Bienvenue pour ce dernier chapitre.

J'espère que le temps passé en ma compagnie vous a plu.


Les Fins - Jamais fini

22. Ondoiement

La méthode fut arrêtée.

Le point de départ : le bain d'immersion au Paradis.
L'amorce : le nexus qu'était le bunker.
L'impulsion : la puissance du pendule.
Le point de passage : un sort de protection lié au gardien, concentré en un point et projeté contre la barrière.
L'expulsion : la puissance de feu envoyée par Rowena qui entourait le Paradis.
Le lien entre les frères : la carte qu'ils devaient tenir tous les deux.
La direction qu'ils devaient prendre : les lignes de vie symbolisées par leur descendant.
Le point d'arrivée : le bain d'émersion préparé par Rowena.

Tout était en place.
Presque tout prêt à l'emploi.
Tout. Sauf les frères.

Autant qu'ils le purent, Sam et Dean passèrent du temps avec leur famille. Sam ne quittait presque plus Max et Kid ; Dean, Cass. Quand le gardien devait répondre aux alarmes, il emmenait le chasseur. C'est comme ça qu'ils constatèrent que les salves de puissances envoyées par Rowena commençaient à diminuer. Ils prirent cela pour le signal qu'il fallait partir sous peu.
De nouveaux aux revoirs s'imposaient.
Les frères avaient fait le tour des gens qu'ils aimaient. Ils n'en avaient oublié aucun.
Ils restèrent un moment avec leurs parents.
Les derniers moments avec Bobby furent éprouvants pour eux trois. Un père et ses fils.

Au départ, ils s'étaient sentis extrêmement égoïstes de s'attarder autant. Puis, ils se rendirent compte qu'ils avaient besoin de tous ces instants - aussi infimes soient-ils - pour affronter ce qui allait arriver par la suite. Jamais ils n'allaient être capable de se consacrer à leur mission s'ils passaient leur temps à regretter les derniers moments passés avec les leurs.

Cass ne recevait quasiment plus d'alertes. Plus l'espacement entre ses alarmes s'allongeaient, plus la tension augmentait.
L'emplacement exact du bain, dans le bunker, devait encore être décidé. L'endroit de départ choisi, presque naturellement, fut le donjon. Même, en n'étant qu'une copie, il recelait énormément de pouvoir. Sur Terre, c'était là où Castiel avait été emporté dans le Vide ; et au Paradis, là où Dean et Cass s'étaient liés l'un à l'autre. Le lieu idéal pour partir.

Dean se pencha sur Buddy et lui fit le plus grand câlin possible.
- Tu prends soin de tout le monde ?
Le chien sauta partout autour de Dean pour lui faire comprendre qu'il le ferait. Cela fit sourire le chasseur.
- Good Boy.
Décidément, ce chien, vivant comme mort, était l'un des meilleurs compagnons qu'il ait eus.

Pendant que ses maîtres se disaient adieu, Buddy sauta, surexcité, autour de la coupe dans laquelle l'esprit-boule de Jo était toujours enfermée. Aucune solution n'ayant été trouvée, actuellement, pour la soigner.
Prendre son âme pour assister au départ des Winchester était, l'espérait tout le monde, un moyen de l'apaiser et de lui faire comprendre que tout était mis en œuvre pour sauver sa mère.

Tant qu'ils le purent, Sam, Max et Kid passèrent leur temps ensemble. Profitant de la moindre seconde qu'ils leur restaient. Ils n'avaient pas pu être une famille unie aussi longtemps qu'ils ne l'auraient voulu.
- Je vous aime, vous savez.
- Nous aussi, mon amour.
- On le sait, papa.
Ils restèrent tous les trois dans les bras les-uns des autres, sans bouger.
- Ça va aller, souffla-t-il dans leurs cheveux.
Aussi longtemps que les adieux entre Dean et Cass durèrent, Sam ne lâcha pas sa femme et son fils.

Dean faisait passer ce qu'il avait à dire par le seul moyen par lequel il était sûr de ne pas mal s'exprimer. À travers leur lien, le chasseur projetait tout ce qu'il n'arrivait pas à formuler à voix haute. L'un en face de l'autre, Dean agrippait l'avant-bras droit de Cass et Castiel, le gauche. L'ange vacillait sous l'afflux de messages envoyés par Dean. Celui-ci se serait bien étranglé avec ses larmes qui n'arrivaient pas à montrer.
- On n'aura pas pu en profiter tant que ça.
- Il semblerait.
Cass essayait de sourire. Ça sonnait faux, même à ses propres yeux.
- Ça va aller, tenta vainement de se convaincre Dean.
- Je t'aime.
Dean sourit. Ce qu'il n'avait pas pu faire lors de leur dernier adieu, il ne le raterait pas maintenant.

- Je t'aime aussi, Cass.

*Je t'aime*, pensa Dean.

« Je t'aime », pria-t-il.

Dean venait de se déclarer par tous les moyens qu'il avait à sa disposition : parole, par leur lien et en prière.
L'ange sourit. Un sourire amer et heureux. Ce n'était pas la première fois qu'il entendait, ressentait et recevait ces mots depuis qu'ils s'étaient retrouvés et liés, certes. Mais, ce serait la dernière fois.
Malgré les larmes qui commençaient à brouiller sa vue, Dean se forçait à regarder Cass. Il ne voulait pas oublier ces nouveaux et ultimes adieux. Quitte à devoir vivre avec, autant qu'il puisse en garder un souvenir qu'il pourrait affronter sans en souffrir et non d'immenses regrets.
Ils se prirent dans les bras.
Longtemps.
Vraiment longtemps.

Les frères, après avoir tenus leur famille, rentrèrent dans le bain préparé à leur attention.
Dean prit la carte routière et la plaça dans la main de son frère qu'il tenait : un chemin à prendre à deux.
Il s'allongea, tendant la main gauche au-dessus de lui, tout en la laissant immergée. Cass tendit également son bras droit. Sans mettre sa main dans l'eau, ils placèrent leurs poignets l'un au-dessus de l'autre : un lien entre la Terre et les Cieux. Dean, le point d'ancrage entre les deux.
Yeux ouverts, ils regardèrent une dernière fois ceux qu'ils aimaient penchés sur eux. Sachant qu'ils ne les révéraient jamais. La tristesse leur étreignait la gorge.
Au-dessus des eaux, Castiel, gardien du Paradis entama le sort, pendant que les frères le récitèrent en même temps, laissant l'eau entrer dans leurs nez, leurs bouches, l'avalant, tout en continuant.

Mortuum oritur.
Rutum revertitur.
Ex spiritum incarnatum est.
Oriatur et educatur.
Oriatur et educatur.

Réveil mort.
Revenez vite.
L'esprit incarné.
Se lève et se retire.
Se lève et se retire.

Quand Dean dut expliquer comment était le retour, il ne trouva de repères que dans la culture populaire. Un vortex : comme dans Retour vers le Futur, Star Wars, Stargate, Doctor Who, Phinéas et Ferb... L'expérience avait été trop impressionnante, intense, pour être décrite avec des mots qui auraient rendus justice à ce qui leur était arrivé.

Se lève et se retire.
Se lève et se retire.
L'esprit incarné.
Revenez vite.
Réveil mort.

Oriatur et educatur.
Oriatur et educatur.
Ex spiritum incarnatum est.
Rutum revertitur.
Mortuum oritur.

La première sensation qu'ils ressentirent depuis des siècles : l'eau fraiche les couvrant comme un cocon douillet.
La seconde, bien moins agréable : le même cocon se serrant autour d'eux pour les étreintes jusqu'à l'étouffement.
Les frères ouvrirent les yeux comme un seul homme.
Une couverture transparente et douce les recouvrait.
Leurs visions étaient troubles légèrement brouillées, ondulées, rosâtres.
Leurs nez et gorges emplis d'eau.
Au prix de grands efforts, Sam et Dean s'extirpèrent de leur bain amniotique.
Ils prirent de grandes goulées d'air, saturées de brillances.
À peine sur Terre, depuis quelques secondes et déjà redevenus les Winchester connus de leurs vivants : frôlant la mort. Frôlant la mort pour faire ce que personne d'autre n'avait envie ou n'était capable de faire : souffrir pour tenter de sauver le monde.


Des notes, les grandes lignes pour une suite et la fin que j'aimerais lui donner sont déjà couchées sur le papier.
Toutefois, je ne pense pas m'y mettre tout de suite. Il me faut juste un peu de temps.

J'espère que vous avez aimé, ou tout du moins trouvé quelque chose qui a pu vous plaire.

Ça me fait quelque chose de vous savoir ici, lisant ces lignes.
Je vous remercie infiniment de m'avoir suivi jusqu'au point final de cette histoire. Ça veut dire beaucoup pour moi.