Quand je m'arrête, c'est pour mieux recommencer.

Comme vous l'aurez compris, cette histoire contient du soukoku, du shin soukoku, ainsi qu'une poignée d'higugin. C'est un univers alternatif bien distinct du canon, inventé par mes soins en puisant de l'inspiration dans un prompt pinterest et un drama bien connu, goblin. je ne possède pas grand-chose à part l'histoire, bien évidemment, tous les personnages étant à kafka asagiri.

Petite précision importante : cette histoire aborde les thèmes de la mort, du suicide et d'un parent abusif. Nos noms écrits à la craie est une histoire qui, malgré ces thèmes lourds, se veut paradoxalement légère. Pour autant, je ne dédramatise pas ces thèmes. Si le suicide est traité sur une note presque humoristique, ce n'est nullement pour insinuer que ce n'est pas grave. Je ne prends pas à la légère ceci, loin de là. Je ne fais pas non plus l'apologie de ces thèmes et je ne cherche pas à romancer le suicide. Cette histoire est une fanfiction bungô stray dogs ; si vous êtes ici, c'est que vous avez vu l'anime et que vous connaissez le personnage de dazai. J'espère donc pouvoir compter sur votre compréhension dans le fait que le suicide est traité ici sous un prisme qui ne se veut pas lourd.
ceci étant dit, j'insiste sur une chose : mes messages vous sont toujours ouverts. je suis toujours prête à vous accorder une oreille attentive.

prenez soin de vous, lisez cette histoire si vous vous sentez capable d'affronter ces thèmes, et pensez à votre santé avant tout.

Le chapitre premier sortira le 01 mai, puis on se retrouvera toutes les deux semaines :) Bonne lecture !


Prologue ; Vieillesse


Murmures et chuchotements emplissaient la salle, alors que de petits groupes se formaient ça et là pour converser. Aucun d'eux n'osait trop élever la voix ―après tout,ils se trouvaient à un éloge funéraire. Il aurait été déplacé de faire le moindre geste trop ample, ou de souffler un mot sur un ton un peu trop élevé. La famille du défunt se recueillait encore au premier rang, face au cercueil et à la photographie de celui qui les avait quittés.

Sourire jusqu'aux oreilles, yeux pétillants et cheveux clairs qui témoignaient de son grand âge, celui qui était décédé quelques jours à peine auparavant semblait presque dévisager ceux qui le pleuraient. Bien sûr, ce n'était qu'une photographie, une dernière trace de l'existence de cet homme sur cette terre. Mais elle semblait si vivante que, pour un peu, nul n'aurait été surpris de le voir soudainement cligner de l'œil.

Alors que les descendants du défunt se redressaient, la porte de la salle s'ouvrit, et une silhouette se dessina dans l'encadrement de la porte. Un homme entra doucement dans la salle, enlevant immédiatement son chapeau en signe de respect. Il s'inclina profondément en prenant appui sur la canne luxueuse qu'il tenait dans la main droite, épousseta son pardessus de son autre main gantée, et se dirigea vers la famille encore rassemblée. Il fit halte devant la petite-fille de celui qui avait trépassé, avant de s'incliner de nouveau.

« Je vous prie de me pardonner pour mon retard. D'affreux embouteillages m'ont retenu. Toutes ces voitures ne font qu'empoisonner les gens et les gêner dans leur vie quotidienne. »

Un observateur extérieur aurait pu, pendant un instant, croire que l'autre était un étranger ― en effet, sa façon de détacher chaque syllabe leur donnait une étrange sonorité. Mais en fin de compte, si on rattachait cette caractéristique à sa canne de bonne facture et ses vêtements coûteux au premier coup d'œil, il était aisé de comprendre que c'était seulement sa manière de parler qui le distinguait des autres japonais ici rassemblés.

« Ce n'est pas votre faute, monsieur Natsume. » La jeune femme ― qui n'était encore qu'une enfant en réalité, mais dont la posture et l'expression grave en faisaient une femme si tôt déjà ― s'exprima en l'incitant à se redresser. « Je vous suis déjà grée d'avoir pris la peine de venir.

Voyons, nos familles se connaissent depuis trop longtemps pour que j'ose accueillir un tel drame avec indifférence. Non, rester chez moi m'était impossible. Je n'ose imaginer ce que vous ressentez. Votre grand-père était une personne fantastique. » Son interlocutrice esquissa un sourire.

« Il est rare de vous entendre employer tant de superlatifs. Mais vous aviez raison, c'était une formidable personne. J'ai peine à croire qu'il nous ait quittés. Sa santé n'était déjà plus ce qu'elle était ces derniers mois, mais tout s'est produit si vite. » Le dénommé Natsume opina gravement, avant de poser une main sur son épaule.

« Malheureusement, ce genre de choses arrive fréquemment. Puisez du réconfort dans l'idée qu'il n'a pas souffert.

Nous rendons grâce aux Dieux pour cela. Au moins, son passage de l'autre côté a été paisible.

Vos parents tiennent-ils le choc ? Votre père surtout, c'est son propre père qu'il vient de perdre…

Le choc est grand, admit la jeune femme. Il n'est pas beaucoup sorti de sa chambre depuis que l'on a découvert le corps de grand-père.

C'est fortement compréhensible. »

L'homme nommé Natsume lissa quelques instants sa moustache d'un air songeur, avant d'observer les personnes présentes, venues rendre hommage au défunt. Il connaissait la grande majorité d'entre eux, ayant lui-même fréquenté ce petit cercle d'amis pendant des années. Sa condition était légèrement supérieure à celle de tout ce beau monde, mais il avait souvent pris du plaisir à évoluer dans les salons qu'ils pouvaient tenir en soirée. Aujourd'hui, les visages souriants avaient cédé la place au désespoir et au chagrin, nota-t-il. Tout le monde paraissait sévèrement éprouvé par le drame survenu quelques jours à peine ― drame qui, en fin de compte n'en était pas vraiment un au moins leur ami était parti paisiblement dans son sommeil.

Son attention fut attirée par un homme aux cheveux blonds comme les blés qui évoluait à son aise dans cette foule endeuillée. Ses cheveux impeccablement coiffés et son costume cintré outrageusement pervenche attiraient tout de suite le regard. Natsume fronça légèrement un sourcil en voyant l'accoutrement de cet individu, plus qu'irrespectueux considérant l'endroit où ils se trouvaient, mais accueillit l'homme avec le plus de chaleur possible.

« Anthony. Je ne pensais pas vous voir ici, il me semblait avoir entendu que vous étiez à New York.

Je suis rentré hier, Sôseki. » Malgré son accent américain, l'autre s'exprimait dans un japonais absolument parfait. « Quand j'ai appris la nouvelle… J'ai sauté dans un avion. Heureusement que je dispose de mon jet privé, ou j'aurais raté la cérémonie, ajouta-t-il sur un ton qui se voulait amusant, mais qui ne fit ciller ni Natsume ni la jeune femme qui n'avait pas bougé.

Ce qui aurait été une grande déception pour nous. » fit remarquer celle-ci sur un ton provocateur, tandis que son regard balayait le costume de son interlocuteur. Ce dernier sembla étonnamment mieux saisir le sous-entendu dans son attitude que dans sa voix.

« Excusez-moi pour ce costume, c'est le plus foncé que je possède. Je ne porte pas de noir, vous le savez je le crois… C'est une couleur trop austère. Ce n'est pas comme si je portais le deuil tous les jours. »

Prononcer de tels mots lors d'un éloge funéraire, en face d'une descendante du défunt toute de noir vêtue ― cheveux compris ― nécessitait un manque de tact sans pareil, songea Natsume, et il n'y avait qu'Anthony Fitzgerald pour en faire preuve. Même son épouse, Gloria, jusque-là cachée derrière lui, posa une main sur son bras, comme pour lui intimer de surveiller ses paroles. Elle ajouta ensuite :

« Toutes nos condoléances, Fuku. » La susnommée hocha la tête un peu moins sèchement qu'attendu, et accepta les mots de Gloria avec autant de chaleur que possible compte tenu des événements précédents. « Votre grand-père nous manquera.

Oui, que deviendrons-nous sans ses sages conseils ? renchérit Anthony. Il m'a tant de fois aidé, je ne sais pas ce que je serais devenu sans lui. »

Vous seriez probablement à la rue et sans emploi, répondit Sôseki dans son esprit. Tout le monde savait que, si la fortune de Anthony Fitzgerald ne cessait de croître, c'était parce qu'il avait eu la chance d'être conseillé par de très perspicaces hommes tout au long de sa carrière. Il avait ainsi pu effectuer les bons placements, là où il le fallait, et jouir aujourd'hui d'une grande notoriété.

Alors que Fuku finissait par être alpaguée par d'autres hommes et femmes venus rendre hommage à son grand-père, l'homme à la canne et au pardessus resta en compagnie des Fitzgerald. Après avoir échangé une poignée de banalités ― comment vont vos enfants, et vos parents alors ? ―, et après avoir échangé un regard difficile à interpréter avec son épouse, Anthony se pencha vers son aîné pour lui demander, sur un ton conspirateur :

« Je vais sûrement vous sembler déplacé une fois encore, mais puis-je vous demander si vous croyez réellement à cette mascarade ? » Les yeux de Natsume étincelèrent brièvement, donnant à son expression un air de satisfaction presque féline. Il fut cependant prompt à reprendre son expression maîtrisée, et à observer le chef de famille avec un étonnement presque sincère.

« Cette mascarade ? Que voulez-vous dire, Anthony ?

Je ne crois pas que ce soit un véritable enterrement. »

Si Natsume faisait tout pour conserver une expression impénétrable, il se réjouissait intérieurement de la tournure de la situation. Visiblement, Anthony avait plus de neurones qu'il ne lui en aurait donnés au premier abord. L'homme avait souvent pensé que son ami et cadet n'était pas exceptionnellement futé, mais il paraissait désormais qu'il savait réfléchir plus loin que le bout de son nez.

Pour autant, l'homme était sans le moindre doute bien loin de saisir tout ce qui se tramait autour d'eux. Et, très sincèrement, Sôseki doutait qu'il soit un jour capable de comprendre ce que signifiait tout cet enterrement. S'il s'approchait de trop près de la vérité, il en payerait les conséquences ― mais l'homme aux cheveux tricolores était curieux de voir comment les choses allaient évoluer.

« Que voulez-vous dire ? reprit-il. Pensez-vous que ce cercueil est vide ?

Je ne sais pas, mais en tout cas, je pense qu'on nous ment. Regardez. » Il tira de son costume pervenche une coupure de presse élimée et la lui tendit. Natsume la saisit avec précautions, avant d'en parcourir le contenu en quelques instants. « C'est le même nom.

Les homonymes existent. Cette rubrique mortuaire a plus de deux siècles. Sans vouloir vous offenser, pensez-vous réellement qu'elle prouve quoi que ce soit ?

Vous êtes un homme malin, Sôseki. Les causes du décès sont identiques.

De nombreux hommes succombent ainsi de nos jours.

Donc, vous êtes persuadé que rien ne cloche ? » Les yeux de l'homme étincelèrent une fois encore.

« Comment comptez-vous l'expliquer ?

Pardon ?

Admettons que vous disiez vrai. Qu'il s'agisse de la même personne. Deux siècles séparent ces décès. Comment l'expliquez-vous ?

En disant qu'il n'existe pas. » Les coins de la bouche de Sôseki s'arquèrent imperceptiblement.

« Vous et moi l'avons rencontré. En chair et en os.

Nous avons rencontré un homme. Mais cette identité, celle que l'on enterre, pourrait être fausse. Il est coutume dans le monde d'usurper l'identité d'un autre. Et si c'est le cas, c'est que l'on a des choses à cacher. »

Sôseki resta un long instant silencieux, avant de secouer la tête en signe de négation et de tapoter le bras de son interlocuteur avec une légère condescendance ― il l'admettait.

« Mon cher Anthony, j'ai bien peur que vous n'affabuliez. » Il baissa ensuite légèrement la voix pour murmurer, de façon à n'être entendu que du blond : « Une aura de mystère entoure de décès, je vous l'accorde. Mais je ne peux que vous conseiller de ne pas ébruiter vos soupçons. »

Le blond tourna dans sa direction des yeux ronds, surpris. Ignorant sa réaction et les questions qui menaçaient de jaillir des lèvres de l'autre, Natsume tourna les talons et entreprit de se diriger vers la sortie de la salle. Avant cela cependant, en passant au niveau de Fitzgerald, il murmura l'idée qui tournait dans son esprit depuis qu'il avait pris la décision de venir à cet enterrement.

« Dans tous les cas, ne pensez-vous pas qu'il faut laisser Osamu Dazai reposer en paix ? »