AVERTISSEMENT : présence dans ce chapitre d'une scène de sexe semi-explicite et de langage cru.

Pour info, j'ai publié sur AO3 (sous le même pseudo) une version E de ce chapitre.


CHAPITRE 17

Hyuuga prit une profonde inspiration avant de franchir la porte de chez ses parents. Il essaya de se concentrer sur le souvenir encore frais de la main de Kiyoshi posée sur sa tête, du ton rassurant avec lequel il lui avait dit : « Ça va aller. » Hyuuga avait l'impression que oui, ça ne pouvait qu'aller maintenant.

Quand il entra, rien ne semblait avoir bougé. Sa mère s'était changée et se préparait pour sa soirée cartes entre copines. Son père cuisinait. Il avait prévu un plateau repas devant sa série préférée. Comment était-il possible que la vie continue comme si de rien n'était ? Uniquement pour lui rappeler qu'il allait bouleverser cette douce harmonie. Mais il ne pouvait plus revenir en arrière et surtout il n'en avait pas la moindre envie.

Ce n'en était pas moins terrifiant. Hyuuga ne put manquer la façon dont chacun arrêta de s'activer au moment où il prit la parole, comme si ses parents faisaient semblant, et qu'ils avaient pressenti le tremblement de terre qui approchait.

- Je vais me changer.

C'était sûrement une nouvelle lâcheté, un moyen de gagner du temps mais Hyuuga avait besoin de se sentir totalement lui-même pour pouvoir le dévoiler à ses parents.

Il monta dans la chambre, rangea le kimono dans sa housse avant d'enfiler une tenue plus confortable. Il avait beau savoir ce qu'il devait dire, c'était terriblement effrayant. Il cherchait au moins la première phrase, les meilleurs mots pour entamer la conversation. Il tentait de les lisser, les polir dans son esprit, pour qu'ils soient le plus doux possible, comme si cela allait pouvoir moins les blesser.

Quand il entendit frapper à la porte, il sursauta. Il ne savait pas depuis combien de temps il réfléchissait ainsi. Sa mère entra et il se sentit comme pris en faute, pour ce qu'il allait dire, pour ne pas l'avoir fait plus tôt. La seule phrase qu'il arriva à prononcer fut :

- Je suis désolé.

- Désolé de quoi Junpei ?

- Maman, je ne pourrai jamais être le fils dont vous rêviez.

- Tu veux dire mon garçon si gentil, respectueux, sérieux, responsable et dynamique. Oui c'est vrai que c'est horrible.

- Mais maman, tu ne comprends vraiment pas ?

Elle s'approcha de lui et s'assit à ses côtés sur le lit puis leva la main pour lisser doucement une mèche de cheveux sur son front.

- Que tu es amoureux ? Si, je crois que j'ai bien compris cette fois.

- Maman, je suis désolé mais je n'arrive même plus à me détester de l'aimer parce que ça me rend trop heureux.

- Alors tout est pour le mieux. Moi non plus, je ne voudrais pas que tu sois quelqu'un d'autre.

- Mais je me sens coupable par rapport à vous. Que va-t-il se passer si les gens l'apprennent. Tout le monde va vous critiquer, remettre en cause votre éducation. Et si plus personne ne venait au salon, par ma faute ?

- Tu les connais, elles se contenteront de dire : « Je le savais, je l'ai toujours dit. » exactement avec la même assurance qu'elles avaient quand elles déclaraient que Kiyoshi allait se marier.

- Mais le pire, c'est ce petit enfant que j'aurais tellement voulu vous offrir.

- Junpei, je vous ai vus de loin tous les deux tout à l'heure. Je crois que je ne t'avais pas vu sourire comme ça depuis le lycée. Alors savoure ce que tu as et il suffira d'affronter les problèmes un par un, comme les matchs de basket dans un tournoi. Tu te souviens, c'est ce que m'expliquait le vaillant capitaine de Seirin dans le temps.

Elle se mit à rire et Hyuuga se demanda comment c'était possible, comment l'univers pouvait se montrer soudain si clément et miséricordieux. Au nom de quoi avait-il droit à toute cette chance ? Il appuya lentement la tête contre sa poitrine et quand elle posa sa main sur sa tête avec douceur, Hyuuga ne put retenir quelques larmes de reconnaissance. Jamais pleurer ne lui avait paru aussi doux.

- Merci maman, merci.

Elle quitta la chambre peu après en lui disant qu'elle allait bientôt partir, mais que son père espérait sûrement qu'ils mangent ensemble. Hyuuga attendit qu'elle ait refermé la porte pour soupirer. A son soulagement se mêlait une appréhension. Hyuuga avait toujours parlé bien plus facilement avec sa mère qu'avec son père. La réaction de sa mère laissait entendre qu'ils savaient tous les deux mais il sentait quand même la crainte qu'un malaise, une réelle distance ne s'installe entre eux.

Il descendit les escaliers le ventre noué et retrouva son père dans la cuisine en train de préparer avec soin son plateau repas. Hyuuga sentait qu'il devait lui parler mais il ne savait pas quoi dire de plus.

- Papa…

Son père l'interrompit. Comme il avait les mains occupées, il fit un mouvement de la tête vers l'assiette qu'il avait dressée pour Hyuuga sur la table. A côté se trouvait sa tablette.

- J'ai lu ça il y a un moment dans le journal. Je me suis dit que ça pouvait peut-être t'intéresser.

Hyuuga l'alluma et il sentit son ventre se serrer encore plus fort. C'était un article qui datait de 2017, consacré à la première adoption d'un enfant par un couple homosexuel au Japon.

Son père n'ajouta rien, ne le regarda même pas. Parce que ce n'était pas nécessaire. Il ne lui avait jamais dit qu'il l'aimait. Mais il venait de le faire, bien davantage qu'il ne pourrait jamais l'exprimer avec des mots.

- Je peux venir regarder ta série avec toi papa ?

- Bien sûr.

Ce n'était pas du tout le genre d'émission que Hyuuga appréciait. Mais il avait envie de profiter de cette façon dont son père riait fortement à chaque gag et qui était si communicative. Il avait besoin de se rassurer, de confirmer qu'il n'avait rien brisé en lui.

Ils partirent se coucher ensuite. Mais Hyuuga ne pouvait s'endormir. Il n'arrêtait pas vérifier sur son téléphone si Kiyoshi ne lui avait pas envoyé de message. Ils avaient prévu de se retrouver après le travail le lendemain mais cela lui semblait étrangement loin. Et puis c'était tout bonnement impossible de dormir avec cette violente euphorie, ce bonheur qui explosait, débordait de toute part. Il lui semblait que son cœur ne pourrait jamais plus retrouver un rythme régulier. A chaque fois qu'il revoyait le sourire de Kiyoshi, il s'emballait brusquement et la chaleur lui montait aux joues. S'il avait été seul à la maison, il y aurait sûrement eu un moyen de s'apaiser pour trouver le sommeil. Mais là, il se retrouvait à devoir juste attendre que ces afflux sanguins intempestifs, qui envahissaient tour à tour chaque partie de son corps, se calment enfin.

Il entendit alors un léger coup à sa fenêtre, comme si l'on avait jeté quelque chose contre sa vitre. Il se leva d'un bond pour y jeter un coup d'œil. C'était Kiyoshi, évidemment, qui attendait dans la rue, éclairé par la lumière d'un réverbère. Hyuuga enfila rapidement un pantalon et un sweat et il ouvrit la fenêtre. Kiysohi lui fit un signe de la main. Hyuuga espéra qu'il pourrait voir d'aussi loin l'air exaspéré qu'il lui rendit en retour. Il n'était pas question qu'il lui montre à quel point il était heureux de le voir. Il aurait pu passer par la porte bien sûr mais en s'accrochant au treillis qui descendait le long du mur, il sauta encore plus rapidement dans le jardin avant de le rejoindre dans la rue.

Le sourire de Kiyoshi était tellement grand quant il l'accueillit que Hyuuga eut l'impression qu'il aurait pu le voir briller même si la rue avait été plongée dans le noir total.

- C'est quoi ce truc d'ado attardé ?

- Je voulais juste savoir si ça avait été avec tes parents.

- Et le téléphone tu connais ?

- Bon d'accord, j'avoue, je ne pouvais pas attendre demain. C'était sortir te voir ou passer toute la soirée à me branler.

Hyuuga sursauta avant de regarder par réflexe partout aux alentours dans la rue pourtant déserte. Et sa voix était basse quand il répondit :

- Mais arrête de dire des trucs comme ça.

Kiyoshi éclata de rire.

- Mais je le dis parce que c'est vrai ! Je veux juste être clair sur le fait que si tu t'enfuies avec moi maintenant, c'est à tes risques et périls parce que ce que je ressens pour toi n'a rien de platonique.

Hyuuga ne pourrait jamais se lasser de cet air espiègle, qui tentait toujours d'adoucir chez Kiyoshi la puissance de ses désirs. De comme c'était irritant, un peu intimidant, et délicieux.

- Moi non plus imbécile.

Si Kiyoshi savait seulement toutes les fois, tous les endroits où il s'était touché en pensant à lui. Pourtant Hyuuga ressentait une légère appréhension. Pourrait-il passer le cap de la réalité et se sentir à l'aise avec son corps contre le sien ? Kiyoshi interrompit ses réflexions.

- Sinon la solution pour que j'évite de débarquer comme ça dans la nuit, ce serait que tu viennes t'installer à la maison. Ça pourra passer pour une colloc.

- Je me fous de ce que pensent les gens. A part mes parents.

- Moi aussi, complètement. Mais sinon, j'ai calculé et on met deux minutes de moins à pied de chez moi pour se rendre au salon que depuis chez tes parents. Et je suis plus près du métro.

- Waouh super argument !

- Ok j'en ai un autre. J'en ai assez d'attendre d'être heureux. Je veux être heureux tout de suite. Et la seule solution que j'ai trouvée c'est de passer chaque nouvelle journée avec toi.

Kiyoshi s'était approché de lui en parlant mais il n'eut pas le temps de finir, Hyuuga pas celui de rougir. Ils furent interrompus par un bruit métallique. Ils se retournèrent tous deux dans cette direction et virent un chat qui venait de faire tomber une boite de conserve au sol du haut d'une poubelle. Kiyoshi s'en approcha. Le chat eut un mouvement de recul mais Kiyoshi s'accroupit pour éviter de l'effrayer et il avança la main vers lui. Le chat, poussé par la curiosité l'observa un temps, puis finit par s'approcher précautionneusement, avant de venir renifler le bout de ses doigts.

Puis comme s'il avait trouvé la réponse qu'il cherchait, comme si Kiyoshi avait le pouvoir de se faire aimer de tous les chats errants, il accepta le contact de cette main tendue. Kiyoshi le caressa un temps alors que le chat se frottait désormais voluptueusement contre ses genoux.

- Il n'y a vraiment que toi pour t'attendrir devant un chat qui fouille dans des poubelles.

Et il n'y avait peut-être que lui pour s'attendrir devant Kiyoshi en train de le faire. Et c'était très bien comme ça. Mais il était temps de lui dire clairement maintenant. Hyuuga dit :

- Viens, je t'emmène quelque part.

Kiyoshi se releva et le suivit sans rien demander. Le silence n'avait jamais été vide entre eux. Par le passé, il était saturé de mille désirs bâillonnés. A présent, il bruissait de mille promesses. Ils se regardèrent en souriant en arrivant devant le portail métallique du lycée. Il n'avait plus le côté rutilant du jour où ils l'avaient étrenné mais les marques du temps qui passe signalaient la vie plus que l'usure. Hyuuga sauta pour saisir le montant vertical et força sur ses bras pour se hisser dessus et sauter de l'autre côté. Kiyoshi l'imita et Hyuuga le mena dans la cour avant de s'arrêter et de lui dire :

- Ne bouge pas, je reviens.

Puis il partit en courant et contourna le bâtiment principal. Il y repéra ce qu'il cherchait, l'escalier de sécurité. Il sauta pour attraper la petite échelle qui y menait et commença à gravir les marches métalliques. L'adrénaline rendait tout incroyablement facile et il ne lui fallut que quelques secondes pour atteindre le toit.

Il devait montrer à Kiyoshi qu'il était décidé, qu'il n'y aurait pas de retour en arrière cette fois, ni jamais. Il commença à se déshabiller entièrement sans même prendre la peine de plier ses vêtements, se contentant de les jeter en pile au sol.

Ils avaient gagné le championnat bien sûr mais il savait qu'il avait de nombreuses faillites à rattraper, à se faire pardonner, tout ce temps perdu uniquement par sa faute, tous ces aveux qui restaient continuellement au bord de ses lèvres. Il sentait le vent frais glacer sa peau nue et c'était comme si c'était la première fois qu'il l'exposait à sa morsure, comme s'il était en train de renaître. Mais cela n'avait pas la terrifiante insécurité, la violence de la première fois. C'était une conscience aiguë, soudain, de sa présence au monde et de ce que devait être sa vie.

Il s'approcha de la rambarde et distingua Kiyoshi en contrebas qui n'avait pas bougé. Il prit une grande inspiration avant de crier, de toute ses forces :

- Je t'aime Kiyoshi Teppei !

Il se sentit étrangement fatigué juste après, comme vidé d'un poids écrasant qu'il portait depuis trop longtemps. Et désormais gelé, il se dépêcha de se rhabiller. Quand il eut fini, Kiyoshi l'avait rejoint et il l'entendit dire d'une voix rieuse :

- Mince tu es déjà rhabillé.

Puis il s'approcha, ni trop vite, ni trop lentement, comme il l'aurait fait avec un chat effrayé. Mais Hyuuga n'en était pas un et les mots ne suffisaient plus pour exprimer tout ce qu'il ressentait. C'était à lui de finir de détruire la distance qui les séparait. Et c'est ce qu'il fit. Ce fut lui qui posa sa main sur la joue de Kiyoshi, appuya son front contre le sien. Lui qui l'attira à lui pour le prendre dans ses bras. Kiyoshi serra en réponse, trop fort, et Hyuuga aussi et la vie entière devint trop intense. C'était comme si le monde autour de lui l'enveloppait, l'étreignait, comme s'il y avait enfin trouvé sa place. Elle était là, dans les immenses bras de Kiyoshi, dans cette évidence puissante, moelleuse et rassurante.

C'était un sentiment de bonheur qui avait le même poids dans la poitrine qu'une douleur. C'était un conglomérat de battements de cœur. C'était entendre chaque respiration de l'autre comme si elle était la nôtre. C'était se fondre en lui, redéfinir les limites de son corps en l'y incluant.

- Hyuuga...

- Chut, tu n'as rien à dire toi. Tu viens on rentre ?

- Chez nous ?

- Chez nous.

Il était temps de quitter cette bulle trop près du ciel et de retourner dans la réalité et le présent. Pourtant c'était difficile pour Hyuuga de se défaire de l'impression qu'il était dans un rêve quand il voyait leurs ombres de géants, collées, s'étirer démesurément comme si elles étaient élastiques, à chaque fois qu'ils s'approchaient d'un réverbère. Peut-être que c'était leur amour qui était ainsi, sans limite définie, capable de s'étendre et de recouvrir le monde entier, capable de dissiper jusqu'à ses dernières craintes et à lui faire croire qu'ensemble, ils pourraient tout affronter.

En arrivant devant la porte, Kiyoshi sembla avoir du mal à trouver la bonne clé, comme s'il était soudain trop nerveux. Une fois qu'ils furent entrés et déchaussés il se contenta de dire :

- Voilà.

- Voilà.

Puis ils éclatèrent de rire. Mais une gêne subsistait et Kiyoshi aussi avait perdu son assurance. Ils étaient plantés, immobiles dans l'entrée. Kiyoshi tenta quelque chose :

- Tu veux faire une partie de jeux vidéos ?

- Non pas cette fois.

Hyuuga saisit son bras pour l'attirer à lui. Il posa sa main sur sa nuque, son front contre le sien en soupirant. Kiyoshi sembla vouloir commencer à parler. Hyuuga mit deux doigts sur sa bouche :

- Sentimentalisme interdit.

Il lui valait mieux être prudent. Il lui semblait qu'il était un fil tendu prêt à se rompre et que le moindre mot tendre prononcé par Kiyoshi pourrait le faire pleurer.

Il caressa les lèvres de Kiyoshi qui perdirent vite leur sourire pour laisser passer un léger gémissement. Puis Hyuuga enleva ses doigts pour les remplacer par sa bouche. Kiyoshi réagit un peu trop vivement, et il se cognèrent le nez avant de rire, un peu empruntés. Mais quand Kiyoshi posa ses larges mains derrière ses oreilles et pressa son visage plus fort contre le sien, Hyuuga oublia toute gêne. Il lui semblait que tout était enfin là où il devait être. A commencer par cette bouche que Kiyoshi faisait courir sur tout son visage, comme s'il voulait le dévorer, qu'il voulait tout de lui. Hyuuga tenta de plaquer son corps contre le sien mais Kiyoshi eut un léger mouvement de recul.

- Attends, je suis désolé de gâcher ce moment mais je crois que je l'attends depuis un peu trop longtemps et je suis déjà dans un état pas possible.

- Tu ne gâches rien du tout.

- Mais je ne veux pas te faire peur. On a le temps, tout le temps qu'il te faudra.

Hyuuga se serra contre lui.

- Mais tu crois que je suis dans quel état moi aussi ? Je n'ai pas peur. C'est ce que je veux vraiment. T'embrasser et tout le reste.

Il ajouta en voyant Kiyoshi sourire, démesurément :

- Tu pourrais quand même m'épargner ton air triomphant.

- Non Hyuuga heureux, juste heureux.

Son sourire devint plus vague à mesure qu'il parlait. Et sa voix plus basse s'éteignit quand il joignit à nouveau leurs lèvres. Kiyoshi poussa un lourd gémissement qui racla le fond de sa gorge, qui était presque une plainte, avant de saisir brusquement ses cuisses, avec force pour le soulever et gravir les quelques marches qui menaient au salon. C'était étrange d'être celui qui se faisait porter ainsi mais c'était surtout incroyablement grisant. Kiyoshi le posa sur les coussins de sol du salon avant de se coucher sur lui et de souder son corps au sien.

Comment se faisait-il qu'il se sente aussi bien avec le poids de Kiyoshi pesant sur lui. Ce n'était rien de ce qu'il connaissait alors pourquoi était-ce aussi familier, aussi évident ? La chaleur de leurs corps lui semblait une étuve étouffante dans laquelle il se consumait. Ses mains agissaient seules sans qu'il réfléchisse à ce qu'il fallait faire pour faire du bien à Kiyoshi, comment il devait le caresser.

Hyuuga ne comprenait pas comment il pouvait être tellement à vif alors qu'ils étaient encore tout habillés. Il lui semblait que chacun de ses sens était décuplé. Et il n'avait pas envie de fermer les yeux cette fois. Au contraire, il ne voulait rien manquer des épaules de Kiyoshi qui roulaient au-dessus de lui, de ses sourcils qui se fronçaient chaque seconde davantage. Il voulait entendre sa respiration hachée, mêlée à la sienne, chaque bruit qu'ils produisaient répercutant l'écho de tous leurs désirs qui pouvaient tinter enfin.

A chaque seconde, la boule d'excitation et de joie qui se mêlaient dans ses entrailles tournoyait de plus en plus fort, de plus en plus rapidement. Il entendit alors Kiyoshi expirer lourdement dans un cri rauque. Le timbre de cette voix grave le fit frissonner. C'était une nouvelle musique totalement addictive. Kiyoshi reprit son souffle un instant avant de cacher son visage dans le creux du bras de Hyuuga.

- Putain, j'ai honte, ça c'était vraiment une première fois de lycéen. Je suis désolé mais j'en avais vraiment trop envie, depuis trop longtemps.

Hyuuga ne pouvait pas résister à ce petit froncement de sourcils, accompagné d'un sourire coupable qu'il vit quand Kiyoshi releva la tête. Ils rirent tous les deux. C'était si facile de rire et d'embrasser Kiyoshi en même temps.

- Tu t'excuses de quoi idiot ?

Bientôt les baisers se firent plus insistants et Hyuuga n'avait plus envie de rire. Kiyoshi s'interrompit un instant pour demander :

- Est-ce que je peux te toucher Hyuuga ?

Hyuuga n'avait jamais été aussi sûr de quelque chose, n'avait jamais autant désiré quoi que ce soit. A cet instant, il lui sembla qu'il serait mort si ça n'était pas arrivé.

- Oui.

Cela n'avait rien à voir avec les fantasmes de Hyuuga. C'était à la fois bien meilleur et bien trop rapide. Il ne comprenait pas comment le plaisir pouvait monter et déborder si vite, alors il cessa de réfléchir.

Quand il rouvrit les yeux, tout était flou à part les yeux de Kiyoshi qu'il voyait briller un peu plus distinctement à chaque seconde. Mais même ça n'était plus gênant. Ça le fut déjà un peu plus quand Kiyoshi déclara en souriant :

- J'ai jamais vu quelque chose d'aussi beau et fascinant que toi en train de jouir. T'as un peu ton air mécontent habituel mais en plus désespéré.

- Putain, ça y est, voilà le retour du roi de l'embarras.

Hyuuga voulait avoir un air fâché mais il ne pouvait s'empêcher de sourire en caressant les cheveux de Kiyoshi qui se mit à rire :

- Lui-même, et tu ne débarrasseras pas de moi comme ça.

- Ok alors suggestion numéro un, on va acheter un canapé.

- Ça me va.

- Et avec une housse lavable en machine.

Ils rirent ensemble et comme si c'était l'issue inévitable, ils enchaînèrent par des baisers, de plus en plus appuyés. Kiyoshi fit glisser ses lèvres dans son cou.

- Merde, je suis déjà redevenu dur. Il va falloir me dire stop, parce que je vais en avoir envie tout le temps.

- Ne compte pas sur moi.

Hyuuga vit un instant dans les yeux de Kiyoshi un voile de crainte, la peur d'avoir déçu.

- Pour te dire stop imbécile. Mais t'as qu'à pas jouir en trois minutes aussi !

- Attends t'es gonflé, t'en as tenu combien de plus ? Et je compte bien que tu battes mon record quand je vais te sucer.

Hyuuga rougit et frissonna rien qu'à l'idée de vivre enfin cette scène qu'il avait tant et tant imaginée.

- Ah parce que t'es un pro dans ce domaine ?

- Aucune idée mais l'enthousiasme ça compte dans ce genre de chose, non ?

Hyuuga rit et Kiyoshi ajouta :

- J'ai besoin d'une douche. T'as qu'à venir avec moi et tu me diras ce que tu en penses, Junpei. Je peux t'appeler Junpei, non ? maintenant que j'ai ton sperme collé sur mes doigts.

Hyuuga détourna la tête en se sentant rougir. Entendre son prénom dans la bouche de Kiyoshi lui parut encore plus intime que le reste de ce qu'il venait de dire, de ce qu'ils venaient de faire, comme s'ils appartenaient désormais à la même entité. Comme s'ils venaient de sceller la proximité entre leurs âmes après celle entre leurs corps.

- Mais t'abuses, t'es pas obligé de dire des trucs aussi gênants. T'étais pas censé être un mec romantique ?

Kiyoshi éclata de rire avant de le regarder avec un sourire attendri qui n'avait pas grand-chose à voir avec ce qu'il déclara :

- Il aurait fallu que tu sois moins excitant.

- Mais tu fais ça juste pour m'emmerder en fait. T'es vraiment horrible !

- Je fais ça parce que j'adore ton air renfrogné et quand tes joues rougissent. Mais je te l'accorde maintenant que j'ai trouvé un autre moyen encore bien meilleur, je compte exploiter cette nouvelle piste à fond.

Hyuuga se releva et saisit la main de Kiyoshi pour l'aider à faire de même.

- En tout cas ce qui est sûr, c'est que tu parles toujours trop.

En disant cela, il se rua sur ses lèvres pour le faire taire. Les mains de Kiyoshi semblaient tout aussi impatientes. Il n'y avait plus aucune appréhension en Hyuuga, juste un désir bouillonnant et une confiance infinie envers chacun des gestes de Kiyoshi même les plus maladroits, parce qu'ils étaient si sincères. Il aimait la brusquerie un peu raide de chacun d'entre eux, cette urgence redevenue si rapidement dévorante alors qu'elle venait juste d'être soulagée. Était-ce parce que son corps était si grand qu'il avait l'impression qu'il pourrait le découvrir comme ça éternellement, consacrer sa vie à le connaître entièrement ?

- Je crois qu'il falloir que je te le fasse aussi pour voir lequel fait jouir l'autre le plus vite.

- Pari tenu. Mais on a dit moi d'abord.

Kiyoshi lui sourit avec tendresse avant que l'éclat dans ses yeux ne redevienne plus flou. Leurs vêtements étaient à peine enlevés, répandus au sol jusqu'à la salle de bain, Hyuuga avait à peine allumé la douche que son corps entier était déjà perdu dans le plaisir.

Comment avait-il pu se demander un jour s'il en avait envie, comment avait-il pu craindre un seul instant que ce ne soit pas aussi naturel et nécessaire que respirer ? Plus rien de ce qu'ils pourraient faire ne l'effrayait.

Ils avaient toute la nuit pour jouir, puis rire, puis jouir encore, puis rire encore. Ils avaient toute la nuit, toute la vie pour s'aimer.