Bonjour bonjour !

Ceci est un recueil faisant écho au sixième OS du recueil Fedora no Katakuri, parce que beaucoup m'ont demandé plus de Camille avec Katakuri.

Et comme c'est entre le fluff et le un peu triste parfois, c'est parfait pour mon état émotionnel.

Donc, du tranche de vie/amitié entre ces deux-là, santé !

Disclaimer : à part Camille, tout appartient à Oda


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#01

Une promesse

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Katakuri observe l'enfant qui se bat avec un bâton contre un des rares arbres inanimés de la pointe de l'île, sans chercher à se cacher. À vrai dire, il l'aurait sans doute ignorée si les cheveux noirs bouclés et la peau mate ne lui rappelaient pas la gamine-fourmi qui a osé le déranger une fois avant sa Merienda. Il est surpris de la voir ici plutôt qu'aux cuisines. Il a enquêté sur elle, par curiosité ; jusqu'alors, depuis l'arrivée de ses parents sur l'île, elle n'a jamais montré d'autre envie que suivre le chemin tracé par sa famille.

Il n'ose cependant l'interrompre, de peur de l'effrayer. Il se souvient encore de son regard noisette écarquillé lorsqu'elle a dû s'expliquer pour le vol de donuts. Enfin, ce n'était pas tant un vol qu'une tentative pour récupérer ce qui n'aurait jamais dû sortir des cuisines en premier lieu. Elle a l'air adorable de ses petites sœurs, à vrai dire, lorsqu'elle ne tremble pas de fatigue et d'effroi.

Il songe qu'elle n'a pas dû se faire beaucoup d'amis parmi les enfants de l'île. Elle dépasse déjà les deux mètres alors qu'elle n'a que douze ans. Il sait que sa mère est grande, mais cela ne rend pas pour autant les choses plus simples. Les enfants sont les êtres les plus virulents et méchants qu'il connaisse ; sans doute l'ont-ils mise à l'écart parce qu'elle rendait leurs jeux compliqués.

― Aaaaah, Katakuri-sama, depuis quand vous êtes ici ? Je suis désolée, j'étais trop absorbée pour m'apercevoir de votre présence !

Il hausse un sourcil alors que l'enfant sursaute, se met à bégayer en cachant son bâton derrière elle. Son visage, constellé de taches de rousseur, est encore trop rond pour la confondre avec une adulte malgré sa taille. Elle paraît se dissimuler derrière sa mèche bouclée qui retombe sur son nez, passe d'un pied sur l'autre, visiblement intimidée.

Katakuri ne la blâmera certainement pas de s'être écartée de la ville ; il n'est pas son père, juste le ministre de cette île. Ce n'est pas une zone interdite aux civils, alors elle n'a rien à se reprocher vis-à-vis de lui. Il est tenté de se contenter d'une sèche réponse passe-partout, mais sa curiosité est plus forte.

― Je ne m'attendais pas à vous revoir en dehors des cuisines, Camille-san.

― Je, heu…

La petite fille ne sait plus où se mettre sous son regard et elle creuse un peu plus la terre du bout du pied, avant de relever la tête. C'est étrange comme la peur se mêle au respect et à l'admiration dans les yeux bruns. Elle n'est pas comme ses sœurs, tout bien réfléchi, comme elle n'est pas comme ses détracteurs, enfant. Peut-être craint-elle encore qu'il lui en veuille pour la dernière fois ? À vrai dire, il l'a trouvée plutôt courageuse et responsable. Elle a pris le risque de le mettre hors de lui pour protéger sa mère.

― Pourquoi êtes-vous aussi effrayée ? Je ne mange pas les enfants.

― Je me doute, je ressemble pas à un donut, bougonne-t-elle pour elle-même.

Il hausse l'autre sourcil et elle se met à rougir en comprenant qu'il l'a entendue. Il devrait s'offusquer ; après tout, elle est dangereusement proche des véritables raisons qui le poussent à exiger des donuts à chaque Merienda. Mais ce n'est qu'une enfant. Même s'il a une réputation à entretenir, elle ne serait guère prise au sérieux, et se débarrasser d'elle provoquerait des questions.

― J'attends toujours une réponse, Camille-san.

― Ah, enfin, je… Vous êtes impressionnant, vous savez. Je… Je suis pas à la hauteur des gens qui peuvent vous parler.

Katakuri cligne des yeux, surpris, alors que l'enfant semble vouloir disparaître dans le sol, se triturant les doigts. Ce n'est clairement pas le genre de réponse à laquelle il s'attendait, mais il s'en accommode sans peine. Au moins, il devine petit à petit le caractère de son vis-à-vis. Il pressent que ce n'est pas la dernière fois que leurs chemins se croiseront ; autant savoir le mieux possible comment elle fonctionne.

― C'est vrai qu'il vous manque quelques mètres par rapport à mes interlocuteurs habituels. Ce n'est pas pour autant que vous n'avez pas le droit de m'adresser la parole. Vous l'avez bien fait la dernière fois.

Il esquisse un sourire derrière son écharpe, alors que Camille rougit tant et plus. Cependant, un air de défi traverse ses yeux et il hausse un sourcil, alors qu'elle croise ses bras sur sa poitrine pour le confronter. Il y a toujours une lueur de peur dans les prunelles noisette, pourtant, mais elle passe par-dessus son sentiment pour le confronter. Il ne s'est pas trompé la dernière fois ; elle est bien une enfant courageuse.

― Je ne vous ai pas adressé la parole, mais des excuses. C'est pas la même chose, Katakuri-sama.

― Alors adressez-moi des explications, cette fois. Il semblait que vous vous destiniez à devenir cuisinière. Je ne m'attendais pas à vous trouver ici.

Elle perd soudain de sa superbe, déboussolée par sa demande. Elle lève un doigt, ouvre la bouche puis la referme aussitôt, cherchant ses mots. Une moue agacée traverse son visage, alors qu'elle passe ses doigts dans ses boucles, avant qu'elle n'avoue d'une toute petite voix :

― J'veux plus être cuisinière. Enfin, pas seulement. Je veux vous être utile. Je veux être à votre service. Je veux être plus qu'un visage dans une marée d'inconnus !

À chaque mot, elle semble gagner en confiance, s'épanouit comme une fleur en plein soleil pour accentuer ses paroles par ses gestes. Elle est adorable, mais à vrai dire, Katakuri est ennuyé. Le champ de bataille est tout sauf un endroit où ce genre de résolutions fait long feu et puis, elle le servira mieux en étant cuisinière. Ses donuts étaient surprenants et bons. Ils peuvent même devenir excellents avec la pratique, à vrai dire, et il refuse de s'en priver à l'avenir en la poussant sur ce chemin.

― Et comme ça, vous pourriez partir au combat sans crainte. Votre Merienda serait toujours à l'heure, sans risque que le cuisinier responsable soit blessé.

Katakuri est soufflé alors qu'un sourire fier s'affiche sur le visage de l'enfant. Elle a anticipé son refus comme lui anticipe les actions de ses adversaires en combat. Elle est maligne et culottée. Et le pire, c'est qu'elle a raison. Combien de fois n'a-t-il pas eu son moment de détente à cause d'un incident du genre ? Cette gosse est un démon sous un sourire d'ange, il en jurerait, elle est bien trop informée. Ou alors, elle sait laisser traîner ses oreilles au bon endroit, malgré sa grande taille.

― Je crains que nos adversaires se rient plutôt de vous, vu votre posture.

― Oh. Je… J'ai commencé il y a peu, je vais m'améliorer !

Il y a tant d'enthousiasme et de conviction dans sa voix que Katakuri a envie de la croire. Il a l'impression de se voir, lorsqu'il a juré que plus jamais quelqu'un ne s'en prendrait à un de ses cadets pour l'atteindre. Alors il saisit son arme improvisée malgré ses protestations, pour mieux lui remettre entre les mains et lui montrer comment se mettre en garde.

Elle a les étoiles du ciel dans les yeux lorsqu'elle les relève vers lui.

― Je peux vous montrer des petites choses, si j'ai le temps. Mais le reste devra venir de vous seule. Si vous ne faites pas d'efforts, j'arrêterai. Je ne donnerais même pas quelques miettes de confiance à quelqu'un qui ne fait rien pour la mériter.

― Je vous promets, Katakuri-sama, je me donnerais à fond !

― Ne délaissez pas pour autant votre apprentissage. Si vous échouez, vous ne serez pas ainsi sans ressources.

― J'ai dit que je comptais être celle qui vous délivrera votre Merienda, quand même !

Elle est vexée ; ses joues se gonflent et elle croise les bras sur sa poitrine, manquant de s'assommer elle-même avec son bâton dans la manœuvre. Katakuri est surpris par son propre ricanement, ses lèvres s'étirant en un sourire douloureux derrière son écharpe. Le regard étonné de Camille y fait écho, mais elle se contente de faire comme si de rien n'était, alors même que certains de ses plus jeunes frères et sœurs n'ont jamais dû l'entendre rire. D'habitude, il sait se contenir.

Mais d'habitude, il côtoie des enfants élevés dans un contexte de compétition, qui l'élèvent au rang de dieu vivant. Et même s'il voit le même respect dans les prunelles de la jeune fille, elle vit dans la peur constante que son mécontentement retombe sur ses parents, alors sans doute a-t-elle un avis plus mesuré. Jamais un de ses cadets n'auraient osé se dresser contre lui ; Camille l'avait fait pour préserver sa mère de sa colère.

― Il y a un monde entre les vœux et la réalité, petite fourmi.

― Alors je le franchirai. Les pirates traversent bien un monde entier de leur petite mer au Nouveau Monde, non ? Donc, pourquoi pas moi ?

― Je vous attendrais au sommet, alors.

― Moi ou mes donuts ?

― Petite impertinente.

Cette fois, elle ne fuit pas son regard, elle le soutient en tremblant légèrement. Elle n'a pas l'habitude de veiller sur ses propos, cela se sent. Elle paraît prête à prendre la poudre d'escampette s'il s'énerve. Cependant, il ne fait qu'esquisser un sourire discret derrière son écharpe. Il ne doute pas que l'enfant n'ira pas crier sur tous les toits ce qui s'est passé ici ; c'est dans son intérêt de se taire.

― Vous devriez rentrer, le soleil se couche.

― Je vous reverrai bientôt ?

L'espoir se peint sur le visage de la petite, alors qu'elle serre son bâton entre ses doigts. Il est presque peiné de devoir briser violemment ses aspirations. Il n'est même pas censé être ici en premier lieu.

― Je ne peux vous faire aucune promesse.

L'espoir ne se brise pourtant pas ; il n'en brille au contraire que plus fortement dans ses yeux noisettes.

― Alors moi, je vous en fais une, Katakuri-sama. La prochaine fois qu'on se verra, je serais devenue plus forte !

― J'ai hâte de voir cela.

Et alors qu'il repart, il songe qu'il ne verra sans doute jamais la réalisation de cette promesse, malgré toute l'ardeur enfantine que Camille y met. La vie se chargera assez tôt de la briser, il n'y rajoutera pas son grain de sel, qu'elle a de toute façon l'air de voir comme un encouragement.

Les rêves de la petite fourmi seront bien vite rattrapés par la réalité.

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Voilà, n'hésitez pas à dire ce que vous en avez pensé, ou à proposer un moment que vous voulez voir ^^

À peluche !