« Vous avez entendu, il paraît que Mademoiselle Rashta serait une esclave ! »

Rashta se précipita dans son lit et enfouit son visage dans son oreiller pour ne pas crier. Qu'est ce que ça pouvait bien leur faire que Rashta soit ou non une esclave !
Ne pouvaient-ils pas se mêler de leur cul pour une fois ?!
Ou peut-être pensait-ils qu'elle avait voulu devenir une esclave ? Elle n'avait même pas commis de crime ! Et Rashta était sûre que chacun de ces bien nés hurlent à l'injustice si on leur demandait de payer pour les crimes de leurs parents !
Et quand bien même aurait-elle commis un crime, rien ne justifiait de devenir esclave !

Rashta essaya de lutter contre les souvenirs qui remontaient, mais en vain. Elle fut finalement submergée par les vestiges d'un passé qu'elle ne voulait pas se remémorer.

OOOOOOO

Le premier souvenir de Rashta était le visage de sa mère qui lui expliquait ce que signifiait leur statut d'esclave. Avec le temps Rashta avait finit par oublier la plupart des détaille et aurait été incapable de décrire l'expresion de sa mère ou ce qu'elle portait ce jour là, mais les mots qu'elle lui avait dit alors s'étaient gravé en elle.

« Dans ce royaume il arrive que des gens qui ont commis des crimes soient punis en se voyant retirer le statut d'humains pour devenir des objets au service des nobles. Et si leur faute est très grave alors il arrive que ce soit aux enfants des condamnés de finir d'expier la faute de leurs parents. Mais il y a une autre solution. Parfois il arrive qu'un esclave ayant eu un comportement exemplaire se fasse libérer plus tôt par son maître. C'est pourquoi tu dois toujours veiller à bien te comporter sans protester. Tu as compris Rashta ? Promets moi de toujours te comporter en bonne esclave, tu me le promet ma chérie ? »

Et Rashta avait promis.

Après ça Rashta avait essayé pendant des années de respecter la consigne de sa mère.

« Être une bonne esclave ».

Désormais Rashta ne ressentait plus que mépris envers ces mots, envers ce faux espoir qui n'était qu'un autre moyen de s'assurer de leur docilité.

Il arrivait effectivement que des esclaves soient libérés avant l'écoulement de leur peine mais cela nécessitait généralement deux conditions. Premièrement l'esclave en question devait accomplir un grand exploit comme sauver quelqu'un de haut placé. Deuxièmement le maître de et esclave devait être une bonne personne qui acceptait de rendre la liberté à l'esclave. Et si la première condition, bien que très difficile à remplir pour Rashta n'était pas totalement impossible, Rashta et sa mère n'avait pas la chance d'avoir un maître correspondant au deuxième critère.

Mais ce savoir l'enfant qu'elle fus avait dû payer de son sang pour l'apprendre.
Allongé sur son lit Rashta avait cessé de lutter.

Lorsque Rashta eut 8ans elle ne fut plus la seule enfant du domaine.
Cécile, 10ans, avait été prise à voler chez un nobles. Il se trouvait que plusieurs nobles de la région avaient été volés et l'un d'entre eux avait même été blessé. En trouvant Cécile les autorités avaient pensé qu'elle faisait partie de la même bande de voleurs et lorsqu'elle ne pu leur donner plus d'information sur cette bande ils prirent cela comme un refus de coopérer et ils décidèrent que Cécile servirait d'exemple. Trop jeune pour être mise à mort, on fit d'elle une esclave que le vicomte Roteshu acheta à bas prix.
Cécile racontait sans cesse qu'elle n'avait rien à voir avec une quelconque bande de voleur et que c'était même la première fois qu'elle se risquait à voler un noble. Mais personne d'autre que Rashta ne l'ecouter.

Malgré sa situation Cécile était d'un naturel optimiste et croyait fermement que si elle se comportait parfaitement le vicomte pourrait se prendre d'affection pour elle et raccourcir sa peine voir même l'embaucher. Et une fois, caché dans leurs draps, Cécile avait fait part à Rashta de son rêve le plus secret, son espoir le plus fou : réussir à se lier suffisamment avec la famille de vicomte pour qu'ils l'adopte et fassent d'elle une des leur, et alors fini la faim et le labeur !

L'enfant qu'était alors Rashta avait été convaincu des chances de ce plan par l'enthousiasme de son amie. Elle savait désormais à quel point ce rêve avait été utopique.

Quoi qu'il en soit Rashta avait été plus que ravie d'avoir une amie avec qui jouer une fois le travail terminé.
Les deux fillettes étaient rapidement devenues inséparables et il était devenu habituel de les voir jouer ensemble devant le baraquement des esclaves ou de les voir effectuer ensemble leur tâches quotidiennes.

Un jour qu'elle travaillait dans le jardin un serviteur vint les chercher. Apparemment Rebetti, la fille de vicomte, les avait vu toutes deux depuis sa fenêtre et désirait jouer à la poupée avec elles.
Rashta se souvenait parfaitement de l'expression de Cécile à ce moment-là. C'était l'occasion dont elle avait tant rêver, qu'elle avait souhaité avec tant d'ardeur ! Jamais Rashta ne l'avais vu plus heureuse quand cet instant.

Et jamais plus elle ne reverrait cette expression.

Ce fut folle de joie qu'elles suivirent le serviteur jusqu'à la chambre de la Rebetti, mais pour cette dernière « jouer à la poupée » n'avais pas vraiment la même signification que pour Cécile et Rashta.

Aujourd'hui Rashta avait honte de son enthousiasme d'alors. Elle aurait pourtant dû se douter de la suite. Cécile et elle étaient des esclaves, et en tant que tel elle n'était pas considérée comme des humaines mais comme des objets.
Donc si Rebetti voulait « jouer à la poupée » avec elles, il était logique qu'elles aient le rôle des poupées.

La déception fut grande pour les deux enfants quand elle le comprirent mais Cécile s'efforça néanmoins de faire bonne figure et poussa Rashta à en faire de même.
Après leur avoir fait porter de vieilles robes abîmées Rebetti assigna son rôle à Cécile : elle s'appellerait Narcissa et serait sa dame de compagnie. Visiblement un peu consolé d'avoir un si bon rôle Cécile répondis avec empressement :

- C'est un immense honneur pour moi de jouer le rôle de votre dame de compagnie m….

CLAC !

Rashta sursauta au bruit et regarda estomaqué Rebetti qui foudroyer du regard son amie après l'avoir si violemment frappé.

- Tais toi ! Tu as déjà entendu une poupée parler ?! Si tu l'ouvres encore je te ferais fouetter ! Ne vous avisez plus de faire quelque chose que je ne vous ai pas demandé !

Visiblement sous le choc Cécile ne réagit pas immédiatement ce qui dû déplaire à Rebetti qui lui asséna une nouvelle claque.

- Tu n'as pas entendu ce que je viens de dire ?

Cette fois Cécile acquiesça précipitamment. Visiblement satisfaite, Rebetti se tourna alors vers Rashta.

- Toi tu sera Ursule, une noble jalouse de moi !

Rashta ne put masquer la répulsion que ce nom lui inspirait. Ursule vraiment ?! Néanmoins les marques sur les joue de Cécile ainsi que son regard la suppliant de ne pas faire de vague convainquirent Rashta de jouer le jeu sans protester. Sans compter que Rashta avait repéré une cravache posée sur une table et qu'elle ne tenait pas spécialement à ce que Rebetti décide de s'en servir.
Rebetti les laissa finalement partir lorsqu'il fut l'heure pour elle de prendre ses leçons, avec tout de même pour tâche d'avoir laver les robes qu'elles avaient utilisées dès le lendemain. Rashta pria pour que ce soit la dernière fois qu'elles étaient ainsi invitées.

Hélas elle ne fut pas exaucé, sans doute que le ciel lui non plus ne se souciait pas du sort d'une esclave.

Le lendemain elles furent de nouveau convoquées pour jouer à la poupée, tout comme le surlendemain et tous les jours qui suivirent, et chaque jour Rashta sentait un profond sentiment d'humiliation monter en elle. Mais malgré ça elle ne dit rien. Elle devait être une « bonne esclave » comme sa mère et Cécile ne cessaient de le lui répéter. Alors chaque jour elle s'efforçait de faire bonne figure, et chaque jour sa colère grandissait.

La situation s'empira encore quand les serviteurs puis les autres esclaves se mirent à appeler les deux fillettes par les noms donnés par Rebetti. Si Cécile s'en accommoda, Rashta était furieuse de s'entendre appeler par ce nom infamant même hors de la salle de jeu et reprenait systématiquement tout ceux qui ne la nommait pas correctement, au point que sont nom devienne le mot qu'elle prononçait le plus chaque jours.

Avec le recul Rashta se disait qu'elles auraient sûrement pu deviner la suite des événements.

Ce fut lors d'une partie de « jeu » que tout dégénéra.

Ce jour la Rebetti avait décidé qu'elle jouerait une réception mondaine donnée par l'impératrice, le rôle de l'impératrice étant revenu à un mannequin sur lequel était exposée la nouvelle robe de Rebetti, selon elle une copie d'une des robes de ladite impératrice. Cécile et Rashta avaient pour rôle deux nobles jalouses de Rebetti lui servant de faire valoir face à l'impératrice. De fait, ne savant rien des manières des nobles Cécile et Rashta s'était vu moqué leur manière et leur ignorance pendant deux bonnes heures. Mais ce qui énervait le plus Rashta ce jours là, c'était que Rebetti leur ai demandé de se renverser un verre de jus de fruit sur les vêtements. Au vu de la couleur et de l'odeur, Rashta pensait qu'il s'agissait sûrement de raisin, particulièrement dur à laver. Rebetti n'avait jamais acquitté les deux fillettes de la tâche ingrate de nettoyer les robes et elle avait déjà battu violemment les deux fille car les robes n'étaient pas assez propres à son goût.

- Ursule rapproche le plateau à thé.

Ces tâches était une vrai plais, et Rashta était bien plus occupé à chercher un moyen de les enlever que sur le jeu aussi elle répondit machinalement.

- Rashta va chercher le plateau à thé.

La pièce sembla se figer.

Hébéter Rashta porta sa main à ses lèvres. Elle avait vraiment dit...?
Rebetti se tourna vers Rashta, visiblement mécontente.

- Pardon, tu as dit ?

C'était pour Rashta l'occasion de réparer son erreur ! Certainement que si elle ne disait rien et secouait la tête pour faire signe qu'elle n'avait rien dit Rabetti ferait comme si de rien n'était et tout continuerait comme avant ! Rashta pouvait voir Cécile dans le dos de Rebetti qui l'implorait du regard de faire, une fois de plus, profil bas et de supporter en silence. C'était la meilleure chose à faire. Mais dans l'esprit de Rashta, pour la toute première fois, la colère parvint finalement à remplacer la peur, et c'est en regardant sa maîtresse droit dans les yeux que Rashta répondis d'un ton bien plus assuré qu'elle ne l'était :

- Rashta va chercher le plateau de thé.

La suite Rashta n'en conservait qu'un très vague souvenir, obscurcie par un nuage de souffrance et de sang. Elle se souvenait qu'elle avait dû tomber, peut-être que certaines mèches de ses cheveux avaient été arrachées. Encore aujourd'hui il lui arrivait de se réveiller brusquement la nuit après que son subconscient se soit rappelé de cette journée.

Rashta se leva brusquement et chassa les larmes qui était venu se loger contre ses cils. Après ce jour Rashta n'avait plus jamais été invité à jouer dans la chambre de Rebetti et elle n'avait plus reçu que les plus mauvaises tâches, et ce avant même qu'elle ne se soit remise de ses blessures.

Rashta avait continué à parler d'elle à la troisième personne. Cette façon de parler était devenue pour elle un acte de rébellion, la preuve qu'elle ne se soumettait pas totalement. Qu'elle n'était et ne serait jamais une « bonne esclave », et qu'elle ne chercherait plus jamais à l'être.
Bien sûr Rashta craignait les coups et ne voulait pas se faire tuer, alors elle n'allait pas plus loin, mais à l'époque ce refus d'obéir, même anodin, lui avait donné de la force pour tenir.

Évidement maintenant elle n'était plus esclave, elle n'avais plus besoin de quelque chose à quoi s'accrocher pour survivre. Et abandonner cette façon de parler l'aiderait sûrement à mieux s'intégrer parmi les nobles.

Mais elle ne voulait pas. Changer sa façon de parler aurait été pour elle comme renoncer à se battre, comme accepter de tout oublier.
Et si elle n'accordait aucune valeur aux souvenirs de cette vie et aurait même aimé pouvoir tout effacer les oublier signifiait également oublier sa rancœur. Sa haine.
Ça, elle ne voulait pas l'oublier.

Elle n'oublierait pas