Une petite fic qui me tenait à cœur depuis un moment, car les deux films de Tim Burton sont mes préférés de Batman.

J'aime l'allure des personnages, le côté retro-gothique de Gotham, les musiques, et si certaines scènes d'action ont mal vieilli, le jeu d'acteur est exemplaire : Jack Nicholson en Joker ? Parfait. Michelle Pfeiffer en Catwoman ? Divine. Danny DeVito en Pingouin ? Iconique. Les gens ont tendance à oublier Michael Keaton, mais je suis très attachée à son Bruce Wayne totalement décalé par rapport au monde, assez fantaisiste, dont les lubies sont confondues avec des caprices de riche... Des fans reprocheront à Burton le fait que Batman ne respecte pas le code du "zéro meurtre", mais le réalisateur s'est appuyé sur les vieux comics où cette règle n'était pas vraiment mise en avant.

Ce sont des films qui ont marqué mon enfance et que je revois avec toujours un grand plaisir.

D'ailleurs, quand je parle du couple Batman et Catwoman, c'est à Batman Returns que je pense en premier, et Michelle Pfeiffer étant ma version préférée de ce personnage, j'avais envie d'écrire quelque chose exclusivement centrée sur elle.

Je ne souhaite pas faire une suite "100% fidèle" en imitant seulement Tim Burton car j'ai mon propre style et mes propres idées, mais je vais rester fidèle à sa version de Batman, reprenant les éléments les plus importants et ce qui lui tient souvent à cœur. D'ailleurs, je ne spoilerai pas l'ennemi principal de cette fic, mais je pense que c'est un méchant que Burton aurait aimé représenter (et que j'adore également, mais j'adore tous les ennemis de Batman, donc bon...), et j'ai imaginé cet ennemi sous les traits d'un de ses acteurs fétiches, je serai curieuse de savoir si vous devinez duquel il s'agit ?

Par contre, si vous devinez son identité avant la révélation, ne le mentionnez pas en commentaire, s'il vous plaît ! Ni après, pour garder la surprise si des lecteurs liraient les avis avant de commencer la fic ! Merci~

(Par contre, je lirai vos MP avec plaisir si vous devinez avant)

La fic est prévue en 12 chapitres et ils seront assez inégaux en termes de longueur, idem pour le planning : la priorité reste Gotham nous appartient, cette fic me sert surtout pour m'aérer la tête et ne pas rester "bloquée" quand je n'arrive pas à avancer sur l'autre.

Bonne lecture !


« C'est curieux les dames ! Il faut toujours se demander si on les a rendues heureuses… »

Jean Anouilh


« I was beat

Incomplete

I'd been had, I was sad and blue

But you made me feel

Yeah, you made me feel

Shiny and new »

Like a Virgin — Madonna


Elle se souviendrait longtemps de monsieur Wayne.

Elle s'en souviendrait longtemps, sans trop vraiment savoir quand, ni comment elle était tombée amoureuse. Elle l'avait pourtant haï, haï comme elle avait haï Maximilian Shreck, comme elle avait haï Oswald Cobblepot… À moins qu'elle n'ait mal interprété ces brûlures du cœur depuis le début ?

Retenant un soupir, Selina resserra son manteau — une vraie merveille noire ; elle s'y sentait mieux qu'un chat dans sa fourrure — autour de sa gorge et affronta le vent qui se levait.

Selina ne devait pas succomber à la déprime générale, rongée par les questions alors qu'une nouvelle année s'offrait. La première de sa dernière vie.

Les jours commençaient à rallonger, mais les mines des passants se peignaient encore en gris de fatigue : tout le monde s'était habitué aux guirlandes pour les fêtes de fin d'année, les flocons en néon, les anges en plastique doré, les grappes de boules de Noël… au point que, ce soir, les bâtiments semblaient nus, dépouillés de leurs bijoux annuels. Une nudité crue qui rappelait la tristesse de la saison.

Maintenant que les étoiles avaient reculé dans le ciel et que la magie de l'hiver avait disparu, les regards ne se levaient plus ni vers les façades, ni vers les toits… Mais Selina, de son côté, avait trouvé le subterfuge parfait : les étoiles, elle les portait, le luxe, elle s'en parfumait, le velours, elle l'avait sur les lèvres.

Comme elle avait changé ! La Selina Kyle empotée engagée par Maximilian Shrek était décédée quelques jours avant Noël et, de cette chute, Catwoman était née, précieuse et provocante.

Aussi agile et impertinente qu'un félin, elle s'invitait dans tous les mondes qui l'intéressaient : dans ce nouveau quotidien, les chambres d'hôtel miteuses se succédaient aux villas en bord de ville, les jeans et vestes en cuir aux robes cocktail… Selina conjuguait des styles de vie opposés sans peine, passant du statut de chat de gouttière à celui de Sphynx authentique, et ce, grâce à un culot tout à fait félin.

Les matous avaient les souris et les oiseaux, tandis que Catwoman, elle, chassait une proie tout à fait différente : la chance.

Et elle sentait que cette nuit, ses griffes allaient se planter dans une belle prise.

Au bout de Franklin Avenue, la neige recouvrait la pelouse d'un parc partagé entre quatre immeubles luxueux. Souffrant sous les nombreux allers et venues, le tapis blanc devenait gris, imitant le granit. En opposition, les moulures qui ornaient les fenêtres des bâtiments autour gardaient leur couleur pure, le froid de l'hiver les préservant sous un vernis de glace.

Un chat noir venait de se glisser sous un buisson pour se cacher, ne laissant derrière lui qu'une série de petits trous formés par ses pattes. Le bois sombre qui s'épanouissait près de lui en longues lignes tordues lui faisait l'impression d'une cage, mais quand on errait dans une ville aussi animée que Gotham, on se contentait de n'importe quel abri.

S'il avait pu s'entretenir avec un être humain, le félin aurait appris que les Gothamites cherchaient le même genre de refuge : s'enfermer pour mieux survivre.

Un tintement perça le silence du soir, attirant l'attention du chat qui se baissa pour apercevoir un chemin déneigé à quelques mètres de là.

De hauts talons résonnèrent sur ce pavement encore humides, suivis d'un pas plus lourd et pressé.

« Madame ? »

Les jambes fines, noires des escarpins jusqu'aux collants, s'arrêtèrent dans le champ de vision du félin. Entre le large manteau d'astrakan, les gants en cuir et l'écharpe sombre, Selina aurait pu ressembler à une reine d'ombres, seulement couronnée de ses cheveux bouclés, d'un blond presque blanc.

L'homme l'avait rattrapée et lui tendait une boucle d'oreille.

« Vous avez fait tomber ceci. »

Dans l'autre main, l'inconnu tenait une mallette. Celle-ci était faite dans un beau cuir marron. Sur le verrou était gravé le nom d'une marque connue — Selina les avait apprises scrupuleusement comme une enfant apprendrait l'alphabet —, et, détail intéressant, elle ne semblait pas assez lourde pour appartenir à un simple secrétaire.

« Oh, mais ce n'est pas à moi. » Répondit Selina avec un large sourire, soulevant ses cheveux pour montrer les saphirs taillés en larme qui pendaient à ses oreilles. L'homme se retrouva alors confus, perdant ses mots. « Dîtes-moi, ne serait-ce pas un prétexte pour me souhaiter une bonne soirée ? »

Unique témoin de l'échange, le chat noir aurait pu confirmer que la boucle d'oreille était bien tombée du manteau de la femme, lui appartenant vraisemblablement, mais même s'il avait pu parler, il serait resté complice de cet autre félin.

Après un instant d'hésitation, l'homme se mit à sourire plus franchement :

« … Non, mais si cette boucle d'oreille est tombée du ciel, alors c'est la chance que j'attendais pour pouvoir vous parler. Où comptez-vous passer une bonne soirée ?

— Au Gotham museum. Même si j'ignore encore si la soirée sera vraiment bonne.

— Vous allez au vernissage de la photographe Jane Doe ? »

Selina confirma d'un signe de tête.

L'artiste s'était spécialisée dans des portraits en noir et blanc et, de loin ou de près, les visages des modèles disparaissaient toujours dans l'ombre, derrière un voile ou le rebord d'un chapeau. Anonyme était le mot d'ordre de ses œuvres.

« Vous l'avez déjà vu ?

— Non, je n'avais trouvé personne qui était assez intéressée pour m'accompagner. »

Visiblement, il tendait une perche, mais Selina ne la saisit pas, se contentant de hocher la tête.

Il y avait de ces chats qui veulent jouer avec vous et, au moment où vous tendez une baguette avec une peluche en forme de souris au bout, ils se contentent de vous regarder, ruinant vos efforts.

L'homme interpréta ce silence comme une distance établie entre étrangers, alors il tenta d'en savoir plus sur elle :

« Je ne vous avais jamais vue par ici. Vous venez d'emménager ?

— Tout à fait. » Selina désigna l'immeuble derrière elle, un peu plus loin. Une monstruosité en verre et en métal, mais en architecture, l'acier valait parfois autant que l'or. « Appartement 16. »

Trente minutes auparavant, Selina Kyle s'était glissée dans le hall de la résidence qu'elle montrait. Là, elle avait glané les noms sur les boîtes aux lettres qui s'empilaient près de l'ascenseur. Puis, après être montée, elle avait traversé quelques couloirs comme si elle habitait ici depuis des années, le menton haut tout en sachant que cette odeur de produits ménagers au jasmin ne serait jamais familière.

Grâce aux boîtes aux lettres, elle savait que l'appartement 16 n'était pas occupé et, devant la porte, Selina avait constaté qu'il s'agissait de la seule entrée qui n'était pas décorée.

Même si l'homme le savait aussi, il se dirait qu'elle n'avait pas encore eu le temps d'y inscrire son nom.

Quel était son nom, d'ailleurs ?

« Kathy. Et le vôtre ?

— Bruce. »

Il ne comprit pas pourquoi ce sourire rouge s'était agrandi dans un soubresaut, avant de s'ouvrir sur un éclat de rire ravi.

Parfois, le hasard faisait très bien les choses.

Elle posa sa main sur la mâchoire de l'homme, retenant son attention, son regard, peut-être même son souffle.

« Aimez-vous l'art, Bruce ? »


En rejetant sa tête en arrière, la nuque de Selina toucha le rebord du matelas. Tête à l'envers, elle admirait la reproduction du buste de Néfertiti posée sur la commode. Ce visage qui avait mûri ses secrets au fil des siècles restait froid, dur, opposé à celui de Selina qui sentait les fourmillements atteindre sa bouche et sa langue.

Avec un hoquet ravi, elle amena un oreiller contre son visage et étouffa le geignement qui grimpa le long de sa gorge.

L'homme — quel bonheur qu'il s'appelle Bruce, elle avait pu répéter son nom à l'envi — laissa encore ses lèvres un instant contre celles gonflées, fier de son effet. Tant mieux : qu'il garde sa tête encore un peu entre ses jambes pour qu'elle ne puisse pas voir son visage. Qu'elle soit libre de lui donner les traits qu'elle voulait.

Après l'instant de répit accordé, Selina sentit des baisers couvrir son ventre, graduant la progression de son amant vers elle. Pour maintenir le charme de l'illusion, elle bascula sur le ventre, préférant une position alanguie pour accueillir ce partenaire d'une soirée, et une fois qu'il fut entré, elle cambra ses reins pour qu'il termine plus vite.

Tendre jusqu'au bout, Bruce l'embrassa entre les épaules, la caressant avec des gestes d'idolâtrie. L'odeur de parfum s'accentuait avec la sueur encore nouvelle, emplissant ses poumons. Puis, il imita les chats avec plus de douceur en lui mordillant la nuque, ses dents glissant sur cette peau déjà tendue… mais Selina ne voulait plus d'offrandes charnelles : elle avait été comblée et une autre étape l'attendait.

Elle croisa ses chevilles et resserra ses cuisses, sentant son amant sursauter de plaisir. Elle souriait, emplie du sentiment d'être plus puissante que le buste légendaire mais immuable. Ce premier soubresaut fut suivi rapidement d'un second, puis d'un troisième. Selina sentit l'homme éjaculer à l'intérieur sans que cela éveille la moindre inquiétude : après tout, elle était morte en quelque sorte, et sa renaissance lui avait coûté la capacité de donner la vie.

Bruce resta un instant contre elle, passant un bras autour sa taille pour l'étreindre. Certains hommes ne pensaient jamais au rituel urinaire que les femmes devaient suivre juste après l'amour…

Selina remua sa hanche, lui faisant comprendre qu'il devait se relever, puis, un mouchoir plaqué entre ses cuisses, elle lui demanda où se trouvaient les toilettes.

« Elles sont dans la salle de bains, la porte juste à droite quand tu sors. »

Dans la salle de bains ? Parfait.

Après avoir enfilé seulement sa veste de tailleur, la laissant ouverte, Selina quitta la chambre sous le regard de son amant conquis.

Maintenant que l'homme n'était plus accroché à elle, le visage collé contre le sien, Selina pouvait observer — évaluer — l'appartement. L'endroit avait beau être petit, il semblait indéniablement cher ; parfait pour un célibataire fortuné.

Les murs blancs s'effaçaient derrière des photographies professionnelles, soit des portraits grandeur nature, soit des paysages réduits aux dimensions d'une carte postale, composant des mosaïques d'horizons. La mallette avait été abandonnée par terre, juste à côté de leurs manteaux. Le porte-feuille devait s'y trouver, mais il n'intéressait pas l'invitée.

Selina se détourna de ce salon et se dirigea vers la salle de bains qui était dans un style aussi épuré que celui du salon.

Assise sur la cuvette, Selina regardait la douche à l'italienne : spacieuse et propre, elle comptait bien en profiter avant de repartir de cet appartement. Au-dessus du lavabo, une petite vitre servait de support à différents produits de soin. L'absence du parfum se remarquerait trop vite…

Selina ne tira pas la chasse tout de suite, laissant croire qu'elle n'avait pas terminé, et s'approcha de l'armoire étroite faite en ébène juste en face d'elle. Le bois diffusait une odeur agréable, unique même dans une ville aussi grande que Gotham.

Tout en haut, il y avait l'étage pharmacie avec le strict nécessaire ; Bruce semblait avoir une santé de fer. Peu importait, les médicaments n'étaient pas ce qui intéressait Selina. Son regard descendit vers une pile de serviettes, deux flacons de produits ménagers, et… oh, une boîte rectangulaire avec un effet écaille de tortue.

En silence, Selina sortit la boîte et la posa au sol. Un rictus se dessina sous ses traits fatigués : sous le couvercle, elle trouva une dizaine de boutons de manchette, s'associant par paires. Le propriétaire avait des goûts sobres : pas de pierres voyantes, pas de formes originales, la plupart se composait uniquement d'argent, d'acier, d'émail ou d'or, griffé par des lignes fines qui évoquaient des formes élégantes.

Selina saisit un bouton rectangulaire marqué par un horizon de ville : la ligne noire et froide remplaçait celle que le soleil dessinait dans la réalité, séparant le concret et le céleste.

« Tu es bien joli, toi. » Souffla Selina. Elle souleva le bijou pour tester son éclat sous la lumière. « Et il faut bien que je prenne ton frère : je ne veux pas que vous soyez séparés. »

Le second bouton rejoint son jumeau et, après s'être assurée qu'aucune initiale n'était gravée dessus, Selina referma son poing et ne libéra son trésor qu'une fois dans la poche de sa veste.

Enfin, elle tira la chasse d'eau.


Selina Kyle, ancienne secrétaire maladroite de Maximilian Shreck, chapardait au gré de ses caprices : discrète et talentueuse, personne n'avait encore découvert ses talents pour d'éventuels contrats, et c'était tant mieux, car elle ne les aurait pas accepté.

Chaque vol était un revanche personnelle sur ses vies précédentes, comblant des vides, des frustrations, des déceptions. Le poids des bijoux, des pièces anciennes et des pierres précieuses remplaçait celui d'un souvenir, ou plutôt, d'un rêve : celui d'avoir effleuré le chevalier servant, celui en armure noire.

Sauf qu'elle n'était ni princesse, ni châtelaine, ni duchesse : elle n'était qu'une demoiselle en détresse abandonnée à son triste sort… Sauf si, bien sûr, les princes charmants pouvaient arriver sous la forme d'une troupe de chats, mais Selina préférait croire qu'elle avait été ramenée à la vie par une sorcière, une femme si laide qu'elle était obligée de se diviser dans plusieurs félins pour pouvoir circuler dans Gotham, recherchant des corps et des âmes brisés pour les lancer sur une poursuite de vengeance. Espérait-elle qu'au bout de cette course ils seraient réparés ou… ?

Lors de ses insomnies, Selina se posait cette question en boucle jusqu'à ce qu'elle parvienne à se tourner vers des images plus agréables, impliquant souvent le propriétaire du manoir Wayne.

Pourtant, même si elle y revenait très souvent dans ses fantasmes, Selina ne comptait pas retourner dans ce château, l'épargnant de ses lubies. Après tout, elle possédait déjà le bien le plus précieux de Bruce Wayne : son secret.

D'ici que leurs chemins se recroisent — même dans une ville aussi grande que Gotham, c'était probable —, Catwoman vivait pleinement sa revanche, quittant les lieux qu'elle avait visités comme des pages tournées et oubliées, sans jamais se retourner.


Quand Bruce revint deux jours plus tard, le cœur encore gorgé de fascination pour cette femme, il sonna à l'interphone sans nom. Déçu que personne ne lui réponde, il retenta le lendemain, sans plus de résultat.

Bruce trouva ensuite le concierge et le questionna sur la nouvelle occupante, mais l'homme lui apprit que l'appartement était inoccupé depuis plusieurs mois et qu'il n'avait croisé aucune femme du nom de Kathy.