La jeune sorcière était assise sur le canapé en cuir brun de la bibliothèque. Seul son visage semblait vivant. Son corps était d'une immobilité presque irréelle, mis à part le faible mouvement de sa cage thoracique dû à la nécessité de respirer.

C'est son visage qui frappa le sombre professeur lorsqu'il entra dans la pièce. Son visage était rayonnant de vie, tellement expressif qu'il se sentait presqu'indiscret à l'observer ainsi. Elle avait tellement changé, en six années à Poudlard. D'une petite fille un peu ronde, aux incisives trop longues et aux cheveux tellement frisés qu'ils semblaient crépus, elle était passée à une adolescente qui… Non, se dit-il, c'est une jeune femme… Une jeune femme donc, de taille moyenne, qui avait reçu ses formes de femme, juste comme il le fallait. Elle n'était pas devenue belle à proprement parler. Mais ses traits et son aura étaient saisissants. N'importe quel sorcier légèrement réceptif pouvait affirmer qu'elle était plus puissante que la moyenne des élèves terminant leur sixième année d'instruction. Son amitié avec cet abruti de Potter lui avait sans doute valu les quelques marques d'inquiétude que son visage présentait. Ses sourcils étaient continuellement froncés, et sa bouche légèrement crispée. Elle semblait ailleurs.

Minerva l'avait remarqué, elle aussi, et lui avait partagé sa préoccupation. Au cours des dernières semaines, Miss Granger avait été distraite, demandant à chaque Professeur un accès à la Réserve, sous un prétexte ou un autre.

Inconsciente de la scrutation dont elle faisait l'objet, Hermione soupira profondément puis d'un geste mécanique conjura sans baguette un carnet sur lequel elle griffonna quelque chose au stylo. Elle fit disparaître le tout et sortit sa baguette. Elle fit apparaître un coffret en bois d'ébène, puis exécuta avec précision et en silence un schéma complexe pour en enlever les protections. Le Professeur leva un sourcil très intéressé. Elle préleva une fiole vide dans le coffret, l'ouvrit puis plaça sa baguette contre sa tempe. Elle en sortit un filament blanchâtre qu'elle déposa dans la fiole avant de la sceller, de la replacer dans le coffret, de replacer les sorts de protection et de renvoyer le coffret dans il ne savait quel univers parallèle où il resterait intouchable jusqu'à ce qu'elle le conjure à nouveau auprès d'elle.

Elle était douée, pleine de ressources et beaucoup plus avancée qu'il ne l'avait soupçonné.

D'abord, elle utilisait la magie sans baguette, puis elle protégeait ses objets avec des sorts silencieux… Il devint soudain très curieux quant aux projets extra-scolaires de son étudiante. Se focalisant sur l'aura de la jeune femme, il projeta sa magie vers elle, pour la sonder. S'il la connaissait bien, elle avait dû glaner par Potter quelques références sur l'occlumentie et la légilimencie.

Sentant la présence magique de l'enseignant, Hermione releva la tête et fixa d'un air grave son Professeur de Défense contre les forces du mal.

- Bonjour Miss Granger.

- Bonjour Professeur.

Il scrutait son visage à présent, et ne voyait rien. Elle était concentrée sur lui, ses yeux le voyaient, mais son visage si expressif il y avait à peine quelques instants, était devenu comme mort. Aucune émotion ne s'y lisait, aucune de ses pensées ne filtrait à travers ses défenses mentales. Pas seulement Potter, donc. Elle est entraînée.

- Albus ?

- Lui-même, Professeur.

- Bien, il a regagné un peu de bon sens…

- Malgré le sort qui lui ronge la main…

- Oui, malgré cela en effet.

- Professeur, puis-je vous poser une question ?

- Est-ce que j'ai déjà réussi à vous en empêcher ? demanda-t-il avec un léger sourire.

- Est-ce que vous allez vraiment tuer le Directeur ?