Basé sur le prompt: "I'm not much of a chef, but… I really hope you like this." Dans le même univers que "You have something in your hair..." et " Sonate d'une coccinelle pour un papillon" mais peut se lire indépendamment.


Dans mon guide tu mérites trois étoiles

Lucien vérifiait que tout mijotait comme il fallait. Ce soir c'était lui qui préparait le dîner, un repas qu'il passerait en tête à tête avec Aurora, sa petite-amie depuis quelques mois. Cette relation était secrète car tous les deux étaient certains que ni le père, ni le frère de la jeune femme n'approuveraient cette relation due à leur différence de statut social. Seuls quelques membres du personnel étaient au courant, mais ils aimaient trop leur petite lady, la seule des de Martel à les traiter comme des êtres humains, pour ne songer ne serait-ce qu'une seule seconde à la trahir.

Depuis plusieurs mois un virus du nom de Covid-19 ravageait le monde, il avait contaminé un nombre impressionnant de personne à travers le monde, et il en avait tué un nombre tout aussi effrayant. La situation était tellement incontrôlable qu'elle avait forcé la plupart des pays à confiner leur population afin de les protéger au maximum en limitant les sorties et les interactions. La France n'y avait pas échappé et cet enfermement forcé avait eu des conséquences sur la santé mentale d'Aurora. Elle ne voyait plus ses amis que par écrans interposés, ses promenades se résumaient à des tours dans le jardin et surtout, ce qui l'affectait peut-être le plus, c'était de ne pas être avec son père et son frère, coincés tous les deux aux États-Unis. Il fallait aussi ajouter à ces absences, le décès d'Elsa, son ancienne nourrice qui avait veillé sur elle de sa naissance à ses quinze ans. Lorsqu'elle avait appris sa mort, Aurora était montée se réfugier dans sa chambre, s'était allongée en serrant fort contre elle une peluche qu'Elsa lui avait offert et avait pleuré pendant des heures. Lucien n'avait pas été là lorsque cela s'était produit et lorsqu'il était rentré chez les de Martel, sa chérie dormait à poings fermés. Aurora, n'avait pu se rendre à l'enterrement, à cause des mesures sanitaires, mais elle avait fait déposer un magnifique bouquet de fleurs sur la tombe.

Depuis le moral de la jeune femme fluctuait entre la joie et la déprime, Lucien n'aimait pas la voir triste, parfois elle lui semblait vidée de toute énergie vitale, alors ce soir, il avait décidé de lui réserver une petite surprise, un petit dîner romantique pour l'aider à mieux supporter cette période chaotique. Il avait demandé à Suzanne la permission d'emprunter sa cuisine, celle-ci avait bien entendu accepté et en avait profité pour rentrer plus tôt chez elle. Il jeta un dernier coup d'œil sur la table afin de s'assurer que tout était parfait, qu'elle était bien dressée et à la hauteur de la soirée. Il entendit bientôt le son des pas d'Aurora qui descendait les escaliers, il alla à sa rencontre alors qu'elle atteignait la dernière marche.

« Tu es ravissante, la complimenta-t-il en l'observant.

Elle portait une robe rouge sombre qui descendait jusqu'en dessous du genoux à laquelle elle avait associé des sandales blanches, ses cheveux encadraient librement son visage, elle ne portait aucune trace de maquillage, et les seuls bijoux qu'elle avait sur elle était un collier en or hérité de sa mère et un bracelet en or (il avait économisé) qu'il lui avait offert pour Noël.

-N'exagère pas, je n'ai fait que m'habiller, répondit-elle avec un petit sourire.

Il se plaça derrière elle, posa ses mains sur les yeux de sa compagne et lui indiqua d'avancer, fort heureusement le couloir était tout droit et il n'y avait aucun meuble qu'elle pourrait percuter. Il la fit s'arrêter devant l'entrée du petit salon et retira ses mains. Elle découvrit la table sur laquelle trônaient des petites bougies parfumées à la lavande, dont elle pouvait humer l'odeur depuis sa place, ainsi que des pétales de roses.

-Pourquoi ce dîner ?, lui demanda-t-elle intriguée.

-Simplement pour le plaisir de passer un petit moment rien que nous deux, répondit-il en la menant jusqu'à son siège.

Il lui lâcha la main éloigna sa chaise de la table, Aurora s'intercala dans l'espace entre cette dernière et la table et lorsque son amoureux ramena la chaise vers elle, elle s'assit dessus.

-Le repas est presque prêt, tu veux boire quelque chose pour patienter ?

-Juste un verre d'eau, pour le moment, on va commencer doucement.

Il lui servit ce qu'elle souhaitait avant de s'excuser et de filer en cuisine. Il retira le couvercle de la marmite et fût soulagé de constater que son potage avait toujours une apparence de quelque chose de comestible. C'était la première fois qu'il cuisinait, il profitait habituellement des plats de Suzanne et avait envie que tout soit parfait pour sa belle. Il reparut quelques minutes plus tard avec deux assiettes dans les mains. Il en déposa une devant Aurora, avant de poser la sienne devant sa place et s'y installer. Il suivit attentivement des yeux sa petite-amie lorsque celle-ci prit sa cuillère en argent, la trempa dans le potage et la porta à ses lèvres. Elle souffla légèrement dessus afin de la refroidir, entrouvrit la bouche et laissa glisser la soupe à l'intérieur de son corps. Le brun en face d'elle n'avait jamais été aussi stressé de sa vie, il voulait tellement réussir ce dîner.

-Il a un goût étrange ce potage, commenta-t-elle après avoir avalé cette première cuillerée.

-Il n'est pas bon, j'en étais sûr, je suis désolé, je vais aller te chercher autre chose, s'excusa-t-il paniqué.

Aurora éclata franchement de rire à cause de l'expression qu'il affichait, elle se reprit aussi vite qu'elle pu de peur qu'il pense qu'elle se moquait de lui.

-Ce n'est pas ce que j'ai dit, j'ai dit qu'il avait un goût particulier, il ressemble à celui que nous prépare Suzanne et pourtant il a une saveur totalement différente mais tout aussi délicieuse, le rassura-t-elle.

-Une saveur différente ?

-C'est cela, je ne saurais l'expliqué, celle de Suzanne est épicée, pleine de vie, comme elle, alors que la tienne est plus douce, plus tendre, un peu comme toi, tenta-t-elle d'expliquer.

-Tu en es certaine, tu ne dis pas cela pour ne pas me faire de la peine ?

-Lucien, ta soupe est très bonne, alors détends-toi,mange en toi aussi et tu verras, lui conseilla-t-elle.

-Euh...oui...d'accord, excellente idée, approuva-t-il.

Il prit sa cuillère, la trempa dans la substance très liquide, et la conduisit jusqu'à sa bouche où il l'avala sans réfléchir. Cette fois-ci ce fut la rousse qui le fixa attentivement, les lèvres d'Aurora s'esquissèrent en un sourire lorsqu'elle vit qu'il semblait satisfait de son travail, heureusement qu'il était là. Elle ne remarqua qu'elle s'était mise à pleurer que lorsqu'elle le vit se lever de sa chaise, et se mettre à genoux devant elle.

-Quelque chose ne va pas, tu ne te sens pas bien ?

-Non, non tout va bien, je réalisais simplement la chance que j'avais de t'avoir ici près de moi. Tu ne sais pas à quel point ta présence m'apporte et me fait du bien. Sans toi, je ne sais pas comment j'aurais pu tenir, surtout sans père et sans Tristan. Merci Lucien, merci d'avoir décidé de rester près de moi, lui confia-t-il en lui caressant les joues tendrement.

Elle se pencha ensuite vers lui et l'embrassa amoureusement afin de lui montrer que tout ce qu'elle venait de dire était vrai, et surtout peu par rapport à ce qu'elle éprouvait pour lui. Il répondit à son baiser, des papillons dans le ventre et le cœur qui battait toujours autant la chamade. C'était parce qu'il l'aimait qu'il avait accepté de rester au service de monsieur de Martel, qu'il acceptait les remarques et les critiques, toujours pour cet amour qu'il s'acharnait à plaire à son patron pour ne pas se faire renvoyer.

-La prochaine fois c'est moi qui serais derrière les fourneaux, mais j'aurais sûrement pris quelques cours avant, suggéra-t-elle en riant.

-D'accord et la fois suivante on le fera tous les deux…

-En amoureux, ajouta-t-elle.

-En amoureux, répéta-t-il en lui souriant du sourire qu'il lui réservait. »

Pendant cette soirée, elle oublia provisoirement la crise sanitaire, l'absence des membres de sa famille et de ses amis, et la mort et la perte d'un être cher, seule la présence réconfortante de Lucien avait de l'importance.