Dans l'agitation qui avait suivi son accouchement personne n'avait songé à remettre ses chaînes à Rashta. L'accouchement avait été éprouvant après tout et nul de s'attendait à ce que la pauvre esclave qu'était Rashta soit capable de seulement quitter son lit.

Ah, si seulement...

Rashta avait subi bien pire et avait dû se relever malgré tout comme si de rien n'était !

Aujourd'hui était sa seule chance, et elle ne la laisserait pas passer.

La nuit venait tout juste de tomber lorsque Rashta atteignit l'arrière-cour, presque vide à cette heure-ci. Le cœur de Rashta se serra à lui en faire mal lorsqu'elle avisa un petit chariot branlant, attelé dans un coin de la cour, dans lequel était étendu un corps, caché par un vieux drap souillé.

- Cécille...

Elle ne devait pas pleurer, pas maintenant. Rashta enfonça violemment ses ongles dans la paume des ses mains pour juguler le trop plein d'émotions qui l'envahissait. Une fois que Rashta se fut un peu calmé elle se dirigea vers le chariot et se glissa sous le drap avant de se coller contre le corps froid qui y était dissimulé. La cachette de Rashta était loin d'être parfaite, n'importe qui prêtant un peu d'attention au contenu du chariot remarquerait que la forme du drap ne correspondait pas à une seule personne et ce même avec l'obscurité qui s'intensifiait. Mais ce n'était pas grave. Personne ne leur prêtait jamais attention après tout.
Rashta patienta un moment avant que quelqu'un ne s'installe à l'avant du chariot et mette le cheval au pas et quitte la demeure maudite du vicomte.

Lorsque l'aube pointa, Rashta était la seule sur le chariot. Elle avait abandonné l'homme et le cadavre en pleine forêt après avoir menacé le premier à l'aide d'un couteau volé en cuisine et l'avait forcé à décharger le corps avant de s'enfuir avec l'attelage. L'homme parviendrait sûrement à regagner la demeure du vicomte mais le corps de son amie, lui, finirait dévoré par les loups. Peu importe. Elle était morte à présent et les esclaves n'avaient pas le droit aux funérailles de toute façon.

Rashta tira sur les rênes pour faire arrêter le cheval devant une forêt de vieux chênes. Si Rashta ne s'était pas trompé de chemin, elle devait normalement être devant le bois privé de l'empereur ou il allait régulièrement chasser.

Après avoir sauté du chariot Rashta donna une grande claque au cheval pour le faire repartir au galop. Des gens finiraient sûrement par le trouver, et il était préférable que ce soit loin d'ici.

Rashta prit un instant pour rassembler sa détermination.

La prochaine étape du plan reposait principalement sur sa chance.

Rashta était belle, Rashta avait cet air pur et fragile qui donnait envie de la protéger, Rashta savait cela, ça lui avait déjà été utile en de nombreuses situations. Si elle parvenait à trouver l'empereur et à lui faire suffisamment pitié pour qu'il veuille la sauver, peut-être parviendrait-elle à le séduire alors elle pourrait devenir concubine et alors elle n'aurait plus jamais à lutter pour sa survie. Rashta pourrait enfin vivre !

Et si l'impératrice était aussi extraordinaire qu'elle l'avait entendu, peut-être prendrait-elle elle aussi Rashta en pitié, peut-être pourraient-elles devenir amies ! Rashta l'espérait tellement.

Mais pour ça il fallait déjà qu'elle trouve l'empereur.
C'est en se répétant ces doux songes que Rashta pénétra dans la forêt.

Elle y resta une semaine avant de tomber dans l'un des pièges de l'empereur.

La chance lui avait souri, finalement.