Bonsoir bonsoiiiir !

J'espère que tout va bien et que la chaleur subite vous a pas mis à mal, parce qu'aujourd'hui, on a du gros, on a du lourd, ON A HITOSHI !

WARNINGS : Violence intra-familiale, violences sur mineure, tics nerveux et inconscients pouvant s'apparenter à de l'auto-mutilation.

Disclaimer : À part Koumei, l'univers et les personnages appartiennent à Kōhei Horikoshi


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8# Derrière les portes closes

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Hitoshi ignore quand il a cessé d'espérer.

Peut-être lorsque sa mère lui a hurlé qu'il n'était qu'un Vilain en devenir, qu'elle avait honte de lui avoir donné naissance, avant de lui lancer une assiette à la figure.

Peut-être quand son père s'est excusé de la violence de sa femme sans pour autant prendre son parti.

Peut-être quand Koumei a disparu, tout simplement.

Il ne se souvient pas de sa cousine, non, il était trop jeune. Mais il a pu récupérer des vidéos de quand il était chez leur grand-mère. Et le sourire qu'elle lui adressait, les câlins qu'elle lui faisait, le moindre de ses gestes criait qu'elle l'aimait alors même que son Alter faisait déjà des siennes.

Il a passé des années à se demander si elle aurait fini par se détourner de lui, aussi, ou si elle aurait continué à l'aimer inconditionnellement comme devraient le faire ses parents. Si elle aurait continué à lui sourire, en sachant qu'il pouvait la manipuler à tout moment d'un mot. Il a vite appris à maîtriser son Alter pour éviter les coups et les insultes de sa génitrice, mais est-ce que ça aurait suffit à sa cousine ?

Est-ce qu'aujourd'hui, cela lui suffira ?

Son cœur bat à tout rompre, alors qu'il monte lentement les escaliers menant à l'appartement où elle vit désormais. Le choc qu'il a ressenti lorsqu'il a appris qu'elle était encore vie, qu'elle était libre de ses parents, résonne toujours entre ses côtes. Le nœud au fond de son estomac ne s'est pas desserré depuis des semaines. Même l'appel ne l'a pas apaisé.

Au contraire, même, ses craintes enfoncent leurs doigts encore plus profondément dans sa poitrine. Il devine plus qu'il ne sait les horreurs qu'elle a dû vivre, à la façon dont elle lui a parlé et de ce qu'il sait de son oncle. Ses yeux se ferment et il se mord la lèvre, tentant de rassembler tout son courage. Son oncle a le même genre d'Alter que lui. Est-ce qu'elle voudra encore lui parler en le sachant ? Est-ce qu'elle aura peur de lui, traumatisée par des années qu'il pressent abusives ?

Il veut juste la serrer dans ses bras. Il veut juste qu'elle l'enlace en retour et qu'elle lui sourit comme sur les vidéos qu'il visionne après un coup de sang de sa mère. Il veut juste qu'au moins quelqu'un voit Hitoshi et non pas le garçon à l'Alter de lavage de cerveau.

Enfin, il arrive devant la porte. Ses mains viennent s'agripper sur les lanières de son sac à dos. Il ne sait même plus comment Hawks a fini par étendre l'invitation jusqu'à la nuit. Cela l'arrange et le terrifie d'autant plus. Et si quelque chose se passe mal ? Et si Koumei ne veut pas de lui ? Est-ce que le héros le mettra dehors pour protéger sa pupille, ou est-ce qu'il lui infligera sa présence tout de même pour qu'il ne dorme pas n'importe où ?

Hitoshi a pourtant de quoi payer une nuit à l'hôtel. Ce ne serait pas la première fois. C'est un arrangement entre son père et lui depuis qu'il est au collège. Il a une carte de retrait sur le compte de son paternel et il peut utiliser l'argent pour dormir à l'hôtel quand la situation à la maison devient trop invivable pour lui. Il a cessé de penser que cela amènerait la police à faire quoi que ce soit. La seule fois où la réceptionniste s'était inquiétée - il avait mal menti exprès - sa mère avait nié les faits et l'avait grondé devant la police. Et il n'avait pas osé l'ouvrir plus, il n'avait pas osé les supplier de l'emmener très loin d'elle, n'importe où plutôt que de rester dans cette maison honnie.

Un rire retentit soudain à travers la porte. Curieux, il colle son oreille contre le battant, espérant qu'aucun autre occupant ne monte ou ne descende les escaliers à cet instant. Ses mains sont moites, alors que son cœur cogne lourdement dans sa poitrine. Est-ce mal, de vouloir connaître l'atmosphère qui règne dans l'appartement avant d'y rentrer ?

Il peine à entendre, mais il a passé des années à affûter son ouïe pour savoir quand sa mère rentre, pour deviner les subtiles intonations qui prédisent ses brusques changements d'humeur afin de savoir quand il doit s'enfermer dans sa chambre. Alors, ce n'est pas si difficile d'écouter en se concentrant un peu.

― Mei-chan, je pense que tu en déjà fait bien assez. Viens t'asseoir, ces cookies ne vont pas disparaître du four.

― Mais s'il est allergique au chocolat ? Ou qu'il aime pas les biscuits ? Ou…

― Koumei. C'est l'intention qui compte. Et j'ai encore jamais vu un gosse qui n'aimait pas les biscuits.

Hitoshi est touché. Sa cousine, sans même le connaître et savoir si elle l'appréciera, a préparé des gâteaux. Juste pour lui. Même son père n'en a jamais fait autant, alors qu'il n'est pas une tanche en cuisine. C'est lui qui lui prépare ses bentôs et ses repas quand sa mère a oublié de faire à manger pour trois. Il n'a juste pas le temps, pas alors qu'il doit gérer sa femme alcoolique en plus de lui.

La sensation de chaleur au creux de son ventre desserre les doigts de la crainte sur sa poitrine et il inspire profondément, avant de se redresser et de frapper à la porte. Il attend d'interminables secondes, avant que le battant s'ouvre sur la figure joviale du héros ailé. L'enfant déglutit, avant de s'incliner en se présentant. Et, lorsqu'il se redresse, ses yeux s'écarquillent en croisant le regard inquiet de sa cousine, à moitié dissimulée par les ailes pourpres.

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Hitoshi n'est pas ce à quoi Koumei s'attendait.

À vrai dire, elle ne sait même pas à quoi elle s'attendait, mais clairement pas à un garçon d'une tête plus grand qu'elle, avec des cernes à faire concurrence à celles de Gravitron. Il a l'air craintif et presque tout aussi terrifié qu'elle. Mais ce n'est qu'une furtive impression ; le temps de cligner des yeux et il a un visage plus neutre, comme si elle a rêvé les émotions qu'elle a lu dans le regard aussi violet que ses cheveux.

― Je… Enchanté, je heu, Koumei ! Je m'appelle Koumei ! réussit-elle à bredouiller.

Elle plaque son visage derrière ses mains, honteuse de sa première impression, avant de sentir la main chaleureuse de Hawks dans ses cheveux. Elle se colle dans son dos, masquée par ses ailes rouges. Elle ne sait pas quoi dire, ni faire. Elle est sensée connaître Hitoshi, mais son corps tremble, comme devant l'inconnu.

Elle se sent si stupide de l'accueillir ainsi. Qu'est-ce qu'il doit penser d'elle, à cet instant ?

― Je pense que nous serons mieux dans le salon pour discuter. Mei-chan, je te laisse sortir les biscuits !

Keigo lui offre une porte de sortie et elle n'a pas besoin de voir pour sentir son sourire rassurant. Elle se dirige alors vers la cuisine ouverte, respirant un peu plus aisément. Comment rattraper sa bourde, désormais ? Comment son cousin l'a-t-il pris ? Est-ce qu'elle peut seulement se rattraper ?

Les questions l'assaillent, sans réponse, et ses doigts viennent masser ses tempes douloureuses, alors que son tuteur babille pour remplir le silence. Pourtant, son cousin se dirige vers elle et non le canapé à peine a-t-il mis les pieds dans la pièce. Elle se fige et s'adosse au frigo, comme pour protéger son dos, alors qu'elle replie ses ailes sur elle, comme elle a appris en rééducation.

Ils s'observent en silence, comme deux chiens de faïence, avant qu'Hitoshi ne passe une main dans ses cheveux, une légère rougeur sur ses joues. Est-il possible qu'il soit aussi intimidé par elle que l'inverse ? Est-il possible qu'ils soient tous les deux mal à l'aise dans cette situation ? Que doit-elle faire pour briser la glace ? Que doit-elle faire pour que les choses soient plus aisées, comme avec le héros ?

― Je… Je suis désolé si ma présence t'incommode. Je peux comprendre que tu n'aimes pas mon Alter, tu…

― Ton Alter ? ose-t-elle le couper.

La voix de son cousin est douloureuse à entendre, comme si elle peut se briser à n'importe quel moment. Et elle ne comprend pas pourquoi elle devrait être mal à l'aise à cause de son Alter. Elle ne sait même pas ce que c'est ! Et puis, c'est plutôt lui qui devrait se sentir mal, en présence d'une criminelle, même si aucune charge n'a été retenue contre elle. Ses mains ne sont pas blanches comme neige.

― Lavage de cerveau. Tu… Tu ne savais pas ?

Elle se fige. Même si ce n'est pas explicitement affiché sur son visage, elle se rend bien compte que cette simple phrase terrifie Hitoshi. Il a peur de sa réaction, mais pourquoi ? Pourquoi lui en voudrait-elle d'avoir un tel Alter ? Puis soudain, elle comprend. Et sa poitrine lui fait mal sans qu'elle ne sache réellement pourquoi. Mais ce qui est certain, c'est qu'elle n'a pas peur de lui. Sa présence ne l'incommode pas tant, elle a eu le temps de se préparer à l'idée. Elle craint surtout son rejet.

Ils sont deux, en fait, à craindre le rejet.

Son Alter n'entre même pas en ligne de compte. Son père a beau avoir un pouvoir similaire, il ne l'a pas utilisé sur elle. Il l'a dompté par la force et les menaces, par les cris et les coups, il l'a enchaîné à lui pour que même s'il perdait son Alter, elle reste. Hitoshi n'est pas lui. Il ne la domine pas de toute sa hauteur, il n'a pas l'air effrayant, il ne parle pas fort, ni agressivement. Il n'est pas le monstre qui hante ses cauchemars.

Elle hésite, avant de s'approcher. Maladroitement, elle ouvre les bras, imitant Keigo qui veut la rassurer, puis les resserre doucement sur lui. Il ne cherche pas un seul instant à partir, trop choqué par l'étreinte à laquelle il ne s'attendait sûrement pas.

― Tu n'es pas mon père. Je ne t'en voudrais pas pour si peu. Puis, tu peux faire des choses géniales avec ! Tu pourrais empêcher les Vilains d'agir !

Si quelqu'un comme Hitoshi avait été sur place, le jour du braquage, peut-être n'aurait-elle pas eu à sauter. Peut-être aurait-elle été appréhendée en douceur, sans même que ses parents puissent le remarquer à temps. Elle a assez vu un pouvoir semblable en action pour en deviner toutes les bonnes choses qui peuvent en découler. Un Alter ne suffit pas pour faire d'un être humain un Vilain ; il faut avoir la volonté de faire du mal derrière.

Elle tressaille lorsqu'il lui rend son étreinte, assez fort pour lui faire mal, mais elle n'ose pas le repousser quand elle sent de l'eau perler sur ses cheveux et entend des reniflements qu'elle ne connaît que trop bien. Il pleure. Elle ignore pourquoi - pourrait-elle même comprendre ? - mais elle niche sa tête contre sa poitrine, sans un mot, avant de lancer un regard en direction du seul adulte de la pièce.

Elle a besoin de son aide. Elle ne sait pas gérer ce genre de situations.

Les ailes rouges les enveloppent soudain tous deux et elle lâche un soupir de soulagement, alors que la main de Hawks se pose sur son crâne. Elle sent Hitoshi tressaillir contre elle et un sourire lui échappe lorsqu'elle redresse la tête. Il a les yeux ronds et les joues rouges, détournant son regard du héros qui a aussi posé une main dans ses cheveux.

― Deux adorables poussins. Allez donc vous asseoir dans le sofa, ça sera plus confortable pour vous faire des câlins.

Le sourire de Koumei s'agrandit alors qu'elle acquiesce et, après un instant d'hésitation, elle se détache de son cousin pour lui tendre la main, comme lorsque Keigo veut qu'elle le suive. Elle ignore si c'est la bonne chose à faire, mais elle fait confiance à son tuteur pour lui montrer les bons gestes. Hitoshi s'en saisit timidement et elle sourit un peu plus largement encore.

Elle le tire jusqu'au canapé, s'y laissant tomber dessus alors que son cousin s'y installe plus doucement. Ses yeux ont un air plus doux, alors que cette fois-ci, c'est lui qui initie le câlin, cachant son visage contre son épaule.

― Merci. T'es la première… T'es la première à me dire ça, à me dire que je ne suis pas destiné à être un Vilain…

Le cœur de Koumei se serre et elle lui rend son étreinte comme elle le peut. Comment les gens peuvent dire ça à son cousin ? Comment ils ne peuvent même pas lui laisser le bénéfice du doute ? Il n'a jamais rien fait ! Il n'a que… Quel âge a-t-il, déjà ? Treize ans à peine ? Il est plus jeune que lui et pourtant, il semble ne pas avoir rencontré de personne bienveillante, tout comme elle avant d'avoir Keigo.

Elle tourne la tête vers son héros, qui sort les biscuits en sifflotant. Le son devenu habituel au fil des semaines est rassurant ; un sourire étire les lèvres de l'adolescente, avant qu'elle ne l'interpelle doucement.

― Hawks, dis-lui qu'il est pas destiné à être un Vilain !

― C'te crevette ? Même toi t'as plus l'air d'une criminelle, c'est dire !

Un ricanement échappe à Hitoshi ; il en a l'air le premier surpris. Koumei est d'autant plus heureuse et son sourire s'agrandit. Elle ne sait pas vraiment comment lui parler, comment entretenir la conversation, mais elle est au moins sûre d'une chose : son cousin veut bien d'elle. Elle a bien fait d'oser appeler.

Le souvenir de la lettre qu'elle n'a toujours pas ouverte l'effleure et elle la repousse. Elle n'est pas encore prête à lire ce qui y est écrit. La dernière fois qu'elle a essayé, elle a fait une crise d'angoisse et Keigo l'a finalement rangé dans ses affaires, pour qu'elle ne tombe pas par inadvertance dessus.

― Je… Et si tu m'en disais un peu plus sur toi ? Que je sache quoi faire la prochaine fois que tu viendras ? Enfin, si tu veux revenir, je ne t'oblige à…

― J'en serais très heureux... Mei-chan ?

Hitoshi hésite, comme s'il n'est pas certain d'avoir le droit, mais cela déclenche une sensation de chaleur dans la poitrine de Koumei. Son sourire s'étire, encore plus qu'elle ne pensait possible, au point d'en avoir mal aux joues, et elle le relâche pour mieux s'installer sur le sofa, enlevant ses chaussons pour poser ses pieds sur le rebord. Elle enroule ses bras autour de ses genoux, posant sa tête tournée vers son cousin dessus.

Est-ce qu'elle a le droit de l'appeler par un surnom, elle aussi ? Après tout, elle est la plus âgée, s'il s'est permis de reprendre le surnom affectueux que Keigo utilise, elle peut le faire, non ? Elle se mord la lèvre sur les doutes qui serrent son ventre, avant de déglutir et d'oser d'une toute petite voix :

― C'est à moi que tu fais plaisir, Toshi !

Le sourire qui illumine soudain le visage de son cousin vaut tous les craintes qu'elle a pu éprouver.

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Keigo a encore le rire des deux enfants qui tintent dans ses oreilles, alors que le sommeil le fuit. La rencontre s'est mieux passée qu'il ne l'espérait. Koumei a souri plus que d'habitude, elle a même rit et cherché la proximité de l'enfant. Peut-être est-ce parce qu'il est plus jeune qu'elle, peut-être est-ce parce qu'il est aussi maladroit et timide qu'elle, mais elle se sent bien en sa présence. Il aurait dû s'en réjouir et tomber dans un sommeil bienheureux, avec ce poids-là en moins sur le cœur.

Cependant, il y a tous ces petits détails troublants qu'il a relevés, une habitude de son boulot. Et tout lui hurle qu'il y a quelque chose qui cloche avec le jeune Hitoshi.

Il est arrivé seul. Le héros n'a même pas rencontré son père, celui avec qui il a discuté pour mettre en place le court séjour de l'enfant chez lui. Aucun de ses parents n'a semblé l'avoir accompagné. Pourtant, il a dû prendre l'avion, ou au minima le train, pour venir de la préfecture de Saitama jusqu'ici ! Ils ne l'ont quand même pas laissé traverser la moitié du Japon seul, non ?

Avec un grognement, il se redresse pour saisir le portable en train de charger sur sa table de chevet, le déverrouillant pour regarder les vols et les trajets entre Tokyo et Fukuoka, pour se donner une idée. Deux heures d'avion, quatre à cinq heures de train. Quel parent laisse un enfant de treize ans faire un si long trajet sans être accompagné ? Il sait qu'il y a des services spécifiques pour ça, mais quand même.

Et si seulement il n'y avait que ça. Encore, qu'Hitoshi ait craint que Koumei soit effrayée par son Alter tient du bon sens - c'est juste que sa pupille défie parfois toute logique - mais que personne d'autre n'ait pris la peine de lui dire qu'il n'était pas destiné à être un Vilain ? Le héros sait bien que les enfants peuvent être cruels entre eux, mais que pas un seul de ses parents ne le lui ait dit ? Cela titille ses ailes et il déteste la sensation.

Hawks tapote son portable contre son menton, en pleine réflexion, quand il entend un léger bruit en provenance du salon. Hitoshi s'est-il réveillé ? C'est vrai que cela doit lui faire étrange de dormir dans un lieu si nouveau. Au moins, ce n'est pas un cauchemar de Koumei qui l'a sorti de son repos. Il hésite, avant de se tirer du lit, repoussant les draps légers. Peut-être l'enfant sera-t-il plus loquace en l'absence de sa cousine pour qu'il ait enfin le dernier mot de l'histoire.

Toute idée de l'interroger s'évapore soudain lorsqu'il entend un bruit de verre brisé. Il se redresse d'un bond et se déplace jusqu'au salon à grandes enjambées. La lumière est allumée et l'enfant est recroquevillé au sol, entouré de débris de verre, tenant sa main gauche contre lui. Keigo n'a même pas besoin de voir du sang pour se douter qu'il s'est blessé, en tentant de ramasser les dégâts, sans doute. Mais pourquoi n'est-il pas venu le réveiller ?

L'adulte a peut-être bien un élément de réponse quand Hitoshi relève brusquement la tête et recule, se cognant contre le meuble derrière lui. Il suinte la terreur, même s'il ne pleure pas. Il retient ses larmes et ses tremblements, le plus silencieux et discret possible. Là où Koumei est un bateau naufragé qui se brise entre ses bras, lui est le navire ballotté par la mer qui fait tout pour tenir bon.

Son cœur se brise de savoir ses doutes fondés.

Doucement, sans geste brusque, il se rapproche et se baisse à sa hauteur. Au moins, il se sent plus à l'aise qu'auparavant. Il a l'habitude, en quelque sorte, même si cela lui fait mal au cœur de dire les choses de cette façon. Il ne devrait pas avoir l'habitude de gérer des enfants aussi brisés que lui. Il ne devrait pas comprendre la peur latente dans le regard violet avant qu'Hitoshi ne clôt ses paupières.

― Hitoshi, je vais aller mettre mes chaussons et récupérer la trousse à pharmacie, d'accord ? Tu ne bouges pas, ou tu risques de te planter du verre dans le pied. Crois-moi, ça fait mal.

Hawks sourit par déformation professionnelle, pour qu'il ne voit pas la rage qui bout dans ses veines. Pourquoi ? Qu'est-ce que ce petit-là a fait, à part exister ? Même si rien ne justifie de traumatiser un enfant, parfois, le héros se pose la question. Et les parents du garçon ne sont même pas des criminels ; ce sont des citoyens ordinaires, qui n'ont rien à se reprocher en apparence, excepté quelques infractions mineures. Leur casier judiciaire est plus vide que le bocal à bonbons en haut du frigo et il doit en rester à peine trois dedans.

― Vous… Vous n'êtes pas en colère ?

― Bah, ça serait l'occasion pour Mirko de m'offrir des verres provenant de sa merch, elle n'attendait que cette opportunité ! Ce n'est qu'un verre, je m'inquiète plus pour ta main. Oulà, je me sens vieux à répéter, mais ne bouge pas !

Pourvu que Koumei ne se réveille pas, ou ce sera peut-être encore plus difficile à gérer. Et si Hitoshi a soudain besoin d'aide ? Par exemple, s'il ne l'écoute pas et qu'il s'avance quand même, ou alors qu'il retouche les morceaux de verre ? Il ne peut pas lui demander de crier, pas avec l'adolescente à côté. Autant recourir à son Alter, alors. Le jeune homme envoie ainsi une de ses plumes vers l'enfant, qui la fixe étrangement. Keigo soupire, pliant la plume sur la joue ronde jusqu'à ce qu'il s'en saisisse timidement.

― S'il y a le moindre problème, serre-la et j'accourrais, d'accord ?

Une autre plume se détache de ses ailes pour récupérer la trousse à pharmacie dans la salle de bains - il ne prend même plus la peine de la ranger, avec la tendance effarante de Koumei de ne pas faire attention à elle - alors qu'il se rue dans sa chambre pour mettre ses chaussons et pouvoir approcher le gamin sans se blesser.

Franchement, il en viendrait presque à croire que c'est de famille.

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Hitoshi est déboussolé, alors que la plume rouge est toute douce dans sa main indemne. Il rejoue les paroles et les mimiques de Hawks dans sa tête, encore et encore, en quête de colère, d'agacement, d'une émotion qui devrait être là dans ce genre de situation. Même si c'est un héros, il l'a réveillé en pleine nuit, a cassé un de ses verres et même si l'adulte lui a assuré que ce n'est pas un problème, il n'arrive pas à le croire.

Il ne peut s'empêcher de se méfier. Son ventre est noué et la douleur qui pulse dans sa main blessée ne l'aide pas à réfléchir. Il a voulu ramasser les morceaux de verre avant que quiconque s'aperçoive des dégâts, mais en vain. Le bruit a réveillé le héros et nul doute qu'Hitoshi n'a pas fini d'en entendre parler. Il ne pensait pas qu'il aurait le sommeil aussi léger.

Un grondement lui échappe lorsque Hawks revient, souriant largement, ce qui ne fait que l'inquiéter un peu plus. Il ne devrait pas sourire dans une telle situation. Il cache sans aucun doute ses véritables émotions. L'enfant déteste ça. Cela lui fait trop penser à sa mère, à son sourire faux avant qu'elle ne lance sa bouteille vide sur lui. Il a appris à esquiver depuis le temps, mais parfois les débris le blessent et laissent des cicatrices, comme celles qu'il aura peut-être aux doigts après ce soir.

Hawks dégage doucement les bouts de verre du pied sur son passage, avant de s'accroupir devant lui de nouveau, la trousse à pharmacie entre ses doigts. Sans perdre son sourire lumineux - sans rire, il lui ferait presque penser à All Might - il récupère sa plume, avant de lui ébouriffer tendrement les cheveux. Hitoshi tressaille, alors qu'une sensation de chaleur traverse trop vite sa poitrine.

Est-ce qu'il vient d'esquisser un geste pour le réconforter ?

― Je pense qu'on serait mieux sur le canapé pour te soigner. Tu as besoin d'aide pour te lever ?

― Non.

Ou peut-être que si, en fait. Hitoshi ne sait pas, son cerveau pourtant si prompt à réagir en cas de danger ne suit plus. Hawks ne laisse pas exploser sa colère, il reste souriant, gentil, réconfortant. Il a l'intention de le soigner. Est-ce qu'il se comporte comme ça parce qu'il a une image héroïque à maintenir, ou est-il vraiment aussi bon ? Est-ce que l'enfant peut se permettre de penser qu'il a trouvé un endroit où il est en sécurité ?

La chaleur dans sa poitrine n'est pas difficile à deviner. Pour la première fois depuis très longtemps, il se remet à espérer. Est-ce que ses parents accepteraient de le laisser ici chaque week-end, tout le temps même, pour qu'il ne soit pas dans leurs jambes ? Aussitôt formulée, aussitôt oubliée ; cette pensée est irréalisable. Le héros a déjà une pupille dont il doit s'occuper et sa cousine mérite toute l'attention du monde. Elle le mérite plus que lui, elle a souffert bien plus.

Il se relève lentement, gardant sa main droite contre lui, avant de marcher là où il n'y a plus de verre pour rejoindre le canapé. Hawks le suit et s'assoit à ses côtés, prenant doucement sa main blessée pour le soigner. Il babille de tout et de rien, rayonnant, au point que c'en est presque étouffant. Hitoshi n'arrive pas à croire qu'il n'est même pas quelque peu agacé. Rien dans ses gestes, ni dans son regard, ni même dans sa voix ne trahit ses sentiments intérieurs.

Peut-être est-il réellement bon, après tout ?

Un cri transperce le calme de l'appartement. Puis un autre, et des pleurs. Toute couleur disparaît sur le visage de Hawks, qui peste entre ses dents. Il se relève d'un bond, son sourire revenant immédiatement sur son visage, avant de lui ordonner de rester assis et de filer. Hitoshi jette un œil sur le bandage à moitié terminé sur sa main. À dire, il est même presque fini. Il enroule la fin de la bande autour de sa paume, glissant le bout en dessous d'une couche, avant d'oser désobéir à Hawks.

Il n'aurait pas osé s'il s'agissait de sa mère, il n'aurait pas osé si les pleurs ne provenaient pas de Koumei. Il a mal au cœur rien qu'à l'entendre ; il ne peut pas rester à l'écart.

Lentement, il s'avance jusqu'à la chambre d'où s'échappent les sanglots. Hitoshi entend la voix de Hawks, sans pour autant réussir à déterminer ce qu'il dit. Sans doute la rassure-t-il, puisque les pleurs s'apaisent peu à peu. Peut-être aurait-il continué à douter de la nature du héros sans cet incident, mais il est désormais persuadé qu'il est bon. S'il était en colère, Koumei l'aurait senti. Ce genre de choses se ressent lorsque l'âme est en vrac. Et il ne réussirait sans doute pas à la calmer si elle pensait qu'il était furieux après elle.

Sa main se fige cependant contre le mur quand sa cousine prend la parole entre ses larmes.

― J'ai peur que Toshi disparaisse… Je… J'ai un mauvais pressentiment, c'est là, ça me ronge et je sais pas quoi en faire, je sais même pas pourquoi, juste, juste… Pourquoi personne ne lui a dit avant moi que son Alter ne faisait pas de lui un Vilain automatiquement ? Pourquoi… Pourquoi ça fait si mal au ventre ?

Imbécile. Elle devrait s'inquiéter pour sa propre santé plutôt que de s'inquiéter pour lui ; il s'est déjà résigné à vivre ainsi jusqu'à ce qu'il parte de chez lui. Il peut supporter encore la violence de sa mère et l'inaction de son père quelques années. Mais sa poitrine le lance à la voir repliée sur elle-même, cachée dans l'étreinte de Hawks comme si elle était sur le point de se briser.

Il a perdu espoir il y a longtemps, mais il refuse que sa cousine désespère pour lui.

Les yeux dorés de Hawks se plantent soudain dans les siens et le héros hausse un sourcil. Hitoshi est grillé ; même s'il part maintenant, l'adulte saura qu'il ne lui a pas obéi. Qu'est-ce qu'il aura comme punition ? Pourvu que ça ne soit pas trop grave. S'il peut cacher les effets de ses parents, il devrait pouvoir revenir ; même s'il est puni, l'appartement reste l'endroit où il se sent le mieux.

― Tu n'es pas la seule à avoir cette impression, Mei-chan, loin de là. Mais on ne peut rien faire tant qu'il ne dit rien. On ne peut pas l'aider autant qu'on le voudrait tant qu'il reste silencieux.

Les yeux de Hawks ne le quittent pas un seul instant. C'est à lui qu'il parle, réalise Hitoshi. C'est à lui qu'il s'adresse sous couvert de rassurer Koumei, qui n'a pas dû remarquer sa présence. Il lui demande de parler, mais est-ce qu'il le croira ? Personne n'a jamais voulu l'écouter. Personne n'a jamais accordé le moindre crédit à ses propres, parce qu'il est un enfant, parce qu'il a un Alter de Vilain, parce que…

Non. Il n'a pas un Alter de Vilain. Il doit cesser de penser comme cela. Quelqu'un croit en lui. Koumei croit en lui, malgré tout ce qu'elle a vu et subi. Elle voit la lumière en lui alors qu'elle a connu si longtemps uniquement les ténèbres.

― Vous… Vous voulez bien me croire ?

Les mots sortent tous seuls de sa bouche. Il tressaille, surpris de lui-même, alors que Koumei se redresse pour croiser son regard. Ses yeux verts sont baignés de larmes, mais pourtant, elle se force à sourire, comme pour le rassurer. Il ne la mérite pas. Il ne mérite pas Hawks.

Pourtant, il a envie de pleurer lorsqu'ils lui ouvrent les bras pour qu'il vienne s'y réfugier et qu'il s'épanche auprès d'eux. Comment arrivent-ils à être aussi chaleureux, aussi accueillants, alors même qu'ils ne le connaissent que depuis quelques heures ? Puis, Hitoshi voit le regard fuyant de sa cousine, ses bras légèrement tremblants. Elle se force, ou en tout cas elle n'est pas aussi à l'aise qu'elle veut bien le montrer. A-t-elle peur de lui ? Ou…

Elle est aussi perdue que lui. Elle ne fait qu'imiter les gestes de son tuteur, une lueur inquiète dans le regard.

― Tu crois que Koumei serait avec moi si je n'étais pas capable d'écouter ?

La voix de Hawks est douce, son sourire rassurant. Hitoshi essaye bien de lutter - les adultes l'ont déjà si souvent déçu - mais son envie d'être cru est plus forte que sa paranoïa. De toute façon, que risque-t-il ? Au pire sera-t-il déçu une fois de plus, mais il peut encaisser. Il le peut. Ce n'est pas si difficile, cela fait juste mal au cœur et à la gorge.

Il y a des larmes qui coulent sur ses joues lorsqu'il se réfugie dans l'étreinte offerte, alors qu'il agrippe le t-shirt de Hawks tandis qu'il se confie enfin, qu'il hurle sa solitude et la douleur qui ne quittent pas ses os. Le héros le laisse s'épancher, alors que Koumei pleure avec lui. Il resserre simplement son étreinte et couvre les deux enfants de ses ailes. Hitoshi se fiche soudain d'avoir trop chaud. Il se sent en sécurité, protégé et c'est plus que ce qu'il n'a jamais eu.

― Pour être honnête, je pourrais porter plainte pour toi. Je pourrais amener le cas à la police et jusqu'au tribunal. Aussi écœurant que ça puisse être, on écoute plus un héros qu'un enfant, chuchote finalement Hawks avec douceur.

La main chaude de l'adulte vient se perdre dans ses cheveux déjà en pagaille, mais Hitoshi n'en a cure. Tout son corps s'est figé à l'idée de porter plainte. Non. Il connaît les journalistes, son père en est un, ils retourneront toute la merde autour de sa famille. Ils trouveront Koumei. Ils l'afficheront partout, jusqu'à ce que son nom et son visage soient connus même au fin fond du Japon.

Il ne veut pas de ça pour sa cousine. Elle mérite la paix. Elle mérite le repos.

― Est-ce que je peux venir ici quand c'est trop tendu chez mes parents ? Est-ce que…

― Tu peux venir te réfugier ici quand tu veux. Ou même à l'agence, si c'est dans la journée. Je peux te payer le train ou l'avion, si besoin. Tu es sûr de ne pas vouloir…

― Non. Ça risque d'éclabousser Koumei.

Sa cousine tressaille contre lui et s'apprête à fondre en excuses - Hitoshi le voit à ses yeux écarquillés, à ses lèvres tremblantes et à son corps tendu - parce qu'elle doit se sentir coupable. Mais c'est son choix. Il préfère souffrir encore un peu plutôt que Koumei soit touchée. Elle est la première à avoir vu Hitoshi derrière l'Alter. Elle est sa famille, et il veut la protéger comme il souhaitait qu'on le protège de ses parents étant plus jeune.

― Ne t'excuse pas. T'as déjà assez souffert comme ça pour que la presse en rajoute.

― Et si jamais tu changes d'avis, Toshi, je serais ravi de mettre tes parents derrière les verrous.

― Tu ne serais pas ravi, tu serais exta.. extatique au plus au point, tu détestes les abus sur enfant, corrige Koumei en nichant son nez dans le creux de l'épaule de son tuteur.

Un léger rire gêné échappe à Hawks, alors que les mots se bloquent dans la gorge d'Hitoshi. C'est trop, beaucoup trop, et il enfonce sa tête dans le torse du héros qui remet de l'espoir et de la lumière dans sa vie. Il ignore comment ses parents prendront ses fuites régulières - parce qu'il connaît les crises de sa mère et qu'il y a des week-ends pires que d'autres - mais il veut se sentir en sécurité.

Il veut connaître la douceur d'un endroit où il est apprécié.

Il veut connaître la chaleur d'un foyer, tant pis si ce n'est pas officiellement le sien.

Il prendra tout ce que Hawks et Koumei lui offriront.

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... Well. Je crois que la fuite est une option très viable, actuellement XD

Promis le chapitre suivant est un peu plus doux !

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