Et voilà le deuxième chapitre du jour, pour rattraper le retard !

Rappel : cette histoire étant (comme la plupart de celles actuelles) un défouloir à mon anxiété, elle aborde des sujets qui justifient le RATING M : /!\ violences, jurons et autres insultes pas très très jolies, relation malsaine, évocation des sujets du viol et de la pédophilie.


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Chapitre 5

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Nager dans les huiles

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Touya n'est pas quelqu'un de patient. Chaque jour de captivité lui semble plus long que les précédents, surtout maintenant que Hawks lui adresse de nouveau la parole et qu'il tisse sa toile autour de lui pour le faire tomber petit à petit sous sa coupe. Il sait déjà qu'il a un avantage certain : ses gestes affectueux, qu'il réserve d'habitude à sa fratrie, adoucissent le pirate et lui font baisser sa garde.

Entre ses bras, la nuit, il paraît presque inoffensif. Mais les coupures sur son cou lui prouvent encore et encore qu'à trop le pousser, son petit oiseau se défend et le blesse plutôt que d'avoir à affronter la vérité. Le militaire n'aime pas forcément souffrir, mais il doit bien avouer que la résistance du jeune homme lui plaît. Plus il se débat, plus il a envie de le dévorer et de le faire sien.

Il craint presque de se lasser de Hawks. Il doit bien avouer qu'il n'a jamais rencontré de proie qui le laissait sur sa faim aussi longtemps. Aucune n'a jamais eu le mordant du pirate, ni sa fragilité. Il veut à la fois le garder sauf dans ses bras et le détruire un peu plus pour qu'il ne regarde et ne pense qu'à lui.

Touya a laissé sa sanité mentale sur l'échelle menant aux plus hauts postes de la Marine. À trop vouloir attirer le regard de son père, il s'est détruit et cela lui convient très bien. Ses frères et sœurs ne se sont pas détournés de lui pour autant, mais il prend un plaisir particulier à voir l'air agacé de son cher géniteur lorsqu'il doit discuter avec lui. Sauf quand il s'agit de parler de combien il est un enfant décevant.

Ça, il le sait depuis longtemps. Il le sait depuis que Shoto est né avec ce stupide Haki des rois et lui avec une santé plutôt fragile.

― J'espère qu'il est bientôt midi…

Le militaire veut que Hawks soit là. Il veut pouvoir le titiller, l'observer rougir alors qu'il lui agrippera les hanches pour le pousser à s'asseoir à ses côtés pour qu'il ne reparte pas aussitôt. Il veut glisser son nez et ses doigts dans les plumes rouges, avant que son petit oiseau ne s'indigne et ne lui donne une tape sur les mains pour le faire cesser.

Il le veut, putain. Jamais il n'a été autant en position d'attente vis-à-vis de sa proie et il a l'impression d'être un animal sauvage en cage. Si le pirate le libère parce qu'Enji ne veut pas payer sa rançon avant qu'il ne l'ait sous sa coupe… Touya ne se voit pas repartir d'ici sans son petit oiseau effrayé. Il faut croire qu'il s'attache vite aux gens, dès qu'il a une fixette sur eux.

Ses doigts se perdent sur les draps à l'odeur de mer et d'agrumes. À l'odeur de Hawks. Dire qu'il se fichait de lui pour la fragrance de son savon, dès les premières heures après son réveil, alors qu'il l'associe désormais à lui et aux émotions que sa présence - ou dans ce cas, son absence - provoque en lui. Il soupire, enfouit sa tête dans l'oreiller. Pourquoi ce fichu pirate lui manque tant ? Est-ce parce qu'il n'a rien d'autre à faire qu'attendre ou dormir ? Il ne devrait même pas le laisser repartir, ce midi.

Tant pis pour l'équipage que le capitaine traite lui-même de cloportes ; Touya a besoin de penser à autre chose qu'aux meilleures façons de pousser son petit oiseau dans ses bras, ou il va finir encore plus fou. Peut-être devrait-il demander un livre à Hawks, s'il en a un ? Il doit bien en avoir un, non ? Quelle tristesse, sinon.

Enfin, il a bien l'impression que toute la vie de sa proie n'est que tristesse et douleur. Il n'a même pas besoin de poser de questions ; le comportement du jeune capitaine ne laisse que peu de place au doute. Pas étonnant qu'il soit si câlin et ne dédaigne pas ses gestes affectueux.

Le militaire se redresse brutalement lorsque la porte se déverrouille et il tente de ne pas paraître trop heureux lorsque la silhouette de Hawks se dessine. Ce dernier referme la porte avec un soin qui frise la paranoïa - jamais il n'a oublié de tourner la clé derrière lui - avant de lui tendre en silence un escargophone à la mine apathique.

― Tu t'es mis dans de beaux draps, Touya.

La voix de Shoto. Le militaire cligne des yeux, surpris, avant de saisir l'escargophone. Pourquoi est-ce son petit frère et non son père qui contacte Hawks ? Enji en a-t-il eu marre de ses conneries et décidé que ça n'en valait pas la peine ? Une moue agacée traverse son visage. Il est à deux doigts de jeter l'animal qui n'a rien demandé à travers la pièce sous la colère qui le consume, quand le pirate se glisse silencieusement à côté de lui pour recouvrir son dos d'une de ses ailes.

Son nez est barré d'un trait rouge et Touya retient à grand-peine un ricanement devant cette preuve de sa gêne, avant de retourner son attention à son petit frère.

― Pourquoi est-ce toi qui te charges de cet appel ?

― … L'Amiral en Chef Akainu t'as déclaré déserteur. T'es pas le premier, ni le dernier, avec la Guerre au Sommet, mais… Père l'a mal pris. Il t'as défendu. Et Akainu l'a mis à pied. Te contacter a été un risque qu'il a refusé de prendre, même s'il a fait en sorte de réunir l'argent demandé.

― Tu es en train de te foutre de moi, là.

― Non. Je sais… Il a fait d'énormes erreurs avec nous. Mais ton enlèvement a été un déclic, je crois. Il m'a dit qu'il serait fier de nous, même si on décidait de partir de la Marine maintenant.

Touya est sonné. Il n'arrive pas à croire un seul mot. Et pourtant, malgré la compétition entre son petit frère et lui, ce dernier a toujours été honnête, trop, parfois. Sa bouche s'ouvre et se referme sans qu'aucun mot n'en sorte, avant qu'il ne sente deux mains timides serrer la sienne.

Hawks est écarlate à côté de lui et il a la tête baissée, comme pour tenter de se dissimuler. Le militaire retient tant bien que mal son rictus. Son petit oiseau semble de plus en plus sous son charme, au point de vouloir le rassurer. Ou est-ce pour le remercier de sa gentillesse de ses étreintes ? Touya ne peut que deviner ce qui pousse le pirate à agir ainsi, mais il se sent sur un petit nuage.

― Je vais faire comme si j'avais rien entendu, sauf la partie pour l'argent.

― Ça fait du bien de t'entendre, en tout cas. Nastu a dit qu'ils t'auraient probablement coupé la langue.

― C'est pas l'envie qui m'en manque, grogne à voix basse le capitaine.

L'officier sent le rire monter dans sa gorge, alors que le pirate arbore un air renfrogné en continuant de rougir. Il lui reprend l'escarcophone des mains et lui tourne ostensiblement le dos. Touya met sa main devant sa bouche pour atténuer son ricanement qu'il ne peut plus garder en lui, tandis que Hawks met au point les détails de l'échange. Le soldat doit bien admettre que son petit oiseau sait se montrer intraitable, lorsqu'il n'est pas face à lui.

Il a presque envie de passer ses mains sur son corps pour le faire tressaillir et briser toute l'autorité qu'il essaye d'instaurer. Mais le pirate lui en voudrait sûrement et lui ferait la tête. Or, le militaire n'a pas envie de s'ennuyer encore plus qu'il ne le fait déjà.Il se retient donc à nouveau, avant de manquer de s'étouffer de rire aux dernières paroles de son petit frère.

― Essaye de rester en vie et de ne pas trop provoquer ce pirate, d'accord ? Il a toujours ta vie entre ses mains.

Oh, par Davy Jones, s'il savait !

Touya éclate de rire uniquement une fois l'appel terminé, retombant dans le lit. Ses poumons le brûlent de joie, tandis que Hawks reste caché derrière ses ailes, comme pour éviter son regard. Il est adorable, mais il rêve s'il pense qu'il laissera passer une occasion pareille de le taquiner et de l'accrocher un peu plus à lui. Son âme lui appartiendra tôt ou tard, mais il n'en peut plus d'attendre.

― Alors comme ça, tu aimes serrer mes mains dans les tiennes ? Comme c'est mignon...

― Alors comme ça, on a des problèmes avec son père ?

Le soldat retire ce qu'il vient de penser, alors que les mots touchent juste. Il se frotte la poitrine pour tenter de faire partir la sensation de malaise et d'agacement qui la serre, alors qu'il foudroie du regard le pirate. Ce dernier cesse finalement de se cacher derrière ses ailes, le regard plus vide que Touya ne l'aurait imaginé. Ce n'est pas pour l'énerver qu'il a posé la question, tout compte fait, ou il arborerait un rictus. Son visage inexpressif ne lui plaît guère, car la sensation d'inconfort dans sa poitrine s'accentue

― Si peu. Je suis juste le fils qui le déçoit toujours et qui n'arrive jamais à rien à ses yeux, je m'en suis fait une raison. Santé faible quand j'étais petit, une adolescence difficile, pas grand -chose, quoi.

― … Pourquoi t'a-t-il gardé auprès de lui s'il te considère aussi peu utile ?

Touya n'a pas vraiment envie de lui expliquer la complexité de ses rapports avec son père et s'apprête à renvoyer le capitaine dans les cordes, avant de se figer. Garder auprès de lui. L'expression n'est pas anodine et il ne sait pas quoi répondre. Il est vrai que jamais Enji ne l'a mis dehors ou ne l'a empêché de rentrer dans la Marine, même s'il a tout fait pour le décourager. Certes, il l'a ignoré à cause de sa faible santé, quand il était petit, entre autres. Mais il ne l'a jamais renié et pas seulement pour des problèmes d'image : l'officier se doute bien que sa présence de mouton noir est bien pire pour l'image de la famille Todoroki.

Ce qui lui tord l'estomac, surtout, c'est l'horrible pressentiment qui naît dans son cœur alors qu'il décortique plus en détail la question de Hawks.

― Je suis son fils et… Il ne me déteste pas, je pense. Il fait avec. Je le déçois, je l'agace, je le mets en colère, je salis l'image familiale, mais il ne lui viendrait pas à l'idée de… Hawks, qu'est-ce que tu entends par ta question ?

Le militaire refuse de tourner autour du pot. Ce qu'il entrevoit lui donne envie de réduire en cendres quelque chose, n'importe quoi, car la colère qui l'envahit petit à petit a besoin de s'exprimer d'une façon ou d'une autre. Le visage de Hawks se ferme un peu plus et Touya brûle de le secouer pour lui arracher la réponse qu'il redoute.

Il sait qu'il n'a pas la meilleure famille de tous les temps, il sait que les agissements de son père l'ont fait tourner comme il est aujourd'hui. Mais au moins, il ne craignait pas que son père lève la main sur lui. Au pire de sa vie, ses parents se disputaient sans cesse à son propos, certes, mais cela s'était calmé quand sa santé s'était améliorée et son père, tout connard qu'il soit, n'avait battu aucun d'entre eux.

― Laisse tomber, fais comme si je n'avais rien dit.

― Tu rêves, petit oiseau. Si t'as pas encore compris…

― Compris quoi ? Que t'es un gamin pourri gâté qui ne comprend pas le sens du mot non ? Oh si, depuis que t'as mis les pieds ici !

La phrase est presque crachée et Touya recule par réflexe. Le regard doré du capitaine est rempli d'un mélange d'émotions impossible à décrire, alors que ses ailes se noircissent de Haki. Il est sur la défensive, comme effrayé, et l'officier sent qu'il a mis le doigt sur un point sensible, encore. Sans le vouloir vraiment, cette fois. Il ne sait pas comment agir. Il ne veut pas que Hawks ressorte de la cabine, comme il ignore comment le calmer.

― Je ne…

Touya n'a pas le temps de finir sa phrase. Le pirate le saisit par le col de sa chemise, ses yeux d'or aussi hypnotiques que ses propres flammes bleues. Il n'arrive pas à s'en détacher, en tout cas, alors que les mots que Hawks retient depuis sans doute trop longtemps s'échappent, prennent vie et viennent s'enfoncer dans sa poitrine.

― N'essaye même pas d'atténuer tes actes. Ne t'avise même pas de me mentir en pensant que je suis trop gentil pour le relever. Tu crois que je ne vois pas ce que tu fais ? Tu crois que j'ignore ce que tu attends de moi ?

― Je te l'ai dit, en même temps.

La poigne sur son col se resserre et le militaire songe qu'il devrait se la fermer et attendre que la tempête passe, mais c'est trop lui demander. Il n'a jamais su se taire quand son père lui criait dessus et il ne voit pas pourquoi il devrait s'en priver maintenant. Au moins, peut-être Hawks laissera échapper la réponse à la question qui le hante sous le coup de sa fureur. Et, même si cela lui demandera plus d'efforts, il retrouvera un chemin jusqu'au cœur de son petit oiseau.

― T'es comme les autres. Tu te veux entre mes cuisses. Sauf que t'essayes d'avoir mon cœur avec, pour mieux le détruire, j'imagine ? Ou pour mieux faire de moi ta chose qui obéit docilement ? Sauf qu'au lieu d'utiliser la peur, t'utilises des gestes affectueux. T'es pire, même.

La violence des mots réduit pourtant l'officier au silence. Ou est-ce les larmes qui coulent le long du visage épuisé ? Émacié, il dirait même, pâle du manque de sommeil. À quel point Touya est-il en train de tuer Hawks dans son désir de le faire sien et de toujours l'avoir à ses côtés ? À quel point le torture-t-il avec ses gestes affectueux ? Même si c'était calculé, le militaire ne s'y force pas non plus. Il l'a fait parce que cela leur plaisait à tous deux, en apparence.

Son ventre se serre. Il aurait dû arrêter de se voiler la face bien avant. Il sait, depuis la réaction effrayée de Hawks lorsqu'il a cru qu'il s'apprêtait à le violer, que son petit oiseau était trop brisé pour le supporter. Il le sait, mais il a fait comme si de rien n'était, parce que… Le pirate lui est devenu important. Il le veut à ses côtés, à n'importe quel prix.

Sauf celui de sa santé.

Ses lèvres se tordent en une moue. Touya ne sait pas comment s'excuser. Il ne sait pas gérer les émotions qui étreignent soudain son cœur, qui le griffent à l'en faire saigner. Alors, il pose sa main sur celles du capitaine, prêt à ce qu'il sait faire le mieux. Provoquer la colère des gens.

― Je suis comme eux ? Alors, pourquoi je t'ai encore pas touché ? Pourquoi t'es encore là, avec tes ailes, à te retenir de m'étrangler ? Pourquoi t'as encore ta langue, pourquoi je cherche à t'arracher ces putains de masques qui cachent le vrai Hawks !

― Parce que t'es qu'un connard qui est pas foutu d'être assez horrible pour que je le déteste !

Touya a un étrange poids sur le cœur alors qu'il défait un à un les doigts qui enserrent son col. Pourquoi les mots de Hawks doivent-il résonner dans sa poitrine et le meurtrir au passage ? Pourquoi se sent-il aussi mal, alors qu'il se retient de le serrer contre lui en silence ? C'est comme ça qu'il s'excuse auprès de Fuyumi ou de Natsuo, mais jamais il n'a eu autant l'impression d'être consumé de l'intérieur, pas même avec ses propres flammes.

― Alors dégage et ne reviens pas. Puisque tu ne veux pas être mien, je ne veux plus te voir.

Je ne veux plus te faire de mal.

Il le repousse violemment en baissant la tête. Ses yeux brûlent, sa vue se brouille, alors qu'il entend les pas du capitaine sur le bois. Puis soudain, un silence, comme une hésitation. Sans doute Hawks s'est-il arrêté devant la porte. Touya serre ses poings, alors que quelque chose ronge sa gorge, comme un chien affamé un os.

― Tu…

― Je pense vraiment ce que j'ai dis, alors dégage ! l'interrompt Touya.

Sa voix dérape en un putain de sanglot, avant que le pirate claque la porte derrière lui. Il enfonce sa tête dans l'oreiller, alors que ses joues s'humidifient. Il n'est qu'un imbécile, qu'un connard imbu de lui-même. Pourquoi est-ce si difficile de se rendre compte qu'on est en train de faire une erreur avant d'en contempler le résultat ?

Touya aurait préféré être consumé par son propre pouvoir que par ses sentiments qui l'engloutissent désormais.


Pour les pierres, c'est à gauche, pour les reviews, c'est à droite, promis, vous avez le droit de hurler après moi XD

Normalement, rendez-vous jeudi prochain pour la suite, alors à peluche !