Bonsoir bonsoir !

Ceci est un Two-shot, première partie d'une série intitulée "Du sang sur nos âmes" (en sept parties, normalement, mais vu que ce bébé a un don pour grossir tout seul...)

J'ai conscience d'avoir déjà pas mal de choses en cours, mais c'est l'une des rares choses que je peux écrire en ce moment ; ce texte est un écrit cathartique, qui me permet de mieux gérer mon état anxieux.

De ce fait, j'aborde pas mal de thèmes qui peuvent choquer/rebuter/mettre mal à l'aise : TW MALTRAITANCE FAMILIALE / CONJUGALE ; AMPUTATION ; MEURTRE.

Je vous considère prévenu·e·s

La seconde partie est presque terminée, je coince sur la scène où tout se passe bien. J'espérais un moment de mieux qui n'est pas arrivé ces derniers jours ^^'

Note : Les phrases en italique sont soit des sorts, soit du japonais.

Disclaimer : Les droits de Harry Potter appartiennent à J.K Rowlings et ceux de My Hero Academia à Kōhei Horikoshi


Du sang sur nos âmes

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Épisode 1 - Chien fou

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Partie 1

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Sirius sursaute en entendant le craquement caractéristique du transplanage dans son petit appartement. Sa main droite récupère à toute vitesse sa baguette et le couteau sur le plan de travail glisse dans sa main gauche. Peu connaissent cet endroit ; y aurait-il un espion parmi ses proches, ou a-t-il eu la malchance d'être repéré par des Mangemorts ? Il n'en sait strictement rien, mais ce qui est certain, c'est qu'ils ne l'auront pas facilement.

Pourtant, un cri de douleur lui fait lâcher son couteau, qui tombe sur le lino avec un poc étouffé. Regulus. Son corps réagit avant sa tête et il s'élance dans le salon, d'où le bruit semble provenir. Peu importe qu'ils soient dans des camps opposés sur l'instant. Son petit frère a mal et il ne peut rester sans rien faire.

Lorsqu'il déboule dans le salon, Regulus se tord de douleur sur le tapis, le visage griffé. À ses côtés se tient Kreattur, qui tient un médaillon et frotte nerveusement ses doigts contre le chiffon qui lui sert d'habits.

― Kreattur ne savait pas où amener le petit maître, il a trahi le Lord, il ne peut pas rentrer à la maison… Il n'avait que le fils renié en tête…

Sirius remarque distraitement que Kreattur ne l'insulte pas, sans doute terrifié à l'idée qu'il refuse de secourir Regulus. Mais même toute sa haine envers ses parents, qui l'a poussé à fuir de la maison, ne l'empêcherait pas de venir en aide à son petit frère. Il s'accroupit à ses côtés, tente de voir l'ampleur des dégâts.

― Sirius ? Non, non, pas encore, laissez-le tranquille, ne le touchez pas…

La voix du plus jeune est vacillante et ses yeux hagards ; il ne doit même pas être réellement conscient de sa présence. Qu'a-t-il subi pour arriver dans cet état ? Sirius ne sait même pas par où commencer, alors que les cris de douleur déchirent ses oreilles, encore et encore. Il peut refermer les entailles qui le couvrent, mais il sait qu'il ne pourra guère faire plus. Son bras tremble quand même. Il a peur de faire une erreur préjudiciable. Il s'y connaît si peu en médecine, il n'est pas son cousin. Avec un soupir, il se tourne vers l'elfe de maison. Acceptera-t-il même de lui obéir ? Il n'en a aucune idée, mais il n'a guère de moyens plus rapides sous la main.

― Kreattur ? Est-ce que si je te donnais une adresse très, très loin d'Angleterre, pour que tu ailles chercher mon cousin Belanaris, tu accepterais ?

Le sorcier s'oblige à rester poli, alors qu'un nouveau cri résonne entre les murs et heurte son cœur avec la violence d'un Doloris. Il voudrait prendre toute la douleur de son petit frère pour la faire sienne. Il ne mérite pas cette souffrance infernale et lui-même ne supporte pas de le voir se tordre sur le tapis, comme possédé.

― Kreattur peut le faire, pour le petit maître.

― Arrêtez ! S'il vous plaît, s'il vous plaît, cessez… Tuez-moi plutôt que lui, je vous en supplie…

Regulus continue à délirer et s'agrippe soudain à son bras. Depuis quand son petit frère a autant de force ? Sirius crie l'adresse à Kreattur qui disparaît, avant de relever son cadet pour le serrer contre lui. Il referme ses bras sur lui, alors que les supplications résonnent dans son torse. Il encaisse, les joues humides et prie pour que son cousin soit chez lui et que l'elfe ne tarde pas à le ramener. Chaque seconde qui passe est un clou dans son cœur, alors que Regulus se tord entre ses bras, se cambre.

Il voudrait se percer les tympans pour ne plus rien entendre, se crever les yeux pour ne pas voir la douleur déformer le visage encore rond de son petit frère. Il n'a que dix-huit ans, il est à peine majeur, encore un enfant pour lui. Et il désespère de ne pas pouvoir le protéger, d'avoir échoué dans son rôle de grand-frère. Il l'a laissé à la maison, tout en sachant qu'il n'aurait aucune échappatoire aux souhaits de leur mère. Un haut-le-cœur le soulève ; il se dégoûte.

Comment James peut supporter qu'il soit à ses côtés, alors qu'il n'est même pas fichu de tenir ses promesses envers le premier à l'avoir aimé envers et contre tout ?

Un craquement, et une main ferme, couverte de petites cicatrices, se pose sur son épaule.

― Sirius, écarte-toi et va me chercher un drap. Je m'occupe de lui.

La voix de Belanaris est caressante, réconfortante presque, malgré le sérieux inhabituel qui s'en dégage. Un sanglot secoue le Gryffondor, alors qu'il obéit à son aîné. Il allonge doucement Regulus sur le tapis, le ventre noué. Le pouce bagué de son cousin passe sous ses yeux pour effacer ses larmes et peut-être même ses remords. Son Alter lui ressemble bien ; il a toujours cherché à soigner et à prendre soin de ceux qui l'entourent.

― C'est pas de ta faute, idiot. Si t'étais pas partie, ta mère t'aurait brisé, ou tu serais mort pendant l'essai. Tu ne peux pas porter les décisions de tes parents à votre égard, c'est un trop lourd fardeau. Alors va me chercher ce drap.

Les mots font mouche, comme toujours. Sirius déteste cette sensation de Belanaris lisant dans son âme, d'habitude ; mais pour ce soir, il trouve ses mots apaisants. Peut-être est-ce plus simple de fuir sa culpabilité avec des mots chaleureux que de l'affronter de plein fouet, après tout, mais il ne préfère pas s'en préoccuper maintenant.

Il ramène le drap demandé, se fige un instant en voyant que Belanaris a figé Regulus d'un simple Stupefix. Sans doute l'un des rares sorts qu'il est capable de produire. Les griffures semblent déjà avoir été soignées, mais les murmures qui s'échappent des dents grinçantes ne le rassurent aucunement.

― C'est… Ce sont vraiment des Inferis qui l'ont rendu… ?

― Non. J'ignore ce qu'il a bu, mais je crains qu'on ne puisse qu'attendre la fin des effets. Les Inferis devaient sans doute avoir l'ordre de le tuer, une fois affaibli et à l'ouest. Dans quoi tu t'es fourré, Reg…

Sirius lâche le drap, se tourne vers Kreattur qui attend dans un coin. L'elfe de maison tremble, ses grands yeux inquiets posés sur Regulus, le médaillon de tout à l'heure encore entre ses mains. Sirius ne l'a jamais vu ainsi, l'air aussi pathétique ; son cœur se serre de pitié, alors même qu'il déteste l'être qui lui rappelle tant la maison des Black.

― Kreattur, nous avons besoin de savoir ce qu'il s'est passé pour mieux soigner Regulus. Tu pourrais le dire ?

Il s'efforce à la politesse, malgré les mots qui lui brûlent la langue. Mais il ne peut pas se permettre de recevoir un non de la part de l'elfe, pas alors que la santé de son petit frère est en jeu. Et enfin, lorsque les explications tombent, Sirius pâlit, chancelle, avant de désigner le médaillon.

― Trouve… Trouve un endroit sûr où ranger cette… Cette chose avant qu'on trouve comment la détruire, d'accord, Kreattur ?

L'elfe acquiesce et repart dans un craquement. Un Horcruxe. Le Gryffondor est versé dans les arts noirs depuis l'enfance, malgré son aversion. Il sait à quoi il a à faire et son envie de vomir, revient, bien plus forte. Et bon sang, si Voldemort s'en rend compte et appelle Regulus à lui ? S'il utilise la Marque qui doit le relier à lui pour lui faire il ignore quoi, mais sans doute pas quelque chose pour son bien.

― Sirius. J'imagine que l'appartement est insonorisé ?

Belanaris l'a compris aussi et lorsque le jeune homme se retourne, c'est pour apercevoir l'avant-bras gauche marqué dénudé et le drap en dessous, comme pour protéger le sol. Un frisson secoue Sirius et un goût amer remplit sa bouche alors qu'il ose demander :

― Tu ne comptes quand même pas… ?

Il n'a pas besoin de mettre des mots sur ce que prévoit son cousin. Un regard et ses doutes sont confirmés. Un poids plus lourd que les précédents tombe au creux de son ventre et il s'effondre au sol, incapable de rester debout.

― Voldemort le croira mort et Regulus sera libre. Je le mettrai à l'abri au Japon. Personne ne saura, il pourra vivre sans cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Tu sais que c'est l'unique solution.

― Mais il aura un avant-bras en moins !

― Et il peut très bien vivre sans, surtout en étant sorcier ! J'ai vu des héros continuer de se battre avec un membre manquant, siffle Belanaris. Je croyais que les sorciers étaient bien supérieurs aux Moldus.

Sirius sait que le ton violent ne le cible pas particulièrement, mais il ne peut s'empêcher de se sentir frappé par ses mots. Il se mord la lèvre pour retenir la colère qui gronde dans ses veines. Il n'est pas visé, certes ; il a cependant l'impression de recevoir des reproches et par Merlin, qu'il déteste ça.

― Je vais chercher une potion de sommeil.

C'est un repli peu glorieux qu'il effectue jusqu'à sa salle de bain. Mais il refuse de voir son petit frère se faire découper le bras. Rien que l'idée qui s'installe dans son cœur le fait trembler ; la nausée règne en maîtresse sur son ventre. Il se roule en boule sur le carrelage froid, glisse ses mains dans ses cheveux en pagaille. Des larmes tombent sur les tomettes d'argile, alors que ses doigts s'accrochent à ses boucles.

Il aurait dû partir avec Regulus avant qu'il ne soit marqué, avant que leurs parents ne le poussent dans les rangs de ce dégénéré. Maintenant, pour se libérer de lui, il est obligé de se libérer en même temps de son avant-bras. Il sait que cela aurait pu être pire, qu'il peut avoir une vie tout à fait convenable, mais ça le secoue, ça le tue.

La rationalité n'a plus d'emprise sur lui.

Une ombre sur le sol. Belanaris semble bien décidé à ne pas le laisser fuir la situation.

― Tu ne l'aideras pas en pleurant sur ton sort. Allez, c'est pas un comportement de Gryff', ça, relève-toi. J'ai besoin de toi. Je ne réussirais pas bien le sort de découpe et tu le sais.

― Comment peux-tu me demander d'amputer mon petit frère ?! hurle finalement Sirius, toutes ses émotions se mélangeant pour mieux exploser.

― Comment peux-tu me demander de le laisser mourir parce que tu as peur ?

Leurs regards se croisent, noir contre gris. Et le plus jeune lit toute l'horreur que la situation inspire à Belanaris, sa terreur qu'il ne prend même pas la peine de cacher pour le secouer. Ils sont deux à souffrir de la situation et égoïstement, Sirius a pensé qu'il était le seul. Il s'est laissé trompé par le sang-froid de son cousin et il baisse à nouveau la tête, penaud.

― Tu as besoin d'un peu de temps ?

La voix de son cousin se radoucit, souvenir de jours plus heureux où ils jouaient à cache-cache alors que les adultes discutaient de sujets importants. Sirius inspire, tremble, ses doigts serrés à s'en arracher les cheveux. Il a le cœur au bord des lèvres et un typhon chevillé au ventre. Belanaris lui en demande trop. Il n'est pas seulement terrifié à l'idée de défigurer son petit frère : il lui demande de lever la main sur lui, ou plutôt sa baguette. Et tout son corps se rebelle à cette idée. Il ne veut pas devenir ses parents ; il ne veut pas lui faire du mal.

― Parfois, il faut choisir entre la peste et le choléra. Nous ne sommes plus des enfants, Sisi, tu ne peux pas protéger Reg de tout. Surtout pas après l'avoir abandonné derrière toi. Il est trop tard pour ta bonne conscience.

― Quoi, tu te mets à me reprocher mes actions ?

La colère est plus facile à supporter que la peur, alors Sirius se déchaîne sur son cousin, qui reste pourtant impassible, accoudé au chambranle de la porte. Ses yeux noirs sont fixés sur lui, et la pièce est trop petite pour que le Gryffondor puisse y échapper.

― Je comprends pourquoi tu l'as fait. Je ne suis pas bien placé pour t'en vouloir. Mais... Soit on l'ampute et il n'a plus de marque, soit Voldemort le tuera. Avec mon Alter, je peux soigner la plaie pour qu'il n'y ait aucune séquelle de l'opération.

― À part un morceau en moins ?

― Tu trouves que le moment est bien choisi pour faire de l'esprit ?

― Alors… Il est pas assuré... que j'devienne un fantôme... non plus…

La faible voix s'élève du salon et les deux hommes sursautent, avant de s'y précipiter. Regulus est adossé contre l'arrière du canapé, le visage en sueur et rouge, encore noyé de ses larmes. Belanaris jure, son sort visiblement pris en défaut par le temps, avant de s'accroupir auprès du plus jeune. Les effets de la potion semblent s'être aussi estompés et Sirius passe d'un pied sur l'autre, n'osant affronter le regard de son petit frère.

Ce n'est pas ainsi qu'il a imaginé leurs retrouvailles.

― Sisi… Arrête de jouer au con… Et fais-le. S'il te plaît.

Regulus tousse, sa respiration visiblement erratique. Il tente de lever sa main vers sa poitrine, mais échoue ; le geste lui demande trop d'efforts. Belanaris commence à lui chuchoter des questions, auxquelles le jeune homme répond par un simple hochement de tête. Et Sirius se retrouve au pied du mur.

Son petit frère les a entendus. Son petit frère lui demande de lui couper l'avant-bras lui-même. Une partie de lui hurle qu'il n'est pas en état d'avoir un raisonnement cohérent, qu'il ne devrait pas l'écouter ; mais il sait pertinemment que si cela rejoint l'avis de Belanaris, il ne peut pas faire la sourde oreille. Il ne peut pas juste détourner les yeux, aussi terrifié soit-il, en espérant que les problèmes se résoudront d'eux-mêmes.

― Et je suis censé être le Gryffondor au milieu de serpents, souffle-t-il pour lui-même.

Il se dirige de nouveau vers la salle de bain, sort une potion de Sommeil de son placard, avant de retourner au salon. Sa main tremble lorsqu'il la tend sans un mot à Belanaris, qui s'en saisit avant d'aider Regulus à la boire.

― Si tu trembles, la coupe risque de ne pas être nette.

Parfois, Sirius envie la capacité de détachement de son cousin, même s'il sait qu'elle est plus dû à l'environnement dans lequel ils ont grandi qu'à un trait de caractère naturel. Pourtant, lui ne l'a définitivement pas acquise, incapable d'endurer en silence. Il le regrettait presque à cet instant, où la vie de Regulus est au bout de sa baguette.

Il inspire, expire, chasse ses réflexions. Il ne peut pas se permettre de penser, ou il risque à nouveau d'hésiter.

Belanaris allonge Regulus sur le drap, le rassure le temps que la potion fasse effet. Il sourit, masque ses émotions mieux que certains Sang-Purs. Sirius se rend compte qu'il ignore à quoi ressemble sa vie depuis qu'il est exilé. Doit-il toujours porter ce masque souriant pour soigner les blessés, rester doux et calme alors qu'il a envie de hurler ? D'ailleurs, il remarque seulement maintenant que les doigts de son cousin sont vierges de ses bagues. Il a dû les ranger dans ses poches, même s'il se demande bien pourquoi.

Sirius n'arrive pas à cesser de réfléchir, en fait, alors il se concentre sur tout, sauf sa tâche à venir.

― Hey, le cabot, viens.

La voix de Belanaris tremble légèrement. Sirius sent sa tension rien qu'au surnom peu flatteur. Peu savent qu'il est un Animagus, mais son cousin en fait partie et il ne l'appelle comme ça que lorsqu'il a peur. Il se souvient de la dernière fois où il l'a entendu de sa bouche, leurs dernières minutes ensemble avant qu'il ne quitte l'Angleterre.

C'est à son tour de poser sa main sur son épaule alors qu'il s'agenouille à ses côtés, tire sa baguette. Il puise son courage dans la présence de son cousin, lance le sort, ferme les yeux alors que le drap se teinte de rouge sombre.

Il a l'étrange sensation de se sentir à la fois vide et d'avoir pris la bonne décision.

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Sirius tire la valise derrière lui, à bout et tremblant. Calé du mieux qu'il peut contre lui, Harry dort, pour l'instant, après le long trajet en avion. Il sait qu'il a perdu trop de temps, qu'il ne retrouvera pas ce sale rat. Mais il a refusé de laisser son filleul aux mains de Hagrid ; peu importe le feu brûlant dans ses veines, il doit d'abord mettre le bébé à l'abri.

Le pansement sur la cicatrice qui orne désormais le front de l'enfant se teinte de rouge depuis quelques trop longues minutes. Il prie pour que son frère soit là, qu'il puisse lui ouvrir sa porte et le laisser s'écrouler de fatigue, après avoir pris soin de Harry. Il ne sait même pas comment ses pieds arrivent encore à le porter. Peut-être aurait-il dû aller frapper chez Belanaris, mais il craint que son métier de héros ne dessine une autre cible sur son filleul.

Le Gryffondor fait légèrement léviter sa valise, monte les escaliers de la résidence où son frère a refait sa vie, mort aux yeux des Mangemorts. C'est presque drôle de savoir que leur cousin renié protège mieux le benjamin de la famille Black que leurs propres parents. Arrivé au bon étage, il annule son sort, haletant sous l'épuisement qui le gagne de plus en plus ; il se traîne jusqu'à la porte de l'appartement de Regulus, sonne. Seul le silence lui répond et il prie tous les mages connus en recommençant.

Ses nerfs lâchent quand Harry se réveille et se met à pleurer contre sa poitrine, sans doute affamé.

― Putain de merde !

Ses joues se tâchent de larmes rageuses, alors qu'il se laisse glisser au sol pour bercer son filleul, espérant le calmer. Mais même la peluche de chien qu'il tient si fort entre ses petits doigts potelés et sa berceuse préférée ne suffisent pas.

Soudain, une phrase en japonais lui parvient. Il lève la tête, croise le regard d'une jeune femme sur le palier d'à côté, un sac de courses à la main et se triturant les doigts. Merlin n'aurait aucune pitié de lui ; nul doute qu'il ne doit pas avoir fière allure. Les traits tirés, les yeux cernés, les joues mouillées de larmes, les vêtements froissés avec un bébé entre les bras.

― Désolé, je ne parle qu'anglais, s'excuse-t-il avec une grimace, espérant qu'elle comprenne qu'il est un étranger.

― Oh, je, heu, ce n'est pas un problème. Je suis interprète. Avez-vous besoin d'aide ?

Il cligne des yeux, croit presque rêver. Quelles sont les chances de tomber sur une personne parlant anglais au moment où il en a le plus besoin ? Dans ses bras, Harry pleure d'autant plus et Sirius le berce par automatisme, presque déconnecté de son propre corps. Il a l'impression de voir des taches floues devant ses yeux et ses bras sont de plomb.

― Je… Je venais me réfugier chez mon frère.

Il n'a pas envie d'en dire plus. Elle reste une étrangère et surtout, il sait qu'il s'effondrera en sanglots s'il laisse son cerveau s'égarer sur cette voie-là. Seule sa colère le maintient debout depuis son départ de Londres ; seule la colère le pousse depuis plus d'une demi-journée à trouver le meilleur refuge pour son filleul.

S'il se laisse aller à la tristesse et à la douleur, il n'y aura personne pour Harry.

― J'imagine que vous et le petit n'avez pas eu le temps de manger ? Entrez, le temps que votre frère soit là.

La voix de la jeune femme est douce, apaisante. Sirius a envie de fermer les yeux et de s'endormir sur le palier bétonné, mais les cris de Harry l'en empêchent. Une partie de lui, à vif avec la guerre, lui hurle de ne pas faire confiance à la jeune femme ; l'autre est apathique, comme morte. Il veut simplement mettre Harry en sécurité et s'effondrer ensuite.

Une ombre le recouvre, une main se pose sur son front. Il se rend compte qu'il a fermé les yeux lorsqu'il doit soulever les paupières. La jeune femme a l'air soudain paniquée et retire brutalement sa main, avant de balayer ses bras dans tous les sens, comme les hélices d'un hélicoptère. Un rire aigre lui échappe, tandis que son filleul cesse soudain de pleurer. ce dernier tend ses petites mains vers l'étrangère et le cœur du Gryffondor s'écrase dans sa poitrine quand il demande d'une petite voix :

― Mama ? Où, Mama ?

Sirius comprend. La jeune femme a des iris verts semblables à ceux de Lily. Un sanglot noue sa gorge. Il ne peut pas. Il ne peut pas dire à l'enfant dans ses bras que sa mère est partie. Rien ne l'a préparé à l'abîme qui s'ouvre en lui, le déchire comme une feuille de papier humide. Il plaque une main sur sa bouche, alors que sa peine monte, comme un tsunami prêt à s'abattre sur son cœur.

Il ne peut pas s'écrouler maintenant. Il n'a pas le droit.

― Je crois que vous aurez besoin de plus de thé que prévu.

Sans trop savoir comment, Sirius finit par se retrouver dans le canapé de la jeune femme, un bébé nourri et endormi contre sa jambe Harry n'a pas de nouveau réclamé ses parents, sans doute rassuré par sa présence familière. Mais viendra le temps des questions monolexicales, des grands yeux émeraude dans le déni et des hurlements.

L'adulte se perd dans sa tasse de thé, le tube de paracétamol encore bien en évidence sur la table.

― … Merci.

Sa voix est rauque, presque brisée par ses larmes retenues, mais il n'en a plus grand-chose à faire. Son esprit semble s'éclaircir sous l'action du médicament moldu et la vague a reflué, pour l'instant. Elle s'abattra au moment où il s'y attendra le moins, mais il n'est pas encore en sécurité, près de son frère. Il ne peut pas craquer.

― Comment s'appelle votre fils ?

Un coup de couteau dans sa poitrine. Sa main lâche la tasse qui lui brûle presque les doigts, la pose sur la touffe noire qui promet un nid d'oiseau comme la chevelure de James. Une boule se forme dans sa gorge alors qu'il répond :

― Filleul. Harry.

Il n'est même pas en état de faire une phrase complète, mais son hôte ne paraît pas s'en offusquer. Au contraire, elle se répand en excuses, s'inclinant presque à se taper la tête contre le bois de la table. Il fait un geste vague de la main pour signifier que ce n'est rien, boit une gorgée de thé les mains tremblantes.

En soit, elle n'a pas tort. Il va devoir remplacer James auprès de Harry et oh, Merlin, il n'est pas prêt pour ça, il n'est pas prêt pour les responsabilités qui lui incombent.

― Hari ? C'est joli comme prénom.

Bien malgré lui, Sirius esquisse un sourire maigre. La consonance est proche, mais la jeune femme semble avoir transformé le r du prénom du petit garçon en l. En dépit de son accent, elle reste pourtant très compréhensible, au point qu'il en a presque oublié qu'elle est japonaise. D'ailleurs, il ne connaît même pas son nom. Lorsque Regulus sera là, quand il aura laissé le tsunami l'écraser sous le chagrin, il devra la remercier comme il se doit pour son accueil.

― Je m'appelle B... Kuro Sirius.

Il se rattrape de justesse, se rappellant le nom qu'a pris son frère ici. Même s'il n'a pas l'air japonais, il lui semble qu'il a inventé une histoire de métissage et d'une envie de découvrir le pays natal de son père. Il ne sait plus, mais est-ce vraiment important aujourd'hui ? Il doute que la jeune femme lui pose la moindre question à ce sujet. Elle a l'air paniqué à peine touche-t-elle un sujet fâcheux.

― Je suis Midoriya Inko, Kuro-san. Je, heu… Vous devriez boire votre thé avant qu'il ne refroidisse, vous savez.

― Je suis désolé, je dois faire peine à voir.

― Oui, enfin non, bien sûr, c'est compréhensible…

Elle rougit, s'emmêle les pinceaux, agite ses bras en tous sens. Sirius la voit percuter sa tasse et l'objet se renverser, mettant du thé partout. Elle a au moins le réflexe de reculer, lui évitant de se brûler. Machinalement, le sorcier repose sa propre tasse, sort sa baguette, murmure un sortilège pour faire disparaître le liquide. Il la range dans le holster à sa hanche, croise le regard mi-terrifié mi-fasciné de la japonaise.

Aussitôt, il se maudit. Même si la société sorcière a été révélée aux Moldus alors que les Alters se répandaient de plus en plus, ils vivent encore à l'écart de la société, retardés même technologiquement parlant, avec la crainte grandissante que ceux sans magie n'essayent un jour de leur mettre la main dessus.

Sirius a toujours pensé que la magie n'est qu'une forme de mutation comme les Alters et que les sorciers devraient plutôt faire partie intégrante du monde, mais ce n'est pas un courant de pensée majoritaire, malgré les générations passées, d'un côté comme de l'autre. La magie inquiète autant qu'elle fascine et il lève aussitôt les mains bien en vue de son hôte.

― Je n'utiliserai pas ma magie contre vous. C'est… C'est comme un Alter, en fait. Vous n'utiliseriez pas le vôtre contre des êtres humains, non ?

― Non… Mais j'imagine que ça doit être pratique quand on est maladroit.

Sirius cligne des yeux, surpris par la réflexion de son hôte. Sa gorge le démange, alors qu'il songe à tous les sorts de magie noire qu'il a vu toucher ses amis, ses collègues de l'Ordre, à tous les sorts de magie blanche qu'il a détournés pour défendre sa vie ou pour libérer son frère de sa servitude. Une boule se forme dans sa trachée. Quelques années auparavant, il aurait sans doute ri de cette vision innocente, l'aurait peut-être même partagée.

― On… peut voir les choses comme ça.

Sa voix déraille malgré lui, sa main tremble. Il la passe devant son visage, alors que ses larmes se remettent à couler. Il n'arrive plus à considérer la magie comme une belle chose, pas alors qu'elle a pris la vie de son meilleur ami et de sa femme, qu'elle a rendu son filleul orphelin.

― Je, heu… Je me mêle sans doute de ce qui ne me regarde pas et je m'en excuse d'avance, mais… Ce n'est pas de la faute de la magie, vous savez. Quoi qu'il soit arrivé aux parents de votre filleul.

Sirius renifle misérablement, passe ses doigts sur ses joues avant d'observer Inko. Elle tord le bas de son t-shirt entre ses doigts, mais son regard vert est étonnamment sérieux. A-t-elle deviné, à partir de son état et de ce qu'il a pu dire, les grandes lignes de la nuit passée ? Ou était-ce il y a deux jours ? Il n'a plus la notion du temps, entre le décalage horaire et les nuages qui embrument son esprit.

― Que… ?

― Que ça soit la magie ou les Alters… Ce qui compte, c'est ce qu'on en fait. C'est comme un couteau. Est-ce que vous cesseriez d'en utiliser si le responsable avait poignardé les parents de ce petit ? Est-ce que vous les blâmeriez tous ?

― … Vous auriez un couteau à beurre ? Que je le blâme en personne ?

Le sorcier n'est pourtant pas en état de plaisanter et sa voix craque au lieu de sonner taquine. Mais la blague est venue toute seule, comme une bouée pour empêcher ses larmes de se remettre à couler. Inko lâche un rire étranglé, paraît aussitôt gênée. Il s'oblige à sourire pour la détendre, reprend la tasse de thé pour mieux s'y noyer.

Elle n'a pas tort. S'il veut blâmer quelqu'un, il a un coupable tout désigné, un coupable qu'il a laissé s'échapper pour s'occuper de Harry. Il avait l'intention de partir à sa poursuite après avoir confié son filleul à son frère, mais si la colère brûle toujours, il sait au fond que la partie est perdue d'avance. Ce sale rat doit être déjà loin, ou planqué sous sa forme Animagus. Lily lui hurlerait dessus pour chasser des fantômes plutôt que de s'occuper de son fils.

Le bruit d'une porte qui s'ouvre dans un appartement à côté le fait sursauter, alors qu'Inko se relève doucement.

― Ce doit être votre frère. Finissez votre thé, je vais le prévenir de votre présence.

Sirius l'observe se diriger vers la porte, quittant ses chaussons pour enfiler ses chaussures et sortir. Il prit une gorgée de thé, se laissant retomber dans le dossier du sofa. Il ferme les yeux, écoute le son de la respiration de Harry et la sienne. Inko lui paraît être une lumière dans le brouillard dans son esprit. Il se sent mieux. Pas bien, mais mieux. Sa colère semble être devenue des braises frémissantes et sa douleur a reflué.

Peut-être n'éclatera-t-il pas immédiatement en morceaux dans les bras de Regulus.

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Sirius se sent étrange en posant des lampions colorées devant les portes de l'appartement qu'il partage avec son frère et Harry. Il n'est toujours pas certain de bien faire en participant au festival Obon ; après tout, il n'est qu'un étranger dans le quartier. Mais Inko, Masaru et sa femme Mitsuki, ou tant d'autres voisins du quartier l'ont poussé à participer. Tous savent plus ou moins qu'il s'occupe de Harry - ou Hari désormais, comme le prononcent les Japonais - car ses parents sont décédés et qu'il en a la garde.

Il a encore des cheveux blancs de l'annonce des Gobelins de Gringotts. Le Ministère de la Magie anglais et Dumbledore ont tenté de faire sauter sa tutelle, soi-disant pour mettre Harry en sécurité, comme si Sirius est incapable de s'en occuper et de le protéger. Aucun journaliste ne les a encore retrouvés, preuve qu'il s'en sort avec brio. Et son filleul grandit bien, malgré l'absence de ses parents.

Le sorcier a encore ses pleurs qui tintent dans ses oreilles, ou ses cauchemars qui réveillent tout l'appartement. Il devrait sans doute voir un psychiatre ou un pédiatre, ou quelque chose du genre, mais il craint ne pas trouver une personne introduite au monde sorcier. Belanaris essaye de faire jouer ses contacts, mais cela prendra du temps. Il se découvre une patience insoupçonnée depuis qu'il s'occupe de Harry.

Alors vous vous êtes décidé à participer, Kuro-san ?

Oui, Midoriya-san.

Sirius sait que son japonais est des plus hésitants ; il a souvent besoin de l'aide de sa voisine ou de son frère pour sa compréhension. Mais le sourire de cette dernière quand il fait des progrès vaut bien toutes les difficultés. Inko est devenue une amie, un soutien dans ses démarches administratives ou même dans la vie de tous les jours. Il ne peut pas toujours déranger Belanaris ou Regulus, après tout.

Une petite main se saisit de son pantalon, tire sur le tissu pour attirer son attention. Il baisse la tête ; Harry bâille à s'en décrocher la mâchoire, sa peluche de chien et une fleur précieusement serrés contre lui. L'adulte devine que Regulus a fini de fleurir l'autel à la japonaise, érigé pour la famille Black et Potter. Il a longtemps hésité à intégrer Harry dans la culture japonaise qu'il connaît mal, mais l'enfant de désormais trois ans grandira dans le pays. Il finira de toute façon par s'en imprégner, alors il vaut mieux les lui faire connaître le plus tôt possible, avec l'aide d'Inko et des autres voisins.

Hari-kun, bonjour ! Comment vas-tu ?

Inko s'accroupit devant l'enfant qui lui rend la salutation, un sourire venant illuminer son visage. Sirius bénit la chance qui a mis une telle voisine sur son chemin, aussi gentille et compréhensive. Elle lui fait penser à Mary parfois, en plus timide et moins prompte à lui fracasser le nez. Et en beaucoup moins morte.

Je pensais aller nous promener en ville. Est-ce que vous voulez nous accompagner, Midoriya-san ?

Oh, non, je suis désolée, mon mari rentre aujourd'hui !

Sirius s'en rappelle soudain. Il en oublie presque parfois que sa voisine est mariée, vu que son époux est souvent par monts et par vaux pour son travail. Il ne l'a d'ailleurs jamais rencontré en personne et il ne se souvient même pas de son secteur d'activité. Ce n'est pas le genre de choses qu'il garde en mémoire.

Alors passez une bonne journée, Midoriya-san, je vous promets que mon frère ne viendra pas vous embêter ce soir pour quoi que ce soit.

Regulus ferme la porte de l'appartement avec un rire, tandis que son aîné lui tire la langue. Harry lâche alors son pantalon pour venir s'accrocher à la veste d'été de Regulus, du côté où son avant-bras manque. Encore aujourd'hui, les remords tenaillent Sirius. Il aurait pu l'empêcher de suivre le mauvais chemin s'il était partie de la maison avec lui, ou s'il était resté, il aurait pu...

Mais il pourrait refaire sa vie entière et éviter toutes ses erreurs avec des si, alors il préfère ne pas y penser.

Ce soir ?

La voix masculine inconnue derrière eux fait sursauter Sirius. Instinctivement, ses doigts se portent vers sa baguette, dissimulée sous sa veste en cuir. Regulus l'arrête de sa main libre, lui lance un regard d'avertissement, avant qu'ils ne se tournent tous les deux vers le nouveau venu.

Le sorcier renifle, tousse en mettant sa bouche dans son coude. Ses yeux sont écarquillés sous la surprise, alors que l'odeur d'herbes et de poudre assaille son nez, plus fin à cause de son Animagus. Il pressent que Inko leur a menti et le regard rapide qu'il lance dans sa direction le conforte dans son avis. Sa voisine a un sourire de façade sur son visage et le même regard que lui lorsqu'il devait affronter les punitions de sa mère. Elle triture nerveusement le bas de son t-shirt, à l'en froisser.

Regulus semble avoir pressenti les ennuis aussi, car il s'incline devant l'homme en costard, qui tient un bouquet de roses. Sirius n'aime pas son regard sombre où la colère brûle, ni ses mains larges qu'il aperçoit.

Enchanté, nous sommes les voisins de votre épouse. Mon frère demande parfois de l'aide à Midoriya-san pour la cuisine ou les traditions du Japon, comme la fête d'aujourd'hui. Nous voulons que notre pupille puisse grandir ici sans ressentir de décalage.

Le japonais de son frère est définitivement bien meilleur que le sien et il paraît sauver la situation ; mais Sirius connaît cette lueur dans le regard noir de l'inconnu. La même que celle qui brillait dans les yeux de James ou les siens quand ils se vengeaient de Severus. Un poids tombe sur son ventre ; il ne veut pas laisser sa voisine à la merci de son époux.

Peut-être se trompe-t-il, peut-être est-ce juste une mauvaise impression ; le sorcier ne se pardonnerait cependant pas de n'avoir rien fait si les choses tournent mal. Pourtant, son cadet ne lui laisse pas le choix. Il le tire par la manche, désigne d'un signe de tête Harry, que la tension qui grésille dans l'atmosphère rend visiblement mal à l'aise. Sirius se mord la lèvre, jette un dernier regard d'excuses à Inko, avant de saisir son filleul sous ses aisselles pour l'installer sur ses épaules.

C'est presque si Regulus ne le tire pas loin des retrouvailles qui risquent de se transformer en cauchemar.

― Siri, on ne peut rien faire pour l'aider. Pas sans preuves.

Bien sûr que son cadet essaye de le raisonner. C'est lui le Serpentard, le stratège de la famille ; si Sirius est doué, il est cependant bien trop impulsif pour réfléchir sur le long terme. Il veut agir maintenant, avant que les choses ne tournent au vinaigre.

― Si tu lui défonces le crâne sans preuves, ça s'appelle un assassinat. Et Harry n'a pas besoin d'un père en prison.

― Pas devant lui, siffle aussitôt l'ancien Gryffondor.

― Quoi vous parlez ? demande l'enfant en entendant son prénom.

― De pas grand-chose, Harry. Prêt à découvrir le festival ?

Sirius cache son mal-être derrière un sourire lumineux, comme lorsqu'il rentrait des vacances à Poudlard et qu'il devait cacher les punitions de sa très chère mère. Pourtant, tout au long de l'après-midi, il n'a pas le cœur à s'amuser, craignant le pire pour Inko. Il fait bien illusion pour les voisins du quartier, pourtant, sauf aux yeux de Regulus. Ce dernier ne le lâche pas du regard, comme s'il craint qu'il ne rentre à l'appartement avec Harry sur les épaules pour veiller sur leur voisine.

Lorsqu'enfin, Harry s'assoupit sur ses épaules, Regulus consent à rentrer. Mais Sirius sait pourtant qu'il l'empêchera de faire quoi que ce soit. Et au fond, il se doute qu'intervenir ne ferait sans doute qu'empirer la situation. Il a un petit garçon à protéger et, à moins de se débarrasser définitivement du mari d'Inko, le retour de flammes serait terrible. Il en a une idée à partir des vengeances entre Severus, James et lui ; chaque propos, chaque geste ne fait que s'ajouter au précédent pour alimenter le conflit.

Pourtant, lorsqu'ils arrivent sur le palier, le rire d'Inko s'entend même à travers la porte, claire et authentique. Un nœud se dénoue dans le ventre de Sirius, alors que Regulus lui adresse un sourire narquois.

Il est heureux d'avoir eu tort, pour une fois.

.

.

Le bruit sourd réveille Sirius en sursaut. Il a perdu son sommeil de plomb pendant la guerre et le moindre son un peu fort le tire de sa léthargie. Est-ce Harry qui a fait un cauchemar et s'oriente dans l'appartement sans allumer la lumière pour venir le réveiller, ou est-ce autre chose ? Lentement, il se redresse dans son lit, tâtonne pour allumer sa lampe de chevet. Le bruit sourd se réitère et son ventre se noue en entendant du verre se briser.

Un cri de douleur étouffé et il est debout, sa baguette posée auparavant sur son chevet en main. Il se rue dans le couloir, en pyjama débraillé, ferme les yeux pour trouver la source du vacarme. Il espère presque que ce n'est que Harry ou Regulus qui a fait tomber un verre et s'est légèrement coupé ; son sang se glace quand il se rend compte que d'autres bruits étouffés lui parviennent de l'appartement voisin.

Il aurait dû se douter que sa première impression de l'époux d'Inko était la bonne. Hors de question de rester sans rien faire.

Il cherche à tâtons ses clés dans le noir, jure, incante un Accio pour qu'elles tombent dans le creux de sa main. Il déverrouille la porte de l'appartement, se traite d'imbécile en songeant qu'il aurait pu utiliser un Alohomora, avant de se ruer à l'extérieur

― Sirius, qu'est-ce que tu fous ?! résonne dans son dos.

Il ne se soucie guère de son frère, chuchote le sort qu'il aurait dû utiliser sur sa serrure sur celle d'Inko - pourvu qu'il n'arrive pas trop tard - et pousse la porte. Le hall est désert, mais il entend les supplications de sa voisine. Il a un flash de lui suppliant sa mère de lui pardonner sa bêtise, le souvenir d'une claque sur sa joue ; il secoue la tête pour se reprendre, parcourt le vestibule jusqu'au salon.

La scène le fige. Inko est recroquevillée dans un coin de la pièce, le visage en sang derrière un bras érigé en maigre barrière, l'autre sur son ventre. Son mari la surplombe, une bouteille fracassée dans la main. Le sang de Sirius ne fait qu'un tour et ses réflexes développés sur le champ de bataille le font réagir dans la seconde qui suit.

Expelliarmus ! Repello !

La bouteille brisée échappe des mains de l'homme, qui est violemment repoussé contre le mur dans un craquement sinistre. Sirius lève la main pour attraper la bouteille par le goulot intact, la pose ensuite sur la table. Inko baisse les bras en tremblant, dévoilant de grands yeux larmoyants, tandis que Regulus débarque à son tour dans l'appartement.

― Par la barbe de Merlin, hoquette-t-il.

Incarcerem, souffle Sirius, les yeux brillants de rage, la baguette tournée vers le bourreau de son amie.

Des lianes apparaissent et entourent le Moldu qui semble sonné, mais trop de précautions valent mieux qu'aucune ; il se rapproche avec douceur d'Inko, se baisse à sa hauteur. Il déteste les blessures à la tête, ce sont celles avec le plus de complications. Mais au moins, elle est toujours consciente, bien que terrifiée.

― Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Il… Je…

Elle hoquette, plaque ses mains sur sa bouche pour étouffer ses sanglots. Le sorcier hésite un bref instant, avant de la prendre par la main pour l'inciter à se relever et, lentement, l'amener à s'asseoir sur le sofa. Du regard, il voit Regulus s'approcher du Moldu pour poser deux doigts sur sa gorge.

Il retourne ensuite à l'examen de la plaie, attire d'un sort un torchon de cuisine pour venir délicatement le compresser sur la blessure qui saigne encore. Il sent Regulus se glisser dans son dos, lui chuchote à l'oreille :

― Il est en train de mourir. Qu'est-ce qu'on fait ? Je ne suis pas certain de pouvoir le maintenir en vie avec la magie, même si je le voulais.

Mourir ?

Inko l'a entendu. Regulus jure et Sirius se crispe. Il sait qu'il devrait se sentir mal, mais son inquiétude pour sa voisine anéantit tout remord. Ce salopard l'a cherché, il ne pleurera pas sur son sort. Il sort cependant de ses pensées quand la blessée les regarde soudain tous deux d'un air à la fois effrayé et déterminé. Elle commence à secouer les bras, comme pour les faire partir de son chez-elle.

Je dirais que c'est de la légitime défense, rentrez, Hari-kun sera tout seul si vous allez en prison !

À moins que personne ne sache à part nous trois, déclare Regulus.

Sirius échange un regard avec lui, même s'il n'en a presque pas besoin. Il se doute de ce qu'il a l'intention de faire. Même si les Mangemorts n'ont pas pour habitude d'être discrets, son petit frère a déjà dû faire disparaître des cadavres pour faire augmenter la peur dans le camp de la lumière.

Aussi terrible soit cette certitude, Regulus est le plus à même de faire disparaître le presque mort sans que la police ne puisse remonter jusqu'à eux.

― Fais ce que tu as à faire.

Mais vous allez vous faire prendre, je refuse, Hari-kun a déjà perdu…

Sirius pose sa main libre sur l'épaule d'Inko, l'oblige à le regarder dans les yeux. Elle n'a pas conscience de ce que leur permet la magie, réalise-t-il. Il est tellement habitué à ses prouesses qu'il ne se pose même plus la question ; il sait que Regulus a toutes les cartes en main pour réussir.

Personne n'ira en prison. Cependant, je vais devoir appeler les secours pour votre blessure à la tête, j'ignore comment les sorts de soins réagiront sur une personne avec un Alter.

Elle sursaute quand le craquement caractéristique du transplanage retentit, écarquille les yeux. D'un regard derrière lui, Sirius s'aperçoit que son frère est parti avec le corps, laissant quelques traces de sang sur la peinture. Il les pointe de sa baguette, murmure Tergeo pour faire disparaître les preuves compromettantes, tout laissant les traces de sang de Inko sur l'autre portion de mur. Sous les yeux de la blessée, tout ce qui pourrait laisser suggérer que son mari a été grièvement blessé dans son appartement disparaît.

Un autre craquement, et le sorcier cligne des yeux lorsque celui qu'il a encastré dans le mur apparaît devant lui, avec l'avant-bras gauche manquant. Inko lâche un petit cri, avant qu'il ne prenne la parole avec la voix de Regulus.

― Il était encore en vie, alors j'ai pris du Polynectar pour prendre son apparence. Je sors avec perte et fracas, je m'éloigne et ensuite, disparition de ce connard.

― Tu avais du Polynectar depuis tout ce temps et tu ne m'as rien dit ?

― Ma situation m'oblige à la prudence, frangin, rappelle sèchement son cadet.

Vous êtes sûrs de vouloir m'aider ?

La voix de leur voisine est faiblarde et elle semble plus pâle. Sirius doit vraiment appeler les secours dès que Regulus, sous l'apparence du mari d'Inko, sera sorti de l'appartement. Ils échangent un regard et aussitôt dit, aussitôt fait. Si tout le voisinage n'est pas au courant de son départ malgré l'heure tardive, il veut bien manger des croquettes pour chien à son prochain déjeuner.

Le sorcier demande finalement à la femme de compresser elle-même, le temps de prévenir les secours. Il revint ensuite vers elle, reposant à nouveau ses doigts à la place des siens pour maintenir le torchon.

Nous n'allions pas laisser tomber notre si chère voisine. Hari-kun serait très triste si vous alliez en prison.

Mais il a plus besoin de vous…

Inko pose ses mains sur son ventre, le caresse les yeux dans le vague. Soudain, un doute terrible prend Sirius. Il l'a vue protéger son ventre face à son époux, bien plus que son visage. Il reconnaît cette façon presque instinctive de protéger un enfant à naître ; Lily avait les mêmes réflexes. Doucement, il s'assoit à ses côtés, sans cesser de compresser la plaie.

Je crois que quelqu'un d'autre a aussi besoin de vous.

Il n'en veut... n'en voulait pas et je m'en suis rendue compte trop tard pour avorter. Alors il a explosé quand je lui ai dit. Comment je vais faire…

Un nouvel hoquet lui échappe, alors que ses joues se noient sous de nouvelles larmes. Sirius se sent mal à l'aise. Il ne sait pas gérer les larmes, toutes ses anciennes conquêtes lui ont reproché. Mais il se soucie bien plus d'Inko que d'elles ; il veut lui assurer son soutien, lui assurer que Regulus et lui seront là à chaque étape.

La maman de Hari-kun… Je l'ai plus ou moins supporté tout du long de sa grossesse, on était comme frères avec son époux. Je serais là pour vous épauler, Mid… Inko-san.

Il ne veut pas prononcer le nom de l'homme qui aurait peut-être tué sa femme et son enfant à venir s'il n'était pas intervenu. La femme à ses côtés tressaute, ouvre de grands yeux ronds, avant de rire nerveusement.

Ça ne se fait pas au Japon d'appeler les autres par leur prénom, Kuro-san.

On va dire que ça passe parce que je suis anglais ? réplique-t-il alors, cabotin.

Le rire d'Inko s'amplifie avant de se transformer en crise de larmes, tandis que les premières sirènes retentissent dans la nuit noire.

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Voilà, n'hésitez pas à laisser une review, que ce soit positif ou négatif, que je puisse reprendre si besoin ^^

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Merci et à peluche pour la suite (qui j'espère sortira dans pas trop longtemps ^^')