Ça fait longtemps que je n'ai plus écrit de fanfic, mais le DazaAtsu m'a inspirée, donc me revoilà avec un one-shot !


Dazai était assis sur le bord du toit de l'agence. Il fixait la rue bordant le bâtiment, le regard vide. Il avait beau se tenir à plusieurs dizaines de mètres du sol, il ne ressentait aucune peur. Même si par inadvertance, il venait à tomber de l'immeuble, ce qui l'attendait n'était qu'une chute de quelques secondes, une douleur probablement inimaginable au heurt du sol, puis son dernier souffle.

Rien de bien grave en somme. Seulement, la mort d'une personne insignifiante qui n'était jamais parvenue à trouver une raison de vivre. Un événement qui arrivait tous les jours.

- Dazai-san ?

Une timide voix sortit le détective de ses pensées. Il se retourna et s'exclama, balançant nonchalamment ses jambes dans le vide :

- Oh, Atsushi-kun !

- J'espère que vous ne réfléchissez pas à une nouvelle tentative de suicide… avança le jeune homme, incertain.

Dazai reposa brièvement son regard sur la rue où défilaient des passants aussi petits que des fourmis, avant de déclarer allègrement :

- Ça aurait pu être une bonne idée, mais trop classique pour moi. Beaucoup trop douloureux aussi.

Atsushi soupira longuement. Il avait beau être habitué aux absurdités du détective, il n'était toujours pas sûr du bout par lequel il était supposé le prendre.

Abandonnant toute répartie, il statua la raison de sa venue :

- Kunikida-san vous cherche.

- Oh, dans ce cas, je ferais mieux de trouver une autre cachette ! Merci d'avoir pris la peine de me prévenir, Atsushi-kun.

Au ton bien trop léger de son mentor, le jeune homme retint un deuxième soupir.

- Dazai-san, il ne nous manque plus que votre partie du rapport pour conclure l'affaire…

Pour toute réponse, le détective sourit. Puis, alors qu'Atsushi semblait s'apprêter à répliquer, il se leva négligemment et capitula :

- Bien bien, j'arrive.

Les deux hommes rentrèrent dans le bâtiment et se dirigèrent vers les bureaux. Kunikida les y accueillit, son exaspération à peine dissimulée. Dazai prit un malin plaisir à tirer sur les bonnes ficelles afin de l'irriter un peu plus. Puis, il daigna finalement se mettre à son rapport.

Dazai n'avait pas toujours été cet homme extravagant qu'il se complaisait à incarner. Lorsqu'il faisait encore partie de la mafia, ses subordonnés l'avaient qualifié de bien des noms flatteurs : froid, calculateur, manipulateur. Chuuya était celui qui s'y était le plus donné à cœur joie.

« On ne comprend jamais ce que tu penses avec ta putain de tête. Tu pourrais pas essayer d'être un peu plus expressif ? »

Dazai s'était alors essayé à cette mascarade. Et il avait découvert que la réaction des gens face à son excentricité nouvelle avait le mérite de l'amuser.

Mais alors même que pour les premières fois, il riait, geignait, plaisantait, il restait la même coquille vide.

Dazai avait tenté de combler le vide qui l'habitait avec de nombreuses choses : la violence, l'alcool, la passion charnelle. Lorsqu'il ne plaisantait pas sur le double suicide, il pouvait se montrer extrêmement séducteur. Il cernait rapidement la personne lui faisant face, devinant ses pensées et ses attentes. Il veillait à garder un contrôle permanent, lui céder sans jamais trop lui octroyer, la presser sans l'acculer, lui donner l'impression d'avoir le choix alors qu'il ne lui laissait qu'un chemin.

Au cours des années, Dazai avait lié son corps à de nombreux partenaires. Mais hommes, comme femmes, corps vierges, comme expérimentés, ne lui avaient jamais apporté que brèves libérations physiques. La passion n'excitait pas son cœur. Tout ce qui était jamais parvenu à faire palpiter cet organe était la vue de pupilles frémir avant de s'éteindre, de corps tressauter avant de devenir des cadavres.

Dazai ne s'en était jamais réellement formalisé, se laissant balader là où la vie désirait le mener. Un jour seulement, il décida d'aller à contre-courant et rejoignit l'agence. Puis, il rencontra Atsushi. Les quelques personnes pouvant se vanter d'avoir été la source de l'affection de l'ancien mafieux pouvaient se compter sur les doigts d'une main. Mais il en faisait partie.

Jamais Dazai n'avait rencontré de personne à l'apparence aussi pure et innocente, alors même qu'il avait été visiblement terni tant et plus par son entourage. Ou peut-être était-ce justement ce ternissement qui le poussait à entretenir cette pureté ?

C'était intéressant. Très intéressant. Et même temps, le cœur de Dazai avait effectué un de ses rares tressaillements. Par pitié, par empathie, toujours est-il qu'il avait ramassé ce pauvre garçon. Il l'avait ramené à l'agence, donné un repas, un toit, un travail.

Il l'avait « sauvé ».

A court terme, les guillemets auraient probablement pu être enlevés. Car si Atsushi était resté sur cette route sans jamais croiser son chemin, sûrement aurait-il fini par se laisser mourir de faim, incapable de blesser autrui pour son propre bénéfice.

A long terme, le sujet laissait à discussion. Car tout comme la cruauté du directeur poussait Atsushi à être bon, la bienveillance dont Dazai avait fait preuve en le prenant sous son aile poussait Atsushi à être redevable. Le détective ne cessait d'être impressionné par toutes les petites occasions que son protégé trouvait pour lui rendre service. Il n'avait même pas l'air de se forcer, comme s'il n'y avait rien de plus naturel que de se dévouer corps et âme à la personne l'ayant sorti de la misère.

Le comportement d'Atsushi n'était pas le seul élément à avoir été affecté par la bonne action de Dazai. Son discernement l'était également. Parce qu'il l'avait sauvé, Atsushi le voyait intrinsèquement comme une bonne personne. Chose qu'aucun n'avait fait avant lui. Naturellement. Dazai n'était pas une bonne personne. Il faisait des efforts. Il faisait de son mieux. Mais il savait que dans le véritable sens du terme, il n'y parviendrait jamais.

Être du côté de ceux sauvant les gens ne suffisait pas à faire de quelqu'un une bonne personne. Et c'était bien tout ce dont il était capable. Car il n'arriverait jamais à se débarrasser de cet ennui, de ce désintérêt pour ce qui l'entourait. La vie des autres ne lui importait pas. Ni la sienne d'ailleurs.

Et pourtant, Atsushi persistait à voir en lui des choses que Dazai lui-même ne distinguait pas.

Alors qu'il était assis devant la tombe d'Odasaku.

« Je ne vous ai jamais vu vous recueillir sur une tombe. »

« C'est l'impression que je donne ? »

« Eh bien… Oui. »

Alors qu'il revenait de la base de Shibusawa.

« Vous vouliez protéger la ville, n'est-ce pas ? »

« C'est l'impression que je donne ? »

« Eh bien… Oui. »

Et cela le déstabilisait. Alors Dazai demandait, s'assurait de ce qu'il avait entendu. Atsushi arborait alors systématiquement cet air étonné et interrogatif à la fois. Comme si la réponse était évidente.

A ce stade, Dazai ne savait plus. Avait-il lavé le cerveau de son protégé ou n'était-il plus capable de se cerner lui-même ? Y réfléchir le fatiguait. Il préféra donc boire les paroles d'Atsushi, se blottir dans la sensation que sa confiance inébranlable suscitait.

A chaque fois que le jeune homme voyait le bien en lui, Dazai se sentait plus léger, comme libéré.

Était-ce cela dont Odasaku avait parlé ?

« Être une bonne personne devrait être un peu plus agréable pour toi. »

Lorsque Dazai finit son rapport, Atsushi l'attendait déjà, une tasse de café dans chaque main. Le détective se dit alors que peu importait ce qu'il faisait, le regard que son protégé portait sur lui ne changerait probablement jamais.

oOo oOo oOo

Lorsque Dazai embrassa Atsushi pour la première fois, il n'y avait pas de raison. Il était tard. Ils étaient seuls dans les bureaux de l'agence. Alors Dazai verrouilla la porte, s'approcha, et l'embrassa.

Atsushi ne sut comme réagir. Dazai, son sauveur, l'homme à qui il devait la vie qu'il menait, avait ses lèvres sur les siennes.

Aussi loin qu'il se souvienne, il n'avait jamais reçu de marques d'affections, qu'elles soient verbales ou physiques. Et aujourd'hui encore, où il était un membre à part entière de l'agence ainsi qu'un détective apprécié de ses collègues, seul Dazai lui caressait la tête, lui donnait une tape dans le dos, posait une main rassurante sur son épaule.

Atsushi avait toujours été quelque peu troublé par ces gestes. Et le baiser de Dazai ne faisait pas exception. Alors il resta immobile, jusqu'à ce que le détective passe ses mains dans son dos, l'incitant à se rapprocher. Lentement, le jeune homme amena des bras maladroits sur le manteau de son mentor, et il ferma les yeux.

C'était son premier baiser.

Dazai embrassa Atsushi les soirs suivants. Il trouvait un prétexte ou un autre pour qu'ils restent plus longtemps à l'agence, attendait que leurs collègues quittent les bureaux, puis fermait la porte.

Atsuhi ne chercha jamais à s'y dérober. Aurait-il même essayé, le détective ne l'aurait probablement pas laissé.

Les jours passant, Dazai allait de plus en plus loin dans ses baisers, quittant la bouche pour aller sur la mâchoire, dans le cou, la clavicule. Et Atsushi le laissait faire. Ce ne fut que lorsque son mentor commença à sortir sa chemise de son pantalon et à passer une main sur sa peau nue qu'il se recula, les joues rouges et des propos incompréhensibles aux lèvres.

Alors Dazai le ramena chez lui. Dans son petit appartement sale et désordonné. Après être entré, il s'excusa vaguement pour l'état des lieux, mais Atsushi secoua la tête. Il avait déjà vu bien pire, vécu dans bien pire.

Ils s'étendirent sur le futon et Dazai le toucha.

Avec ce contact intime, l'ancien mafieux s'était attendu à quelque chose de différent. Atsushi n'était pas comme toutes ces personnes qu'il avait étreintes. Il était son protégé, l'homme qu'il embrassait depuis des jours. Et pourtant, l'acte se déroula pareillement. Et alors même que le résultat restait désespérément similaire, Dazai ne parvint pas à le lâcher. Ses bras entourèrent son corps nu toute la nuit.

Le matin, Dazai fut réveillé par une main dans ses cheveux. Il ouvrit les yeux, le visage d'Atsushi à quelques centimètres du sien, puis remarqua que ce dernier lui caressait la joue. Les coins des lèvres de Dazai s'étirèrent, imitant ceux de son protégé.

Petit à petit, les deux détectives s'embrassèrent de moins en moins à l'agence, préférant la chaleur du futon de Dazai. Atsushi finit par y passer plus de nuits que dans son propre lit, ne remettant les pieds dans son logement que pour récupérer une affaire ou l'autre. Puis, il réalisa qu'il était devenu incapable de dormir chez lui. Alors, même les jours où Dazai était en mission et ne rentrait que tard la nuit, il s'installait dans son appartement et attendait.

Durant ces soirées solitaires, Atsushi se permettait de nettoyer la demeure, prenant soin de remettre chaque objet à sa place alors même que certains n'avaient clairement rien à faire éparpillés sur le sol. Il remplissait le frigo, s'occupait du tas de linge sale, sortait les poubelles.

Cela ne lui apportait rien. Probablement même Dazai s'en fichait-il comme de la chaussette solitaire qui traînait désespérément dans le même coin depuis sa première visite. Après tout, il avait vécu dans sa crasse jusqu'à aujourd'hui. Mais Atsushi avait l'impression de se rendre utile et cela le déculpabilisait d'occuper l'appartement sans son résident.

Puis, lorsque Dazai revenait finalement de mission, il l'accueillait, un grand sourire aux lèvres. L'ancien mafieux pouvait presque voir la queue remuer dans son dos, et il sentait un de ses rares tiraillements serrer son cœur. Alors il embrassait Atsushi, encore et encore. Puis, il l'étendait sur le futon.

Une de ces nuits, alors que Dazai caressait les cheveux de son protégé, il murmura sans prévenir :

- Atsushi-kun… Je suis désolé.

Le jeune homme leva vers lui un regard interrogateur.

- Dazai-san ?

Le détective secoua alors la tête, comme pour effacer ce qu'il venait de dire. Mais Atsushi poursuivit :

- C'est rare de vous voir vous sentir coupable.

Dazai écarquilla imperceptiblement les yeux.

- C'est l'impression que je donne ?

Atsushi arbora un air étonné.

- Eh bien… Oui.

Après de longues secondes, Dazai ferma les yeux et sourit doucement. Il serra le corps de son protégé contre le sien. Fort, comme s'il souhaitait lui briser les os.

Atsushi lui rendit son étreinte.


Je n'ai pas vraiment voulu décrire de relation romantique dans cette histoire, mais plus une relation de dépendance (et un tantinet de manipulation de la part de Dazai ?). J'ai lu très peu de fanfictions abordant le DazaAtsu sous cet angle (et aucune finissant sur une « bonne » note), mais je trouvais que ça leur allait bien, du coup, je m'y suis essayée. J'espère que ça vous a plus ! Je suis curieuse de savoir ce que vous en avez pensé !

Aussi, je me suis permise de reprendre des répliques de Dead Apple, car j'ai eu beau ne pas trouver le film transcendant (je soutiendrai jusqu'au bout que la meilleure chose de ce film, c'est l'OST), ces deux moments que j'ai repris, ce sont eux qui m'ont fait aimer le DazaAtsu. Au début, je dois avouer que je n'étais pas trop dans les ship de Bungo Stray Dogs. Mais petit à petit, j'ai fini par rentrer dans le DazaAtsu. Il y a quelque chose qui me séduit dans leur relation. J'ai l'impression qu'Atsushi est le seul personnage qui apporte quelque chose de positif à Dazai (si on excepte Odasaku).