.

Il retourna dans sa chambre. De la fenêtre il pouvait voir la capitale se dessiner au loin, il suffisait d'une dixaine de minute à cheval et l'affaire était faites. Mais qu'irez faire un Duc en plein Paris si ce n'est visiter d'autres nobles ? Il n'avait pas la tête à cela, il était arrivé jusque ici à éviter les bals et fêtes de la haute société. La mort de ses parents avaient au moins quelque chose de positif : on ne l'obligerait plus à trouver une femme parmis une famille riche et dénuée d'intérêts interpersonnels.

Il décidait malgré tout de s'habiller des vêtements les plus simples qu'ils avaient, ainsi il choisit de mettre un collant blanc, surmonté d'un pentalon bouffant léger blanc avec des détails brodés en dorés. En haut il mit une chemise bouffante blanche rentré dans son pentalon, une veste longue bleu clair qu'il referma de ses boutons blancs et décida de mettre un chapeau bleu clair décoré d'une longue plume blanche.

Il sortait de sa chambre pour le plus grand bonheur de ses deux servantes, Françoise et Annette, qui le saluait alors qu'il passait.

- Je vais en ville. Les informa-t-il.

- Voulez que l'on fasse aussi atteler les cheveux des gardes ? Demanda Françoise.

- Non pas la peine je pars seul.

Sur ces mots il sortait de sa demeure et rejoignait son écurie qui était implantée sur la droite de la maison. Il arrivait devant le box de son cheval, c'était un palefrois imposant et élégant, sa robe grise semblait d'argent au soleil et sa crinière noire relevait sa teinte claire. Il le monta et se dirigea vers la ville de Paris.

Après avoir traversé quelques chemin passant à travers champs, il atteignait les remparts. L'intérieur de ceux-ci était beaucoup plus animés que ce que pensait le Duc, de multiples marchants faisaient étalage de ce qu'ils vendaient, les rues étaient remplies de monde, ce devait être un jour de marché. Il descendait de son cheval afin de ne gêner personne et le conduisait en tenant ses reines. Il croisait des échoppes de fruits et légumes, de travailleurs du cuir, de forgeron et même d'éleveurs d'animaux vendant des bêtes bien mystérieuses, en passant de la plus classique des poules jusqu'aux fouines et renards qui sont des animaux des forêts.

Après avoir marché un petit temps, le Duc commençait à s'ennuyer. Il tomba, au croisement d'une rue, sur une échoppe de vêtement. C'était la première fois qu'il voyait une boutique vendant des habits communs, il avait l'habitude des tailleurs luxueux que faisaient venir systématiquement ses parents pour les fêtes, les bals et parfois même pour simplement prendre le thé avec des invités, ce qu'il trouvait ridicule. Il regardait les habits avec attention, il y avait des pentalon de toutes sortes, bouffant ou droit, allant avec des chemises de coupes variés, quelques chapeaux et chausses en tissus.

- Bonjour Monsieur ! Lui dit le vendeur. Qu'est ce qu'un noble comme vous vient regarder dans mon humble échoppe ?

Le vendeur était un grand homme élancé, cheveux brun coupés court et rasé de près. Ses mains portaient les marques de son métier.

- Je suis simplement curieux. Répondit le Duc. Et peut être même cela me donne-t-il une idée. Je vais vous prendre plusieurs ensemble.

- Je n'ai pas d'habits se rapprochant un temps soi peu des vôtres monsieur.

- Ce n'est pas ce que je recherche.

Le vendeur surpris pris tout de même la commande du Duc. Après tout, les affaires des nobles ne le regardait pas, il devait gagner son pain voilà tout. Le Duc pris donc trois ensembles très commun, sans chapeaux, et décidait de prendre des chausses en cuir chez l'artisan qu'il avait croiser plus tot. En terme de chaussures le cuir était tout de même plus agréable, plus chaud et assez abordable pour ne pas éveiller l'attention.

En effet, le Duc avait quelque chose derrière la tête, il ne savait pas si cela marcherait mais il préférait essayer que de mourir un jour sans le savoir. Après ses achats il rentrait donc chez lui. Françoise et Annette le saluèrent au retour, lui annonçant que le repas était bientôt prêt. Il rejoignit vite sa chambre pour y ranger rapidement ses nouvelles affaires, il décida de les mettre sous son lit dans une boîte en bois simple pour ne pas que les servantes ne les trouve.

- Monsieur a-t-il aimé son escursion dans la capitale ? Demanda Annette qui entrait dans sa chambre.

Le Duc eu un sursaut, heureusement elle ne l'avait pas vu ranger ses achats.

- Oui. Commença-t-il. La ville est belle, les gens y sont fort sympathiques, j'y retournerais peut être.

- Avez vous rencontré les nobles du coin ?

- Non, c'était jour de marché, j'en ai profiter pour regarder les échoppes.

- Avez vous acheté des choses ?

Ça elle le savait déjà, son côté curieux voulait savoir ce que c'était.

- Rien qui ne vous regarde Annette.

- Très bien Monsieur.

Annette était curieuse mais elle ne poussait jamais le Duc dans ses retranchements. Elle n'était à son service que depuis cinq ans, elle ne l'avait pas vu grandir, Françoise lui avait donc compté son enfance difficile avec ses parents. Les plusieurs mariages forcés n'aboutissant qu'à la fugue, les sentiments cachés durant les repas pour ne pas paraître faible et être "un vrai homme", les passions tuent, la mentalité bornée et la rudesse de son éducation ont fait naître en Annette une empathie certaine pour le Duc.

Elle sortit de la chambre et le Duc poussa un soupir de soulagement. Il commençait à réfléchir à son plan, comment allait-il faire pour sortir de sa demeure sans interpeller les servantes ou les gardes ? Il faudrait qu'il sorte habillé de façon habituelle. Ensuite il devrait prendre le cheval d'un des gardes car le sien était trop reconnaissable, le palefrois alezan d'un des gardes ferait très bien l'affaire. Il continuait à élaborer tous les détails alors qu'il descendait dîner sur l'appel de Françoise.

Quand le soir fut venu, il mit son plan à exécution, il mit ses nouveaux habits communs sous une couche d'habits nobles, il sortit de sa chambre et descendit les escaliers.

- Où allez vous a cette heure Monsieur ? Demanda Françoise qu'il croisait dans au pied des escaliers.

- Je vais en ville, j'ai entendu qu'une noble donnait un thé ce soir. Répondit-il.

- Oh, c'est inattendu ! Dit elle joyeusement. Passez une bonne soirée Monsieur.

Il avait réussi ce passage, son excuse était toute trouvé et cela faisait plaisir aux servantes, donc elles ne chercheraient pas à en savoir plus ni ne s'inquiéteraient. Il arrivait donc à la deuxième étape. Il attela le cheval de son garde et accrocha des sacs derrière la selle. Il le monta et sortit de l'écurie, le garde le vit.

- Pourquoi prenez vous mon cheval Monsieur ? Demanda-t-il curieux.

Le Duc aimait beaucoup son palefrois gris, il ne montait que lui, alors le voir avec son cheval alezan l'étonnait.

- Je vais en ville mais je veux rester discret la nuit tombée

- Très bien Monsieur. Voulez vous qu'on vous accompagne ?

- Non merci, ça ne ferait qu'attirer l'attention.

Le garde avait l'air suspicieux mais il ne pouvait rien redire au Duc sans avoir de preuves suffisantes.

- Très bien Monsieur. Dit-il.

Le Duc partit en direction de la capitale une nouvelle fois.