Bonsoir bonsoiiiir !

... Oubliez le délai de trois semaines, ma vie est un trop gros merdier pour que je m'en sorte -_-

(donc oui, ça sera de nouveau quand je peux X)

D'ailleurs, ce "retard" est aussi dû à la réécriture des premiers chapitres, entre les nouveaux chapitres de MHA parus et une review d'une lectrice qui m'a mis le nez sur un trou dans le dit-chapitre. Oupsi. Du coup, ce dernier a subi une réécriture assez conséquente, n'hésitez pas à aller le relire (promis, sur les autres, ça tient du détail)

WARNINGS : Violence intra-familiale, violences sur mineure, tics nerveux et inconscients pouvant s'apparenter à de l'auto-mutilation.

Disclaimer : À part Koumei, l'univers et les personnages appartiennent à Kōhei Horikoshi


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6# Lap-imprévu

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Le silence dans le salon est plus lourd que du plomb.

Depuis la crise de panique de Koumei le matin même et ses interventions toute la journée - à croire que les Vilains ont pris rendez-vous pour lui hérisser les plumes - Hawks n'a pas eu le temps de discuter avec elle. Il ne sait même pas par où commencer pour la rassurer. Elle s'inquiète sans doute de comment il a pris l'incident, s'il lui en veut ou non. À vrai dire, il est surtout en colère contre lui-même. Il n'a pas imaginé une seconde qu'elle pourrait réagir ainsi. Il ignore même ce qui a précisément déclenché cette crise !

Un coup d'œil sur le canapé.

Elle n'a pas bougé depuis qu'ils sont rentrés. Elle semble apathique, les doigts serrés sur la couverture lourde qui l'enserre. Elle a pris celle de l'agence avec elle, le temps qu'il en commande une. Cela semble l'apaiser, tout comme sa peluche qu'elle garde contre son torse. Il se demande s'il avait l'air aussi fragile quand il était petit, les bras serrés sur sa peluche d'Endeavor.

Il pose ses mains savonneuses sur le rebord de l'évier, soupire. Ce silence l'angoisse presque et il ne peut pas indéfiniment repousser l'instant de leur discussion. Ses doigts tapotent le métal du lavabo, alors qu'il cherche la meilleure façon de commencer.

― Koumei… Tu veux qu'on parle de ce qui s'est passé ce matin ?

― Gravitron a dit que j'ai fait une attaque de panique. Y'a-t-il vraiment matière à discuter ?

Elle évite le problème. Cela n'est pas étonnant, mais il ne peut pas la laisser faire. Il s'en veut d'avance, mais il doit la pousser dans ses retranchements. S'ils font comme si de rien n'était, cette situation reviendra encore et encore. Il n'est pas certain qu'elle arrive à encaisser souvent des crises de panique. Ce n'est pas bon pour elle ; il veut lui épargner la douleur qu'il a vu dans ses yeux avant de devoir partir.

― Je ne veux pas mettre ça sous le tapis, puis refaire les erreurs qui y ont mené.

Hawks se retourne et s'appuie contre le plan de travail. Les rangements en hauteur gênent ses ailes, mais il craint que bouger plus n'effraie l'adolescente, qui reste toujours silencieuse. Peut-être a-t-elle peur qu'il s'énerve si elle lui fait la moindre remarque sur son comportement qui a pu déclencher sa crise ? Il y a une boule dans sa gorge à cette idée. Il ne veut pas être son père. Il refuse de lui ressembler aux yeux de Koumei.

― Ou… Si tu as peur de te confier à moi, peut-être que tu préférerais un psy ? J'avais l'intention d'amener ce sujet-là sur la table un autre jour, mais…

― Vous pensez que je suis folle ?

― Si c'était le cas, tu serais restée à l'hôpital, tu sais.

Le héros ne s'attendait pas à une réponse pareille et il prend encore plus de précautions, pesant chacun de ses mots. Comment peut-elle se penser folle ? Est-ce parce qu'il lui a proposé d'aller voir un psychiatre ou pour une autre raison qui lui échappe ? Il souffle de nouveau, passe une main humide dans ses cheveux.

Dans quoi s'est-il embarqué, bon sang ?

― Gravitron faisait aussi des crises de panique, quand il était plus jeune. Il n'est pas fou pour autant.

― Mais il n'est pas moi.

― Poussin, heureusement qu'il n'est pas toi. Tu imagines, à vous deux, vous mettriez des fils partout !

Sa tentative d'humour tombe à plat. Koumei observe la télévision éteinte sans rien répondre de plus. Il a envie de la secouer, de la sortir de l'apathie dans laquelle elle semble plongée. Il hésite quelques secondes, avant de s'essuyer les mains sur un torchon qui traîne. Peut-être devrait-il essayer de la pousser à la conversation autrement. Il ouvre le congélateur, récupère un petit pot de glace, puis une cuillère dans un tiroir et rejoint la jeune fille sur le sofa. Il lui tend le tout, retenant un sourire alors qu'elle écarquille grand les yeux.

Bon, il a réussi à lui soutirer une réaction, cette fois.

― Je te l'avais promis, non ?

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Koumei observe la glace avec des yeux ronds. Hawks s'est souvenu de leur discussion de la nuit dernière. Il a pris un parfum fraise-haricots rouges en allant au konbini. Un rire étranglé lui échappe. Elle n'arrive pas à le comprendre, mais elle commence à penser que ce n'est pas si grave, qu'elle peut s'en sortir sans deviner à l'avance ses actions. Il n'est pas son père, il l'a déjà prouvé à maintes et maintes reprises.

― Je ne pensais pas que vous vous en souviendriez, m'sieur Hawks.

― Laisse tomber le monsieur, je prends dix ans à chaque fois que je t'entends.

― Si c'était vrai, au moins, vous seriez déjà majeur.

Elle pointe le fait avec un nœud dans le ventre. Déjà, plusieurs occasions où son père l'aurait frappé pour son impertinence sont passées sans que le héros ne fasse rien, alors elle doute qu'il la violente cette fois, mais il y a toujours un soupçon de suspicion qui reste accroché à son ventre pour le nouer. Elle ouvre sa glace sans oser jeter un regard au héros, plonge sa cuillère dedans.

Sa main tremble.

Koumei manque de rire d'elle-même. Peut-être qu'elle a besoin d'un psy, comme le plus vieux le lui a si bien proposé, si elle a peur de goûter une simple glace. Bien sûr qu'elle craint de ramener à la surface des souvenirs doux teintés de douleur. Elle ne veut pas subir la même crise que ce matin. Elle a peur que le goût sucré se teinte de l'amertume de son passé.

― Tu sais, les goûts vont et viennent. C'est pas grave si t'aimes plus, ou si ça te rappelle de mauvais souvenirs. Au pire, j'achèterais une saveur différente chaque jour jusqu'à ce qu'on trouve ce qui te plaît !

― Vous n'êtes pas obligé…

Elle se sent mal, presque, des efforts qu'il fait pour la mettre à l'aise. Elle a bien conscience de ne pas l'aider, d'être un boulet à son pied. Elle aurait dû refuser de passer sous sa garde. Au moins, en foyer, elle n'aurait été qu'une enfant, qu'un déchet de la société parmi tant d'autres. Le héros dit qu'il lui a tendu la main parce qu'il se voyait en elle. Mais elle ne mérite pas ses efforts acharnés pour la sortir hors de ses ténèbres. Elle ne pensait pas qu'il ferait autant, alors que c'est à elle d'agir si elle veut un jour être autre chose que le pantin cambrioleur.

― Je suis désolée.

― Moi aussi.

Koumei cligne des yeux, tourne brutalement la tête vers le héros ailé. Sa nuque craque ; une grimace de douleur traverse son visage, alors que la main de Hawks se pose sans ses cheveux pour les frotter. Elle ne se dérobe pas au contact, même si elle lui adresse un regard confus. Pourquoi s'excuse-t-il ? Il n'a rien fait de mal, au contraire !

― J'aimerai faire mieux. Faire plus. J'ai l'impression d'échouer.

― Je me doute bien que je ne vous rends pas la tâche facile…

Koumei lâche un soupir, alors que son attention retourne au pot de glace. Elle creuse dedans du bout de la cuillère, dessinant des arabesques sans vraiment y penser. Elle ne se faisait donc pas des idées, elle est bien un poids pour le héros. Les papiers pour sa garde ne sont pas encore signés ; peut-être devrait-elle joindre monsieur Mera pour lui demander de la récupérer ? Elle ne veut pas gêner son sauveur.

Puis, les gens finiront bien par savoir de qui elle est l'enfant, non ? Hawks a-t-il songé à quoi ressemblerait son geste ? Elle est une criminelle ; ne risque-t-elle pas de nuire à sa réputation ? Elle n'y a pas vraiment réfléchi jusqu'à aujourd'hui, si heureuse de vivre ce rêve éveillé qui finira forcément par prendre fin.

― Vous pouvez toujours revenir sur votre parole, vous savez. Je ne vous en voudrais pas.

Chaque mot lui brûle la poitrine. Elle n'a pas le droit de lui en vouloir après lui en faire voir de toutes les couleurs. Il n'a pas encore signé ; rien ne l'oblige à prendre soin d'elle pour l'instant, il peut reculer, même si l'abandon fera mal. Mais elle a toujours vécu avec la douleur, alors elle peut bien en supporter encore un peu plus.

Un sanglot lui érafle la gorge alors que sa vue se trouble.

Le pouce chaud de Hawks vient essuyer ses larmes naissantes et il l'oblige à tourner la tête pour qu'elle croise son regard. Elle ferme les yeux, lâchement. Elle ne veut pas entendre qu'il abandonne de sa bouche. Elle veut bien l'imaginer, elle veut bien le vivre, mais entendre la voix qui l'a fait sourire, qui la rassure, lui dire qu'il laisse tomber, elle ne le supporterait pas.

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Hawks sait que ses prochains mots seront déterminants.

L'adolescente est terrifiée à l'idée qu'il l'abandonne, cela se voit aux larmes qu'il a essuyées, à ses yeux fermés et son corps tremblant. Mais malgré les difficultés, il refuse de revenir sur sa parole. Il ne pourrait plus jamais se regarder dans un miroir s'il la laisse tomber après lui avoir promis une vie en-dehors de sa cage. Il veut voir le poussin grandir et s'envoler, conquérir les cieux, bien plus haut et loin qu'il ne le fera jamais, enchaîné à la Commission. Certes, il a choisi ses chaînes et ne les regrette pas, mais Koumei sera bien plus libre que lui s'il la délivre du poids de son passé trop lourd pour ses épaules.

― Mei-chan… Je ne briserai pas ma promesse. Je veux t'aider. Je sais que ça ne sera pas facile tous les jours, que je vais découvrir encore des choses que je ne saurais pas tout de suite gérer. Mais je ne t'abandonnerais pas.

― Mais je suis une fille de criminel… Je suis une criminelle. Est-ce que ça ira, pour votre réputation, votre…

Le héros la coupe en glissant ses bras autour d'elle, la serrant contre son torse. Il sait pertinemment ce qu'elle pense à cet instant. Mais il serait bien mal placé pour juger. Il est aussi un môme de criminel, après tout. Un môme à qui la Commission a retiré son identité pour ne pas choquer la société.

Le lien avec ses parents, à vrai dire, il n'y accorde que peu d'importance. Il n'a jamais eu le courage de les confronter, malgré les années passées. Parfois, cependant, il aimerait dire d'où il vient, pour que des enfants voient la lumière et ne sombrent pas en pensant qu'ils n'ont pas d'autres choix que de devenir Vilains, comme leurs géniteurs.

― Arrête. C'est mon problème, pas le tien. Et je me fiche de ce qu'ils diront. Je t'ai vu, en haut de ce gratte-ciel. Je t'ai vu osciller entre le bien et le mal, je t'ai vu choisir. Je ne te laisserai pas retomber, je te le jure.

― Vous ne savez pas ce que c'est.

― Si. Plus que tu ne l'imagines.

Hawks aurait voulu ne pas lui raconter, mais il a la sensation que c'est essentiel pour qu'elle sache qu'elle n'est pas seule, qu'il comprend sa douleur, que sa main tendue n'est pas que pour faire jolie. Alors il la relâche, essuie une dernière fois les larmes de l'adolescente, avant de tirer sur la sangle pour étendre l'extension du sofa. Il s'assoit en tailleur, alors qu'elle utilise ses fils pour poser sa glace et la cuillère sur la table basse.

― Mon père est un tueur à gages violent. Ma mère une imbécile qui l'a protégé. Je n'étais pas désiré. Lorsque la Commission m'a trouvé, elle m'a enlevé tout ce qui me reliait à eux en échange d'une éducation. Sans eux, je serais mort peut-être, ou alors je serais devenu un vilain, au mépris de mes rêves d'enfant. Alors certes, je ne peux pas montrer qu'il existe une voie vers la lumière pour les autres… Mais pour toi, je peux.

Koumei a les yeux écarquillés. Ses doigts ont lâché sa peluche sous la surprise, qui a glissé entre eux. Elle semble encaisser les informations et les analyser, une main dans ses cheveux blancs. La Commission le blâmerait sans doute pour avoir divulgué ces informations ; à vrai dire, il aurait préféré garder ça secret, mais l'adolescente en a besoin et il ne doute pas qu'elle gardera le silence à ce propos.

― M'sieur Hawks… Est-ce que je peux… Enfin…

Elle bafouille, tend la main pour récupérer son doudou. Mais Hawks n'a pas besoin de plus pour comprendre.

― Keigo. C'est tout ce que je peux te donner et tu devras garder tout ça pour toi. Une raison de plus pour pas te laisser tomber, tu risquerais de parler !

Il esquisse un sourire, fier de son coup. Elle cligne des yeux, avant de sourire timidement, son pingouin serré contre son torse. Elle ne fuit plus son regard, ce qu'il estime être une bonne avancée. Il tressaille cependant lorsqu'elle tend une main timide et tremblante vers lui, mais il ne bouge pas. Les doigts de l'adolescente serrent le tissu de son t-shirt et elle se rapproche pour poser sa tête contre son torse. Il ose à peine respirer, de peur de l'effrayer. Qu'a-t-elle en tête ? C'est peut-être bien la première fois qu'elle esquisse un geste aussi franc sans qu'il ne l'y encourage. Est-ce que son discours a eu plus que l'effet escompté ? Il ne voit même plus ses yeux, alors il est incapable d'estimer dans quelle état mental elle est.

― S'il vous plaît… Si vous savez ce que ça fait… Je ne veux pas que vous m'abandonniez, m'sieur Keigo.

Elle a utilisé son prénom. Hawks se sent stupidement heureux de ce simple fait, alors même qu'il entend des sanglots dans la voix tremblante. Il passe une main dans son dos, entre ses ailes repliées, pour la rassurer. Il sait qu'il fera encore des erreurs, qu'il n'arrivera pas toujours à la comprendre, mais il peut au moins lui jurer qu'il endossera son rôle de tuteur malgré tout.

― Et je t'ai juré que je ne le ferai pas. On va galérer, on va se planter parfois, comme ce matin, mais on trouvera des solutions pour avancer, petit à petit. Tu as des idées à proposer ?

Il caresse doucement ses cheveux, alors qu'elle sanglote et que des larmes tombent sur ses cuisses. Ce n'est pas grave, elle a besoin de se libérer de sa tension avant d'imploser. Qu'elle prenne son temps ; Hawks n'est pas effrayé par une nuit blanche supplémentaire. Il tournera au café le lendemain matin, mais qu'importe. Il sera toujours efficace et sa future pupille lui fera un peu plus confiance.

― Est-ce que… Est-ce qu'on pourrait avoir des règles écrites ?

Des règles bien définies, auxquelles elle peut se référer en cas de doute. Il n'apprécie guère l'idée, mais il comprend pourquoi cela la rassurerait. Si elle sait quelles sont les limites à ne pas dépasser, elle se sentira plus libre d'agir. Il ne voit même pas ce qu'il pourrait lui interdire, à vrai dire, car il ne l'imagine pas faire quoi que ce soit qui pourrait être dangereux pour elle ou pour les autres. Elle a trop peur de l'abandon, d'être rejetée après le peu qu'il a fait pour elle.

― On va en discuter ensemble, j'vais chercher un stylo et une feuille. Tu me lâches ? Je reviens vite.

Koumei hésite, avant de relâcher sa prise, et il lui ébouriffe gentiment les cheveux avant de se lever.

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Hawks est comme elle.

Koumei n'ose demander jusqu'à quel point, elle n'ose demander s'il connaît la violence intra-familiale, la sensation d'être obligé de commettre un crime. Ce ne sont pas des choses dont elle a envie de parler ce soir, mais il y a une chaleur dans son ventre qui ne veut pas partir.

Elle n'est pas seule.

L'adolescente renifle, essuie du revers de sa manche ses larmes. La place à ses côtés est vide et elle espère que le héros… Non, que Keigo reviendra vite. Il lui a donné son prénom. C'est un secret, un qu'elle sera pour une fois ravie de garder. Elle récupère sa glace alors qu'un sourire se forme malgré elle sur ses lèvres.

Elle connaît son prénom. Elle a l'impression de rêver, d'avoir totalement imaginé les dernières minutes. Keigo a promis de ne pas l'abandonner et il a cimenté cette promesse d'un secret dont la révélation lui en coûterait. Il lui a donné une assurance qu'il ne la laisserait pas tomber, il lui a donné une raison de lui faire confiance, de poser son cœur entre ses mains sans se poser plus de questions.

Koumei sait qu'il lui reste du chemin à faire avant d'en arriver là. Même s'il n'est plus un inconnu depuis longtemps, elle aura du mal à accorder sa confiance si souvent malmenée entre les mains de ses parents. Mais elle veut espérer, alors qu'elle prend une bouchée de son dessert. Elle grave dans sa mémoire le sentiment de sécurité sous la couverture lestée, la joie qu'elle ressent d'être comprise, le soulagement de ne pas être abandonnée.

C'est ce dont elle veut se souvenir à chaque fois qu'elle goûtera de nouveau le parfum haricots rouges-fraises. Elle ne veut plus l'associer à un souvenir passé, teinté d'une faible joie et surtout d'amertume.

― 'Tain, pourquoi je retrouve jamais rien dans c'te baraque ! Mei-chan, rappelle-moi de ranger ce week-end !

― Ça serait pas... plus simple de mettre un mémo sur le frigo ?

― Tu peux l'écrire ?

― Vous ne cherchiez pas justement un stylo ?

Elle entend le héros jurer ; elle masque son rire naissant en reprenant une cuillerée de sa glace. Un sourire reste pourtant sur son visage, alors qu'elle enlève la couverture de ses épaules. Elle a un peu trop chaud et le sentiment de sécurité qu'elle ressent ne semble pas vouloir la quitter. Au pire, cela reste juste à côté d'elle, si elle en a besoin.

Enfin, Hawks revient en grommelant, un carnet et un stylo en main. Elle se mord la lèvre pour ne pas rire et, lorsqu'il s'en aperçoit, se contente de lui tirer la langue. Il s'assit de nouveau à côté d'elle, étendant ses ailes pour l'envelopper d'une. Un bref instant, elle a envie de le repousser, de crainte d'avoir de nouveau trop chaud, mais elle ne veut pas le vexer, alors elle ne dit rien.

― Par quoi on commence… Ah, je sais ! On frappe à la porte avant d'entrer dans une chambre et on peut refuser ou demander un peu de temps ! Celle-là n'est pas négociable, tu es prévenue, hors de question que je puisse rentrer dans ta chambre comme dans un moulin.

― Vous visitez souvent des moulins ?

― … J'arrive pas à savoir si tu plaisantes ou si t'es sérieuse.

Koumei baisse la tête. Elle-même ne sait pas vraiment si elle a posé la question sérieusement. En tout cas, elle est heureuse de cette décision, même si le concept d'une pièce uniquement à elle la dépasse. Une porte fermée vaut mieux qu'un simple rideau, de toute façon, cela pousse à frapper avant d'entrer. Elle acquiesce doucement, alors que l'aile caresse doucement son dos, comme pour la rassurer. C'est réconfortant, malgré la chaleur que cela lui inflige. Elle hésite, avant de demander d'une toute petite voix :

― Est-ce que… Est-ce je peux dire quand un de vos gestes me dérange ou me met mal à l'aise ? C'est pas pour vous retenir, ni quoi ni rien, juste…

Aussitôt, Hawks retire son aile. Elle n'ose relever les yeux pour savoir comment il l'a pris, prenant une autre cuillerée de glace. Elle l'entend bouger, puis écrire sur le carnet. Note-t-il quand même, sans même négocier ?

― C'est… C'est arrivé souvent ? Que je fasse quelque chose qui te gêne et que tu me l'ais pas dit ?

Même sans le regarder, elle sent qu'il est profondément attristé. Il ne veut pas la mettre mal à l'aise, c'est certain ; lorsqu'elle redresse les yeux, il ressemble à un chiot qui vient de se faire gronder, dessinant des arabesques sur le tissu du sofa. Il a l'air presque vulnérable et elle s'en veut de l'inquiéter. En vrai, elle ne déteste pas ses marques d'affection, au contraire. Simplement, comme maintenant, elle n'en a pas envie, plus par commodité que parce qu'elle se sent oppressée ou quelque chose du genre.

― Je… Je ne crois pas. C'est juste que vos ailes donnent chaud, vous savez. Et qu'on est en juillet.

― … Je suis crétin, il faut croire.

― B'jour, crétin ?

Koumei sait que c'est exactement le genre d'humour du héros, mais elle ne sait pas si elle a le droit de l'utiliser. Et si elle l'a vexé en retournant ses propres paroles contre lui ? Pourtant, elle se détend alors qu'il éclate d'un rire sonore, à en faire trembler le canapé. Elle esquisse même un bref sourire, avant que Hawks ne jette un coup d'œil à l'horloge.

― Bonsoir, je dirais même. Je te propose qu'on commande quelque chose pour dîner vu l'heure et on essaye de continuer la liste ? J'y ajouterai bien de me tutoyer, moi, soupire-t-il.

― Ça… Ça me va, pour le repas. Mais je ne sais pas si j'arriverais…

L'adolescente ne sait pas si elle a déjà côtoyé quelqu'un ou non. Sa grand-mère peut-être, ses parents les premiers jours. En tout cas, cela fait si longtemps qu'elle ignore si elle en est capable ou non, même si c'est une demande de Keigo. Elle enfouit sa tête dans sa peluche, la serrant contre son torse en inspirant l'odeur de lessive que le tissu dégage. Lorsque Hawks sort son téléphone, elle se raidit soudain en le voyant faire défiler sa liste de contacts.

Son père faisait la même chose lorsqu'il organisait un casse en bande. Il ne la faisait pas toujours travailler. Elle sait qu'elle ne saura pas gérer une nouvelle tête imprévue tout de suite. Elle ne veut pas refaire une crise de panique, comme devant les deux acolytes de son tuteur. Elle hésite, avant de murmurer tout doucement :

― Est-ce que… Vous pourriez n'inviter personne ici sans prévenir ?

Keigo cligne des yeux, comme un hibou, avant de regarder de nouveau son portable, puis de nouveau elle. Koumei vient-elle de lui demander un sacrifice énorme sans le savoir ? Après tout, il a peut-être une vie sociale importante, c'est égoïste de sa part de lui demander de la réduire. Finalement, le héros passe une main dans ses cheveux, les ébouriffant un peu plus, avant de soupirer.

― Oh. Du coup, va falloir que je prévienne Longues-oreilles de…

La sonnette de l'appartement retentit, stridente, comme pour briser la règle avant même qu'elle ne soit posée sur le papier.

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― … De ne plus passer quand ça lui chante.

Hawks termine sa phrase avec un rire amer. L'Univers a un sens de l'humour tordu. Pourquoi son amie a-t-elle eu envie de passer ce soir ? Il est heureux de la voir, certes, mais il peut lire l'inquiétude sur le visage de sa pupille. Bah, ce n'est que Mirko. La lapine devrait réussir à se tenir tranquille, à peu près. Au pire, il lui demandera d'aller voir ailleurs s'il y a des carottes, pour cette fois. Elle comprendra sûrement. Peut-être même devrait-il le faire tout de suite, pour ne pas gêner Koumei.

― C'est une amie. L'héroïne Mirko, si tu vois qui c'est. Je peux lui dire de partir, si tu veux.

― Je… C'est bon. De toute façon, si c'est votre amie, elle reviendra, non ?

Il sait qu'elle se force, ça se lit dans ses yeux, dans sa peluche qu'elle serre plus fort. Mais ne se sentira-t-elle pas mal s'il renvoie Mirko alors qu'elle a laissé sous-entendre qu'elle accepte ? Il ne peut pas laisser les non-dits planer. Ce n'est bon pour aucun d'eux.

― Dis-le franchement si ça t'embête, poussin. Elle se vexera pas.

― J'ai pas envie de vous empêcher de voir vos amis. Si… Si je me sens pas à l'aise, je pourrais aller dans… dans ma chambre ?

― Bien sûr.

Hawks aurait préféré qu'elle dise franchement non, qu'elle ne se mette pas mal à l'aise pour lui. Mais il sait aussi qu'elle mettra du temps à affirmer ses désirs et qu'il ne peut pas la pousser à en dire plus qu'elle le souhaite. Elle est chez elle, elle ne devrait pas avoir à battre en retraite face à une invitée.

Il se lève en souriant pour la rassurer, passe une main dans les cheveux blancs qui ressemblent plus à un nid d'oiseau qu'à une coiffure bien soignée, désormais. La sonnerie retentit de nouveau et il ricane devant l'impatience de Mirko, avant d'aller lui ouvrir. L'héroïne lui claque l'épaule pour le saluer et il ne s'étonne même plus de la force qu'elle y met. Elle fait plus mal que la plupart des petites frappes qu'il arrête chaque jour ; pourtant, il ne dit rien à chaque fois, sachant qu'avec lui, elle se permet de ne pas mesurer sa force.

― Bon sang, tu en as mis du temps pour ouvrir, t'étais tombé dans le trou de tes toilettes ou quoi ?

― Hé, c'est toi la lapine ici, c'est toi qui tombes dans des trous.

― Des terriers.

― C'est la même chose, Alice.

Il lui tire la langue et évite la taloche qu'elle tente de lui mettre derrière la tête en riant joyeusement, avant de la mener dans le salon. Il y a un instant de silence, alors que Mirko et Koumei se dévisagent. Il s'apprête à les présenter, espérant que tout se passe bien, quand l'héroïne se tourne vers lui et lui pince les joues, l'air suspicieuse.

― Qu'est-ce que t'as encore fait, toi ? On ramasse pas les gosses paumés dans la rue, on les amène aux autorités compétentes, bon sang !

Elle le relâche en le foudroyant du regard, malgré son léger sourire. Sans doute a-t-elle eu envie de sauver elle-même des enfants parfois, s'est-elle attachée à eux avant de devoir les amener dans un centre d'accueil et ne le blâme pas autant qu'elle semble le dire. Hawks se masse les joues, avant de grommeler :

― En l'occurrence, je suis l'autorité compétente, vu que je vais devenir son tuteur. Koumei, voici Mirko, l'héroïne aux longues oreilles !

― Enchantée, petite, j'espère que le piaf n'est pas trop insupportable. Faut que je lui vole dans les plumes ?

― Hey !

Hawks s'indigne, mais ses lèvres dessinent un sourire qu'il a du mal à dissimuler. Koumei les observe tour à tour, curieuse sans pour autant ressembler à un lapin prêt à prendre la fuite. Il se rassoit à côté d'elle et se décale pour que Mirko puisse se rajouter, mais la lapine préfère prendre une chaise. Il hausse un sourcil et la jeune femme tape nerveusement du pied contre le parquet.

― Je vois bien que je lui fais peur, Hawks, alors je lui laisse de l'espace.

― Je… Désolée…

Koumei marmonne, cache son visage rougi dans sa peluche de pingouin. Mirko ricane gentiment, fait un signe de la main pour dire que ce n'est rien. Hawks se sent étrangement mal à l'aise dans cette situation. D'un côté, il a envie de profiter de la présence de son amie et de l'autre, il préférerait qu'elle parte pour que sa pupille cesse d'être sur la défensive. Il a l'impression d'avoir le cul entre deux chaises et la sensation est des plus désagréables.

Le gargouillis qui s'échappe à l'unisson du ventre des deux femmes le sauve cependant d'une réflexion plus poussée. Au moins, il sait sur quoi elles seront toutes les deux capables de s'entendre : il est l'heure de manger.

― Vous voulez commander quoi ? Mirko, on laisse l'honneur à la plus jeune ?

― L'âge mental, ça compte ? Parce que dans ce cas, je crains que l'honneur ne te revienne.

― Je… M'sieur Hawks, je préférerais que vous choisissiez.

Le retour de son nom le fait grimacer, même s'il sait que c'est nécessaire. Il soupire, ébouriffe les cheveux de l'adolescente, qui semble hésiter avant de se rapprocher pour se blottir contre lui. Des gouttes de sueur dégoulinent le long de son cou : est-elle plus que nerveuse à cause de la présence de Mirko, est-ce la chaleur qui l'accable, ou un mélange des deux ? Il aimerait la rassurer, mais il ne sait pas trop comment faire sans mettre Mirko dehors.

― Tu aurais pu me dire que je dérangeais, le piaf.

Son amie lui lance un regard réprobateur et Hawks a soudain envie d'aller s'étaler dans son lit. Peut-être qu'il cessera de prendre de mauvaises décisions, une fois la tête sous son oreiller. Il a voulu ménager la chèvre et le chou ; il se retrouve désormais avec une adolescente nerveuse et son amie qui juge ses décisions. Il sait que Mirko ne lui fera pas tout un long discours pour le réprimander, mais le fait qu'elle se relève pour partir lui indique clairement qu'il a merdé quelque part.

Il se sent franchement mal. D'habitude, il se fiche bien de l'avis des autres, mais il a presque l'impression de décevoir son amie et sa pupille. Il déteste son ventre serré et son cœur en pagaille.

Il préfère largement quand il peut se foutre de tout, c'est moins douloureux.

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― C'est ma faute. Je lui ai demandé de vous laisser entrer.

Koumei déteste l'air qui se peint sur le visage de Hawks. Elle ne l'a jamais vu aussi peu expressif. Elle veut le voir sourire. C'est plus rassurant, comme ça. Alors elle prend ses responsabilités. Si elle n'avait pas demandé à son tuteur de faire entrer son amie, il ne se ferait pas réprimander. Elle ne veut pas qu'il se sente mal à cause d'elle, il sacrifie déjà assez de choses comme ça.

Elle baisse la tête, serre entre ses doigts le t-shirt du héros. Elle n'a pas envie de voir la réaction de l'adulte. Elle peut bien la juger autant qu'elle le veut, elle fera avec ce soir, mais elle n'a pas à juger son bienfaiteur.

― C'est ma faute. Pardonnez-moi.

Sa voix se casse. Koumei est certaine d'être des plus pathétiques. Ses excuses n'arrangeront pas ce qui s'est déjà passé. Elle espère que cela n'abîmera pas l'amitié entre l'héroïne et Hawks. Elle ne supporterait pas d'en être la cause. Elle ne veut pas être un boulet encore plus lourd pour son tuteur.

― Koumei-chan, c'est ça ? T'as pas à t'excuser, va. C'est la tête de piaf, l'adulte, c'est aussi à lui d'estimer la situation.

― Mais ça lui fait plaisir de vous voir…

Elle est interrompue par un rire clair. Alors que la main de son tuteur caresse doucement ses cheveux pour l'apaiser, Mirko rit à gorge déployée. Qu'a-t-elle dit de si drôle ? Se moque-t-elle d'elle ? L'adolescente sent ses joues s'enflammer. Elle implore Hawks du regard ; elle ne veut pas que l'héroïne la voit ainsi. Un soupir de soulagement lui échappe lorsqu'il la cache sous ses plumes. Même si cela lui donnera chaud, au moins, l'inconnue ne verra pas son malaise et elle lui en est des plus reconnaissantes.

― Maaaah, je sais pas où tu l'as pêché celle-là, Hawks, mais elle a la même manie que toi. Vous vous excusez tous deux quand c'est pas votre faute.

― Je ne m'excuse jamais.

― Tu veux vraiment que je te fasse une liste ? Je suis sûre que Gravitron et Lady Wild m'aideraient.

― Va planter des carottes, Longues-oreilles.

Les deux adultes recommencent à se chamailler, oubliant en deux secondes le sujet du conflit. Koumei hésite, avant de relever la tête et de repousser légèrement les plumes pour les observer interagir. Les deux sourient, les yeux pétillants, s'envoient de piques à la vitesse où elle recrachait les pépins de pastèque par jeu, quand elle était petite.

C'est étrange. Normalement, elle déteste les cris et les disputes, parce qu'elle était un dommage collatéral ou en était la cause chez ses parents, et payait les pots cassés. Ici… C'est différent. Certes, elle ne se sent pas à l'aise, elle est tendue sous la lourde aile rouge et ses doigts ne décrochent pas de leur prise, mais elle n'a pas peur. L'air n'est pas chargé de colère, de rancœur ou de venin. Ils s'amusent, presque, même si elle ne comprend pas comment ils peuvent trouver ça drôle.

― Bon, ça ne résout pas notre problème initial ! s'exclame finalement Hawks. Pizza, ça convient à toutes les deux ? Si tu veux rester malgré tout, Mirko.

― Est-ce que tu penses que je peux rester, Koumei-chan, ou ça serait trop difficile pour toi ?

L'adolescente cligne des yeux, alors que Mirko l'observe avec un sourire patient. Elle… Elle lui a vraiment posé la question ? Si elle lui demande de s'en aller, elle partirait réellement, ou n'est-ce qu'un moyen de se moquer d'elle en riant de sa crédulité ? Que Hawks prenne son avis en compte, la jeune fille comprend la raison. Elle reste à sa charge et il veut sans doute éviter de devoir gérer une nouvelle crise de panique. Mais l'héroïne n'a aucune raison de la lui poser, non ?

Elle porte une main à sa tempe pour la masser. Pourquoi le monde hors de ses habitudes doit être si compliqué ? Au moins, quand ses parents accueillaient d'autres personnes, elle avait juste à se faire la plus petite et silencieuse possible pour ne pas avoir d'ennuis. Si personne ne s'intéressait à elle, elle ne risquait rien.

― Je… Je préférerais que vous partiez.

Koumei tente, même si elle n'espère pas grand-chose. Après tout, pourquoi l'héroïne l'écouterait ? Pourtant, à sa grande surprise, cette dernière les salue en riant et se dirige vers le couloir. Elle part vraiment. Elle n'est pas vexée, ou en tout cas le cache bien. Son sourire est éclatant, comme une de ces femmes dans les publicités, mais l'adolescente n'arrive pas à savoir s'il est aussi factice que sur du papier glacé ou non.

Elle se lève et fait le tour du canapé pour la retenir, lui attrape le poignet presque inconsciemment, tremblante. Elle a peur du coup qui pourrait venir, mais elle veut comprendre.

― Pourquoi ?

― Tu es chez toi, petite. Tu as le droit de ne pas vouloir de moi.

― C'est chez m'sieur Hawks, je…

― C'est ton tuteur. Ou en tout cas, il le deviendra bientôt, alors c'est aussi chez toi. Et on ne s'invite pas chez les gens qui ne le veulent pas !

― Comment vous vous verrez, alors ?

― Le monde est vaste, Koumei-chan. Nous aurons bien d'autres lieux et d'autres occasions, ne t'inquiète pas !

L'héroïne éclate de nouveau de rire. Koumei relâche son poignet, alors qu'une main se pose dans ses cheveux. Hawks s'est retourné dans le canapé pour l'atteindre et la rassurer, souriant autant que son amie, qui leur lance un "Au revoir" sonore, avant de s'engouffrer dans le couloir.

La porte claque, laissant la culpabilité de Koumei sur le palier.

― J'avais vraiment le droit… ?

― Je crois que je me suis foiré. Pardonne-moi.

― Comment ça, m'sieur Hawks ?

Elle se tourne vers l'homme ailé. Pourquoi s'excuse-t-il ? Il n'a rien fait, au contraire, c'est elle qui a dit à Mirko qu'elle préférait qu'elle parte. Pourtant, elle ne se sent pas mal. L'héroïne n'était pas en colère après elle, elle l'a laissé parler, elle lui a dit qu'elle a le droit, qu'elle est chez elle. Mais elle n'est qu'une pièce rapportée par Hawks, alors est-ce qu'elle peut ne pas se sentir coupable d'avoir gâché la soirée entre les deux amis ?

L'adulte presse un peu plus fort sa main sur sa tête, comme pour la pousser à se rapprocher. Elle le fait avec hésitation, avant de se retrouver contre le dos du canapé. Deux bras l'enlacent et elle croise un bref instant le regard doré de Hawks, avant qu'il ne lui fasse poser la tête sur son épaule. Qu'est-ce qu'il a derrière la tête ? Elle sait qu'il ne lui fera aucun mal, mais son corps tremble quand même, anticipant le pire.

― Bienvenue à la maison. Bienvenue chez toi, même si j'ai pas encore eu le temps de te faire un double des clés. Je ne t'imposerai personne, comme j'apprécierais qu'un jour, tu me préviennes si tu invites quelqu'un.

― Mais je ne connais personne !

― Pour l'instant. Mais un jour, je ne doute pas que tu te feras des amis. Je ne doute pas que tu tomberas amoureuse, ou peut-être pas. Je ne doute pas que d'autres verront ce que j'ai vu en toi.

― Une… Une enfant à sauver ? Une criminelle ? Une marionnette ?

Sa voix tremble, presque étranglée. Hawks l'a sauvé parce qu'il s'est reconnu en elle, mais le reste du monde ? Qu'est-ce que les autres pourraient trouver à aimer chez elle ? Elle n'était encore qu'un pantin à peine un mois auparavant !

― Tu es loin d'être que ça, Mei-chan.

― Alors, je suis quoi ? Je suis qui, putain ?!

Un cri, presque. Une supplique, pour qu'il lui donne ce qu'il a vu en elle et qu'elle est encore trop perdue pour connaître.

― Je ne sais pas. Mais rien n'est jamais figé, chez l'être humain. Alors ça te dit, qu'on découvre ça ensemble ?

― Et si ce qu'on découvre vous fait peur ?

― Je te promets de ne pas te lâcher. Je te le jure. Je suis ton tuteur, alors mon rôle est de t'aider à pousser de nouveau droit, malgré les difficultés.

― … Merci, m'sieur Keigo.

Et elle l'enserre fort pour ne pas chuter, et elle enfouit son visage dans son épaule pour ne pas sombrer. Elle n'a même plus assez de larmes pour pleurer, mais l'envie est là, pressante. Pourtant, n'a-t-elle pas souhaité entendre ces mots, même d'une manière différente ? N'a-t-elle pas souhaité, en voyant une étoile filante, que ses parents changent, ou qu'un héros la sorte de sa misère pour la ramener dans la lumière ?

Elle avait cessé d'espérer.

Maintenant, elle peut recommencer à rêver.

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Le prochain chapitre devrait faire autant montagnes russes en émotions, mais après Mirko, c'est au tour d'un autre personnage du manga de faire son apparition. Les paris sont ouverts ^^

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