Bonsoir bonsoiiiir !

Et qui avait totalement zappé de publier son chapitre ? c'est moiii (il est fini depuis début avril, j'ai honte XD) Mais au moins, il est là !

Aujourd'hui, nouveau venu du manga dans l'histoire, j'espère que ça vous plaira !

(et okay, je suis jamais allée chez un notaire, j'ai fait avec ce que j'ai trouvé sur internet - et sachez que le Japon, c'est chiant d'écrire dessus - XD)

WARNINGS : Violence intra-familiale, violences sur mineure, tics nerveux et inconscients pouvant s'apparenter à de l'auto-mutilation.

Disclaimer : À part Koumei, l'univers et les personnages appartiennent à Kōhei Horikoshi


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7# Ce que les morts ont à offrir

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Koumei frotte nerveusement ses mains sur le tissu de sa jupe. Elle ne se souvient pas en avoir déjà porté et le malaise qui l'envahit s'ajoute à l'angoisse de rencontrer le notaire qui permettra d'acter sa tutelle. Ses doigts tremblent, ses lèvres s'assèchent à peine a-t-elle passé sa langue dessus. Elle a replié ses ailes dans son dos et ces dernières frottent contre le coton de sa chemise blanche.

Elle a vu son reflet sur la baie vitrée de l'appartement. Elle n'est pas reconnue dans cette tenue trop formelle pour elle. Même ses chaussures l'oppressent ; le cuir ne s'est pas encore fait à son pied, mais elle ne pouvait pas venir dans ses vieilles baskets si confortables.

Elle n'a même pas Monsieur Finchu avec elle pour tenter de se défaire de son angoisse.

― Tiens, tu devrais boire un peu.

La voix de Hawks et le gobelet en plastique qui apparaît soudain devant ses yeux la font sursauter. Elle lève la tête vers le héros, qui retient de justesse la main qui s'apprêtait à passer dans ses cheveux, bien coiffés pour l'occasion. Le bandeau qui maintient ses mèches rebelles derrière ses oreilles lui donne l'impression de transpirer du crâne, comme si la température étouffante de fin juillet ne suffisait pas.

Enfin, au moins, elle n'est pas engoncée dans une veste de costume comme l'adulte, avec une cravate autour de son cou. Il est en sueur, mais elle doit bien avouer que sa tenue formelle lui donne plus de prestance que son costume de héros. Il n'a cependant pas essayé de discipliner ses cheveux, contrairement à elle ; ils partent dans tous les sens, comme d'habitude.

― Merci, Hawks.

Elle prend le verre à deux mains, y trempe ses lèvres pour prendre une petite gorgée. Combien de temps attendront-ils encore dans cette salle d'attente impersonelle, toute de blanc et de métal, qui lui donne envie de rentrer à la maison ? Elle veut juste se caler contre son oreiller et étudier les cours qu'elle a reçus avec la musique de Keigo en arrière fond, sachant que tout ira bien entre ces murs.

Koumei se trémousse sur la chaise d'acier. Peut-être est-ce designé pour être le plus épuré possible, mais elle n'aurait pas été contre un peu de confort. Elle s'est aperçue que ça la rassurait d'être confortablement installée, peut-être parce qu'elle a vécu une grande partie de sa vie dans l'instabilité. Et elle aurait bien besoin de toute l'assurance possible en ce moment-même.

― Tout va bien se passer, poussin. C'est que de l'administratif.

― Et si jamais y'a un truc qui coince, une autorisation qui n'est pas arrivée, un…

Hawks soupire, sans se départir de son sourire. Il pose la main sur son épaule, après avoir hésité un instant à la poser sur sa tête. L'acte manqué la fait taire et maigrement sourire à son tour, alors que son futur tuteur lui transmet sa chaleur par la paume de sa main. Quand a-t-elle appris, déjà, qu'il a une température un peu plus élevée que la moyenne à cause de son Alter ?

Sans doute au cours d'un de ses babillages sans queue ni tête. Elle ne doute pas que cela doit en énerver plus d'un et elle-même n'écoute pas toujours, mais au moins, cela signifie qu'il est près d'elle, qu'il peut intervenir si elle panique ou s'il y a quelque chose qu'elle ne comprend pas, comme l'utilisation d'un ordinateur ou d'internet. Elle a l'impression d'être un enfant qui découvre le monde, parfois, et ça l'agace jusqu'à l'en faire pleurer.

Elle veut juste être une adolescente qui semble être comme les autres.

Une porte s'ouvre, dans un silence de gonds bien huilés, laissant passer un jeune homme qui passe devant eux sans même un regard et sort aussitôt. Une femme d'une quarantaine d'années, tirée à quatre épingles, passe ensuite l'encadrement pour poser son regard fatigué sur eux.

― Monsieur Hawks et mademoiselle Inoue ? Le notaire Minami est prêt à vous recevoir.

Koumei se fige un bref instant. Inoue ? C'est… elle ? Elle déglutit, alors que Hawks lui serre un peu plus fort l'épaule pour la pousser à se lever. Mais ses jambes semblent soudain aussi tremblantes que ses mains. Alors, c'est comme ça qu'elle se nomme. Il y a une boule dans sa gorge, alors que des larmes perlent à ses yeux. C'est comme ça que se nommait sa grand-mère.

Elle a un nom. Elle ne pensait même pas que l'État retrouverait une trace de son existence ; sa mère lui a bien dit qu'ils ne l'avaient jamais déclarée, qu'elle n'était qu'un fantôme administratif. Elle l'a cru et imaginait qu'il s'écoulerait du temps avant que la Commission lui donne une existence légale.

Mais elle existe déjà.

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Hawks sort en silence un mouchoir en tissu pour éponger les pleurs naissants. Il ne sait pas trop pourquoi Koumei réagit ainsi, mais il se doute que ce passage chez le notaire est vu comme une épreuve pour l'adolescente qui n'aime pas sortir. Il sait déjà qu'il la ramènera en larmes à la maison et qu'elle se réfugiera dans sa chambre pour enlacer sa peluche pendant de longues minutes pour se calmer. Peut-être n'acceptera-t-elle pas sa présence ou au contraire viendra-t-elle la chercher ; elle est assez imprévisible sur ses réactions, depuis la visite impromptue de Mirko.

Il n'en revient toujours pas qu'elle ait réussi à demander à l'héroïne de repartir, mais il a l'impression que cela lui a laissé plus de dégâts à réparer que son amie ne l'aurait voulu.

― Tout va bien se passer, d'accord ? Ne t'inquiète pas pour ça.

L'adolescente hoche la tête, renifle avant de finir son verre d'eau. Elle se relève, le visage empreint de malaise, avant de défroisser sa jupe de la paume de sa main. La nervosité tend son corps et hante ses yeux. Il lâche en silence son épaule, en se demandant comment sera le notaire. Mera lui a dit que c'est lui qui se chargerait de régler la tutelle, mais il ignore si c'est parce que la grand-mère de Koumei a fait appel à lui par le passé - elle devait bien avoir fait un testament - ou si c'est la Commission qui l'a choisi. Dans ce dernier cas, il ne s'attend pas à ce que l'homme ménage la jeune fille.

Hawks veut juste la protéger de la rudesse du monde. Elle est fragilisée par des années d'abus et il refuse de voir ses maigres progrès soufflés par un crétin sans empathie.

― C'est juste… Je savais pas que mon nom de famille, c'était Inoue.

Un murmure. Il se fige, alors qu'elle inspire et qu'elle se dirige vers le bureau. Combien de choses ignore-t-elle encore, comme un enfant qui vient de naître ? Il serre son poing, alors qu'il marche sur ses talons. Au moins, Inoue est un nom courant. Personne ne la reliera automatiquement à ses parents s'ils se font arrêter et que leur nom s'étale dans la presse. À moins qu'elle ne leur ressemble ? Il n'a jamais osé poser la question et il n'est même pas certain qu'elle y répondrait, même si quelqu'un l'y obligeait.

Le notaire qui les accueille a déjà les cheveux grisés par le temps, mais ses yeux d'argent brillent férocement derrière ses lunettes à monture en écailles. Koumei est tendue, pâle comme un linge. Ses mains croisées sur ses genoux semblent se retenir de trembler et lui-même s'empêche de lui afficher pleinement son soutien. Si le notaire est à la botte de la Commission, montrer trop d'affection à l'adolescente pourrait lui être préjudiciable.

― Je vous remercie d'avoir bien voulu nous donner rendez-vous aussi vite, Maître Minami.

― Inoue-san, qu'elle repose en paix, serait revenue me hanter sinon. J'étais son notaire avant son terrible décès et je n'avais pas perdu espoir que sa petite-fille refasse surface un jour. C'est un plaisir de vous rencontrer, jeune fille.

― Je… Tout l'honneur est pour moi, bredouille Koumei.

Le héros hausse un sourcil et retient un ricanement. La Commission n'a sans doute pas eu le choix du notaire, en fin de compte, si ce dernier assure le suivi des affaires de la grand-mère de Koumei. Sans doute y a-t-il une succession en attente de signature, ou tout autre affaire du même genre. Un soupir discret lui échappe. Il sent que ce rendez-vous sera bien plus long que prévu. Heureusement qu'il a posé sa journée et il prie pour qu'aucun événement grave ne demande son intervention.

― Pouvons-nous commencer, Maître ? J'aimerai régler ces affaires au plus vite, de crainte que mes obligations ne m'obligent à interrompre notre rendez-vous.

― À votre convenance. Avez-vous votre sceau ?

Hawks acquiesce en silence et sort ce dernier de sa poche de veste de costume. C'est bien la seule raison pour laquelle il se l'est imposé malgré le soleil brûlant d'été. Le notaire fait glisser devant lui un dossier bien rempli ainsi qu'une cassette d'encrage et le héros prie pour que l'enfer de la paperasse se termine vite. Il lit à toute vitesse le document, le résume à Koumei qui n'a pas l'âge d'apposer son sceau, même si le document la concerne. Elle hoche doucement la tête, sans dire un mot. Il la voit porter sa main à son ventre, avant de la remettre sur ses genoux, se rappelant sans doute qu'elle n'a pas sa peluche avec elle.

Il a déjà dû gérer une nouvelle crise d'angoisse la veille au soir et il prie pour qu'elle ne lui en refasse pas une maintenant, alors qu'il n'a rien pour l'apaiser sous la main.

Enfin, après de longues minutes, il peut tamponner le document qui fait officiellement de lui le tuteur de Koumei. Même ses affaires officielles, il ne peut les accepter que sur son nom de héros. Tout le reste est classé, mis au secret par la Commission. Même les héros avec des Alters aussi reconnaissables que le sien n'ont pas autant de précautions à prendre, grâce aux lois qui leur garantissent une vie privée et une certaine protection envers leurs proches.

― Comme vous l'avez lu, vous devrez gérer les biens de votre pupille jusqu'à sa majorité. Elle a hérité de la plupart des biens de sa grand-mère, alors ce sont surtout ses affaires et sa maison.

― … Mes parents n'ont rien pris ?

La question de Koumei amène avec elle un lourd silence. Hawks se sent soudain mal pour l'adolescente, qui pense que ses parents avaient l'opportunité de se saisir de son héritage. Après tout, il est vrai qu'ils n'ont pas été déchus de leurs droits parentaux, mais ils n'en restent pas moins des criminels. Difficile de se pointer chez le notaire de la défunte pour réclamer leur dû. Et la vente de la maison aurait été compliquée…

Soudain, il a l'impression que la grand-mère de Koumei a tout fait pour que l'enfant ne soit pas dépossédée par ses parents.

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Koumei est troublée. Son cerveau peine à comprendre les faits. Elle sait que ses parents n'auraient jamais laissé quoi que ce soit pour elle. Ils auraient tout pris, sans hésiter. À moins qu'elle ne les connaisse pas si bien que ça ? Est-ce qu'ils l'aimaient tout de même assez… ? Non, son père lui a demandé de tuer, il l'a abandonné lorsqu'elle était en difficulté. Elle refuse de le croire.

― C'est plus compliqué que ça. Il n'y a pas d'argent à proprement parler, ce sont des biens matériels, plus difficiles à revendre. Votre grand-mère ne voulait pas que son fils puisse toucher un yen de ce que son époux et elle avaient gagné. Et aussi…

Le notaire soupire, avant de tirer une lettre d'un tiroir à sa gauche, qu'il pousse vers elle. Elle lève une main tremblante pour la récupérer, observant l'écriture soignée et délicate avec un air troublé.

― Tout est expliqué plus en détail dans la lettre qu'a laissé madame Inoue à votre intention, mais c'est elle qui vous a déclaré. Vos parents ne l'ont pas fait, alors sans doute songeaient-ils que vous n'existiez toujours pas pour l'administration et donc que tout était allé à l'autre branche de votre famille.

L'adolescente se fige. Elle a entendu parler de sa tante et de son oncle, qui ont refusé de l'accueillir. Elle n'en connaît pas les raisons, même si elle s'en doute, et ses doigts se resserrent sur l'enveloppe légèrement jaunie. Combien de temps ce message de sa grand-mère l'a-t-il attendue ? Et l'octogénaire se doutait-elle que son fils viendrait la réclamer, pour confier avant sa mort une lettre à son intention ?

Elle aurait pu ne jamais la lire. Elle aurait pu ne jamais sortir des griffes de ses parents. Elle aurait pu ne jamais recevoir la part de l'héritage qui lui revenait. Comment peut-elle avoir encore quelque chose malgré les années ? Le reste de sa famille aurait dû la réclamer avec sa disparition, non ?

― Personne n'a… contesté le testament de grand-mère ?

― Votre tante, si, parce que tout est allé à votre cousin et vous.

― J'ai un cousin ?!

L'incrédulité transperce sa voix et sa main tremble de plus en plus. Hawks pose ses doigts sur son poignet, mais elle n 'arrive pas à se fixer sur autre chose que cette révélation. Elle a un cousin. Est-ce que c'est à cause de lui que ses oncle et tante ont refusé de l'héberger, de peur qu'elle ne soit une mauvaise influence ?

― En effet. Il a un an de moins que vous. J'ai ses coordonnées, si vous le souhaitez. Dès qu'il a su pour vous, il m'a demandé de vous les transmettre.

― Pour… Pourquoi ?

Elle ne comprend pas. Pourquoi son cousin voudrait-il être en contact avec elle ? Elle ne lui apporterait rien, elle n'a aucun intérêt pour lui. Elle n'est qu'une pièce rapportée que Hawks veut bien garder pour des raisons qu'elle soupçonne d'être plus égoïstes qu'altruistes. Il sera vite déçu… À moins qu'il ne veuille se sentir supérieur en la rabaissant ? Ou alors pour la convaincre d'abandonner son héritage ?

Elle n'arrive pas à se décider entre accepter ou refuser.

― Je ne suis pas dans la tête d'un enfant de treize ans, mais je pense que vous trouverez toutes vos réponses à vos questions dans cette lettre et avec lui.

― Je vais prendre les coordonnées, intervient alors Hawks.

Un soupir de soulagement échappe à Koumei, à sa grande surprise. Elle fixe ses doigts, pose la lettre sur ses genoux. Elle était… anxieuse à l'idée de faire un choix ? Et son tuteur l'a remarqué et a fait le choix pour elle ? Si elle veut, elle n'aura qu'à lui demander et dans le cas contraire, elle n'aura pas à s'en soucier. Dans tous les cas, elle ressort gagnante de la décision de son tuteur.

Un sourire mince prend place sur ses lèvres alors qu'elle se tourne à demi vers lui pour le remercier d'un léger signe de tête. Elle étouffe même un rire lorsqu'elle voit Keigo serrer ses mains entre ses genoux après avoir esquissé un geste pour lui ébouriffer les cheveux. Pour un peu, elle dirait même qu'il a légèrement rougi. A-t-il déjà si intériorisé ses réflexes pour la rassurer qu'il a du mal à ne pas les effectuer ?

Une boule de chaleur la réchauffe de l'intérieur, alors qu'elle baisse les yeux vers ses chaussures.

― Je vous propose de vous laisser le temps de consulter cette lettre et de réfléchir à ce que vous voudriez faire de votre patrimoine, avant que nous fixions un nouveau rendez-vous ?

Elle hoche la tête et Hawks confirme. Elle s'impatiente de ressortir, même si elle craint un peu les mots qui l'attendent dans la lettre. Elle voudrait hurler au monde que Hawks est son tuteur, même si elle devra se contenter des proches de ce dernier. Le héros veut la maintenir le plus loin possible des médias le plus longtemps possible pour la protéger ; même si elle sait que la vérité finira par éclater tout ou tard, malgré les lois empêchant la divulgation de la vie privée des héros, elle est heureuse qu'il ait pensé à elle et à son désir de rester discrète, presque invisible.

Son sourire ne disparaît pas lorsqu'ils passent de nouveau la porte du cabinet, malgré les quelques regards curieux des rares passants.

Elle peut enfin réellement appeler l'appartement de Keigo sa maison.

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Le trajet de retour s'est fait dans le silence le plus absolu. Même dans l'avion, sa pupille n'a pas décroché un mot, tournant et retournant entre ses doigts la lettre de sa grand-mère.

Hawks ne sait pas non plus comment aborder la conversation, à vrai dire. Ils ont beau être de retour à l'appartement, dans un lieu qui rassure l'adolescente, il n'ose pas la perturber plus. Elle a appris qu'elle a un cousin qui veut discuter avec elle et que sa grand-mère avait tout fait pour la protéger. Comment gérer ses doutes face à ces preuves d'affection et d'intérêt ?

Le héros n'imagine pas un enfant de treize ans vouloir contacter sa cousine pour autre chose que de la curiosité. S'il partageait le point de vue de ses parents, il se serait contenté de l'ignorer et il doute qu'un jeune garçon soit assez mauvais pour prendre contact juste pour l'insulter et la descendre. Il ne dit pas que c'est impossible et il est hors de question qu'elle passe le premier appel sans qu'il ne soit dans les parages, mais il est peu probable que son cousin lui veuille du mal.

― Tu veux manger quoi, ce soir ?

Affalé sur le canapé, il dégaine son téléphone par habitude, cherche dans son répertoire quel restaurant pourrait bien intéresser la plus jeune aujourd'hui, avant de se figer lorsqu'elle ouvre le frigo, pensive. Il est plein et c'est presque exceptionnel. Comment est-ce que c'est arrivé là, ça ? Il ne fait pratiquement jamais les courses, se nourrissant de plats à emporter ou surgelés. Il se dépense de toute façon assez pour ne pas prendre un gramme, en plus d'avoir un métabolisme avantageux.

― Depuis quand notre frigo est autre chose qu'un désert de glace ?

― M'sieur Gravitron voulait m'offrir quelque chose pour fêter ma tutelle, je lui ai demandé de quoi remplir vos placards. Vous avez survécu comment, jusqu'ici ?

― Tu sais cuisiner ?

― Oui. Vous voulez quelque chose en particulier ?

Hawks se pince l'intérieur du poignet pour être sûr qu'il ne rêve pas. Elle lui propose vraiment de cuisiner pour deux ? Il ne veut pas lui imposer cette tâche ménagère, surtout qu'il serait moins épuisant pour elle qu'ils commandent à emporter. Elle aurait juste à se poser et à récupérer Monsieur Finchu qui est sagement assis sur l'accoudoir.

― Tu sais, tu n'es pas obligée de…

― Je… S'il vous plaît, m'sieur Keigo. Ça m'aide d'avoir les mains occupées.

Il grimace, comme à chaque fois qu'elle l'appelle monsieur - ce qui correspond à chaque fichue fois où elle l'interpelle - et soupire en hochant la tête, se relevant du canapé. Même s'il n'a pratiquement jamais fait la cuisine, il ne peut pas laisser sa pupille tout faire toute seule. Même si elle cherche à s'occuper les mains pour mieux réfléchir sans doute à ce qu'elle veut faire. La lettre est posée sur la table basse devant la télévision, sans avoir été décachetée.

― Vous avez déjà tenu une poêle dans vos mains, au moins ?

― C'est pas mon arme préférée pour assommer les Vilains ! plaisante-t-il.

Elle soupire et un léger sourire ourle ses lèvres alors qu'elle se tourne vers lui, le regard à la fois rieur et suspicieux.

― Je veux dire, pour faire la cuisine. Ça serait dommage de vous transformer en… Comment disait m'sieur Gravitron, déjà ? Ah oui, en poulet barbecue !

― J'vais finir par lui voler dans les plumes.

Koumei lui offre un sourire qui ne monte pas jusqu'à ses yeux avant de préparer du riz. Hawks ne la quitte pas du regard et observe la tension dans ses épaules. Elle cache sa souffrance derrière un sourire ; elle a bien trop vite compris comment cela marche. Il aimerait lui dire qu'elle n'a pas à se dissimuler, mais elle le fera quand même, par peur de déranger. Et sans doute a-t-elle été trop chamboulée aujourd'hui pour qu'il la secoue plus en insistant, pour l'instant.

Elle est proche de Gravitron, sans trop de surprise. Le jeune homme est à peine plus âgé que lui-même et il a l'habitude de gérer ses propres angoisses ; ainsi, il est de bon conseil pour elle et est plus patient que Lady Wild. Enfin, il n'est guère étonné, son acolyte féminine a sale caractère. Elle lui fait un peu penser à Endeavor, mais en beaucoup plus incisive dans ses propos.

Nul doute qu'elle doit penser que la présence de Koumei à l'agence est une mauvaise chose, même si elle ne se permet pas de l'exprimer à voix haute. Elle tient à son travail et il a été clair : la présence de sa pupille ne gênerait personne et celui incommodé peut partir, il ne le retiendrait pas.

Ses plumes se gonflent soudain d'un plaisir anticipé lorsque Koumei sort des escalopes de poulet du réfrigérateur. Il se lève et se rapproche, curieux de savoir ce qu'elle prépare et heureux qu'elle ait choisi de faire son aliment préféré. Au détriment du sien, songe-t-il soudain et il s'apprête à lui faire remarquer quand elle le pointe du bout des baguettes qu'elle a utilisées pour battre deux œufs. Elle a l'air fatiguée, au bord de la rupture nerveuse. Ses ailes tremblent ; il est à deux doigts de l'obliger à s'asseoir et à se détendre, lorsqu'elle murmure avec hésitation :

― Pour une fois que je peux choisir ce que je cuisine… Je ne sais pas vraiment ce que j'aime, alors je fais quelque chose qui nous plaira à tous deux. Même si c'est plus à vous, c'est pas grave. S'il vous plaît.

― Tu m'inquiètes à trembler autant. Tu risques de te couper.

― C'est pas grave, si ? Vous avez bien des pansements ?

Hawks souffle, se pince l'arrête du nez en posant sa main sur la tête de l'adolescence pour ébouriffer ses cheveux. Comment il peut lui dire que non, ce n'est pas normal ? Qu'elle n'a pas à risquer de se blesser pour un repas ? Un accident peut arriver, certes, mais elle tremble ; il ne peut décemment la laisser utiliser un couteau ou quoi que ce soit d'autre trop dangereux.

― Je ne veux pas te voir blessée. Montre-moi ce que tu veux faire, je m'en occuperai.

Koumei hésite, il le lit dans ses yeux. Puis, elle fait glisser un oignon et un couteau vers lui, suivi par un regard craintif. Il se saisit de la lame en sifflotant, la posant sur l'oignon, avant de se demander comment il doit le découper. C'est à son tour de tourner un regard terrifié vers l'adolescente, qui le fixe avec incompréhension.

― Je suis censé en faire quoi ?

Et sa pupille éclate de rire, nerveusement, les larmes aux yeux. Mais au moins elle rit, avant de lui mimer les gestes à effectuer, tout en surveillant le riz et en préparant les escalopes panées. Lui veille à ce qu'elle n'en fasse pas trop et lorsque tout est en train de cuire, il l'oblige à s'asseoir, vérifiant d'une main sur son front qu'elle n'a pas de fièvre à se surmener.

― Je ne suis pas si fragile !

Pourtant, Koumei ne repousse pas sa main et, après un instant d'hésitation, pose sa tête contre le bras de Hawks. Il ricane, sans quitter des yeux la poêle où frient les escalopes. C'est agréable, finalement, de faire la cuisine avec sa pupille, même s'il doit la surveiller. Il se sent bien, avec l'adolescente à ses côtés alors que l'odeur de friture remplit l'appartement.

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Koumei a finalement pris une décision, le temps de cuisiner. Même si elle a dû se concentrer sur la préparation et veiller à ce que l'adulte ne fasse pas de gaffe, occuper ses mains lui a permis de réfléchir à ce qu'elle veut faire. Plus vite elle laissera son passé derrière elle, plus vite elle avancera. Elle refuse de douter pendant encore des jours, des semaines, des mois peut-être, sur ce que souhaite son cousin.

Elle est fatiguée de douter.

― Tu… Je crois que je veux appeler mon cousin. Assez vite. Comme ça, si jamais ça va pas… J'aurais mal, mais je laisserai tout derrière moi. Je veux avancer. Grand-mère m'aurait rien laissé si elle voulait pas d'une belle vie pour moi.

― Quoi que tu décides, je resterai à tes côtés. Et si c'est un petit con, je lui raccrocherai au nez à ta place.

Elle soupire, un sourire sur ses lèvres. Keigo a le chic pour paraître à la fois grossier et protecteur. Il lui semble bien que c'est impoli de raccrocher au nez, mais elle préférera sans doute qu'il le fasse si la situation tourne mal. Elle se redresse finalement pour éteindre la plaque de cuisson. D'un geste sûr, elle fait glisser une partie des oignons, de l'omelette et une escalope de poulet sur l'un des bols de riz, avant de verser le reste sur l'autre.

Hawks l'observe et elle se retient de… Elle ne sait même pas vraiment ce qu'elle retient, à vrai dire. Cependant, elle trouve drôle qu'il ne semble n'avoir jamais cuisiné, même quelque chose d'aussi simple qu'un katsudon. À croire que ce qu'il a dans son appartement n'a jamais servi. Et peut-être est-ce bien le cas, tout bien réfléchi.

― À table !

Ces deux petits mots ont une saveur étrange sur sa langue, alors que son tuteur prend son bol en chantonnant, récupérant des baguettes au passage. L'odeur de poulet frit flotte dans l'air avec un parfum chaleureux de détente, tandis que l'adulte s'assoit sur le canapé et l'invite avec un sourire à s'asseoir à ses côtés. Se doute-t-il d'à combien cette scène lui est étrangère ? Elle a une sensation de chaleur au fond de son estomac, comme après une gorgée de thé, alors qu'elle récupère sa propre portion.

Cuisiner n'a jamais été aussi amusant.

Elle s'installe à côté de Keigo sans se départir de son sourire un peu rêveur, acquiesçant sans vraiment y penser lorsqu'il lui demande s'il peut mettre la télévision. Elle n'apprécie pas trop ce bruit de fond, à vrai dire, mais elle sait que son aîné déteste le silence. Elle n'est cependant pas étonnée lorsqu'il zappe les informations nationales, pour tomber sur une émission culinaire. Ce n'est pas la première fois qu'il le fait devant elle, même si elle n'a jamais osé en demander la raison.

Puis, lorsqu'ils terminent tous deux de manger et que Hawks récupère la vaisselle sale pour la mettre dans l'évier, Koumei songe qu'elle veut bien vivre d'autres soirées dans ce genre-là, juste à cuisiner avec son tuteur et à manger ensuite dans le calme. C'est la première fois, il lui semble, qu'elle formule un tel désir. Un désir de normalité, comme les autres adolescents de son âge.

― C'était délicieux, tu es officiellement chargée de la cuisine ! déclare Hawks, avec son sourire qui l'incite à ne pas le prendre au pied de la lettre.

L'adolescente se demande quand elle a commencé à sentir quand le héros est sérieux ou non. Il est vrai qu'il est très expressif et qu'elle a un certain discernement, aiguisé par les années vécues avec ses parents, mais la question se pose tout de même. Quand a-t-elle cessé de craindre son tuteur et ses actes au point de ne plus se prendre à chaque fois la tête de très longues minutes sur ce que ses paroles cachent ou non ?

Un sourire lui échappe de nouveau, alors que Keigo reprend sa place, son téléphone entre les mains.

― Qu'est-ce qui te fait sourire aux anges ?

Koumei reste silencieuse, ne sachant pas vraiment quoi dire. Et elle sait qu'il n'exigera pas de réponses, qu'il ne la traitera pas d'enfant stupide ou insolente. Elle repose sa tête contre son bras, comme tout à l'heure, avant de voir un écran de téléphone surgir devant elle. Un numéro y est affiché, avec le nom du contact.

Hitoshi Shinso.

― C'est mieux que tu l'appelles de mon portable, pour cette fois. Comme ça, si jamais vous vous entendez pas et qu'il essaye de te rappeler, t'auras pas à le gérer.

― … Vous avez prévu tout ce qui pourrait ne pas marcher ?

― Poussin, je me fais une plume blanche à chaque crise de panique, alors je tente de te protéger. Un jour, tu m'enverras sans doute bouler parce que j'en ferais trop, mais en attendant…

― Vous en faites déjà trop pour moi.

Un rire amer lui échappe. Koumei a bien conscience d'être une source de souci supplémentaire pour l'adulte. Et même si elle est officiellement à sa charge désormais, il n'a pas besoin d'en faire autant. Il n'a pas besoin d'être aussi précautionneux, comme quand il n'a pas voulu qu'elle tienne un couteau. Elle a vécu pire, alors ce n'est pas grave si elle prend un peu sur elle.

― Si je te dis que je fais tout ce que j'aurais voulu qu'on fasse pour moi, ça te paraît plus acceptable ?

― Est-ce que je dois comprendre que ne pas cuisinier en fait partie ?

L'adolescente veut échapper à la conversation et elle a compris que l'humour marche bien pour détourner l'attention de Hawks. D'ailleurs, ça ne manque pas ; il éclate joyeusement de rire alors qu'elle récupère le téléphone en silence. Elle tend la main pour récupérer la télécommande de la télévision afin de l'éteindre, avant d'inspirer profondément.

Elle appuie sur le bouton d'appel en tremblant, avant d'enclencher le haut-parleur pour que son tuteur puisse aussi entendre. Le son de la sonnerie noue son ventre et elle inspire profondément, se forçant à ne pas y mettre fin de suite. Une aile de Hawks se replie lentement sur elle ; elle s'y blottit, malgré la chaleur accablante. Elle se sent en sécurité dessous et c'est ce dont elle a le plus besoin actuellement.

Enfin, son cousin décroche ; ses mains sont moites sous l'appréhension.

― Allô, Hitoshi Shinso à l'appareil. À qui ai-je l'honneur ?

Il a une voix encore enfantine, mais malgré tout fatiguée, comme s'il est déjà blasé par son existence. Elle déglutit nerveusement, avant de chuchoter :

― C'est, euh… Koumei Inoue. Votre… Ta… Votre cousine.

Un instant de silence, avant qu'un reniflement ne se fasse entendre. Perdue, Koumei porte ses doigts à ses yeux, croyant pleurer sans même l'avoir remarqué. Cependant, ils sont secs, alors elle se tourne vers son tuteur, tout aussi surpris qu'elle. Une seule solution est alors envisageable. C'est son cousin qui pleure au téléphone.

― Désolé. Tu peux me tutoyer, c'est juste que… Comment dire… Je suis heureux que tu ailles bien. Je suis vraiment, vraiment heureux.

L'adolescente peut presque entendre sa gorge nouée et les sanglots retenus. Et ses mots lui chauffent le cœur, sans qu'elle ne parvienne à comprendre comment c'est possible. Comment son cousin qu'elle n'a jamais vu peut être heureux qu'elle aille bien ? Il devait connaître son existence seulement par l'héritage ! N'est-il pas en colère puisque leur grand-mère est morte à cause de son Alter ?

― Je… Je ne comprends pas…

― Tu ne dois pas t'en souvenir… On jouait ensemble, quand on était petit. Mamie me gardait la journée. J'ai… J'ai tellement espéré, pendant toutes ces années… Je voulais si fort que tu ailles bien…

― Je… Je crains que tes prières n'ont pas été entendues…

Koumei déglutit, les larmes aux yeux, alors que Hawks resserre son étreinte sur elle. Elle ne veut pas blesser le garçon qui a l'air si gentil au bout du fil, mais elle ne peut pas lui mentir non plus. Elle n'est pas l'enfant qu'il a connu. Elle est un puzzle brisé, un amas de pièces que son tuteur s'efforce de reconstruire. Il risque d'être déçu s'il s'attend à voir la même enfant.

― Je m'en doute. Mère m'a dit un nombre incalculable de fois que ton père était une ordure, elle m'a assez… Maaah, oublie, c'est pas de moi qu'on parle ! Le plus important, c'est que tu sois en sécurité, maintenant. Tu l'es bien, hein ? Ton tuteur est pas…

― Mon tuteur est génial, ne t'inquiète pas, Hitoshi.

Le prénom roule sur sa langue, malgré la tension dans le corps de l'adolescente et du jeune adulte contre elle. Elle est mal à l'aise depuis que son cousin a évoqué sa mère sur un ton qu'elle n'arrive pas à identifier. Mais il lui donne envie de se gratter le ventre, comme pour faire partir la sensation désagréable qui s'y est installée, comme lorsqu'elle a des cauchemars de sa vie d'avant.

Keigo l'empêche de le faire en saisissant sa main libre.

― Si tu veux et si tes parents sont d'accord, tu pourrais venir voir toi-même.

Koumei tressaille et se retourne vivement son tuteur, alors que le silence se fait à l'autre bout du fil. Il est sérieux ? Mais elle n'est pas prête à le rencontrer, elle ! Enfin, sans doute ne le sera-t-elle jamais vraiment, parce qu'une part d'elle craint déjà que sa gentillesse disparaisse en la rencontrant. L'autre part a vraiment envie de faire sa connaissance, de mettre un visage sur la voix d'enfant.

― La moindre des choses serait que vous n'écoutiez pas une conversation privée et que vous vous présentiez. Vous êtes vraiment apte à vous occuper de Koumei ?

― Ah, mon dieu, il a touché un point sensible, je meurs, argh !

Hawks fait semblant de tomber sur le bras du sofa, la langue hors de sa bouche. Koumei se pince les lèvres, avant de pouffer de rire alors qu'il se redresse. Il récupère son téléphone en lui ébouriffant les cheveux, avant de reprendre un air sérieux. Il a même l'air sévère, ses yeux dorés assombris par des nuages qu'elle n'a pas l'habitude de voir chez lui. Son rire s'éteint et elle attrape le bas du t-shirt du héros, n'osant pas lui demander de ne pas être trop rude avec son cousin qui semble simplement s'inquiéter.

La vitesse à laquelle il change d'émotion pour arborer un visage souriant est cependant presque effrayante.

― Ne t'inquiète pas petit, je veille simplement sur ta cousine à ma façon. Puis, je pense si vite, j'ai pas pensé à me présenter ! Je suis Hawks, enchanté.

Koumei entend presque l'amusement sur les dernières syllabes. Un bref instant, elle a même l'impression qu'il se fiche de la tête d'Hitoshi - mais ce n'est qu'une impression, non ? - et qu'il y prend un plaisir certain. Son cousin reste encore silencieux à l'autre bout du fil, avant de souffler :

― Les journaux en ont pas parlé. Je m'attendais à ce qu'un héros mette en avant cette bonne action…

― Je n'ai pas besoin de ça pour ma popularité, voyons !

― … Merci. D'avoir pensé à pas l'exposer.

Si son cousin ne demande pas pardon, son ton est légèrement hésitant et soudain plus timide, comme s'il sait qu'il a mal jugé et ignore comment agir. Koumei esquisse un sourire attendri, avant de bailler à s'en décrocher la mâchoire.

― Ta cousine est en train de s'endormir, elle a eu une grosse journée. Si tu veux venir, tu…

― Dès que possible. Mon père n'y verra pas d'inconvénients.

Encore ce ton étrange. L'adolescente grimace alors que la peau de son ventre la démange. Elle inspire profondément pour tenter de chasser le malaise qui la prend aux tripes, baille de nouveau, avant de dodeliner de la tête.

Elle sombre dans un profond sommeil avant même que Keigo n'ait raccroché.

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Bon, ce chapitre était pas tout à fait prévu comme ça de base (il était pas prévu du tout, même XD)

Mais ça rend le suivant plus simple à écrire et on aura Hitoshi en chair et en os !

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