BONJOUR!
Alors, cette fic est un défi que j'ai récoltée dans le cadre du "Cap des premières fois" du Forum de tous les Périls il y a de cela... trop longtemps.
Vraiment trop longtemps.

Le concept est simple. Plus tu choisi un niveau de difficulté élevé, plus du te fait imposé de truc. J'ai choisi le niveau maximal "nouveau monde".
Le thème et le personne m'ont donc été imposé.

J'ai donc : Première lettre d'amour avec Charlotte Pudding.

Merci à Yumeshiro pour la correction!

PS. Les parties du texte en italique sont des parties rayés.


- Poudding, tu es belle. Veux-tu sortir avec moi? Je t'aime

C'était le contenu de la première lettre d'amour que j'ai reçue. Peut-être pas dans ces termes exacts mais ça y ressemblait. Maintenant que j'y repense, la formulation des phrases semblait aussi maladroite que l'écriture qui s'étalait sur le papier rose et légèrement froissée de la lettre. C'était ridicule. Même quand j'étais jeune, je m'en étais rendue compte, à quel point ces mots étaient vains. Qu'espérait-il avec ça? Je n'en ai aucune idée et je ne le saurais jamais. Un lieu de rendez-vous et une heure était écrite au verso. J'y suis allée et je lui ai répondu que moi aussi, je l'aimais.

C'était la première fois que je rencontrais ce garçon. Il était aussi maladroit que son écriture. Pourtant, il m'a sourit si largement et m'a tendu sa petite main potelée. Je l'ai saisie et nous avons passé la journée ensemble. Il m'a emmené partout, nous avons visité ses coins favoris et il m'a présenté à ses amis. Durant toute la journée, nous avons cavalé dans la ville. J'ai détesté ça, je voulais rentrer, j'étais fatiguée mais il voulait continuer. Et ce moment d'extase que je voulais atteindre à la fin de cette journée ne pourrait pas être parfait sans qu'il soit parfaitement heureux.

Quand le soleil a commencé à se coucher, nous nous sommes éloignés de ses amis et il m'a demandé d'attendre dans un coin plus calme. Quand il est revenu, il m'a tendu une petite boîte avec un ruban, un grand sourire tout fier sur le visage. Une boite de chocolat. Je l'ai ouverte. Il y en avait quatre. Uniquement par le lustre du chocolat et le détail des décorations, il était évident qu'ils étaient de très bonne qualité. J'ai prit le petit carré de chocolat noir et je lui ai tendu en lui disant que c'était mon préféré mais qu'il pouvait quand même le prendre.

Son expression exprimait son débit. Évidemment qu'un enfant n'aime pas le chocolat noir.

Il l'a quand même mangé en faisant une grimace à son goût amer. Puis il m'avait regardé avec un sourire contrit. Je n'avais pas touché aux autres chocolats et je le fixais. Ses yeux s'étaient fait hésitant. J'ai penché la tête. Mes cheveux ont couvert mon visage et j'ai courbé les épaules. Je pense qu'il croyait que j'allais pleurer parce qu'il n'aimait pas mon chocolat préféré. Ridicule.

J'ai relevé la tête, mes cheveux ont volé dans tous les sens. Ma frange a suivi et a dégagé mon œil. Mon troisième œil qui m'a valu tant de haine, de coups et de moquerie. L'horreur sans nom qui s'est peinte sur son visage était à la hauteur de mes attentes. J'ai fracassé le reste du chocolat au sol, du chocolat au lait et du chocolat blanc. C'était et cela est toujours le cas, je préfère le chocolat noir.

Il a poussé un hurlement de détresse pendant que je l'humiliais et lui arrachait ses souvenirs. Toute la journée à le suivre sans rien dire portait enfin ses fruits. Je rigolais à gorge déployée en l'insultant, le rabaissant, le dénigrant. Tant d'efforts pour ce petit moment de bonheur, aussi éphémère et amère que le goût du chocolat noir sur la langue…

Je ne me souviens plus de son visage aujourd'hui. Je ne sais même plus s' il m'avait dit son nom. La seule chose dont je me souvienne c'est que ce fut le premier d'une multitude. À chacuns de ces idiots doucereux et naïf, je leur faisais le même coups. J'ai brisé tant d'espoirs innocents. Ce dégoût, cette détresse et cette peur qui se peignaient sur leur visage quand ils voyaient mon oeil ressemblait beaucoup à l'expression qu'ils affichaient en mangeant du chocolat noir. Cette amertume semblait les ravager, eux qui préféraient la douceur sucrée du chocolat au lait ou pire, l'inutilité du chocolat blanc à qui toute substance a été retirée pour ne laisser que le gras.

Sérieusement, qui mange uniquement le gras d'une pièce de viande?! C'est la même chose avec le chocolat! On mange tout ou on ne mange rien, point!

Ma passion pour le chocolat doit venir de là… C'était mon seul plaisir et je ne m'en privais pas. Pourquoi ce serait différent avec toi? Quand Mama m'a annoncé que j'allais me marier, j'y ai vu l'occasion rêvée d'atteindre la quintessence de l'amertume. Tu semblais tellement fragile, désespéré, j'étais ton seul espoir pour ne pas tomber dans l'enfer le plus absolu et je me réjouissais car ce serait moi qui t'y enfoncerais définitivement. Je me suis jouée de toi et même de tes amis. J'ai tellement savouré ce sentiment de toute puissance…

Pourtant, tu as brisé toutes mes attentes. Tu n'as pas trouvé mon troisième œil dégoûtant. Tu n'as même pas reculé. Tu n'as même pas sursauté. Tu n'as même pas haussé un de tes ridicules sourcils vrillés… Tu l'as trouvé beau. BEAU! La première personne qui complimente la merde que j'ai au milieu du front est l'homme dont j'ai pris le plus de plaisir à torturer avant de vouloir le tuer! Savais-tu que tu étais la première personne à me dire ça? Et j'étais censée te tuer… À ce moment-là, je crois que j'ai compris pourquoi les gens aiment à ce point le chocolat au lait. Il est si doux, il réconforte sans compromis contrairement à ce petit côté corsé du chocolat noir qu'il faut supporter avant de l'apprécier. Je fus tellement heureuse…

Puis les événements ont dérapé. Tu devais fuir. Moi, je n'avais plus aucune envie de te tuer mais ma famille avait toujours des plans.

Je t'ai aidé-

La chose la plus cruelle-

Mon coeur était déchiré-

Je ne savais plus comment réagir. Je ne savais plus quoi penser. Toute ma vie se faisait méticuleusement nettoyée par tes mots innocents. Toutes les bases de ma rancoeur ont été détruites. Il ne restait plus que mon coeur a vif au milieu d'une panique général, incapable d'agir de façon cohérente. Qu'importe ce que j'aurais aimé te dire, c'est désormais trop tard. J'ai arraché la seule preuve d'amour que je t'ai donnée. Tu es parti sans savoir et qui sait si je pourrais te revoir un jour.

Je reste seule avec moi-même. Le chocolat noir que je trouvais autrefois si satisfaisant ne m'apporte plus aucun réconfort. La grimace que je voyais sur le visage de mes victimes s'étale aujourd'hui sur le mien. C'est désagréable mais je survis. Je le dois bien, tu serais triste si je me laissais dépérir.

Aujourd'hui, je repense à toutes les fois où j'ai massacré sans pitié les sentiments de mes prétendants et je les envie. Eux ont eu la chance d'oublier cette douleur qui me ronge actuellement, cet amour déçu et amer qui ne pourra jamais aboutir. C'est peut-être le prix à payer pour avoir été une salope pour avoir ainsi jouer avec les sentiments des gens.

Mais sais-tu ce qui est le plus cruel dans toute cette histoire? C'est qu'après avoir goûté à ce chocolat au lait que tu m'as donné, le noir me rappe la langue, m'assèche la bouche et me donne la nausée. Ça fait mal, Sanji. Je t'aime. Je veux te le dire, te le crier, je veux dire oui à ta demande en mariage si jamais il te venait l'envie de me le demander à nouveau et de rester avec moi.

Mais ça n'arrivera pas. T'enchaîner à moi est bien l'un des pires avenirs que je pourrais t'offrir. Car je l'ai bien vu, cet équipage qui a risqué sa vie là où j'étais prête à te tuer. Je l'ai bien vu, cette famille que tu as, plus fidèle que celle de sang que nous avons tous deux, et à laquelle tu es tout aussi fidèle. Je l'ai bien vu, ce à quoi tu étais prêt à renoncer pour les préserver de tout danger. J'ai vu l'amour de ta vie, une femme qui jamais ne t'as trahis depuis que tu l'as rencontré. L'aventure t'a tendu les bras et tu l'as embrassée de tout ton cœur.

Il n'y a pas si longtemps, je trouvais beau le désespoir que je créais comme une œuvre d'art. J'en suis jalouse mais tu es plus épanouie à ses côtés que tu ne le sera jamais en partageant ma vie.

Je paye ma dette au karma et elle est salée.

Je suis tellement désolée de tout ce que je t'ai fait. Je t'aime, je te l'ai déjà dit, mais ma tristesse s'adoucit avec le sourire qui apparaît sur mon visage quand je le dis. Puis mes larmes reprennent leurs droits quand je finis de dérouler le fil de tes souvenirs.

Pardonne-moi, Sanji. Je sais que tu déteste voir une femme pleurer mais tu ne peux pas me consoler. Laisse au moins mes mots enchaîner le papier à ta place. Cette première lettre d'amour que je t'écris, tu ne la recevras jamais.


Laissez une review si le coeur vous en dit! :D