Bonsoir bonsoir !

Encore un bunny plot qui voulait pas me laisser en paix

C'est ce que je nomme dans mon jargon un recueilfic. Ce sont des petits instants de vie qui suivent une ligne rouge, surtout au début pour bien installer le contexte. Il est possible qu'ensuite, cela soit plus décousu.

Pas de publication régulière prévue, ni d'autres chapitres en stock. À vrai dire, j'ai même pas relue, parce que j'ai teasé à mort pendant l'écriture. XD

(et aussi parce que c'était l'anniversaire de Hawks X)

WARNINGS : violences infantiles, exploitation, chantage

Disclaimer : À part Koumei, l'univers et les personnages appartiennent à Kōhei Horikoshi

Édité le 19/03/21


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1# Entends-moi mourir

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Koumei pleure à l'intérieur.

Les bandes qui compressent ses ailes dans son dos sont trop serrées aujourd'hui et cisaillent sa peau sous son sweat. Elle a l'impression d'étouffer sous le soleil déjà lourd de juin, dont les rayons sont reflétés sur l'asphalte encombré. Si elle ferme les yeux, derrière les bruits des voitures et des passants alentour, elle peut presque entendre ses parents jubiler non loin du micro, par son oreillette. Son ventre est chaud, couvert d'explosifs qui la mettront en morceaux si elle ne suit pas les ordres.

Elle veut être à des milliers de kilomètres de là, dans la petite ferme du Kansai où sa grand-mère cultivait des pastèques. Elle voudrait se rappeler le goût du bonheur lorsqu'elle mordait la chair sucrée et rafraîchissante, elle voudrait se souvenir d'un estomac plein, d'une longue nuit de sommeil, d'une vie pleine de rires et d'étoiles observées une fois la lune maîtresse du ciel.

Koumei pleure à l'intérieur, mais son visage est vierge de larmes. Sinon, ses parents l'entendront. Sinon, les passants s'intéresseront à elle, à cette fille frêle qui devrait être à l'école à cette heure. S'ils la remarquent, ils mourront tous et elle s'est juré que cela n'arriverait plus à cause d'elle, pas après le décès de sa grand-mère. Elle est pourtant déjà perdue, plongée dans la criminalité jusqu'au cou. Il serait tellement plus simple de lâcher prise et de s'abandonner aux ténèbres, mais elle a encore trop de principes qui la détruisent à petit feu.

Elle n'est qu'un pantin entre les mains de ses parents, un pantin dont le cœur bat malheureusement encore, prêt à la briser si le sang l'éclabousse. Et il lui suffit d'obéir pour que les innocents vivent, alors elle fend la foule d'un pas déterminé, sans un mot, sans un bruit, sa capuche ornée d'oreilles de chat rabattue sur sa tête.

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Hawks aimerait que ses patrouilles soient toutes aussi calmes que celle d'aujourd'hui. Pas de vol à l'arraché, d'agression dans une ruelle, de racket ou de passage à tabac. Une patrouille tranquille où il aide les mamies à traverser la rue, les papis à porter leurs emplettes, où il veille de loin sur les enfants qui font pour la première fois les courses.

Aussi, quand ce qui lui semble être une jeune fille lui rentre dedans à un carrefour, dissimulée sous une mignonne capuche de chat, il lui sourit, bienveillant et avenant, avant qu'elle ne lève son visage vers lui. Sa peau est pâle, presque blanche, mais ce qui attire son regard sont les deux yeux entièrement verts avec seulement la pupille noire, semblables à ceux des araignées.

La peur et la douleur qu'il y lit lui colle un frisson d'effroi.

Pourtant, elle ne lui demande pas de l'aide. Elle baisse simplement la tête, s'incline et s'excuse, vite, trop vite, avant de reprendre sa route comme si de rien n'était. Mais la patrouille calme de Hawks vient de se précipiter en journée infernale.

Il est persuadé d'avoir vu des fils dépasser du bas de son polo lorsqu'elle s'est baissée.

Son cœur se tord d'un horrible pressentiment, bat contre sa poitrine. Aussitôt, il détache une de ses plumes pour suivre l'adolescente, avant de s'envoler vers les cieux et les toits des immeubles pour la filer discrètement. Il aimerait penser qu'il a mal vu, que sa cible qui devrait être en cours à cette heure n'est qu'une élève qui fait l'école buissonnière, peut-être après un harcèlement. Il l'espère presque, malgré toute la douleur qu'elle doit endurer actuellement, car au moins, il n'y a qu'elle qui est en danger.

Par acquis de conscience, il allume son téléphone pour contacter son agence. Le vent siffle dans ses oreilles, alors qu'il passe de toit en toit, volant par-dessus les gratte-ciels. Ses yeux restent fixés sur la silhouette. Elle a une bosse irrégulière dans son dos, sans doute due à son Alter, et il se demande à quoi il a à faire, si les fils qu'il a vu dépasser ne sont pas simplement la manifestation de son pouvoir.

― Hawks ? Il y a un problème ?

La voix de son acolyte Gravitron est teintée d'une pointe d'inquiétude, mais reste calme. Il est vrai que le héros ailé n'appelle pas souvent. Hawks préfère bien souvent résoudre les incidents par lui-même, le plus rapidement possible. C'est bien d'ailleurs pour cela qu'il prend de l'avance ; peut-être peut-il anticiper l'issue de ce qui se trame sous ses yeux.

― Ressors-moi toutes les affaires impliquant des bombes, et plus spécifiquement des adolescents.

Si son mauvais pressentiment est juste, alors sa cible porte une bombe artisanale sur elle, ce qui expliquerait la peur quand il a croisé son regard. Et sans doute la douleur, si elle n'est qu'une victime et non pas l'instigatrice. Ses doigts gantés se serrent sur le téléphone, alors qu'il se pose sur le rebord d'un toit. L'adolescente s'est arrêtée, attendant de pouvoir traverser la rue et le cliquetis des touches d'un clavier d'ordinateur résonnent à son oreille.

― Attentat à la bombe, non, suicide, non… J'veux pas remettre ta parole en doute, mais tu es sûr ? C'est plutôt rare.

― J'ai vu des fils dépasser de son sweat et elle semblait terrorisée quand j'ai croisé son regard.

― Vert ? demande doucement Gravitron.

Hawks cligne des yeux et ses ailes battent un coup sec dans son dos. Si son acolyte a pu ainsi compléter sa phrase, c'est qu'il a trouvé quelque chose, malgré ses doutes.

― Qu'est-ce que tu as ?

― Des braquages de petites banques, depuis plusieurs années. À chaque fois, un enfant est impliqué, enfin, un adolescent dans les trois derniers, ainsi qu'un Alter de contrôle.

Le jeune héros imbrique toutes les pièces du puzzle ensemble alors qu'il voit sa cible marcher sur le passage piéton et entrer dans la plus grosse banque de la ville. Une goutte de sueur glisse le long de sa nuque. Il ne peut pas se contenter d'entrer pour l'arrêter. Il ignore quel mécanisme déclenche la bombe qu'elle porte. Peut-être a-t-elle un détonateur ou est-ce amorcé à distance.

― Demande une intervention à la police. On a un braquage sur les bras avec potentiellement une bombe de genre inconnue sur une adolescente.

Sa belle journée vient définitivement de partir en fumée.

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La banque est grande. Plus grande que d'habitude, trop grande pour Koumei qui a soudain du mal à respirer, d'autant plus qu'elle a glissé un masque chirurgical sur son nez pour masquer ses traits. Des étoiles dansent devant ses yeux et elle est à deux doigts de s'effondrer.

Sa respiration est sifflante depuis sa rencontre avec l'homme blond, tout à l'heure. Elle espère qu'il oubliera vite son visage, qu'il oubliera vite une anonyme parmi tant d'autres. Si ses parents se rendent compte de son erreur, ils le lui feront payer. Elle le sait, pourtant, qu'elle ne doit pas se faire remarquer !

L'odeur de sang s'est incrustée depuis longtemps dans ses draps, dans son oreiller et son matelas.

― Marionnette, fais glisser le portable à terre.

La voix de sa mère à travers l'oreillette fait courir un frisson dans son dos et son estomac vide se serre, se révulse. Koumei se retient de vomir au surnom tant honni, tandis qu'elle se baisse et sort le portable vibrant d'un appel de sa poche de pantalon. Elle appuie pour décrocher, puis le fait glisser sur le sol.

Elle met sur ses oreilles le cache-oreilles noir, tandis que la voix de son père résonne entre les murs.

― Ceci est un hold-up. Tout le monde à terre, les mains bien en évidence.

Comme des pantins, tout le monde obéit, malgré les airs surpris et paniqués, les appels à l'aide et les pleurs angoissés. Koumei a ses ailes et ses doigts qui la démangent. Comme toujours, elle n'a que trop conscience du poids contre son ventre et aimerait utiliser ses fils pour mettre tous les innocents à l'abri, loin de la voix implacable de son père.

Tant que l'appel sera en cours, ils ne seront que ses pantins et elle, un à peine plus utile que les autres. Elle n'a pas besoin des ondes pour obéir. Un filet de sueur glisse le long de sa nuque à la simple idée de faire un pas de travers.

Elle se souvient encore du corps de sa grand-mère dans la cuisine et le carrelage teinté d'écarlate sombre. Personne ne mourra plus pour la soif d'argent de ses parents.

Elle sert entre ses doigts la petite peluche de pingouin cachée dans la poche avant de son sweat, avant d'avancer vers un des employés. C'est une femme aux cheveux bleus magnifiques, qui la regarde comme si elle était le monstre sous son lit d'enfant. Elle ouvre la bouche, échoue à prononcer les mots une première fois. Elle inspire, serre les poings, avant de recommencer.

― Menez-moi au coffre et ouvrez-le. Faisons ça vite, s'il vous plaît. Si vous ne tentez pas de vous rebeller, tout se passera bien.

Peut-être est-ce son jeune âge, son apparence frêle ou sa petite taille, ou peut-être encore la peur dans son propre regard qui calme l'employée. Son regard de pitié troue le cœur de Koumei, encore. Cela lui rappelle qu'elle ne peut plus être sauvée, que les Héros ni la police ne lui laisseront le bénéfice du doute si elle se fait attraper.

Ses parents sont tranquillement à l'abri, tandis qu'elle doit affronter tous les dangers une bombe sur le ventre.

Ses mains sortent de ses poches et des fils blancs partent de ses doigts, attrapant l'employée pour mieux la mener et contrôler ses gestes, récupérant aussi au passage le téléphone maudit.

Une marionnette sous le contrôle d'un pantin.

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La police entoure le bâtiment, ainsi que les membres de son agence. Hawks, du bâtiment de l'autre côté de la rue, tente de repérer à travers les baies vitrées la gamine à cause de qui sa tranquillité a volé en éclats.

En bas, ils la considèrent déjà tous comme une grande vilaine, capable de terrasser toute une banque ; comme lui, ils la relient à d'autres holdups déjà commis auparavant. Mais lui ne peut oublier son regard, ni les fils entraperçus. Il a l'impression oppressante qu'il manque une donnée à l'équation pour la résoudre. Dans les précédentes affaires, il y a bien un fourgon qui se gare à l'arrière de la banque pour faire sortir les fonds et récupérer la gamine. Elle n'est pas seule et il doute qu'elle soit le cerveau derrière toute l'affaire, ni même qu'elle ait vraiment eu le choix.

Il passe ses options en revue, alors que la rue grouille de monde. Les policiers maintiennent à l'écart les curieux, mettent en place des barrages. Le fourgon ne pourra pas arriver derrière le bâtiment, cette fois. À moins que… ? Il comprend soudain à quoi sert la bombe, malgré l'implication d'un Alter de contrôle. C'est une prise d'otages. Les clients et les employés mourront si la police ne laisse pas passer le fourgon, ou s'il ne stoppe pas la catastrophe maintenant.

Il pourrait briser une vitre et attirer la gamine à lui à l'aide de la plume qui la suit discrètement. Mais sa cible doit être en contact avec la tête pensante. Un geste si brusque risque de la faire crier et d'attirer l'attention du marionnettiste derrière. Et boum.

Enfin, ses acolytes l'appellent, le mettent en ligne avec le lieutenant de police sur les lieux, dont les équipes ont piraté les caméras de surveillance. Il a juste le son, mais c'est assez pour vérifier son mauvais pressentiment.

L'adolescente est bien manipulée par un autre. Par-dessus les grincements des mécanismes de l'ascenseur, il entend une employée tenter de la convaincre d'arrêter, de se rendre, et une voix d'homme, mielleuse, grésillante, rappeler à une certaine Marionnette ce qui arrivera si elle lui désobéit.

Le « oui, père » le renvoie brutalement à des souvenirs d'enfance qu'il pensait oubliés, à des gifles et des coups dont son corps se souvient encore. Ses muscles se crispent, sa bouche se tord alors que des vieux cauchemars accrochent leurs griffes à son âme.

Il étend ses ailes, chasse ses fantômes d'un autre temps, une oreille toujours attentive à la conversation captée par les caméras.

Il sortira la jeune fille des griffes de son tortionnaire, ou il ne mérite pas d'être appelé un héros.

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L'employée a fini par se taire, au soulagement de Koumei qui tremble à chaque soubresaut de la machine. Son ventre grogne et les reflets des lumières crues sur les parois de l'ascenseur lui brûlent la rétine. Sa tête tourne et, lorsque la sonnerie annonçant le dernier étage de la tour retentit, elle résonne dans son crâne. La nausée tord ses entrailles tandis qu'elle commande à l'employée d'avancer d'un geste de la main.

Peut-être qu'elle aura le droit à des ramens au poulet ce soir. Avec en dessert les anpans sucrés et moelleux qu'elle a vus dans la cuisine hier soir, avant que son père ne la traîne jusqu'à sa chambre. Elle salive malgré elle. Elle doit réussir impeccablement ce hold-up si elle veut avoir ce repas de rêve.

Cependant, un imprévu brise ses espoirs alors qu'elle entre dans la salle des coffres, au dernier étage. Son regard croise le regard de deux gardiens et elle se fige. Son père lui a dit pourtant qu'il n'y en aurait qu'un. Il s'est trompé et elle sait qu'elle n'a que quelques secondes pour empêcher la situation de dérailler encore plus. Elle leur fait signe de se taire, horrifiée, et lance ses fils vers l'un pour prendre son contrôle. Elle doit assommer l'autre avant que tout ne parte en vrille.

Elle n'est pas assez rapide.

― Hé, qu'est-ce que cette petite fait là ?

― Évite ses fils !

― Ne bougez plus.

La voix de son père résonne et même elle se fige, tétanisée par l'ordre. Elle ferme les yeux, déglutit, et prie toutes les divinités pour que son géniteur soit dans un bon jour. Elle ne peut maîtriser que deux des trois employés et l'Alter de son paternel a des conditions précises d'utilisation. À tout moment, si l'appel coupe, son emprise disparaîtra.

Pourvu qu'il prenne ce risque. Elle ne veut plus de morts.

― Je voulais attendre encore un peu avant de t'initier à cela, mais autant en profiter. Fais-le marcher jusqu'à la fenêtre et pousse-le.

Koumei tremble, le cœur en vrac et qui tombe dans sa poitrine. Son père n'est pas sérieux, tout de même ? Son cerveau fonctionne à toute allure, alors qu'un goût de bile remonte dans sa gorge. Son regard croise celui des deux hommes, qui ne peuvent se défaire de l'ordre de son père. Elle tient leur vie entre ses mains, mais elle n'est pas capable d'obéir. Pas cette fois.

― Je… On a pas le temps ! La police va arriver bientôt, autant utiliser le plus de bras possible ? propose-t-elle d'une voix vacillante.

― Mais elle est déjà là. Tu t'es faite repérer. Estime-toi heureuse d'avoir une chance de te racheter. Tue le gardien de trop et on menace la police de te faire exploser pour qu'elle laisse passer le fourgon. Sinon… Tu devras les affronter toute seule.

― Tu ne peux pas te débarrasser de moi comme ça...

L'adolescente a l'impression que le monde s'effondre autour d'elle. Sa voix est presque geignarde, alors qu'elle comprend que c'est la seule solution pour sortir de la banque et rentrer à la maison. Sinon, il l'abandonnera, comme un outil usé qui dérange désormais plus qu'il n'est utile. Elle sait pertinemment qu'il n'hésitera pas si elle n'obéit pas. Elle le sait pertinemment et lève sa main gauche, celle qui contrôle l'un des gardiens. Un pas, puis deux, avant que la bile n'afflue de nouveau dans sa gorge, que ses joues se noient sous ses larmes d'horreur.

Elle clôt ses paupières, serre les dents, hésite. Elle ne veut pas tuer, mais elle ne veut pas aller en prison non plus. Est-ce qu'elle risquerait la peine de mort, si elle est attrapée ? Sa main tremble de plus en plus alors que le gardien s'avance vers sa mort. Les adultes crient, tentent de la faire changer d'avis. Mais le poids des menaces de son père pèsent bien plus dans la balance.

Est-ce que sa vie vaut vraiment celle du gardien ?

La question la frappe alors qu'elle le fait monter sur le rebord de la fenêtre ouverte. Cet homme a sûrement des amis, une famille à qui il manquera. Elle, à qui manquera-t-elle ? Personne. Pas même ses propres parents. Est-ce qu'elle veut vraiment vivre grâce à la mort d'un autre ?

Ses fils se brisent sous sa concentration vacillante.

L'homme vacille, soudain libéré de toute contrainte.

Un bref instant, Koumei le voit plonger dans le vide. Si elle ne fait rien, elle aura sa mort sur la conscience, mais elle pourra rentrer. Cependant, combien d'autres morts son père lui demandera-t-il de provoquer ?

L'idée lui est insupportable.

― Non !

Ses bandes sautent, son sweat se déchire ; deux ailes sanglantes se déploient dans son dos, étrange mélange entre des ailes de chauve-souris et les six bras supplémentaires d'un humain-araignée. Des fils jaillissent de ses mains supplémentaires, rattrapent l'homme qui s'apprêtait à sauter, le ramènent à l'abri. Elle tremble de tous ses membres alors que chaque mouvement de ses ailes est un éclair de douleur dans son corps.

Mais au moins, le gardien n'a pas sauté. Pas par sa faute.

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Hawks a envie de hurler. Il a mal pour cette adolescente à qui son père a lié ses ailes, les a enfermées dans un carcan qu'elle a pris le risque de briser pour sauver une vie. Il a envie de hurler en imaginant une telle prison pour un habitant des cieux comme lui. La jeune fille vit dans une cage permanente.

Il connaît le phénomène d'emprise, il l'a vu chez sa mère. À vrai dire, il s'attendait même à ce qu'elle obéisse sans discuter. Pourtant, elle n'a pas précipité l'employé vers une mort certaine. Elle l'a rattrapé, au risque de se blesser. Peut-être a-t-elle aussi un Endeavor, une certitude à laquelle elle se raccroche pour ne pas dépérir.

Chacune de ses plumes vibre d'une rage peu commune chez lui, lui qui a l'habitude de prendre les choses à la légère. Mais le sujet le touche profondément et s'imaginer les ailes liées lui broie le cœur. Sa plume vole juste derrière la gamine, prête à la tirer à l'extérieur. Il en détache trois autres, une pour chaque otage présent à l'étage, avant de se figer en entendant la phrase presque irréelle qui s'ensuit.

― Je ne l'ai pas vu sauter, Marionnette… La police ne devrait pas tarder à intervenir, tu sais ? À moins que tu ne préfères sauter avec eux quand ils interviendront ?

Le salopard. Hawks peut voir l'enfant se décomposer, tremblante comme une feuille. Est-ce que son père lui laissera du temps si le gardien saute, assez pour lui permettre de l'évacuer du bâtiment et lui ôter la bombe ? S'il la sort maintenant, il devra la faire passer par une fenêtre, le gardien l'empêche de passer par celle déjà ouverte.

Il s'élance dans les cieux, descend jusqu'à la hauteur des fenêtres de l'étage pour qu'elle le voie. Qu'elle fasse tomber le gardien, il le rattrapera. Il croise son regard et y lit sa détresse. S'il avait agi dans la rue, aurait-il pu lui éviter ce dilemme ? Un claquement d'aile et il incline la tête, l'incite de la main à agir. Lui fera-t-elle confiance ? Les secondes s'égrènent vite et elle n'a pas le temps d'hésiter.

― Allez, petite, supplie-t-il à voix basse.

Elle plonge son regard dans le sien, ramène le gardien à l'intérieur. Hawks écarquille les yeux lorsqu'elle relâche les adultes présents, comprenant ce qu'elle veut faire. Aussitôt, il ramène à lui toutes ses plumes, tandis qu'elle court, prend appui sur le rebord de la fenêtre et saute.

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Le vent dans ses ailes est une sensation étrange. Malgré la douleur qui vrille son corps, Koumei se sent bien. Libre.

Elle inspire, écarte ses ailes et ses jambes, profite de la sensation. Elle ignore comment battre des ailes pour échapper au bitume, mais ça lui va. Elle sera la seule victime, comme une héroïne qui se sacrifie pour les civils. Elle a un goût de pastèque sur les lèvres alors qu'elle se rappelle soudain clamer à sa mamie qu'elle sauverait les gens.

Est-ce un souvenir qui lui revient parce qu'elle se rapproche de la mort à chaque seconde, ou son esprit tente-t-il de lui offrir un peu de réconfort ?

Elle ferme les yeux. Elle s'en fiche, alors que le vent hurle dans ses oreilles. Sa chute est cependant brutalement arrêtée par deux bras. Ses poumons se compressent sous le choc, elle manque d'air, avant de pouvoir respirer à nouveau. Elle est pressée contre un torse chaud et des mains délicates changent de place pour la soutenir au mieux en évitant ses ailes blessées.

Lorsqu'elle relève la tête, elle croise le regard inquiet de l'homme qu'elle a percuté tout à l'heure, qui lui a fait signe à travers la fenêtre. Un héros, sans doute, qui aurait mieux fait de la laisser s'écraser. Elle se tend contre lui, lui adresse un regard suspicieux. L'a-t-il vu pousser le gardien vers le vide, pour changer d'avis à la dernière seconde ? C'est son travail de sauver des vies, alors sans doute ne l'a-t-il pas rattrapé de gaieté de cœur.

Dans son oreillette, elle entend sa mère crier. Elle lève une main tremblante, gémit à la douleur qui traverse son corps. L'homme aux ailes rouges qui claquent au vent lui sourit, lumineux, trop lumineux. Elle se tend un peu plus, suspicieuse, avant qu'il ne se saisisse de l'appareil pour l'écraser entre ses doigts.

― Oups, quel maladroit je fais. Heureusement que tu n'en avais plus besoin.

Si un bref instant, elle se sent soulagée de ne plus entendre sa mère, elle blêmit en se rappelant la bombe sur son dos. Son père a les moyens de l'activer à distance et de la tuer avec le héros. Un sentiment d'urgence la prend et elle glisse ses mains sous son sweat, essayant désespérément de l'enlever. Un sanglot la secoue alors que les sangles glissent entre ses doigts encore visqueux des restes de ses fils.

― Accroche-toi à moi.

Koumei veut refuser, mais l'homme ne lui laisse pas l'opportunité. Il prend sa main et l'oblige à serrer sa veste, tandis qu'il saisit une de ses plumes d'une de ses mains. Il lacère son sweat aux épaules, coupe le cuir du harnais qu'elle porte. Ce dernier glisse le long des racines de ses ailes, réveille la douleur et elle hurle.

Puis le héros taillade autour de ses ailes, avant d'utiliser ses plumes pour tirer la bombe et l'envoyer haut dans les airs ; soudain, elle se sent plus légère, malgré la souffrance qui lui donne l'impression que ses ailes ont été brisées morceau par morceau.

Le héros la garde délicatement contre lui, tandis qu'il redescend vers le sol, vers des responsabilités qu'elle ne veut pas assumer. Elle ferme les yeux, s'agrippe au manteau beige, alors que la douleur devient de plus en plus insoutenable.

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Hawks est maculé du sang de la gamine, qui s'accroche finalement à lui comme une moule à son rocher. Il sait qu'il a aggravé ses blessures en enlevant la bombe et il espère que ses ailes n'en porteront pas à jamais le stigmate. Lorsqu'il atterrit, il crie après une ambulance, avant de s'asseoir au sol pour soulager ses bras et bercer doucement l'adolescente contre lui.

Elle ne pleure même pas. Elle a les yeux clos, comme pour fuir la réalité, mais il doute sincèrement que l'État la poursuive en justice. Personne ne pourra affirmer qu'elle n'était pas sous l'emprise de l'Alter de son père, même avec les enregistrements. Et la loi est plutôt souple envers les victimes d'Alters de contrôle.

― Tout va bien se passer, d'accord ? Tu ne retourneras pas en cage, je te le promets.

― Veux juste… ramen au poulet…

Il n'est pas certain qu'elle soit consciente de ce qui l'entoure. Elle paraît presque divaguer, pour le coup. Le héros n'est pas du tout rassuré par cette constatation.

― Tout ce que tu voudras, tu le mérites.

Il cherche nerveusement l'ambulance du regard alors que son manteau s'imbibe d'écarlate. Il refuse de perdre l'adolescente maintenant, pas alors qu'elle vient à peine de sortir de sa cage. Sous ses doigts, le pouls semble ralentir à chaque battement. Il espère que ce n'est que la retombée de l'adrénaline due à la chute, alors qu'il peine à l'entendre respirer. Il retire le masque chirurgical qui dissimule le bas de son visage, sans doute pour brouiller l'identification sur les caméras de surveillance, capte sa faible respiration. Il espère qu'il ne lui a pas brisé des côtes en la rattrapant, qu'aucun poumon n'a été percé.

Enfin, les ambulanciers arrivent, chargent la gamine qui paraît encore plus minuscule sur le brancard. Un objet tombe du sweat noir et Hawks sort un mouchoir de sa poche pour le ramasser.

Une peluche de pingouin, aux couleurs passées, élimée.

Hawks la glisse dans sa poche quand le lieutenant de police le rejoint, pour lui demander de tenter d'attraper les parents qui ne doivent pas être loin, pour actionner une bombe. Il lève les yeux vers le point noir dans le ciel bleu qu'il sait être l'arme de destruction massive et envoie ses plumes le déposer au centre de déminage le plus proche.

Si les briseurs d'ailes sont dans le coin, il se jure de les coincer.

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Voilà, ça donne le ton du recueil ^^

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